Ron se leva d'un bond en étouffant un énième juron. En tout bon Gryffondor qu'il était, il détestait attendre. La patience était bien une vertu dont les lions étaient totalement dépourvu. Le regard de Drago, qui se voulait railleur, n'arrangeait rien à sa mauvaise humeur pas plus que les incessants piaillements de Denis Crivey ou les remarques vides de sens de Terence Higgs qui répétait pour la centième fois qu'il n'y avait toujours pas de mangemorts à l'horizon.
-Calme-toi. Lui intima Elphias, gentiment. Ils n'arriveront pas plus vite si tu uses tes chaussures....
-C'est vrai, Weasel. Approuva Drago, un brin moqueur. Tu n'as donc aucune patience? Laissa-t-il échapper en pouffant de rire.
-Ferme-là, La fouine, on ne t'a rien demandé.... Grogna Ron en se rasseyant brutalement.
Le silence s'installa doucement et ce n'était pas les centaures qui allait le perturber. Ils semblaient tous perdu dans une sorte de transe, en méditation profonde, sûrement en parfaite communion avec la nature. Ron tapotait doucement ses doigts sur sa cuisse, seul signe de son impatience et Drago se surpris à apprécier cet intermède de silence et d'apaisement malgré l'inquiétude qui tiraillait ses entrailles. On pouvait entendre d'ici le vent entrelacer les feuilles des arbres de la forêt voisine tantôt tendrement, tantôt fougueusement. Les rafales de vents provoquaient des vagues dans les herbes hautes bordant le chemin, entourant la ville. Le ciel gris, parsemé de nuage cotonneux, faisait vibrer le paysage de sobriété sans pour autant le rendre morne. C'était un horizon serein, promesse de vague tumultueuse et de douce accalmie. Drago avait toujours aimé la nature. D'aussi loin qu'il se souvienne, il avait toujours adorer se promener dans le parc du domaine familiale, se rouler dans l'herbe fraîche et se jeter sans ambages dans un tas de feuilles mortes et multicolores. Il enviait parfois les centaures de pouvoir ne faire qu'un avec Mère Nature, de la connaître comme il la connaisse, de communiquer avec elle si facilement,...
Alors Drago ferma les yeux et se força à respirer calmement, apaisant son inquiétude, faisant abstraction des Tac-Tac-Tac si répétitif que faisaient Ron contre sa cuisse et n'écoutant plus que le souffle du vent. Apaisant et simple. Des moments comme celui-ci était indispensable s'il voulait conserver une certaine santé mentale. Loin du château devenu presque sinistre, loin des batailles et de leur tumulte, loin des regards blasés de Harry qui lui déchiraient le coeur, loin des orbes ardentes d'Ismaël si pressé de perdre son innocence. Des moments où rien d'autre ne comptait à par la beauté claire du son du vent ou l'harmonie impérieuse de l'océan.
-Ils arrivent. Lança Terrence d'une voix aiguisée.
Drago rouvrit brutalement les yeux et se redressa prestement. Le moment de paix était terminé, il venait de céder la place à la guerre et à ses tourments. Les centaures sortirent aussi brutalement que lui de leur transe et piétinèrent le sol de leur sabot lourd, armé de leur arc.
-Ils se foutent de nous? Explosa Ron en brandissant sa baguette.
Drago fronça les sourcils et regarda plus attentivement la forme qui semblait courir vers eux. Deux minutes! La forme? Une seule forme? Une seule et unique forme? Ils se foutaient d'eux ou quoi?! Ne put s'empêcher de penser Drago, faisant écho aux paroles de Ron. C'était seulement pas possible. Drago plissa alors les yeux au possible pour tenter de distinguer le forme plus précisément. C'était un mangemort, cela était indéniable.... Le masque blanc et la cape noire étaient suffisamment parlant à eux seules. Derrière le masque quelque peu souillé de terre, on pouvait distinguer des cheveux blonds. Le mangemort ralenti doucement, juste assez pour que Ron puisse le viser précisément, et enleva son masque.
Théo! C'était Théo!
-Avada Kedavra! Tonna Ron d'une voix assurée.
Mais le sort ne fila pas droit et c'est le sol qu'il percuta durement en ne laissant qu'une tache noircie dans l'herbe.
-Mais qu'est-ce que tu fous? Cria Ron en repoussant sauvagement Drago qui s'était jeté sur lui.
-C'est Théo. Lui rétorqua-t-il sèchement en se relevant.
-Qui? Coassa Ron.
-Théodore Nott. S'agaça Drago en se dirigeant déjà vers son ami.
Ron fronça les sourcils et regarda encore une fois, et en effet, c'était bien Nott. Il avait l'air échevelé et ses joues étaient rougies d'avoir courus tandis qu'il reprenait difficilement sa respiration en tentant vainement de leur dire quelque chose.
-Que se passe-t-il, Théo? Demanda Drago, une main sur son épaule.
-Il y a eu une fuite, souffla celui-ci.
-Qui?! Grogna Ron qui s'était rapproché rapidement.
-On ne sait pas mais Wicklow ne sera pas attaqué. Toutes les forces prévues sont sur Ipswich!
-Merde! Jura Drago.
-Harry m'envoie et....
-Ils s'en sortent?! Demanda Drago, inquiet.
-Justement, vous devez transplaner au centre de la ville, dans l'église pour évacuer les civiles.
-Les évacuer où? Demanda Denis, pragmatique.
-N'importe où! Tonna Théo. L'important est de le faire vite parce qu'ils ne tiendront plus très longtemps et qu'une deuxième vague est prévue! Expliqua-t-il avec empressement. Moi, je dois y retourner avant qu'ils ne remarquent mon absence!
-Nott, t'es vraiment taré! Lança Ron. J'ai failli te tuer, tu te rend compte!
-Sur que je serais encore entier si j'avais directement transplaner au milieu de vous! Tu aurais attendu juste pour voir qui c'était? Cingla Théodore, énervé.
-C'est pas le moment! Les stoppa Drago. Retournes-y Théo et préviens Harry que c'est okay....
Théodore acquiesça avec gravité, lança un regard féroce à Ron et transplana.
-Nous, lança Drago en se retournant vers Ron, on doit se mettre d'accord sur le site d'évacuation. On ne va pas non plus éparpillé ces gens dans tous l'Angleterre.... Souffla-t-il.
-Et pourquoi pas, Square Grimmault? Proposa Terrence.
-Pas assez de place. Répondit Ron.
-Ici. Souffla Drago.
-Quoi?
-On n'a qu'a les ramener ici! Répéta-t-il, simplement.
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Harry serra les dents alors qu'il tentait de se relever. Une douleur aiguë irradiait de ses côtes, faisant vibrer de douleur tout son buste, rendant chaque respiration laborieuse et sifflante. Il jeta un regard rageur au mangemort face à lui. Le métisse sourit, fier de son effet de surprise, Harry ne l'avait pas vu arriver sur le côté.
-Zabinni.... Grinça Harry en le foudroyant du regard.
-Un vieux camarade, n'est-ce pas Potter? Cingla celui-ci, railleur. Tu va me le payer! Ajouta-t-il, son expression se faisant plus dur, plus haineuse.
-Petit Blaise a retrouvé toute sa mémoire? Se moqua Harry en s'avançant vers lui.
-Tu croyais vraiment que ton stupide et futile petit sort allait tenir? Que je ne m'en rendrais pas compte? Siffla Blaise de rage.
Harry éclata de rire pour seule réponse et Blaise n'en serra que plus fort sa baguette.
-Tu te souvient de tout mais ce n'est pas toi, n'est-ce pas, qui a été dire à Tom que nous savions. Lança Harry, retenant difficilement de nouveau éclat de rire.
-Comment peux-tu en être si sûr, Potter?
-Parce que tu es un foutu Serpentard qui n'a pas de couilles, Zabinni. Répondit franchement Harry. Jamais tu n'aurais avoué à Tom t'être laissé avoir comme un bleu, jamais tu aurais été prêt à subir ses doloris pour ça. A quoi cela m'aurait-il servi de lancer un sort puissant, alors qu'il était parfaitement inutile? Ricana-t-il.
-Avada Kedavra! Lança rapidement Blaise d'une voix rauque.
-T'aurais-je vexé, Zabinni? Siffla Harry en évitant le sort. Diffindo!
-Sectum Sempra!
-Impedimenta!
-Diffindo! Lança encore Blaise.
Harry se décala sur la gauche pour éviter le sort mais quelqu'un le bouscula, handicapé par la brûlure toujours douloureuse à sa jambe, il perdit l'équilibre et se retrouva de nouveau dans la trajectoire du sort. Tout en sachant qu'il n'aurait pas assez de temps pour l'éviter complètement, il se jeta sur la droite, et au niveau de son épaule, une nouvelle blessure, plus profonde, vint s'ajouter à la première. Harry grimaça et plaqua sa main contre la plaie, un autre sort déjà sur le bout de sa langue.
....................
De grosses gouttes d'eau salée perlaient abondamment du front de Drago. Transplaner n'était pas en soi quelque chose de fatiguant, mais transplaner une dizaine de fois plusieurs personnes en un laps de temps assez courts sur une longue distance était vraiment éreintant.
D'un geste brusque et rapide, il essuya son front avec sa manche et parcourut l'intérieur de l'église des yeux à la recherche d'éventuels retardataires. Son regard tomba sur une personne dans le fond de l'église, elle semblait agenouillée au pied de l'immense croix surplombant l'autel et le parterre de siège. Elle priait sans aucun doute. Drago n'avait rien contre cela en particulier mais il pesta tout de même assez généreusement contre cette personne qui pensait que le moment le plus propice à la prière était la fuite.
Un bruit sourd résonna en écho dans la bâtisse austère et Drago se retourna assez rapidement pour voir la lourde porte de l'église céder sous les assauts répéter des ses assaillants. Il étouffa un juron et se précipita vers le fond de l'église, là où la personne continuait de prier, imperturbable. Derrière lui, il pouvait entendre les grognements et les sifflements déçus des lycans s'apercevant qu'il n'y avait plus personne. Il su le moment exact où l'un d'entre eux le repéra courir comme un dératé vers le fond du bâtiment et l'entendit se ruer à sa poursuite.
Enfin il arriva au côté de la pieuse personne qui se révéla être une dame d'un certain âge. Ses cheveux gris lui retombait dans le dos alors qu'elle le regardait à présent avec de grands yeux terrifiés. Littéralement. Il ne fallait pas être un sorcier pour connaître les ravages dont sont capables les lycans. Les mythes et légendes moldus regorgent de fables, de contes et d'histoires horrifiantes sur les loup-garous. Drago eut un bref élan de pitié pour cette femme qui, somme toute, n'avait jamais rien demandé à personne. Mais bientôt, son attention fut attirée par quelque chose d'autre.... Comme.....Un babillage? Une litanie de mot répété encore et encore..... Par.... une voix enfantine?
Pris d'un sentiment de panique, Drago regarda derrière lui. Le lycan n'était plus qu'à une dizaine de mètre d'eux. Il regarda frénétiquement partout autour de lui pour tenter d'apercevoir l'enfant qui devait se cacher quelque part mais que les lycans ne manqueront pas de trouver s'il le laissait là. Il l'entre vus rapidement, sur la gauche, dans le confessionnal, recroquevillé et se balançant d'avant en arrière dans une sorte d'état second.
Le lycan serait là dans moins d'une dizaine de secondes et le coeur de Drago se serra, il n'aura pas le temps de sauver les deux. Son regard passa de la vieille dame à l'enfant et il ne su pas quoi faire. Comment aurait-il pu prendre ce genre de décision? C'était inhumain. C'était terrible. C'était pas juste. Drago le savait et il savait aussi que tout le monde s'en foutait.....Parce que cette décision, il va devoir la prendre qu'il le veuille ou non.
La vieille dame sembla comprendre la gravité du moment et elle suivit le regard torturé de Drago. Quand elle aperçut la forme mouvante de l'enfant dans le confessionnal, elle comprit le dilemme de Drago et ses yeux se voilèrent de tristesse. Elle posa sa main sur l'épaule du blond, qui la regarda d'un air perdu, et le poussa légèrement vers l'avant. Il fronça les sourcils, indécis.
-Vous êtes sure? Demanda-t-il d'une voix étranglée.
Elle acquiesça rapidement et le poussa encore en avant parce qu'elle aussi voyait le monstre se rapprocher de plus en plus d'eux. Elle regarda d'un œil vide le garçon plonger littéralement vers le confessionnal, se saisir presque brutalement de l'enfant, la regarder une dernière fois et disparaître.
Le lycan hurla de rage quand il vit le sorcier disparaître et il se retourna haineusement vers elle, bien décidé à profiter du peu qu'il restait. Elle ferma les yeux et resserra ses mains sur son chapelet. C'était un chapelet en bois doré, qui lui avait été transmis par sa mère. C'était un beau chapelet. Et il allait finir souillé de sang sur le sol froid d'une église. Elle pressa davantage ses yeux clos, en pensant aux années qu'elle avait permis à cet enfant. Aux rires qu'il pourrait encore avoir. Aux bonheur qu'il pourrait encore vivre.
Et la vieille femme donna sa vie pour celle d'un enfant rencontré par inadvertance au coeur de l'adversité. Et personne ne saura jamais que Martha Bernadette O'Brien fut une héroïne. A part peut-être deux yeux argentés qui se souviendront toujours de deux yeux bleu pervenche.
....................
Quand Harry vit la chouette lumineuse voleter au-dessus d'eux, il comprit que Ron et Drago avaient terminé leur mission. Les villageois étaient évacués et sauvés.....Dans un soupir imperceptible, il chercha du regard Severus. Celui-ci avait le regard fixé sur l'oiseau argenté, il en avait tiré les mêmes conclusions. Et presque dans un même bruit, les deux amis disparurent.
Une fois les deux sorciers volatilisés, la chouette vola jusqu'au flanc gauche où Hestia la vit et rappela son équipe et celle de Penny. Il en fut de même sur la droite, où Luna, Emeline et leurs équipes respectives se replièrent. Et enfin, à l'arrière avec Neville et Susan.
Les mangemorts se retrouvèrent seuls sur le champs de bataille, s'entreregardant bêtement. Ils avaient certes gagné le terrain mais pas la bataille....Une seule victime civile était à déplorée. Et elle n'allait sûrement pas faire office de nouveau lycan...
Blaise grogna alors que la peur commençait à infiltrer ses veines. Après cet échec, Le Seigneur Des Ténèbres allaient sonder tous ses généraux et le responsable de la mission c'est à dire lui. Il aura tôt fait de découvrir que c'était lui qui avait divulgués un certain nombre d'information mais Blaise était assez intelligent pour comprendre que leurs rangs étaient malgré tout infesté par la vermine. Sans cela, jamais Potter n'aurait su que c'était lui le chargé de mission.
-On rentre! Lança Blaise d'un ton rageur. Repliez-vous.
-Et la ville? Lança un des mangemort d'une voix badine.
-Quoi la ville? Répondit-il d'une voix dangereuse.
-On ne la pille pas?
-La mission est un échec, idiot. Lança-t-il venimeux. Reste pendant que le Maître attend si tu veux....Rajouta-t-il avec un sourire sardonique.
......................
Quand Drago réapparut à Wicklow avec une enfant qui gesticulait dans les bras, ses yeux argentés étaient anormalement brillant. Devant ses pupilles s'attardait l'image d'une vieille femme incroyablement courageuse. Une vieille femme avec des yeux bleus dont il se souviendra toute sa vie durant. Des yeux qui lui avaient transpercé l'âme. C'était des gestes altruistes et purs comme celui-ci qui lui redonnaient espoir, qui lui soufflaient que le monde ne pouvait pas être perdu. L'être humain est capable de tellement de bonnes choses quand on lui en donne l'occasion. Il peut faire tellement pour l'Autre, donner tellement. Tout cela ne pouvait pas se finir dans le sang et la douleur. Trop de gens espéraient encore, se battaient continuellement contre le mal. Le mal sous toutes ses formes. Trop de gens existaient encore, des gens bons, capables de choses si désintéressée, de tant de bonhommie et de charité. Le monde ne pouvait finir aux mains d'un tyran aveuglé par la puissance et la haine. Le monde valait tellement mieux que cela.....
Drago sortit de ses pensées quand il sentit l'enfant s'agiter et il la détailla plus minutieusement maintenant. Il l'avait à peine regardée dans l'église. C'était une petite fille d'environ 6 ans, avec des cheveux ambré et des yeux noirs parsemés d'éclat bleuté. Elle avait les joues rondes et rougies par les larmes, les yeux gonflés et le visage crispés.
-Elaora! Elaora! Glapit une voix féminine derrière lui.
-Maman! Cria la petite fille à son tour en s'extirpant de ses bras.
Le petite Elaora puisque tel était son nom, courut jusque dans les bras de cette femme. C'était une dame d'une petite trentaine d'année avec des cheveux claires et des yeux noirs en amande, assez élégante. Elle enserra la petite alors que ses joues étaient inondées de larmes.
-Elaora...Souffla-t-elle encore alors qu'elle embrassait sa fille sur le front en la soulevant.
La jeune femme releva un regard indéfinissable vers Drago. Comment déchiffrer le regard d'une mère reconnaissante quand on a pas eu l'exemple d'une mère aimante?
-Merci. Lança la femme dans un sanglot en se rapprochant de Drago. Merci. Répéta-t-elle encore. Merci.
Elle semblait vouloir dire autre chose mais les mots lui manquaient. Comment exprimer le soulagement que l'on ressent alors que le centre de notre vie a failli nous être ravi? Comment traduire notre pensée en des mots cohérents alors qu'on voudrait juste pleurer de soulagement?
Drago lui sourit simplement, il n'avait pas besoin de long discours pour comprendre ce que la femme voulait exprimer. Il n'avait certes jamais eu de mère digne de ce nom mais il savait ce qu'aimer signifiait. Alors il sourit, et passa doucement sa main sur les cheveux de la petite alors que la mère sanglotait encore.
.....................
Harry était comme un lion en cage.... Ils étaient rentrés au château presque immédiatement, où il aurait espéré trouvé Drago et Ron mais non. Ils devaient certainement essayer de trouver une solution pour les moldus. Qu'importe l'endroit où ils les avaient évacués, ils ne pourraient certainement pas y rester éternellement. Ensuite, Pompom l'avait littéralement attrapés au détour d'un couloir. Il étaient blessé en de plusieurs endroit et l'infirmière ne pouvait pas tolérer le voir déambuler dans cet état-là.... Ce n'était pas que des blessures anodines. Et là, il attendait rageusement parce qu'il allait bientôt apprendre le noms de tous ceux qui n'avait pas eu la chance de n'être que blessé. Des amis étaient morts, il le savait aussi bien qu'il savait que cette bataille, ils ne l'avaient qu'à moitié gagnée.
Il se trouvait dans un coin de la grande salle, et regardait vaguement les allées et venues de Pompom qui s'affairait autour de ses malades. Il ne savait pas encore si les lycans en avaient mordus certains sans pour autant les déchiqueter....Son regard s'égara alors sur un des draps blanc maculé de taches rouges dans l'autre coin de la pièce. C'était Justin. Justin qui avait été, littéralement, dépecé par les loups-garou. Un goût amer envahi brutalement sa bouche et il du détourner le regard. Il avala sa salive difficilement.... Il devait se reprendre, Justin n'était certainement pas le seul. Les autres draps à côté de celui de Justin le prouvait bien. C'était sans compter ceux que l'on avait pas pu ramener.... Et il y en avait quelques-un.
Harry n'avait encore vu personne à proprement parlé. Il avait entre vus Hannah, blessée légèrement à l'épaule, et Fleur, le visage livide. Il avait espéré pouvoir éloigner Fleur de cette bataille, mais la jeune vélane ne se laissait pas faire facilement.
-Harry? Lança une voix alors qu'une main se posa sur son épaule.
C'était Drago. Et Harry lâcha un mince soupir auquel Drago répondit pas un haussement de sourcil.
-Je ne risquais rien, Monsieur-qui-décide-pour-les-autres. Wicklow n'a pas été attaqué. Lança le blond.
-Je sais. Répondit sombrement Harry.
-Cela semble te déplaire.... Lui fit remarquer Drago en fronçant les sourcils.
-La seule chose qui me déplait est le fait d'avoir un traître dans nos rangs. Renchérit-il sèchement.
-On le savait. Lança presque platement Drago en haussant les épaules.
-En théorie, compléta Harry, là on en est sur....Souffla-t-il.
-On en était pratiquement persuadé. Insista Drago.
-J'aurais préféré me tromper. Lança simplement Harry.
Drago ne répondit rien et se contenta de hocher la tête en regardant, lui aussi, les allées et venues.
-Que s'est-il passé? Demanda Harry.
-Comment veux-tu que je le sache? Demanda brusquement Drago.
-Je ne parlais pas de l'attaque, expliqua Harry. Pour toi, que s'est-il passé?
-Comment ça?
-Je te connais par coeur Drago, souffla Harry, tu es troublé. Ajouta-t-il calmement.
-Je ne suis pas troublé. Nia Drago. Je suis juste... Touché.
-Par quoi?
-Par une vieille femme qui a donné sa vie pour une petite fille. Murmura-t-il doucement.
Harry détourna le regard du grand paquet de rien du tout qu'il fixait pour regarder Drago. Le blond avait une petite mine malgré son apparente décontraction. Trop de nonchalance pour un post-bataille.
-Combien de blessé? Demanda enfin Drago dans un soupir.
-Je ne sais pas, déjà au moins trois....Répondit-il en indiquant les draps blanc et rouges.
-Qui est-ce?
-Justin et.... Je ne sais pas encore.
-Tu ne sais pas? Demanda Drago, étonné, en fronçant les sourcils.
-Non, je ne sais pas. Trancha brutalement Harry. Pourquoi? Je suis obligé de connaître tout ceux que nous perdons? De tenir une liste?! Cracha-t-il avec amertume.
-Calme-toi. Lui intima Drago.
-Je suis calme. Lui répondit Harry, aigrement.
-Où est Severus?
-Aux mains de Pompom.
-Le pauvre.....
.................................
Pompom ne savait plus vraiment où donner de la tête. Les blessés arrivaient en nombre et les quelques familles qui étaient déjà au courant de la perte de l'un de leur membre lui déchiraient le coeur. En tant qu'infirmière scolaire, elle n'avait pas spécialement été habituée aux familles éplorées et aux larmes cruelles de la douleur. Durant la première guerre, il y avait certes beaucoup de disparition et de blessés mais elle n'en était pas en charge directement. Sainte-Mangouste était encore debout et accueillait la plupart des patients. Là, il n'y avait qu'elle, juste elle. Et quelques autres médicomages ayant survécu au massacre de St-Mangouste....
Et chaque jour voyait son lot de perte, chaque jour elle voyait ces gosses qu'elle avait connu encore tout môme mourir dans ses bras. Elle pouvait encore sentir leur sang sur ses mains et chaque nuit, elle se réveillait en sueur avec l'odeur férique et entêtante du sang dans les narines. Bon Dieu! Elle avait soigné ces gosses pour des chutes de balais et des morsures de veracrasses! Et elle les voyait mourir un à un, filer entre ses doigts....
Elle soupira lourdement alors qu'elle sortait de la grande salle, le front humide et les mains moites, les bras chargés de bandes de gaze, d'antiseptique et de diverses potions.
Elle entra dans une petite pièce adjacente à la grande salle, elle n'avait pas voulu laisser son patient dans la cohue de la grande salle. La guerre était peut-être là mais ce n'était pas une raison pour oublier tout le pan psychologique de son dur métier.
Et le garçon était bien là, la tête baissée vers la blessure sanguinolente, l'observant avec une curiosité malsaine et effrayée. Elle en eut le coeur fendu. Ce gosse ne méritait pas ça. Elle se fit discrète et silencieuse alors qu'elle se saisit de son bras et tamponna un coton imbibé d'alcool sur la plaie.
-Alors, c'est vrai, hein? Souffla la voix du garçon. C'est vraiment ce que je crois.....
-Oui. Répondit-elle douloureusement.
-Je l'ai à peine senti...Murmura-t-il. C'est bizarre, non? Interrogea-t-il en la fixant de ses grands yeux marron.
-Je suis désolée.... Souffla-t-elle encore, le visage crispé, tentant de garder ses larmes pour elle-même. Elle les verserait en tant et en heure, en privé, dans sa petite chambre.
-Vous ne devez pas Pompom. Je savais ce que je risquais quand j'y suis allé....Lança-t-il simplement. Je suis vivant, non? Qui suis-je pour ne pas me réjouir de cela?
L'infirmière ne répondit pas. Elle se contenta d'enrouler le bras de son patient dans la bande de gaze, cachant de leur vues l'horrible morsure, promesse de douleur futur.
-Je suis désolée Neville, je suis tellement désolée. Murmura-t-elle encore tout bas.
