Du corps au coeur
Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, l'intrigue ne m'appartient même pas, je ne fais que remplir du vide, combler des trous et satisfaire ma curiosité...
Beta :
NB : Janto, donc, totalement assumé, avec jeux de mains et de vilains, donc si vous ne goûtez pas ces jeux entre hommes, ne restez pas sur cette page, voyons !
NB²: je plaide coupable pour avoir entièrement focalisé cette fic sur Ianto et Jack, veuillez me pardonner mes ellipses temporelles saugrenues et mes ellipses factuelles et événementielles. Bref, d'avoir pas forcément tout développer. Je ne voulais pas trop m'engluer dans une énième redite des épisodes suggérés. Ceci étant dit... enjoy !
Chapitre 28
« Journal de Ianto 30 Mars 2008 »
Gwen est revenue travailler cette semaine, comme si de rien n'était. Pourtant, on a tous vu que quelque chose n'allait pas comme elle le souhaitait. Une ombre planait dans son sourire. Elle connaissait la vérité maintenant. Jack lui a expliqué pourquoi il avait installé un asile sur cet îlot. Il m'a raconté qu'elle avait compris son utilité mais que la question d'apprendre aux familles quel était le sort de leurs disparus était toujours d'actualité. Il a décidé de la laisser agir. Il a confiance en son jugement.
Il a eu raison car elle est en train de ranger toutes ses recherches. Des heures de travail ! Elle s'est donné à fond dans cette enquête et ça à failli la briser plus sûrement qu'aucune autre mission. Ça se voit qu'elle encaisse mal le fait de ne pouvoir rien dire. Elle voulait aider une mère, elle a écrasé tout espoir en elle et c'est ça qui a manqué de la détruire.
Elle a une résistance incroyable, elle est capable de grandes choses si elle en a le désir. Gwen est une battante, toujours enthousiaste malgré ses désillusions. Elle sait trouver le positif dans une situation de merde. Ce n'est pas donné à tout le monde.
Elle qui prenait la défense des plus faibles s'était perdue. Torchwood a cet effet. Nos missions nous montrent tellement de choses à la fois horribles et merveilleuses. Ça nous transforme. Son cœur s'était endurci. Cette mésaventure lui aura remis le cœur en place.
Je ne sais pas si c'est un bien. Elle souffrira lorsque la malédiction de Torchwood frappera à nouveau. Nous souffrirons tous. Mais le plus dur sera pour Jack. Il nous survivra et devra tourner la page. Je le sais, je l'ai lu dans son esprit. C'est une angoisse véritable. Je tente de le rassurer mais je n'en ai pas toujours le pouvoir. Alors il part s'isoler et réfléchir. J'aimerais tant l'aider.
Je ne peux m'empêcher de penser à lui, lorsque tout sera fini pour nous. Je sais pourquoi il semble souffrir parfois. Il pense sûrement à tous ses amis, ses proches disparus. Je comprends pourquoi il s'éloigne de nous parfois. Pourtant il revient toujours plus fort, apaisé. Il a besoin de ses moments de pause pour contrôler cette douleur.
Il le sait, il le voit dans mon regard. Il a lu dans mon esprit. J'aimerais encore partager ce lien, c'était une telle sensation, une telle empathie que jamais je ne ressentirais pareille chose avec quiconque. Mais il semble tenir sa promesse, je ne ressens plus rien lorsqu'il m'approche. Cela me manque en fait, cette connexion que j'avais avec lui. J'aurais aimé qu'il continue. Jack a bouleversé mon monde, me marquant à vie."
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Le matin pour Ianto était différent selon qu'il ait passé la nuit seul chez lui ou non.
Seul dans son appartement, c'était un réveil quasiment militaire, millimétré avec ambiance musicale douce, douche rapide pendant qu'il aérait la chambre. Il arrivait à l'heure au Hub avec croissant et café.
Lorsqu'il dormait au hub, ils étaient souvent dérangés par les activités nocturnes de l'Institut. Car ils n'étaient pas les plus bruyants des habitants hébergés ici.
Mais lorsque Jack dormait chez lui, c'était autre chose, il était assuré d'être en retard. Jack n'était pas un gros dormeur mais son sommeil était réparateur dans cet appartement. Ce n'était pas rare alors que Ianto le contemple dans son repos, fatigué par leurs ébats mais guettant ce moment si intime où le Capitaine, la tête posée contre son épaule, les jambes entremêlées aux siennes, déposait véritablement les armes. Son visage s'apaisait, ses traits si souvent durcis par l'intensité de sa mission se reposaient et le cœur de Ianto se gonflait d'amour. Il mettait à ce moment là des mots sur les émotions qui s'agitaient en lui. C'était de l'amour, quoique qu'en pense Jack. A leur manière, ils avaient trouvé une définition de ce sentiment. Ianto se pliait à ses attentes, à ses caprices tel une ombre joueuse et aimante. Jack plastronnait, jouait les chefs, flirtait outrageusement sous le regard complice de son amant, qui savait son capitaine capable de tout. Pour la première fois depuis bien longtemps, Ianto était heureux dans une relation qui s'équilibrait peu à peu, tout naturellement. Jack se montrait un partenaire attentionné, ardent et affectueux. La note triple A, Ianto s'estimait chanceux. Tout n'était pas forcément idéal mais il trouvait dans cette relation ce qui lui importait.
Jack était dans un état qui s'apparentait le plus chez lui au bonheur. S'il mettait de côté tout ce qui pouvait parasiter cette relation, la faille, ses responsabilités, Gray, son passé, ses précédents amours, il savait qu'il touchait du doigt le bonheur. Ianto lui apportait un équilibre certain et dans sa vie d'éternel Capitaine d'un vaisseau souterrain et technologique, l'équilibre était ce qu'il désirait le plus. Peu importe s'il perdait un peu de sa liberté pour l'atteindre. Peu à peu Jack et Ianto faisaient des compromis, accordaient leurs manière et façons de penser l'un à l'autre.
On aurait pu croire qu'un tel accord créerait une routine, un ronronnement de la vie qui peu à peu mène à la rupture. C'était possible, pourtant lorsque cette petite musique lénifiante se faisait entendre, il se passait toujours quelque chose pour y ajouter de la cadence. La faille n'y était pas indifférente, la multiplication des interventions souvent complexes suffisait à rythmer leur relation. D'autre fois, c'étaient des conversations plus calmes, mais qui leur permettaient de se retrouver. Ianto savait à présent qu'il l'aimait peut-être depuis le premier jour, que cet amour avait pris racine sur les débris de sa précédente relation avant d'éclore sous le manque et son retour tonitruant. Il s'épanouissait maintenant dans une relation dont Ianto n'avait plus peur. Jack ne lui ferait aucun mal et Jack était tout pour lui. Le Capitaine se laissait aimer, dispensant son affection parfois avec parcimonie. Il aimait se faire aimer et adorait avoir Ianto à ses côté.
Les membres de l'équipe eux aussi s'était aperçus du changement, aidés en cela par la langue vive de Gwen qui avait révélé leurs ébats dans le Hub. Cela avait provoqué la colère d'Owen qui refusait à présent de monter dans la serre, même pour s'occuper des plantes. Ianto refusait de lui apprendre que son aile médicale avait, elle aussi, abrité des jeux tout aussi délicieux. C'était l'un des petits secrets qu'il partageait avec Jack. Ils s'accordaient l'un à l'autre et vivaient ce qui s'apparentait le plus à une vie de couple. Jack s'en défendait encore, il n'aimait guère cette appellation, la trouvant trop restrictive pour pouvoir s'appliquer à ce qu'il vivait avec Ianto. Malgré tout, c'était ce que pensaient d'eux leurs camarades qui s'étaient habitués à voir les deux hommes vivre l'un auprès de l'autre.
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Journal de Ianto 1er avril 2008 *
« Owen et Toshiko ne sont plus. Même en l'écrivant, je n'arrive pas à me persuader de leur mort. Pourtant je viens de ranger leurs affaires. C'est comme si nous avions été amputé d'une partie de nous-mêmes. Toshiko me manque. Owen me manque comme ils manquent à Gwen et Jack. Nous sommes brisés. Incapables de continuer pour le moment. Il nous faudra du temps pour accepter cette disparition qui nous affecte tous les trois. Nous ne sommes plus que trois. Je n'arrive toujours pas à y croire.
Jack se croit responsable. Il est terriblement blessé par leur disparition. Nous somme revenus de l'enterrement hier soir en compagnie de Martha. Elle aussi est effondrée. Elle aussi était leur amie. Je me force à parler d'eux au passé et je dois me reprendre. Les larmes aux yeux de mes compagnons m'assèchent le cœur. Je voudrais tant que la douleur de Jack s'apaise. Il se sent si coupable, si affligé qu'il n'est plus que l'ombre de lui-même. Nous faisons notre deuil lentement.
Une fois de plus, l'adage de l'institut est fondé : on ne vit pas vieux à Torchwood. C'est comme si la faille absorbait notre force vitale. Il y a une malédiction liée à ces murs, à moins que ce soit Jack le maudit. Voir ses amis emportés un à un par la mort qui lui est refusé est une véritable malédiction, une inéluctable fatalité. Il en conserve le souvenir et en porte le remord permanent.
Depuis leur cruelle disparition, il ne s'éloigne plus de nous. Il ne cherche plus à s'isoler de nous comme il le faisait auparavant. Il semble avoir besoin de nous, de moi, plus que jamais. Il a soif de contact humain, de tendresse et de soutien. Je reste auprès de lui, ravalant mon propre chagrin pour son bien. Il a besoin de moi, j'ai besoin de lui, comme Gwen a besoin de nous.
Sans elle, je crains que nous ayons sombré. Elle est la lumière qui nous guide à présent. Jack avait raison. Son mariage, sa vie avec Rhys semble avoir un effet protecteur sur elle. Elle est éprouvée comme nous, mais elle se montre le tuteur efficace et nécessaire à notre équipe réduite à sa plus simple expression. Elle nous secoue et malgré tout, c'est ce qu'il nous faut. Brave Gwen, un bon petit soldat, une recrue solide qui nous remet les pieds sur terre. »
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15 septembre 2008
" Retour du CERN, nous étions partis en Suisse à la demande de Martha. Nous avons rencontré des créatures phosphorescentes, découvert le symbole de la vie, cette particule Hex, qui fascine tant Jack. J'ai failli mourir mais Gwen m'a sauvé la vie. Jack semble allait mieux. J'ai l'impression qu'il commence à accepter la mort de nos compagnons. C'est effroyablement triste, encore douloureux de penser à eux, mais nous devons aller de l'avant. La faille ne nous laisse pas le choix, ni les créatures qui pullulent, étrangères à la terre.
Plus j'en apprends et plus je découvre que le monde tel que les gens l'imaginent est bien différent. Et découvrir cela avec un homme tel que Jack est extraordinaire. L'expérience et une pensée affinée par des années de réflexion en ont fait le plus précieux des gardiens et des guides. Je l'admire autant que je l'aime. Je n'arrive plus à concevoir ma vie sans lui. Combien de temps la vie m'accordera avant qu'il m'oublie sur le chemin ? J'aime ce que nous avons. J'ai passé toutes les épreuves, j'ai accepté tout ce qu'il voulait. Une relation basée sur la confiance, la liberté, le jeu, le sexe, tout.
Pourquoi je me sens parfois écrasé ? À la limite de suffoquer.
Jack reste Jack et son immortalité me fait peur, malgré tout ce qu'il est pour moi. J'ai peur de n'être qu'un blip dans le temps. Je l'aime et pourtant j'ai peur. J'ai peur que si je lui demande qu'il vive ma vie qu'il s'échappe. On n'emprisonne ni le vent de la tempête, ni les vagues de l'océan. Que serait ma vie si Jack acceptait ? Je me prends à rêver. Les journaux intimes sont fait pour ça.
Aurions-nous une maison, une cheminée et une peau de bête, un chien ou un chat, une tortue (plutôt un ptéro mais bon) aurions-nous une vie rangée ? Aurions-nous l'envie de planifier notre vie, nos voyages, week-end, les visites chez les parents ? Je n'ose pas imaginer la tête de ma sœur et son Johnny bas de plafond en le voyant parader dans son salon. Aurions-nous une vie agréable telle que Gwen la connait. Un gentil nid douille où se reposer des longues heures à courser des créatures hostiles ou paumées ? Ça me plairait. Mais Jack ? Je l'ignore et je ne peux pas lui poser la question. J'ai trop peur de sa réponse. Nous sommes ensemble, un couple qui ne parle pas de sentiments ou d'émotions. Deux mecs en sommes. Ce n'est pas la seule chose que j'aime chez lui. C'est un tout qui me fait vibrer. Il parait qu'on ne voit qu'avec le cœur, dans ce cas Jack m'a ébloui et je ne pourrais jamais me passer de cette vision."
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14 Juillet 2009
Jack soupira en se repaissant de la vue extraordinaire qui s'offrait sous ses yeux. La cité n'était jamais aussi belle que le matin lorsque le soleil la caressait à travers les brumes qui rosissaient peu à peu. Celles-ci adoucissaient le côté ultramoderne de ses infrastructures et en soulignaient la beauté intrinsèque. Il appréciait volontiers ces moments de solitude en sachant qu'il allait retrouver des draps et des bras accueillants quelques minutes plus tard. Il aimait ce silence à peine ponctué par le bruit du vent en imaginant le souffle de Ianto la tête posée sur l'oreiller.
Jack savait que le jeune homme qui partageait ses jours et ses nuits connaissait son petit secret. Il savait qu'il se levait au petit matin, après quelques heures de sommeil arrachées à ses remords, pour surveiller le ciel et espérer que tout se passerait bien pour cette journée encore.
Cela s'apparentait à un moment de quasi-prière bien qu'il ne soit pas croyant. Il ne croyait qu'au Docteur car il le savait réel et capable de plus grandes choses. Il repensait à ce jour, il y a un an. Il les avait sauvés encore une fois et Jack avait volé avec lui une dernière fois. Revoir ses anciens compagnons et sauver la Terre et les autres planètes l'avaient ravi au-delà de ses rêves et puis faire voler le Tardis à douze était aussi bon que faire l'amour !
Jack sourit en refermant son manteau autour de lui. Le Tardis lui avait parlé à l'intérieur de son crâne, apaisant ses peurs les plus profondes, expliquant ses capacités naissantes de "médium". C'était une évolution de son enveloppe corporelle, lui avait appris le sage vaisseau, quelque chose d'illogique et par conséquent complètement lui. Être un point fixe de l'espace et du temps transformait littéralement l'existence. Il devait accepter son sort et subir le développement de capacités extra-humaines. Il était ressorti de cette connexion au Tardis, troublé et pourtant apaisé. Le vaisseau semblait avoir confiance en lui tout comme le Docteur.
D'autres événements s'étaient déroulés et Jack avait remisé les paroles du Tardis. Martha et Mickey s'étaient rencontrés et Jack était fier d'avoir été témoin d'un vrai coup de foudre. Ils ne s'étaient plus quittés depuis, au grand plaisir de Jack et du Docteur.
Leur ami, leur Mickey, ancien combattant d'un monde parallèle avaient demandé sa main à la Demoiselle en noir et le mariage allait être célébré demain à leur grande joie, presque un an après leur rencontre. Gwen et Ianto avaient été enchantés de l'invitation et Jack n'avait pas pu s'empêcher de faire référence aux talents de wedding planner de son partenaire.
Ianto lui avait fait payer. Il avait été privé de costume Unit pendant une semaine. Jack avait riposté par un sevrage de manteau. Le jeune homme était toujours aussi sensible à cette pièce de musée qu'il entourait autant de soins que sa personne. A croire que c'était un godemiché pour godelureau. Il est vrai que le porter sur sa peau nue était suffisamment évocateur. Jack se souvenait du visage de Ianto la première fois qu'il l'avait rencontré, il y avait maintenant trois ans. Ils avaient tous ce regard, affamé, tendu, émouvant, un regard dans lequel il se sentait vivant et enfin humain. Rien que cette sensation valait tous les sacrifices. Il aimait être près de son Gallois, même au prix de sa liberté.
Jack redescendit de son poste d'observation matinal. Il était temps d'aller se réchauffer et de réveiller Ianto avec ses mains froides. Il allait détester !
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Le mariage se déroulait parfaitement. Un mélange intéressant, une réunion des amis les plus proches de Martha et sa famille qui regardaient bizarrement Jack et le Docteur qui devisaient tranquillement en mangeant d'énormes parts de gâteau à la crème.**
- ça change, hein ? Un mariage qui se déroule bien, demanda Ianto ironique à Gwen qu'il faisait virevolter sur le piste dans un rock'n'roll endiablé.
- Oh, ça va, Ianto, Jack m'a fait exactement la même réflexion. J'ai des bons souvenirs de mon mariage.
- c'est vrai que tirer sur sa future belle-mère, c'est le rêve de toute jeune épousée et finir dans les bras du héros...
- dans les bras de Rhys ! finit-elle en jetant un coup d'oeil à son mari qui dansait avec une grande rousse solide, qui riait fort à chacun de ses commentaires moqueurs. Les bras de Jack sont à toi !
- comme si c'était vrai, maugréa-t-il en la faisant tournoyer.
- arrête Ianto, il ne pense qu'à toi. Ça se voit. Depuis le temps que vous êtes ensemble, vous devriez penser à officialiser la chose. Je me ferais bien en demoiselle d'honneur, dit-elle en riant de l'expression soudain figée de son ami.
- il ne voudra jamais, répondit Ianto avec un pincement au cœur, il considère que les liens du mariage ne peuvent pas s'appliquer à lui. Et puis, je commence à être du réchauffé. Je le vois lorgner sur d'autres que moi.
- c'est normal, Ianto, rit Gwen, Rhys ne se prive pas mais c'est toujours avec moi qu'il dort. C'est le cas aussi pour Jack, non ?
- pour le moment, mais moi, c'est de l'ensemble de l'humanité que je dois me méfier. Jack a des goûts très éclectiques et ne se prive jamais pour le montrer.
- il aime te voir jaloux, il t'aime.
- ouaipe, fit le jeune homme en la faisant revenir se coller dans ses bras, son regard accrochant celui de Jack. Parfois, je doute.
L'homme lui sourit en penchant la tête de côté. Son sourire l'éblouit comme souvent.
Ianto était persuadé qu'il parlait de lui avec l'homme qui lui avait été présenté sous le nom du Docteur. Ianto avait été fortement impressionné. Vivre avec une légende n'habitude pas forcément à en rencontrer tous les jours. A l'origine, Torchwood en avait fait l'ennemi n°1, celui qu'il fallait capturer à tout prix mais Ianto fut bien vite captivé par son charme, son humour et sa profonde humanité, si curieuse pour un être extraterrestre. Il ne ressemblait pas au portrait que Torchwood en avait fait. Il était extraordinaire, génial plus encore qu'il ne l'avait imaginé. Cet homme avait un impact extraordinaire sur toutes les personnes que celui-ci rencontrait. Ianto avait remarqué que Jack se comportait différemment lorsqu'il était près de son Docteur. Le Capitaine était moins empreint de ses lourdes responsabilités. Il était plus léger, moins grave. Pour une fois, il n'était ni le plus âgé, ni le plus expérimenté et cela semblait le soulager d'un poids invraisemblable.
Ianto reporta son attention sur Gwen et Jack sur le Docteur qui sourit finement. Le Seigneur du Temps enfourna une bouché de cheesecake au citron avec une mine gourmande, les yeux pétillants de joie.
- Alors, c'est lui, le fameux Jones qui prend soin de toi. Je comprends mieux le changement.
- Ouaip, il est doué n'est-ce pas ? dit Jack en lui montant le costume magnifique que le Gallois lui avait fait revêtir.
Une chemise bleue-grise flattait son teint, un gilet cintré crème assorti à un pantalon à la coupe impeccable accentuait sa haute taille. Il avait même réussi à lui faire enfiler des chaussures italiennes.
- Tu es sublime, Jack, le complimenta le Docteur avec un regard nostalgique.
- C'est l'avantage de faire la même taille, Docteur, vous savez… plus de choix dans la garde-robe.
- J'imagine que ce n'est pas seulement pour ça...
- Oh non, il fait aussi un très bon café.
- Jack !
- C'était parfaitement innocent, rit le Capitaine.
- Sait-il seulement que c'est un aphrodisiaque pour toi ?
- Je pense qu'il en a une vague idée, éluda Jack avec un sourire acéré.
- Je comprends beaucoup mieux à présent.
Jack regarda son docteur répété cette phrase d'un air pensif. Tout son être frémit comme saisi par un pressentiment.
- Docteur ?
- Tu sais que je ne peux pas t'en parler
Jack le contempla songeur, le Docteur le prévenait à sa manière. Qu'avait-il vu de son futur pour paraître aussi sérieux, aussi triste ?
- Je ne peux pas te révéler ton futur, toute information sur ta ligne de temps, en raison de ta qualité de point fixe, changerait le monde.
- Mais ça concerne Ianto ?
- Non, ça te concerne, toi, tout tourne autour de toi, Jack, tu le sais.
- vous savez toujours me prendre par les sentiments, Docteur, fit Jack avec une indéniable tendresse.
Le visage du Docteur se tordit, alors que son regard se perdait au loin, se souvenant du temps passé en compagnie de Jack. Souvenirs parfois brûlants et toujours splendides...
- Nous étions magnifiques, dit-il rêveusement.
- Vous étiez parfaitement à mon goût !
- Dis que je ne te plais plus, maugréa le Docteur.
- Ce n'est pas ça, vous êtes différent, c'est tout. J'ai du mal à m'habituer à ce nouveau visage.
- Pourtant, toi qui aime la nouveauté. Un Seigneur du temps change souvent de corps.
- Je me suis calmé, dit Jack en croisant à nouveau le regard de Ianto.
- Je le sais.
- Mais je ne suis pas prêt à m'installer.
- Je le sais, Jack.
- A chaque fois que je l'ai fait, tout est toujours allé de travers, je n'y peux rien, c'est comme si une malédiction m'empêchait de vivre une vie normale.
- Je comprends, mais profite de la vie, Jack, du moins pour aujourd'hui. Cueillez aujourd'hui les roses de la vie. Le temps passe plus vite que tu ne le penses.
- Un jour, il sera vieux et je ne sais pas si je serais capable de revivre ça une fois encore.
- C'est ton drame, Jack, quoique tu fasses, ton immortalité te pèsera, il n'y a rien que tu puisses faire contre cela.
- Seulement profiter du temps qui nous est imparti... dit Jack perdu dans ses pensées.
- Oui.
- Merci Docteur.
L'homme regarda son ami par en-dessous. Jack paraissait triste et songeur. Ses paroles semblaient s'être creusé un chemin dans son âme, l'avertissant d'un danger ignoré. Ianto finit sa danse avec Gwen et entendant un slow commencer vint chercher Jack avec un immense sourire.
- Pour se rappeler des bonnes choses, lui dit-il en l'invitant d'un mouvement galant.
Le Capitaine lui sourit tendrement, son visage retrouvant la gaieté qui l'avait un instant abandonné.
- Jack a toujours aimé dansé, dit le Docteur en riant.
- Je sais, répondit Ianto avec un sourire narquois, c'est une invite verticale à ce qui se passe à l'horizontal.
- Pourquoi faut-il donc que tu les contamines tous ? fit le Docteur en secouant la tête.
- Parce que ça fait partie de mon plan machiavélique, répondit Jack en enlaçant son amant.
Ils évoluèrent lentement au centre de la piste, sous les regards complices de leurs amis et surpris de certains invités. Ianto balançait des hanches doucement, conduisant le fier Capitaine sur le parquet glissant, aimant le sentir mouvoir contre lui.
- Si tu continues à me frôler comme ça, Ianto, il nous faudra un endroit tranquille pour finir cette danse.
- Qui te dit que je n'ai pas déjà trouvé ce lieu ?
Jack éclata de rire, puis piqua ses lèvres d'un baiser léger, masquant son trouble. Les paroles du Docteur tournaient encore dans sa tête. C'était un avertissement. Mais le Seigneur du Temps ne lui avait pas appris ce qu'il devait faire. Seul le vers de Ronsard lui revenait en mémoire lorsqu'il plongeait ses yeux dans le regard liquide de Ianto. Cueillez aujourd'hui les roses de la vie. Cela ne s'appliquait pas seulement à lui. Quelque chose frémissait dans l'ombre et menaçait de ternir leur bonheur, le rendant plus précieux encore. Il serra le corps de Ianto contre le sien, dans l'espoir impossible de le garder plus longtemps à ses côtés.
« Journal de Ianto 30 Avril 2009 »
Jack est différent. Je sens qu'avoir retrouvé son Docteur ne l'a pas soulagé. Il semble inquiet. Il me regarde avec une expression si curieuse. Je n'arrive pas à la déchiffrer.
Si je pouvais lire dans ses pensées comme lui peut le faire, ça me soulagerait. J'ai l'impression qu'il a cadenassé toutes ses émotions, son esprit, son cœur. Il ne me laisse seulement accès à son corps. Je suis complètement déboussolé. Nous vivons ensemble, chez moi. Le bazar qui y règne est un témoin suffisant. Pourtant il refuse encore de nous voir comme un couple.
J'ignore pourquoi il réagit de cette manière. J'avoue que je cherche à lui montrer par tous les moyens que nous sommes heureux ensemble. Mais il ne dit rien.
Je veux seulement l'entendre me donner un statut, un nom, une place à ses côtés. Je sais qu'il me survivra, je ne suis pas si naïf. Il m'a avoué que je ne serais pas qu'un blip dans le temps pour lui. Je le crois, je lui fais confiance. Il est le seul auquel je fais confiance, malgré tout. Pour lui, je serais capable de tout. Je suis capable de tout. S'il me dit saute, je demande jusqu'où. Il le sait. Je le suivrais où qu'il aille. Je l'aime, il est une partie de moi, essentielle, naturelle. Je sais que j'ai besoin de lui autant qu'il a besoin de moi. Je le sens.
Il semble se renfermer en ce moment. Il dit qu'il n'a plus de migraines, mais je sais que c'est un mensonge. Je deviens de plus en plus sensible à ses mensonges. Il ne peut plus rien me cacher.
Je sais qu'il m'aime mais qu'il est incapable de me le dire. C'est triste mais avec Jack, il faut croire que les actes sont plus importants que les mots.
Il ne veut pas me voir souffrir, il veut me protéger. J'oublie toujours qu'il est le plus âgé d'entre nous. Celui qui a connu le plus de relations. De toute sorte. Je pense qu'il a peur, peur de s'engager dans une relation qui connaitra le même dénouement que les précédentes. Peu importe mon dévouement.
Car quelle autre fin pourrions-nous connaitre ? Nous serons séparés dans un futur plus ou moins proche.
Mais tant que je peux, tant qu'il me reste du temps à offrir, je souhaite le passer auprès de lui. Pourquoi je choisirai une autre place ? La vie est belle, tout à fait désirable, auprès d'un tourbillon vibrant de vie. Tout a une autre saveur près de lui, une faim me dévore. Nous sommes amants depuis deux ans maintenant. Je l'aime depuis tout ce temps mais cet homme est toujours une source de découverte. Jack est Jack et il est tout ce qui m'importe désormais. C'est normal que je m'inquiète pour lui après tout. Personne ne le fera pour lui. Pas même Gwen, qui se love dans son nid douillet, prête à tout pour protéger son bonheur. Elle a toujours eu cette détermination incroyable, capable du pire comme du meilleur. Elle choisit ce qu'elle veut et ne lâche les armes que lorsqu'elle a atteint son but. Les obstacles, les imprévus ne lui font pas peur. Elle s'adapte d'une manière extraordinaire. Une vraie Galloise ! Aussi rude et autoritaire que ma sœur, elle nous a permis d'avancer au cours des missions qui continuent inlassablement.
Penser à lui envoyer des fleurs. Elle a besoin de soutien. Elle a été affectée par notre dernière intervention. Le mythe de Faust version Alien, fallait évidemment que cela nous tombe dessus. Gwen a sauvé le monde en perdant encore quelques illusions comme nous tous. Torchwood a le chic pour nous faire douter ou pour nous pousser vers nos limites. Le pire dans tout ça, c'est que nous continuons et que nous adorons ça. Le frisson de l'aventure, l'angoisse, l'adrénaline qui nous envahit pendant nos enquêtes, ce sentiment d'être intensément vivant, qui nous rend plus fort, ce sentiment d'être utile à l'humanité qui touche à l'orgueil.
Jack le connait et se méfie de ce sentiment qui pourrait nous mettre en danger. C'est la seule chose contre laquelle il ne peut pas lutter, notre propre Hubris, notre propre volonté. Son expérience lui a démonté à elle seule elle nous rend capable du pire comme du meilleur. Nous sommes toujours l'instrument de notre volonté.
A nous de choisir notre voie, moi, je l'ai déjà choisie, en posant mes pas dans ceux du Capitaine, le suivant où il nous mènera. Je lui serai fidèle et loyal jusqu'à la mort. »
* 1er avril 2008, je n'ai pas choisi cette date par hasard, Russel T Davies nous a fait une mauvaise blague en éliminant Owen et Tosh (l'épisode a été diffusé le 4 avril 2008, j'ai juste un peu trifouillé la date.)
** Pour ceux qui ont vu la vidéo (hilarante) de "I've got Cake" David Tennant, John Barrowman et un gâteau. y'a des trucs qui restent en tête, ça fait peur.
A suivre... dans quelques semaines pour Children of Earth.
Je m'accorde une pause Torchwood, mais je vous remercie de votre lecture et de votre soutien. C'est très motivant pour écrire, le carburant de toute ficqueuse.
