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CHAPITRE 28
C'est Carly, je reconnais sa voix dès qu'elle se met à parler. Elle à treize ans et son frère Luke qui a dix ou onze ans. Si je me souviens bien leur mère conduit une ambulance et souvent elle a des tours de garde tardifs alors ce sont des amies de leur mère qui les amènent et les récupèrent ou son petit-ami du moment.
Ils n'étaient pas au club vendredi, j'avais supposé qu'ils avaient déjà quitté la ville mais je suis absolument certain d'avoir envoyé le texto à leur mère disant que le club serait fermé jusqu'à nouvel ordre. Tous les parents ont mon numéro de téléphone, ainsi ils peuvent m'appeler s'ils ont un problème pour récupérer les enfants à temps et je sais que quelques-uns des enfants les plus âgés dont Carly, l'ont aussi ce qui n'a jamais été un problème puisque il m'arrive de recevoir des informations sur leurs projets à l'école, ce qui est toujours très bien.
"Carly, il n'y a que toi et Luke là-bas?" réponds-je, essayant de ne pas paraître angoissé car je ne veux pas l'effrayer.
"Oui l'ami de maman, Jan, nous a déposés parce que maman doit travailler ce soir et elle n'a pas de voiture. Elle ne sera pas rentrée avant un bon moment alors elle s'est débrouillée pour que Tom nous récupère à neuf heures. Je n'ai pas son numéro."
Pendant que Carly parle, j'essaie de voir si j'ai assez de temps pour arriver jusqu'à eux et assurer la sécurité de Bella. Le club n'est pas du tout sur notre chemin mais Rainier Beach est plus au sud alors nous irons dans la bonne direction pour échapper à la déferlante. Je me décide instantanément et j'espère que je ne vais pas le regretter.
"Restez là-bas, ne bougez pas, Bella et moi venons vous chercher. Nous y serons dans une vingtaine de minutes, d'accord?"
"D'accord Easy… merci," répond-elle et elle raccroche.
Je regarde Bella qui est toujours dehors et je sais qu'elle est perdue. "Je vais te dire ce qu'il se passe en chemin," et je lui fais signe de monter. Dès qu'elle a bouclé sa ceinture je démarre à fond, mes pneus crissent alors que je sors du parking pour aller en direction de Rainier Beach.
"Deux enfants sont devant le club d'art," expliqué-je, en descendant la rue. "Ils sont seuls, je ne peux pas les laisser là-bas, ça les condamnerait à mort."
Je l'entends haleter et je sais que je l'ai choquée mais je ne peux simplement pas les abandonner. Je sais que le timing va être serré mais je dois le faire.
Heureusement je connais le chemin le plus rapide pour aller au club depuis l'hôpital puisque Bella et moi l'avons fait vendredi, en plus les routes sont quasiment désertes mais c'est le chemin qui mène vers le sud dont je ne suis pas absolument certain et je vais devoir demander à Bella de trouver le meilleur itinéraire en utilisant son téléphone.
"Vers où devrions-nous nous diriger après que nous ayons récupéré les enfants?" demande-t-elle, devinant, évidemment, mes pensées. Je peux dire au tremblement de sa voix qu'elle a peur et cela m'étouffe.
"Regarde sur G°°gle maps. Nous devons aller vers le sud, l'intérieur, les hauteurs, sans pont si possible à l'écart des arbres, fais de ton mieux pour trouver le chemin le plus sûr et le plus rapide depuis le club."
Pendant que Bella prenait sa douche j'avais évalué la sécurité des routes du sud et elles étaient encore fraîches dans mon esprit mais j'espérai pouvoir quitter le centre ville en voiture, pas Rainier Beach. J'avais une idée approximative d'où nous devrions aller mais au moins Bella se concentrait sur la carte, ça l'empêcherait de réfléchir à ce qui allait se passer dans une heure. Je devais trouver les enfants, aller aussi loin que possible des immeubles puis trouver un endroit sûr qui résisterait au séisme puis conduire aussi vite que possible pour échapper au tsunami.
Il n'y avait qu'un seul endroit qui puisse nous offrir toute la sécurité mais il n'était pas sûr que nous ayons le temps de l'atteindre car les routes pourraient être bloquées par des arbres tombés et des débris après le séisme.
Je pilote dans les rues comme si je conduisais pour le grand prix de Monaco. Toutes les voitures et les piétons que je croise partent dans la direction opposée pour trouver un lieu sûr mais ma priorité est maintenant de sauver Carly et Luke, et bien sûr Bella.
"Est-ce qu'on va y arriver?" balbutie Bella.
"Honnêtement, je ne sais pas," réponds-je, "mais je ne peux pas les abandonner, comme tu ne pouvais pas abandonner ton père. Ils seront soit écrasés par le tremblement de terre soit noyés par le déluge si je les laisse là. Je ne pourrai pas vivre avec moi-même si je ne faisais pas tout ce qui était en mon pouvoir pour les sauver. Si j'ai un choix à faire c'est toi que je sauverais en premier, promis."
"Ne fais pas ce genre de promesses," réplique-t-elle avec véhémence. "Leurs vies sont aussi importantes que la mienne. Nous ne savons pas ce qu'il va se passer alors concentrons-nous pour nous sauver tous, d'accord?"
"D'accord," dis-je, sachant qu'elle a raison. Peu importe ce qu'il se passera dans les prochaines heures cela façonnera notre avenir et notre relation. Cependant elle sait que je l'aime plus que quiconque sur terre sans avoir à le dire ou le prouver.
Je fais le trajet en moins de vingt minutes donc il est 19 heure 30 quand Carly et Luke montent à l'arrière. Je leur dis de boucler leur ceinture et de se servir des bonbons puis je leur dis que je dois aller quelque part et que c'est très important et que je vais vraiment conduire très vite, qu'ils ne s'inquiètent pas car je suis un bon conducteur. Luke pense que 'c'est très cool'. Carly n'est pas aussi impressionnée.
"Va vers la 167," dit Bella. "C'est vers le sud et la route la moins fréquentée pour commencer."
Je hoche la tête pour lui dire que c'est ce que j'aurai choisi car la 169 traverse de nombreux espaces verts sur la carte ce qui signifie des arbres. Si nous ne rencontrons aucun obstacle u cours de la prochaine demi-heure, selon mon calcul, nous devrions être assez loin vers le sud quand le séisme se produira et d'après ce dont je me souviens il n'y a pas beaucoup d'arbres le long du tronçon de route à l'approche d'Auburn.
Je conduis aussi vite que possible dans les rues de Rainier Beach en direction de Renton où je prends la 167. Il y a encore quelques voitures qui se dirigent vers le nord en direction de Seattle et je pleure silencieusement pour ces gens alors qu'ils se dirigent vers leur destin. J'espère vraiment que ce ne soit pas vrai mais c'est fort probable. Quand je suis sur l'autoroute je demande à Carly si sa mère a eu le texto que j'ai envoyé vendredi et qui disait que le club fermait.
"On lui a volé sa voiture vendredi pendant qu'elle déchargeait les courses et c'est pour ça que nous n'avons pas pu venir," répond-elle nonchalamment. "Son sac et son téléphone étaient dans la voiture. Nous avons pensé que c'était notre voisin qui nous l'avait volé pour partir de la ville. Maman a un vieux téléphone et elle a mis une carte temporaire mais elle a perdu tous les messages, désolé."
"Pourquoi êtes-vous restés en ville alors," demandé-je. "Votre mère ne voulait pas partir?"
"Si mais son chef a dit qu'elle ne pouvait pas partir avant d'avoir fini son tour de garde ce soir. Elle a besoin d'argent et elle s'inquiète de perdre son boulot. Elle a évacué des patients des hôpitaux et ils finissaient de vider le dernier ce soir. Tom devaient venir nous chercher demain matin mais je ne sais pas pour aller où."
Je lui dis de ne pas s'inquiéter et je me concentre sur la route alors que je fais du 130km/h. Je prie seulement que le bâtard qui leur a volé la voiture soit écrasé ou noyé en représailles mais quand j'y réfléchi, les enfants devraient probablement être chez eux tous seuls quand le tremblement va se produire, alors ses actions ont par inadvertance sauvé les vies de Carly et de Luke.
Une fois que nous sommes loin de la ville, les bâtiments sont moins hauts et beaucoup moins nombreux. Je garde ma vitesse en espérant et priant pour que la police routière soit occupée ailleurs. Les quelques voitures qui se dirigent dans notre direction ne vont pas assez vite pour moi et je finis par doubler dans des endroits où je n'aurais jamais osé, en particulier avec des passagers à bord.
Bella regarde l'heure sur son portable et alors que les chiffres se rapprochent de huit heures je peux voir la couleur quitter son visage. Quand il est huit heures moins dix, elle me tend le téléphone pour me le montrer même si l'horloge du tableau de bord dit la même chose.
Dès que je peux je quitte la 167 car la dernière chose que je veux c'est rester coincé quand le tremblement de terre va se produire. Il y aura forcément des voitures partout et la surface de la route pourra se désintégrer sous nous et ça pourrait nous piéger. Je ne me souviens pas non plus s'il y a des ponts plus loin alors il va falloir prendre des routes secondaires.
Nous nous retrouvons en train de traverser un ancien parc industriel puis un quartier résidentiel calme avec quelques commerces de proximité et une petite station d'essence qui semblent tous fermés mais heureusement il n'y a pas d'immeuble de plus de trois étages.
C'est un lundi soir calme, le soleil est bas dans le ciel et l'air est chaud et même si je ne connais pas du tout cet endroit j'ai le sentiment que c'est trop calme ce qui signifie, espérons-le, que la majorité des gens est déjà partie.
Je commence à chercher où m'arrêter mais il n'y a pas un seul endroit sans arbre ou immeuble. J'ai beaucoup lu sur les tremblements de terre depuis quelques mois et je sais que ce n'est pas une bonne idée de rester dans la voiture qui peut disparaître dans le sol si la route s'effondre. L'endroit le plus sûr est un champ ou un parc mais le sol commence à céder, ce qui peut arriver si le sol est trempé nous devrions trouver du béton épais sur lequel nous réfugier. Si nous sommes bloqués sans voiture après le tremblement de terre ma seule option serait alors de trouver l'arbre le plus grand et le plus solide qui soit encore debout et d'y emmener les enfants et Bella pour pouvoir rester au dessus de la vague quand elle se produira.
Les enfants restent très calmes à l'arrière presque comme s'ils pouvaient sentir que quelque chose ne va pas. Ils ont déjà grignoté trois ou quatre barres chocolatées, ça va les rendre malade mais ce sera le moindre de leur souci dans quelques minutes. Il est presque huit heures quand je vois un endroit idéal pour m'arrêter et je m'y dirige.
"Nous faisons juste une pause un moment," dis-je alors que je vais vers un parking en face d'un terrain de sport et d'une aire de jeu pour les enfants. Il y a une autre voiture garée là, un SUV noir très cher, bourré de bagages.
Je repère une jeune femme avec deux très jeunes enfants sur les balançoires dans le coin le plus éloigné alors je suppose que la voiture doit être la sienne.
"C'est huit heures," chuchote Bella alors que je coupe le moteur. Je hoche la tête pour lui montrer que je l'ai entendue mais je ne réponds pas.
"Allez sortez tous les deux," dis-je d'une voix joyeuse. "Allons nous dégourdir les jambes pendant quelques minutes."
"Où dois-tu aller?" demande Carly, en déballant une autre barre chocolatée.
"Je vais voir un ami qui habite à la montagne. Il y a une vue magnifique de Seattle de là bas. Quand ce sera fait Bella et moi on vous ramènera chez vous, alors quand nous reviendrons à la voiture tu enverras un texto à ta mère pour lui dire que tu es avec moi et où nous allons pour ne pas qu'elle s'inquiète. D'accord?"
"D'accord Easy," dit-elle et elle me fait un grand sourire. Je peux voir dans ses yeux et ses pensées qu'elle me fait confiance et je me sens immédiatement coupable de lui mentir même si j'essaie de lui sauver la vie.
"Marchons un peu vers les balançoires," suggère Bella, sachant parfaitement bien que nous n'y arriverons pas avant que la terre commence à tremble. Elle prend la main de Luke et passe son bras autour du mien tandis que Carly saute dans l'herbe. Quand nous sommes à mi-chemin nous entendons un grondement sourd venant de sous nos pieds puis le sol commence à trembler violemment. Carly hurle et court vers Bella qui passe ses bras autour des deux enfants puis me regarde pour demander de l'aide.
Je jette un coup d'œil vers la mère qui à présent a beaucoup de mal à sortir ses bébés des balançoires, ils sont en l'air et elle ne peut pas les attraper. Les secousses deviennent de plus en plus violentes à chaque seconde et le grondement devient de plus en plus fort et je vois qu'elle a du mal à rester debout.
"Couchez-vous sur le sol," je crie à Bella qui est déjà à genoux l'air terrifié. Je cours à vitesse vampirique jusqu'à l'aire de jeu et quelques secondes plus tard je sors les bébés des balançoires puis j'éloigne la mère du jeu en métal qui est sur le point d'être arraché du béton. Je dois littéralement la traîner au milieu du terrain car elle ne peut pas se tenir debout sur la surface en mouvement et je les dépose tous les trois sur le sol. "Restez à terre," je crie et elle se jette sur ses enfants pendant que je cours vers Bella.
Le sol gronde et tremble et le bruit émanant de la terre et des bâtiments qui s'effondrent autour de nous ressemble à un glissement de terrain tonitruant.
Je me glisse sur le sol à côté de Bella et la tire vers moi puis rassemble les enfants et les tire de mon autre côté. Ils sont tous les deux en train de crier de terreur maintenant que nous pouvons entendre et voir les arbres en bord de champ craquer, se briser et s'écraser au sol puis un haut mur de briques entourant une maison du côté opposé de la rue s'effondrer en un tas de décombres suivi quelques secondes plus tard par la maison et le garage qui s'écroulent au ralenti comme un soufflé qui retombe. La surface du champ roule à présent et me rappelle les vagues sur la mer. Nous sommes ballottés chaque fois et je m'accroche aux enfants et à Bella pour ne pas qu'ils soient entrainés loin de moi.
Les tremblements violents continuent pendant au moins deux minutes et je suis bien conscient que chaque seconde entre maintenant et l'arrivée de la vague sur la côte, est précieuse. Quand les tremblements commencent à diminuer, je me remets sur mes pieds et je garde l'équilibre sur la surface mouvante mais je suis certain que Bella et les enfants ne pourront pas le faire. Je cours vers la femme avec les bébés et je lui crie.
"Dès que vous pouvez, retournez à votre voiture et allez vers un endroit élevé. Le tsunami va nous suivre, il faut aller aussi loin que possible à l'intérieur des terres. Ne rentrez pas chez vous, appelez simplement votre famille et dites leur de sortir et de venir vous chercher."
Elle acquiesce et essaie de regrouper ses enfants mais ça bouge toujours et la terre se transforme en boue. Je n'ai pas le choix, j'attrape les deux bébés, les mets sous un bras et la soulève et les emmène près de leur voiture.
"Dès que c'est bon conduisez aussi vite que vous pouvez," je lui crie et ensuite je la laisse et me précipite vers Bella.
Je prends les enfants chacun sous un bras, cours à la voiture et les mets dedans et je repars chercher Bella. Les secousses sont moins violentes et elle peut tenir debout mais je peux voir qu'elle est tellement choquée qu'elle ne peut pas bouger. Je la prends dans mes bras et cours à pleine vitesse sur la surface qui ressemble maintenant à une rivière visqueuse.
Alors que j'arrive à la voiture, je vérifie l'état de la route avant de la prendre. L'asphalte ressemble plutôt à une croûte de pain croustillante. Il y a de profondes fissures au centre de la route et les bords des trottoirs se délitent. Le sol bouge toujours mais la surface prend sa nouvelle forme et ne fléchit plus. Pour le moment elle parait roulable.
Je démarre la voiture et me dirige vers le mont Rainier qui est l'endroit le plus sûr mais se trouve à de nombreux kilomètres et je ne connais pas les obstacles qui vont nous empêcher de nous mettre en sécurité. Carly et Luke sont hystériques et Bella est agenouillée sur son siège, regardant en arrière pour essayer de les calmer.
"Nous sommes en sécurité, nous sommés en sécurité," répète-t-elle sans cesse mais ce n'est pas le cas. Je suis convaincu que la vague meurtrière gagne déjà en force dans l'océan et se dirigera bientôt vers nous à une vitesse effarante.
Je ne m'attendais pas à ce que les routes soient si durement touchées lorsque j'ai évalué le temps qu'il faudrait pour atteindre les hauteurs. Le plus rapide que je puisse conduire sur ce qui reste de la route est d'environ 20 km/ h car je dois éviter les fissures dangereuses, les arbres brisés et la boue glissante en montant les trottoirs ou en roulant sur l'herbe pour éviter les pires obstacles. Alors que je contourne tous types de débris éparpillés sur la route et que nous sommés secoués à chaque seconde, je maudis ma stupidité de ne pas avoir emprunté le 4x4 de Carlisle, cette bête se serait accommodée de tout type d'obstacles. Au moins Emmett a équipé ma voiture d'un nouveau train de pneus il y a quelques jours, ce qui est uniquement dû au fait que j'ai roulé sur Jacob.
Tout ce qui nous entoure est en ruine et les terres agricoles que nous traversons sont maintenant fondues en un vaste paysage de boue ondulante qui me rappelle le Mordor du Seigneur des Anneaux. Après environ dix minutes de conduite lente mais éreintante nous arrivons à la périphérie de Summer qui selon le panneau indique une altitude de 22 mètres au dessus du niveau de la mer.
C'est là que j'avais l'intention de rejoindre la 410 et d'aller vers l'est mais je peux dire que prendre l'autoroute n'est plus une option, tous les véhicules partent dans l'autre sens. Je sais qu'il y a des sections d'autoroute qui sont plus hautes mais il y a des chances que tout ça ce soit écroulé. La seule option qu'il me reste c'est de couper par la campagne vers Bonney Lake ou Buckley qui sont tous les deux au-dessus de 45 mètres d'altitude mais je sais aussi par expérience qu'il y a beaucoup d'arbres le long de ces routes, ce qui signifie qu'il peut y avoir du danger et du retard entre ici et la sécurité.
Summer est complètement détruite et il reste difficilement quelques immeubles debout alors que nous les contournons, nous regardons une impressionnante rangée de maisons qui glissent lentement sur une pente douce avant de s'écraser sur celles qui sont déjà arrivées au pied de la colline.
Je dois zigzaguer parmi les gravats, les arbustes et les arbres déracinés et changer de direction plusieurs fois avant de pouvoir atteindre une route menant vers le sud-est mais heureusement elle est praticable car il n'y a ni bâtiments ni arbres. Nous ne sommes pas les seules voitures à tenter de s'échapper et tout le monde devant nous semble aller dans la même direction. Je dis à Bella d'allumer la radio même si les enfants peuvent entendre quelque chose qui leur fera peur, il est essentiel que je sache ce qu'il se passe.
Le même message est répété en continu sur chaque canal.
'Evacuez, la faille de subduction de Cascadia a évolué avec des résultats dévastateurs. La côte attend l'arrivée d'un tsunami dans quelques minutes. Si vous ne pouvez pas évacuer, montez au sommet d'un grand bâtiment ou dirigez-vous vers des hauteurs d'au moins trente mètres.'
Luke a arrêté de crier et il fixe l'extérieur. Je peux taper dans ses pensées facilement. Il n'arrive pas à comprendre ce qu'il se passe autour de lui et je suppose que son cerveau s'est mis en mode protection. De l'autre côté Carly s'inquiète pour sa mère et ses amis et elle commence à penser qu'ils n'ont peut-être pas survécu. Je sais qu'il faut que je dise quelque chose pour la rassurer.
"Carly envoie un message à ta mère pour lui dire que vous allez bien tous les deux et ne t'inquiète pas si tu n'as pas de réponse immédiatement. Peut-être qu'elle n'a pas son téléphone. Au moins quand elle le récupérera elle saura que vous allez bien."
Carly acquiesce et essaie de taper mais ses mains tremblent tellement qu'elle n''y arrive pas. Bella lui prend le téléphone et finit pour elle, elle l'envoie et le lui rend. "Ne t'inquiète pas," murmure-t-elle. "Edward et moi nous occuperons de vous jusqu'à ce que vous la retrouviez. On ne vous laissera pas c'est promis."
"Qui est Edward?" demande-t-elle et quand elle réalise que c'est moi, elle sourit pour la première fois depuis le tremblement.
Nous sommes dans la circulation et ça ne va pas assez vite pour moi alors je garde l'œil ouvert pour détecter les déviations qui pourraient nous éloigner le plus possible de la côte, l'océan pacifique se trouve à des kilomètres mais nous sommes toujours proches de Tacoma au sud de Vashon Island à l'extrémité sud du Puget Sound ce qui signifie que cette région sera gravement touchée par des inondations provenant de deux directions différentes.
Après environ un kilomètre de conduite beaucoup trop lente, je remarque un virage à gauche que tout le monde semble ignorer. Je prends la décision immédiate de quitter la route sur laquelle nous sommes car d'après mes souvenirs elle devra traverser une zone très boisée au prochain kilomètre. Je tourne et j'accélère, le soleil est derrière nous ce qui signifie que nous nous dirigeons certainement vers l'est si je prends cette nouvelle route mais le risque est énorme car la route pourrait s'arrêter au milieu de nulle part. Je jette un coup d'œil dans le rétroviseur et remarque que d'autres voitures nous suivent y compris une voiture qui ressemble à un SUV, celui du terrain de jeu mais je dois me concentrer sur ce qui nous attend.
J'accélère et prie pour que la chaussée soit praticable et après quelques minutes à conduire à 80 je repère une file de voitures devant moi que je rattrape facilement. Ceci ajouté au fait que je peux voir plus loin que n'importe qui me donne la confiance nécessaire pour conduire encore plus vite. Bella et les enfants se taisent alors que nous parcourons une campagne plate et sans relief qui est maintenant recouverte d'une couche de boue grise alors qu'avant cela aurait était d'un vert luxuriant ou or mais Bella et moi savons que dans la prochaine demi-heure la couleur va de nouveau changer et que toute forme de vie ici sera définitivement éteinte.
Plus haut devant, je peux voir la route disparaître dans une petite zone boisée ce qui est possiblement un danger mais il n'y a pas moyen de l'éviter. Dans un virage serré nous nous enfonçons dans les arbres et rencontrons notre premier obstacle sérieux. Un sapin de bonne taille est tombé sur la route environ cent mètres bloquant totalement les deux cotés. J'arrive juste à freiner à temps pour éviter la voiture devant nous qui est complètement arrêtée mais je ne peux m'empêcher de lâcher une injure devant les enfants.
Deux autres voitures devant sont également à l'arrêt et j'entends les autres voitures à l'arrière qui s'arrêtent. Je saute sur la route et regarde devant moi et vois plusieurs autres arbres sur la route, elle est impraticable du moins pour le prochain kilomètre.
Bella cherche la carte sur son téléphone pour trouver un autre itinéraire. Pendant ce temps les autres reculent et font demi-tour pour repartir dans la direction opposée. J'attends que ce soit dégagé avant de dire à Bella de se mettre au volant.
"Que vas-tu faire?" demande-t-elle et puis elle comprend.
Ce n'est pas le moment de m'inquiéter de ce que les enfants pourraient me voir faire mais je vérifie tout de même que personne ne nous voit avant de sauter comme un vampire au dessus du premier arbre puis de saisir les branches et de faire glisser l'arbre sur le bord de la route. Son poids est presque à la limite de mes forces mais je pense que c'est le seul moyen de nous échapper.
Je cours à vitesse vampirique jusqu'à l'arbre suivant qui est beaucoup plus léger et je le jette sur le bord de la route puis je cours jusqu'au prochain aussi vite. Celui-ci est beaucoup plus lourd et il me faut toutes mes forces juste pour dégager un passage assez large pour que Bella puisse faire passer la voiture.
Quand j'ai fini de dégager la route, nous avons perdu au moins quinze minutes et nous sommes toujours dans la plaine ce qui veut dire que nous sommes loin des hauteurs que je veux atteindre pour notre sécurité. J'espère que nous pourrons au moins atteindre Buckley, qui se trouve à plusieurs centaines de mètres au-dessus du niveau de la mer mais je ne suis pas sûr qu'on réussisse à s'avancer aussi loin avant que l'eau ne nous rattrape. S'il y a plus d'arbres qui bloquent les routes devant nous, je peux dire avec certitude que nous n'y arriverons pas.
A son expression je vois que Bella fait aussi le calcul. Pendant que je déplaçais les arbres, elle a utilisé Internet pour essayer de voir la topographie de cette région mais elle n'a pas de bol vu que seulement les plus grandes villes sur cette route ont leurs altitudes listées sur Wiki****a.
Alors que je saute dans le siège passager je lui dis de ne pas s'inquiéter mais elle et moi savons que mes mots sont vides. Je regarde mon portable et j'essaie de me connecter à Internet mais il n'y a rien maintenant, ce qui signifie que les pylônes de télécommunication desservant cette zone sont probablement tombés ou submergés.
Je vérifie l'heure sur le tableau de bord et il est déjà vingt heures trente. La vague a déjà atteint Seattle et ce qu'il reste de la maison de Carlisle et Esmée pourrait être sous trente mètres d'eau. Si la mère de Carly et de Luke a survécu au tremblement de terre mais n'a pas réussi à atteindre le haut d'un grand bâtiment qui ne se serait pas effondré, il y a de fortes chances qu'elle et tous les autres habitants de la ville dans la même situation soient morts à présent. Je regarde derrière moi et Carly a ses bras autour de son frère et leurs grands yeux en disent long. Je n'ai pas besoin de puiser dans leurs pensées pour savoir ce qu'ils pensent.
Je n'ai aucune idée d'où nous sommes car la voiture n'a pas de navigateur. Nous n'avons vu aucun panneau sur la route depuis un moment. Alors que nous avançons, un troupeau de chevreuils terrifiés traverse la route devant nous et Bella les évite de justesse.
"Que dit ce panneau?" hurle Bella en accélérant. Cette partie de la route est droite et semble libre d'arbres et d'autres débris mais elle continue de prendre des risques en conduisant vite. A l'approche du panneau, je vois qu'il est écrit " Le parc national du mont Rainier à l'horizon ", ce qui est une déclaration franchement évidente parce qu'au loin à notre droite, le sommet enneigé du volcan est clairement visible.
Je regarde dans le rétroviseur et je remarque pour la première fois qu'une voiture nous suit encore et je réalise que c'est la même marque et le même modèle que la voiture de la mère dans l'aire du jeu, donc elle a dû décider de ne pas retourner sur la route principale et de nous suivre.
Je me demande alors si elle a réussi à comprendre que je suis une sorte de surhomme car je n'ai pas pris la peine de cacher ma vitesse et mon agilité de vampire en courant au parc et je présume qu'elle m'a vu bouger les arbres tout seul.
J'en déduis qu'elle a décidé de rester avec nous, ce qui est logique dans ces circonstances, parce que si quelqu'un peut la sauver de cette situation, c'est probablement moi. Elle est à quelques centaines de mètres derrière nous et roule dangereusement vite et quand je regarde au loin, je comprends pourquoi.
La terre derrière nous change rapidement de couleur et en la regardant, je sais que je vois de l'eau pour la première fois. Je ne peux pas m'empêcher de dire "merde" à haute voix et de le regretter instantanément.
Je vois Bella jeter un coup d'œil dans le rétroviseur et son visage se fige mais elle ne dit rien, elle ne fait qu'appuyer sur la pédale d'accélérateur encore plus et fixe son regard sur la route devant elle. Nous devons oublier la prudence et simplement espérer et prier qu'il n'y ait pas d'autres obstacles majeurs sur notre chemin, car ce serait la fin de notre tentative d'évasion.
Le moteur de la voiture hurle vu que Bella le pousse à ses limites. S'il y a des obstacles ou des fissures sur la route, nous ne pourrions certainement pas nous arrêter à temps, mais nous n'avons pas d'autre option maintenant.
Je ne peux rien faire d'autre que demander l'aide de Dieu, qui n'est probablement pas mon meilleur ami considérant tous les commandements que j'ai transgressés pendant les cinq cents premières années de mon existence comme vampire. Ma propre vie n'est pas en danger mais je suis avec trois humains dont je me soucie et c'est une nouvelle expérience pour moi, alors je prie pour eux.
Je peux dire d'après l'inclinaison des arbres que nous avons enfin commencé à monter et quand nous arrivons au point où, pendant quelques secondes, nous ne pouvons pas voir la route devant nous, apparaît la vue iconique du Mont Rainier dans toute sa gloire, remplissant l'horizon lointain d'une magnificence sombre.
Mais il y a encore beaucoup de kilomètres entre nous et l'endroit non boisé en dessous de la ligne de neige qui aurait pu nous servir de refuge, donc mon plan d'emmener Bella là-haut et d'attendre en sécurité la fin de la catastrophe est désormais un objectif irréalisable.
Après s'être aplatie en haut de la colline, la route descend en pente raide comme une montagne russe, puis elle remonte. Nous descendons donc la pente puis commençons l'ascension de la colline suivante, beaucoup plus longue et plus abrupte.
Je lève les bras en l'air pour faire croire que c'est un jeu pour les enfants et je crie "Oleeeeeee" comme nous descendons la pente. Ils suivent mon exemple et se moquent de moi parce que je suis bête mais ils sont totalement inconscients de ce qu'il se passe et du fait que la vague meurtrière est juste derrière nous et nous rattrape rapidement.
Je regarde de nouveau par la vitre arrière en faisant semblant de rire pour les enfants mais surtout pour vérifier que le SUV nous suit toujours. Alors qu'il plonge dans le creux de la pente puis commence à remonter derrière nous, l'eau apparaît sur la colline et commence à déborder comme une chute d'eau bouillonnante.
"Plus vite!" j'exhorte Bella, même si je sais qu'elle fait de son mieux, mais je ne peux pas ne pas regarder le drame qui se déroule derrière nous et je regarde avec horreur le creux se remplir rapidement d'une masse qui transporte avec elle des tonnes de débris mortels. La mixture de débris touche presque l'autre voiture et je peux facilement voir le regard de terreur sur le visage de la mère alors qu'elle se dirige vers nous dans sa tentative d'échapper à l'inondation meurtrière.
La colline que nous grimpons est sans fin et le sommet blanc étincelant de Rainier remplit de plus en plus notre vision. Les arbres et les broussailles rugueuses de part et d'autre de la route n'offrent aucune échappatoire et je vois l'eau ruisseler à la surface, remplir tous les fossés et les cavités, écrasant et consommant tout sur son passage. J'imagine la dévastation qu'elle cause aux habitants de la ville et les riches terres agricoles que nous venons de traverser, sans parler des pertes tragiques en vies humaines, humaines et animales mais je ne peux pas m'attarder là-dessus pour l'instant.
Alors que nous approchons du sommet de la colline, je m'attends à un autre creux de l'autre côté ce qui serait mortel mais la route s'aplatit sur quelques centaines de mètres puis s'élève à nouveau en un chemin beaucoup plus doux.
"Edward, elle est partie," crie Bella, car on ne voit pas la voiture derrière nous. Quelques-unes des plus longues secondes de ma vie suivent puis la voiture de la mère arrive en haut de la colline et je peux voir l'air de terreur se transformer instantanément en un regard de soulagement quand elle se précipite derrière nous et je réalise pourquoi son expression a changé.
L'eau ne la suit plus et le fait de savoir que nous avons réussi à échapper au tsunami me fait crier de joie. Même avec la force et l'énergie produites par le tremblement de terre, il n'a pas pu pousser l'eau plus loin et plus haut et quand je regarde les yeux de Bella se remplir de larmes de soulagement, une puissante vague d'émotion me submerge.
Après nous être accordé quelques secondes de pure exaltation, nous savons tous les deux que ce n'est pas le moment de sauter de joie car nous ne sommes pas encore hors de danger. En regardant la route devant nous, il y aura des endroits où nous serons complètement entourés d'arbres, dont certains sont énormes et pourraient s'écraser sans avertissement.
Toutes les quelques minutes, il y a une autre secousse et à chaque fois que cela se produit quand nous sommes entourées d'arbres, nous retenons notre respiration jusqu'à ce que le tremblement s'atténue et que nous soyons de retour en plaine encore une fois. Bella a ralenti mais son visage montre la tension qu'elle ressent en essayant de se contenir. Ses articulations sont blanches car elle s'agrippe au volant et ses yeux sont fixés sur la route devant nous et je peux dire par le fait qu'elle ne me parle pas, ni à moi ni aux enfants, qu'elle est traumatisée. Je veux lui dire combien je suis fier d'elle mais ce n'est pas le moment.
Nous avons parcouru des kilomètres en montée mais aucun de nous ne sait où nous sommes. Certains tronçons de la route ne sont pas touchés par le tremblement de terre mais d'autres parties sont traîtres et il y d'autres arbres abattus que je dois traîner hors du passage. Nous arrivons enfin à un carrefour où nous voyons un panneau indiquant Buckley vers la gauche.
Celui-ci dit que l'altitude actuelle est de 175 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui signifie qu'il sera totalement sûr pour nous d'aller dans cette direction. Après environ un autre kilomètre de montée et de descente en ligne droite sur une route sans encombre sur notre gauche, nous apercevons de temps en temps des reflets des abords qui sont inondés sous le soleil couchant, les broussailles et les arbres se terminent abruptement et nous sommes de retour vers la normalité où il y a des maisons, des magasins, des immeubles d'appartements et des stations-service et, surtout, la sécurité.
Il est évident que le tremblement de terre a atteint aussi loin à l'intérieur des terres car Buckley est un amas de bâtiments et des décombres partout mais à première vue, les dommages causés à la ville semblent minimes comparés à ce que nous avons traversé au cours de notre trajet.
Les gens sont dehors dans la rue et se tiennent loin des bâtiments mais je peux facilement lire dans leurs pensées quand nous roulons lentement à travers leur communauté détruite. Ils n'ont pas peur de l'inondation ou des tremblements, ils s'inquiètent davantage du fait que le tremblement de terre déclenchera une éruption volcanique car la ville se trouve directement dans la ligne de mire du mont Rainier.
Alors que nous roulons dans la rue principale parsemée de gravats, nous sentons un autre tremblement qui commence mais celui-ci ne dure que quelques secondes. Sans aucune discussion, Bella s'arrête dans un parking devant un fast food intact et éclate en sanglots.
Je détache sa ceinture, la prends sur mes genoux et la tiens pendant qu'elle pleure. Nous sommes passés à quelques secondes du désastre, elle le sait, et même si elle a gardé son sang-froid pendant qu'elle était au volant, elle est complètement traumatisée. Les enfants se taisent à l'arrière pendant que Bella pleure. Heureusement, ils n'ont aucune idée que l'eau était si proche et je ne vais pas en parler. L'ignorance pour eux dans ce cas est définitivement un bonus.
Bella commence juste à se calmer quand j'entends un coup sur la vitre de la voiture. C'est la mère du terrain de jeux. Elle a évidemment pleuré aussi mais je suis étonnée qu'elle soit d'abord capable de se tenir debout, et deuxièmement, de parler de façon cohérente. Elle a été beaucoup plus proche de la mort que nous et elle le sait vraiment.
"Merci de nous avoir sauvés," sanglote-t-elle quand j'ouvre la portière et que je sors mes jambes. "Mes jumeaux seraient morts sans vous. Je veux vous embrasser."
"Considérez-le comme fait," je réponds et je montre Bella assise sur mes genoux qui est mon excuse pour expliquer pourquoi je ne peux pas faire de même. Je peux lire dans ses pensées facilement et elle a compris qu'elle a certainement été sauvée par une sorte de surhomme, une image de moi courant à vitesse vampirique passe dans ses pensées.
Elle m'a aussi vu déplacer les arbres tout seul, alors dans son cas, mon secret ne l'est plus. Cependant, je ne veux pas qu'elle soit capable d'ajouter des choses à cette théorie en lui permettant de toucher mon corps pendant qu'elle a les idées claires. Je sais que je n'ai pas à m'inquiéter qu'elle dise à quelqu'un d'autre au sujet de mes capacités surhumaines "présumées", cependant, n'importe qui à qui elle raconterait son histoire penserait automatiquement que cette pauvre femme souffre du syndrome de stress post-traumatique.
"Vous allez bien… les enfants?" lui demandé-je.
"Nous allons bien, et mon mari va bien. Il était à l'étranger et n'a pas pu prendre l'avion de retour avant aujourd'hui. Il est arrivé à Portland en fin d'après-midi et m'a dit de ne pas l'attendre mais de partir directement alors j'ai emmené les enfants au parc pour les fatiguer avant le voyage. Je viens de lui parler et de lui dire que vous nous avez sauvés. Il veut vous rencontrer pour vous remercier lui-même."
"Si jamais je reviens, ce serait génial," je réponds en essayant de trouver rapidement une raison pour laquelle ce n'était pas une si bonne idée. "Ma femme et moi irons bientôt en Alaska, donc ça prendra du temps avant que je ne sois de nouveau par ici. Dites à votre mari que je sais qu'il aurait fait la même chose pour moi et ma famille s'il avait été dans la même situation. Je suis content d'avoir pu aider."
Bella lève la tête de mon épaule et se tourne vers elle. "Portland va bien? A-t-elle été endommagé par le tremblement de terre?"
"La ville est vraiment mal en point et il y a eu d'énormes dommages à l'aéroport et sur les vieux bâtiments mais mon mari m'a dit que la plupart des nouveaux bâtiments ont résisté. L'eau venait d'atteindre la ville quand je lui ai parlé mais ce n'est rien comparé à Seattle et les gens ont eu le temps de se réfugier en hauteur. J'y vais dès que la police de la route aura donné le feu vert car je dois rejoindre mon mari avant que le syndrome post traumatique n'entre en jeu, ce qui, j'en suis sûre, se produira très bientôt…" Elle rit à sa blague mais je ne serais pas surpris qu'elle suive une thérapie pendant très longtemps.
On se dit au revoir et comme Bella repose à nouveau la tête sur ma poitrine, je sens l'un des enfants tapoter sur mon épaule. C'est Luke.
"Easy?" dit-il d'un ton interrogateur.
"Oui, Luke."
"Comment as-tu réussi à bouger ces arbres tout seul?"
"J'ai eu une montée d'adrénaline, Luke," réponds-je sagement. "Tu peux trouver ça sur le net."
Bella me sourit mais Luke n'a pas encore fini.
"Easy?"
"Oui, Luke"
"Bella est-elle vraiment ta femme ? Tu ne l'as rencontrée que lundi dernier."
"Eh bien, Luke, elle sera bientôt ma femme. J'espère qu'elle le sera."
Bella rougit maintenant, ce qui est un miracle, vu qu'elle était blanche comme un linge il y a quelques minutes.
"Easy," dit-il encore une fois mais cette fois sur le ton de la voix où je suppose qu'il va me demander une faveur.
"Oui, Luke."
"On peut avoir des hamburgers?"
Pendant que Bella emmène les enfants au fast food, qui est ouvert comme si rien n'était arrivé, je vérifie mon téléphone et heureusement il fonctionne ici, alors j'appelle Alice pour vérifier qu'il n'y a pas de danger d'explosion de Rainier dans les prochaines vingt-quatre heures, elle est heureuse de me dire que non, il n'y a aucun danger. Ça ne sert à rien de lui dire ce qui vient de nous arriver, je vais laisser cette histoire pour un autre jour. Bella parvient à joindre l'hôpital de Portland pendant qu'elle est au resto et leur demande de dire à son père qu'elle va bien et qu'elle lui rendra visite dès qu'elle le pourra mais elle ne sait pas quand.
J'allume l'autoradio, il n'y a pas de nouvelle information, à savoir que le tremblement de terre et le tsunami dévastent actuellement une grande partie de l'État de Washington, de l'Oregon, Vancouver et certaines îles de l'Alaska. Le tremblement de terre s'est fait sentir jusqu'à Los Angeles, au sud et au nord dans les profondeurs de l'Alaska et à l'intérieur des terres dans le Montana et l'Idaho. De nombreux bâtiments emblématiques de Seattle ont été réduits en cendres et seuls les points les plus élevés de la ville demeurent au-dessus d'inondation.
Mais déjà, l'eau se retire lentement et les services d'urgence s'approchent pour venir au secours de tous ceux qui sont piégés. Aucune mention n'est faite des pertes mais beaucoup d'éloges vont aux scientifiques de l'Université qui, par l'intermédiaire du Maire, ont prédit avec précision l'avenir et qui du coup ont définitivement sauvé des milliers de vies.
Ma priorité une fois qu'ils ont fini de manger, c'est d'avoir un endroit sûr pour Bella et les enfants pour pouvoir passer la nuit car il commence déjà à faire sombre et la tente dans le coffre ne peut pas accueillir trois personnes. Je connais bien le parc national du mont Rainier, car c'est l'un des parcs nationaux où ma famille est souvent venue chasser et je me souviens d'avoir vu des campings et des chalets parsemés entre les arbres.
Je pourrais facilement entrer par effraction dans l'un des chalets en rondins mais ce n'est pas une option avec les enfants. Je vérifie mon téléphone et décroche facilement le wifi gratuit du fast food, je parcours le site web du parc national Rainier pour trouver des informations sur la location de chalets dans les environs. Le temps que Bella et les enfants apparaissent à nouveau convenablement nourris et propres, je nous ai réservé le seul chalet encore disponible dans le parc qui est à environ une demi-heure de route de l'endroit où nous sommes.
"Et maintenant?" demande Bella en bouclant sa ceinture de sécurité. Je lui montre la référence de la réservation sur mon téléphone et d'un peu plus elle recommence à pleurer. Elle se penche et me fait un bisou sur la joue. "Partons d'ici," dit-elle, et je suis heureux de filer d'ici.
Une heure et demie plus tard, Bella et moi sommes assis sur le perron devant notre chalet en bois très bien aménagé. Je suppose que c'est probablement le meilleur et le plus cher du parc, c'est probablement la raison pour laquelle il était encore disponible. Je me fiche des dépenses, nous devions tous les deux nous arrêter et réfléchir à ce qu'il s'est passé et avoir un environnement luxueux aidera certainement le processus de guérison.
Carly fait preuve d'une grande maturité face à la situation et a déjà accepté le fait qu'il y ait une chance que sa mère n'ait pas survécu au tremblement de terre. Je lui ai dit de ne pas encore perdre espoir, des miracles se produisent vraiment. Elle a haussé les épaules quand je le lui ai dit et a aidé Luke à se préparer pour aller au lit.
Je crois qu'elle souffre d'un choc et que la réalité ne s'est pas encore manifestée, alors un de ces prochains jours, je m'attends à ce qu'elle flanche. Heureusement, son portable a le même câble d'alimentation que celui de Bella, donc j'essaierai de le garder complètement chargé une fois qu'on aura commencé à voyager juste au cas où sa mère ou quelqu'un d'autre qu'elle connaît l'appelle.
Il était déjà dix heures quand nous sommes arrivés au chalet et elle n'avait rien reçu à ce moment-là, ce qui indique clairement que le pire s'est probablement produit, à moins bien sûr que sa mère n'ait pas pu capter le signal.
Les enfants se couchent sans rechigner et s'endorment en quelques minutes. Ils sont tous les deux mentalement épuisés, ce qui n'est pas surprenant compte tenu de ce qu'ils ont traversé et comme Bella et moi fermons la porte de leur chambre j'espère qu'ils ne vivront plus jamais rien d'aussi traumatisant dans leur vie. Si leur mère n'a pas survécu, ce sera évidemment un autre type de traumatisme et je ne pourrais pas les aider.
Quand nous sommes arrivés au chalet, il faisait déjà nuit mais il y avait encore assez de lumière pour réaliser que la vue sur la baie d'Elliott sera incroyable demain matin. Je peux juste deviner les bords noirs des îles Vashon et Bainbridge et plus à l'ouest vers l'Olympic National Parc et au-delà.
Il fait complètement noir maintenant, et la seule lumière qui éclaire le paysage vient de la lune presque pleine qui se reflète sur l'eau. Là où il y aurait normalement eu des lumières scintillantes parsemées le long des jolies côtes des îles, leurs rivages sont maintenant noirs et désolés.
Même ma vue surhumaine ne peut voir aucun signe de vie sur les îles ou ailleurs dans la baie.
Nous ne pouvons pas non plus voir grand-chose de ce qui reste de Seattle parce que la ville est dans l'obscurité presque totale. Des hélicoptères planent au-dessus de la ville et nous pouvons voir leurs projecteurs balayer la ville sans doute à la recherche de survivants.
Ils vont probablement travailler toute la nuit ou jusqu'à ce qu'ils se soient assurés qu'il n'y a plus personne à sauver. J'essaie de voir si le Space Needle a survécu mais il fait trop sombre. Nous en saurons plus à la lumière du matin.
Je prends la main de Bella qui repose sur le bras de son fauteuil et je la caresse. Elle est profondément dans ses pensées, sans aucun doute revivant les événements du jour, ce qui est compréhensible. Je sais qu'elle n'a pas réussi à joindre Mike ou Sue mais il y a de fortes chances qu'ils soient trop occupés à faire face à ce qui est arrivé a Forks pour s'inquiéter pour elle, ou, plus probablement, les antennes à proximité de Forks ont été détruites par le tremblement de terre et l'inondation. Elle a dit qu'elle réessaierait demain matin jusqu'à ce qu'elle arrive à joindre quelqu'un.
Mais que faire maintenant, c'est la question.
Je dois penser à l'avenir, le mien et celui de Bella. Charlie est sur la voie de la guérison donc Bella sera bientôt de nouveau libre. Elle n'aura plus de travail, c'est évident, donc il n'y a plus rien qui la retienne à Seattle maintenant. J'ai déjà décidé que je ne peux pas vivre sans elle mais est-elle prête à s'engager avec moi? Les vampires ne sont pas censés cohabiter avec les humains à cause de nos lois sur le secret, alors sera-t-elle prête à devenir un vampire dans le futur et à rester avec moi pour l'éternité?
Bella me sourit puis lève les yeux vers les quelques étoiles qui scintillent dans le ciel éclairé par la lune.
"J'ai réfléchi à ce que tu as dit il y a quelques nuits..."
"Vraiment, à propos de quoi?" Je réponds en essayant de me souvenir rapidement de nos conversations récentes.
"J'ai trouvé la réponse."
"Quelle réponse?"
"De qui tu parlais…"
Il me faut quelques secondes pour me rappeler ce que je lui ai dit de deviner quand on était au lit et je soupire. C'est ce genre de situation qui me rend si reconnaissant de ne pas pouvoir lire dans ses pensées car je saurais ce qu'elle va dire et la magie aurait été perdue.
"Alors, à qui penses-tu?"
"Ça ne pouvait être qu'un homme, n'est-ce pas? L'amant suprême, Casanova."
Je jette la tête en arrière et je ris. Elle a raison, bien sûr. J'ai passé beaucoup de jours et de nuits en compagnie de l'infâme coureur de jupons et appris de lui de précieuses leçons, non seulement pour le bien de la dame mais aussi pour le mien. Même si j'aurais aimé montrer un autre tour à Bella ce soir ce n'était pas bien avec les enfants qui dorment tout près.
"Viens ici," lui dis-je et je la tire sur mes genoux puis j'enfouis mon visage dans ses magnifiques cheveux fraîchement lavés. "Casanova était un vaurien, Bella mais je suis l'homme d'une seule fille maintenant, mes jours de vagabondage sont terminés."
"Une seule fille-vampire, tu veux dire…" plaisante-t-elle, puis m'embrasse sur le nez et se blottit contre ma poitrine.
Nous avons vécu l'enfer aujourd'hui mais que Bella ait pensé à ce défi stupide que je lui ai lancé est la preuve qu'elle est capable de se concentrer sur autre chose que l'horreur du tremblement de terre et le tsunami qui a suivi et je sais qu'elle aura la force d'oublier tout ça. Ça va prendre du temps mais je serai là pour la soutenir aussi longtemps qu'il le faudra.
En la tenant dans mes bras, je repense à cette nuit fatidique où j'ai pris le bateau dans la baie d'Elliott pour arriver à accepter ce que je venais d'apprendre en voyant les pensées d'Alice et ensuite décider ce qu'il fallait faire à ce sujet.
Mon objectif premier était de sauver les enfants de mon club d'art et avec un peu de chance beaucoup d'autres âmes. Ce à quoi je ne m'attendais pas, c'est qu'à cause de ma décision, mettre ma propre vie en danger pour sauver les autres, cela avait conduit à ce que quelqu'un d'autre soit sauvé, et que ce quelqu'un d'autre soit moi.
Mon aventure altruiste et risquée m'avait conduit à découvrir ce qui avait toujours manqué dans ma vie. J'avais vécu six cent trente-trois ans sans me rendre compte que la seule chose qui pouvait me rendre entier, était d'être vraiment amoureux de quelqu'un, et ce quelqu'un était Bella Swan.
Tant que je l'aurais, j'aurais une bonne raison d'exister, et l'avoir signifie que je pourrais dire adieu à ces longues périodes de dépression qui avaient gâché ma vie au fil des siècles. En voulant sauver ces enfants, j'avais enfin trouvé la seule personne qui pouvait me sauver et maintenant elle était blottie sur mes genoux, presque comme un enfant.
Alors que la lune disparaît derrière les nuages et que les hélicoptères éteignent leurs lumières et renoncent à leur recherche, Bella bâille et s'étire.
"C'est l'heure de rêver," chuchote-t-elle, puis s'éloigne de mes genoux et s'aventure dans le chalet. Je la regarde pendant qu'elle va à la salle de bain pour se brosser les dents et mes yeux la suivent jusqu'à ce qu'elle ferme la porte.
Un jour, pas trop loin dans le futur, je l'espère, le rêve restera un lointain souvenir pour Bella, comme c'était le cas pour Esmée, mais jusqu'à ce qu'elle prenne la décision de changer et de devenir comme moi, je peux m'allonger à côté d'elle tous les soirs, en sachant qu'en octobre 2016, sur un bateau solitaire dans l'océan, quelque part entre Bainbridge Island et Seattle, Eduardo Antonio Masinelli, originaire d'Assise, en Italie, a en quelque sorte pris une décision incroyablement inspirée.
Note de l'auteur
On peut respirer maintenant.
Je sais que vous allez m'en vouloir d'en avoir fini avec ça, mais je n'aime pas faire traîner une histoire. L'épilogue répondra à toutes vos questions (je l'espère) savoir si Bella sera transformée, si Charlie se met à hurler à la lune, s'il y avait des vampires dans la forêt, si Carlisle sourit de temps en temps? Vous en apprendrez aussi un peu plus sur l'histoire d'Edward.
Quoi qu'il en soit, j'espère que vous avez apprécié ce chapitre
Joan xx
