Chapitre 28.

Après toutes ces émotions, Neal se laissa reconduire dans la chambre où il ne mit que quelques minutes avant de s'endormir. Peter resta à ses côtés le temps qu'il soit certain que le jeune homme dormait à poings fermés puis il rejoignit ses amis au salon. Il savait qu'aucun d'eux ne parviendrait à dormir. Peter s'installa sur le canapé.

-Il s'est endormi.
-C'est une bonne chose. Il a besoin de repos.
Daniel semblait préoccupé. Depuis le début de cette histoire, Daniel avait été très présent, très investi. Depuis qu'ils avaient sorti Neal de l'hôpital, il était plus discret, plus distant. Peter se demandait ce qui tracassait le jeune homme. Il n'osait pas lui poser la question. Il ne connaissait Daniel que depuis quelques jours et même s'il s'était vite senti proche de lui, Peter n'était pas sûr qu'il veuille se confier à lui.

-Oui, il va avoir besoin de reprendre des forces. Daniel, est-ce que tout va bien?
Le jeune homme leva la tête vers Peter, surprit par la question.
-Je vais bien, Peter.
Cette fois, Peter fut certain que quelque chose n'allait pas. Daniel avait le même sourire gêné que Neal quand il mentait. Comme un enfant ayant fait une petite bêtise et cherchant à attendrir ses parents pour éviter de se faire gronder.

-Vous vous ressemblez tellement... Neal fait exactement la même grimace quand il veut éluder une question. Je comprendrais que tu ne veuilles pas exposer tes sentiments mais je sens bien que quelque chose ne va pas.
-J'ai peur pour Neal. Il a l'air tellement différent... J'ai peur que le temps ne suffise pas pour qu'il redevienne lui-même...désolé, je ne suis pas très clair...
-Au contraire, tu es parfaitement clair. J'ai la même crainte.
-Il y a autre chose...

Daniel hésita un instant avant de poursuivre. Peter ne dit rien. Il voulait laisser au jeune homme le temps de formuler ses pensées.
-J'ai remarqué qu'il avait des absences. Un instant il est avec nous et quelques secondes plus tard son regard se perd et ensuite il ne se souvient plus de ce dont on parlait.
Peter avait aussi remarqué ces absences mais il avait mis ça sur le dos de la fatigue.
-Il a été très secoué, ce n'est pas étonnant qu'il ait du mal à rester concentré.

Mozzie semblait s'agiter sur son fauteuil.
-Daniel a raison, Peter. Il y a plus que de la fatigue. Je me souviens quand j'ai rencontré Neal, il avait parfois ce genre de réaction.
-Comment se fait-il que je n'en ai jamais entendu parler?
-Ça ne lui arrivait pas souvent et petit à petit, il a appris à mieux contrôler ses "escapades"...
Peter ne savait pas ce qui le surprenait le plus. Le fait que Neal ait pu un jour avoir des difficultés à maîtriser le brillant cerveau qui les avait si souvent permis de résoudre des affaires. Ou le fait qu'il n'ait pas remarqué qu'il y avait quelque chose d'anormal dans ces absences.

-Je n'avais jamais rien remarqué avant aujourd'hui.
-Il a mis des années avant de réussir à prendre le contrôle. Il faisait des exercices pour améliorer ses capacités de concentration. Tout est devenu plus facile avec la pratique et le temps.
-Mozzie, tu sembles en savoir bien plus que nous deux...
Mozzie ne se vexa pas de l'insinuation dans la voix de Peter. Il était même rassuré d'entendre de la jalousie dans ces quelques mots.

-Peter, jamais je n'aurais fourni au FBI des raisons de douter des capacités de Neal.
-Moz...
Le petit homme leva une main signifiant à Peter qu'il n'avait pas besoin d'entendre sa rhétorique habituelle.
-Neal est mon ami et tu étais, pour moi, loin de lui vouloir du bien.
-Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis?
Mozzie fixa Peter avec une intensité qu'il n'avait encore jamais vu chez son ami.
-J'ai vu comment tu le regardes. J'ai mis du temps à comprendre mais aujourd'hui tout est clair.

Peter fut surpris... Non pas que Mozzie ait deviné pour ses sentiments envers Neal mais qu'il exprime ses pensées aussi clairement. Le petit homme était plutôt du genre à se perdre en commentaires plus ou moins obscurs.
-Je suis flatté de cette marque de confiance, Mozzie. Est-ce que Neal a consulté un médecin, un psy...quelqu'un qui aurait pu l'aider?
-C'est plutôt compliqué quand on est toujours en cavale... Je ne sais pas si ces troubles ont débuté quand il était enfant ou seulement plus tard. Et tu connais Neal et son habitude de faire comme si tout allait bien.

Peter sembla réfléchir un instant avant de se tourner vers Daniel.
-J'ai passé ces dernières années à observer... Je dirai même à étudier Neal Caffrey et je n'ai jamais rien remarqué. Tu ne le connais que depuis quelques jours...
-Les circonstances font que Neal a plus de mal à garder le contrôle. Je n'ai fait qu'observer.
-Même dans ces circonstances, j'ai attribué ces absences à la fatigue et au choc. Comment as-tu su qu'il y avait autre chose?

Daniel se leva et commença à déambuler dans la petite pièce.
-Nous sommes frères et ce dont souffre Neal fait partie de ces choses que des frères peuvent partager.
-De quoi s'agit-il?
-Le nom scientifique est cavernome cérébral. La plupart des personnes atteintes ne manifestent aucun symptôme et ne se rendent même pas compte qu'elles en sont atteintes.
-Je déteste ces mots scientifiques compliqués... On a toujours l'impression que c'est quelque chose de très grave...

La voix de Mozzie était teintée d'angoisse et Peter ne pouvait pas l'en blâmer. Ces mots sonnaient douloureusement à ses oreilles et il commençait à imaginer des choses effrayantes.
-C'est une maladie qui se déclare habituellement à l'âge adulte. Les conséquences peuvent être diverses... De simples mots de têtes jusqu'à des crises d'épilepsie voire le coma...mais le plus souvent il n'y a aucune conséquence.
-Qu'est-ce que c'est exactement? Une sorte de tumeur...?
-Non c'est une malformation des vaisseaux sanguins au niveau du cerveau.

Peter se leva à son tour et s'avança vers Daniel.
-Comment as-tu su?
-J'ai ressenti les premiers symptômes il y a deux ans... Dans mon cas ça a pris la forme de violents maux de têtes accompagnés d'hallucinations visuelles. La première fois j'ai cru que quelqu'un avait mis de la drogue dans ma boisson. J'ai consulté plusieurs médecins avant de tomber sur celui qui a réussi à émettre le bon diagnostique.
-Tu penses qu'il s'agit de la même maladie dans le cas de Neal? Quels peuvent être les conséquences?

Daniel semblait soucieux ce qui ne rassura pas vraiment Peter. Il n'avait jamais entendu parler de cette maladie et il s'inquiétait des possibles conséquences sur la santé de son ami. Après ce qu'il venait de vivre, il était fragilisé.
-Il faudrait qu'il consulte un neurologue pour faire des examens plus poussés ce qui...pour le moment semble inenvisageable... Ce qui m'inquiète c'est le fait que les symptômes se soient accentués depuis sa détention. Il peut arriver que ces malformations provoquent des saignements plus ou moins importants ce qui a pour conséquences d'aggraver les symptômes habituels.

Peter avait beau tourner ces nouvelles informations dans tous les sens, il ne voyait pas comment il pourrait amener Neal voir un médecin ou amener un médecin à lui. Ils allaient devoir attendre et le surveiller de très prêt.
-Les hémorragies sont souvent minimes...

Peter essaya de déterminer si Daniel disait cela pour le rassurer ou pour se rassurer lui-même.
-Y a-t-il des risques pour sa vie?
-D'après les médecins que j'ai consultés ce n'est pas le cas...
-D'accord. Mozzie, est-ce que Neal à présenté d'autres symptômes?
-Pas que je sache mais c'est difficile à dire... Il a souvent des maux de tête...

Daniel s'était rassis et regardait pensivement ses mains.
-J'aurais dû en parler plus tôt.
Peter s'avança vers le jeune homme et plaça une main sur son épaule.
-Tu ne pouvais pas savoir... Si je comprends bien cette maladie est génétique mais les symptômes et leur gravité varient selon les personnes...?
-C'est ça et les symptômes peuvent être aggravés à la suite d'un choc ou de coups violents...

Peter songea l'espace d'un instant qu'ils n'avaient vraiment pas besoin d'un problème supplémentaire. Neal devait déjà faire face aux conséquences psychologiques de son agression et maintenant sa santé était en jeu. Peter aurait aimé que le destin cesse de s'acharner sur le jeune homme. Il se leva ressentant subitement une grande lassitude et une profonde fatigue.
-Je vais essayer de prendre quelques heures de sommeil... Vous devriez faire de même.

Lorsque Peter poussa la porte de la chambre, il prit quelques secondes pour laisser à ses yeux le temps de se faire à l'obscurité. Il ne voulait pas allumer la lumière. Neal semblait endormi et en s'approchant, Peter constata que son ami avait à peine bougé. Il sourit en le voyant si paisible. Son visage paraissait si détendu quand il dormait qu'on lui aurait facilement donné cinq ou six ans de moins que son âge réel. Peter se demanda si le jeune homme était au courant de sa maladie. Il n'aurait pas été si étrange qu'il ait décidé de ne rien dire à personne.

Peter s'allongeant aussi délicatement que possible à côté de Neal. Le jeune homme protesta quelques secondes en sentant Peter soulever les couvertures mais il reprit vite sa place tout contre son ami. Peter n'était pas certain de trouver le sommeil mais il se sentait mieux maintenant qu'il pouvait sentir Neal respirer calmement serré contre lui.

-Peter...?
La voix ensommeillée de Neal le surprit.
-Oui c'est moi. Tu devrais essayer de te rendormir.
-Quelle heure...?
-Je ne sais pas... Aux alentours de minuit...
-Trop tard...
Peter n'avait aucune idée de ce que son ami avait en tête à ce moment précis mais il doutait que Neal soit capable de formuler une pensée cohérente en étant à peine réveillé. Cependant il décida de tenter le coup.

-Trop tard pour quoi?
Neal se pelotonna encore plus près de Peter, essayant de profiter de la chaleur dégagée par son corps.
-Une histoire...
Cette fois, Peter était perdu. Est-ce que Neal lui demandait de lui raconter une histoire?
-Tu devrais dormir...
Neal murmura quelque chose que Peter ne parvint pas à comprendre mais l'agent du FBI était certain qu'il s'agissait d'une forme de protestation.

-Neal, il est hors de question que je te raconte une histoire à une heure aussi tardive pour t'aider à t'endormir...
-Maman me racontait toujours une histoire...
-Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué je ne suis pas ta mère et tu n'es plus un enfant...
Neal râla un instant avant de placer sa tête sur la poitrine de Peter et de caresser doucement le bras de son ami.
-Alors... Un câlin...
-D'accord pour un câlin.

Peter ferma les yeux savourant ce moment. Il ne fallut pas longtemps pour que Neal ne sombre à nouveau dans un profond sommeil. Peter le suivit peu de temps après.