Il faisait déjà jour quand j'ai commencé l'entrainement ce matin. Je m'améliorais, d'après Dorean mais je n'en avais pas l'impression. Toutefois, je n'avais plus eu de crise depuis un moment déjà et ça me rassure. Je suis rentré au dortoir juste avant que tout le monde se réveille, à part Frédéric, qui était parti étudier quand je me suis levé. Je comprends qu'il doive réviser avec les examens qui approchent mais n'est-ce donc pas un peu tôt tout de même ?

« Si tu peux te lever, il n'y a pas de raison que je reste couché à rien faire » me disait-il à longueur de temps. Je rentre dans la douche, pour une fois je prends mon temps. Les élèves se voient accorder une semaines sans cours avant le début des examens.

Anna m'évite depuis quelques temps, je ne sais pas pourquoi. Je pense qu'elle a besoin de me dire quelque chose mais qu'elle ne sait pas comment. Ce n'était probablement pas urgent. Les choses avec Frédéric allaient bien, un peu froide peut-être, mais c'est ce que je voulais. S'il devient trop proche, mes pouvoirs se déchainent. Roger, quant à lui, c'est moi qui l'évitait. Je voulais être son ami mais je n'étais pas sûr de vouloir plus. Lui, par contre est charmant. Il vient me chercher après les cours parfois pour parler, de moi, souvent, ou alors m'offrait parfois des petits cadeaux, sans jamais dépasser la limite ni même rien demander en retour. Ça me faisait du mal de le voir si gentil avec moi quand je l'avais repoussé sans explication. Il m'a dit qu'il comprenait, pourtant et…

Je secoue la tête. Pas question que je pense à tout ça plus longtemps. Il fallait que je me concentre, me prépare et aille rejoindre Frédéric à la bibliothèque pour travailler.

Je descends vers la bibliothèque et croise Roger. Il a l'air vraiment fatigué et pas dans son assiette mais quand il me voit son visage s'illumine. Il s'approche de moi, pose un bras sur ma hanche, ce qui me semble bizarre.

« Salut, toi », me dit-il et sans avertissement, m'embrasse. Surpris plus qu'autre chose, je tente de le repousser mais il s'accroche. Il me coince contre le mur et mets ses bras de chaque côté de ma tête. Je ne voulais pas de ça, pas comme ça…Je le pousse de toute mes forces de mes deux bras mais rien n'y fait. Les portes de la bibliothèque s'ouvrent sur nul autre que Frédéric, qui, voyant la scène, agrippe Roger et le plaque au mur.

« Tout va bien, Ludo ? » Le tremblement dans sa voix trahit sa colère.

« Oui, Fred, tout va bien, ne »

« S'il te plait va à l'intérieur. »

« Mais je… »

« Rentre Ludo. »

Je m'exécute alors, priant pour qu'ils ne se blessent pas l'un l'autre. Malgré la différence d'âge, Fred n'a rien à envier à Roger niveau taille ou même force physique. J'ai peur qu'il ait mal interprété ce qu'il vient de se passer. Mais que vient-il de se passer en fait ? J'essuie mon visage et me rend compte que des larmes coulent. Mais qu'est-ce qui a bien pu lui prendre, à Roger ? Je fonce vers le fond de la bibliothèque, à la limite de la réserve, interdite et m'assied dans un coin, je relève mes pieds vers moi.

Anna s'approche quelques secondes plus tard et s'assied à mes côtés, elle m'a sûrement vu traverser la bibliothèque.

« Que se passe-t-il, Ludo ? » me demande-t-elle.

« C'est Roger, il…il n'agit pas normalement, il… »

Elle frotte mon bras pour essayer de me réconforter.

« En parlant de Roger, j'ai quelque chose à t'avouer. »

Je relève la tête, la regarde en haussant les sourcils.

« Qu'y a-t-il, Anna ? »

« Il y a quelques temps, après que tu m'aies dit l'avoir aperçu dans la forêt, je l'ai suivi. Je ne pense pas qu'il ait su que tu t'y rendais. Cette fois-là, en tout cas, il se rendait dans la forêt pour contacter quelqu'un, son père. » Je l'observe, la priant de continuer.

« J'ai entendu quelques morceaux de sa conversation et, tu sais que son père est rédacteur en chef de la gazette des sorciers ? » J'acquiesce.

« Eh bien, son père le menace de couper les ponts avec lui s'il ne trouvait pas l'identité du sorcier sans baguette et Roger lui a promis de le trouver avant la fin de sa scolarité. Et je… »

« Et tu penses qu'il se rapproche de moi car il a des soupçons… » je finis.

« C'est une possibilité à prendre en compte. Je ne te dis pas de t'éloigner de lui, au contraire, ça paraîtrait suspect, et puis garde tes ennemis proches comme on dit. »

Roger, mon ennemi ? Mais qu'est-ce je donnerais pour ne jamais avoir eu ces maudites capacités.

« Anna, est-ce que Frédéric est au courant ? »

« Oui, je lui ai dit et il tente de trouver ce que Roger a bien pu découvrir et comment l'arrêter. »

« Mais je… » Je ne peux pas le laisser me prendre encore en charge comme cela.

« Laisse tomber, Ludo, on se charge de tout. De ton côté, sois encore plus prudent au sujet de tes pouvoirs et… »

Est-ce que ça veut dire que je devrais arrêter mon entrainement auprès de Dorean ? J'en discuterai avec Fred plus tard. Fred, qui est en train de je ne sais quoi faire pour défendre mon honneur, ou qu'importe ce qu'il pense que Roger m'ait pris. Fred, qui encore une fois me fais passer devant en tentant de régler mes problèmes. Pourquoi donc fait-il tout cela ?

POV FRED

Ce sale rat, comment ose-t-il user de sa force pour contraindre Ludo de l'embrasser ? Je le plaque encore une fois contre le mur.

« Pour qui tu te prends, sale type ? », je lui chuchote, inquiet de porter l'attention sur nous.

« Réponds-moi, qu'est-ce qui te prends ? Moi qui croyait pouvoir te faire confiance… »

« Je…Je suis désolé. », m'avoue-t-il, « Je ne sais pas ce qu'il m'a pris, je… »

Je voyais qu'il n'allait pas bien mais jamais je ne laisserais passer ce genre de comportement, la sécurité de Ludo passait avant tout.

« Où est-il ? » ose-t-il me demander.

« Toi, tu restes loin de lui, tu comprends ? »

Il me lance un regard empli de haine.

« Je dois m'excuser », insiste-t-il.

« Pas maintenant, pas aujourd'hui, tu en as trop fait. Et la prochaine fois que tu comptes le voir, ce sera en ma présence. »

Je voyais la rage bouillonner dans ses yeux. Ce type m'inspirait tellement de dégoût. Contre toute attente, il me repousse et tente de m'assener un coup de poing, que j'esquive, et l'envoie à terre.

« Maintenant, si tu tiens un tant soit peu à Ludo, tu vas dégager, te reposer, et t'excuser auprès de lui quand tu auras les idées claires. » Il avait l'air si pitoyable par terre. Qu'est-ce qui avait bien pu déclencher un si brusque changement de caractère ? Il décide finalement de se relever et de s'en aller, tandis que je me mets à la recherche de Ludo. Je le trouve, auprès d'Anna, prends ses affaires, les miennes et le somme de remonter dans le dortoir, ce qu'il accepte sans broncher, l'ai apeuré. Je me rends compte que je bouillonne toujours de l'intérieur et souffle un coup, me retourne vers lui avec le sourire le plus réconfortant possible et lui dis :

« Suis-moi », en lui tendant la main.

Il ne prend pas ma main, mais me suit. Il est quelque peu distant depuis quelques temps et je ne suis pas sûr d'en connaître la raison. Serait-il fâché contre moi ?

Je rentre premier dans la chambre, pose nos sacs à terre. Ludo s'assied sur son lit, sur le point de pleurer. Il regarde le sol et ses lèvres tremblent.

Je m'avance vers lui pour le réconforter mais il s'écarte, visiblement effrayé.

« Ne t'approche pas », me demande-t-il.

Je m'éloigne, je comprends qu'il soit bouleversé par ce qui vient de lui arriver mais de là à avoir peur de moi ?

« Je ne veux pas te faire de mal », chuchote-t-il, versant une larme.

C'est donc ça, il a peur que je lui fasse déclencher une crise. Après un incident pareil, je comprends qu'il ait peur de perdre le contrôle. Non, cela remonte à plus tôt. Ça fait des semaines que je ne l'ai plus pris dans mes bras. Sa proximité me manque. Je m'approche calmement de lui.

« N'aie pas peur, Ludo, tu peux te contrôler, tu as réussi avec Roger plus tôt n'est-ce pas ? »

« Mais pas avec toi », me confie-t-il à voix basse, en pleurant. Je ne peux pas résister cette fois et le prend dans mes bras. Je le serre fort, à défaut de pouvoir faire autre chose. Je jalouse Roger par-dessus tout, lui qui lui a pris deux fois un baiser. Mais je ne peux pas lui faire ça. Ludo a besoin avant tout chose de stabilité et de sécurité. Je ne peux pas risquer notre amitié par égoïsme. Alors je le serre, fort, et rien ne se passe. J'observe la pièce autour de moi et rien ne bouge. Toutefois, lorsque mon regard retombe sur Ludo, je vois une lueur bleue au fond de son œil gauche. Et je sais qu'il essaie de toutes ses forces de la contrôler pour ne pas qu'elle le contrôle. J'aimerais tellement pouvoir l'aider d'une façon ou d'une autre, mais je suis inutile. Mes pouvoirs ne sont rien comparés aux siens, mes recherches ne mènent à rien et mes plans pour contrer la mission de Roger ne semblent avoir ni queue ni tête. Alors je suis là pour lui. Et bien qu'il mérite bien plus que moi, je l'aime, en secret.