OH. MY. GOD. Prochain chapitre est le bain de sang ! ~~

Celui-ci est épiquement long, les prochains retourneront à une longueur plus normale XD

Je vais garder cette NdA courte. Merci énormément pour vos commentaires, comme toujours. Je vous aime. C'est grâce à vous que je me suis ENFIN rendue à l'arène. *Mouah!* (c'était un bisou, pour ceux qui l'ignoraient... sur la joue, hein !)

Question 10: Derniers mots que vous aimeriez partager à n'importe lequel de nos vingt-quatre tributs ? Ou a plusieurs d'entre eux ?

Moi je dirais à tous : J'ai adoré vous écrire, et même si vous mourrez, vous serez toujours vivants en moi. C'était toute une épopée. Elle s'arrête pour certains, mais ne fait que commencer pour d'autres. Let's enjoy it.


Avant l'arène

Anticipations et anxiétés


Maelys Slane, 17 ans, District 1

Je regarde les lumières du Capitole, comme je l'ai fait le soir du premier jour d'entraînement. Mais c'est différent. Demain, je vais entrer dans l'arène. Demain, les Hunger Games commencent.

Je sais que je suis entraînée. Je sais que je suis forte. Mais j'ai peur. C'est impossible de l'ignorer. Je m'étais imaginée ce jour des millions de fois, depuis ma naissance. Je pensais que je serais excitée, que je serais pleine d'anticipations. Mais je tremble de peur et j'ai les mains glacées. Je me sens loin d'être prête.

Je ferme les yeux, prends de grandes inspirations. Que je sois prête ou non, je vais être envoyée dans l'arène. Je dois l'accepter.

– Encore perdue dans tes pensées ? me dit une voix calme.

Je ne me retourne même pas, sachant pertinemment que c'est Alto. On se voit ici tous les soirs, maintenant. Il vient s'accouder au rebord, son bras me frôlant, et on reste silencieux un long moment.

– Tu as peur, pour demain ? demandai-je finalement.

– Non, puisque tu es mon alliée, dit-il avec un sourire.

Je rougis, ce qui m'arrive malheureusement trop souvent à mon goût en sa présence. Mais immédiatement, je me sens beaucoup mieux. Je me demande s'il se rend compte de l'effet qu'il a sur moi. Probablement. Mais peu importe, qu'il le fasse pour mon bien ou pour son bien, l'important est que je suis plus compétente avec lui que sans lui. Je vais devoir m'assurer de sa survie, maintenant. Parce que je n'y arriverai pas toute seule.

– Maelys.

Je tourne la tête vers Alto et il pose ses lèvres sur les miennes sans avertissement. Un instant, je reste interdite, les yeux grands ouverts, puis je les ferme, acceptant le contact et profitant de la sensation. Je ne connais pas ses vraies intentions, mais peu importe, j'aime le baiser et j'aime sa présence. Je pourrai m'inquiéter d'une trahison quand il la fera. Ce sont les Hunger Games, après tout.


Wade Elphinstone, 18 ans, District 1

J'observe la chambre de lancement avec intérêt. C'est donc ici que les tributs passent leurs derniers moments avant d'entrer dans l'arène. C'est ici que je vais passer mes derniers moments avant l'arène. Ma styliste me pousse vers la douche sans ménagement.

– Qui sait pendant combien de jours tu ne pourras pas te laver, me dit-elle avec horreur.

J'actionne le jet d'eau chaude, essayant de détendre mes muscles et mes nerfs, sans grand succès. Je suis gonflé à bloc. Mon excitation est presque palpable, tout comme celle de ma styliste. Dans quelques minutes à peine, je vais peut-être mourir.

– Tu as un souvenir de district mon beau ? me demande ma styliste, interrompant le silence pesant dans lequel nous nous trouvions.

Je secoue négativement la tête. Brynn ne m'a rien donné, et de toute manière, je n'ai pas besoin d'un objet pour me souvenir la maison et mon objectif, il est déjà ancré en moi. Je vais gagner les Jeux et revenir dans mon district en tant que vainqueur.

Je m'habille lentement. Je porte des pantalons souples noirs, des bottines de marche, une camisole grise et une veste rembourrée noire avec de multiples poches. Un vêtement somme toute habituel pour les Jeux. L'arène ne sera donc pas dans un environnement particulièrement hostile, question température.

– Ça commence bientôt, me dit la styliste avec sur son visage un mélange d'excitation et d'inquiétude.

Je comprends parfaitement ce sentiment. Mais malgré tout, j'ai la conviction que je ne vais pas survivre au bain de sang. Je hoche la tête et me lève, écartant les bras pour lui permettre de vérifier que tout est en place. Une voix demande aux tributs d'aller sur les plaques. Je m'y dirige lentement, adressant un dernier merci à la femme devant moi.

Ça y est, ça commence. Bien malgré moi, mon sang bouillonne à l'idée du massacre qui va prendre place dans un peu plus d'une minute. J'ai hâte de voir ce que l'arène me réserve.


Erwin Croon, 18 ans, District 2

J'engloutis tout ce que je peux pendant le repas dans l'hovercraft. Je ne sais pas dans quel état je pourrais me retrouver dans l'arène, alors j'ai besoin de faire le plein de force. Ma styliste me regarde avec dégoût, mais elle n'ose rien dire. La seule parole qu'elle a prononcée depuis ce matin était pour me réveiller.

Je regarde par le hublot, enfournant un autre morceau de viande. L'hovercraft se déplace à toute vitesse et nous devrions bientôt arriver à l'arène. Mes muscles sont tendus comme ils ne l'ont jamais été et mes mains me démangent tant je veux manipuler une arme en ce moment.

J'ai hâte. J'ai tellement hâte que ça fait mal.

Je suis née pour ce jour. C'est tout ce dont mes parents ont toujours rêvés, et c'est tout ce que j'ai toujours voulu. Aller dans l'arène et atteindre la gloire.

Je me demande ce que c'est, de tuer quelqu'un. Je n'ai pas de problème à le faire, mais la première fois doit être spéciale, non ? Il y a des carrières, certaines années, qui en sont incapables. Tuer une personne vivante est différent que de découper un pantin en morceaux. Je m'y suis préparée toute ma vie, mais je n'ai toujours aucune idée de ce que je ressentirai, en le faisant.

J'imagine que si ma première victime est Hammil, je n'aurai que du plaisir. Il peut être sûr que je vais le chasser dès que j'en aurai l'occasion, il est le premier sur ma liste. Suivi de tous les carrières de sa minable alliance, ainsi que la noire et sa fillette qu'elle protège jalousement.

Mais en fin de compte, tous les vingt-trois tributs sont sur ma liste.

J'ai hâte de rayer les noms.


Hammil Combe, 18 ans, District 2

– C'est le grand jour ! s'exclame mon mentor avec un immense sourire.

Je lui adresse un regard maussade. Il fait signe à ma styliste et aux pacificateurs qui nous escortent de s'éloigner. Apparemment, il veut me parler en privé. Je plisse les yeux. Il a beau être mon mentor, depuis le début, il ne me donne aucun conseil. Il s'amuse à me ridiculiser dès qu'il le peut, et à faire des commentaires déplacés à propos de Shaylee. Comme j'aimerais qu'il aille dans l'arène lui aussi, que j'ai une bonne excuse pour le tuer.

– Tu veux quelque chose ? lui demandai-je de mauvaise volonté.

Il s'approche de moi, me regardant droit dans les yeux avec un sourire malsain.

– Tu sais, en fait, tu es un bon gars, commence-t-il d'une voix doucereuse.

– Merci… dis-je sans en croire un mot.

– Mais je peux pas te supporter. Et tu sais pourquoi ?

Je reste silencieux. Je ne tiens particulièrement à le savoir. Il peut me détester autant qu'il le veut, qu'est-ce que ça peut bien me faire ? Je n'ai pas l'intention de me plier en deux pour lui plaire.

– Moi et Shaylee… On a couché ensemble, dit-il avec un sourire mauvais.

– Quoi ? dis-je en relevant la tête brusquement.

– Tu me crois pas, j'imagine. Tu te souviens, sur le train, tu m'as demandé comment je savais, pour ses cauchemars. Voilà la raison. Penses-y bien, j'ai été son mentor, et j'ai vécu les mêmes épreuves. Elle avait besoin de parler, d'être consolée. Et toi, tu ne pouvais rien y comprendre. Je me suis régalée, avec elle. Ses jolis petits seins, ses cuisses fermes, sa cicatrice dans le dos… La chaleur de sa chatte… Et sa tâche de naissance sous la fesse gauche. Ah... comme elle est délicieuse…

Je vois noir. Sans même essayer de me contrôler, je prends un élan et lui assène un violent coup de poing. Il riposte immédiatement, m'envoyant son pied dans le ventre. Je me plie en deux, le souffle coupé. Je lève vers lui un regard meurtrier.

– C'est ça… C'est comme ça que tu dois me regarder.

Les pacificateurs apparaissent à ce moment-là, m'encadrant sobrement. Je garde les yeux fixés sur Kishen, incapable de dire quoi que ce soit tellement je suis empli de rage.

– Comme j'ai hâte à l'arène, chantonne-t-il joyeusement. Tu vas mourir et ta petite amie n'aura plus que moi ~ !


Dixie Duncain, 12 ans, District 3

Je me tourne et me retourne pendant la nuit. Je n'arrive pas à dormir et je doute que je sois la seule. Non seulement les autres tributs, mais leur famille, et même les habitants du Capitole doivent avoir de la difficulté à se calmer. J'ai entendu dire que ces derniers organisent une immense fête juste avant le commencement des Jeux. Ça me dégoûte. Que peuvent-ils aimer de cela ? Quels genres de personnes sont-ils pour apprécier de telles horreurs ?

Je me couche finalement sur le dos, les yeux fixés au plafond. Ça fait des heures que je tente de dormir, car je sais que j'en ai besoin avant l'arène, mais je suis beaucoup trop excitée. Dans le sens négatif du terme.

Je me demande si Spens est comme moi. Il semblait relativement détendu pendant le repas d'hier, mais ça ne veut pas dire grand-chose. Je me suis rendue compte qu'il cache souvent ses émotions. Comme son score à l'évaluation. Je sais qu'il aurait pu avoir mieux.

La paranoïa me reprend. J'ai le sentiment que Spens va tenir sa parole, mais je ne peux pas m'empêcher d'en douter quand même. Si jamais il m'abandonne, ou encore me poignarde dans le dos, c'en ait fini de moi. Plus de Dixie. Ou bien si l'arène rend sa protection infaisable, qu'il y a des pièges, que je suis prise entre deux carrières sur les plaques...

Mes poings se crispent alors que je réalise toutes les façons possibles de mourir, dans l'arène. Les deux prochaines semaines vont être un véritable enfer, et c'est seulement si je survis jusque là.

J'ai peur.

Plus que la première fois où j'ai volé quelqu'un, plus que quand papa est tombé malade et qu'ils ont dits qu'il ne survivrait pas, plus que quand j'ai été tirée à la moisson. Peut-être même plus que quand je suis née. Parce qu'il faut être franche, la naissance, ça doit être terrifiant pour les nouveaux nés.

Je ne veux pas mourir demain.

Je vous en prie, qui que vous soyez… Je ne veux pas mourir. Pas encore. Pas maintenant. Pas pour l'amusement du Capitole.


Spens Sperkilt, 17 ans, District 3

Je sors de ma chambre en même temps que Dixie. Elle a d'énormes cernes sous les yeux et me lance un regard inquiet. Nos deux stylistes se saluent, alors qu'ils viennent nous prendre pour embarquer nos hovercrafts respectifs. Je fais un petit signe de la main à Dixie et elle incline la tête. Ma styliste me pousse en direction des ascenseurs, m'empêchant de parler à ma partenaire. J'aimerais la rassurer une dernière fois avant qu'on ne se retrouve dans l'arène. Et peut-être… que j'aimerais qu'elle me rassure, aussi.

On sort finalement de l'immeuble, après des dédales de couloirs, et je regarde le ciel, ayant l'impression qu'une vague de calme me parcourt de la tête aux pieds. Je frissonne légèrement. Je crois que je me sens prêt… et en même temps non. J'ai réussi à dormir plusieurs heures cette nuit, ce qui a été une surprise. Je m'imaginais être terrorisé, en ce moment. Mais je ne le suis pas. Pas vraiment.

Une échelle descend et je me laisse emporter dans l'hovercraft. Un homme m'implante un mouchard. Je me demande si des tributs ont déjà essayé de l'enlever, par le passé. Si c'est le cas, je n'en ai aucun souvenir.

Puis on s'installe pour manger. Ma styliste parle tranquillement, faisant la conversation toute seule sans attendre de réponses de ma part. Ça me va. L'écouter papoter de choses et d'autres me change les idées. C'est comme ça que je gère mon stress. Ne pas réfléchir, ne pas anticiper. Je peux réagir vite à toutes situations, m'en inquiéter ne fera que me mettre dans un mauvais état d'esprit pour l'arène.

Quoiqu'il arrive, quoique les autres fassent… Je peux survivre. Je vais survivre.

Je dois survivre.

Parce que mourir… Il est trop tôt pour ça.


Eta Galloway, 17 ans, District 4

Je passe la main dans mes cheveux nerveusement, arrangeant mes boucles blondes de façon presque obsessive, les yeux rivés sur mon reflet au miroir. J'entends ma styliste m'appeler de l'autre côté de la porte, mais je l'ignore.

J'ai fait de la méditation pendant quelques années, alors que la seule vue de ma mère m'enrageait. Lateefah était née depuis à peine quelques mois qu'elle parlait déjà de l'envoyer à l'entraînement, de partir une nouvelle tradition dans notre famille. Faire des vainqueurs qui enseignent à leur tour à leurs enfants, et ainsi devenir une famille célèbre. Comme si c'était si simple de gagner les Jeux.

Je ferme les yeux et me concentre sur ma respiration, essayant de vider mon esprit comme je pouvais le faire avant. Ça fait longtemps que je n'ai pas essayé la méditation, mais je me dis que ça ne serait pas si mal, dans cette situation. Autant avoir l'esprit clair pour le bain de sang.

Une impression de vide m'envahit et je me rends compte que j'ai la chair de poule. Lentement, je m'attache les cheveux en un chignon serré et remonte le zipper de ma veste. Je crois que je suis prête. Je me regarde une dernière fois dans le miroir. Le reflet qui s'y trouve, je me demande à quel point il aura changé à mon retour ?

Je me demande qui je serai, quand j'aurai gagné. Qui sera devenue Eta Galloway ?

Si seulement elle survit.

Je m'empare du collier que j'ai au cou, mon souvenir de district. C'est une petite algue cristallisée dans une pierre, que Lyall m'a donné ce matin. Il me l'a mise autour du cou, me murmurant à l'oreille qu'il croit en moi. Il était si proche, et il sentait si bon, que j'avais envie de l'embrasser. Mais ce n'était pas le moment. Quand je sortirai de l'arène… Je lui avouerai mon amour. Et je sauverai ma petite sœur des griffes ignobles de ma mère.


Mizar Lockhearst, 16 ans, District 5

J'étire l'élastique rose nerveusement, le passant d'une main à l'autre, perdu dans mes pensées. Jusqu'à maintenant, tout s'est plutôt bien passé. Mon niveau est légèrement inférieur aux autres carrières, à cause de mon année d'arrêt, comme le montre mon score, mais je me remets rapidement dans le moule. Plus ça avance, plus je me rappelle mes entraînements.

Je me lève tranquillement. Premier principe à retenir dans l'arène : Toujours être alerte, en particulier quand un éventuel attaquant croit que je suis sans défense. Quand je dors, par exemple. Deuxième principe : Ne pas avoir de pitié. Si je veux survivre, je ne dois pas considérer les autres comme des êtres égaux à moi. Sinon, j'hésite et ils peuvent en profiter. Ce principe-là est plus difficile à tenir.

La vie humaine est précieuse. Je l'ai appris mieux que quiconque à la mort de Tea. Je n'arrive pas à oublier la douleur de ma famille, l'horreur que nous avons vécue, ainsi que l'impuissance. Autant cette expérience me donne la motivation de rentrer à la maison, car je ne veux pas que mes parents passent par là à nouveau, autant c'est aussi elle qui me fait douter. Parce que tous les vingt-trois tributs ont une famille, et leur famille sont toutes aussi impuissantes que nous l'étions à sauver leur enfant, frère, sœur… Si je les tue… Je ne sais pas si je le peux.

Mais il le faut.

Je prends mes cheveux, et avec des gestes précis, des gestes presque révérencieux, je les attache en une queue de cheval basse avec l'élastique qui appartenait à Tea. C'était son préféré, elle le portait sans arrêt, ses cheveux blonds en un drôle de chignon au dessus de sa tête. Quand elle était si malade qu'elle ne pouvait plus se lever, elle voulait que je lui fasse des tresses avec son précieux élastique. C'était le premier cadeau que mes parents avaient pu lui offrir. Nous étions une famille très pauvre, avant que mon père n'hérite d'un coin de pêche de son cousin, où il y avait beaucoup plus de prises.

Je prends une grande inspiration. Que je sois prêt ou non, je vais entrer dans l'arène. Et personne, même pas moi, ne pourra connaître mes doutes. Je vais faire ce qu'il faut pour survivre.

Pour mes parents. Pour Tea.


Greir Redpool, 14 ans, District 5

Je touche la plaque incrustée dans ma peau délicatement. Comme j'aimerais l'arracher, elle aussi. J'aurais pu, si Arawn n'était pas intervenu. Mais je ne peux plus maintenant. L'arène est dans quelques heures et j'ai besoin de toute mon énergie et ma santé. Et puis, rien qu'à me rappeler la douleur… Je ne sais pas si je pourrais refaire une chose pareille.

Je fais les cents pas dans ma chambre. J'ai à peine dormi, mais ça ne change pas grand-chose. Je n'ai jamais pu dormir beaucoup. Je n'ai pas encore décidé de ce que je vais faire, une fois dans l'arène. J'ai l'impression qu'Arawn voudrait me suivre, et c'est vrai que je l'aime bien… Mais raison de plus pour ne pas être avec lui. Je ne veux pas m'attacher. Il est trop gentil, trop attentionné. Les gens comme ça, comme Elmo… Ils me font peur. Ils s'immiscent dans mon cœur, et après ils me causent de la peine, qu'ils s'en rendent compte ou non. Arawn devra mourir, si je veux survivre aux Jeux. Alors je ne veux pas me rapprocher de lui.

Nos mentors ne nous aident pas, non plus. Ils rigolent dans leur coin, faisant sans arrêt des paris idiots. Je suis livrée à moi-même. Rageusement, je prends un oreiller et frappe le lit, les murs. Je ne veux pas faire de dégâts comme je l'ai fait à l'évaluation. Je veux juste me calmer, ne serait-ce qu'un peu. Je suis énervée, stressée, effrayée. J'ai besoin de réfléchir, de me concentrer...

Le problème, c'est que je ne vois que l'injustice, dans cette situation. Que des gens comme Arawn ou moi se retrouvent dans les Hunger Games, alors que nous n'avons jamais rien fait de mal. Nous sommes punis pour un événement qui est arrivé avant même notre naissance. Si on y pense rationnellement, les Jeux ne sont même plus une punition. Ils sont simplement une téléréalité pour les habitants du Capitole. Une distraction, un festival. Un spectacle. Maintenant que c'est instauré, ils ne peuvent plus s'en passer.

Tout est injuste. Beaucoup trop injuste.


Arawn Eogan, 17 ans, District 5

J'enfourne bouchée après bouchée de mon repas, mais je ne goûte rien. Mes nerfs sont tellement à vifs que je suis même étonné d'être capable de manger. C'est un vrai combat que de prendre ne serait-ce qu'une bouchée, mais je sais qu'il le faut. J'ai besoin de toutes mes forces.

J'avale de travers et me mets à tousser. Je peux sentir mon visage devenir rouge alors que je me plie en deux, essayant tant bien que mal de respirer. Ma styliste se lève avec précipitation, me servant un grand verre d'eau. Je le prends avec reconnaissance. Nos échanges sont plutôt tendus, depuis qu'elle m'a inséré les plaques sans anesthésie, mais il n'y a qu'elle, pour mes dernières minutes à peu près libres. Alors autant accepter sa présence.

Je prends finalement une inspiration laborieuse et tousse quelques fois de plus. Au moins, si je meurs étouffé, dans l'arène, je saurai déjà le genre de douleur que je vais ressentir. Un petit rire m'échappe, accompagné de ma toux. Je dois arrêter de penser ainsi. Je dois être optimiste.

Katri était optimiste. Est optimiste. Elle est probablement persuadée que je vais revenir en vie. J'espère qu'elle ne se trompe pas. J'espère que je ne vais pas la décevoir. J'espère qu'elle a raison de croire en moi.

Pour me calmer, j'essaie de l'imaginer. Avec ses grands yeux et son sourire qui menace toujours de sortir, et ses longs cheveux si doux au toucher. Ses petites mimiques alors qu'elle raconte une histoire. Sa façon hésitante de m'embrasser. Son regard sans jugements, peu importe ce que fait ma mère en sa présence.

Si je reviens… Je vais lui acheter une magnifique robe blanche et je vais la demander en mariage. Parce que je l'ai su, dès la première fois que je l'ai vue. C'est elle que je veux pour le restant de mes jours. C'est un miracle, qu'elle m'aime. Je ne comprends pas trop pourquoi. Mais tant qu'elle me voudra… Je ferai tout pour elle.

Entre autre, gagner les Jeux.


Pomeline Baxwool, 13 ans, District 6

Je suis recroquevillée dans un coin de ma chambre, berçant mon poignet blessé. Winna a essayé de me rassurer, ainsi que Vamos, mais rien ne fonctionne. Je me déteste pour être aussi faible. J'aimerais être comme les autres tributs. Avoir des yeux qui disent : Je ne me laisserai pas tuer. Je n'abandonnerai pas.

Mais je ne peux pas. Je ne vois aucun espoir. Même si, par le plus grand des miracles, je survis au bain de sang… Avec mon poignet dans cet état… Je ne ferai que ralentir Winna et Vamos. Je ne serai qu'un poids mort. Peut-être même qu'à cause de moi, ils vont tous les deux mourir, essayant de me protéger.

Je me déteste. Je déteste être petite, je déteste être jeune. Mais encore plus, je déteste ma personnalité. La fille de douze ans, Dixie… Elle ne pleure pas, elle. Elle ne promène le menton haut, les épaules redressée. Elle affronte les autres tributs du regard. Elle ne montre aucune faiblesse. Pourquoi est-ce que je ne peux pas être comme elle ?

J'essuie rageusement mes larmes. J'en ai marre. J'ai toujours besoin de l'aide des autres. D'abord, c'était Oris, maintenant Winna. Je suis incapable de me tenir debout toute seule. Je le sais. Je le sais, mais… Je n'y arrive pas. Je ne sais pas comment faire, sans les autres. Je ne sais pas comment m'occuper de moi, comment survivre.

Je ne vois aucun espoir et je me déteste pour ça.

Je me lève brusquement, trop énervée contre moi-même pour vraiment comprendre ce que je fais. Je marche d'abord d'un bout à l'autre de la pièce, les membres raides. Mon regard s'attarde à nouveau sur mon plâtre, et avec colère, je lève le bras, l'abaissant sur le mur. Une douleur fulgurante me traverse et un cri m'échappe.

Je me laisse tomber au sol, me tenant le bras blessé, de grosses larmes coulant le long de mes joues.

Je veux rentrer chez moi… Je veux voir mes parents… Je ne veux pas participer aux Hunger Games…

Que quelqu'un me sauve… Je ne peux pas…

Que quelqu'un me sauve.


Oris Vermann, 15 ans, District 6

Je lance l'améthyste, la rattrapant à deux mains. C'est tout ce que je fais depuis une bonne vingtaine de minutes, alors qu'on attend la voix demandant aux tributs de monter sur la plaque métallique. Mon styliste me regarde en silence. C'est la première fois que je le vois aussi… calme. En même temps, c'est moi qui lui aie dit que je ne voulais pas parler, dès qu'on est entrés dans la chambre de lancement. Il ne fait que respecter mon souhait, j'imagine.

Je ferme les yeux, rattrapant la pierre même sans la voir. C'est un geste que j'ai répété si souvent que je n'ai même plus besoin de me concentrer pour le faire. Il me détend, habituellement. Mais pas en ce moment.

Comment se sentait Lennox, quelques minutes avant que les Jeux ne commencent ? Réfléchissait-il à sa stratégie, à ce qu'il allait faire pour survivre au bain de sang, avec qui il serait allié, à comment il se nourrirait ? À quoi ressemble l'arène ?

Peut-être. Il était bon pour garder son calme, pour penser rationnellement. Moi aussi, je le suis. Mais pas maintenant. Je ne peux pas. Ma vie est en jeu, et y réfléchir rationnellement… C'est trop me demander. C'est tout ce que j'ai fait, depuis que je suis arrivé au Capitole. Alors pour ces quelques minutes, seulement ces quelques minutes, je veux pouvoir paniquer. Je veux me permettre d'avoir peur, d'être terrorisé. D'avoir envie de rentrer chez moi, et que mes sœurs me prennent dans leurs bras, que mon père me tape l'épaule affectueusement, que la mère de Pomeline me fasse un délicieux repas. Et je veux aussi me permettre de m'en vouloir pour Pomeline, qui va probablement mourir encore plus tôt que moi, et que j'ai complètement abandonnée.

Je veux être faible, pour la dernière fois.


Laurel Wellwood, 15 ans, District 7

Je porte mes ongles à ma bouche une nouvelle fois et Pleione me frappe la main avec une moue mécontente.

– Tu vas ruiner tes jolis ongles. Ça suffit. Reste tranquille à la fin.

Je lui lance un regard noir. Depuis la parade, dire qu'on s'entend mal est un faible mot. On se déteste mutuellement. Malgré tout, elle veut réussir sa carrière, alors elle n'a pas eu le choix que de me rendre belle pour les entrevues. Elle l'a fait à contrecœur, ça se voyait à un kilomètre de distance. Heureusement pour moi qu'elle a de l'ambition, sinon je pouvais dire au revoir aux sponsors.

Pour l'énerver, je me ronge à nouveaux les ongles. Elle croise les bras et détourne la tête. Si elle n'était pas là, je crois que je serais devenue folle. J'ai les nerfs tellement à vifs que j'ai envie de tout défoncer autour de moi, de courir pendant des heures, de bouger jusqu'à l'épuisement complet, mental et physique. De hurler de toute la force de mes poumons. Mais le fait que ma styliste soit là, en face de moi, me retient. Je ne veux pas lui montrer comment je me sens. Je ne veux pas qu'elle me voit faible.

– Tu sais… commence-t-elle lentement.

Je lève un sourcil.

– En fait… Bon… tu as ruiné ma robe à la parade, mais… Je suis plutôt contente de t'avoir eu comme modèle, dit-elle timidement, sans me regarder. Tu es prometteuse, les gens du Capitole t'aiment. Va savoir pourquoi.

Je reste bouche bée. Et moi qui croyais qu'elle me détestait complètement.

– Alors, continue-t-elle. Alors reste en vie un bon bout. Que tu vives ou meurs, je m'en fous, vraiment… Mais si tu vis longtemps, ma renommée en tant que ta styliste pourra grandir. Alors ne meurs pas dans les premières minutes. Compris ?

Je hoche lentement la tête, un peu perdue. Est-ce qu'elle est en train de me dire d'une façon tordue qu'elle m'aime bien et qu'elle ne veut pas que je meurs ?

Peu importe la vérité. Je vais prendre son conseil à cœur.

Je ne vais pas mourir aujourd'hui. Il n'en est pas question.


Vamos Herriot, 12 ans, District 7

Je lance le couteau inlassablement, essayant de mettre le plus de temps de pratique possible avant l'arène. Je suis rendu plutôt bon. Maintenant, il se plante presque toujours où je veux, tant que je ne suis pas à plus de dix mètres de distance. Avec ça, je pourrai tuer quelqu'un, tapi dans un coin et sans que personne ne me voit. Et pour les tributs plus faibles d'esprits, je pourrai même les approcher, ils prendront pitié de moi, et je les tuerai par surprise.

Idéalement, j'aimerais que Laurel soit ma première victime, après la gifle qu'elle m'a donnée à la parade. Mais je vais d'abord devoir m'occuper de Winna et de Pomeline. N'empêche, je vais essayer de les garder aussi longtemps que je le peux. Elles sont une bonne protection. Mais dès qu'elles se font inutiles… D'abord Winna. Pomeline sera tellement en choc qu'elle sera une proie facile. Et ça, c'est si elles survivent au bain de sang.

Je m'assieds au sol, pris d'une quinte de toux. Mon seul vrai problème, c'est ma santé. Même si je ne suis plus malade comme avant, je ne suis pas complètement remis. J'ai régulièrement des crises d'asthmes, quoique j'ai réussis à les gérer, en apprenant à toujours rester calme, et je suis facilement essoufflé. De plus, les conditions dans l'arène risquent parfois d'être mauvaises et je pourrais tomber malade. C'est un réel danger pour moi.

Il va falloir que je sois prudent. Je n'ai pas besoin de manger beaucoup, mais je dois me tenir au chaud et je ne dois pas faire trop d'exercice. Heureusement que je suis petit, je peux échapper aux regards des autres tributs plus facilement.

Tout dépendant de l'arène, bien sûr.

C'est risqué, mais je n'ai pas le choix. Je ne veux pas mourir sans avoir essayé. Pas après avoir eu l'espoir d'une vie, de grandir, de devenir vieux. Pas après m'être remis de ma maladie. Je veux la vivre, cette vie. Je veux profiter de cette chance que j'ai reçue.


Nayad Perthshire, 16 ans, District 8

Je lève des mains tremblantes devant mes yeux. Je me demande pourquoi elles tremblent ? Enfin, je sais pourquoi, mais… Je croyais que j'allais bien, que j'avais accepté ma situation. Que j'avais confiance en moi. Et en la vie.

Je vais survivre, non ? Tout va bien aller, n'est-ce pas ? Même si je ne peux pas me battre comme les carrières, ou que je ne connais pas les plantes, comme ceux du onzième district, ou que je ne suis pas la plus belle, la plus attirante... Je ne vais pas mourir. Je ne peux pas mourir. Si ?

Et Yohan, aussi… J'ai peur pour lui. Il doit survivre, lui aussi. Il ne peut pas mourir comme ça, pas juste après que j'ai enfin commencé à le connaître. Est-ce que c'est pour ça ? Mes mains tremblent pour lui ? Parce que je ne veux pas qu'il meurt, parce que je veux qu'il rentre avec moi au district. Parce que je l'aime.

– Nayad, es-tu prête ? Il faut que tu t'habilles, me dit gentiment ma styliste.

Je hoche la tête distraitement et ouvre la porte de la douche avec maladresse. Prenant une grande inspiration, je tente de me calmer. Ça va bien aller. Moi et Yohan, on va survivre au bain de sang. On va survivre aux autres tributs. On va survivre à l'arène. Ça va bien aller.

Ma styliste m'aide à m'habiller, commentant sur les vêtements avec une moue mécontente. Elle aussi, elle trouve qu'ils ne sont pas très beaux. Mais au moins, ils sont confortables.

– Ça va aller ? me demande-t-elle.

Je hoche la tête à nouveau, la gorge sèche. Elle me prend soudainement dans ses bras et je retourne le câlin avec affection. Quand elle s'éloigne, je peux apercevoir des larmes dans le coin de ses yeux.

– Tu dois survivre, Nayad. Je vais t'attendre au Capitole, et on fera des vêtements ensemble, ok ?

– C'est promis, dis-je d'une voix rauque.

– N'oublie pas ton rêve. Il va t'amener loin.

– Je ne l'oublierai pas.

– Bonne chance.


Yohan Flamsteed, 16 ans, District 8

J'ouvre les yeux lentement, respirant le parfum de la magnifique créature couchée à côté de moi. C'est la dernière fois que je pourrai être si proche d'elle, que je pourrai la prendre dans mes bras, lui embrasser le cou. C'est peut-être même la dernière fois que je la vois.

– Ça chatouille, rigole-t-elle en s'écartant.

Je souris et la serre de plus belle, attaquant sa bouche avec férocité. Je veux en profiter le plus possible, boire son contact jusqu'à en être soûl. Parce que dans quelques heures, ce sera fini. Dans quelques heures, nous serons dans l'arène.

Je laisse tomber ma tête entre ses seins, essayant de cacher la panique qui s'est inscrite sur mon visage. J'ai peur de la perdre, j'ai peur de mourir, j'ai peur pour l'orphelinat. J'ai peur de souffrir, et encore plus qu'elle souffre. J'ai tellement peur.

– Yohan ? demande-t-elle avec une note d'inquiétude.

– C'est rien, Nayad. J'aime tes seins, c'est tout, dis-je avec un sourire coquin.

Elle me frappe l'épaule et s'assied, m'entraînant dans le mouvement. Doucement, elle me caresse la joue et frotte son nez contre le mien dans un geste affectueux.

– Tu as réussi à dormir ? me demande-t-elle.

Je hoche la tête affirmativement. C'est un mensonge, bien sûr, mais je ne veux pas l'inquiéter. Je voulais juste… enregistrer tous les moments passés avec elle. Parce qu'elle est optimiste, mais je ne le suis pas. Alors avant ma mort, ou la sienne, je veux être heureux. Le plus heureux possible. Je sais qu'Eli et Stein le comprendraient. Ils voudraient la même chose pour moi, eux aussi. Que je profite de mes derniers moments.

J'avance lentement mon visage vers celui de Nayad et l'embrasse tendrement. Je me demande ce qui vaut le plus la peine. Être en vie mais misérable ou mourir tôt en ayant connu le vrai bonheur ?

J'imagine que je ne le saurai jamais.


Silver Ivory, 17 ans, District 9

Je tape la pointe de mon pied contre le sol nerveusement, tout en me mordant la lèvre. J'ai étrangement envie que Wren se trouve avec moi, en ce moment. Quand je suis en sa présence, je suis beaucoup plus calme, beaucoup moins en colère. Je me concentre sur lui pour me changer les idées.

Je suis encore un peu choquée de sa déclaration aux entrevues. Alors c'est pour ça qu'il veut absolument rentrer. Pour tuer son père. Quand on s'est retrouvés à notre étage, j'ai voulu lui parler en privé, pour lui demander la raison. Mais les mentors et stylistes étaient toujours présents, et ensuite il est allé se réfugier dans sa chambre sans rien dire. Sans me regarder. Que s'est-il passé durant son évaluation ? Et qu'est-ce que son père a bien pu lui faire, pour qu'il le déteste autant ?

Je déteste mon père, moi aussi. Mais si j'essaie de m'imaginer en train de le tuer… J'en suis incapable. Il reste mon père, après tout… Je ne veux plus jamais le voir, je ne veux plus jamais lui parler. Mais le tuer de mes propres mains… Non, c'est impossible.

Moi qui croyais être la plus enragée, la plus déterminée. En fait, je ne sais pas très bien pourquoi je veux gagner. Ce n'est pas comme si je vais avoir une vie très agréable, à mon retour. Je vais toujours être détestée et évitée de tout le monde dans le district, et je n'aurai même pas le soutien de mon père. Ou du moins, je n'en voudrai pas.

Mais je veux gagner. Je veux leur montrer. Je veux leur faire regretter leurs applaudissements enthousiastes.

Et… Je veux vivre.

Je vais vivre.

Wren et Fir… Quand le temps sera venu, on se séparera, et seulement l'un de nous trois pourra survivre. Je le sais, je le comprends. Je ne veux pas qu'ils meurent, mais je ne veux pas mourir. Alors il se passera ce qu'il se passera, et je ferai ce que je dois faire. Même si ça me détruit. Même si ça les détruit.

On a tous des raisons pour rentrer à la maison. Nous tous, les vingt-quatre tributs. Mais seulement un réussira, et je veux que ce soit moi.


Wren Keene, 14 ans, District 9

Je me réveille affolé et en sueur. Lentement, je calme ma respiration et chasse les frissons qui me parcourent. J'entends des coups à la porte. C'est probablement ce qui m'a réveillé. Je me lève, essayant d'arrêter mes tremblements, et passe une main dans mes cheveux, les ébouriffant de plus belle.

J'ouvre la porte alors que les coups redoublent d'ardeur. Mon mentor se tient devant moi, une expression sombre sur le visage, comme à son habitude.

– Tu es enfin debout, petit. Tu dois prendre l'hovercraft.

Je hoche la tête et me frotte les yeux.

– Mauvaise nuit ?

– Juste un peu, dis-je avec un petit sourire.

– Avec ton score, les carrières vont te prendre en cible, toi et ta joyeuse bande. Fais attention.

Il pose une main sur mon épaule.

– Je ne sais pas par quoi tu es passé, dans ta vie, mais je sais que tu es un survivant. Tu me rappelles moi à ton âge. Tu peux gagner.

Je hoche la tête à nouveau.

– Merci, dis-je doucement.

– Ne t'attache pas trop aux autres. N'oublie pas la promesse que tu as faîte à Panem.

Je hoche la tête. Je ne suis pas près d'oublier. Je vais tuer mon père, quoi qu'il m'en coûte. Erkens sourit. Un vrai sourire. Puis il s'éloigne. Ma styliste se tient à quelques mètres et elle me fait signe de la suivre. J'obtempère sans me pauser de questions, content d'être distrait de mon cauchemar. Je ne veux pas y repenser. C'est toujours le même... depuis l'évaluation.

Je secoue la tête. Silver sort de sa chambre au même moment et nous échangeons un regard lourd, alors qu'on est immédiatement séparés. Le regard est clair : Bonne chance, on se revoit plus tard. Dans l'arène.

Alors que j'entre dans l'ascenseur à la suite de ma styliste, je m'empare de la balle de fusil accrochée à mon collier et l'embrasse discrètement, les yeux fermés. Liam, ça commence. Regarde-moi bien, grand frère. Je vais protéger Aysel et maman.


Eevi Hayse, 14 ans, District 10

Dès qu'on entre dans la chambre de lancement, je me couche sur le sol, les yeux fixés au plafond, écartant les bras et les jambes autant que je le peux.

– Euh… Eevi ? dit la voix interloquées de ma styliste.

Je l'ignore. Elle peut bien penser ce qu'elle veut, je vais bientôt mourir, alors qu'est-ce que ça change ? Je me demande ce que Maureen a pensé, en regardant l'entrevue. Elle devait être contente, non ? Elle est enfin libre. Elle n'a plus à s'occuper de moi.

Je veux mourir pour moi, mais étrangement, je crois que je veux mourir pour elle, aussi. Je ne crois pas qu'elle le mérite, mais… Elle est ma sœur, ma seule famille encore vivante. C'est naïf et idiot de ma part, mais j'aimerais qu'elle soit heureuse. Je sais qu'elle m'a abandonnée, je sais qu'elle n'a pensé qu'à elle seule. Mais avant la moisson, avant toute cette histoire… Elle aurait pu m'abandonner il y a bien longtemps. Sans elle, je serais morte maintenant, ça ne fait aucun doute. Les gens du district auraient compris. Ça se fait souvent, après tout. Chacun veut survivre, même si ça veut peut-être dire la mort de quelqu'un d'autre.

Mais Maureen est restée, toutes ces années. Alors, maintenant, je crois qu'elle a le droit d'être heureuse. Je suis prête à mourir. Je n'ai pas vraiment de regrets. Sauf peut-être l'entrevue. J'aurais dû lui dire que je lui pardonne. Mais il est trop tard. Peu importe. Sa mauvaise conscience, si elle en a une, sera son seul prix à payer pour ma mort. C'est un bien bas prix, je trouve.

Je suis heureuse, d'une certaine façon. De mourir en paix. Peut-être que le fait que je ne puisse pas me tuer signifie qu'une partie de moi ne veut pas mourir. Mais cette partie est si insignifiante, si invisible… C'est pourquoi Rendwick va le faire pour moi. Et tout sera enfin fini.

Je n'aurai plus à souffrir. Je pourrai être réellement en paix.


Rendwick Whishart, 15 ans, District 10

Les vagues d'excitations me parcourent alors que je suis descendu de l'hovercraft. Laetitia me guide dans les dédales de couloirs sous-terrains afin de rejoindre la chambre de lancement. Quand je pense qu'on se trouve directement sous l'arène… Je ressens un mélange de joie immense d'enfin réaliser ma fantaisie ultime, tuer quelqu'un, et de frayeur à l'idée que je vais peut-être mourir avant même de pouvoir l'accomplir. Mourir après, ça m'importe peu. De toute manière, je ne vois pas comment je pourrais gagner les Jeux contre les carrières. Mais avant…

Un frisson me parcourt et ma styliste me lance un regard dégoûté. Elle semble me détester profondément. Je m'en fous, elle n'est qu'une idiote du Capitole. De toute manière, je ne vois pas ce qui lui donne le droit de me regarder ainsi. Elle est comme moi, après tout. Elle et tous ceux qui aiment les Hunger Games. Ils prennent plaisir à regarder des meurtres sanglants, des enfants qui meurent de faim et de soif, qui se font déchiqueter en morceaux par d'horribles monstres. Alors comment peuvent-ils croire qu'ils sont mieux que moi ?

Au moins, je ne me le cache pas. Je sais que je suis anormal, je sais que je suis mauvais. Eux, ils s'imaginent qu'ils sont parfaits, qu'ils sont bons. Qu'ils ont raisons. Quelle bande d'écervelés. Ils sont des monstres, comme moi. C'est juste qu'eux, ils n'ont même pas le courage de l'admettre.

Bientôt, je vais leur montrer du spectacle. Je vais les exciter, les faire se lever de leur siège, les faire crier de joie. Je vais tuer.

La pauvre petite Eevi, qui ne se doute de rien. Si seulement elle savait ce que je lui réserve… Elle s'enfuirait de moi en courant, plutôt que d'offrir sa vie à bras ouverts.

Je vais m'amuser.


Winna Aldjoy, 16 ans, District 11

Je touche ma boucle d'oreille et me regarde dans le miroir, imaginant avoir Sana devant moi plutôt que mon reflet. Comment va-t-elle ? A-t-elle dormi cette nuit ? Je sais déjà que non. Elle a dû être roulée en boule, à pleurer et à angoisser. Ce matin, elle sera collée à l'écran, en priant pour que je ne meurs pas. En priant pour ne pas me perdre.

Je peux la comprendre. Imaginer la perdre est impensable, pour moi aussi. Elle est la moitié de moi-même. Nous n'étions qu'une, dans le ventre de notre mère. Nous avons besoin l'une de l'autre, pour survivre. Je suis soulagée d'être celle qui va perdre le moins, si je meurs. Je m'en veux, mais… Je ne peux pas m'imaginer dans sa situation. Je ne pourrais pas accepter de la voir à l'écran et d'être complètement impuissante.

Je suis soulagée, oui. Parce que si je meurs, c'est elle qui va me perdre. Moi, ce sera fini. Ce sera le vide. Aucune douleur, aucun regret. La mort, pure et simple. Je ne veux pas mourir… Et je vais tout faire pour survivre. Mais je suis heureuse que ce soit moi, de nous deux, qui entre dans l'arène.

Je touche délicatement le miroir du bout des doigts et souris. Ne t'en fais pas trop, Sana. Je vais tout essayer pour que tu n'aies pas à vivre sans moi. Je te le promets.

Une voix annonce aux tributs qu'il est temps de monter sur les plaques métalliques. Je me tourne vers mon styliste, qui me fait un sourire rassurant. Lentement, les jambes légèrement tremblantes, je monte sur la plaque. Je pense brièvement à Pomeline et espère qu'elle aussi survivra au bain de sang, malgré son poignet. Je vais faire de mon mieux pour la protéger, du moins. Sana comprendrait, j'en suis sûre.

Le tube de verre descend sur moi, me gardant prisonnière. Je ferme les yeux et ma respiration s'accélère. Ça y est.


Fir Rollo, 18 ans, District 11

Je me concentre sur ma famille et ma vie au district, essayant d'oublier ce qui m'attend. Fermant les yeux, je m'imagine me réveillant dans mon minuscule lit. Il y a des bruits dans la cuisine, des rires d'enfants et la voix autoritaire de mon père qui dit à Mysie de lâcher Aeolus. Finley crit qu'il va rejoindre ses amis et ma mère lui dit de ne pas rentrer trop tard. Il y a un petit coup timide à ma porte et Abigael passe la tête par l'ouverture, me disant que je dois bientôt partir travailler.

Je m'habille rapidement, me nettoyant seulement les mains et le visage pour économiser l'eau. Puis, j'aide mes parents à nourrir tout le petit monde et à nettoyer la cuisine. Aeolus pleure et je le console un moment, le berçant dans mes bras. Abigael se plaint encore des autres à l'école qui sont tous tellement idiots et qu'elle ne peut discuter avec personne de son niveau intellectuel.

Ensuite, je pars accompagné de mon père dans les champs dans un silence confortable, ce dernier n'étant pas un homme de beaucoup de mots. Le travail aux champs est difficile et je dois souvent essuyer mon front en sueur et étirer mes muscles endoloris, mais je le fais sans rechigner, content de rapporter du pain sur la table au bout de la journée, aussi minuscule la paye soit-elle.

Sur le chemin du retour, je croise le regard de cette fille qui m'intéresse depuis quelques temps et elle me fait un clin d'œil coquin. Peut-être qu'il serait temps que j'agisse. J'ai l'impression qu'elle ne serait pas contre une petite aventure. Mon père me lance un sourire moqueur mais ne dit rien. Je suis content, qu'il ne parle pas beaucoup.

Et le soir, on a tous un souper en famille. Il n'y a presque rien sur la table. Mais tout le monde est là, et étrangement, on est heureux. Je suis heureux.

J'ouvre les yeux. Le tube de vitre se referme autour de moi et la plaque monte lentement. C'est parti.


Wyvern Edenthaw, 15 ans, District 12

Je suis morte de peur.

J'ai souvent eu peur, dans ma vie. Avery me traitait de trouillarde, quand nous étions plus jeunes. Tout m'effrayait. Les insectes que j'imaginais me manger de l'intérieur, ou pondre des œufs en me piquant. Les échardes de bois qui se plantaient dans mon pied, car j'étais convaincues qu'elles me donneraient des infections. Les espaces noirs. Les rideaux de douches fermées. Le tonnerre et les éclairs. Les hommes plus grands que moi. Mes professeurs. Avoir une mauvaise note.

Et il y avait les peurs plus terre à terre, les peurs réalistes, les peurs que la plupart des habitants de district ont déjà ressenties. La peur de ne pas avoir à manger le lendemain, la peur de tomber malade et de ne pas pouvoir faire d'argent. La peur qu'un proche ne tombe malade, ne meurt. La peur de me retrouver orpheline. La peur d'être tirée pour les Hunger Games.

Mais je n'ai jamais eu peur comme en ce moment. C'est le genre qui me prend aux tripes, me fait trembler, me fait claquer des dents, me donne le tournis, et même, me donne envie de me pisser dessus.

C'est une peur qui contrôle tout, qui m'enlève tous moyens, toute réflexion. Je me déplace comme un robot, je suis les ordres. Mais je ne suis pas là. Pas vraiment. Je suis dans ma tête, je suis dans ma terreur. Je m'imagine les pires scénarios, et je ne peux m'empêcher de croire qu'ils vont se réaliser.

Je veux m'enfuir à toutes jambes, je veux hurler, je veux appeler à l'aide. Je veux être n'importe où sauf ici, dans cette chambre de lancement, alors que je m'apprête à entrer dans les Hunger Games avec vingt-trois autres tributs qui veulent ma peau.

Ou plutôt, vingt-deux. Une chance que j'ai Alto.


Alto Naysmith, 16 ans, District 12

Je frémis d'excitation. Un peu de peur, aussi. Mais surtout d'excitation.

Je me rends bien compte que j'ai une grande faiblesse. Je n'ai aucune habileté au combat. Je peux tenir longtemps sans me battre, ça aussi je le sais, mais éventuellement, il faudra que je puisse me défendre. Heureusement, je sais déjà ce que je vais faire pour remédier à cela.

Je m'habille lentement, alors que mon styliste me tourne autour en s'extasiant, comme à son habitude. Les vêtements sont légers et chauds. L'arène ne sera pas dans des glaces, mais elle ne sera pas un désert non plus comme elle l'a été il y a quatre ans. C'est bien. Les arènes tempérées sont souvent les plus supportables.

Je pense à la première action que je devrai commettre dans l'arène, par ordre du groupe de carrière. Mon deuxième test, si je puis dire. Ça ne sera pas facile émotionnellement, mais après mes années de prostitution sans rien ressentir, je me demande même si je peux avoir de réelles émotions. Je ne me souviens pas avoir pleuré depuis… bien longtemps. Ni m'être mis réellement en colère. J'ai toujours ressenti une certaine affection pour ma famille, mais parfois j'ai l'impression que c'était surtout un sens des responsabilités. Enfin. Je pourrai me questionner là-dessus une fois sorti de l'arène.

J'entends la voix féminine annoncer le lancement éminent et vais me placer sur la plaque métallique. Le tube de verre descend et mon styliste me fait de grands sourires encourageants, que j'ignore. Je peux très bien me rassurer moi-même.

Je passe à nouveau en revue tous les tributs mentalement, mais c'est plus par nervosité que par nécessité. Je me souviens de tous les détails importants, et même ceux qui ne le sont pas. Mon plan est fait, mes pions sont en place. Il ne reste plus qu'à commencer la partie. Et aux échecs, je ne perds jamais.


Dans le Capitole

Les talons claquent sur le sol marbré blanc du corridor, s'immobilisant devant une porte électrique. La femme lève son index et l'appuie contre l'appareil, qui scanne son empreinte digitale. La lumière rouge clignote plusieurs, fois puis devient verte, et la porte coulisse silencieusement, laissant apparaître la salle où la magie se crée. La femme traverse l'encadrement, faisant à nouveau claquer ses talons.

Tous les regards se tournent vers elle, les uns après les autres, et les têtes s'inclinent respectueusement en la reconnaissant. Une jeune femme se lève de son fauteuil siégeant sur une plateforme surélevée, afin d'avoir une vue absolue sur toutes les opérations. Elle s'avance précipitamment vers la femme.

– Mme la Présidente. C'est un honneur de vous avoir ici, salue-t-elle cérémonieusement.

La présidente Amber Dawn sourit poliment et d'un geste invite tout le monde à se remettre au travail.

– J'étais si excitée que j'ai eu envie d'assister au lancement d'une place privilégiée, dit-elle en s'avançant, obligeant la Haute-Juge à suivre ses pas alors qu'elles se promènent entre les rangées de techniciens en tout genre.

Elle s'arrête devant l'immense plan 3D de l'arène, qu'elle contemple longuement.

– Quelle merveille ! s'extasie-t-elle.

– Merci, Mme la Présidente, dit Delphi Scrymgeour, les joues rougissantes.

– Tout est prêt, j'espère ?

– Oui, tout se passe comme prévu.

– Bien. Ne faîtes pas attention à moi, chère. Le devoir vous appelle.

La jeune femme s'incline et retourne à son siège. Elle lisse sa jupe nerveusement et reporte son attention sur son travail. Son rêve se réalise enfin. Elle ne le laissera pas se transformer en cauchemar.


Dans le studio de tournage, deux commentateurs animent avec énergie afin de garder l'intérêt des gens du Capitole à cran.

– Bienvenue à l'émission des Hunger Games ! s'exclame Caesar Flickermann avec enthousiasme en levant les bras. Dans moins d'une minute maintenant, les tributs vont être montés des chambres de lancement et nous pourrons enfin voir la fameuse arène. Êtes-vous aussi excités que moi ?

Une clameur assourdissante se lève. Le peuple de Panem en entier est devant un écran, attendant l'attraction avec impatience pour certains et appréhensions pour d'autres. C'est le moment le plus redouté et attendu tout à la fois de l'année. C'est l'événement que personne ne manque. Ce sont les Hunger Games.


Une femme énonce le compte à rebours d'une voix morne. Les techniciens courent dans tous les sens pour régler les derniers détails. Delphi Scrymgeour supervise le tout d'une main de fer. La Présidente regarde l'arène en 3D devant elle, les yeux pétillants et le sourire sadique.

– 3… 2… 1 !

Les plaques soutenant les vingt-quatre tributs s'élèvent lentement dans l'arène et s'immobilisent. La voix de Claudius Templesmith, grave et familière, retentit dans toute l'arène, dans toutes les télévisions.

– Mesdames et messieurs, que les trente-cinquièmes Hunger Games commencent !

60... 59... 58... 57...

Les yeux s'ouvrent. Bleus, verts, gris, bruns, pairs. Ils enregistrent leur entourage, les paupières papillonnantes. Les expressions sont incertaines, hésitantes.

51... 50... 49... 48...

Une fillette pleure, se tenant le poignet. Une autre veut se convaincre d'avancer d'un pas et d'en finir pour de bon. Deux amoureux se regardent, peut-être pour la dernière fois. Un beau jeune homme a son mystérieux sourire en coin.

43... 42... 41... 40...

Deux partenaires de district s'échangent un coup d'œil haineux. Un garçon peaufine son plan, se promettant de ne pas finir comme son frère. Un jeune homme se souvient des enseignements de son père et de son appartenance à une famille de rebelles.

31... 30... 29... 28...

Une fillette aux longs cheveux hirsutes se promet de rester elle-même, quoi qu'il arrive. D'autres encore, plus professionnels, se préparent à commettre leur premier meurtre. Trois amis s'échangent des regards complices, confirmant leur stratégie.

20... 19... 18... 17...

Une fille aux étranges yeux bridés aperçoit son arme de choix parmi les trésors. Une autre regarde désespérément le garçon qu'elle aime, espérant qu'il la protègera. Un dernier, enfin, veut changer sa vie d'orphelin insignifiant.

12... 11... 10... 9...

Les genoux se fléchissent et les expressions se font déterminées. Les corps frémissent et tremblent, l'adrénaline est à son comble. Les plans sont formés, les décisions prises. Certains vont fuir, d'autres se battre. Le sang va bientôt gicler et colorer d'un rouge poisseux la scintillante corne d'abondance, les armes vont être accessoires à de magnifiques danses macabres. Qui sortira vainqueur et qui rentrera dans un cercueil ?

3... 2... 1... 0.

Que le meilleur gagne ~ !