CHATON
Plus que trois chapitres ! Il est temps de commencer à dire au revoir à certains personnages, qui feront ici leur dernière apparition (mais je ne vous dirai pas lesquels). J'ai pris un peu de retard dans la publication de Chaton, je ne serai pas capable de boucler cette histoire avant la rentrée. Je pense toutefois publier #29 dans la semaine. Ensuite, je prendrai le temps de corriger les deux derniers chapitres ensemble avant de vous les soumettre (#30 est vraiment court, ce serait nul de vous faire attendre trop longtemps). Après ça... ben, il faudra trouver autre chose pour s'occuper!
Merci, merci à tous pour vos commentaires ! J'ai normalement répondu à tout le monde, par MP pour les membres connectés et sur mon LJ pour les reviews anonymes. J'ai fait la chasse, à plusieurs reprises, aux fautes et aux coquilles mais il n'est pas impossible que certains m'aient encore échappé.
Le titre de ce chapitre est celui d'un roman de Cecelia Ahern. Vous l'aurez peut-être deviné, il risque ici d'être parfois question de courrier.
Piqûre de rappel
Gilda Green - rédactrice en chef du Daily Wizard
Moïra Sander - stagiaire au Daily Wizard
Darwin - journaliste au Daily Wizard
Inger Svenson - ex-"fiancée" de Roger Davies
Walter Ellis - Poursuiveur des Caerphilly Catapults.
Helen et Kenneth Dubois - parents d'Olivier Dubois.
Desmond Moore - préparateur physique des Caerphilly Catapults
Quinn Riley - recruteuse des Caerphilly Catapults
Casper Hopkins - gardien des Caerphilly Catapults remplacé par Dubois le temps d'un match
Ryan Barry - chef du département des Jeux et Sports magiques
Ignace Trebleton - président du club de Flaquemare
Libby Livingstone - présidente des Wigtown Wanderers
Ferris - son bras droit
Augustus Blum - vedette de la variété sorcière, ex-"fiancé" d'Inger Svenson.
Becca - ex-femme d'Olivier Dubois
Mary - fille d'Olivier Dubois
PS : I love you
— Non, on ne le sortira pas ! Je n'y crois pas un instant.
Green foudroya du regard son journaliste vedette. Le pauvre homme avait craqué. Darwin avait besoin de vacances, il était temps pour elle de le mettre au repos forcé.
— Il était là, répondit-il sans desserrer les dents. Il me l'a dit.
La belle affaire ! C'était supposé la convaincre ? La rédactrice en chef du Daily Wizard chassa cette affirmation d'un geste de la main. Comme par hasard, Dubois s'était invité à l'interview de Roger Davies et avait révélé à son pire ennemi (parce que c'était bien ce que le journaliste était pour cet homme) qu'il était Chaton. Alors que, justement, Darwin faisait tout pour l'approcher. Et elle était censée gober ça et le remercier ?
— C'est juste… incroyable, dit alors la jeune stagiaire, à l'autre bout de la pièce, littéralement époustouflée par la nouvelle.
Green lui adressa un regard sévère. Un rien réussissait à l'épater. La petite, que Darwin avait convié à venir pour lui servir de témoin (comme quoi, il la connaissait quand même bien), aurait à s'endurcir si elle voulait faire carrière dans le milieu.
— Et quand bien même tu dirais la vérité, reprit la rédactrice en chef, cette nouvelle n'a strictement aucun intérêt ! Et ça ne change rien pour nous.
— De connaître la véritable identité de Chaton ? ricana Darwin amer.
— Ce drogué ? Chaton ? A qui tu vendras ça ? Personne n'y croira !
— C'est pourtant la vérité, objecta-t-il.
— Au diable la vérité ! répliqua-t-elle sèchement. On vend aux gens du rêve depuis des mois. Tu penses sincèrement qu'ils ont envie de découvrir que leur belle princesse aux mœurs légères est cette espèce de loque humaine ? Sérieusement ?
Le journaliste s'abstint de répondre et serra un peu plus les mâchoires. Green sut qu'elle avait marqué des points. La vérité était érigée au rang de divinité dans leur corps de métier. Elle gardait en tête qu'elle avait avant tout un business à faire tourner. Elle ne pouvait pas se résoudre à croire que l'affaire qui avait portée aux nues son journal puisse se terminer ainsi. La réflexion de Sander la fit sortir de ses mornes pensées.
— Mais pourquoi ?
— Pourquoi quoi ? demanda-t-elle froidement.
La jeune femme rougit légèrement mais ne renonça pas pour autant.
— Pourquoi il a fait ça ? Je veux dire, pourquoi il l'appelle comme ça ? Pourquoi il l'a protégé ? Surtout maintenant qu'il est revenu… A quoi bon garder le secret ?
Darwin eut un mouvement d'humeur en entendant les questions de Sander.
— On parle d'Olivier Dubois ! asséna-t-il, comme si cela justifiait tout. Il y a sûrement quelque chose derrière tout ça. C'est pour ça que je dois continuer à enquêter, reprit-il en se retournant vers Green. Tu dois me laisser enquêter !
La sorcière ne se laissa pas impressionner par la lueur avide qui s'était allumée dans ses yeux.
— La petite a raison, fit-elle avec lenteur (qu'on ne la rabroue pas parut surprendre Moïra). Il y a quelque chose derrière tout ça. Inger avait peut-être dit la vérité… Du moins, elle l'avait pressenti.
Ils ne comprirent pas immédiatement à quoi elle fait allusion.
— Walter Ellis aussi, ajouta-t-elle simplement.
L'effet fut immédiat. Les yeux de la stagiaire s'écarquillèrent et Darwin lui leva les siens vers le plafond, consterné.
— Davies n'est pas gay ! s'écria-t-il furieux. Ça n'a rien à voir avec ça !
— Ce serait une excellente raison de justifier son comportement, répondit Green sans se laisser impressionner. Et elle nous permettrait de retomber sur nos pieds.
— Il n'est pas amoureux d'Olivier Dubois. Il y a autre chose, forcément. On ne peut pas se contenter de…
— On se contentera très bien de cette vérité. Les lecteurs apprécieront. Je n'aurais sûrement pas choisi cet amant-là à sa place mais après tout, c'est son choix.
Darwin allait protester et Green le dissuada de le faire, d'un simple geste de la main. S'il prononçait les mots de trop, elle n'aurait plus d'autres choix que de le licencier.
— Si tu veux que je sorte cette annonce, nous la présenterons comme ça, conclut-elle d'une voix sans appel. Enquête si tu veux, je te laisse dix jours. Si tu n'apportes pas d'éléments plus intéressants, le scoop sortira. Comme je le déciderai. Et on passera tous à autre chose. C'est bien compris ?
La jeune Sander lança un regard craintif en direction de Darwin. Elle craignait visiblement sa réaction. L'éclat de voix n'arriva pourtant pas.
— Dix jours, c'est ça ? répéta-t-il les sourcils froncés.
— Ça devrait te suffire, je crois, répondit-elle froidement.
Il acquiesça d'un hochement de tête et tourna les talons sans rien ajouter. Green secoua la tête en le voyant faire. Pour son bien, Darwin ferait mieux de ne pas trouver autre chose. Elle n'aurait pas d'autres choix que de s'en séparer. Elle n'avait pas besoin d'avoir une « Skeeter » dans ses effectifs. L'autre avait suffisamment fait de mal à la Gazette. Son journal ne suivrait pas la même voie.
— Mais… Et moi ? fit soudainement la stagiaire désemparée.
Green se tourna vers elle, les sourcils froncés. Qu'est-ce qu'elle faisait encore là, celle-là ?
— Hé bien quoi ?
Les joues de Sander s'empourprèrent.
— Je… C'est moi qui devais enquêter sur… enfin, je devais essayer d'approcher Dubois.
Elle se retint à grand peine de ne pas éclater de rire. Pour ce que ça avait servi, elle était étonnée que la jeune femme tienne tant à cette mission fantôme qu'on lui avait attribuée. Elle n'avait donc pas saisi ?
— Oh, si ce n'est que ça… Je crains bien que tu ne doives céder ta place à Darwin. Tu l'as entendu. Sa croisade vient de reprendre et nous ne serons pas les bienvenues.
Les épaules de la jeune femme s'affaissèrent, elle était sincèrement déçue.
— Tu peux suivre Inger, ricana la rédactrice en chef en la congédiant d'un geste. Je ne doute pas que quand elle entendra ce que nous révélerons, elle aura des tas de détails croustillants à ajouter.
La stagiaire acquiesça mollement.
— En attendant, observons notre maître à tous se débrouiller…
oOoOo
Chers Helen et Kenneth,
Je n'ai jamais été le fils que vous vouliez. Même avant d'avoir déconné. Pas assez intelligent, pas intéressant, pas assez sérieux, trop égoïste et « passionné ». Trop moi. J'ai toujours vécu sans me soucier des gens qui m'entouraient. Je sais que je vous ai fait du mal, que je vous ai forcé à faire des choix, à prendre des décisions auxquelles des parents ne devraient pas être confrontés.
Un fils digne de ce nom ne fait pas ça. Je le sais maintenant. En fait, je le savais déjà.
Je dis pas que je vais changer. Il est possible que je n'y parvienne pas. Ou que j'ai pas le temps pour ça.
Je suis désolé.
Pour ça et pour tout le reste en vérité.
oOoOo
— C'est de la connerie.
Olivier adressa un regard étonné à son préparateur physique. Comme si ce que ce tortionnaire de Desmond pensait l'intéressait réellement…
— Je ne t'ai pas dit ça pour avoir ton avis, Moore ! signala le joueur froidement.
Habitué à lui et à ses manière (dur à croire mais pourtant c'était vrai), l'homme ne s'en formalisa pas. Il attrapa sans douceur cependant l'épaule droite de l'ancien Gryffondor et l'étira. Dubois dut serrer les dents pour retenir un cri. La séance d'entraînement avait été éprouvante. Endurer la douleur sans rien faire devenait de plus en plus dur. Surtout quand il était si simple de la faire partir. Olivier avait trop souffert pour craquer maintenant. Pas alors que toutes les pièces du puzzle étaient en place et que son moment arrivait.
— Il n'empêche, reprit le préparateur. C'est de la connerie. Tu devrais envoyer ce gars se faire voir.
— Et me gâcher le plaisir de le faire espérer ? fit Olivier avec un sourire forcé.
Le préparateur l'observa d'un œil torve.
— Tu ne devrais pas rire avec ça, répondit Desmond dans un marmonnement. Ce mec t'a fait suffisamment de mal comme ça. A ta place, je ne prendrais pas le risque de laisser traîner ça et de l'énerver.
Olivier jeta un regard au parchemin qui venait d'arriver. Darwin avait renouvelé son offre. Pour la dixième fois. Il voulait absolument lui parler. Pour une raison que le joueur n'avait pas vraiment compris, mais qui, au final, l'arrangeait, Darwin n'avait pas cherché à exposer au grand jour son petit secret. A la place de ça, il cherchait à le rencontrer. Si au départ Dubois avait pu garder sa proposition pour lui, cela devenait bien plus compliqué désormais. En quelques jours, le journaliste était passé des coups de cheminée, aux courriers timides, à des visites au club et à son appartement.
Cela devenait difficile à cacher. Le club n'appréciait d'ailleurs pas ce soudain intérêt. Tout comme Roger.
Olivier savait que la partie ne pourrait pas durer éternellement. Ne serait-ce que parce que quelqu'un au club allait s'en mêler…
Les courriers arrivaient jusqu'aux tables de massages désormais.
— L'énerver ? répéta-t-il avec un sourire froid. Comme s'il pouvait m'effrayer…
Le préparateur ouvrit la bouche, prêt à répliquer. L'ancien Gryffondor avait une idée assez précise de ce qu'il avait en tête. A savoir que Darwin avait quand même déjà réussi à lui pourrir la vie par le passé. Desmond finit cependant par renoncer. Bonne intuition, songea Olivier.
Le mouvement qu'il infligea à son épaule, en revanche, le prit par surprise et un léger cri de douleur lui échappa.
— Tu fais bien de ne pas jouer la prochaine journée, soupira Moore les sourcils froncés. Tu n'es pas en état…
— Je suis tout à fait capable de jouer, répliqua-t-il retirant son bras d'un mouvement sec. Ce n'est rien.
Le regard que Desmond lui adressa lui confirma qu'il avait dit vrai. Ce n'était rien, justement. Les examens médicaux étaient clairs. Son épaule n'avait rien. Sa douleur était inexpliquée. Et donc impossible à traiter.
— Je suis apte, répéta Dubois. Et je jouerai.
Son préparateur leva les mains en signe de paix.
— Il n'empêche. On attaque de gros poissons maintenant, bien plus féroce que les Bats. Le coach a raison d'essayer de réintégrer Hopkins.
Desmond blêmit sous le regard que Dubois lui adressa. Trois coups frappés à la porte lui permirent de se dérober.
— Entrez !
La porte s'ouvrit, dévoilant la présence de Quinn Riley.
— Oh, excusez-moi ! s'écria-t-elle, reculant d'un pas et détournant la tête.
Olivier lança un regard surpris au préparateur, qui se contenta de hausser les épaules. Il était en sous-vêtement. Pas de quoi choquer.
— Ne jouez pas les prudes, fit Dubois d'une voix sifflante. Ça ne vous va pas.
La recruteuse pénétra dans la pièce et ferma la porte derrière elle. Olivier lui trouva l'air lasse et fatiguée. Quelques semaines auparavant, elle lui aurait aussitôt répondu et un échange croustillant dont il serait sorti vainqueur se serait instauré, plus savoureux encore puisque que Moore aurait fait un témoin parfait. A l'expression résignée de Riley, Dubois comprit qu'il n'aurait rien de tout ça. Elle avait perdu son panache, l'envie de se battre. Elle avait renoncé. Jouer avec elle, contre elle, n'avait plus d'intérêt. Après son premier match, Charlie s'était muré dans le silence (il avait d'ailleurs fallu que l'interview de Becca sorte dans la Gazette pour qu'il accepte de lui reparler, sans jamais évoquer le sujet). Riley, elle, avait fini de réagir dès que son nom était prononcé.
Olivier était sincèrement déçu de la tournure que les choses prenaient. Heureusement que Roger était encore sensible à ce genre de plaisanteries (bon public, il réagissait à tout, dernièrement surtout dès qu'on évoquait Pénélope). Avec Percy dont la femme attendait un bébé, il avait cassé et perdu ses deux jouets préférés.
— Rhabille-toi, soupira le préparateur.
Olivier nota une pointe de soulagement dans sa voix. Il avait craint d'assister et d'être mêlé malgré lui à une scène qui ne le concernait pas.
— Que puis-je faire pour vous, Miss Riley ? demanda-t-il alors que le joueur attrapait son pantalon pour l'enfiler.
Elle ne réagit pas immédiatement. Redressant la tête, Olivier surprit son regard, avant qu'elle n'ait le temps de le détourner. Elle l'observait, le reluquait, prenant le soin de noter les changements que son corps avait subis. Il n'avait plus grand-chose à voir avec l'épave qui avait subi l'humiliante visite médicale. Il avait commencé par reprendre une quinzaine de kilos. Il s'était étoffé, avait retrouvé des couleurs. Ses os s'étaient entourés de muscles et de chairs. Svelte et athlétique, même si très loin de sa carrure passée, il avait repris un aspect humain désormais.
— C'est bien ce que je disais. Jouer la prude ne vous va pas.
La recruteuse tressaillit et sortit de ses pensées. Dubois nota toutefois qu'elle s'était abstenue de rougir. Jouer avec elle n'avait vraiment plus grand intérêt.
— J'ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer, dit-elle gênée en jetant un regard au guérisseur.
Ce dernier fit mine de se lever mais Dubois l'arrêta d'un geste de la main. Quoi que cela puisse être et surtout si cela concernait ce à quoi il pensait, il voulait un témoin. Que ce qui allait suivre soit colporté.
— Nous avions un accord, rappela Olivier avec calme.
Elle fronça les sourcils, ne voyant, dans un premier temps, pas de quoi il parlait. Elle comprit soudainement.
— Non, ce n'est pas de ça dont je veux vous parler. Une dépêche vient de tomber… Votre ami Roger a eu un accident.
Dubois éclata de rire, s'attirant ainsi les regards indignés de toutes les personnes présentes.
— Quoi ? se défendit-il.
— Il a été blessé, reprit Riley gravement, lors du match contre les Bigonville Bombers. Il est à Sainte-Mangouste, hospitalisé.
Dubois accueillit la nouvelle sans plus d'émotions. Il attrapa sa chemise et entreprit de l'enfiler. Roger était un joueur de Quidditch moyen. Autant dire que ce genre de mésaventures risquait forcément d'arriver. D'autant plus quand on prétendait à se frotter à l'élite européenne.
— Et ? soupira Olivier en s'attaquant aux boutons.
Après tout ce temps, il s'étonnait encore de parvenir à choquer les gens, surtout Quinn Riley. Ça en était presque rassurant.
— Je pensais que vous auriez souhaité être au courant, signala-t-elle froidement. De toute évidence, je me trompais.
Dubois leva les yeux au ciel.
— Et qu'est-ce qui lui est arrivé ?
Lorsqu'elle lui expliqua, il éclata de rire. C'était tellement Roger, ça !
— Il va sans dire que nous préfèrerions que vous n'alliez pas lui rendre visite pour le moment, finit par soupirer Riley.
C'était donc ça qui l'inquiétait ? Le lui demander était le meilleur moyen de le pousser à le faire, elle devait bien s'en rendre compte. Par chance, Olivier préférait profiter de l'appartement qu'il aurait enfin pour lui tout seul, sans Roger-je-me-lamente-Davies, au moins pour la soirée. Désobéir aux ordres attendraient encore un peu.
— Nous préfèrerions que vous évitiez la presse, précisa-t-elle d'un air sous-entendu.
Dubois haussa les sourcils mais finit par esquisser un sourire lorsqu'elle lui tendit le parchemin qu'elle avait dans la main. Darwin en était même réduit à faire sa demande officiellement. C'était… pathétique.
— C'est ce que j'essayais de lui faire comprendre, souffla le préparateur alors que le joueur se penchait pour récupérer ses chaussures.
Olivier laissa échapper un ricanement moqueur. Oui, s'il y avait bien deux personnes à faire pression sur lui, c'étaient bien celles présentes dans la pièce à cet instant !
— Si mes revendications sont satisfaites, je n'aurai aucune raison de me plaindre, dit-il avec légèreté. Nous avons un accord, vous le savez.
Les yeux de Riley s'étrécirent.
— J'ai parlé au coach, dit-elle avec lenteur. Si votre préparateur donne son accord, nous respecterons notre part du contrat.
Dubois se tourna vers Desmond, qui ne comprenait visiblement pas de quoi il était question.
— La dame voudrait savoir si je suis apte au service, traduisit-il d'un air condescendant.
L'homme interrogea Riley du regard.
— Tout de suite ? Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.
Énervé, Dubois se contracta. Une vague de douleur déferla de son épaule au reste de son corps. Si Desmond continuait comme ça, il aurait bientôt une bonne raison de se trouver aussi sur sa liste.
— Et pour le match suivant ? demanda Riley froidement.
— Il le sera.
La recruteuse encaissa la nouvelle et promit de la rapporter à l'entraîneur et au président.
— Il est temps d'honorer notre contrat, soupira Olivier.
Avec méfiance, elle observa la main qui lui avait tendue avant de la serrer.
— Falmouth, c'est ça ? fit-elle les sourcils froncés. Pourquoi ?
Olivier se contenta de hausser les épaules.
— Ce serait trop long à expliquer. Vous m'excuserez mais j'ai du courrier urgent à envoyer.
oOoOo
Chère Miss Riley,
Je n'aurais jamais dû vous dire que votre vie était vide de sens sans Charlie Weasley. Pas plus que je n'aurais dû vous le démontrer. Il mérite mieux que ça, alors foutez-lui la paix.
Toujours est-il que c'était cruel de ma part.
Désolé d'avoir dit la vérité.
oOoOo
Cher Charlie,
Je ne voulais pas te faire de peine. Quoi qu'ils disent, je l'ai fait pour t'aider. Je voulais te montrer que tu n'avais rien à gagner à rester. Pas pour elle. Pense à toi.
Sincèrement désolé.
oOoOo
Percy referma l'épais dossier et poussa un soupir. Il considéra l'imposant tas de parchemins en face de lui et ceux s'entassant un peu partout dans son bureau. Il était finalement parvenu à résumer ce sac de nœuds dans un rapport complet ne dépassant pas les deux cents pages. Ce travail de compilation lui avait prit des heures, lui avait usé la santé.
Par la fenêtre magique de son bureau, il découvrit que le ciel était sombre. L'orage grondait. La nuit était peut-être déjà tombée. Il jeta un regard à sa montre. En tous cas, ça n'allait pas tarder.
— Alors ? fit une voix masculine à l'entrée de son bureau.
Percy tressaillit et se tourna vers l'homme qui venait de parler. Il découvrit Ryan Barry, le jeune chef du département des Jeux et Sports magiques, sur le pas de sa porte.
— Monsieur, bafouilla-t-il d'un ton respectueux en sautant sur ses pieds.
L'homme esquissa un sourire amusé. Le respect des convenances et le sens de la hiérarchie de Percy étaient légendaires à son étage. Ainsi qu'aux autres, visiblement.
— Asseyez-vous, fit l'ancien joueur de Quidditch, reconverti dans la politique. Vous avez l'air d'en avoir besoin.
C'était la stricte vérité mais Percy attendit qu'il prenne lui-même une chaise pour se rasseoir.
— Voilà donc la bête ? demanda-t-il en jetant un regard à l'épais dossier.
— Oui, répondit Percy en baissant la tête, pressentant la question qui suivrait.
— Alors ? Quelles sont vos conclusions ?
Voilà le moment qu'il avait fini par tant redouter, celui où il lui faudrait faire part de ses conclusions. Se résoudre à cesser la lutte lui avait beaucoup coûté. Mais il y était parvenu. Il avait renoncé, prenant conscience qu'il ne pouvait plus rien faire. Que ce système là était fait pour perdurer. C'était un échec pour lui. Un échec personnel et retentissant.
— Le seul coupable dans cette affaire est le hasard, finit-il par soupirer.
Barry chef hocha la tête lentement mais l'invita tout de même à développer.
— J'ai vu beaucoup de choses, entendu beaucoup de gens, reprit Percy les sourcils froncés. Mais il n'y a aucune preuve. Aucune solution dans cette affaire.
— Comme dans beaucoup d'autres.
Le regard compatissant de son interlocuteur étonna Percy. Il n'y était pas coutumier, surtout pas sur son lieu de travail. Ces expériences précédentes l'avaient plutôt habitué à tout le contraire. Il avait cru se faire réprimander, voir se faire mettre au placard. Pas se faire réconforter. Encore que les choses seraient sûrement bien différentes lorsqu'il aurait à faire part de tout ça à son supérieur.
— Vous vous êtes bien comportés dans cette affaire, Weasley, reprit le chef de département en se levant. Je n'ai pas eu de plaintes de la part des divers intervenants. Du moins, pas de plaintes sérieuses. Nous n'avons pas eu de fuites dans la presse non plus. Ce dossier aurait pu être un nid de manticores mais vous vous en êtes bien sorti. Vous arrivez à conclure avec impartialité.
— Nous ne sommes pas plus avancés, dit Percy avec amertume.
— Vous avez fait votre boulot. Et du bon boulot. Pour le reste, vous ne pouviez pas faire de miracle.
Percy sentit la colère le gagner. Elle n'était due à ce que le chef du septième étage venait de lui dire. Bien au contraire, il en avait apprécié chaque mot. Mais c'était la situation en général qui le révoltait.
Tout à ses sombres pensées, il fut surpris lorsque Barry, sur le point de sortir, se retourna une dernière fois.
— Vous me transmettrez vos conclusions, fit-il en désignant le dossier sur le bureau. Mais j'aimerais maintenant avoir votre avis.
Percy ouvrit la bouche avant de la refermer. Il ne sut quoi répondre. Pas parce qu'il était sans avis, loin de là. Mais parce qu'il ne savait pas le formuler de manière calme et posée.
— Je pense qu'il s'est passé quelque chose. Mais que nous ne pourrons jamais le prouver.
Barry hocha la tête avec lenteur et esquissa un sourire triste.
— Bienvenu au club, soupira-t-il avant de tourner les talons.
Les pas s'éloignèrent dans le couloir sans que Percy ne bouge. Son regard était perdu dans la contemplation de la fenêtre magique. Il n'avait pas eu le courage de dire la vérité.
Pas pu dire que la situation le rendait malade. Qu'il s'était bien passé ce que tout le monde pensait. Que le pire était finalement que tout le monde, depuis le début, le savait. Ellis était coupable. Mais parce que Flaquemare l'avait encouragé à fauter. L'argent de Trebleton lui permettait tout. Y compris d'échapper aux poursuites et de ne pas avoir à répondre de ce qu'il provoquait.
Ellis n'en était qu'un exemple. Tout comme Olivier.
Son meilleur ami était seul responsable de ses actes. Mais Percy avait la sensation que d'une manière ou d'une autre, cet homme devait aussi y être mêlé.
Ce n'était pas le monde dans lequel il voulait élever sa petite Molly.
Tout ce qui restait à Percy était la certitude qu'un jour ou l'autre, tout se payait.
oOoOo
Cher Percy,
Je suis désolé d'avoir été absent si longtemps sans donner de nouvelles. J'étais légèrement occupé ces quatre dernières années. Si j'avais été là, peut-être que tu serais toujours avec Penny. Tu ne serais pas marié. Tu ne serais pas avec cette Audrey.
Franchement, arrête de culpabiliser.
J'ai bien compris ce qui se passerait avec le bébé.
Désolé de ne pas pouvoir l'éviter.
oOoOo
Chère Pénélope,
Tu n'aurais jamais dû laisser partir Percy. Regarde à quoi tu en es réduite. Me trouver sexy. Flirter avec Roger.
Percy va être papa. D'une petite Molly. Qui peut être assez tordue pour appeler sa fille comme ça ?
Tu as raté pas mal de choses de choses dans ta vie.
Désolé mais c'est la vérité.
oOoOo
Roger ouvrit péniblement les yeux. C'était peut-être la dernière partie de son corps qui ne le faisait pas souffrir.
De l'accident, il ne se souvenait pas de grand chose. Du score, du Souaffle qui lui avait glissé des mains, du sifflement qu'il avait entendu et identifié trop tard.
Et du silence inquiétant avant l'impact qui lui avait semblé durer une éternité.
Il avait rouvert les yeux, quelques heures plus tard, une jolie infirmière à son chevet. Il n'était pas parvenu à lui parler. Il n'avait pas compris ce qu'elle lui avait annoncé, à propos d'un accident et de sa fiancée. Rester conscient demandait trop à Roger. Il avait immédiatement sombré.
Lorsqu'il était revenu à lui, la seconde fois, la lumière de la chambre était éclairée. La nuit était tombée. La jolie infirmière n'était plus à proximité.
Il soupira faiblement. Quelque part dans la chambre, quelque chose remua. Roger n'était pas seul.
— Qui est là ? demanda-t-il d'une voix éraillée.
Il fut prit d'une quinte de toux. On se précipita à son chevet.
Quand il la reconnut, il crut encore être en train de rêver.
— Penny ? marmonna-t-il.
Elle lui fit les gros yeux et lui tendit un verre avec une paille à l'intérieur. Roger l'attrapa entre ses lèvres et savoura les bienfaits de la potion sur sa gorge asséchée.
— Il était temps, l'entendit-elle murmurer, l'air mécontent.
Il fronça les sourcils, ne comprenant pas ce qu'elle voulait dire. Le constatant, elle se reprit.
— Pénélope, le gronda-t-elle avant de sourire. Contente-toi de Pénélope, s'il te plaît !
— Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il en essayant de remuer.
Mauvaise idée. Le moindre mouvement était douloureux. Avec angoisse, il constata que son bras ne lui obéissait plus. D'un rapide coup d'œil, il découvrit qu'il était en écharpe. Le Pouss'Os avait dû être utilisé. Il connaissait bien la sensation de chair flasque qui accompagnait la repousse des os. La douleur au thorax était en revanche une grande première.
— A ton avis ? demanda Deauclaire consternée.
— Tu te faisais du souci pour moi, pas vrai ? ronronna-t-il avec un air entendu.
C'était la stricte vérité, elle était forcément là parce qu'elle s'inquiétait pour lui. Ce qui, tout bien réfléchi, était plutôt inquiétant. A part elle, personne d'autre ne s'était déplacé. Son accident n'était peut-être pas très grave (il était vivant et de ce qu'il avait pu voir, tous ses appendices avaient répondu présents) mais blessé sur le champ de bataille (comprendre le terrain de Quidditch), il aurait dû avoir droit à quelques honneurs.
Bon, peut-être pas à Livingstone en personne… Non, vraiment, il n'aurait pas voulu l'avoir à son chevet. Mais un petit mot. Un petit cadeau. Jetant un regard autour de lui, il constata qu'il n'y avait rien, ni personne. A part Deauclaire.
— Tu t'es pris un Cognard, rappela Pénélope. Tu es tombé et t'es écrasé une dizaine de mètres plus bas. Il y a de quoi se faire du souci, tu ne crois pas ?
Vu la foule présente à son chevet, il en doutait.
— Un Cognard, hein ? La presse va adorer, grimaça-t-il.
Il voyait assez bien les titres du lendemain. « Jamais deux sans trois » ou « L'homme aux Cognards trahi par les siens »… Après Ellis et Flint, c'était sur lui que les méchants cailloux s'étaient vengés. Une ironie dont il se serait bien passé.
— J'ai toujours dit à tout le monde que tu étais intelligent, reprit Pénélope moqueuse. Ce sera la une parfaite. Drôle et intelligente.
— Si je peux rendre service, bougonna-t-il faiblement.
— Évidemment, une triple fracture du bras avec luxation de l'épaule, une entorse de la cheville droite, et quelques côtes cassées, c'était un peu plus que ce qu'on te demandait.
Ce qui expliquait qu'il souffre autant. Tout bien réfléchi, il n'avait jamais été aussi blessé. Roger Davies était plutôt du genre à se planter des échardes dans les doigts. Ou à se faire passer à tabac par un Serpentard énervé.
— Mais j'ai épargné mon beau visage, répondit-il non sans fierté.
Pénélope s'abstint de répondre, ce qui l'étonna fortement. Elle se contenta de l'observer et de secouer la tête lentement.
— Quoi ? fit-il méfiant.
— Rien, c'est juste que… je me disais que ça me manquerait.
Il allait demander de s'expliquer (ça semblait carrément intéressant !) quand la porte de la chambre s'ouvrit, laissant entrer son infirmière sexy, ainsi que le tumulte d'une foule pressante.
— Mais qu'est-ce que… s'écria-t-il abasourdi. C'est quoi ce bordel ?
Pénélope lui adressa une petite tape du dos de la main pour le punir de son juron. Manque de bol, elle atteignit une portion de peau commotionnée. Roger se fendit d'un « Aïe » outré.
— Les journalistes ! se plaignit l'infirmière en approchant. Je vous jure ! Bon, comment allez-vous ?
Roger, la bouche grande ouverte, ne parvint pas à répondre.
— Vous voulez dire que la presse est là ? s'emporta-t-il.
Pénélope fit un geste pour l'apaiser mais il ne se calma pas pour autant.
— Mais qu'est-ce qu'ils foutent là ? Ils ne peuvent pas me foutre la paix ? Je croyais que vous aviez un service de sécurité pour ça !
Agacée, l'infirmière mit les poings sur les hanches.
— Vous pensez que ça nous fait plaisir ? Je vous signale que c'est votre fiancée qui les convoquées !
— Ma fiancée ?
Ce ne fut qu'en prononçant ce mot que Roger comprit de quoi il retournait. Au fond du gouffre, il se tourna vers Pénélope. Avec un sourire coupable, elle acquiesça. Ah, ça la faisait rire ? Roger, lui, n'appréciait pas du tout.
Pourquoi ? Pourquoi avait-il eu un jour l'idée de coucher avec Inger Svenson ? Ne pouvait-il pas se douter de ce qui se passerait ? Que même neuf mois après leur rupture, elle inviterait la presse à assister à son agonie.
Il laissa échapper un nouveau juron. L'infirmière fut la plus prompte à réagir et le frappa sur la main avant Pénélope.
— Ne la traitez pas comme ça ! Elle est en larmes depuis qu'elle a appris la nouvelle !
Roger allait éclater de rire (en larmes parce qu'il avait survécu, à tous les coups) mais le regard que Pénélope lui adressa le dissuada de le faire. Il attendit sans ajouter un mot le départ de l'infirmière à laquelle Deauclaire demanda de ne pas faire entrer Inger et la presse immédiatement.
Lorsque les bruits des flashs et des questions moururent une fois la porte fermée, Roger poussa un soupir et observa le plafond de sa chambre.
— C'est pour ça que tu es là, pas vrai ?
Sa voix lui avait paru plus triste qu'il ne l'avait voulu. Comme les autres, Pénélope ne s'était pas vraiment souci de lui et de sa petite santé. Seule sa réputation l'intéressait. Elle était là pour bosser.
— Arrête, s'il te plaît, le réprimanda-t-elle. Ce n'est pas le moment de te lamenter.
S'il en avait été capable, il aurait volontiers croisé les bras et lui aurait tourné le dos pour lui montrer qu'il n'était pas d'accord (il était toujours temps de s'apitoyer un peu sur son sort). Malheureusement, harnaché comme il l'était, c'était impossible. Aussi, se contenta-t-il simplement de ne pas la regarder.
— Je suis arrivée au bon moment, expliqua-t-elle dans un soupir. Inger venait d'arriver avec les premiers journalistes et voulait les faire entrer dans ta chambre. Apparemment, tu avais donné ton assentiment à l'infirmière…
Fouillant sa mémoire, il se rappela effectivement qu'une « fiancée » avait été mentionnée. Le reste était trop flou.
— J'ai réussi à la retenir, reprit Pénélope. Et depuis, ils font le pied de grue devant ta porte.
Roger la regarda à nouveau. Quelque part, il regrettait de ne pas avoir pu assister à la scène.
— Attends une minute, s'écria-t-il songeant soudain à quelque chose. Tu veux dire qu'Inger t'a vue ? Toi qu'elle accusait d'être Chaton ?
Pénélope esquissa un sourire froid. Merde, il aurait vraiment voulu voir ça ! Devant la presse en plus... Roger se mordit l'intérieur de la joue. Il était finalement mal placé pour faire des reproches à Pénélope qui s'était déplacée, peut-être pas spontanément, alors qu'elle s'était retrouvée face à Inger et à la presse. C'était un risque énorme qu'elle avait pris. Son patron avait été formel : elle ne devait plus faire parler d'elle.
— Mais… fit-il inquiet. Si ça sort, si les journalistes parlent de toi, tu vas te faire virer !
Elle chassa ses inquiétudes d'un geste de la main. Roger ne s'en contenta pas.
— Deauclaire ! Sérieusement ! protesta-t-il.
— Tu aurais préféré qu'Inger entre ? Parce que je peux toujours aller la chercher !
— Bien sûr que non ! s'indigna-t-il. Mais ton boss t'avait prévenue que tu serais retirée du dossier si tu réapparaissais dans la presse. Et c'est ce qui va se passer…
Elle ne répondit pas et se contenta d'esquisser un sourire. Roger eut l'impression de d'être pris un seau d'eau glacée en pleine tête. Elle s'en moquait ? Il se morigéna mentalement. Évidemment, elle s'en moquait ! Et lui aussi.
— Tes inquiétudes à propos de ma carrière me touchent énormément, répondit-elle avec un sourire taquin. Mais on ne va pas me retirer le dossier. Surtout maintenant qu'il est presque clôt.
Un petit « oh » surpris échappa au blessé.
— Tu vas partir, c'est ça ? dit-il ne pouvant cacher sa déception.
La jeune femme parut sincèrement touchée par sa réaction. Elle vint s'asseoir sur le bord du lit, posa une main rassurante sur ses bandages et lui parla comme à un enfant (chose qu'en revanche, il apprécia moyennement).
— Tu as fait du bon travail, Roger. Nous sommes arrivés à la fin de la Trinité.
— Avec l'autre folle à côté ? dit-il en désignant la porte de la chambre d'un mouvement du menton.
— Malgré la folle d'à côté, rectifia Pénélope avec un sourire. Tu as brillamment suivi ta thérapie, tu n'as plus collectionné les femmes, tu as su traverser les tempêtes déchaînées par la presse et Inger. Ta présidente est ravie par le nouveau toi. Tu parviens même à cohabiter avec Olivier Dubois. Et si j'en juge par la tonne de cadeaux et de messages de prompts rétablissements qui arrivent en ce moment au club, je pense que tu as reconquis une bonne partie de ton public. Le nouveau Roger est un bon Roger.
— Oui mais…
— J'aime beaucoup le nouveau Roger, avoua-t-elle moqueuse.
Pénélope savait pertinemment que ça suffirait à le faire taire. Quand l'ouragan Chaton l'avait atteint, Roger n'avait jamais vraiment cru sortir un jour de la tempête. Il avait éprouvé bien des choses, rarement positives, vis-à-vis de tout ce que Pénélope et Livingstone lui avaient fait subir. Mais maintenant qu'on lui annonçait que c'était terminé, il en était presque... attristé ? Il avait du mal à imaginer ne plus voir Deauclaire tous les jours, même si ce n'était que pour lui faire la leçon et le critiquer.
— Mais… mais ce n'est pas fini, dit-il en bafouillant légèrement. Regarde ce qu'elle est en train de faire ! Elle ne me lâchera jamais.
Il n'aurait d'ailleurs jamais cru qu'Inger puisse un jour se résoudre à feindre la compassion pour lui. Et vu les récents évènements (à savoir sa rupture avec le désormais très médiatique Augustus Blum), il ne s'étonnerait pas qu'elle ait envie de jouer à l'ex-énamourée. Il avait encore besoin de Deauclaire (et c'était sans parler du petit problème de chat qu'Olivier et lui avaient dernièrement rencontré).
— On en a discuté, répondit Pénélope avec un sourire confiant. Il est temps de lui porter le coup de grâce. Je suis sûre que tu as plein d'idées à ce sujet.
Trouver un moyen de la faire taire définitivement ? Ça oui, il y avait pensé. Mais malgré les circonstances atténuantes que tout jury masculin lui reconnaîtraient, la totalité de ses solutions le conduirait directement à Azkaban.
— Je sais que tu y arriveras. Tu lui cloueras le bec une bonne fois pour toutes. Fais le avec élégance, ajouta-t-elle avec un clin d'œil, avant de retirer la main de son bras. Elle ne s'en remettra jamais.
Son air amusé l'étonna. Il n'aurait jamais pensé qu'elle puisse réjouir pour ça. Il finit toutefois par se rappeler qu'elle avait fini par souffrir autant que lui des fausses bonnes idées d'Inger.
— Non, Roger ! fit-elle alors qu'il venait d'ouvrir la bouche pour parler. N'y pense même pas.
Il fronça les sourcils. Était-il si prévisible que cela ?
— Tu pourrais m'y aider, tenta-t-il malgré tout. Toute la presse croit déjà qu'il y a quelque chose entre nous. Si j'étais heureux et en couple, ça…
— Ça serait une très mauvaise idée. Tu ne peux pas mentir, elle retournera ça contre toi.
— Mais…
Pénélope éclata de rire.
— Non, même pour cette noble cause, je ne sortirai pas avec toi.
Il cacha sa déception derrière un air exagérément vexé. Bon, le oui n'était pas à prévoir. Mais elle aurait au moins pu faire semblant d'y réfléchir. Après tout, elle aimait le nouveau Roger, elle l'avait elle-même publiquement proclamé (enfin, devant lui).
— Alors, tu vas t'en aller comme ça, c'est ça ? fit-il froidement.
Elle parut surprise par le ton qu'il avait choisi.
— Exactement, répondit-elle de la même manière.
— Tu as tort ! Et pas pour les raisons que tu crois, reprit-il.
— Voyez-vous ça ! moqua-t-elle en se redressant.
Roger réalisa qu'il l'avait vexée. S'il avait effectivement cherché à la faire réagir, il ne voulait pas pour autant la blesser.
— Je peux te donner un conseil ? reprit-il de manière plus posée.
L'idée d'inverser les rôles (même si elle se doutait bien de ce dont il allait lui parler) parut la radoucir un peu. Pénélope ne se rapprocha pas pour autant.
— Je crois que tu devrais aller de l'avant, dit-il simplement. Dans ta vie personnelle. Ça fait combien de temps que tu n'as pas été en couple ? Heureuse en couple ? rectifia-t-il voyant qu'elle allait protester.
Elle le dévisagea un instant. Ce fut difficile mais Roger soutint son regard meurtrier.
— Premièrement, dit-elle cassante, ma vie privée ne te regarde pas. Deuxièmement, je suppose que tu te dévoues pour me changer les idées, c'est ça ?
— Tu mérites d'être heureuse, Deauclaire. L'humanité et moi-même avons du mal à le concevoir mais Percy Weasley doit être difficile à oublier.
— Tu es ridicule, Roger ! soupira-t-elle, se passant une main sur le visage.
— Ça se voit, Pénélope. Ce mec est un con ! Parce qu'il t'a laissé tombée. Mais tu ne peux pas en rester là à cause de lui. Tu n'as fait que bosser et t'occuper de moi ces derniers mois. Tu dois refaire ta vie. Tu dois l'occuper avec autre chose que ce job. Et pas forcément avec moi, précisa-t-il voyant qu'elle allait à nouveau s'énerver.
— Mais plutôt toi ? se moqua-t-elle.
S'il pouvait joindre l'utile à l'agréable, Roger n'était pas contre.
— Ou Olivier, suggéra-t-il après un moment (pas la meilleure des idées mais c'était bien la seule autre personne qu'ils avaient en commun). Ouais, je crois qu'on pourrait te le faire oublier.
Il crut un moment qu'elle allait se mettre à hurler mais elle finit par sourire et se mettre à en rire.
— Tu parles d'un choix !
Il aurait pu se vexer. Ça aurait été la porte de sortie idéale, ils auraient ainsi pu mettre un terme à cette étrange discussion. Mais Roger tenait vraiment à aller au bout de sa pensée. C'était aussi ce que lui avait appris sa thérapie. Dire la vérité. Même si cela coûtait.
— Il va avoir un enfant, tu sais ?
Il avait à peine murmuré mais cela avait réussi à la faire taire. Elle ne parvint pas à cacher totalement l'expression de surprise et de tristesse qui avait traversé un bref instant son visage. Roger s'en sentit peiné. Il aurait voulu lui prendre la main. Elle n'aurait pas été pour et de toute façon, elle était trop loin.
Pénélope ne devait plus perdre de temps à cause de Weasley. Sentant qu'il était allé un peu trop loin, Davies se permit une plaisanterie.
— Dubois m'a dit que si c'était une fille, ils l'appelleraient Molly.
Il esquissa une moue dégoûtée. Il avait pensé la faire sourire (lui et Olivier en avaient bien ri plusieurs soirs d'affilé), l'écœurer (qui ne le serait pas ? donner le prénom de sa mère à sa gamine, c'était carrément flippant !). Mais pas l'attrister encore plus. Le sourire de Pénélope était amer et elle détourna les yeux pour ne pas avoir à le regarder.
— Tu as raison, finit-elle par soupirer. Percy est un con.
Roger fut estomaqué de l'entendre reconnaître cet état de fait.
— Et donc ? fit-il plein d'espoir.
Elle prit quelques secondes de réflexion.
— Je vais appeler Olivier.
Elle éclata de rire devant son air blessé.
Des coups frappés à la porte calmèrent son hilarité. Lui conseillant de se taire, elle se dirigea vers l'entrée de la chambre et ouvrit la porte avec prudence. Ce fut Ferris qui entra.
— La relève ! annonça-t-il un sac de sucreries à la main. Alors, Roger ? Ce Cognard ?
— Je vous le recommande, grommela ce dernier.
Il savait que Deauclaire sauterait sur l'occasion pour changer de sujet. Davies chercha à intercepter son regard. Mais cette dernière l'évita délibérément.
— Libby vous attend, soupira Ferris à l'attention de la jeune femme. A votre place, je transplanerai. Immédiatement.
Au détriment d'une des premières règles de politesse du monde sorcier, elle le fit sans attendre et sans quitter la chambre. Roger laissa retomber sa tête sur l'oreiller, soudainement vidé.
C'était terminé. Pénélope était partie. Sa mission était terminée.
Il ne la reverrait sûrement plus jamais. Elle n'avait même pas pris la peine de le saluer. A lui de se débrouiller.
oOoOo
Cher Roger,
Je reconnais que c'est moche et qu'à cause de moi, tu as vécu des trucs pas forcément très marrant. Mais prends-en-toi à ta curiosité.
Et à ta stupide ex.
A ta place, je ferai un peu plus attention désormais.
Techniquement, je suis obligé de m'excuser pour un truc. Donc désolé (je te laisse le soin de choisir le pourquoi).
Parfois, je regrette juste que tu n'aies pas craqué avant.
…
Tu vois, tu es sur la liste tout compte fait.
oOoOo
Livingstone s'était efforcée de conserver son sourire.
— Ça faisait longtemps, pas vrai ?
Quoi qu'on en dise, quoi qu'en pense la jeune Deauclaire qui lui avait fait la leçon durant le dernier quart d'heure, elle pouvait être très bonne comédienne.
Au fond d'elle-même, elle avait envie de faire subir mille supplices à la personne qui venait de franchir la porte de son bureau. Elle en rêvait (et ce serait totalement mérité). Mais elle parvenait à arborer un sourire et à refouler toute son agressivité.
Walter Ellis n'était cependant pas dupe. Il vint s'asseoir dans un des fauteuils face à son bureau sans attendre qu'elle ne l'invite à le faire. Ce fut tout juste s'il ne posa pas les pieds sur la table ou s'il n'urina pas dans un coin pour marquer son territoire.
— A qui la faute ? aboya-t-il. Vous avez refusé de me recevoir !
Lui en revanche avait bien du mal à dissimuler sa colère. Cela ne fit que renforcer la jubilation (elle aussi intériorisée) de la présidente des Wigtown Wanderers. Elle savoura ces instants et se réjouissait d'avance de ceux qui allaient arriver.
— J'avais besoin de temps, mentit-elle. Tu peux comprendre ça… Toutes ces choses que tu as dites dans la presse, je…
Elle prit un air exagérément troublé.
— Je ne voulais pas réagir à chaud. Ta carrière n'avait pas besoin de ça !
Elle crut un instant qu'il allait lui sauter à la gorge. Elle allait loin, elle le savait. Ce soir, le pouvoir était entre ses mains. Et elle avait enfin l'occasion de punir le traître qui avait sali son nom, son club et sa réputation.
La vengeance était un plat qui se mangeait froid. Plus encore chez les sorcières de la vieille Écosse.
— Ma carrière ? s'étouffa-t-il. Vous l'avez tuée ! Alors n'essayez pas de me faire croire que vous vous souciez de quoi que ce soit.
— Je suis déçue que tu penses ça de moi.
Il esquissa à son tour un sourire mauvais. Il ne pensait pas que ça d'elle et Libby était loin d'être dupe à ce sujet.
— Mais ça va changer, expliqua-t-il mystérieux. Vous avez commis une erreur ne refusant de me laisser jouer.
— Tiens donc ? fit-elle un sourcil haussé.
— Cela fait quatre mois que je n'ai pas joué. Pour des raisons non justifiées, j'ai trouvé un guérisseur qui peut le certifier. Selon le règlement de la Fédération, j'ai le droit de rompre mon contrat.
Il croisa les bras, satisfait de sa démonstration. Libby se trouva fortement déçue. Elle n'avait pas pensé qu'il demanderait pardon (ça ne risquait pas d'arriver), il était bien trop fier pour ça. Mais utiliser ce ressort pour s'en sortir… cela montrait simplement qu'il n'était pas à la hauteur. Comme si elle avait pu ne pas penser à cette éventualité. S'il l'avait sous-estimée, elle l'avait visiblement surestimé.
Elle lui accorda quelques secondes pour savourer son succès éphémère.
— Je sais, finit-elle par soupirer. C'est pour ça que je crois qu'il est temps pour toi de nous quitter.
Il blêmit aussitôt.
— Vous… vous…
Elle hocha lentement la tête.
— Nous allons te transférer. A l'instant même où le mercato d'hiver débutera. Nous avons perdu trop de temps. Aussi bien toi que moi.
Sous le choc, il ne réagit pas.
— Il est grand temps que tu te remettes à jouer, c'est vrai.
Livingstone sentit son sourire renaître. Elle pouvait presque entendre les rouages de l'esprit d'Ellis s'ébranler, elle pouvait presque voir son piège se refermer sur lui.
Il fit cependant l'effort de se reprendre.
— Et je suppose que vous avez une idée précise du club auquel vous voulez me céder ?
— Te céder ? reprit-elle dans un ricanement. Allons donc ! Ce serait faire insulte à ta valeur que de te prêter. Et pense bien que c'est avec une peine véritable que nous nous privons de tes services. Nous allons faire un véritable transfert.
Elle marqua une pause.
— Ce que tu dois comprendre, fit-elle d'un ton pédagogue, c'est que ton comportement a eu des conséquences, notamment auprès des potentiels acheteurs. Un joueur qui signe un contrat dans le dos de son club, qui est impliqué dans une affaire de vol de réglages, et je dois d'ailleurs dire que je te crois totalement innocent à ce sujet, et qui en plus fait des révélations fracassantes dans la presse, que chacun estimera vraie ou fausse, a quelque peu fait baisser ta côte. Mais tu devais t'en douter.
Il laissa échapper un chapelet de jurons. En temps normal, Livingstone n'aurait jamais toléré qu'on insulte ainsi sa condition de femme et ses origines. Là, elle n'y prêta pas attention. Le meilleur était encore à venir.
— Un acheteur a été difficile à trouver. Au sein de la Ligue, ça a évidemment été impossible. Pourtant j'ai essayé. Nos recruteurs ont fait ce qu'ils pouvaient. Tu penses bien, nous aurions adoré te retrouver sur un terrain.
Ellis ne réagit pas. Libby se doutait bien qu'il ne restait plus que pour enfin apprendre à quelle sauce il allait être mangé.
— Alors, nous avons dû chercher plus loin. A l'étranger. Mais bizarrement, même là-bas, on avait entendu parler de ce que tu avais fait. Sûrement la faute à Chaton et Roger… Mais on a fini par trouvé.
Elle esquissa un autre sourire.
— Il va sans dire que tu ne seras pas aussi bien payé que chez nous. Que dans un club anglais. Mais ils sont vraiment ravis de t'accueillir. Le public grec t'attend les bras ouverts.
— Grec ? répéta-t-il d'une voix blanche.
— Un championnat en plein devenir, reprit Livingstone. Et je suis certaine que leur mauvaise réputation est totalement imméritée. Le club de Délos est absolument ravi de t'avoir. Ils sont dans le dernier quart de leur championnat, autant dire qu'ils ont vraiment envie d'avoir parmi eux un Poursuiveur de ta qualité.
— Je vais faire appel à mon avocat.
— Mais je t'en prie ! répondit Livingstone ravie. C'est normal que tu penses qu'on essaie de se venger sur ce transfert. Examine le contrat. Romps-le ! Cherche mieux. Tu ne trouveras pas.
Livide, le joueur se leva et tourna les talons.
— Tu ne trouveras pas, lui cria-t-elle alors qu'il quittait le bureau.
La porte claqua et Livingstone s'enfonça avec plaisir dans son fauteuil.
La journée, qui avait mal commencé avec la blessure de Davies et la défaite à domicile face à Bombers de Bigonville, venait de se terminer de la plus belle des façons.
Elle n'avait fait que dire la plus simple vérité.
Ellis ne trouverait pas mieux. Et elle n'avait même pas eu à s'en assurer.
oOoOo
Chère Mary,
Je n'ai pas été un bon père, pour le peu de temps où je t'ai vue. Je n'ai jamais été père en vérité. Je ne le serai certainement jamais. Tu trouveras toujours quelqu'un pour raconter des horreurs à mon sujet. Sache juste que la plupart seront vraies.
Ils auront tous une explication pour ça, et dans tous les cas, j'aurai le rôle de l'enfoiré. Moi, ça me va. Honnêtement, le mieux que tu puisses faire, c'est de ne pas y penser. Si ta mère a une once de bon sens, elle arrêtera de parler de moi.
On ne se connaît pas et c'est mieux comme ça. Autant pour toi que pour moi.
Quoi qu'en dise ta mère et les autres, je ne devrais pas avoir à m'en excuser.
oOoOo
— Vous ne devinerez jamais ce qui s'est passé !
Darwin ignora la jeune stagiaire qui venait d'arriver, légèrement essoufflée et les joues rosissantes.
D'où venait-elle déjà ? Il ne parvenait plus à s'en rappeler. Le compte à rebours avait commencé, il n'avait plus beaucoup de temps pour parvenir à ses fins. Quatre jours étaient déjà passés. Et Dubois continuait à l'ignorer.
— Alors ? finit-il par demander voyant que Moïra s'était plantée devant lui et qu'elle n'avait pas l'attention de bouger.
— J'étais à Sainte-Mangouste, pour la blessure de Davies, vous savez…
Il avait vaguement entendu hurler Green en début de matinée à propos de ramener son postérieur à Sainte-Mangouste. Il ignorait toutefois que l'urgence concernait Davies.
Une lueur d'intérêt s'éclaira dans son regard. Peut-être que Dubois...
— Il était là ?
Elle parut surprise.
— Qui ? Davies ? Ah, lui… marmonna-t-elle comprenant soudainement. Non, le Toxico n'y était pas.
Il laissa faiblement échapper un juron. Évidemment, il n'y était pas. D'une part, il n'avait pas l'air de tenir plus que ça à son ami Roger (au temps pour la théorie de Green, ces deux là ne pouvaient pas être amants). D'autre part, une grosse partie de la presse sorcière devait faire le pied de grue devant la chambre d'hôpital. Dubois étant du genre prudent, il ne s'y risquerait pas.
— … est arrivée Inger. Vous auriez vu ses larmes ! C'était bouleversant.
— Surtout faux, marmonna Darwin.
La jeune stagiaire eut un mouvement de recul.
— Mais ça faisait très vrai, se défendit-elle, légèrement vexée. Je pense qu'il y aura de quoi faire une petite brève pour le numéro de demain. La pauvre, après tout ce qui s'est passé, elle a vraiment l'air de vouloir tout recommencer…
— Tu as pu voir Davies ?
Elle baissa les yeux.
— Non, reconnut-elle. Ils n'ont pas voulu nous laisser l'approcher. Il y avait un type du club qui nous a fait passer un communiqué.
— Pas la fille ? demanda-t-il surpris.
Elle fit non de la tête. Soit la fille était très occupée ailleurs, soit le club commençait à relâcher sa surveillance auprès de leur joueur. Avec une Inger dehors et bien remontée, ce choix stratégique était des plus surprenants.
Mais cela ne pouvait vouloir dire qu'une seule chose: les Wanderers estimaient que le danger était passé. Roger Davies aussi. Chaton avait fini de les inquiéter.
Dubois avait donc dit la vérité.
— Et vous ? demanda finalement Sander. Vous avez eu des nouvelles ?
Elle désigna la pile de courriers sur son bureau. La plupart d'entre eux lui avaient été directement retournés. Il n'avait pas eu le courage de s'y attaquer. Darwin imaginait facilement la réponse à ses demandes qu'ils contenaient.
Un très joli « tu peux toujours crever ».
Parmi tous ceux-là, un s'était détaché du lot. Il provenait de la direction même des Caerphilly Catapults. C'était pour cela qu'il choisit de l'ouvrir en premier.
— Ils me poursuivront si je continue d'essayer de l'approcher, expliqua-t-il en le tendant à la jeune femme.
Celle-ci le lui arracha des mains et le parcourut avidement. Elle l'observa ensuite, les yeux écarquillés.
— Vous l'avez dit à Mrs Green ? demanda-t-elle à voix basse.
— Bien sûr que non, soupira-t-il. Encore qu'une poursuite judiciaire ne le gênerait pas vraiment...
— Comment allez-vous faire ? demanda-t-elle les sourcils froncés.
— Je trouverai un autre moyen.
Il reprit l'ouverture des autres parchemins. Loin de comprendre qu'il était temps pour elle de le laisser, Sander resta là, les bras ballants, à l'observer.
— Je… Je… Je me demande souvent pourquoi vous vous y accrochez...
Un sourcil haussé, il la dévisagea.
— A quoi ?
— Au Toxico, répondit-elle. Je veux dire, vous ne laissez pas tomber. Alors que rien ne vous dit que vous parviendrez à lui parler. Vous savez qu'il ne vous aime pas. Après ce qui s'est passé, il y a quatre ans, on pourrait croire que…
Elle ne termina pas sa phrase, réalisant qu'elle était allée un peu loin. Darwin ne s'en formalisa pas.
Sander disait vrai. Personne ne comprenait pourquoi il s'était raccroché à une affaire comme celle-là. Beaucoup semblaient penser que seul l'ambition le motivait. Qu'il était à l'affût d'un scoop similaire, qu'il pensait pouvoir reproduire une telle affaire. L'argent, les honneurs... que tout ça lui manquait.
Darwin n'était pas dupe. Ce qui était arrivé n'était que le fruit du hasard. Il avait été présent au bon moment. Son instinct et l'imprudence des acteurs du scandale avaient fait le reste. Il aurait très bien pu passer à côté. Ça n'avait pas tenu à grand-chose en vérité.
Alors il savait qu'il n'y avait aucune chance que ça se reproduise.
La haine de Dubois était totalement méritée. Porté par le scoop, le journaliste n'avait pas pensé aux conséquences. Une fois Dubois disparu, il avait fait comme tout le monde, comme si rien ne s'était passé. Les affaires s'étaient ensuite succédées. Jusqu'à ce que le Toxico refasse parler de lui.
Il avait toujours éprouvé une certaine culpabilité vis à vis du héros déchu. Dubois avait perdu sa femme, sa fille, son argent, sa carrière, sa santé, sa vie parce que lui, le journaliste, avait choisi de révéler ce qu'il avait découvert.
Dubois était responsable de son malheur. Mais Darwin lui avait grandement facilité la descente en enfer.
Ce qui le poussait à pourchasser Dubois, ce n'était pas l'ambition, comme tout le monde le croyait.
Ce qui le poussait à pourchasser Dubois, c'était d'essayer de voir si c'était vrai, si ce sentiment pouvait le quitter.
Moïra attendait toujours qu'il lui réponde. Pouvait-il être honnête avec elle ? Il ne doutait pas qu'elle garderait le secret. S'il avait eu la moindre envie de le partager. Elle commençait à peine dans le métier, c'était une mise en garde qu'il devrait lui donner.
Il sut alors qu'elle ne comprendrait pas. Comme tout ceux à qui il en avait parlé.
— Il y a autre chose, dit-il simplement. Il y a forcément autre chose. Et je dois essayer de trouver quoi.
La jeune femme hocha lentement la tête. Darwin savait que ça n'évoquait strictement rien pour elle et qu'elle faisait ça par simple politesse.
— Je… Je vais aller prévenir Mrs Green que je suis rentrée, dit-elle.
Avec surprise, le journaliste comprit qu'elle était passée le voir en premier. Il s'en voulut légèrement de ne pas avoir été plus attentif à ce qu'elle disait. Il la regarda disparaître, imaginant bien la joie que la rédactrice en chef éprouverait en entendant conter les dernières manigances d'Inger. La une du Daily Wizard serait assurée pour la semaine à venir.
Jusqu'à ce que l'ultimatum soit passé.
Darwin se tourna vers sa pile de courrier. Il n'avait plus grand espoir. Il choisit le dernier parchemin arrivé. L'expéditeur n'était pas indiqué sur le cachet. Au moins, il ne s'agissait pas d'un avocat.
Il le décacheta, le parcourut et tout d'abord, ne le comprit pas.
Puis, la lumière se fit. Le courrier venait d'Olivier Dubois.
Cher Darwin,
Je ne vous ai pas dit toute la vérité. J'en suis désolé.
Les types de la thérapie disent que je dois tout faire pour réparer les torts causés. J'ai pensé que ça vous intéresserait.
Il laissa échapper le parchemin. Il avait cru qu'une telle nouvelle, celle qu'il attendait depuis longtemps, le ferait bondir de joie.
Il ressentit un vide intense à la place. Son sang s'était glacé. Il peinait à respirer.
Etait-il finalement certain de vouloir entendre la vérité ?
oOoOo
Toi,
Prépare-toi.
Prochaine dose: "Tirer sa révérence"
Merci à elwan59 de m'avoir aidée à trouver ce titre!
