Hello, mes lecteurs adorés!

Ce chapitre est peut-être le plus complexe jusqu'à maintenant et m'a demandé du maaaal. Appréciez-le, savourez-le. Il est trèèèèès long et j'espère qu'il n'est pas trop ennuyeux car il y a pas mal d'explications dedans.

Les parties en italiques sont des flash-backs comme vous pouvez vous en douter.

Pleaaase, reviewer pour me dire ce que vous en pensez.


Chapitre 28 : Difficult times lie ahead

D'un geste désinvolte de sa baguette, Severus fit apparaître davantage de chaises, ignorant au mieux les regards scrutateurs, méfiants et hostiles qui étaient posés sur lui. La partie serait serrée et il avait des difficultés à ne pas laisser le tambourinement sourd de son cœur cognant contre sa poitrine le perturber. Porter un masque était naturel. Dissimuler ses pensées, une seconde nature.

Il était espion.

Il était celui en qui Dumbledore avait placé sa confiance.

Et ce qui devait être fait serait fait.

A tout prix.

Son regard croisa brièvement celui de Minerva, qui s'installait à l'autre bout de la table, en face de lui. Les yeux indéchiffrables de la Griffondor l'étudièrent quelques instants puis elle hocha imperceptiblement la tête, en signe de reconnaissance. D'un coup, respirer fut plus facile. Peut-être avait-elle finalement choisi son camp… Peut-être avait-elle réalisé que le plan qu'il avait développé était le bon…

« Nous avons trouvé une arme. » annonça finalement l'ancien Mangemort, et le mécontentement de Minerva se transforma peu à peu en incrédulité. « Une arme capable de détruire la Boîte de Pandore. »

« Une… Une arme ? » balbutia-t-elle au bout de quelques secondes d'un silence choqué. « Ce n'est pas… Rien ne peut détruire le Coffret des Ombres, Severus… Ce n'est pas possible. »

« Ca l'est. » répondit-il simplement.

La vieille sorcière secoua la tête. « Albus nous en aurait parlé. Albus… »

« Albus n'a jamais aimé divulguer ses secrets, Minerva. » coupa-t-il, sans douceur. « La réalité des choses est la suivante : il existe une arme capable de détruire la Boîte. Nous devons la retrouver. »

« Bien entendu… Si une telle chose est vraie… »

L'espoir brut et choqué qui brillait dans les yeux de la sous-directrice raviva celui de Severus. Peut-être qu'ils ne feraient pas tant de difficultés que ça après tout… Peut-être…

« Je vais partir, Minerva. » annonça-t-il brusquement, et il fut légèrement surpris de la peine et de l'incompréhension qui déformèrent les traits de sa collègue. « Je vais aller chercher cette arme. »

Une inquiétude franche remplaça tout sentiment sur le visage de McGonagall. « Pas tout seul, Severus… Nous sommes assez pour… »

« Je ne partirai pas seul. » l'interrompit-il. « J'emmène Potter avec moi. »

C'était nécessaire. C'était ce qu'exigeait la guerre. Et c'était également une façon de protéger le garçon…

Seulement la détermination farouche et la colère rentrée qui émanaient de chacun des gestes de la Directrice des Griffondors remirent les idées de Severus en place. Rien ne serait simple. Arracher Potter aux griffes des membres de l'Ordre moins que le reste.

« Certainement pas. »

Les mots claquèrent dans l'air froid ambiant, semblant flotter entre eux quelques secondes. L'hostilité remplaça bientôt l'ambiance amicale et l'expression de Severus se durcit.

« Ce n'était pas une suggestion, Minerva. »

La sorcière se retourna brusquement, attrapa une bouilloire et mit de l'eau à chauffer, ses gestes saccadés par la fureur. Quand elle lui fit à nouveau face, elle avait maîtrisé sa colère mais sa voix était ferme et décidée.

« Vous sacrifierez cet enfant sans la moindre hésitation pour la Guerre, Severus. Exactement comme Albus l'aurait fait. Et pour quoi ? Pour une prédiction idiote de Sybil Trelawney ? »

« Harry Potter est un symbole. » contra-t-il doucement. « Même pour ceux qui ne veulent pas le reconnaître, il est un symbole. Il est notre meilleur atout, Minerva. »

« Vous le sacrifierez ! » explosa-t-elle en reposant sans douceur la tasse qu'elle venait de sortir d'un placard. La porcelaine heurta la table de bois avec un bruit sourd.

« Je ferai ce qui doit être fait. » déclara-t-il fermement. « Avec ou sans votre soutien. »

Severus tenta de ne pas s'attarder sur le regard contrarié de Black. Que l'ancien Mangemort s'installe en tête de table, place jusque là attribuée à Albus, semblait déplaire à l'Animagus. Idiot qu'il était. Comme s'il y avait encore un quelconque pouvoir dont il pouvait s'emparer. Comme si l'Ordre ne se condamnait pas avec cette réunion.

Les décisions de chacun étaient plus que prévisibles…

Quand ils furent tous installés autour de la table, un silence presque froid tomba sur la pièce. La tension était palpable et personne ne souhaitait commencer. Personne ne voulait accepter le désastre parce que ça le rendrait trop réel. Ils avaient attendu la fin d'après-midi pour tenir cette assemblée. Ils avaient attendu que tous pleurent leurs morts et se remettent de leurs aventures.

Draco et Granger étaient définitivement hors de danger, quittes pour une grande frayeur et un bon rhume. Rien que quelques jours de repos et quelques potions ne soigneraient. Ils n'auraient pas de repos aujourd'hui…

Les adolescents avaient été priés de demeurer à l'étage. Comme s'ils avaient déjà obéi à un quelconque ordre qui leur avait été donné. Comme si avoir à affronter des Mangemorts et en réchapper indemnes ne leur donnait pas le droit de siéger à ce Conseil…

Lupin se racla la gorge.

Ca n'amorça aucune prise de parole. Severus lui-même n'avait pas très envie de commencer. Le regard noir de Black, les reproches voilés dans celui de Shaklebolt, les expressions peinées de Molly et de Tonks…. Peut-être qu'il n'aurait pas dû prendre cette place là. Peut-être que ce fauteuil aurait dû demeurer vide en l'honneur de l'immense sorcier qui y avait un jour pris place. Peut-être… Et peut-être pas.

Laisser un fantôme gouverner l'Ordre était le réduire en cendre.

Non pas qu'il ne soit pas déjà en cendre… Cette réunion sonnait le glas de la Résistance… Du moins à cette échelle.

Le monde extérieur était en pleine révolution. Un âge sombre comme la communauté magique n'en avait plus connu depuis des siècles…

« Nous avons des décisions à prendre. »

Les mots clairs, précis et douloureux à la fois de Minerva flottèrent dans l'air, très vite suivis d'un concert d'acquiescements. Se forçant à rester aussi impassible que d'habitude, l'ancien Mangemort, rencontra le regard de sa collègue. L'échange, véritable affrontement de volonté, dût en surprendre plus d'un mais Severus s'en moquait. Tout ce qui importait c'était que Minerva se range à son avis. Un vote acquis était une bonne chose.

Minerva n'avait pas changé d'avis.

Il devrait se rabattre sur le plan de secours.

« Nous ne pourrons pas rester ici indéfiniment. » enchaîna Shaklebolt avec calme, mais fermeté. « Nous devons trouver des endroits sûrs où nous cacher. Séparément. Nous pourrons toujours agir à notre niveau en attendant… »

« En attendant quoi ? » coupa Black avec virulence. « Un miracle ?! »

« Et que veux-tu faire, Sirius ?! » renvoya Arthur Weasley, inhabituellement irritable depuis la veille. « Te lancer dans un combat perdu d'avance ? Trop de gens sont morts ! C'est fini ! Nous avons perdu ! » Il ferma les yeux, contrôlant avec difficulté l'émotion qui lui étreignait visiblement la gorge. Sa main trouva celle de sa femme.

« Nous avons perdu… » répéta celle-ci dans un murmure découragé.

« Ce n'est pas exactement… » commença Lupin avant d'être coupé par sa… camarade de jeux.

« Nous avons perdu. » déclara Tonks, d'une voix empreinte de tristesse. « Arthur a raison. Trop sont déjà morts. »

« Dora… » soupira le loup-garou « J'admets que nous sommes en mauvaise posture mais… »

« Je ne veux plus me battre sans garantie, Remus. » l'interrompit-elle sans douceur. « Il n'y a aucun espoir de vaincre Tu-sais-qui et je ne veux pas mourir. »

« Il y a un espoir. » intervint brusquement Severus, profitant de la faille que venait d'ouvrir Tonks pour lui.

Un rire moqueur résonna à sa gauche où avait pris place Sirius Black.

« Depuis quand es-tu l'optimiste de la bande, Servillus ? » demanda l'Animagus avec mépris.

« Il y a un espoir. » reprit le Maître des Potions, ignorant les railleries de son ancien camarade de classe. « Il y a une… solution. »

Une nouvelle série de murmures s'éleva tout autour de la table. Seuls McGonagall et lui restèrent silencieux, perdus dans un silence contemplatif. On y était. Au moment décisif…

« De quoi parles-tu, Severus ? » La voix de Lupin couvrit les autres, forte et claire. « Explique-toi. »

« Je parle d'une arme. » répondit l'ancien Mangemort, dès que le silence fut retombé. « Une épée, plus précisément. »

Arthur Weasley secoua la tête, tout aussi confus que le reste de l'assemblée.

« Si une telle chose existait… »

« Elle existe. » coupa Minerva, une expression mécontente sur le visage. « De ça, je suis sûre. »

Du reste, en revanche… Severus soupira. Il était clair que l'entreprise qu'il allait proposer était ardue, presque impossible… Mais il était nécessaire que cette tâche soit accomplie, que cela plaise à Minerva McGonagall ou pas.

« C'est ridicule ! » explosa finalement Black et le Professeur en fut presque soulagé parce qu'au moins, se disputer avec l'Animagus et lui démontrer sa supériorité était plus simple que de diriger une réunion où ne siégeaient en grande majorité que des incompétents dans le domaine subtil qu'était la guerre.

« Une épée… » reprit Severus comme si on ne l'avait jamais interrompu. « … forgée par le Coffret pour lutter contre les forces maléfiques. Une épée dont le pouvoir est si puissant qu'elle serait capable de détruire la Boîte de Pandore, une fois pour toute. » Il marqua une pause puis lâcha son dernier argument. « Un pouvoir dont le Seigneur des Ténèbres ignore tout et qui pourrait très bien être celui dont parle la Prophétie. »

« Impossible ! » s'exclama Tonks.

Et pourtant…

« C'est fascinant, Severus… Absolument fascinant. »

Derrière ses lunettes en demi-lunes, les yeux bleus du vieux sorcier pétillaient. L'espoir aussi brut était difficilement soutenable pour Severus et il se détourna de Dumbledore pour aller se poster devant la fenêtre du bureau dictatorial. Sa retenue avec Potter, une heure plus tôt, l'avait épuisé et la bêtise de l'enfant n'avait définitivement pas de limite…

Utiliser la légilimencie pour pénétrer son esprit n'avait, néanmoins, pas été la meilleure idée qu'il ait eue.

Il n'aurait probablement pas été si perturbé si cet idiot de gamin avait dérobé la lettre par bravade et pas par accident… Non, décida-t-il avec un temps de recul. Ce n'était pas un accident. Les intentions de Potter avaient peut-être été honorables au départ, mais il s'était quand même emparé de quelque chose qui ne lui appartenait pas.

Et il pensait que Lily et lui avaient eu une liaison pendant son mariage…

« Etes-vous sûr de vous, cependant ? » interrogea le directeur, sans se laisser déconcerter par l'humeur massacrante de son Professeur. « C'est un champ d'études que je n'aurai jamais eu l'idée d'explorer… J'y avais songé mais, honnêtement, l'idée me semblait farfelue. L'époque et la vie de Merlin sont des sujets très mal connus… Faire la part de la légende et de l'histoire s'avérera difficile… »

« L'épée détruira le Coffret. » assura distraitement Severus, suivant du regard le vol d'un hibou dans le lointain. « Toutes les recherches que j'ai faites se recoupent. Si quelqu'un s'était donné la peine d'étudier plus sérieusement la question, c'est une découverte qui aurait pu être faite, il y a des années. »

Lily et lui… L'homme en noir ferma les yeux, tournant toujours le dos au vieux sorcier, et laissant son esprit dériver vers la nuit qui avait entraîné cette lettre. Cette nuit dont il chérissait le souvenir et le maudissait à la fois. Parce qu'à cause de ce moment volé, il avait toujours le gout des baisers de la jeune femme sur la bouche… Et il le garderait à jamais. Douce punition à l'ignoble crime dont il était responsable…

« Votre modestie vous perdra, Severus. » se moqua Dumbledore avec affection. « Vous faites une découverte cruciale et en refusez les mérites… »

« Je n'ai rien de modeste. » contra immédiatement le Professeur, irrité. Il était tout sauf modeste. Il était orgueilleux. C'était son orgueil qui l'avait perdu. « Et je répète que n'importe qui avec un minimum de jugeote parviendrait aux mêmes conclusions que moi pour un peu que l'on s'y penche. »

« Mais Voldemort ne s'y penchera pas, n'est ce pas ? » s'enquit Dumbledore avec… méfiance ?

Severus se tourna avec un froncement de sourcils, remettait-il son engagement en question ? Il lui avait semblé que l'époque où Albus le méprisait et se servait de ses erreurs passées pour s'assurer de sa loyauté était loin derrière. Il lui avait semblé que le vieil homme avait une certaine affection pour lui. Non, pas que Severus ait besoin d'affection bien entendu. Il ne s'attachait à personne et n'avait pas besoin que qui que ce soit s'attache à lui.

« Le Seigneur des Ténèbres recherche le Coffret. A ma connaissance, il n'a jamais seulement songé qu'il pourrait y avoir une arme capable de le détruire. » répondit-il avec précaution, analysant l'attitude sereine de Dumbledore. Quelque chose sonnait faux.

« Il serait fâcheux que qui que ce soit découvre nos projets dans ce cas, Severus. Il est crucial que cette information n'arrive pas aux oreilles de Lord Voldemort… » déclara-t-il pensivement. « Vous comprenez ce que cela implique, sans doute ? »

Le cœur de Severus s'emballa, tandis que le Directeur jouait distraitement avec sa baguette. Alors c'était ainsi ? Après tant d'années passées à espionner pour la Lumière afin d'expier la part de ténèbres qui s'étaient un jour logées en lui, il allait mourir. Tout simplement.

Il ne tenta même pas de sortir sa baguette. S'il y avait un point sur lequel Voldemort et Dumbledore étaient semblable, c'était cette capacité qu'ils avaient tout deux à sortir vainqueur de n'importe quel duel. Severus était doué. Eux étaient imbattables.

« Puis-je savoir quelle erreur j'ai commise ? » demanda-t-il calmement, froidement.

Contrairement au reste de l'Ordre, il ne s'était jamais bercé d'illusions. Albus Dumbledore disposait des gens comme d'autres des pièces d'un échiquier. Quand un pion était trop gênant, on le sacrifiait…

« Aucune jusqu'ici, Severus. » répondit Albus, abandonnant un instant ses faux airs de père attentif et soucieux. « Mais j'aimerai juste m'assurer que vos… dispositions envers le Seigneur des Ténèbres n'ont pas changé. »

L'aurait-il frappé que Severus n'aurait pas été plus estomaqué.

« Il a assassiné la femme que je… » rétorqua-t-il violemment avant de s'interrompre, sa voix s'abaissant brusquement à un sifflement haineux. « Je risque ma vie tous les jours. Je risque ma vie. Pour elle. Pour vous. Et vous remettez-ça en question ? »

« Le temps guérit les blessures infligées par l'amour, Severus… » déclara doucement le vieux sorcier en se levant et en contournant le bureau pour venir se planter devant lui. Ses yeux ne pétillaient plus. Ils étaient peinés, anxieux… « Vous savez que je vous considère comme un fils… Mais mes sentiments personnels n'ont rien à voir avec cette guerre. Si vous me trahissiez, si vous trahissiez l'Ordre, je devrais vous tuer. Ca me détruirait mais je n'hésiterai pas. »

« Comme vous n'hésiterez pas à faire de Potter votre bourreau le moment venu, n'est ce pas ? » demanda-t-il avec brusquerie, ignorant l'agréable chaleur que les propos affectueux avaient fait naitre en lui. « Il ne sera après tout, qu'un des nombreux sacrifices nécessaire au plus grand bien… »

Les paupières du directeur s'abaissèrent, et quand elles se rouvrirent, son regard était las.

« De tous, je ne pensais pas que ce serait vous qui me reprocheriez les dangers dans lesquels je devrais forcément pousser Harry à un moment donné… » remarqua-t-il amèrement amusé.

« Le temps ne guérit pas toutes les blessures que l'amour provoque. » cracha Severus avec dégout. « Et si vous pensez cela, alors je vous plains. Parce que vous n'avez jamais vraiment aimé. »

Le Mangemort se détourna pour ne pas avoir à faire face à la douleur brute qui était apparue dans les yeux de son mentor. Il n'aimait pas Potter. Mais il n'aimait pas non plus l'idée de pousser un jeune garçon, à peine sorti d'une enfance qu'il devinait loin d'être idéale, vers l'échafaud. Particulièrement s'il s'agissait du fils de Lily.

« Sans doute avez-vous raison, Severus. » admit le vieil homme dans son dos. « Le temps ne guérit pas tout. Mais vous verrez qu'à mon âge, il est plus facile de s'en convaincre. »

Il y eut un silence tendu, puis le Professeur se retourna, affrontant le regard perçant de son supérieur.

« Je n'ai jamais douté quant à la personne à qui appartenait ma loyauté. J'ai peut-être deux Maîtres, mais je ne suis l'esclave que d'un seul. » Dans un geste involontaire de défi, il redressa le menton. « J'ai trahi Lily Evans deux fois. Il n'y aura pas de troisième. »

Une fois en prenant la Marque. La deuxième en livrant la Prophétie à Voldemort. Il ne commettrait pas de troisième erreur. Et pour cela, il allait devoir parler à Potter. Lui expliquer tout ce qui n'était pas arrivé entre Lily et lui. Parce qu'il était hors de question que cet abruti continue de blâmer sa mère pour une chose dont elle était innocente…

Lentement, Albus hocha la tête. Son regard accrocha le sien et Severus sentit la pression familière d'un esprit cherchant à envahir le sien… Il supposait qu'il devait être reconnaissant que ce soit ça et pas le Véritasérum… Dissimulant les pensées relatives à la scène qui avait eu lieu un peu plus tôt –il n'était pas fou au point de faire savoir à Dumbledore qu'il avait violé l'esprit d'un étudiant, Harry Potter qui plus est- et les souvenirs de Lily sous des idées plus anodines, là où il ne les trouverait pas, le Mangemort abaissa ses boucliers mentaux.

La sensation était désagréable et pourtant Albus était prudent. Au bout de deux longues minutes, il dût s'estimer satisfait car il se retira de sa tête et lui offrit un sourire ravi.

« Parfait. » acquiesça-t-il. « Il faudra bien entendu faire des recherches complémentaires pour s'assurer que l'épée est bel est bien la réponse à nos soucis. Je tente toujours de localiser le Coffret, donc vous vous en occuperez. »

Il retourna s'asseoir derrière son bureau et s'empara de plusieurs pastilles au citron qui trainaient dans un bocal de verre. Il lui proposa d'un geste de se servir. Severus ne se donna pas la peine de répondre.

C'était ainsi avec Albus Dumbledore. Il pouvait vous accuser de trahison et vous offrir un bonbon une seconde plus tard…

« Il y a autre chose dont je voulais discuter avec vous, Severus. » déclara Dumbledore en croisant ses mains sur le bureau. « Le moment est venu de révéler à Harry le contenu de la Prophétie. »

Severus ouvrit la bouche, prêt à protester mais la main levée du directeur le réduisit au silence.

« Je connais déjà toutes vos objections à ce sujet, mais si votre théorie sur l'épée est exacte, il se peut que ce soit le fameux pouvoir en question… »

« Bien que je ne vois pas le lien entre le gamin et l'épée, vous m'avez répété cent fois que ce qui faisait du garçon quelqu'un de spécial était sa capacité à aimer. Vous disiez que c'était ça qui vaincrait le Seigneur des Ténèbres. »

« Vous ne croyez pas en cette Prophétie, Severus… » constata Dumbledore de façon neutre.

« Non. » admit le Professeur sans hésitation et un sourire étira les lèvres du vieil homme.

« Qu'est ce qui vous amuse ? » demanda-t-il sans se soucier de garder une quelconque politesse dans son ton. Il détestait que l'on se moque de lui…

« Il viendra un temps, Severus… Un temps que je pressens de plus en plus proche, où ma place sera la vôtre et où vous comprendrez que la vérité n'est pas toujours là où on l'attend. Qu'importe que cette prophétie soit vraie ou non, l'importance qu'elle prendra dans l'esprit de tous la rendra inévitable. »

Le Professeur resta muet devant cette réplique qu'il n'avait pas vue venir.

« Y-a-t-il autre chose ? » s'enquit Dumbledore tout en étudiant un parchemin posé sur son bureau, signe que l'entretien était terminé.


Severus allait prendre congé quand la main ensanglantée de Potter et une vague de haine pour Ombrage remonta à la surface de sa mémoire.

« Non. » rétorqua-t-il, tirant un certain plaisir de la surprise évidente du Directeur. « Non, ce n'est pas tout… »

« Quelle épée ? » exigea fermement Black. « Quelle épée et quand aurait-elle pu être forgée par le Coffret ? Donne-nous des faits, Snape, et pas cette connerie de Prophétie. »

Severus serra les dents. Etrangement pas de colère contre Black mais contre lui-même parce qu'il allait mentir. Ou du moins, enrober la vérité de jolies tournures. Comme Dumbledore l'avait fait depuis des années. Parce que c'était nécessaire. Et c'était contraire à son éthique.

« Il me semble que la plupart des éléments prédits par la Prophétie se sont avérés véridiques, Black. » rétorqua-t-il sans véritablement y mettre la hargne nécessaire.

Merlin, si Dumbledore avait été là… Il aurait suffit qu'il annonce tout simplement qu'ils avaient trouvé une solution et les autres l'auraient acceptée en un battement de cil. Même dans leur situation désespérée, ils l'auraient acceptée…

« Ce n'est pas le moment de débattre de cette histoire de Prophétie. » intervint McGonagall avec lassitude. « Cessez de faire des mystères, Severus, et exposez-nous clairement les choses. »

Il eut brusquement l'impression d'être revenu à l'époque de ses études et ça lui déplut souverainement. Néanmoins, il savait que McGonagall avait raison et que repousser inlassablement le moment où tous le traiteraient de fou ne servirait qu'à les irriter davantage.

« Minerva a raison. » renchérit Shaklebolt. « Quelle est cette épée magique dont personne n'aurait jusque là entendu parler ? »

Le ton moqueur lui déplut souverainement.

« Je n'ai jamais prétendu que personne n'en avait entendu parler. » répondit-il sèchement.

« Tu vas cracher le morceau, oui ? » insista Black, lui jetant un regard noir qui sous-entendait distinctement que s'il ne se décidait pas, il allait l'aider à le faire. Probablement à coup de quelques sorts. Un duel n'était peut-être pas une si mauvaise idée…

« Servillus… » grogna l'Animagus comme il gardait le silence.

« Excalibur. » lâcha Severus.

Et comme il l'avait prévu, ils le dévisagèrent tous avec incrédulité.

« Excalibur ? » répéta Lupin, totalement stupéfait, et l'ancien Mangemort acquiesça d'un signe de tête.

« Excalibur ? » reprit Black « Excalibur ? »

« Ce n'est pas ta meilleure réplique. » grogna Severus, presque rassuré que personne ne le traite de malade mental.

« Tu es cinglé ou quoi ? » rétorqua le Clébard avec un sérieux qui aurait pu être comique en d'autres circonstances.

« Excalibur, Severus… » Shaklebolt secoua la tête, et décidemment, Severus n'aimait pas le ton condescendant de l'autre homme. « Et pourquoi pas le Graal, t'en qu'on y est ? »

Le Maître des Potions leva un sourcil.

« Parce que le Graal n'est pas magiquement conçu pour détruire la magie noire et parce qu'il a disparu depuis des siècles ? » ironisa-t-il.

Lupin se racla la gorge. « Mmm… Tout comme Excalibur, si je ne me trompe pas, Severus… »

« Tu te trompes. » répondit simplement le Professeur, avant qu'un rictus étire involontairement ses lèvres. « Mais tu y es habitué, n'est ce pas ? »

« Insulter Remus ne fera pas avancer les choses, Severus. » gronda Arthur Weasley. « Excalibur a disparu et toutes les recherches visant à la retrouver n'ont jamais rien donné… »

« Et tu penses qu'on devrait perdre du temps à chercher un mirage avec Tu-sais-qui au pouvoir ? » enchaina Black, en abattant son poing sur la table. « Nous devrions nous battre au lieu de nous terrer comme des rats… »

« Pitié, dis moi que tu n'es pas aussi stupide que ça, Black ! » railla Severus, trouvant plus facile de s'en prendre au Cabot que d'affronter le reste de l'Ordre. « Nous n'avons aucune chance dans l'état actuel des choses. Ce qu'il nous faut c'est une arme capable de détruire la Boîte de Pandore et quelqu'un pour la manier. Nous avons l'Elu, reste à retrouver l'épée. »

« Ne mêle pas Harry à cette histoire. » gronda l'Animagus.

Snape leva les yeux au ciel. « Il y est déjà mêlé. Il y est mêlé depuis le sacrifice de Lily. »

« Aucun des enfants ne sera impliqué dans cette histoire. » intervint Molly Weasley d'un ton qui n'admettait aucune réplique. « Nous partons demain matin et nous emmenons Harry et Hermione avec nous. » Elle hésita quelques secondes puis son regard s'adoucit. « Je peux aussi m'occuper de Draco si vous le souhaitez, Severus. Mais en aucun cas, je ne laisserai l'un d'eux participer à cette folie. »

C'était exactement le genre de déclaration qu'il avait craint.

« Harry ne part pas avec vous, Molly. » rétorqua immédiatement Black, sa peur d'être séparé de son filleul apparemment plus grande que sa haine envers Severus.

« Harry est comme mon fils. » répliqua la petite sorcière, ses joues se colorant sous le coup de la colère. « Je protège mes enfants. »

« Ce n'est pas votre fils, c'est mon filleul. »

Pour une fois – et il n'allait très certainement pas l'avouer- Severus était de l'avis de Black. Molly exagérait. Certes elle avait perdu un fils, mais il n'était pas question pour autant qu'elle adopte le reste de la planète.

« Draco restera avec moi. » affirma-t-il, sans s'encombrer de diplomatie.

« Ce n'est de toute façon, pas la question actuelle. » s'interposa rapidement Remus.

« Oui… » reprit Minerva que la dispute avait visiblement déstabilisée. « Severus, que proposez-vous pour retrouver Excalibur ? Avez-vous un plan ? »

« Ne l'encouragez pas dans cette folie, Minerva ! » intervint Shaklebolt. « Nous ne pouvons pas perdre du temps avec ces inepties. Je suis d'accord avec Sirius sur un point, il faut agir. Sauver le plus de gens possible… »

« Je ne suis pas pour me planquer, Kingsley. » contra Black, avec vigueur.

« Excalibur est notre seule solution viable à long terme. » gronda Severus, exaspéré.

Mais personne ne l'écoutait…

« Nous partirons… » réaffirma plus fort Arthur Weasley, et la voix de Molly fit écho à celle de son mari.

L'ancien Mangemort s'apprêtait à élever la voix, cette fois totalement énervé, quand un ricanement moqueur lui fit tourner la tête. Il ne fut pas le seul surpris car le silence retomba bientôt sur la pièce, uniquement troublé par les reniflements réguliers de Granger et le rire amusé du blond. Les regards des adultes étaient braqués sur les quatre adolescents qui se tenaient côte à côte au bas de l'escalier.

Potter et Draco devant, et Hermione et Weasley derrière. Ce n'était pas ce qu'ils avaient décidé. Il n'avait jamais été question de trainer toute sa bande avec lui… Pas ce qu'ils avaient décidé du tout…

« Vous devrez intervenir au moment opportun, Mr Potter… M'avez-vous compris ? »

Le garçon le dévisagea quelques secondes, encaissant vraisemblablement les révélations que Severus venait de lui faire. Excalibur, la réaction probable des membres de l'Ordre… Il n'avait pas pris de gants, ils avaient trop peu de temps devant eux pour cela. Il était nécessaire que Potter reste sous sa protection, et pour cela, ce serait à lui de jouer…

« Cherchez-vous à me manipuler, Monsieur ? » demanda Harry, franchement.

Les yeux verts étaient méfiants. Severus soupira.

« Si j'avais voulu te manipuler, Harry, je ne t'aurai pas tout raconté. J'ai besoin que tu deviennes cet Elu qu'ils attendent, cet espoir qu'ils refuseront de voir. C'est la seule façon de s'assurer la survie de l'Ordre à long terme. Ils doivent croire en toi. »

« Vous ne m'écarterez pas au dernier moment. » exigea Potter. « Je veux me battre, et certainement pas être relégué au second plan ou sorti du placard quand ça vous arrange… »

Severus était un peu étonné de la combativité soudaine du Griffondor. Pour quelqu'un qui avait été aussi abattu qu'il l'avait été la veille…

« Que voulez-vous, Mr Potter ? » s'enquit-il presque sèchement. Il n'aimait pas qu'on lui impose les choses. Et s'il avait su, il aurait employé les méthodes de Dumbledore au lieu de la franchise qu'il jugeait préférable…

« Un partenariat. » répondit le garçon avec assurance et Severus manqua éclater de rire pour la première fois depuis des années tant l'idée était risible. Un partenariat ? Avec un adolescent de quinze ans ? Il était d'accord pour le guider mais s'en référer à lui pour chaque décision ?

« Je ne… »

« Je ne veux pas dire un vrai partenariat… » coupa brusquement Harry, en secouant la tête, visiblement gêné de sa déclaration. « Une… association plutôt. »

« Explique-toi clairement. » soupira Severus, las. Il n'avait pas vraiment eu le temps de dormir et les forces commençaient à lui faire défaut.

« Vous voulez que je vous accompagne, n'est ce pas ? » s'assura Harry. « Pas simplement que je fasse semblant… Enfin, vous voyez… vous n'allez pas m'abandonner dans un endroit 'sûr' en chemin, hein ? »

Severus fronça les sourcils. « Je souhaite que tu m'accompagnes, oui. Et non, je ne compte pas… t'abandonner en route. » Curieusement, le gamin ne semblait pas vraiment convaincu. « Il me semblait t'avoir promis de ne pas te laisser, Harry. »

Le ton ironique était probablement de trop parce que le garçon détourna le regard. C'était une habitude que Severus trouvait fort désagréable. Sans réelle douceur, il attrapa le menton de Potter et le força à tourner la tête. Les yeux noirs fouillèrent les verts, à la limite de la légilimancie. Mais il avait promis de ne plus l'utiliser sur lui, et il respectait ses promesses. C'est pourquoi il en faisait si peu.

« Je ne te laisserai pas. » répéta-t-il fermement et un éclat de douleur fugitive dansa dans son regard.

« Parce que je suis l'Elu ? » demanda-t-il finalement et il y avait une telle… vulnérabilité dans sa voix…

« Stupide enfant… » gronda Severus, avec ce qui était, pour lui, de l'affection. « Si je n'avais pas envie de t'emmener avec moi, je ne m'encombrerai pas de toi, crois moi. Je laisserai McGonagall t'apprendre ce qu'elle sait et j'irai chercher cette fichue épée. »

« Pourquoi m'amener dans ce cas ? »

Harry se dégagea et fixa son regard sur le mur d'en face. Le Professeur ravala un soupir, et vérifia que la porte reste close. Il avait chassé momentanément les amis de Potter, les priant d'aller vérifier l'état de santé de Granger qui, il le savait, allait beaucoup mieux, mais ils ne tarderaient pas à revenir. Draco avait été plus que réticent à quitter son lit…

« Parce que je ne vois pas où tu serais plus en sécurité qu'avec moi. » répondit-il avec neutralité, et quand il n'obtint aucune réaction de la part du garçon, il hésita. Quelque part là-haut, il était certain que James Potter se moquait bien de lui à présent… Et il ne parlait même pas de Lily… Obligé de se dévoiler à un adolescent qui était encore un ennemi, il n'y avait pas si longtemps…

« Et parce que tu as ce don pour attirer les problèmes, et que je serais mort d'inquiétude. Ce qui me distrairait et me ferait probablement tuer. »

Cette fois, Harry tourna la tête vers lui. « Pourquoi ? »

« Parce qu'être distrait durant un combat est la pire erreur que l'on puisse faire. » esquiva-t-il avec habilité.

Il n'allait quand même pas admettre qu'il tenait au gamin…

Un instant, il eut peur que Potter insiste mais celui-ci se contenta de soupirer. « Je n'ai pas… confiance. »

Curieusement, l'aveu blessa Severus. Profondément. Et ça dût se refléter sur ses traits parce que les yeux du garçon s'agrandirent.

« Non ! » s'exclama-t-il brusquement. « Je ne voulais pas dire… »

« C'est normal. » coupa le Maître des Potions, un peu trop sèchement mais avec toute la diplomatie qu'il avait en stock. A quoi s'était-il attendu, après tout ? Bien sûr qu'Harry ne voudrait pas le suivre… Il préférait sans aucun doute rester avec Black…

« Non, s'il vous plait, Professeur… » plaida Potter, visiblement désolé. « J'ai confiance en vous. Ce n'est pas ce que je voulais dire… »

Il ne le croyait qu'à moitié pour être honnête, mais Severus choisit de ne pas trop s'attarder. Il n'était pas habitué à ce que quelqu'un puisse lui faire du mal aussi facilement. Il s'était coupé du monde depuis tellement longtemps que tout ça lui semblait… étrange.

« En quoi n'as-tu pas confiance, alors ? »

L'hésitation de l'adolescent était évidente.

« Ca n'a pas d'importance. » répondit finalement le garçon.

Et Severus vit presque les murs réapparaitre autour de lui. Cette carapace dont il s'enveloppait n'était pas saine… C'était ce qu'il avait fait. Et quand on voyait où ça l'avait mené…

« Ca en a pour moi. »

Les mots claquèrent dans l'air. Brusques mais sincères.

Harry sembla étonné. Il le dévisagea quelques secondes avec méfiance, doutant visiblement de ne pas être en train de se faire manipuler. Severus ne manipulait pas les gens quand il pouvait l'éviter, du moins pas les gens auxquels il tenait. Qui se comptaient au final sur les doigts d'une main…

« Est-ce que vous ne faites ça que parce que je suis l'Elu ? » demanda-t-il « Ou à cause de ma mère ? Est-ce que vous ne vous préoccupez de moi uniquement parce que nous sommes en guerre ? »

L'ancien Mangemort fronça les sourcils. « Je regrette, Harry, je ne comprends pas ta question… »

Et qu'est ce que le fait qu'il soit l'Elu avait à voir avec le reste ?

« Est-ce que je dois m'habituer à ce que vous veilliez sur moi ou est-ce que ça ne durera que jusqu'à ce que j'ai vaincu Voldemort ? Ou qu'il m'ait tué, plus probablement. » lâcha brutalement l'adolescent et Severus resta choqué.

Primo, il ne s'était pas attendu à ce qu'il ait envie qu'il continue à garder un œil sur lui après et, surtout, si ils survivaient à cette guerre… Ensuite, il y avait tellement d'amertume dans ses mots…

« Je ne le laisserai pas te tuer. » promit-il, une violence féroce éclatant dans sa poitrine à l'idée que le mage noir s'en prenne au garçon. « Et je te jure que je ne disparaitrais pas, si c'est ta question… »

« Personne ne disparaît jamais, mais personne n'est jamais là, non plus. » répondit Harry d'un ton amusé qui sonnait faux.

« Que veux-tu dire ? »

Il fallait de la patience, songea Severus. Lui arracher chaque information, les unes après les autres… Et il n'aimait pas le puzzle que les morceaux commençaient à dessiner…

« Il n'y a jamais personne. » répondit le garçon dans un haussement d'épaules. « Hagrid avait promis de m'aider en cas d'ennuis mais quand je l'ai prévenu qu'on voulait voler la Pierre Philosophale, il ne m'a pas écouté. Dumbledore avait promis que tout irait bien, mais j'ai quand même dû affronter un serpent géant… et ça fait mal d'être mordu par un basilic, croyez-moi. Sirius avait promis qu'on aurait une maison, qu'on formerait une famille, mais j'en suis toujours à vivre chez les Dursley… Hermione et Ron sont là, bien sûr, mais… ce n'est pas pareil. Ce ne sont pas… Ce ne sont pas des adultes à qui demander conseils… Ils ne peuvent pas m'aider comme… » Il secoua la tête. « Enfin vous voyez, il y a plein de gens autour de moi, mais au final… je suis toujours seul. »

La mâchoire de Severus se contracta. Il détestait ce qu'il voyait. Il détestait ce qu'ils avaient tous fait d'Harry. Il n'avait jamais rien connu de stable, il n'avait jamais rien eu de stable… Et Dumbledore en avait fait un putain de symbole… Il allait devoir en faire un putain de symbole pour gagner une guerre qui semblait perdue d'avance. Il allait risquer sa vie. Encore. Comme tant d'autres l'avait fait avant lui. En quoi était-ce juste ?

La tentation de l'attraper, de le trainer jusqu'à l'orée de la forêt et de disparaître là où personne ne les reconnaîtrait, là où ils seraient en sécurité, s'insinua lentement en lui. Mais il la repoussa. Parce que comme Lily l'avait dit des années plus tôt. Où qu'ils aillent la guerre les retrouverait. Il y a avait des choses que l'on ne pouvait pas fuir…

« Tu n'es pas seul. »

Les mots semblèrent creux. Ils ne sonnaient pas comme ça dans sa tête… Harry ne sembla pas plus convaincu parce qu'il sourit faiblement mais ne commenta pas.

« Je serai là. » déclara-t-il. « Quand tu en auras besoin. Quand tu le souhaiteras. Je serai là. »

« Après aussi ? » hésita le garçon, et en aucun cas il n'aurait pu décevoir l'espoir ténu qu'il percevait dans sa voix.

« Pendant et après. » jura-t-il. « Tant que tu le voudras. Et pas parce que tu es le sujet d'une Prophétie idiote ou le fils de Lily Evans, mais parce que tu es toi. »

Lentement, la tension qui habitait perpétuellement l'adolescent sembla se dissiper. Et cette fois, son sourire était sincère. Et chose plus étrange encore, Severus sentit ses lèvres s'étirer légèrement en retour.

Ce serment là, il comptait bien le respecter.

« Donc, vous voulez que j'intervienne au moment opportun ? » s'enquit Harry, et le Professeur accepta de bonne grâce le changement de conversation…

A aucun moment, il n'avait été question d'impliquer les trois autres dans cette histoire. D'autant que Granger tenait apparemment à peine sur ses pieds… Et le rire de Draco était plutôt rauque…

« Tu as un problème, la larve ? » agressa immédiatement Black et Severus grogna. A quoi jouaient-ils tous ? Il chercha le regard de Potter mais le garçon regardait ailleurs. A dessein, c'était certain…

« J'admire simplement le légendaire courage des Griffondors… » rétorqua Draco, la voix enrouée mais tout autant pleine de sarcasme que d'ordinaire. Un sourire suffisant flottait sur ses lèvres et Severus nota qu'aucun des trois autres adolescents ne broncha à l'insulte faite à leur Maison. « Abandonner le navire quand il prend l'eau… »

La moue moqueuse qu'il afficha alors suscita des réactions irritées autour de la table et le Professeur de Potions se tint prêt à sortir sa baguette. Provoquer l'ennemi… Il allait falloir qu'il ait une discussion avec ses élèves à propos des tactiques stupides…

« Pour qui te prends-tu, espèce de… »

Ils n'eurent malheureusement jamais le plaisir d'entendre l'insulte probablement imagée de Black.

« Il a raison. » coupa Potter avec un dégout évident sur le visage. « Si c'est ça être un Griffondor, alors peut-être que je ne suis pas fait pour en être un. »

« Ce dont nous discutons dépasse les rivalités des Maisons. » répondit Shaklebolt, couvrant les murmures choqués et les reproches colorés des autres. La tête de Minerva valait particulièrement le coup d'œil, jugea le Professeur avec amusement. « Et cette réunion n'est certainement pas la place d'adolescents. »

« Remontez immédiatement. » ordonna Molly, comme pour faire écho à l'homme.

Etait-ce de la défiance qu'il lisait dans les yeux de Potter ? En tout cas, quand celui-ci avança dans la pièce, la tête haute, toisant les membres de l'Ordre qui étaient tous assis, personne ne broncha. Comme évoluant selon les règles d'un ballet bien établi, ses amis le rejoignirent. Draco à sa droite, Weasley à sa gauche et Granger accrochée au bras du rouquin, le regard fiévreux mais fier.

« Vous avez une solution. Nous avons une solution. » déclara-t-il calmement. « Je ne me cacherai pas. Je ne fuirai pas. »

Un curieux sentiment de fierté s'éleva en Severus. Personne n'osait broncher. Parce qu'il était pitoyable de penser que des jeunes de quinze ans avaient plus de courage qu'eux…

« Je pars chercher Excalibur. »

L'annonce jeta un froid. Et durant la milliseconde qu'il fallut aux autres pour réagir, Granger avait fait un pas en avant, vacillante mais décidée.

« Et Draco, Ron et moi avons choisi de l'accompagner. »

Severus ferma les yeux. C'était exactement ce qu'il avait craint. Que croyait Potter ? Qu'il avait pour ambition de diriger une colonie de vacances ? Il avait envisagé d'amener Draco… pas les deux autres.

« Certainement pas ! » explosa Mrs Weasley, en se levant brusquement, à la limite de l'hystérie. « Vous allez monter à l'étage et attendre qu'on vienne vous chercher. Nous partons chez Muriel demain. Cette guerre n'est plus la nôtre ! C'est fini. »

« Non, maman. Ce n'est pas fini. » répondit Ron, fermement.

« Ronald Weasley ! » hurla Arthur en écrasant son poing sur la table, et même Severus eut un mouvement de recul parce que c'était la première fois que le sorcier avait un geste violent. « Obéis. Obéis immédiatement à ta mère. »

« Je regrette. »

Le Professeur de Potions, que cette scène ennuyait légèrement, rencontra le regard empli de reproches de Minerva McGonagall… et détourna très rapidement le sien. Ce n'était quand même pas sa faute si Potter avait fait du zèle, si ?

« Harry, il est hors de question que tu partes… » commença Black mais une nouvelle fois, le ricanement moqueur de Draco l'interrompit.

« Vous allez nous interdire de partir, maintenant ? » s'enquit le blond avec un amusement désabusé. « Vous allez nous interdire d'avoir plus de courage que vous ? Vous me faites pitié… »

L'insulte, crachée presque avec rancœur, lui valut plusieurs regards assassins.

« Il n'est pas question qu'aucun de vous aille se faire tuer. » rétorqua Molly Weasley avec brusquerie. « Je ne vous laisserai pas faire. »

« C'est ridicule ! Aller chercher Excalibur ! Et pourquoi pas se peindre une cible dans le dos ? » renchérit Shaklebolt, et vraiment, il commençait à taper sur les nerfs de Severus… « Il y a des choses plus urgentes que courir après des chimères… »

« Se cacher en attendant que ça passe ? » ironisa Draco et cette fois, ça lui valut une bourrade pas si amicale de la part de Potter.

L'ancien Mangemort était d'accord avec le Survivant. Ce n'était pas le moment d'en rajouter. Molly semblait être prête à stupéfixer tout le monde, à embarquer les adolescents et à fuir à l'autre bout du pays… Et les différentes disputes qui éclataient autour de la table n'apaisaient pas son état d'esprit.

« Ca suffit ! » ordonna brusquement Severus, n'en pouvant plus.

Un silence choqué se fit immédiatement. Silence qu'utilisa Minerva pour se faire entendre.

« Votons. » proposa-t-elle. « Pour ou contre la proposition de Severus. »

Ils étaient un nombre pair… Le Professeur hésita un instant puis soupira. Il avait fait une promesse, après tout… Mais il allait s'assurer que Potter comprenne bien qu'il ne voulait plus de ce genre de coup fourré à l'avenir.

« Ma… proposition inclut la prise en charge des enfants. » déclara-t-il et une nouvelle vague de grondements suivi.

« Ils ne sont pas majeurs, Severus. » intervint posément la sous-directrice. « Et vous n'avez d'autorité sur aucun d'entre eux. »

Severus serra les dents, se forçant à ravaler les insultes qui lui montaient aux lèvres.

« Draco est mon filleul. Si quelqu'un à un quelconque droit légal sur lui, ici, c'est moi. Quant à Miss Granger, je ne pense pas me tromper en disant qu'Albus était son responsable légal… Et il me semble qu'elle est assez vieille pour décider qui elle veut pour tuteur. Aussi provisoire que ce soit. »

Il se garda bien d'exposer la situation du cadet des Weasley et ignora avec application les regards insistants de Potter. Il n'avait pas besoin de se mettre Black à dos pour le moment.

« Miss Granger appartient à ma Maison. Pas à la vôtre. Si quelqu'un doit s'assurer de son… »

« En vérité, Professeur. » coupa Granger de sa voix fatiguée. « Je pense que le Professeur Snape a raison et que d'après la loi j'ai le droit de choisir mon représentant légal. N'importe quel auror pourrait sans doute confirmer cela… »

La jeune fille se tourna vers Tonks plutôt que vers Shaklebolt. Il n'y avait donc pas que Severus que l'homme irritait…

« C'est exact. » acquiesça Tonks pensivement. « Hermione peut choisir. »

Granger la remercia d'un sourire.

« Je ne peux pas autoriser ça ! » gronda Minerva.

« Vous n'avez pas le choix. » rétorqua Severus avec impatience. « Pouvons-nous voter, maintenant ? »

« Très bien. » accorda la sorcière avec colère. « Je votre contre. »

« Contre. » confirma Molly Weasley qui était assise à sa gauche.

La dernière à voter serait donc Tonks, qui était assise à la droite de la sous-directrice.

« Contre. » lança fermement Arthur, adressant à son fils un regard qui en disait long sur le sermon qu'il lui réservait. Mais le cadet des Weasley demeura droit et affronta son père sans flancher. Visiblement, sa décision était prise.

C'était au tour de Black et le cœur de Severus accéléra. Il y avait trois contre. Si Black les rejoignait… Il n'était pas assez stupide pour espérer une victoire totale mais une égalité ferait l'affaire… S'il y avait égalité… Il pourrait batailler encore… Et avoir gain de cause.

Le regard de l'Animagus était planté dans celui de Potter et c'était presque comme s'ils communiquaient en silence. Puis, lentement, il cessa de fixer son filleul pour le dévisager lui. Et le Professeur se plia à cet examen minutieux sans lancer d'insultes et avec autant de bonne volonté qu'il le put.

« Sirius. » rappela Minerva, qui semblait lui avoir volé son rôle de leader à un moment donné de la réunion.

Black garda le silence une minute de plus, semblant étudier avec attention les deux solutions. Finalement, il soupira.

« Pour. »

« Pour. » répéta rapidement Severus, ignorant la diatribe enragée de Molly.

« Contre. » déclara Shaklebolt, rétablissant la supériorité criante des opposants.

Quatre contre deux.

Lupin chercha un instant le regard de Black et sur son hochement de tête, n'hésita pas davantage. « Pour. »

L'unanimité. Il lui fallait l'unanimité…

Tous les regards convergèrent vers Tonks, qui se tortilla, mal à l'aise devant cette attention trop soutenue. Elle ouvrit la bouche et Severus retint pratiquement sa respiration.

De son vote dépendait l'issue de cette guerre…