Je pus me lever le lendemain de mon évasion et faire quelques pas, Seth m'accompagna dans le jardin aux premières lueurs du jour.
Le ciel était un dégradé qui partait du bleu-noir et arrivait au jaune au dessus de glaciers des alpes qu'on voyait au loin, il faisait un peu frais et un vent léger agitait mes cheveux.
Je pris alors conscience qu'ils avaient poussé de quelques centimètres, ils tombaient sous mes sourcils et sur mes oreilles, frisottant au dessus du cou. Je les ramenais en arrière d'un geste de main, je n'étais plus habituée à les voir un peu long et pourtant je n'avais aucune envie de les couper.
Je me rendais aussi compte de la différence abyssale qui existait entre Seth et les Cullen, et moi.
Eux qui n'avaient jamais demandé qu'à vivre en paix malgré la puissance non négligeable de leur clan, qui faisaient grâce à chaque fois que cela était possible, qui accueillaient quiconque venait vers eux. Et moi, la petite aigrie qui ne se complaisait que dans les mascarades de puissance et les divertissements qu'Aro provoquait. Celle qui n'était joyeuse qu'à la vue de la souffrance infligée à autrui ou lorsque son chef la distinguait.
Mais ce temps là été terminé à présent et il allait falloir que je tourne la page d'une façon ou d'une autre.
Le suicide me tentait mais je me rendais bien compte qu'il y avait peu de chance pour que j'obtienne le résultat escompté, quand bien même je parviendrais à me tuer... Mon corps s'était révélé encore plus résistant que ce que je ne croyais.
Mais avant toute chose, il m'appartenait de retrouver les membres de mon ancien clan pour tenter de trouver des réponses à mes questions. Seth m'avait promis de m'accompagner mais était-ce une bonne idée?
Comme s'il avait deviné mes pensées, il passa sa main dans mon dos et je sursautais, ayant oublié sa présence...
…. Nous quittâmes les Cullen trois jours plus tard, tous les deux. À présent j'étais quasiment guérie de mon séjour dans les cachots de Volterra.
Felix et sa bande avaient été aperçus en Napolie par d'autres vampires, je savais qu'il y avait là-bas une dizaine d'habitations secondaires des Volturis à visiter, encore que je n'étais pas sûre qu'ils y soient passés. Nos deux premières visites se soldèrent par un échec, pas la moindre piste ne partait de là.
Seth aurait bien voulu être infatigable mais ce n'était pas le cas, moi non plus, aussi nous nous arrêtâmes dans un hôtel le soir même. Mon compagnon me laissa le lit et s'écroula de son coté sur une chaise non loin, il était épuisé et s'endormit vite.
Ce ne fut pas mon cas, si j'avais besoin de dormir, c'était dans une moindre mesure et je ne fermais pas l'œil avant plusieurs heures.
L'indien lui, dormait à poings fermés et sa respiration était lente et régulière, affalé sur la chaise, la tête sur la table.
Je sombrais aux alentours de deux heure du matin et me réveillais vers six heure, mon compagnon dormait toujours, je m'approchais de lui silencieusement.
Il se réveilla au contact de ma main avec sa nuque et me regarda intensément, je me sentis gênée et détournais le regard.
il est temps d'y aller? Me demanda t-il.
Je ne sais pas trop, répondis-je pour me donner contenance, tu veux que j'aille chercher à manger?
Comme tu veux...
Il s'étira et bailla un grand coup, visiblement la nuit lui avait semblé courte, j'allais me préparer à la salle de bain et enfilais un bermuda couleur chocolat et une tunique blanc cassé. Lorsque je sortis, et pourtant je jure que je n'avais pas été longue, Seth revenait avec le petit déjeuner. Je poussais un soupir faussement exaspéré qui suffit à le mettre dans l'embarra, un pauvre sourire se dessina sur mes lèvres, j'avais le rire difficile...
Tu es très jolie, commenta l'indien.
Et toi tu viens visiblement de traverser la ville en pyjama, rien que pour avoir l'honneur de ne pas me laisser aller chercher seule de quoi manger, répliquais-je sur le même ton.
Il faillit paniquer:
Je suis resté dans l'étage.
Après tout nous sommes bien au rez de chaussée. Relax! Ce n'étais pas un reproche. On mange et on y va?
Non parce que là, il ressemblait légèrement à une tomate au bord de la crise d'angoisse...
Il avait ramené deux cafés, des viennoiseries et du jus d'orange, je bus un peu et grignotais la moitié d'un pain au chocolat, Seth me fit gouter son chausson aux pommes.
Dés qu'il se fut habillé en vitesse, nous quittâmes l'hôtel et il prit le volant, direction l'autoroute vers la troisième maison à fouiller.
Il s'agissait d'un manoir du dix-septième siècle où Caius aimait beaucoup venir et dans lequel chaque garde avait une pièce qui lui était réservée. J'appréhendais énormément de le visiter car il était chargé d'énormément de souvenirs, toutefois pendant la nuit j'avais compris que si Felix et Renata pouvaient être passés quelque part, c'était bien ici.
Nous quittâmes rapidement l'autoroute et la campagne monotone défila bientôt devant nous. Lorsque nous arrivâmes en vue du château, je sus que je ne m 'étais pas trompée.
Non seulement ils y étaient passés, mais peut-être y étaient-ils encore...
Seth gara la voiture à côté d'un énorme 4x4 bleu marine, tout d'un coup Felix et Demetri furent devant nous. Seth se plaça devant moi, Renata et les épouses apparurent un peu plus loin.
Nous ne venons pas pour nous battre, intervins-je avant qu'un affrontement n'éclate.
Jane? Ho excuse moi je ne t'avais pas reconnue, tu as vraiment...
Maigri, je sais Felix.
Renata s'avança et les deux autres vampires baissèrent leur garde.
Qu'est-ce qui vous amène? Demanda Demetri qui semblait tout de même un peu méfiant.
Je choisis de répondre sans détour:
Je veux savoir pourquoi Aro a fait assassiner Alec, je suis venue vous demander si vous étiez au courant de quelque chose.
Suplicia éclata d'un rire méprisant et Seth se crispa, Felix parut exaspéré:
La paix! Ordonna t-il. Ou je te fricasse comme ton mari!
Athenodora en revanche resta très correcte et proposa à tout le monde de rentrer dans le salon, Seth suivit les vampires avec précaution en m'entourant les épaules de son bras. Moi même j'entrais dans la pièce avec une grande appréhension mais ce n'était pas à cause de mes anciens compagnons, seulement cet endroit me rappelait tant de souvenirs que je fus prise de vertige dans le hall d'entrée.
Mon « garde du corps » s'en était aperçu avant moi et m'empêcha de vaciller en resserrant sa prise, la veuve de Caius de son côté eu la brillante idée de lui désigner un siège du salon, Seth s'assit à côté.
Je mis un certain temps à me décider à parler, ne sachant pas vraiment par où commencer et craignant surtout la réaction de Suplicia qui ne manquerait certainement pas de m'accabler comme à son habitude. Et pour être honnête, je n'étais pas d'humeur à l'entendre jacasser, toutefois maintenant que je touchais au but je n'allais pas rebrousser chemin! Finalement je me redressais et regardais les deux épouses:
Vous saviez quelque chose? Demandais-je d'une voix tendue.
Athenodora secoua la tête en signe d'ignorance ce qui ne me surprit pas, Suplicia se contenta de hausser les épaules avec dédain.
Est-tu donc assez naïve, me répliqua t-elle, pour croire un seul instant qu'Aro me tenait au courant de ce genre d'affaire?
Ma réponse tomba net:
Je n'ignore pas qu'il te demandait souvent conseil Suplicia et après tout, il y a quelques siècles de cela tu t'est rangée sans hésitation dans le camps de ceux qui voulaient nous voir disparaître mon frère et moi. Si Carlisle à cette époque n'avait pas tant intrigué ton mari c'est à toi qu'il aurait cédé. Personne à Volterra n'a jamais ignoré l'influence que tu avais sur Aro, à ce demander si par moment ce n'était pas toi qui dirigeait. Alors cesse de me regarder comme si je posait des question idiotes!
Suplicia faillit éclater de rire mais soudain, Felix intervint:
Il est fort possible qu'Aro aie eu peur de vous, dit-il, ton frère a fait preuve d'un comportement assez inquiétant au retour d'Amérique.
Je me tournais vers mon ancien camarade et le dévisageait avec étonnement:
Réfléchis Jane, ajouta t-il, et souviens toi, Alec a plusieurs fois songé que vous deux partis, les Volturis ne seraient plus à même d'imposer leur autorité où que ce soit. Par moment il semblait même prophétiser la fin du clan. Bon dans un sens tu vas me dire qu'il n'avait pas t...
Ce n'était que des paroles en l'air et tout le monde le savait, Alec le disait depuis déjà des décennies sans qu'il y aie matière à scandale. Jamais nous n'aurions quitté les Volturis!
Toi sûrement, mais ton frère? Répliqua Suplicia d'une voix acide.
Même sans avoir songé à partir ou pire, intervint Demetri, tu connais Aro Jane, il suffit simplement qu'Alec aie eu une idée de trop pour qu'il se soit décidé à le supprimer.
Il me disait tout, je l'aurais sus s'il avait voulu...
Mais au fond je doutais maintenant, mon frère aurait-il pu me cacher quelque chose? Avait-il songé à s'en aller ou même à trahir? Avait-il eu peur de ma réaction?
Puis-je aller voir la chambre de mon frère? demandais-je à Athenodora.
Elle hocha la tête à l'affirmative.
