- Ambry ! Tu ne peux pas savoir combien j'étais inquiet. Il paraît que tu as fait un malaise ? Remus m'a dit que tu t'étais évanouie pendant le cours d'Arithmancie. Ça va mieux ? Assied-toi un moment. Tu veux un verre d'eau ?

N'allez pas croire que Sirius s'est brusquement entiché de moi. Plutôt mourir, surtout que James nous regarde en ce moment même. Non, mais la salle commune est pleine à craquer d'élèves ignorant tout du pacte conclu entre lui et moi.

Il faut bien jouer.

En tout cas, j'apprécie fortement sa sollicitude. Je suis moins faible qu'à l'accoutumée en pareil cas, mais ce n'est pas pour autant que je pourrais courir un marathon. Etre assise me fait le plus grand bien, physiquement et au niveau de la réputation. Fidèle à son comportement habituel, Sirius a jugé trop peu digne de ma personne de s'asseoir sur un fauteuil. Au lieu de cela…je suis installée sur ses genoux.

Ce n'est pas que ce ne soit pas confortable, mais enfin…il a les genoux pointus.

En attendant, chacun n'y voit que du feu, Galadriel en premier. Pour une fois sans Lena, terré au fin fond de la salle, il fait mine de travailler.

Mauvais comédien, va. Je connais le petit sourire que tu arbores. Fier de toi, hein ? Tu y crois vraiment ? Désolée mon cher, mais tu es le parfait dupe de cette comédie.

Sirius me saisit la main, dans une parfaite synchronie avec le grognement de James. Mon pauvre frère est loin d'apprécier la situation, mais j'ai de la chance qu'il m'apprécie autant.

Par contre, je ne suis pas sûre qu'il m'aimera autant quand je lui dirai que je n'ai pas prévu de retourner chez nos parents avec lui à Noël.

Passons. J'en étais à ce que Sirius attrape ma main, jouant son rôle de petit ami parfait avec un talent digne d'éloges.

Mais moi, je ne le vois pas.

Ce que je vois, c'est un enchevêtrement d'images. La mienne, d'abord. Je suis plus pâle que la mort, le regard vide, assise dans la salle commune. Inquiétude qui n'est pas mienne : qu'est ce qui m'arrive ?

Galadriel, ensuite. Galadriel et Lena. Décapités, égorgés, noyés, brûlés, j'en passe. Merlin, j'espère que je ne vois pas l'avenir !

Ah, voilà James. Il me parle. Impossible d'entendre ce qu'il dit. Pourtant…je connais la scène… Oh Merlin…c'est lorsque nous nous sommes réconciliés.

Pitié envers mon frère. Compréhension ?

Surprise. Curiosité à mon égard. Qu'est ce que je cache ? Quel est mon problème ? Pourquoi avais-je disparu ? Qu'est ce qui me relie à Galadriel ? Comment ai-je fait pour m'enticher de Maël ?

Oh non…

Je dégage brusquement ma main. Le flux d'images s'arrête. Inutile de réessayer, je crois que j'ai compris.

Je n'avais jamais senti cela. Sirius m'a embrassée il y a deux minutes, mais pareille sensation m'avait été épargnée. Et ne croyez pas parce que j'étais trop concentrée sur la colère de James.

Je comprends pourquoi maintenant.

Pourquoi a-t-il fallu que ça m'arrive à moi ? Pourquoi pas à un autre ? Pourquoi, de toutes les capacités qui étaient à ma portée lors de ma crise, ai-je été touchée par la plus insupportable et inutile ?

Je ne dis pas que…jadis…ce pouvoir n'avait aucune utilité, mais maintenant…il est tout à fait hors de propos.

Non, la seule chose à laquelle il peut me servir, c'est à me convaincre encore davantage de m'isoler. Etre une paria. Celle dont on se méfie. La Furie que personne ne doit approcher si on veut garder ses secrets.

Même l'occlumancie ne peut rien contre moi. Peut-être…dans quelques années…je serais au service du Ministère…plonger dans l'esprit des personnes en un geste…savoir la vérité…rien ne peut désormais m'être caché.

Mais je n'ai pas envie d'être une émule de ces crétins de politiciens ! Ce que je veux c'est vivre ! Circuler ! Respirer !

Et je devrais renoncer à cela à cause d'une fichue crise ?

Elle m'a donné le don de lire dans les esprits par contact…mes mains sont devenues l'instrument le plus dangereux qu'il peut exister pour moi, maintenant. Certes, elles sont indestructibles, mais je me demande parfois si je ne préférerais pas ces fichues ailes à…ça.

En tout cas, l'esprit de Sirius était des plus intéressants. Ce que je vous ai décrit n'est qu'une infime partie de ce que j'ai vu et ressenti.

Pour lui, tout est logique et construit – dans les limites de ce que la magie permet. Chaque mystère a une réponse. Rien n'est impossible si la théorie le permet.

Il croit à l'amour pur comme celui que je devrais vivre, et c'est pour cette raison qu'il a déjà plusieurs expériences dans le genre amoureux. Il teste…pour enfin comprendre à quoi ressemble le sentiment suprême.

J'ai peu d'expérience, juger me serait difficile. Cependant…je crois…qu'il a une âme de Serdaigle. Gryffondor par défi, mais curieux comme un parfait émule de la maison des aigles.

Ce qui est davantage inquiétant, c'est qu'il sait que je cache quelque chose. J'aurais beau agir, il ne lâchera pas l'idée que je suis plus étrange qu'un sorcier pour les Moldus.

Démonstration logique : autour de moi se produisent des actes qui n'auraient aucun lieu d'être auprès d'une simple sorcière. La conclusion s'impose : je suis quelque chose d'autre…et il a bien l'intention de savoir quoi.

Il faut que je prenne garde. Vous connaissez les termes de l'arrangement : si je récupère l'amitié de Galadriel, il saura ce que je cache.

Le but est presque atteint, mais je n'ai pas la moindre intention de lui révéler ce que je suis.

J'ai consulté les livres traitant de mon peuple, ainsi que le maigre chapitre du livre de DCFM dédié au sujet.

Ce n'est que des salades. Ne vous étonnez pas, après cela, que les Furiens soient considérés comme des monstres. Sirius, sans doute, ne doit pas ignorer ces préjugés…mais, à mon contraire, il les croit vrais…

Si jamais il sait, ce sera la fin de notre amitié, et de tout ce qui le relie à James. Même le fait qu'il soit ami avec un loup-garou ne pourra le retenir dans sa décision…

Le pire, c'est que je ne peux rien dire pour ma défense… Ces préjugés se sont construits à partir de faits réels. Il y a quarante ans, un jeune Furien, de tout juste sept ans, a tué ses parents lors de sa première crise.

Si Sirius savait que ce Furien a été le coéquipier de celle qui m'a élevée, il piquerait une crise digne des annales. Pourtant, ça lui apprendrait que le danger, bien que toujours présent, n'est pas fatal. J'ai fréquenté ce Furien depuis mon arrivée à Brocéliande, et je n'en suis pas morte pour autant.

Quoi qu'il en soit, je l'estime beaucoup. Pas le Furien dont je viens de parler, Sirius. J'ai conscience que mes paroles peuvent être floues et désordonnées.

Sirius est pour moi un ami cher. Certes, je ne le connais que depuis deux mois environ, mais grâce à lui Lily n'est plus loin de tomber dans les bras de James. Il m'aide à retrouver l'amitié de Galadriel.

Je comprends pourquoi James l'avait choisi pour me remplacer…Sirius est quelqu'un de bien.

- C'était quoi ça ?

Un nouvel événement à mettre sur ta liste de phénomènes bizarres. Pitié, ne me pose pas de question maintenant…Il faut que j'aille chercher des gants avant.

Technique numéro un : l'autruche.

- Quoi donc mon cœur ? Je susurre dans le plus parfait des ridicules. Tu as eu un problème ? Tu es sûr que tu n'es pas un peu fatigué ?

Si je le pouvais, je lui prendrais bien la température, tiens…ça fait enrager les filles à côté, et Galadriel n'y verrait que du feu.

- Comédienne…

Que du feu, nous disions ? Pas si sûr, en fait…

J'aurais dû compter avec ce point-là. Si, comme James me l'a dit à l'infirmerie, Galadriel m'a emmenée loin de la salle d'Arithmancie, il a assisté à ma crise. Il sait ce que j'ai subi.

Donc…suivant un raisonnement logique comme Sirius sait si bien les faire…il sait que je mens…je cache ma nature à Sirius autant que lui à Lena.

Enfin, moi, j'ai une raison. Pas lui.

Il n'empêche…Galadriel m'a parlé ! Bon, d'accord, il a plutôt chuchoté. Le volume n'est pas si fort dans la salle commune. Moi seule ai entendu le mot, et c'est peut-être tout aussi bien. Au moins, je suis sûre qu'il n'essayait pas de me forcer à me trahir.

Tout de même…comédienne ! Comédienne ! Il peut parler !

- Trouillard, je réplique sur le même ton.

Tiens, marrant, le voilà qui se dresse sur ses pieds. Pauvre chou, je t'ai vexé ? Tu l'avais cherché…

Zut. Je n'aurais peut-être pas dû. Galadriel n'a tout de même pas l'intention de s'attaquer encore à moi ? Merlin, pitié, faites qu'il n'ait pas oublié la douche que je lui ai assenée… Il n'a tout de même pas encore envie que je recommence quand même ?

Bizarrement, en totale contradiction avec mes pensées, je me lève à mon tour. Aucune envie en moi de me battre, hein. Mais il est hors de question que je me laisse faire par lui, et je compte bien le montrer.

- Répète un peu, gronde-t-il entre ses dents.

A tes ordres mon pote.

- Trouillard.

- Tu peux parler autant que je sache…

- Et toi de même. Nous en sommes au même point, alors lâche-moi la cape et règle tes affaires avant de voir les miennes.

- Mes affaires, c'est ce que tu as fait.

- Je t'ai déjà dit que c'est faux. Mais tu détournes la conversation. Il est temps que tu lui dises. A moins, bien sûr…que tu aies peur… Une incertitude ? Tu te dégonfles, peut-être ?

Gal serre si fort les poings que ses jointures blanchissent. Oh, il ne me frappera pas. Les Maraudeurs sont là. Aucun ne se privera de me défendre, Sirius en premier, pense-t-il.

La lutte serait trop inégale.

- Tu vas trop loin, continue-t-il néanmoins à grogner.

Au fait, je ne sais pas si vous y avez songé, mais tout le monde nous regarde. Charmant spectacle, surtout que personne n'entend le moindre mot de notre conversation.

Encore un élément de la première importance. Je te serais grée, mon cher Sirius, de ne pas le relever.

Hum, vu ta tête, je ferais mieux de ne même pas songer à cette éventualité.

Brusquement, en un majestueux mouvement de robe, Gal s'éloigne et passe par le trou du portrait. Il a adopté ce pas décidé qu'il ne prend que lorsque rien ne peut le faire changer d'avis.

Oh Merlin, je l'ai trop provoqué. Quelle est encore son idée ?

J'ai peur…