Elle n'avait rien dit à ses parents. Juste un rapide courrier griffonné, "Je suis à l'hôpital." Elle n'avait pas envie de leur donner des explications.

Ils n'en avaient d'ailleurs pas demandé. Mais apparemment, ce n'était pas pour cela qu'ils s'étaient désintéressés de la question, puisque la longue lettre qu'elle avait reçu ce matin montrait bien, sans le souligner mais de façon incontestable, que sa mère était au courant de presque tout. (Et son père aussi, car même si c'était Joan qui écrivait, les réactions de Julius étaient mentionnées de temps à autre.)

Marietta avait toujours, depuis sa petite enfance, soupçonné qu'à eux deux, ses parents savaient tout.

Elle était sur le point de recommencer. Sans pour autant être persuadée que c'était une bonne nouvelle.

La lettre, avec de multiples détails, constatait sur un ton amusé et enjoué que c'était grâce à Marietta que Dumbledore se trouvait actuellement en fuite ; que cela leur faisait un surcroit de travail terrible, mais que la confusion était était quelque chose d'extrêmement amusant.

Dumbledore et ses partisans y étaient aussi moqués de nombreuses façons, ainsi que certaines de leurs méthodes ; mais même en relisant plusieurs fois la lettre, Marietta n'arrivait pas à savoir si Joan savait qu'on lui avait effacé la mémoire, et qui l'avait fait.

C'était plein d'encouragements et de soutien, mais à la fin sa mère concluait quand même par dire que c'était bien triste qu'elle n'ait pas réussi à s'en sortir sans dommages ; mais qu'il ne fallait pas pour autant désespérer.

Si cette dernière mention n'avait pas été là, Marietta aurait sans doute été triste, outragée, que sa mère ne se fasse pas de souci pour elle et se contente d'envoyer une lettre amusante.

Et là, elle avait l'impression de l'avoir déçue.

Qu'on ne s'y trompe pas : elle était très heureuse de leur réaction. Qu'ils respectent son silence, qu'ils essaient de savoir quand même, qu'ils ne lui montrent ni mépris ni pitié... elle avait les meilleurs parents du monde, réellement. Elle n'arrivait pas à voir ce qu'ils auraient pu faire de plus, de mieux.

Mais malgré ça, ils ne pouvaient pas la rendre heureuse et consoler ses peines de la façon dont Cho le faisait.

Elle supposa qu'elle n'était pas une fille ingrate.

Elle avait juste vieilli.