Ce soir, je suis sortie avec Amélia et Christopher. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, je ne sais pas pourquoi Amélia a soudainement décidé de venir me chercher à la sortie du Ministère pour me traîner dans ce bar bizarre où les gens se regardent tous de travers, et je ne sais pas non plus pourquoi j'ai accepté de les suivre dans une boîte de nuit pour gosses de riche en plein Londres, mais je l'ai fait au grand dam de mes pieds en miettes.

« Tu es saoule ? »

Je sursaute et me retourne brusquement, portant instinctivement ma main à mon coeur. James vient de sortir de nulle part, et il marche à côté de moi en plein Londres comme si tout était parfaitement normal.

« Pas du tout, je lui réponds la tête haute.
_ Pourtant, tu ne marches pas droit.
_ C'est parce que j'ai mal aux pieds. Tu me suis ?
_ Non, et toi ?
_ Moi ? Ce n'est pas moi qui suis apparu à côté de toi, que je sache.
_ Tu es apparue devant moi, c'est pareil, renchérit-il.
_ Quoi ? Je l'interroge, incapable de comprendre quoi que ce soit.
_ Je sors de chez Sirius, m'explique t-il en s'arrêtant et en pointant de l'index le bout de la rue. »

Je hoche la tête en poussant un long « Ahhh », celui de la personne à côté de ses pompes qui comprend tout juste qu'elle vient de croiser son mari par le plus grand des hasards au milieu d'une rue qu'ils fréquentent tous les deux tous les jours ou presque. Rien de bien étonnant, donc.

« Tu sors, maintenant ? M'interroge t-il, curieux.
_ Je n'ai pas eu le choix. Amélia m'a littéralement kidnappée.
_ Tu es sortie avec Amélia ? S'étonne t-il en riant comme si mes propos étaient absurdes.
_ Oui. Nous sommes amies.
_ Amélia ne fraternise pas avec les filles, et encore moins avec celles qu'elle trouve menaçantes, c'est pour ça qu'elle n'aime pas Claire.
_ Je ne pense pas menacer quoi que ce soit, je lui affirme en plissant les yeux. »

Il ne répond pas. Nous marchons côte à côte et je crois que ni lui, ni moi, ne savons réellement où nous allons. Je ne peux décemment pas rejoindre le Refuge alors qu'il est avec moi, et il semble se dire qu'il ne peut décemment pas rejoindre son appartement sans me raccompagner chez moi en bon gentleman qui se respecte. Fichues bonnes manières.

« Comment va Claire, d'ailleurs ?
_ Bien. Ça va bien. Elle a son travail là bas, c'est mieux comme ça, me répond-il sans s'étaler d'avantage. »

Claire est repartie en France depuis quelques jours. Je n'ai pas osé poser la question fatidique à qui que ce soit, à savoir si elle et James comptent poursuivre leur relation. Elle était plutôt énervée après la soirée chez Sirius, et je peux la comprendre. Nous l'avons humiliée devant tout le monde, devant James... Merlin, quelle horreur. Je me sens vraiment terrible maintenant que j'y repense. J'ai été odieuse.

« Je sais que tu n'étais pas avec Amélia, lâche t-il au bout d'un moment.
_ Quoi ?
_ Je t'ai vue, tout à l'heure, saluer Chris devant cette boîte de nuit. »

Je m'arrête soudainement de marcher pour l'observer, les yeux ronds comme des souafles, avant de finalement éclater de rire devant sa mine défaite. Il croit que je lui mens. Il croit que je passe mes soirées avec Christopher Perry en douce.

« Je ne sais pas pourquoi tu mens là dessus, c'est stupide. Je veux dire, tant mieux si tu sors avec Chris, c'est très bien pour toi. En fait, ça ne me regarde même pas, mais... Lily ? Arrête de rire. Pourquoi tu ris ?
_ Tu crois que je... Tu crois que je sors avec mon professeur de Divination ! J'articule entre deux gloussements.
_ Ancien professeur, me corrige-t-il en fronçant les sourcils.
_ C'est Amélia qui l'a invité. Ils sont probablement toujours ensemble dans cette boîte si tu veux aller vérifier... A moins qu'ils soient passés au niveau supérieur, parce que si tu veux mon avis, c'était un peu le but de la soirée pour l'un comme pour l'autre. Je ne savais même pas où me mettre, je lui explique. »

Il passe sa main dans ses cheveux, embarrassé, et il laisse échapper un léger rire à son tour qui me fait un bien fou et qui fige instantanément un sourire sur mon visage. C'est comme un cadeau, quand il est là à côté de moi, quand il respire, quand il rit, quand il vit, simplement. Il ne se rend pas compte de l'effet qu'il me fait, du bien-être intense que je ressens lorsqu'il se tient à mes côtés.

« Arrête de te moquer de moi, me dit-il.
_ Je ne me moque pas, je lui réponds très honnêtement.
_ Ce n'était pas si absurde, comme théorie.
_ Tu veux dire que tu trouverais cela normal que je sorte avec Perry ? Je l'interroge, un peu troublée.
_ Eh bien... Je n'en sais rien. Pourquoi pas ? Tu es majeure et tu es assez grande pour ne pas te laisser influencer par un professeur, il me semble. »

Je fronce les sourcils et je reste paralysée deux secondes avant de lui administrer un violent coup de poing dans l'épaule, lui faisant pousser une exclamation de surprise. Ses yeux interrogateurs et outrés ne comprennent pas que si je l'ai frappé si fort, c'est parce qu'il m'a fait mijoter pendant une année entière, mettant ma conscience et la sienne à rude épreuve, pour finalement m'avouer dans cette vie là que ce « problème » ne se pose pas.

« C'était pour quoi, ça ?! S'exclame t-il en se frottant l'épaule.
_ Parce que tu es un véritable crétin ! Je lui réponds, passablement agacée sans vraiment réaliser qu'il n'y est pour rien. »

J'accélère l'allure, peu consciente que mon énervement n'est absolument pas justifié et que je devrais plutôt saluer sa tolérance. Ne pouvait-il pas me dire la même chose trois ans plus tôt ?! Merlin, je sais que je ne devrais pas lui en tenir rigueur, je sais que nous étions deux à être dérangés par la relation que nous menions, mais entendre ces mots là de sa bouche maintenant me ramène trois ans en arrière, et je sens une profonde angoisse en moi.

Cette relation que nous ne nous autorisions pas à avoir me met dans un état de tristesse considérable. Je me sens ébranlée, et je me rends compte que la prison dans laquelle j'étais à ce moment là a beau ne pas être identique à celle dans laquelle je suis maintenant, les barreaux sont toujours là, quoi que j'en dise.

« Tu sais que je me suis blessé, à cette épaule là ? M'indique t-il avec agacement, sa main tenant toujours son membre douloureux.
_ Merde ! Je peste bruyamment en me tournant vers lui. »

J'avais oublié ce détail, et même s'il ne montre rien à son malaise, je sais que j'ai probablement dû lui faire un mal de chien. Sans réfléchir je m'approche de lui et je frotte doucement son épaule. Je me rends compte que mon geste est bizarre quand je réalise qu'il me fixe avec curiosité. Je retire brusquement ma main, essayant vainement de dissimuler mon visage rougissant dans mon écharpe.

« C'est la première fois que je t'entends parler aussi mal, me fait-il remarquer.
_ J'avais oublié.
_ Qu'est-ce que tu avais oublié ?
_ Ton épaule. J'avais oublié que tu avais mal.
_ Je ne te l'ai jamais dit, me répond-il en fronçant les sourcils. »

Oh. Merlin. Je. Suis. Finie. L'ancienne Lily est en train de courir un marathon à l'intérieur de mon cerveau pour trouver un moyen de réparer la bourde que je viens de commettre pendant que je m'efforce de ne pas céder à ma panique intérieure.

Je ne sais pas si je suis complètement paranoïaque ou non, mais j'ai l'impression que James est en train de se rendre compte que je lui mens depuis le début, que tout n'est qu'une mascarade, que Sirius est au courant et qu'il lui a menti lui aussi. J'ai l'impression qu'il va se mettre à me hurler dessus, qu'il va partir, et qu'il va me dire qu'il ne veut plus jamais me revoir, que je vais me mettre à pleurer sur cette rue en pavé et que je vais mourir de le voir me tourner le dos.

« Sirius a dû te le raconter, poursuit-il finalement en m'encourageant à reprendre notre marche. »

Je retiens un profond soupir de soulagement pendant que l'ancienne Lily s'échoue lamentablement sur l'un de mes neurones au fin fond de mon crâne, épuisée. J'ai l'impression de sortir de deux heures de Quidditch tellement je suis trempée de sueur. J'ai rarement autant stressé dans ma vie. J'ai bien cru que j'allais devoir tout lui avouer et me répandre en excuse avant d'aller m'exiler sur une île déserte, mortifiée.

« Je ne l'ai pas vu depuis un moment, d'ailleurs... Il n'est pas venu à la dernière réunion de l'Ordre et il ne répond pas à mes hiboux.
_ Je sais. Il a... Il vit un moment difficile, me confie James. »

Je tourne la tête et je vois que tout son visage est marqué par la tristesse. Je ne comprends pas pourquoi, mais je veux savoir ce qu'il se passe. Il me semble, tout à coup, que je n'ai pas été une très bonne amie pour Sirius, que j'ai raté quelque chose alors que lui a toujours su s'occuper de moi quand j'allais moins bien.

« Tu vas sûrement en entendre parler au quartier général, alors je préfère te l'annoncer maintenant. Son petit frère, Régulus, a été retrouvé mort sur une plage. Apparemment, il se serait noyé, mais personne ne sait comment ça a pu arriver. »

Je reste choquée. J'ai l'impression qu'un énorme chien s'est faufilé entre mes jambes pour me faire chavirer. Je me retiens in extremis à James dont le bras passe instinctivement autour de ma taille. Je ferme les yeux, il me demande si ça va, je lui dis que j'ai besoin de m'asseoir. On ne s'habitue pas à la mort.

« Je sais ce que tu penses, James. »

Après quelques secondes de silence dans la rue, assis l'un à côté de l'autre, j'ai l'impression qu'il se rend compte de toutes les incohérences qui font partie de moi.

« Je sais que tu te dis « c'est fou, comment cette fille peut-elle tuer des gens de sang froid et défaillir dès qu'on lui annonce que quelqu'un est décédé ? », je poursuis d'une voix faible.
_ Non. Je sais qui tu es et je m'y suis habitué, me répond-il en haussant les épaules.
_ J'en doute.
_ Il y a des choses que je ne comprendrai jamais à propos de toi, c'est certain, et ça m'énerve considérablement, mais je sais le principal.
_ Qui est ?
_ Tu es quelqu'un de bien. »

Je lui lance un sourire pour tout remerciement, mais il est amer. Je n'arrive pas à croire que le frère de Sirius est mort. Je n'arrive pas à croire que je n'ai pas su empêcher cela. Rien de tel ne s'était produit dans mon autre vie, du moins à ma connaissance. Sirius ne m'a jamais vraiment parlé de son frère, tout ce que je savais, c'est qu'il détestait sa famille.

« Pourquoi ne m'a t-il rien dit ? Je demande à James.
_ Sirius n'est pas du genre à se plaindre.
_ Mais... Son frère est mort !
_ Je sais, mais c'est compliqué. Cette famille est... Tout est confus, crois moi, tu ne veux pas plonger là dedans, et si Sirius ne t'a rien dit, c'est parce qu'il ne veut pas t'entraîner dans ses histoires.
_ Il t'en parle, à toi, et pourtant je suis sûre qu'il ne veut pas t'entraîner là dedans non plus. »

Malgré la situation, un sourire se dessine sur le visage de James, un sourire attendrit que je reçois en pleine figure sans l'avoir anticipé, sans pouvoir empêcher ma poitrine de se bloquer en pleine inspiration. Merlin il est beau. Je ne devrais pas penser à ça maintenant, mais ses yeux noirs sont plongés dans les miens et le vent froid fait voler ses cheveux, m'envoyant une bouffée de ce familier parfum masculin dans les narines, et je ne vois rien d'autre que tout ce que j'aime.

« Parfois, j'oublie que tu es si jeune, me dit-il en posant sa main sur ma joue. »

Je ne comprends pas ce que ma jeunesse à affaire là dedans, mais peu importe, il pourrait me dire ce qu'il veut à ce moment précis que je hocherais bêtement la tête. Je sens sa peau sur la mienne, et c'est tellement bon que je dois me retenir de fermer les yeux pour profiter pleinement de la chaleur de ses doigts sur mon visage.

« Sirius est un membre de ma famille, Lily. Ne sois pas jalouse qu'il ne te dise pas les choses qu'il me confie, reprend-il.
_ Je ne suis pas jalouse ! Je proteste avec vigueur, un peu trop, même, car il retire sa main de mon visage. Je suis juste... Déçue.
_ Déçue ? Répète t-il, étonné.
_ J'imaginais qu'il me dirait si quelque chose n'allait pas. Je voulais qu'il le fasse. Je lui ai confié tellement de choses que j'ai pensé que... J'ai pensé que ça irait dans les deux sens, je lui explique avec innocence. »

James passe ses doigts dans ses cheveux noirs, ses yeux balayent la rue à la recherche d'une solution à me donner, et je vois qu'il veut vraiment me consoler. Je le regarde en m'efforçant de ne pas avoir l'air trop admirative. J'ai envie de lui sauter dans les bras, de le serrer contre moi, de sentir son corps contre ma poitrine, et de pouvoir serrer ses épaules entre mes doigts. Pourtant, je dois me contenter de me tenir là, assise près de lui, à baver intérieurement sur tout ce corps que je connais par coeur dissimulé par des vêtements que je juge inutiles alors que je devrais me concentrer sur la peine de mon camarade. Je suis une amie déplorable.

« Ne t'attends pas à ça de la part de Sirius. Il sera toujours là quand tu voudras lui parler, mais ses problèmes à lui, il les transformera toujours en blague et il n'aura que rarement ce genre de conversation sérieuse avec toi, reprend-il.
_ Comment je fais, alors, si je veux l'aider ? »

James lâche un petit rire qui n'a rien de joyeux quand il pose ses yeux noirs sur moi, et je constate avec stupeur que ses pupilles sont dilatées. Voilà. C'est trop tard. C'est trop tard et je le sais très bien parce que mon coeur se déchaîne. C'est fichu. Je ne peux plus détourner le regard. Il m'a eue. C'est comme si nos corps entretenaient une discussion entre eux pendant que nos bouches continuaient leur conversation initiale. C'est complètement perturbant et je ne sais même plus où nous en sommes.

« Ça me fait plaisir de voir que tu fais autant attention à lui qu'il fait attention à toi.
_ Mais...
_ Reste toi même, Lily, ça suffira, me coupe t-il.
_ Ça te suffirait, à toi ? Je lui demande en frottant nerveusement mes doigts. »

Il ne me répond pas, mais ses yeux me disent tout à la place de sa bouche. Il voudrait plus. Il veut plus. Moi aussi. J'aimerais lui dire, j'aimerais le lui faire comprendre, mais les barreaux de ma prison m'obligent à garder mes distances et mon cerveau me martèle que je suis là pour le protéger, uniquement pour le protéger, et que pour éviter que la prophétie se reproduise, je dois le tenir loin de moi.

« Tu me dirais, si quelque chose n'allait pas ?
_ Je ne crois pas, me répond-il franchement.
_ Pourquoi ?
_ Parce que j'aurais peur que tu te sentes mal pour moi.
_ Et alors ?
_ Et alors je n'ai pas envie que ça arrive. En plus, je peux gérer les choses seul ! Reprend-il en se redressant, l'air impérieux.
_ Tu es vraiment pathétique, je lui dis en souriant après avoir soupiré. »

Il me rend mon sourire, et je me promets de le garder en mémoire pour tous ces jours où je me dirais que ma vie est tellement insignifiante que je ne sais pas comment continuer à la vivre. Là, tout de suite, je sais comment.

« Arrête de vouloir sauver tout le monde, Evans. Ce n'est pas possible.
_ Jusqu'à ce que quelqu'un prouve que ça l'est.
_ Non. Il y a des choses qui sont inévitables, c'est comme ça.
_ Ne dis pas ça, je l'implore en grimaçant, repensant à ce soir où j'ai vu la vie le quitter.
_ Plus tôt tu l'auras compris, mieux tu te porteras. Je ne connais pas les détails de ta mission, mais si je meurs, je préfère que tu saches que ce ne sera pas de ta faute.
_ Pourquoi tu dis ça ?!
_ Parce que je n'ai pas envie que tu te morfondes pendant des mois et que tu te mettes à pleurer toutes les larmes de ton corps parce que tu as perdu l'objet de tes désirs les plus secrets ! Me répond-il avec un sourire en coin.
_ Ce n'est vraiment, vraiment, vraiment pas drôle, je rétorque en lui jetant un regard mauvais qui n'a pour effet que de le faire sourire un peu plus largement. »

Je déglutis, détournant les yeux, sentant comme un tremblement de terre au fond de moi. Les paroles de James viennent de tout bouleverser en moi. Pour la première fois, je me pose cette question : Que penserait mon mari, s'il me voyait ? Mes lèvres frémissent, mes yeux brûlent, mes mains se crispent sur mes genoux alors que je réalise que James a touché un point sensible.

« De toutes façons, ta mission est déjà un échec... J'ai super mal à l'épaule ! »

Il m'arrache un sourire malgré tout, mais je me sens terriblement blessée. Ce n'est pas à cause de lui, mais à cause de moi-même. Je ne me suis jamais demandée ce que mon James du passé penserait de mon comportement, je ne me suis jamais demandée s'il voudrait que je continue à vivre ma vie ou s'il ne supporterait pas de me savoir heureuse sans lui. Je me sens stupide, tout à coup.

« C'est vrai, ce que tu as dit ? Tu n'aimerais pas que je me morfonde ?
_ Qui souhaiterait ça ? Bon, c'est sûr, si tu pouvais éviter de sortir les cotillons et d'aller ouvrir une bouteille de whisky de quinze ans d'âge pour l'occasion ça m'arrangerait, mais je n'aimerais évidemment pas que tu te sentes coupable et que tu te blâmes pour le reste de ta vie. Ce n'est qu'une mission, et on meurt tous un jour. »

J'acquiesce silencieusement, pensive. Je suis à côté de la plaque, complètement à côté de la plaque, et je revois tout ce que j'ai fait depuis qu'il est mort devant moi comme si ça n'avait jamais eu lieu, comme s'il s'agissait d'un cauchemar et que je me réveillais soudainement. Je me rends compte des terribles erreurs que j'ai faites, de la folie qui m'a prise, je réalise que j'étais quelqu'un d'autre, j'étais comme aveuglée.

« Je suis vraiment désolée pour ton épaule, vas-y, rends moi le coup, je lui dis en lui montrant la mienne.
_ Il est hors de question que je te frappe, me répond-il en riant légèrement devant l'absurdité de ma requête.
_ Allez ! Ne m'oblige pas à te supplier. Oeil pour oeil, dent pour dent !
_ Je ne te frapperai pas !
_ Parce que je suis une fille, c'est ça ? Mais je suis une fille qui te met ta raclée quand elle veut, alors ça devrait motiver un minimum le macho égocentrique et arrogant que tu es, je le provoque volontairement.
_ Je suis plus intelligent que ça, Evans, tu ne m'auras pas de cette manière.
_ Tu es une fillette, c'est tout. »

Il éclate d'un rire bruyant devant mon air renfrogné, puis il passe son bras autour de mes épaules afin de me serrer légèrement contre lui. Je crois que je me suis mal faite comprendre, mais je suis trop ahurie pour penser réussir à le lui faire remarquer sans bafouiller.

« Moi, c'est comme ça que je me bats, déclare t-il avec satisfaction. »

Son pouce bouge doucement sur mon épaule, à la naissance de mon cou, légèrement sous mon écharpe, à cet unique minuscule endroit autre que mon visage où ma peau est accessible. Finalement, peut-être qu'il m'a d'avantage comprise que je ne le pensais, peut-être qu'il sait que j'ai de plus en plus de mal à garder le contrôle. Bien joué, James.