28 | L'importance du métier

Je me rends compte en finissant mon service que vendredi est passé et que, quels que soient le résultat de la médiation de ma mère entre Finnigan et Ogden ou celui de la rencontre avec l'oncle de Defné, je ne m'en suis pas inquiétée.

A ma décharge, le début du week-end a coïncidé avec une fréquentation en hausse de la foire et pas mal de débordements liés à trop de consommation d'alcool. Ce n'est sans doute pas le coeur du travail d'Auror, mais les policiers sont trop peu nombreux pour qu'on fasse nos bêcheurs. Ça implique pas mal de surveillance, de vérification, de course à pied, d'interventions physiques et, heureusement, plus de négociation que d'arrestations. C'est excellent pour Cassia et Mark, qui font plutôt honneur à leur formation initiale et semblent maintenant avoir trouvé leur place et noué de nouvelles relations. J'ai ainsi surpris des discussions qui indiquaient clairement qu'ils ont donné des conseils sur certains sortilèges aux plus jeunes policiers de l'équipe et ont en échange appris deux ou trois clés de bras efficaces. Je peux donc féliciter Mark et l'envoyer dormir sans trop de délai.

Assise sur mon lit, les rideaux tirés, je regarde enfin les messages personnels arrivés sur mon miroir. Pas tant que cela. Seamus m'a laissé un message au milieu de l'après-midi - comme je n'ai aucune idée du contenu, il faudrait que je place une bulle de silence pour l'écouter, et c'est le meilleur moyen pour que tout le monde se pose des questions. Sam a essayé plusieurs fois de me joindre sans laisser de message, lui, et je décide sans trop de remords que je peux éventuellement le réveiller. On devrait pouvoir avoir une discussion anodine ou au moins donner le change.

"Eh", il sourit en répondant à la troisième sonnerie. Juste une petite variation dans sa voix indique qu'il devait être en train de s'endormir. "Je n'espérais plus rien avant demain !"

"Je reprends à cinq heures du matin, t'aurais été content, tiens !"

"J'étais en train de me préparer mentalement à un truc du genre", il sourit toujours. "Bon, alors ?"

"Bah, c'est la foire - des tas de gens qui perdent leurs inhibitions après un whisky pur feu de trop ; des pickpockets et des voleurs en tout genre ; des petits escrocs et vendeurs de produits frauduleux... Rien de vraiment extraordinaire, mais on imagine ce que ça serait sans nous", je raconte, contente d'avoir ses yeux sur moi, d'entendre sa voix, consciente brusquement de son absence physique qu'aucune magie ne peut combler. "Et toi, en week-end ?"

"Demain matin, on relit notre dossier d'inculpation des dragons avec les grands chefs et, sans doute, peut-on espérer du temps libre derrière. Du coup... j'ai proposé à mes parents et à ma soeur qu'on se retrouve tous à Dublin dimanche..."

"Vous venez à la foire ?"

"Eh bien, ma mère adore les foires de printemps, et ça fait dix ans qu'elle n'est pas allée à Dublin. Tout le monde est content du changement et de te voir dans ton beau costume", il indique avec un sourire teinté d'ironie. J'entends que je peux protester aussi et qu'il proposera autre chose.

"Je risque de ne pas d'avoir trop de temps à moi le dimanche, mais super idée", je promets. Je suis après tout celle qui lui fait remarquer régulièrement le peu de temps qu'il accorde à sa famille. "Il y a de chouettes artisans, et Camden va être fière de te montrer comme elle s'en sort bien."

Je crois qu'il se retient de creuser sur cette dernière information.

"Je te précise tout ça mieux quand je sais. Et ne t'inquiète pas, je m'occuperai d'eux. Pas là pour te compliquer la vie", il s'empresse de préciser.

"Pas de souci", je souris. "Tu as eu des nouvelles de... "

"La fondation ?", il propose.

"J'imagine que non", je lui livre sans détour. Il confirme sobrement. "Il aurait fallu que tu y ailles, ou parler à Papa ou Cyrus..." Nouvel acquiescement. Je vérifie que je suis a priori seule pour ajouter : "Mãe n'avait pas l'air de penser que tout se jouerait là de toute façon." Samuel écoute avec attention mais ne semble pas surpris que j'évoque ma mère - il doit se savoir jusqu'à Londres qu'on a dîné ensemble à Kinsale sans doute. "Je me disais que tu pouvais en savoir plus sur... la médiation..."

"Il faudrait que j'ai pu en parler avec Zoya sans que ça ne lui mette la puce à l'oreille... et ce n'est pas le cas. Je n'ai pas croisé Finnigan non plus - pas que je sois sûr qu'il me dirait. Ta mère avait l'air confiante ?"

"A peu près... Je crois qu'on aura d'autres occasions de faire un debriefing", je décide alors que j'aperçois Shannen et Olivia dans l'entrebâillement des rideaux, comme un rappel des limites de la confidentialité de notre conversation.

"Oui, va dormir un peu", il sourit.

Le réveil vient trop vite et j'ai du mal à émerger. Sous la douche, j'arrive à la conclusion utile que j'ai devant moi un très bref moment où je peux écouter discrètement le message de Seamus sans attirer l'attention. Au pire, ça réduira mon temps de petit-déjeuner - rien de très grave. Je m'habille donc rapidement et je m'éloigne autant que possible des lieux où je vais croiser mes collègues. Un des deux policiers en garde sur le périmètre extérieur se contente d'un signe de tête ; l'autre ne dit rien. Je place une bulle de silence et je lance le message :

"Salut Iris. Je te fais un petit rapport sur l'état des choses aussi", raconte Seamus avec ce sourire d'autodérision qui est sa marque de fabrique. "La médiation a eu lieu. Je crois qu'Ogden est content des éclaircissements, de l'attention que ta mère lui a donnée... J'espère que ça mettra l'huile qu'il faut dans nos relations même si notre ancienne Commandante a dit qu'elle allait recommander que toi et moi allions avec un autre lieutenant que Tanya... Comme je suis un indécrottable Gryffondor, j'ai dit : 'pas de problèmes', mais... peut-être que toi tu auras une autre position. Je pense que ça se fera avec l'arrivée des nouveaux aspirants et j'espère que tu voudras bien encore me supporter comme chef..."

Tout en regardant arriver les visiteurs de la foire, je me demande avec sincérité si je ne devrais pas mettre Seamus au courant de notre projet d'avenir...Est-ce qu'il vivrait ma grossesse comme une fuite ou une trahison de ma part ?

"J'ai demandé à venir en renfort sur Dublin, mais une ancienne Commandante encore très influente m'a ordonné d'emmener ma femme en week-end au sud du Portugal où il n'y a personne et d'immenses plages où on peut marcher des jours entiers et discuter... Qui suis-je pour désobéir ?", il commente. "Surtout que Franny semble trouver que c'est une bonne idée... Il paraît que tu connais l'endroit... Pour finir par plus de concret : j'ai appelé le Magenmagot, et on a une audience avec Summers lundi après-midi. Dawn Paulsen pense que c'est de bon augure mais nous accompagnera. Donc tu peux prendre ton temps lundi matin, j'imagine que tu en auras besoin. Tiens le coup, hein !", il termine.

J'enregistre rapidement une réponse où je le remercie de m'avoir tenu au courant et je lui promets que le Portugal est une bonne idée et je repars à grandes enjambées vers notre tente. A mon arrivée, je vois Mark en grande conversation avec Olivia et les autres jeunes policiers. Ça ne me dérange pas qu'il ne me saute pas dessus, et Shannen me tend un café sans faire de commentaire.

"Ils semblent bien s'entendre tous, finalement", elle commente d'un ton peut-être trop léger.

"Une apparence ou une réalité ?", je questionne. J'ai confiance en son avis et je parierais qu'elle en a un.

"Bellchant semble avoir ravalé sa jalousie mal placée", elle estime.

Ce n'est pas un sujet facile. J'aime vraiment beaucoup Shannen et cette hiérarchie Aurors-policiers est une sacrée épine en un sens.

"Ils semblent s'apprendre des trucs", je décide de commenter de manière neutre.

"Et puis Bellchant n'a pas à s'occuper des affaires de... Miller... ou de Logan..." Shannen n'a pas dit le dernier nom très fort, mais ça me fait dresser l'oreille tout autant, voire davantage.

"Tu sais ?", elle se contente de demander.

"Quoi donc ?"

"Logan... il est plutôt intéressé par Miller... et au début, je pense qu'elle a été flattée voire intéressée mais... elle a rencontré, ou re-rencontré sans doute, Mark et..." Shannen laisse sa phrase mourir estimant sans doute que la suite est devant nous.

"Tu penses que Mark le sait ?"

"Aucune idée. Logan ne t'a rien dit ?"

"C'est un vieux pote", je reconnais. "Mais... pas à ce point là." Silencieusement, je me souviens de la réaction agacée de Logan quand j'avais interrompu son déjeuner en tête à tête avec Olivia... Je n'y avais sans doute pas porté assez d'attention à l'époque. "Merci de l'information."

"Tu vas faire quoi?"

"Rien a priori. Ce sera sans doute bien de comprendre vite si besoin."

"Je ne vois pas Logan s'en prendre à un gamin... surtout ton aspirant", me livre Shannen sans doute pour me consoler.

J'imagine toute la Brigade prenant les paris, et un soupir me vient. Au même instant, la jeune classe arrive au bout de son conciliabule et se tourne vers nous alors que nous attendons toujours notre chef d'équipe. Il n'est nul besoin de legilimancie pour savoir que Mark a été désigné comme porte-parole.

"Chef", il se lance avec une infime hésitation. Il n'a pas choisi mon prénom, je note silencieusement. "On a une question..." À la tête de Shannen, elle en sait une fois de plus davantage que moi. "L'affaire Dubhara, tu sais quelles vont être les suites ?"

"Je pense que Foote va le relâcher à la fin sans poursuites vu que la victime ne veut pas porter plainte. Il a marqué le coup et évité qu'il continue à tourner dans la foire à chercher les ennuis", je réponds lentement.

Mark a un regard très bref pour Bellchant et Olivia et repart au front : "Mais ce qu'il nous a raconté et ce que la victime a confirmé ; les menaces physiques sur sa soeur, sa spoliation de son héritage...", il espère sans doute que je complète mais je me contente de croiser les bras et il termine : "Il y a motifs à... enquêter... non ?"

"Il n'y a pas de plainte."

"Il suffirait que le jeune Dubhara porte plainte, non ?", il insiste avec un "chef" en remorque pour bonne mesure.

Je regarde Shannen qui a le bon goût de prendre un air désolée. "Dis-moi, Sherburne, je me fais des idées ou tu me les as envoyés ?"

"La Brigade n'a pas d'autorité territoriale sur les terres irlandaises sauf opérations conjointes ou spéciales", elle récite. "Seuls les Aurors en ont une."

"On dit que dans les propositions du rapport Lupin, il y aurait des détachements permanents sur les différents territoires", intervient Alderton qui a fini par se rapprocher par curiosité ou par désoeuvrement.

J'hésite et puis je me convaincs que refuser de répondre serait la pire chose à faire.

"Je sais que vous n'allez pas obligatoirement me croire, mais ma mère ne m'a pas fait de résumé de son rapport ou de ses propositions", je commence et Alderton va s'excuser, je le vois bien, mais je ne lui en laisse pas le temps. "Je sais seulement qu'il s'agit d'adopter des procédures plus proches de ce qui se passe dans d'autres pays - donc des détachements permanents, Aurors et Brigades, pourquoi pas. C'est ce qui se passe en Italie par exemple. Mais j'ai envie de dire on verra bien quand la réforme sera officiellement lancée. Vous savez tous autant que moi que ce seront les détails qui seront importants, pas l'idée." Alderton opine. "Et, en attendant, l'Irlande est de fait le premier territoire avec un Bureau d'Aurors permanents... donc si quelqu'un devait enquêter sur la famille Dubhara, ce serait eux."

"On le sait bien, Iris", soupire Mark - ce gamin a de la chance de ne pas avoir un mentor formaliste, c'est clair. "Mais toi tu pourrais demander à Camden ou Foote ce qu'ils comptent faire, non ? Ça aurait davantage de poids que si c'était moi, ou Miller, ou Bellchant… ou même Sherburne..."

"Certes", je soupire à mon tour alors même que Camden et Foote entrent de concert dans la tente. "Je ne promets rien", je précise pour ma petite bande de jeunes idéalistes. Shannen et Alderton échangent un regard dont je ne saisis pas la teneur. "Soyez patients, Ok ?"

Il faut bien plusieurs heures pour que je me trouve dans une configuration qui me permette d'envisager d'aborder le sujet avec Eolynn. Elle vient prendre ma suite à la surveillance globale, armée de sandwiches et de café.

"C'est la guerre dehors", elle m'apprend en se laissant tomber à mes côtés.

"C'est ce que je vois", j'abonde avec un geste vers les sphères. "Les autres sont là ?"

"Wintringham est en chemin avec une petite cargaison de nouveaux dossiers à ouvrir. J'ai pris de l'avance... Il a bien assez de baguettes comme ça !" Je souris et elle embraye : "Et avant que tu ne demandes, Wintringham est remonté contre ton aspirant, je ne sais pas s'il va t'en parler, mais... peut-être."

"Grave ?", je questionne avec un pincement à l'estomac qui me surprend moi-même.

"J'ai cru comprendre qu'il ne le trouve pas assez concentré... Il doit prendre un peu trop d'assurance... c'est le risque avec ce genre d'opérations passé le moment où tu découvres tout... Ça te fait rire que je fasse mon affranchie ?", elle questionne avec un vrai sourire.

"Un peu mais pas parce que je doute que tu le sois", je précise. "Parce que je mesure que tu l'es."

"Je reviens de loin", elle rit un peu jaune.

"Pourquoi tu dis ça ? Foote a l'air de te faire confiance. Coughlin a adoré bosser avec toi", je me risque.

"Je me rappelle de mes débuts..."

"Parce que je suis là ?", j'enquête patiemment. Peut-être qu'il faut en passer par là.

"Je ne te reproche rien, Iris au contraire. On n'est peut-être pas restés ensemble très longtemps, McDermott et moi, mais sans toi, je ne sais même pas si ça aurait duré autant... "

"Il n'était pas prêt à... pas totalement prêt à transmettre et la situation... familiale n'a pas aidé", je tempère en retenant qu'il me semblait que du moment qu'il n'avait plus été officiellement responsable d'Eolynn, leurs relations n'avaient fait que s'améliorer.

"Faut arrêter avec cette histoire", elle soupire. "Ce n'est pas de la faute de Samuel, même s'il a sans doute tout du gendre idéal pour ta mère, si ça n'a pas marché avec Kane, Iris. et ce n'est pas de ta faute non plus. Ou celle de ta mère. Je sais que vous vous sentez tous un peu responsables; le prends pas mal, mais c'est votre genre de penser que vous êtes responsables... La vérité est que... ça a permis à ton frère de planquer son indécision... ou les limites de son attachement pour moi derrière toutes ces histoires. Je n'étais pas la bonne pour lui, Iris, et il n'était pas ce que j'attendais d'un compagnon... Je vois ça clairement maintenant."

Je suis tentée de lui dire que c'est une réécriture assez radicale de leur histoire ; qu'elle exagère et puis je me rappelle le nombre de fois où j'ai tenu un discours presque identique à mon frère.

"Je suis désolée si tu crois que Kane nous empêche à jamais d'avoir une relation normale, toi et moi", elle reprend d'un ton sincère. "Moi, je sais le nombre de fois où j'ai trouvé la force de me relever parce que toi, tu l'aurais fait. Je sais toutes les fois où tu m'as tendu la main - professionnellement, humainement. Et toutes les fois où tu as supporté que je me plaigne de Kane... Ne dis pas que je ne te dois rien."

"Ok", je souffle assez intimidée. "Est-ce que c'est le bon moment pour t'annoncer que Sam vient à la foire demain avec sa famille ?"

"Tout ce chemin pour me voir ?", elle ironise plus calmement que j'aurais pu le craindre.

"Il va être fier de toi", je lui promets, et ça la fait rougir. "Il faut que je te dise qu'il s'est mis sur la liste pour former un nouvel aspirant d'ailleurs."

"J'ai trop hâte qu'on puisse former un club", elle se marre. "Bon, j'espère qu'on aura le temps d'un café. Ça m'étonnerait que ça soit plus calme demain !"

"Moi aussi", je remarque tout en observant les sphères : il y a un mouvement de foule qui m'interroge mais, finalement, c'est un bateleur qui a attiré les badauds. "Bon, je vais y aller mais juste avant de partir, je voulais te poser une question : est-ce que tu crois que vous allez donner suite à l'affaire Dubhdara ?"

"Iris, toujours à l'écoute de la jeune classe !"

"Ils s'identifient à lui plus que nécessaire", je reconnais. "Il a réveillé leur syndrome du justicier."

"Tu te rends compte de tout ce qui va nous tomber dessus comme boulot en retard lundi matin alors qu'on sera crevés ? Qu'on n'aura plus de renfort ?"

"Ce n'est pas obligé de s'en occuper lundi matin. Si le beau-frère bat sa femme et spolie son beau-frère depuis un moment, ça ne va pas s'arrêter."

Elle soupire et m'oppose : "Il dirait quoi McDermott là ?"

"Merlin, Eolynn, ça c'est bas !", je reconnais. "J'en sais rien. A peu près ce que tu viens de me dire sans doute."

Je ne sais pas ce qu'elle en aurait conclu parce que Wintringham entre avec un groupe de six prévenus à qui il ordonne de s'asseoir. Charity, sur ses talons, s'exclame : "Camden est là, et vous tapez la discute toutes les deux ? Vous pensez que les autres vont faire tout le boulot ? Lupin, Wintringham a mérité un café alors tu prends la coordination terrain. Paraît que ton aspirant bâille aux corneilles, c'est le moment de montrer l'exemple."

Je quitte la tente avec le "Oui, chef" de rigueur et un rouge au front qui me rajeunissent plutôt. Je trouve Mark et Andrew Bellchant en train d'avaler un maximum de sandwiches avant que quelqu'un ne leur ordonne d'en faire autrement. J'avoue qu'ils ont toute ma compassion informée et que je n'ai aucune envie de mener une enquête disciplinaire.

"On est partis", j'indique donc sobrement. Ils avalent ce qu'ils ont dans la bouche et m'emboîtent le pas.

Mark met deux allées à trouver le courage de me parler.

"Wintringham s'est plaint de moi", il suppose avec un bel essai de stoïcisme qu'il n'aurait pas su aussi bien imiter avant Dublin. Où va se cacher l'expérience ?

"Il s'est plaint à Perkins", je lui réponds. Le "et Perkins me l'a fait comprendre et je n'ai pas aimé" est implicite mais je crois qu'il l'entend.

"Je suis tombé sur un vieux copain... avec sa femme et son bébé et puis.. sur Niamh Kelly - au fait t'as parlé à Camden ?"

"Tu crois réellement que c'est le moment de me demander ça ? Sur ce ton-là ?", je m'exaspère.

"Pardon, Auror Lupin, mais... pickpocket en action à dix heures", nous interrompt Bellchant d'une voix polie.

"Cours, Andrew. Mark, à revers à droite."

Le gars, qui nous échappe au moins deux allées, se révèle un Leprechaun qui prétend qu'il a senti que la bourse contenait une pièce d'or qui lui avait appartenue. "Une jolie histoire", je lui réponds en l'embarquant. Wintringham est prêt à repartir quand on arrive.

"Je te prends Bellchant, Iris ?", il s'enquiert, mais je dirais qu'il a choisi.

"A ta guise, Heathcote."

"C'est que... je crois que c'est bien de recentrer les choses", il formule.

"Il paraît. Je vais m'y employer", je promets.

"On a été pareils", il rajoute, sans doute dans un élan de pitié pour Mark qui fait assez bien semblant de s'occuper totalement de la paperasse de l'arrestation.

"Effectivement", je concède. "Traînez pas, Perkins va mal le prendre."

Une demi-heure plus tard, on retourne dans les travées toujours plus bondées, et toutes nos interventions jusqu'à la fin tiennent du maintien de la paix et non de la répression de crimes magiques ou non. On n'en est pas moins crevés quand on est relevés par l'autre équipe.

"Débriefing, chef ?", s'enquiert Mark à qui je n'ai plus adressé que des ordres depuis qu'on est ensemble. Je le réalise maintenant avec une pointe de remord. Il n'y a presque plus personne dans le vestiaire, il a dû attendre le départ d'Olivia et Andrew. Celui d'Heathcote aussi.

"Est-ce que tu comprends le savon de Wintringham ?", je m'enquiers d'une voix que j'espère neutre.

"Je comprends que ça l'agace pour le principe, que je n'ai pas à avoir des conversations personnelles pendant le service, mais... je ne crois pas avoir été... si quelque chose s'était passé, j'aurais été opérationnel."

"T'as pas compris en fait", je me désole avant tout parce que je suis épuisée et que je n'ai pas envie de mener cette conversation-là maintenant. Mark se tient prudemment silencieux, anticipant sans doute qu'il ne va pas aimer la suite. Repousser ne sert à rien, je m'en convaincs à contrecœur. Je sors ma baguette et place une bulle de silence autour de nous. J'imagine bien ne tromper personne sur la teneur de la discussion, mais on ne peut pas réellement faire mieux. "Tout à l'heure, on a commencé à en discuter toi et moi et on a failli passer à côté du Leprechaun", je lui rappelle de ma voix la plus calme. En m'interdisant des gestes brusques ou quoi que ce soit qui pourrait faire venir la dispute. "La vérité est que : non, on ne peut pas réellement bien faire deux choses à la fois, surtout quand on est crevés comme on l'est tous maintenant. Donc, on croise un pote, on lui dit : 'appelle-moi', mais on ne s'arrête pas. Et la jolie Niamh Kelly, on lui dit de venir à la tente en parler."

"Bien, chef", répond Mark avec une raideur fataliste. Je pense qu'il a mesuré que tout geste de mauvaise humeur de sa part sera vue et commentée. Ça a au moins l'avantage de le contenir.

"Pour l'instant, j'étais super fière de toi, Mark", je décide de rajouter, et il tourne assez brutalement la tête vers moi comme pour vérifier. "Heathcote, c'est un gentil et ce n'est pas une grande victoire de le décevoir. Je ne peux pas laisser passer, Mark."

"C'est-à-dire ?"

"J'espère sincèrement que tu as entendu ma critique sur le fond et que tu vas l'intégrer. C'est une énième variante du sacro-saint travail d'équipe qui demande qu'on soit à ce qu'on fait..."

Il rumine sur son banc et j'attends - je suis trop fatiguée pour m'impatienter.

"Tu penses que tu aurais réagi comme lui ?", il questionne. "Vraiment ?"

"Vu ce que je sais de Heathcote, quelque chose qui lui a déplu m'aurait certainement agacée." Il a l'air dubitatif. "Mark, est-ce qu'il a été désagréable ou injuste avec toi en dehors de ce matin ?"

"Non", il admet. "Non. Il a été... plutôt gentil et attentif... à donner des conseils, sans..." Il cherche longtemps ses mots. "Sans me prendre de haut."

"Je te prends de haut ?", je vérifie plus sourcilleuse que je ne voudrais.

"Non, Iris, non", il lève les deux mains en guise de dénégation. "Je suis désolé de l'avoir... agacé... au point qu'il se plaigne de moi... Je comprends que tu en sois embarrassée... et je comprends que, sur le fond, la question est de... rester mobilisés, ne pas se disperser... et que tout le monde est fatigué."

"Je parie un peu qu'on aura cette conversation-là de plein de façons différentes", je lui confie. "Mais disons qu'on a fait le tour pour ce soir. Va te reposer, Mark."

Il va se lever et puis se rassoit.

"J'abuse si je reviens sur Camden ?"

"Je lui en ai parlé mais je ne peux rien promettre... Ils ont d'autres priorités mais... je lui en ai parlé."

Il inspire et opine lentement.

"Insister davantage serait chercher les ennuis ?"

"Sans doute."

"A tout à l'heure, chef, alors...", il se résout à se lever.

Je me contente d'un signe de la main gauche alors que de l'autre je lève la bulle de silence.

oo

On assure un premier service nocturne entre 4 et 8 heures du matin, Mark et moi, ce qui fait qu'on ne reprend notre deuxième service qu'à 14h. D'après les messages de Sam sur mon miroir, il est arrivé avec ses parents, sa soeur, son beau-frère et ses neveux. Moi, je suis de garde devant les sphères de surveillance - Wintringham a accepté de reprendre une équipe comprenant Mark et Bellchant. C'est sympa pour Mark. J'ai un peu bataillé avec Perkins qui voulait lui coller aussi Miller, arguant que moi je refuserais une équipe avec aussi peu de personnes autonomes. Les gamins ont serré les dents en m'entendant, mais Sherburne est partie avec eux et je suis sûre que Heathcote a apprécié.

C'est Caradoc qui était de service avant moi à la surveillance des sphères. Ça ne change rien au fait que le volume de la foule que je vois passer m'hallucine. J'essaie de rester concentrée et d'orienter mes collègues sur le terrain. Charity est souvent debout derrière mon dos, pas pour juger mais pour avoir une vue d'ensemble elle aussi. On n'a pas le temps d'une seule conversation non professionnelle. Je perds la notion du temps, et il est presque seize heures quand Sam écarte les rideaux de la tente.

"J'aurais cru que vous tourneriez davantage", il remarque en m'enlaçant par derrière.

"Les autres jours, oui, mais Perkins a voulu que je reste là."

"C'est ce que m'a dit Camden."

"Grandes retrouvailles", je commente en me laissant aller contre lui.

Il fourrage dans sa poche droite et sort une petite bourse en velours qu'il dépose devant moi. Je reconnais le sceau brodé.

"Elle m'a présenté Fintan... Merlin, je suis certain que si jamais on a une fille un jour, elle sera moins cérémonieuse pour me présenter son fiancé", il persifle mais, en fait, il est ravi.

"Je ne sais pas ce que dira Kane si je me mets à porter des bijoux créés par le nouvel amoureux de Camden", je remarque.

"Je sais que je mesure souvent mal l'intensité de votre relation - mais vraiment ? Ça va lui importer ? C'est aussi mon cadeau", il rétorque. "Tu n'as qu'à pas lui préciser qui est le joailler."

Il y a de l'agitation dans les sphères et j'attends quelques minutes d'être sûre qu'il ne se passe rien de particulier avant d'extraire de la petite bourse en velours une paire de boucles d'oreilles qui me laisse sans voix.

"Ce type est tellement doué...", je souffle en tenant les boucles d'oreilles devant moi.

"N'est-ce pas ?", se félicite Sam. "Tu ne les mets pas ? Tu finis quand ?"

"Dans pas longtemps", je lui accorde en mettant une boucle après l'autre.

"Bien", il se félicite. "On t'offre un repas dès que tu es libre. Mes parents ont repéré un restaurant au poisson très frais."

"Vous n'avez pas encore mangé ?", je m'effare

"On a pris un petit déjeuner chez mes parents", il indique avec un air entendu. "Ce sera un dîner de bonne heure, tout ce qu'ils aiment."

L'entrée de Foote - signe qu'on n'est pas loin du changement d'équipe - met fin à notre badinage. On se redresse par réflexe, mais Russel est content de voir Samuel, et ils devisent sur la Division et sa présence ici comme si on était dans la salle à café de Londres. Mes yeux captent un mouvement dans une des sphères presque à mon insu. Foote a vu aussi.

"Wintringham et Sherburne avaient arrêté des types. Un guet-apens on dirait", je commente en me levant. "Je te laisse la surveillance, Chef ?"

"Évidemment, Iris, mais..."

"Je l'accompagne, chef", indique Samuel d'un ton définitif.

Comme on sait tous que les secondes comptent, personne ne discute. Alors que Sam me suit en courant dans les travées, ses boucles d'oreilles tintent joliment, et c'est le truc le plus incongru qu'il me soit arrivé depuis longtemps. On rencontre une foule qui s'écarte craintivement d'un affrontement qui semble maintenant vraiment ouvert. Il y a des dégâts notoires, mais j'ai l'impression que Heathcote et son équipe tiennent le bon bout. Ils ont encerclés six hommes d'âges et de corpulences diverses. Seuls deux d'entre eux pointent une baguette, et Heathcote, les cheveux en bataille, en est à leur ordonner de se rendre.

En entendant nos pas, Bellchant se retourne sans doute pour vérifier que nous ne constituons pas un renfort du petit groupe qu'ils sont en train d'arrêter. L'homme le plus proche de lui, un brun trapu aux vêtements déchirés et aux yeux enfoncés, tend alors les mains devant lui et jette - sans baguette - une boule de feu qui arrive à pleine vitesse sur Bellchant. Je ne peux rien faire, puisque le jeune policier est entre moi et la boule de feu. Mark se jette sur lui pour le sortir de la trajectoire, avec un bouclier dressé devant lui. Il doit y avoir un trou dans cette protection, analyse mon cerveau : leurs robes prennent feu et j'entends un des deux au moins gémir. La rupture du cercle a redonné espoir aux opposants d'Heathcote, et Shannen et lui sont assiégés de sortilèges heureusement moins puissants que la boule de feu. On n'a pas le temps de s'intéresser à l'état des garçons, Sam et moi, on se jette dans la mêlée. Je vise spécifiquement le brun trapu. Quelques minutes plus tard les six hommes sont à genoux au centre d'un nouveau cercle.

"Au nom du Département de l'application des lois magiques et de la Division de Dublin vous êtes en état d'arrestation... aux chefs d'accusation de vol en réunion qui s'appliquaient à vous deux, je rajoute rébellion", annonce Heathcote un peu haletant.

"Et blessures volontaires contre des représentants du Ministère pour celui-là", je rajoute en désignant mon brun trapu qui me lance un regard mauvais.

"Effectivement", abonde Heathcote. Il nous regarde tour à tour, Sam et moi, se demandant sans doute si on veut prendre la main. On refuse l'un après l'autre. Wintringham prend donc la direction des opérations et lance un sort de désarmement qui lui ramène deux baguettes, six couteaux et un objet étrange que Shannen identifie comme "coup-de-poing américain" - rajoutant tout de suite derrière "une arme moldue pour frapper plus fort".

"Pas de baguettes les autres ?", questionne Wintringham. Aucun ne nous répond. "Sherburne, fouille-les."

On reste tous les trois en joues quand la policière s'exécute. Derrière nous, sans aide, les gamins se sont lentement relevés. De leurs échanges à mi-voix, je comprends que Bellchant a la main gauche relativement brûlée et que Mark, blessé plus légèrement à la main lui aussi, leur prodigue les premiers soins.

Sherburne fouille trois des six hommes avant d'arriver au brun trapu et c'est comme si elle heurtait un mur invisible. Mais après tout, il lançait des boules de feu sans baguette, je me rappelle non sans nervosité.

"N'ajoutez pas une résistance à l'arrestation, Monsieur", lui conseille Samuel.

"Comme si j'avais encore quelque chose à perdre", il marmonne.

"Pas de baguette ? Artisan ?", questionne Heathcote.

"Fils de Lune", lui répond l'homme, et je sais alors que mon inconscient avait compris avant moi.

"Garou", je traduis donc. Les hommes à terre tournent ou lèvent leurs visages vers moi. "Ces deux-là aussi peut-être", je rajoute avec juste l'ombre d'un remord qui est si profondément ancré en moi que je ne vois pas comment je pourrais l'éviter.

"Une qui mouille pour vous les gars", se marre grassement un des premiers.

Mon mari et mes collègues se tendent. Je leur souris et secoue la tête.

"Tu parles, une Auror et un Garou !", renifle un des trois avec mépris. "C'est pas parce que Lupin en a épousée une que ça va se reproduire !"

"Est-ce que Lupin est encore un garou ?", marmonne un autre.

"On discute beaucoup ici", remarque Sam pour Heathcote qui se redresse et acquiesce nerveusement. Sans doute plus en raison de la critique sous-jacente de Samuel que la teneur des propos - enfin, j'espère.

"Laissez le sergent Sherburne faire son travail", ordonne Wintringham. Le trapu lève les mains et la laisse s'approcher et le fouiller sans me quitter une seconde des yeux. Je tiens la pression.

"Rien à signaler, Auror Wintringham", annonce Shannen en reculant d'un pas.

"Entravons-les", décide Wintringham en la rejoignant après avoir vérifié que Sam et moi continuions à le couvrir. Son miroir vibre et il prend l'appel. Je l'entends confirmer à Perkins ou Foote que l'arrestation est terminée, que les garçons sont blessés assez légèrement pour qu'ils rentrent avec nous jusqu'à la tente centrale. "Non, je n'ai pas eu le temps pour l'évaluation des dommages matériels, Chef", il termine. "Je ne vois pas qui laisser - j'ai besoin de monde pour les ramener. Merci, Chef. Darnell arrive", il annonce pour nous. "On va y aller. Shannen et les garçons devant : vous écartez les curieux. Moi et... les Aurors McDermott, on ferme la marche. Vigilance constante."

La traversée de la foire, essentiellement joyeuse et légère, ode au printemps et à la consommation, avec six hommes lourdement entravés, aux vêtements déchirés, un Auror et un policier aux robes brûlées... est pour le moins intéressante. Caradoc Darnell et Cassia viennent à notre rencontre et ce n'est pas du luxe. Heathcote briefe Caradoc sur l'ampleur des dégâts. Juste avant de pénétrer dans la tente, j'entends Sam, quelque part derrière moi, expliquer à sa famille que le mieux est qu'ils aillent manger ; que nul ne sait pour combien de temps j'en ai et que maintenant qu'il est impliqué dans une opération, il ne peut pas partir comme ça. Ses parents vont continuer à nous prendre pour des fous.

Heureusement Foote indique, alors que j'aide Heathcote à installer ses six prévenus, que Sam n'aura qu'à relire notre rapport lundi et le contresigner. Je peux donc aller retrouver Mark et Andrew Bellchant qui finissent de se faire soigner par un médicomage qui n'arrête pas de leur répéter qu'ils ont eu de la chance.

"Non, on n'a pas eu de chance", marmonne Mark qui ne m'a pas vue entrer. "On n'aurait pas dû être blessés... si mon bouclier avait été mieux lancé..."

"Tu m'as sauvé la vie, mec", soupire Bellchant. "En fait, non, c'est plutôt ta chef en insistant pour que Sherburne remplace Miller dans l'équipe de Wintringham. Parce que trois débutants ou presque, on n'aurait jamais eu le dessus..."

"Miller et toi, vous êtes certifiés."

"On aurait été des morts certifiés", lui oppose Bellchant.

Comme ça me fait rire, ils se retournent et me voient. Ils me regardent comme deux mômes incertains de la réaction des adultes alors que je trouve qu'ils viennent de faire un bon résumé de la situation.

"Repos les gars. Contente de voir que vous avez l'air pas si secoués que ça", je regarde le médicomage en disant ça.

"L'Agent Bellchant devrait être arrêté deux jours et placé à un poste moins exposé encore deux autres jours pour plus de sécurité", il me renseigne sur le ton du rapport. "L'Aspirant Wang n'a pas besoin d'arrêt - juste de prudence pendant un ou deux jours. Vous êtes son mentor ? Vous devez signer que vous avez bien pris connaissance de mes conclusions."

"On devrait traîner au Mangenmagot la semaine qui vient, ça devrait le faire", je commente en m'exécutant. "J'ai eu un message de Finnigan", je précise pour Mark. "On le retrouve demain après-midi au tribunal et on a la matinée libre. Il peut vraiment rester jusqu'à la fermeture de la foire, docteur ?"

"Son aura et sa magie ne sont pas entamée ; sa blessure est à la main gauche et vraiment superficielle. Je compte sur vous pour ne pas le mettre en première ligne ?"

"Promis", je conclus la conversation. "Bellchant, je pense que tu vas rater le final - ce que tu as comme chance !"

"Je préférerais ne pas avoir de passe-droit, Auror Lupin", il soupire en regardant sa main bandée. "Je peux poser une question ?"

"Oui, Andrew."

"Tu as... su qu'ils étaient... des lycanthropes... juste en les regardant ?"

"Je ne saurais pas te dire comment. Mais quand il a dit 'Fils de Lune', j'ai réalisé que je le savais déjà", je raconte avec sincérité.

"On avait arrêté le plus jeune des trois et un de ceux qui avaient une baguette et on les ramenait quand les trois autres nous ont attaqués", raconte Mark avec un frisson rétrospectif maîtrisé mais présent. C'est bien qu'il raconte, je me dis.

"Trois Lycanthropes et trois sorciers", remarque Bellchant ouvertement sceptique quant à l'association.

"Andrew, qu'est-ce que tu sais des garous irlandais ?" Bellchant secoue la tête presque craintivement. Mark retient son souffle. Je développe en me demandant ce qui me prend de me lancer dans cette histoire-là alors que la famille de Sam m'attend pour manger: "Les garous ont été parmi les sorciers qui ont fait alliance avec certains rois moldus irlandais. Tant que les Moldus ne sont pas devenus chrétiens, ils faisaient souvent partie des gardes royales. Ils étaient connus pour s'occuper des voyageurs perdus et des orphelins. Malheureusement, nos visions ségrégationnistes se sont propagées jusqu'ici et les Moldus n'ont plus de gardes royaux garous. Je parierais qu'on verra que tous venaient du même clan..."

"Ils n'ont pas peur d'être mordus, ceux qui traînent avec eux ?", vérifie Bellchant. Je crois qu'il s'est fait violence pour poser la question et que c'est bien qu'il la pose. Même si ça inquiète visiblement Mark.

"Mon père serait déçu de constater que tu n'es pas convaincu que sans une... volonté de nuire avérée... personnelle... non naturelle... un lycanthrope ne mord personne en dehors de la pleine lune. Il ne mord pas les animaux, ni les Animagi... Enfin, tu sais tout cela, non ?"

"Je l'ai lu et on me l'a répété mais... j'ai toujours eu du mal à le croire..." Je me contente de croiser les bras et il s'empourpre. "Désolé, Auror Lupin, je n'ai pas dit que je ne te croyais pas !"

Sherbune soulève le rideau de cette tente-là et passe la tête. "On envoie tout ce beau monde directement à Londres. Ils n'ont rien de taille à les retenir ici. Bellchant, tu fais partie du voyage. Ils envoient le sergent Kulkarni en renfort."

Je commente qu'au moins, la hiérarchie ne minimise pas nos besoins, tout en étant honteusement contente de ne pas me retrouver à gérer, par exemple, un Logan jaloux de mon aspirant.

ooo

Je voulais poster La morsure mais un passage résiste... mon silence vient aussi de la santé chancelante de ma maman... Merci pour votre patience et pour vos reviews.