27. Amour
L'amour à des centaines de façons différentes de se manifester. Chaque personne à sa propre façon de le comprendre, et de l'exprimer.
Je reprenais doucement conscience. Je sentais tout mon corps se réveiller, mes courbatures, d'avoir dormi sur une paillasse dure ces derniers jours, se rappelèrent douloureusement à moi. Mes paupières étaient incroyablement lourdes. Je tentais de bouger les doigts et remarquais que ma main droite était prisonnière. Une chaleur la recouvrait, une souffle tiède glissait sur ma peau. J'ouvris les yeux et m'habituais doucement à la luminosité. William était là, penché au-dessus de moi, assit sur une chaise à côté de mon lit. Il tenait ma main dans les siennes et l'avait approché de sa bouche. Je le vis me sourire tendrement avant de déposer un baiser sur ma peau, puis, il avança son visage un peu plus vers le mien et d'une main il caressa tendrement mon front. Je fermais les yeux à ce contact, sentant son souffle sur mes lèvres où il déposa un baiser. Je le regardais à nouveau, plongeant mon regard dans le sien. Nous n'avions pas parlé, nous n'en avions guère besoin, cela faisait des années déjà que William et moi communiquions par le regard. Je l'observais quelques instants en silence, serrant mes doigts sur les siens avant de regarder tout autour de moi. Je me trouvais à l'infirmerie de la prison. Mon cœur se serra dans ma poitrine et je repris pieds dans la réalité. Mon souffle s'accéléra et je fus prise de panique.
-Julia, qu'est-ce qu'il se passe? Me murmura tendrement William avec inquiétude.
Je me redressais aussitôt et jetais des regards tout autour de moi. Il fallait que je sortes au plus vite d'ici, il fallait que mon cauchemar s'arrête. J'allais me lever mais William m'en empêcha.
-Je dois sortir d'ici, dis-je avec affolement.
-Calmez-vous, tout va bien.
-William vous ne comprenez pas je dois, je dois…
Je sentis les larmes couler sur mes joues. Qu'étais-je devenue? J'étais à nouveau une petite fille terrifiée, je n'étais plus courageuse et déterminée. Avant que William ne me dise quoique se soit, je me jetais dans ses bras, car je savais qu'il n'y avait que son étreinte qui pouvait me calmer. Il laissa ses mains voyager dans mon dos. Je fermais les yeux en entendant sa voix au creux de mon oreille.
-Tout va bien, tout va bien. Nous allons quitter cet endroit tous les deux. Le Docteur Grace a apporté des vêtements pour vous. Vous irez vous changer et nous partirons. Vous n'avez plus rien à craindre Julia, je vous le promets.
-Emmenez-moi loin d'ici William, sanglotais-je dans sa nuque.
-Avant cela vous allez vous changer, d'accord?
J'acquiesçais mais ne bougeais pourtant pas, resserrant encore un peu plus mon étreinte.
-Ne me quittez plus jamais William, murmurais-je, ne me laissez plus jamais seule.
-L'idée de vous voir vous changer ne me déplait pas, dit-il en riant ce qui me fit un peu sourire, mais je crois que se serait tout bonnement scandaleux si je le faisais.
Je me séparais un peu de lui pour croiser son regard, laissant une de mes mains dans sa nuque pour y caresser ses cheveux du bout des doigts.
-William, puis-je vous faire une requête?
-Tout ce que vous voudrez.
-Embrassez-moi, j'ai besoin de vous.
Il me sourit et s'empara de mes lèvres pour un tendre et doux baiser. Lorsque le souffle nous manqua à tous les deux, nous nous séparâmes juste assez pour poser notre front l'un contre l'autre.
-Ca va mieux? Me demande William.
-Oui.
Il me prit à nouveau dans ses bras et je fermais les yeux. Puis, après quelques instants, je pris la parole.
-Je vais devoir passer d'autres vêtements, dis-je timidement avant de me séparer de lui.
William acquiesça et se leva et j'en fis de même, ne lâchant pas sa main.
-Voulez-vous, commençais-je hésitante, voulez-vous rester derrière la porte s'il vous plait ?
-J'allais vous le proposer, dit-il avant de déposer un baiser sur mes lèvres, à tout de suite Julia.
Puis, il s'éloigna. Je le regardais quitter la pièce avant de me diriger vers le lit sur lequel se trouvaient mes vêtements. Je me déshabillais rapidement, incapable de porter encore une minute de plus cet uniforme de condamnée. Puis, une fois changée et ayant attaché mes cheveux, je me dirigeais vers la porte. Je l'ouvris et fus heureuse de voir William de l'autre côté, m'accordant un tendre sourire. Il s'approcha de moi en un bond et passa sa main sur ma hanche.
-Vous êtes prête?
-Oui, allons-y.
Il me tendit son bras auquel je m'accrochais aussitôt et je quittais la prison, libre, au bras de William, l'homme de ma vie.
Nous n'avons que très peu parlé sur le trajet de la prison au centre ville. J'étais libre certes, mais toujours coupable, coupable d'aimer William, ce qui causa la mort de Darcy. J'avais été la raison pour laquelle Gillies l'avait tué, comment pourrais-je vivre auprès de William sans éprouver de remords sur ce que j'avais fait à Darcy? Comment pouvais-je espérer être heureuse avec lui alors qu'un autre avait dû mourir pour cela? Je ne le pouvais pas.
-Que diriez-vous d'aller au restaurant pour fêter ça? Me proposa William.
Fêter la mort d'un homme innocent?
-J'aimerai rentrer William, dis-je timidement, ramenez-moi chez mon père je vous prie.
Je vis l'incompréhension dans son regard mais il acquiesça simplement et nous prîmes un fiacre qui me ramenait à la demeure de mon enfance. Une fois devant la grande bâtisse, j'ouvris la porte du fiacre et me tournais une fois encore vers William.
-Merci pour tout, dis-je simplement.
-Si vous avez besoin de quoique se soit, n'hésitez pas à faire appel à moi Julia.
Je lui souris et caressais tendrement sa joue, tout ce que je voulais était ses bras, son amour, ses baisers, mais hélas, mon cœur saignait encore beaucoup trop pour m'accorder ce droit. Je déposais un baiser sur ses lèvres et descendis.
-Au revoir, dis-je doucement.
Il me répondit de la même façon et je rejoignis la demeure, sans me retourner, me sentant incroyablement seule et triste.
Cela faisait une semaine que je n'avais plus quitté la demeure de mon enfance. Je n'avais plus donné de nouvelles à William. Je savais qu'il devait s'inquiéter, mais j'avais besoin de m'accorder du temps à moi. Du moins, c'est ce que je cru. Car je n'avais que peu de fois été dans un désespoir aussi profond. Mon père avait tenté de me parler, de me dire que je ne devais pas repousser cet homme que j'aimais et qui m'aimait, pas après cette terrible épreuve, mais c'était plus fort que moi. Je n'avais qu'une seule envie, me jeter dans ses bras, ne plus le quitter une seule seconde, mais à chaque fois que je pensais à lui, l'image de Darcy me revenait en mémoire et je culpabilisais encore et encore.
Je me trouvais dans le jardin, au pied de l'arbre que j'avais tant aimé étant enfant. J'avais pris avec moi un livre qui parlait de pays merveilleux et de cultures millénaires lorsque j'entendis la voix de notre dame de maison.
-Monsieur Murdoch, vous ne pouvez pas.
Je levais les yeux de mon ouvrage et vit arriver William au pas de course, suivit de loin par Eléonore. Je me levais lorsqu'il arrivait déjà à ma hauteur, tout essoufflé.
-Julia, lança-t-il brusquement, je dois vous parler c'est urgent.
-Miss Ogden, Monsieur Murdoch a…
-Ca ira Eléonore, laissez-nous seuls, coupais-je doucement.
-Mais Miss…
-Rentrez je vous prie, dis-je sur un ton sec.
-Bien Miss, grommela la vieil femme avant de s'éloigner apparemment vexée.
Je me tournais alors vers William et repris la parole.
-Elle va être d'une humeur exécrable pendant trois jours grâce à vous, dis-je doucement.
-Je m'en contrefiche.
-Ca se voit que vous n'allez pas devoir la supporter.
-Vous non plus.
Je le regardais en fronçant les sourcils et avant que je n'ai le temps de répondre quoique se soit, il sortit deux billets de train de sa veste et fit un pas de plus vers moi.
-J'ai deux billets de train Julia, un pour moi et un pour vous. Nous partons dans la seconde si vous le souhaitez.
-William je ne peux pas partir comme ça, m'exclamais-je, et pour quelle destination sont ces billets?
-Ca n'a aucune importance de la destination. Je vous aime Julia Ogden et je veux vous offrir la vie dont vous méritez, partez avec moi, allons commencer une nouvelle vie ailleurs, rien que vous et moi. Laissons le passé ici, laissons y toutes nos épreuves et nos souffrances, recommençons tout, autre part, juste vous et moi.
Il se passa quelques secondes dans le silence le plus absolu. Je ne m'étais jamais attendu à cela de sa part. William n'agissait jamais sur un coup de tête.
-Et votre carrière? Votre poste d'Inspecteur? Votre vie ici?
-Tout cela n'a plus la moindre importance, dit-il se tenant tout contre moi, ma vie, c'est vous Julia.
Je sentis mon cœur faire un bond dans ma poitrine et je ne pu m'empêcher de sourire largement.
-Oh William, soupirais-je en m'accrochant à son cou, je vous aime moi aussi.
Il rit et resserra ses bras autour de moi.
-Dois-je comprendre cela comme étant un « oui » ?
-Oui, dis-je en croisant son regard à nouveau, oui, oui, oui, et milles fois oui, partons.
Il me sourit une fois encore et nous partageâmes l'un des plus tendre et à la fois le plus passionné des baisers. Je ne pouvais cesser de vouloir goûter ses lèvres, de caresser son nez avec le mien, pendant de longues minutes.
-Vous devriez aller préparer votre valise Docteur Ogden, dit-il entre deux baisers.
-Pour cela, il me faudrait savoir où nous allons Inspecteur Murdoch, répondis-je avant de l'embrasser à nouveau.
-Belleville, dis William le souffle court ne pouvant cesser de gouter mes lèvres.
-Belleville? Pourquoi là-bas? Demandais-je toujours dans ses bras mais en m'éloignant un peu pour ne plus être tentée.
-C'est la destination la plus lointaine que j'ai pu payer, dit-il en riant, oh bien sûr en passant à la banque j'aurai pu prendre plus d'argent et partir plus loin, mais, je ne voulais plus perdre une seule seconde loin de vous. Une fois là-bas nous pourrons toujours prendre un autre train pour autre part. Vous n'aurez qu'à choisir.
-Non, Belleville c'est parfait, soupirais-je sur ses lèvres.
Il me sourit une fois encore et nous nous embrassâmes à nouveau. Je savais qu'il me faudrait un peu de temps pour me remettre de cette terrible épreuve, pour oublier Darcy, mais William était là, comme moi j'avais été là lorsqu'il avait perdu Liza des années plus tôt. William était le seul et l'unique qui saurait me rendre heureuse, qui m'aiderait à me reconstruire, qui était capable de m'aimer en dépit de toutes mes erreurs. Il était celui avec qui je voulais vivre, tout simplement, car je l'aimais, je l'aimais sans limites.
L'amour est un langage universel. L'amour ne se souci d'aucune barrière. L'amour franchit les montagnes, les océans, les préjugés, les comptes en banque, les nationalités. L'amour ne se commande pas, il se vit.
à suivre...
