Chapitre 26 – Brave New World
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- Assurdiato, grommela Maugrey en entrant dans son bureau.
Nymphadora l'attendait, un thé à la main, les pieds sur son bureau et l'autre main gribouillant sur son calendrier à la date du 26 juillet. Le gribouillis disparut dès qu'elle l'entendit arriver. Ils étaient venus avant l'heure d'ouverture du Bureau, mais toutes les précautions étaient prises, ces temps-ci… l'approche de la mission Potter les mettait sur les nerfs.
- Le nom du tout premier guitariste des Bizarr'Sisters ? demanda Maugrey en la pointant de sa baguette.
- Arcturus LaTaget. Mais ce n'est pas une question personnelle, répondit-elle, presqu'étonnée.
- Non, mais la réponse doit être connue par moins de trois personnes aujourd'hui…
- Dont la moitié des lectrices de Rock'n'Troll, ronchonna-t-elle. Ta marque de shampooing ?
- Je suis à moitié chauve…
- Oui, bah un Mangemort oublierait ce détail et tenterait quand même une réponse… On commence ?
Son mentor grommela et s'assit.
- Pius Thicknesse a refusé qu'on connecte la maison des Dursley aux réseaux de transports officiels. Je m'y attendais mais du coup, je dois vous exposer le plan B aujourd'hui. Réunion de crise ce midi dans le grenier de la maison Londubat à Londres.
- On va être beaucoup trop exposés, fit-elle remarquer.
- Si Dawlish a bien répété ce qu'on voulait, on doit pouvoir se débarrasser de deux-trois Mangemorts.
- Mais si l'un d'eux réussit à donner l'alarme…
- D'où mon plan. Mais je vous en parlerai ce midi.
- D'accord.
- Je voulais te parler d'autre chose. J'ai laissé des ordres. Si je disparais dans les prochains mois, je t'ai désignée comme successeur. Robards peut refuser, mais Scrimgeour est d'accord.
- Successeur ? J'aime mieux que tu restes en vie encore un peu, plaisanta-t-elle.
C'était le seul sorcier de sa connaissance à actualiser régulièrement son testament. Peut-être qu'il avait raison, mais elle trouvait ça passablement déprimant.
- Demain est un nouveau jour. Mais pas forcément un meilleur, répliqua-t-il.
- J'admire ton optimisme…
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- Je veux en être ! criait presque Ginny.
- Tu sais que c'est impossible, répliqua son père. Tu n'es pas majeure, tes déplacements et les sorts que tu lances sont surveillés par le Ministère !
- Mais je veux aider !
- Ginny, tu ne peux pas venir, c'est comme ça, dit fermement Arthur.
Hermione et Ron, qui, eux, faisaient partie de l'opération, lui lancèrent un regard désolé.
- Alors il faut que j'attende ici ? dit-elle avec feulement de chat blessé. C'est le pire rôle !
Elle monta dans sa chambre en tapant des pieds. Elle détestait être enfermée au Terrier et elle détestait encore plus être enfermée au Terrier quand elle était la seule à ne pas pouvoir en sortir.
Hermione et Ron faisaient tacitement partie de l'Ordre, à présent. Alors qu'elle avait passé les vacances à écouter aux portes, les deux majeurs étaient de moins en moins exclus des conversations des « adultes ».
Elle donna un coup de pied violent dans le tuyau en cuivre de la salle de bain, qui encadrait la porte de sa chambre… ce qui lui valut un pied extrêmement douloureux, et un concert de feulements de la part de sa voisine du haut, la goule. Celle-là était dans le complot qui permettrait à Ron de partir, pensa Ginny. Elle montra les dents au plafond, comme si cela pouvait changer quoi que ce soit à son âge.
Sans Arnold, définitivement parti en vadrouille dans la campagne environnante, et Pattenrond qui était parti avec les Granger, veiller sur eux en Australie, son seul ami à fourrure était son dragon en peluche. Tout juste seize ans qu'elle ne s'était pas séparée de son fidèle Norman.
Seize ans.
L'âge qui l'empêchait de faire l'essentiel. Elle faisait de la magie au Terrier, comme tous les enfants élevés dans un environnement magique, mais en dehors de la maison, l'interdiction subsistait. Elle savait que son père avait raison.
- Gin', on va dans le verger, tu veux venir ? dit la voix de Ron, timide.
- Non ! cria-t-elle.
Elle le regretta vite. Refuser une partie de Quidditch la condamnait à aider sa mère en cuisine. Elle regarda sa robe de Quidditch rouge et or, qui était pendue sur la porte de son armoire. Le Quidditch. Sa raison de vivre, ces temps-ci.
Entrer dans l'équipe Weasley avait été difficile. S'imposer quand on était la plus petite (et une fille) sur le terrain avait demandé des années d'entraînement secret… mais en faire une carrière allait être plus dur encore. Elle avait beaucoup appris en observant ses six frères – tous avaient des techniques et des styles différents, qu'elle avait enregistrés comme une forme de répertoire dont elle avait fait son miel.
Plus tard, elle ne voulait pas concilier vie de famille et travail. Elle ne voulait pas non plus être mère au foyer dès sa sortie d'école. Elle voulait vivre à 100% les deux expériences, mais l'une après l'autre. Elle avait calculé que Mme Bibine partirait à la retraite d'ici vingt ans. Ça lui en laissait dix pour devenir joueuse professionnelle, dix autres pour élever des enfants avant de les envoyer à Poudlard et d'y reprendre le poste de Professeur de Vol. Oui, dix ans avant d'avoir des enfants, c'était bien. Ca laisserait le temps à Harry de sauver le monde encore deux ou trois fois, et à elle de se faire un nom dans le milieu du Quidditch. Idéalement, ça laisserait aussi le temps à Harry de se rendre compte qu'ils étaient faits l'un pour l'autre.
Elle soupira. Même si elle avait eu un compte en banque plein et si la Ford Anglia n'était pas acclimatée à la Forêt interdite, elle n'aurait pas suivi le Trio.
Etre la quatrième tête du cerbère, très peu pour elle. Elle avait sa propre route à tracer.
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Yaxley plissa les yeux. Kingsley Shacklebolt venait de quitter son poste. Or, pendant les six mois où il avait été le garde du corps du Premier Ministre moldu (aux yeux des médias magiques et non-magiques), ça n'était jamais arrivé.
C'était le signe qu'il lui fallait pour être sûr que Rogue avait eu raison et que le transfert aurait bien lieu ce soir. Il pouvait encore revenir en grâce auprès du Seigneur des Ténèbres en lançant l'alerte.
Il transplana à côté de la Privet Drive où habitait Potter. Malefoy siffla pour l'avertir. Voldemort l'avait envoyé, sans baguette. Pour le simple plaisir de l'humilier. Il était presque sûr que Narcissa lui avait prêté la sienne.
Il suivit Malefoy dans les airs. Ah. Visiblement, son information était inutile. Trente Mangemorts cernaient déjà la maison.
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Tonks fronça les sourcils. Clairement, Ron n'avait pas l'air ravi d'être mis en binôme avec elle. Elle était presque vexée. Elle regarda Remus, qui était avec George, et sourit en voyant Ron hésiter à la prendre par la taille (c'était une femme mariée, maintenant). Comme si ça lui importait. Elle travaillait au milieu d'hommes.
- Un… deux… TROIS.
Nymphadora tapa du pied et fila dans les airs.
- Ils sont là ! cria un des Harry.
Bombabouse, pensa-t-elle. Et ils n'étaient pas qu'un peu.
- Stupéfix ! Incarcerem ! Impedimenta ! criait Ron dans son dos.
S'il ne toucha aucun de leurs poursuivants, sa précision était relativement bonne pour un premier combat sur balai.
Un des Harry à sa droite lançait des sorts étranges, qui touchaient, eux, leur cible avec précision. Elle reconnut Bill et Fleur. Fleur avait toujours le don de les surprendre : bien que le latin reste la langue de la magie, on n'apprenait pas les mêmes sorts outre-Manche. La Français faisait ainsi des surprises à l'Ordre… et à leurs ennemis.
- Bombarda Maxima ! hurla Ron en visant la ligne de Mangemorts dressée devant eux.
Tonks aperçut du coin de l'œil Hagrid et le véritable Harry franchir le cercle à pleine vitesse. Quatre Mangemorts se détachèrent du peloton pour les suivre. Bombabouse.
Maugrey avait eu raison. Il fut le premier pris en chasse, Kingsley le deuxième. C'était presque vexant de ne pas être considérée comme une des meilleures Aurors du groupe. Mais après tout, le fait que le Premier Ministre moldu soit toujours en vie était aussi parlant qu'un CV, pour Kings'. Elle était habituée à être sous-estimée. Mais justement, le fait que sa carrure fasse baisser la garde de ses adversaires était plutôt utile.
Ca faisait près de dix minutes qu'ils fonçaient en direction de la maison de Muriel Weasley, mais leurs poursuivants ne les lâchaient pas. Coriaces ou… ?
Elle reconnut le rire suraigu de sa tante avant de la voir. Ses Endoloris avaient beau manquer leur cible, elle se rapprochait. Puis, les premiers Avada Kedavra retentirent.
- Le vrai Harry Potter est là-bas ! cria Rodolphus Lestrange.
Tonks entendit plusieurs des balais derrière elle faire demi-tour. Bombabouse, comment avaient-ils pu repérer la surpercherie si vite ? Mais Bellatrix resta sur leurs talons.
- Combien sont-ils ? hurla-t-elle par-dessus le vent à Ron.
- Encore deux ! Bellatrix et son mari !
- Avada…
Tonks fit une embardée vers la droite pour éviter le jet vert. Nymphadora sentit une colère monter en elle comme elle en ressentait rarement. Tatie Bellatrix voulait la tuer comme elle avait tué Sirius? On verrait ça…
Elle lança un sort de mort vers l'arrière, mais manqua Bellatrix d'un bon mètre. Dans son dos, Ron lançait Stupéfix sur Stupéfix. Elle entendit Rodolphus tomber avec un crac de son balai. Bellatrix ne ralentit même pas. Tonks lança un coup d'œil à la boussole fixée sur le manche de son balai. Ils étaient encore loin. S'ils n'arrivaient pas bientôt à se débarrasser de Bellatrix, le Portoloin allait partir sans eux. Ils devaient franchir la barrière avant que sa tante ne se rapproche trop. Même les Protections n'arrêteraient pas un Avada Kedavra s'ils n'étaient qu'à moitié dans la propriété de Muriel.
Elle dut faire une nouvelle embardée pour éviter le Sort de Mort suivant.
- Ca va ? demanda-t-elle à Ron.
- Yep. Vigilance constante, dit-il entre deux Protego.
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Attendre, attendre, attendre, pensa Ginny. Alors qu'elle avait toujours été la plus impatiente des Weasley. Je vais devenir folle…
C'avait été le même espoir – puis la même angoisse - à chaque fois qu'un Portoloin était arrivé – seul.
Sa mère retenait ses larmes, les yeux fixés sur l'horloge de grand-mère. Comme si les anguilles allaient décoller un jour de « Danger de mort ». Elle lui fit un câlin et sa mère lui rendit son étreinte.
Puis elles entendirent le bruit de voix.
Harry et Hagrid étaient apparus dans la cour. Ginny se précipita dehors. Elle savait qu'il y avait plusieurs Harry, mais l'expression du visage de celui-ci était trop naturelle pour qu'il soit Polynectarisé.
Ron et Tonks auraient dû être les premiers de retour, lui expliqua-t-elle. Puis Fred et papa, et… Maman ! cria-t-elle.
Remus et George étaient apparus. Elle vit avec horreur que son frère était inconscient et couvert de sang. Elle se retint de vomir. Le sang ne l'effrayait pas, mais son oreille…
Elle regarda Remus prendre Harry à part comme dans un rêve. George était blessé, George était blessé…
Lupin fit la leçon à Harry sur l'Expelliarmus. Etre plus direct, plus violent, n'était pas une parole qu'on aurait entendu dans sa bouche quelques années auparavant. Il était clairement passé en mode combattant. Ginny savait qu'il avait raison, mais elle était tout de même contente qu'Harry ne pense pas encore comme une machine de guerre. D'autres le faisaient assez pour lui.
Il y eut une nouvelle arrivée dans la cour. Kingsley aussi avait compris qu'ils avaient été trahis et vérifia l'identité de chacun des membres de l'Ordre. Ginny se sentit un peu bête de ne pas l'avoir fait.
Elle vit Hermione devenir très silencieuse en apprenant que Ron n'était pas rentré. Ginny savait ce que ça faisait et lui serra brièvement l'épaule, avant d'aller aider sa mère à soigner George. Elle croisa le regard d'Harry et se retint de le serrer contre elle pour s'assurer qu'il était bien là.
Laisse-moi voir mon fils, Kingsley ou je te jure que… !
Ginny brisa le contact visuel avec Harry et s'écarta vivement pour laisser passer son père et Fred. Ce n'était pas la première fois qu'elle voyait à l'œuvre le lien spécial qui liait les jumeaux, mais voir George ouvrir les yeux dès que son frère entra dans la pièce était toujours quelque chose d'impressionnant. Elle échangea un regard avec Harry et l'accompagna dehors. Ginny lui prit la main, et ils se joignirent à Hagrid, Remus et Hermione qui regardaient la nuit comme si elle pouvait leur rendre ceux qu'ils aimaient.
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Remus regardait le ciel étoilé comme s'il avait pu lui rendre sa femme. Faites qu'elle aille bien, faites qu'elle aille bien, était la prière qu'il lançait à toutes les forces de l'univers. Ils n'auraient pas dû autoriser Ron et Hermione à venir, il aurait dû aller avec elle. Son visage était pâle et figé, pareil à celui d'Hermione. Il était inquiet pour Tonks et elle était inquiète pour Ron : ils se comprenaient.
Il entendit Ginny dire à Harry que Tonks et Ron auraient dû être de retour, et sentit sa gorge se serrer encore plus. Harry disait que Voldemort l'avait suivi jusque chez les Tonks. Remus espérait que Ted et Andromeda allaient bien…
Il tressaillait à chaque mouvement du jardin – gnome, oiseau, branche – mais toujours pas de Nymphadora. Il allait s'asseoir, quand le balai apparut au-dessus d'eux.
- Remus !
Tonks se jeta sur lui, mais il fut incapable de répondre à son étreinte, tant il était secoué. Il l'entendit faire l'éloge de Ron comme dans un semi-rêve.
Il lui en voulait. De s'être mise en danger. Il n'avait pas l'intention d'être veuf si tôt. Il avait espéré qu'elle enverrait au moins un message pour le rassurer.
- On est les derniers ? demanda Ron.
- Non, on attend toujours Bill, Fleur, Mondingus et Fol'œil… dit Ginny avant de rentrer, émue, à la maison pour annoncer que Ron était rentré.
- Merci pour nos fils, dit Molly en les rejoignant.
- Ne dis pas de bêtise, dit Tonks.
Ron et George avaient eu de la chance, comme eux.
Fleur et Bill apparurent d'un coup. Tonks sut à sa raideur que Bill portait une mauvaise nouvelle.
- Fol'œil est mort.
Tonks sentit ses poumons se vider d'air.
Elle avait dû mal comprendre, il ne pouvait pas…
Elle sentit la main de Remus sur son épaule et se serra contre lui.
Pas lui…
Pas son éternel mentor… Elle s'était habituée à ce que l'Auror à la peau dure se sorte toujours de tout, avec une cicatrice de plus, peut-être, mais qu'il s'en sorte… Remus caressa ses cheveux roses, désolé d'avoir été si brusque avant.
Il se reprit rapidement. Fleur et lui soulevèrent tout de suite la question qui fâchait. Qui les avait trahis ?
La réponse d'Harry ne le satisfit pas. Réaffirmer la confiance… C'était bien le digne héritier de Dumbledore – le génie tué à la fin par son aveuglement. Lupin regarda Harry bizarrement - comme si lui, n'avait rien appris du passé. Tonks se demanda même s'il n'était pas déçu. Il n'avait jamais été d'accord avec Sirius sur le fait que ce soit une bonne chose qu'Harry ressemble autant à James.
Remus se détourna et posa son verre. Tonks sentit que ses prochaines paroles n'allaient pas lui plaire. Et en effet, partir à découvert pour retrouver le corps de Maugrey n'était pas une idée qui la ravissait. Elle ne voulait pas que le corps de son mentor finisse en Inferi ou en trophée de chasse pour les Mangemorts… mais elle n'avait pas non plus envie que les corps de Bill et Remus s'y ajoutent… Le dissuader était peine perdue, bien sûr.
Parce qu'elle sentait qu'il voulait aussi quitter le Terrier pour ne pas avoir à lui parler.
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- Alors ? dit Nymphadora quand Remus rentra, vers deux heures du matin, dans leur petit appartement.
- On ne l'a pas retrouvé, répondit-il simplement.
Elle soupira. Au moins, il n'avait plus l'air en colère.
- C'est vraiment Rogue qui a touché George ?
Il hocha la tête.
- C'était totalement inconscient d'emmener Ron et Hermione avec nous …
- Ils sont très doués, répliqua-t-elle. Il fallait qu'ils voient le terrain… dans sa brutalité aussi.
Remus vit qu'un bleu commençait à apparaître sur la pommette de Tonks. Il ne put s'empêcher de la serrer violemment dans ses bras.
- Si jamais Bellatrix avait touché à un seul de tes cheveux…
- Tu te serais fait une perruque avec les siens… sourit-elle.
- Pas exactement, non.
- Ca te donnerait une allure de vieux rockeur.
- Tu aimerais ?
- Non.
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Plus tard cette nuit-là, Drago tenta une expédition dangereuse. Pas lointaine, mais interdite. Il attendit que sa tante ait filée vers l'aile est, où Voldemort avait ses quartiers, pour descendre à la cave. Le souterrain s'ouvrait toujours à un Malefoy, bien que les nouvelles protections soient puissantes.
Ollivander ne dormait pas. Il était prostré, roulé en boule, et ne semblait même plus avoir peur d'être de nouveau torturé. Il fut cependant étonné de voir qui on lui avait envoyé. Ses yeux pâles le fixaient dans la pénombre, comme ceux qu'un chat.
- Est-ce que vous pouvez réparer ça ? demanda Drago en lui tendant les débris de baguette de Lucius, que Voldemort avait ramené au fabriquant quelques heures plus tôt.
- Non. C'est impossible.
- Même si je vous amène des outils de votre boutique ?
- Cette baguette a été vaincue et brisée de l'intérieur. Rien ne pourra la réparer.
Drago se redressa et sortit. Une idée puérile lui avait fait croire que réparer cette baguette réparerait aussi l'homme qu'était son père. Mais il semblait devoir être dépouillé du peu d'honneur qu'il lui restait.
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Andromeda se faisait un sang d'encre. Elle pensait à sa fille et sa jeune grossesse… tant de choses pouvaient arriver…
- Potter avait dit qu'il demanderait à Nymphadora de nous donner des nouvelles…
- Andy, elle va bien… c'est plus dangereux pour elle de nous envoyer un message que de se taire.
- « Pas de nouvelles, bonne nouvelle », c'est ça ?
- C'est ça…
Ca faisait une heure pourtant. Une heure que les Mangemorts s'acharnaient sur les protections de leur maison. Ça devait vouloir dire qu'ils ignoraient où était Harry (une bien maigre consolation en vérité, pour des parents inquiets). Andromeda continuait de regarder par la fenêtre.
- Dis… cette moto…
- Quelle moto ?
- La moto volante qu'Hagrid conduisait… on dirait celle de Sirius.
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Ginny ouvrit les yeux. Le soleil entrait à flot par sa fenêtre. Elle avait été tellement fatiguée après ses émotions de la veille qu'elle en avait oublié les volets. Les prochains jours allaient être bizarres. Vivre sous le même toit qu'Harry allait être bizarre.
Elle était sans doute la seule à l'avoir cru quand il avait dit que sa baguette avait lancé un sort toute seule. Elle ne l'avait pas cru parce que c'était une forme de devoir pour une amie ou ancienne petite-amie, mais parce qu'à chaque fois qu'il leur avait dit quelque chose et qu'ils ne l'avaient pas cru (Rogue n'est pas de notre côté, Drago va monter un gros coup à Poudlard la nuit où je partirai avec Dumbledore,…) il avait eu raison. Une vraie Cassandre des temps modernes.
Elle se mit debout sur son lit pour écouter ce qu'on disait à l'étage. A l'évidence, le trio s'était déjà réuni, malgré l'heure. Elle sortirait les Oreilles-à-rallonges des jumeaux après le petit-déjeuner. Dans l'intervalle, elle était certaine que sa mère serait passée à l'attaque. Ginny avait été la première cible de ses interrogatoires, avant même Ron et Hermione. Elle voyait claire dans le jeu de sa mère, seize ans qu'elle la voyait à l'œuvre. Clairement, sa mère avait pensé qu'Harry en dirait autant à sa petite-amie qu'à ses meilleurs amis. Elle avait tort, pensa-t-elle amèrement.
Comme si la veille n'avait été qu'un mauvais rêve, le Terrier était en pleine effervescence, à l'approche du mariage de Bill et Fleur. Ginny alla enlever des platebandes de fleurs les moulins à vent décolorés qu'elle avait fabriqués quand elle était enfant, et lança quelques sorts de coloration aux bégonias les plus abîmés. Les livres habituellement éparpillés dans toutes les pièces de la maison, du grenier de la goule au cabanon de jardin, avaient été centralisés dans la bibliothèque du salon. Sa mère faisait clairement tout pour séparer le petit trio, si bien que Ginny se retrouva souvent avec Hermione.
Elle voyait bien que Ron et elle s'étaient rapprochés, mais elle ne savait pas quoi lui dire. Ron était toujours… Ron. Ginny lui avait conseillé de le rendre jaloux, de le tester, comme il l'avait fait avec Lavande. Mais la seule tentative d'Hermione, avec Cormac, n'avait fait qu'envenimer les choses.
Son frère était parfois un peu bête, pensa-t-elle. Il ne comprenait pas tout seul pourquoi Hermione avait moins de difficultés à prendre Harry dans ses bras que lui. Il n'arrivait pas à différencier une affection innocente de la gêne de l'amoureuse.
Le plus dur était que le rapprochement entre les deux était tacite. Le fait que ce soit déjà dans l'air, dans leur attitude, ne les aidait pas à exprimer clairement ce qu'ils ressentaient, à faire le premier pas. Hermione savait qu'elle serait la cavalière de Ron au mariage, et il savait qu'elle serait la sienne. L'évidence rendait inutile la déclaration.
A la fin de la journée, le Terrier ressemblait plus à un cottage propret (mais surpeuplé) qu'à un château, mais Mrs Weasley semblait passablement satisfaite. Bon, il restait encore 4 jours de préparatifs, mais ça commençait à prendre forme.
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- Maugrey est mort ? dit Savage, incrédule.
Tonks acquiesça. Savage faisait partie des derniers au courant, et c'était sans doute un des seuls à être sincèrement attristé par sa mort.
Au Bureau, son mentor n'était pas regretté par tout le monde, et elle se rendait compte que Maugrey avait été utopiste de penser qu'on appliquerait ses consignes après sa mort. Si on donnait son poste à Nymphadora, la promotion filerait sous le nez de beaucoup de collègues plus âgés. Elle savait que Maugrey avait fait ça pour s'assurer qu'au moins un des Gentils restait dans les rangs des Aurors, mais elle allait avoir du mal à s'imposer. Et elle ne pouvait pas compter sur Scrimgeour pour appuyer sa promotion, Kingsley lui avait dit qu'il ne sortait plus que très rarement de son bureau.
Elle n'était même plus sûre de vouloir ce poste, en réalité. L'inimitié de ses collègues deviendrait sans doute de la haine si elle devenait leur boss.
Elle était tombée en disgrâce depuis son mariage avec Remus, exactement comme il l'avait prévu. Elle avait beau dire qu'elle s'en fichait et que si c'était de nouveau à faire, elle le choisirait, lui plutôt que sa réputation… subir en permanence le regard de ses collègues n'était pas facile. Si elle n'avait pas repoussé à elle seule une dizaine de Détraqueurs la semaine précédente (Remus lui fournissait décidément des souvenirs puissants), Robards n'aurait même pas envisagé de la mettre à la tête de l'unité que Maugrey dirigeait par le passé.
- Fais attention à toi, Tonks, dit Savage, soucieux.
Ce n'était pas une menace ou un avertissement. Plutôt un conseil. Elle doutait qu'il se rende compte d'à quel point le Ministère était devenu un lieu dangereux, mais elle faisait confiance à son sixième sens pour percevoir qu'il se passait de drôles de choses et que quelqu'un tissait autour d'eux une toile menaçante.
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- Hermione peux-tu changer les draps pour les Delacour ? dit Mrs Weasley d'une voix presque mielleuse.
Ginny resta de marbre.
- Bien sûr, dit Hermione.
Ginny savait que dès que Mrs Weasley serait hors de vue, Hermione rejoindrait Ron dans sa chambre. Vu que son idiot de frère n'avait jamais eu l'intention de ranger sa chambre, il ne s'était pas rendu pas compte qu'il y manquait des choses. C'avait facilité les choses pour Hermione. Ginny l'avait aidée à réunir à peu près tout ce qu'il fallait avoir en cas de départ précipité. Hermione avait commencé (sans surprise) par les livres, les vêtements (Ginny avait même dû subtiliser les caleçons de Ron), l'argent moldu et sorcier, les aliments secs, la tente magique de Perkins, les sacs de couchage, un Scrutoscope, une radio, un nécessaire de camping,… Ginny savait qu'Harry se sentait particulièrement dépouillé depuis que sa malle et son Eclair-de-Feu avaient été perdus, mais pour sa part, elle était surtout contente qu'il soit en vie.
Ginny monta dans sa chambre, bien décidée à entendre ce qu'ils disaient, cette fois-ci. On en entendait toujours de bonnes quand on était discret, dans cette maison. C'était comme ça qu'elle avait découvert la machination mise en place par Ron, la goule, son père et les jumeaux. Intelligent. Mais qui devait à tout prix rester loin des oreilles de Molly Weasley.
Ginny déploya une Oreille-à-rallonges made in le Terrier (mais nouvelle génération) qui se colla au plafond, aussi efficace qu'un verre en cristal. Hermione pleurait – pour changer. Elle était étrangement émotive depuis son arrivée au Terrier. Un rien la faisait pleurer (chose que Ginny avait toujours du mal à faire) mais elle n'avait rien voulu en dire à Ginny.
Elle les entendit parler de leur départ. Ils ne comptaient rester que pour le mariage et disparaître. Si vite… pensa-t-elle.
Elle écouta de nouveau. Mais avant que le mot Horcruxe n'atteigne son oreille, sa mère ouvrit la porte de sa chambre. Son regard alla de Ginny, debout sur son lit, à la ficelle couleur chair qui partait de son oreille, puis au plafond. Elle additionna deux plus deux et fila au dernier étage.
Oups.
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Remus se frotta les yeux. On était le 31 juillet. Harry était majeur. Lui se sentait vieux. Et mal.
Il savait que James aurait voulu être celui qui fêterait ça, et Sirius aussi (sans doute avec des cadeaux d'un goût douteux, qui auraient fêté dignement l'entrée d'Harry dans l'âge adulte). Alors que lui, n'était pas en très bons termes avec Harry le jour de cet anniversaire si important.
- Tu vas aller au dîner ? fit Tonks sans sortir de son lit.
Elle avait passé la soirée précédente à repêcher les morceaux de la moto de Sirius dans la mare de ses parents. Le prétexte avait été que c'était mauvais pour l'écosystème (elle adorait ces grenouilles…) mais lui savait qu'elle cherchait toutes les occupations possibles pour ne pas penser à Maugrey.
- Bien sûr.
- Alors essaye de t'habiller d'un sourire, pour changer.
Il sourit et se glissa sous les couvertures. Nymphadora plissa le nez. Son eau de Cologne lui faisait tourner la tête. Etrange. Normalement, il fallait être plus enceinte que ça pour que ses sens se dérèglent.
Savoir qu'elle attendait un enfant était un secret qui lui donnait une force inaltérable. Aucun Détraqueur qui croiserait sa route ne briserait ses barrières à présent. Mais Remus était silencieux depuis quelques jours. Elle soupçonnait quelqu'un de lui avoir demandé comment elle prenait les critiques dues à leur mariage. Elle espérait sincèrement que c'était une maladresse de Kingsley et pas une remarque de son père.
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Hermione avait été claire. Là où ils allaient, ils ne pourraient pas emmener beaucoup de choses. Et de toute façon, tôt ou tard, ils pouvaient tout abandonner. Le meilleur cadeau d'anniversaire était donc… un souvenir.
« A la fin, c'est tout ce qu'il nous reste » avait dit la préfète d'une voix étrangement chevrotante. Ginny sentait qu'une chose s'était passée avant son arrivée au Terrier, dont Hermione n'avait pas parlé. Elle n'avait pas le temps d'enquêter.
- Harry, tu veux bien monter un instant ?
Elle vit Hermione embarquer Ron de force (une sainte, cette Hermione) et emmena Harry à sa chambre.
Ginny savait que ça allait rendre les choses plus compliquées pour elle, mais elle voulait quand même lui faire ce cadeau absurdement romantique. Bien sûr qu'elle n'était pas résignée à leur séparation. Elle avait envie de lui. Tout contact physique avec lui en était douloureux. Ils ne pouvaient pas s'ignorer l'un l'autre. Mais elle savait aussi que c'était pour son bien qu'ils n'étaient plus ensemble.
Harry ne sembla pas du tout dérangé par le baiser. Elle avait voulu que ce soit un cadeau - elle le ressentit comme un adieu.
Et puis, Ron entra dans la chambre.
Elle se tourna résolument vers la fenêtre, les larmes aux yeux. Même ce dernier instant à eux, il avait fallu qu'un de ses frères lui vole. Elle détestait sa famille, parfois. Pas longtemps, mais assez régulièrement. Même si c'était tout ce qu'il lui resterait, bientôt.
Ce qui lui fit le plus mal, c'est qu'Harry ne dit rien et partit avec Ron et Hermione, après un simple « à tout à l'heure ».
« A tout à l'heure. »
C'est ça...
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- Magnifique, dit Tonks.
De quoi (presque) lui faire regretter son mariage bouclé en deux heures (dont une et demi de restaurant).
Elle continua à regarder les petits couples danser : une Hermione ravie avec un Ron gêné (peut-être par la longueur de ses jambes ou son sens du rythme… calamiteusement absent), une Molly et un Arthur qui ressemblait à un couple de deux jours et non de deux décennies, une Fleur à vous faire tomber à la renverse et un Bill qui avait le sourire vissé aux oreilles et pas l'ombre d'une cicatrice…
- Vous dansez, madame Lupin ? demanda gentiment Remus.
Elle avait des airs de flapper des années 20 avec ses accroche-cœurs blonds et sa robe à franges. Non pas qu'il se plaigne.
- Extrêmement mal, monsieur Lupin, répondit-elle avec un sourire éclatant.
- Oh, je n'en doute pas. « Tous les bons danseurs se ressemblent, mais les mauvais le sont chacun à leur façon. »
Tonks éclata de rire. Elle était assez petite pour poser ses pieds sur les siens et se balancer en cadence. Remus eut un sourire crispé : elle faisait déjà ça à l'époque où elle était une petite fille, et lui, son babysitter. Il ignorait si elle s'en souvenait.
- Elle se blottit contre lui et se laissa bercer par la musique.
- Nymphadora ?
- Mmh ?
- Tu me le dirais si quelque chose n'allait pas ? Au boulot, par exemple ?
- Mais oui, répondit-elle sans ouvrir les yeux, le visage collé contre sa chemise, abandonnée en un de ses rares moments de quiétude.
Il embrassa le sommet de son crâne.
Puis le Patronus de Kingsley apparut. Et ce fut la panique.
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L'Auror-en-chef, que Tonks ne reconnut pas, leva la main en signe de reddition. Les Weasley, les Delacour, Fleur, Remus et Tonks arrêtèrent les sorts d'attaque, comme eux, mais n'abaissèrent pas leurs Boucliers.
Visiblement, Mangemorts et officiels du Ministère venaient de comprendre qu'Harry Potter n'était pas là. Autant ne pas faire un carnage de sang magique si leur proie s'était volatilisée.
Ginny n'avait jamais été aussi énervée. Ils avaient non seulement gâché le mariage de Fleur et Bill, mais en plus, Harry et les autres s'étaient volatilisés. Elle n'avait même pas eu le temps de leur dire au revoir… et il était possible qu'elle ne les revoie plus jamais.
- Où est Harry Potter ?
- Pas ici, répliqua Arthur. Mes enfants n'ont pas eu de ses nouvelles depuis la fin de l'année scolaire.
- Et Ron Weasley ? répliqua l'Auror, l'air désappointé.
- Ron ? dit Ginny avec aplomb. Il n'a même pas pu assister au mariage, il a attrapé une éclabouille la semaine dernière… Et puis, je ne vois vraiment pas ce qu'Harry viendrait faire ici.
Remus se retint de sourire. La benjamine Weasley avait de sacrés nerfs. Arthur lança un discret sort de Silence à sa femme et lui pressa légèrement la main pour qu'elle ne les trahisse pas. Elle lui répondit par un regard vénimeux. Oups. Il aurait peut-être quand même dû la mettre au courant du plan de leur fils.
Le Mangemort à côté paraissait presqu'effrayé -s'il ne livrait pas Harry Potter, il était bon pour passer un mauvais quart d'heure. Remus aurait (presque) eu pitié de lui.
- Pourquoi cherchez-vous Arry Potter ? demanda Fleur au moins aussi affligée d'avoir dû se battre en robe de mariée que scandalisée que ce soit des employés du Ministère qui gâchent ainsi son mariage. Il n'était même pas sur la liste de mes invités !
- Madame… Harry Potter est soupçonné d'avoir plus qu'une part innocente dans le meurtre d'Albus Dumbledore. Comme il est déjà venu ici par le passé, nous avons pensé…
- Et bien vous pensez mal ! cria Fleur, folle de rage.
Remus ferma brièvement les yeux. C'était un cauchemar. Tout simplement un cauchemar. « Soupçonné d'avoir plus qu'une part innocente dans le meurtre d'Albus Dumbledore » ? La résistance allait prendre un sacré coup si leur figure de ralliement était ainsi mise en doute. Si maintenant, on faisait des textes négationnistes de Rita Skeeter parole d'évangile…
Bientôt, les Ronflacs Cornus allaient devenir l'emblème du nouveau gouvernement…
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Accio reviews ! ^^
