Je restais immobile, c'était l'un de ses moments où l'on sait qu'il va se passer quelque chose de terrible, qu'on a envie de hurler et de se débattre pour empêcher que ça se produise mais notre corps ne bouge pas, notre esprit est là, hurlant et se débattant en silence dans une prison de chair qui reste passive.
Le choc est trop grand, trop fort, notre maigre force ne peut rien y faire mais c'est ce dernier sursaut de vie qui nous guide, cet instant de survie dont il me croyait dépourvue et qui était pourtant présent en moi à cet instant.
Bien sûr il n'arrivait pas à me faire réagir, juste à ne pas sombrer totalement, à continuer à respirer pour vivre, pour voir ce qui allait se passer.
Et je voyais comme jamais, chaque détail me frappait, j'étais attentive à tout au moindre bruit, au moindre éclat de lumière qui provenait des rayons de soleil qui traversaient péniblement les quelques trous du plafond ne donnant qu'une lumière infime.
Le ciel lui-même nous avais abandonnée, nous allions mourir dans cette patinoire obscure et oppressante.
Même l'arrivée d'Edward ne me tira pas de mon apathie, les ténèbres étaient trop forts, nous allions mourir engloutis par toute cette noirceur.
Il s'approcha de moi et me prit doucement la main attendant certainement une réponse mais je ne pouvais pas, je ne pouvais plus bouger ni parler, la fin était proche et l'accepter était trop dur, mon pauvre corps n'en était pas capable et préférait simuler cette mort qui allait bientôt glacer mon cœur.
Mes yeux trouvèrent la force de réagirent eux, laissant quelques larmes les humidifier.
Quand Rachelle s'approcha et commença à parler à Edward je n'eus plus aucune réaction, je me recroquevillais simplement sur moi-même.
Mon esprit fit abstraction de ce qui se passait autour de moi, m'envoyant une autre image.
Je voyais mon sang couler, le précieux liquide emportant avec lui les dernières gouttes de vie qui se cachait au plus profond de moi.
Je me concentrais sur cette image, c'était une délivrance, la possibilité de ne plus souffrir alors je m'imaginais avec délice ma mort, fermant les yeux pour ne plus rien voir d'autre que moi devant ma salle de bain un rasoir dans une main et les poignets tranchés.
C'était mon avenir et je voulais me couper du monde extérieur jusqu'à ce que ce moment arrive.
Pourtant j'eus l'impression de recevoir une gifle, j'ouvrais les yeux mais ni Rachelle ni Edward n'était devant moi, je voulais me replonger dans ma vision mais cette fois-ci une voix m'interpella.
Sa voix.
Il n'était pas là, certainement en train de se battre avec Rachelle à un autre endroit de la patinoire mais j'entendais sa voix dans mon inconscience tout comme lorsqu'il m'avait quitté.
Sa voix de velours criait furieusement mon prénom, me disant de me relever, de m'enfuir pendant qu'il en était encore temps mais je refusais obstinément, pas sans lui, il n'avait pas le droit de me demander de vivre dans un monde où il n'existait pas.
Bella aie confiance.
Il n'était plus furieux, c'était tendre, une requête mais j'avais peur, peur de ce que j'allais découvrir en ouvrant les yeux et en revenant dans le monde des vivants.
Pourtant je me laissais guider par sa voix qui me tirait des méandres de mon esprit et me ramenait à la surface.
J'ouvris les yeux, pas comme je l'avais fait précédemment, cette fois-ci je les ouvrais vraiment, j'acceptais ce que j'avais devant les yeux sans chercher à m'échapper de cette réalité que j'aurais pourtant voulu fuir.
Rachelle et Edward étaient dans un coin de la patinoire près des gradins mais ils n'étaient pas en train de se battre comme je m'y étais attendu, en tout cas ils ne se battaient pas physiquement, pour le moment ils faisaient un duel psychologique.
Chacun se servait de son don dans le but de déstabiliser l'autre.
Je me raidis quand j'entendis Rachelle dire à Edward que je lui avais menti et que c'était lui qui était la cible de ses attaques.
Pourtant mon ange ne perdit pas sa contenance, je n'osais imaginer la culpabilité que j'aurais ressentie si mon mensonge avait causé sa mort !
Puis soudain tout bascula, en une phrase…
_J'ai lu dans son esprit, Irina n'était qu'un pis-aller et si il a quitté le clan de James c'est parce que la seule personne pour qui il y restait était morte.
Les yeux de Rachelle s'élargirent, ce fut sa dernière action, Edward la tua juste après. Mais elle n'a pas cherché à l'éviter, et j'étais certaine que si elle l'a laissé le tuer c'est parce qu'il venait de lui offrir ce dont elle avait toujours rêvé : l'amour de Laurent.
La vengeance ne valait maintenant plus rien pour elle et rejoindre son clan en enfer était son seul souhait. Car après tout peu importait les conditions de vie, les tortures et le reste le plus important c'est d'être avec les personnes que l'on aime.
Après cela Edward s'approcha de moi et prit doucement dans ses bras comme si j'étais une poupée de porcelaine qui risquait de se casser à chaque instant.
Ce n'est que quand il me plaqua contre son torse de pierre que je me rendis compte que c'était fini, nous n'avions plus rien à craindre.
Toutes ces larmes et ces cris qui jusque là étaient rester en moi, sortirent et j'éclatais en sanglots heurtés dans son cou, le suppliant de me pardonner de lui avoir menti, de ne pas me laisser et parmi toutes ces excuses et ces supplications je lui répétais inlassablement que je l'aimais.
Quant à lui il me réconfortait, passant tendrement sa main dans mon dos pour que je me calme et me disant que ce n'était rien, que c'était fini.
Mais je refusais de calmer mes torrents de larmes ou de le lâcher malgré tout, j'avais eu trop peur, il fallait que je laisse sortit toutes ces émotions qui me rongeait depuis si longtemps.
Pourtant au bout d'un moment mes yeux semblèrent enfin se tarirent et je me détachais de son étreinte pour regarder autour de moi, je m'approchais du tas de cendres qu'était maintenant le bûcher où Rachelle avait péri.
Malgré tout ce qu'elle m'avait fait subir je ne lui en voulais pas, elle avait raison si Edward était mort je serais devenue aussi folle et assoiffée de vengeance qu'elle !
Mais j'avais eu la chance de ne pas être privée de mon ange, il restait en retrait derrière moi, je pense que lui aussi avait du mal à se dire que le cauchemar avait pris fin, que nous pouvions nous réveiller et recommencer à vivre.
Il y avait un avenir qui s'offrait à nous, un avenir heureux avec comme premier projet un mariage !
Je me tournais vers mon fiancé en souriant et ça là que je le vis.
Un gardien rondouillard qui avait du entendre du bruit.
Je n'eus rien le temps de faire, le petit homme chauve et tremblotant sortit son arme de service et tira sur mon ange avant de s'enfuir.
La balle ricocha sur sa peau de marbre mais mon cœur se brisa tout de même, je me sentais vraiment ridicule que mon cœur se déchire pour si peur puis je croisais le regard paniqué d'Edward qui se précipitait vers moi.
Je baissais les yeux et je vis enfin ce qui effrayant tant mon ange, la balle qui avait ricoché sur lui m'avait atteinte en plein cœur…
