Chapitre 28

Nous avions transplanés en lisière de la Forêt Interdite. Alors que les autres commençaient à avancer prudemment en direction de Poudlard, Ron me saisit par le poignet et me dit tout bas :

- Tu sais qu'il va y avoir des Détraqueurs, n'est-ce pas ?

Je hochai la tête :

- Ce n'est pas parce que je suis enceinte que ma mémoire ne fonctionne plus, Ron.

- Tu resteras derrière moi sans tenter de jouer au héro ? me demanda-t-il en fronçant les sourcils.

Je hochai de nouveau la tête mais je ne comptais pas lui obéir. Je voulais en effet essayer de former mon Patronus. Peut-être que maintenant que j'étais enceinte, j'arriverai, comme les autres, à repousser les Détraqueurs ? Je l'espérais de tout mon cœur, en tous les cas.

Je suivis donc mon mari à travers la Forêt, qui s'effaça très vite pour laisser place au paysage familier du parc de Poudlard.

Je regardai tout autour de nous, mais ne vis aucune trace des Détraqueurs. Étonnée, je jetai un coup d'œil aux autres qui semblaient tout aussi incrédules que moi. Ce n'était pas normal. Ils devaient se manifester, nous étions des intrus qui venions à présent de rentrer dans l'enceinte de l'école. C'était leur boulot de venir nous empêcher d'approcher du château. Sinon, n'importe qui aurait pu venir et attaquer Poudlard.

Harry avança d'un pas, le nez levé vers le ciel d'un bleu métallique.

- Ce n'est pas normal, finit-il par dire en avançant encore de quelques mètres.

Puis, tout à coup, les formes noires caractéristiques des gardiens d'Azkaban foncèrent dans notre direction.

- C'était trop beau, grogna mon mari entre ses dents serrées.

Mais j'aperçu tout de même une lueur de soulagement dans ses yeux, qui contrastait avec l'attaque des Détraqueurs. Malgré moi, je ressentais la même chose. Si on ne nous avait pas attaqués, n'importe qui aurait pu s'introduire à Poudlard. Et ça, ça aurait été pire que tout.

Mes amis commencèrent à former leurs Patronus tout autour de moi. Le cerf d'Harry, le cheval de Ginny, le lapin de Luna se mêlèrent dans une brume argentée, repoussant nos assaillants.

Je pris une grosses inspiration et pointai ma baguette vers un des Détraqueurs.

- Hermione ! tu m'avais promis !

La voix de mon mari, accusatrice, avait retenti à mes oreilles, mais je n'y prêtai pas attention. Je fermai les yeux, et tentai de me concentrer en dépit du tumulte de la bataille qui engendrait un vacarme épouvantable.

J'étais enceinte, et j'allais avoir un bébé. Enfin, j'allais pouvoir réaliser ce que je désirais le plus au monde. Enfin, j'allais pouvoir être de nouveau heureuse…

- Spero Patronum ! dis-je à mi-voix en ouvrant les paupières.

Un filet argenté s'échappa de ma baguette, sans pour autant être assez puissant pour écarter les gardiens de la prison des sorciers.

J'étais enceinte, repensai-je à mi-voix. J'allais pouvoir vivre avec mon futur enfant et Ron, et nous allions enfin être heureux. J'étais enceinte.

- Spero Patronum ! énonçai-je, plus fort cette fois.

Une loutre argentée naquit de ma baguette et fonça vers un des Détraqueurs, le faisant reculer précipitamment.

Je restai interdite en fixant l'espace dégagé de tout Détraqueur devant moi, un sentiment de victoire grandissant petit à petit dans ma poitrine.

Je jetai un coup d'œil à mon mari et à mes amis, qui avaient fini par repousser tous nos agresseurs. Harry, Ginny et Ron me regardaient, interdits, tandis que Luna, Neville et Molly n'avaient aucune idée de ce qui venait de se passer, n'étant pas au courant que, jusqu'à aujourd'hui, je n'avais plus été en mesure de former mon Patronus.

Après un long moment de silence, je finis par dire d'une voix étouffée.

- J'ai réussi…

Ron sembla se réveiller également et un sourire se dessina sur son visage.

- Tu as réussi ! s'exclama-t-il en me prenant dans ses bras.

J'avais envie de sauter de joie. Peut-être étais-je enfin sortie du gouffre dans lequel j'étais tombée ? Peut-être allais-je de nouveau pouvoir, après tout ce temps, être heureuse ?

- Je suis fier de toi… murmura Ron en me serrant si fort que j'eus l'impression que mes côtes allaient exploser.

- De quoi vous parlez ? demanda Luna d'un air interdit.

- On vous expliquera plus tard, répondit mon mari en me lâchant. Pour l'instant, il faut aller chercher de l'aide.

J'acquiesçai de la tête, sans pour autant parvenir à arrêter de sourire.

Nous avançâmes à grands pas vers le château. Le soleil commençait à se coucher, projetant des reflets rouges et orangés tout autour de nous, illuminant le parc, désert à cette heure-ci. Je devinai que les élèves étaient en plein dîner, et, alors que je mettais un pied dans le Hall d'Entrée à la suite des autres, le brouhaha des conversations me parvint depuis la Grande Salle.

D'un accord tacite, nous entrâmes en même temps dans la pièce où tous les élèves étaient rassemblés. Tout d'un coup, comme si quelqu'un avait coupé le son, le bruit des conversations s'arrêta et les têtes se tournèrent vers nous d'un air curieux.

Dans le silence qui suivit notre entrée, sous le regard interrogateur des élèves, nous avançâmes entre les tables avant de nous arrêter devant la table des professeurs.

À présent, des murmure de conversation se faisaient entendre, semblables à des bruissements de feuilles, mais je sentais toujours les yeux des élèves braqués dans mon dos.

McGonagall se leva d'un air grave et vint à notre rencontre.

- Continuez à manger ! ordonna-t-elle à l'adresse des élèves.

Mais aucun tintement de couvert ne se fit entendre suite à sa déclaration, et, sous les murmures désapprobateurs des élèves curieux de savoir ce qui nous amenait à Poudlard, elle nous fit signe de la suivre dans une pièce attenante à la Grande Salle.

Elle referma soigneusement la porte derrière elle et se tourna vers nous d'un air grave avant de nous demander :

- Il y a un problème ?

Tous nos regards se braquèrent vers Harry, qui était le plus apte à raconter ce qui s'était passé et, avec un soupir, il commença :

- Nous avons retrouvés Luna et Neville, comme vous pouvez le constater, seulement…

Après dix minutes où Harry relata un résumé de nos aventures, il conclut par une phrase qui sembla faire tressaillir la directrice de l'école :

- Nous avons besoin de renforts. Étant donné que le Ministère ne nous croit pas, il faut qu'on soit le plus possible pour avoir une chance de neutraliser les Mangemorts, et de les amener à Azkaban. Nous n'avons plus d'autres alternatives. Et nous avons besoin de votre aide.

McGonagall poussa un long soupir avant de répondre à notre demande :

- Vous savez, depuis que vous êtes arrivé à Poudlard, Potter, je n'ai plus passé une nuit tranquille. J'espère que vos enfants ne vont pas hériter de votre don pour vous mettre dans les embrouilles.

Harry eut un sourire en coin.

- Enfin, je suppose que je n'ai pas le choix, n'est-ce pas ? Je viendrai me battre avec vous.

- Mais Professeur, commençai-je d'une voix mal assurée, vous ne pouvez pas laisser les élèves sans surveillance ! si vous vous jetez dans la bataille, et qu'il vous arrive quelque chose… les élèves n'auront plus personne à qui se fier…

- Je le sais bien, me répondit-elle sèchement. Je vais demander à un ou deux professeurs de rester avec les élèves et de surveiller le château en attendant que tout soit finit. Pour le moment, je vais lancer l'ordre de suspendre les cours le temps que le danger ait été écarté.

- Je pense que Ginny et Hermione, ne seront pas de trop pour veiller sur les élèves, n'est-ce pas, professeur ? intervint mon mari

- Quoi ? dit Ginny, les yeux grands ouverts.

- On était d'accord, continua mon mari avec dignité. Vous ne participerez pas à l'attaque contre les Mangemorts. C'est beaucoup trop dangereux.

- Ce n'était pas ce qui était convenu ! dis-je avec colère alors que Ginny semblait s'étouffer d'indignation. On reste à l'écart, mais on est quand même à proximité, au cas où…

- Je refuse d'être mise de côté, une fois de plus ! explosa Ginny. Après tout ce qu'on a fait, vous osez nous laisser sur la touche sous prétexte que…

- Calme-toi ! lui ordonna Harry, les sourcils froncés.

- Si je puis me permettre, intervint McGonagall, qui ne devait rien comprendre à la conversation, pour quelle obscure raison laisseriez-vous deux brillantes sorcières telles que Miss Weasley et Miss Granger de côté alors qu'elles nous seraient d'une grande aide ?

- C'est Mrs Potter et Mrs Weasley, à présent, corrigea Ron d'un air désapprobateur.

La directrice de Poudlard fit un vague geste de la main qui voulait clairement signifier que cela n'avait aucune espèce d'importance.

- Et, puisque vous le demandez, enchaîna mon mari, on ne veut pas les mettre en danger, parce qu'elles sont toutes les deux enceintes.

Je n'aurais su dire si McGonagall était enchantée par la nouvelle, ou si elle semblait dévastée de savoir qu'elle aurait à faire face, d'ici quelques années, à nos enfants.

- Très bien, dit-elle finalement en nous jetant un coup d'œil en biais, à Ginny et à moi. Tout d'abord, félicitations. Ensuite, je refuse catégoriquement qu'elles ne participent pas à la suite de l'expédition…

- Vous refusez catégoriquement ? répéta Ron d'un air indigné.

- Attention, Weasley, ne vous méprenez pas. Je suis tout à fait d'accord avec vous sur le fait qu'il ne faut pas mettre des femmes enceintes en danger de mort. Cependant, il serait idiot de nous priver, durant le temps on nous devrons nous cacher pour surprendre les Mangemorts quand nous aurons découvert où ils se cachent, de deux sorcière aussi brillantes. Granger a été une des meilleures élèves à qui il ne m'a jamais été donné d'enseigner. Voulez-vous vraiment vous priver d'un tel atout ?

Je regardai mon mari avec une expression de victoire peinte sur le visage alors qu'il semblait peser le pour et le contre.

- Très bien, finit-il par dire brusquement. Mais je vous interdis de vous mêler à la bataille, vous avez compris ? continua-t-il en se tournant vers Ginny et moi. Je ne veux pas que vous soyez blessées.

Je hochai la tête, suivie de Ginny qui me lança un coup d'œil révélateur. Le moment venu, il serait toujours temps de négocier avec eux pour pouvoir les aider.

- Restez là, ordonna McGonagall. Je vais rassembler les professeurs qui peuvent nous être utiles.

Elle disparut par la porte de la Grande Salle. Nous restâmes tous silencieux, mais Ron n'arrêtait pas de me regarder de travers, comme s'il était en colère.

- Qu'est-ce qu'il y a ? finis-je par demander en plantant mes yeux dans les siens.

- Rien, répondit-il avec mauvaise humeur.

- Tu es fâché parce que nous avons obtenu gain de cause, Ginny et moi ?

- Absolument pas, répondit-il d'un ton bourru.

- Allez, Ron, ne fait pas la tête…

Il n'eut pas le temps de me répondre. McGonagall débarqua dans la pièce en nous faisant signe de la suivre.

- Nous sommes prêts. Avez-vous une idée de l'endroit où les Mangemorts peuvent se cacher ?

- Non, intervint Molly d'une voix forte, mais en attendant, on peut tous aller s'installer au Terrier. On sera peut-être à l'étroit, mais au moins, on aura un toit sur la tête.

Tout le monde hocha la tête pour marquer son accord, et nous suivîmes McGonagall dans la Grande Salle, où les élèves continuaient à chuchoter entre eux.

- Un peu de silence, s'il vous plaît ! s'exclama-t-elle.

Immédiatement, tout le monde se tut et les regards se portèrent sur la directrice de l'école pour entendre ce qu'elle avait à dire.

- Je suis dans l'obligation de m'absenter, ainsi que la plupart des professeurs, durant une durée indéterminée. Tous les cours seront suspendus. Je vous conseille de ne pas sortir du château, même pour aller dans le parc. Deux professeurs, ainsi que Monsieur Rusard, Madame Pomfresh et, bien entendu, les fantômes de l'école, resteront pour vous surveiller. Obéissez aux préfets, et aux professeurs restant. Soyez prudents.

Elle nous fit de nouveau un signe de la main, et nous la suivîmes, accompagnés des professeurs qu'elle avait cru bon de recruter pour défendre notre cause.

L'air froid de la nuit, maintenant tombée, me fouetta le visage alors que je posais un pied à l'extérieur du château. J'avançai en regardant le sol, me demandant combien de temps nous serions encore obligés de nous cacher avant de tenter une attaque contre les Mangemorts. J'avais peur qu'il y ait encore des morts. Je ne voulais plus de morts, plus jamais.

Nous franchîmes l'enceinte de Poudlard en silence. Tout le monde semblait absorbé dans ses pensées, et seul retentissaient les bruits de nos pas martelant le sol dans le silence de la nuit.

Alors que je réfléchissais, je ne fis pas attention et me heurtai de plein fouet à mon mari qui s'était arrêté brusquement devant moi. Je poussai une exclamation de douleur et relevai la tête pour voir ce qui se passait.

Nous étions maintenant à Pré-au-Lard. Le vent fit voler mes cheveux devant mes yeux et je dis à Ron :

- Ça ne va pas de t'arrêter comme ça, sans prévenir ?

Il ne me répondit pas et pointa d'un index tremblant la scène qui se déroulait devant nous.

En silence, debout, immobiles et menaçants, se tenaient une vingtaine de Mangemorts, leurs capes rabattues sur le dessus de leur tête.

Tout compte fait, nous n'aurions plus à fuir pendant très longtemps.


réponses aux reviews :

ladymaelle : Salut! tout d'abord merci pour ta review! :) ensuite, c'est vrai qu'Hermione aurait pu se poser plus de question, mais je me disais que, têtue comme elle est, elle aurait détesté d'être mise de côté. Et puis elle se dit que son bébé à quand même survécu à plusieurs endoloris et à une chute dans les escaliers... merci encore pour ta fidélité, et j'espère que ce chapitre t'auras plu :)

RoxanneForYou : Salut! merci beaucoup de mettre une review à chaque chapitre, ça me fait vraiment très plaisir et je suis heureuse que la fic te plaise toujours autant :D