Bonjour à tous ! *s'exclame-t-elle comme si de rien n'était, parce que non, elle ne s'est pas duuuuuu tout absentée pendant trois semaines. Nope.* Donc... wais. Vraiment, vraiment navrée de mon absence. J'ai dû déménager... trouver un nouveau café à mon goût pour écrire n'a pas été facile... et en plus c'était dur de me remettre dans la tête de certains tributs que j'avais pas touché depuis plusieurs mois... Maaaais, je suis de retour. J'espère.

Plusieurs choses à dire dans cette NdA. Déjà un ÉNORME merci pour vos reviews, ma boîte mail a été envahie et franchement j'en suis très très touchée TT^TT. Je vous aime tous des tonnes et des tonnes. Et je suis désolée d'avoir répondu à vos reviews si tard... vaut mieux tard que jamais ? ^^' (ah, et pour mes lecteurs de Rescapés... je vous promets de répondre aux reviews bientôt ! ...oui, "bientôt" pourrait être dans une semaine ou deux mais... je promets de le faire !)

Hana : Hey ! :) Ceci s'adresse à la review que tu as laissé sur le prologue, pour quand tu auras rattrapé ton retard. Merci beaucoup de faire signe de vie alors que tu es occupée. T'en fais pas, je comprends totalement. J'espère que tu vas continuer d'aimer et merci des encouragements X)

Cookie : Nouvelle lectrice ! \o/ Merci de ta review et des compliments, ça fait vraiment chaud au cœur *-* Et ton point de sponsor est pris en note !

Solène : Merci de tes reviews ! *cœur* Pour Lyth, je comprends que tu veuilles la secouer mais bon... c'est ça les maladies mentales, ça se règle pas si facilement. N'empêche, je ne crois pas que tu dois l'abandonnée de si tôt. Qui sait ce qu'elle arrivera à faire... elle a quand même 3 personnes qui la conseille ;) Sinon, c'est vrai qu'Azure est badass, hein ? *-* J'aimerais trop la connaitre en vrai mdrr.

Nmalia : Ton point est pris en note ! Merci pour ta review et ta participation, ça fait toujours plaisir de faire la connaissance de nouveaux lecteurs X) Et si je puis me permettre, je serais curieuse de savoir quel(le) tribut est ton/ta favoris ? :)

Lyamm : Hey ! Merci de ta review, nouvelle lectrice ! (ou nouveau lecteur ?) :D Ton point est pris en note !

Durant ce chapitre, quelques stylistes sont mentionnés. Je ne les décris pas autant que les mentors et hôtes, mais ne vous inquiétez pas, nous les reverrons. Merci aux créateurs de certains. Ceux des secteurs 1, 4 et 12 viennent de Jay. Du 2 et du 8 viennent de Jun-Fuu, du 5 vient de MonsterMaster, du 6 vient de manoirmalfoys, du 7 vient d'Exogeneis et du 9 vient de D Would.

Le prochain chapitre est en cours d'écriture, je vous promet que je vais aussi vite que possible. Et d'ailleurs, afin de pouvoir poster mes chapitres rapidement, je vais être sans correctrice pour les chapitres des avant-Jeux. Bon, pas nécessairement à tous les coups, mais certains ne seront relus que par Ljay et moi en tout cas. Donc désolée pour les fautes que vous trouverez peut-être, je m'incline bien bas à l'avance.

Les thèmes pour les costumes sont très différents pour ces Jeux, je vais donc vous les mettre ici :

Secteur 1- Beauté / Monstruosité

Secteur 2- Ordre / Désordre

Secteur 3- Exotique / Naturel

Secteur 4- Technologique / Rustique

Secteur 5- Coloré / Décoloré

Secteur 6- Pureté / Souillure

Secteur 7- Moral / Immoral

Secteur 8- Gourmandise / Frugalité

Secteur 9- Lumière / Ombre

Secteur 10- Grandeur / Décadence

Secteur 11- Maître / Esclave

Secteur 12- Vie / Mort

Question 02 : Selon vous, pourquoi ces thèmes ont été choisis pour les Jeux du Capitole ?

Bonne lecture ! (et désolée de cette interminable NdA)


PARADE

Une longue préparation


Cleo Scarenheat, 15 ans, Secteur 9

– Bienvenue dans notre atelier de fortune ! nous salue une femme à la longue chevelure rousse en m'enveloppant dans ses bras.

Quand elle me relâche enfin, mon partenaire de secteur a un petit sourire amusé qui disparaît vite quand elle le colle lui aussi contre sa poitrine. Notre hôtesse lève les yeux au plafond et quitte rapidement par la porte coulissante du wagon. Kayla quant à elle m'adresse un clin d'œil qui me fait frissonner. Qu'est-ce que j'ai fait pour me retrouver avec elle comme mentor ?!

Rien. Je n'ai absolument rien fait pour. À part être née au Capitole, bien sûr.

– Hum… on va bientôt commencer… murmure un jeune homme qui doit avoir la début vingtaine d'un air timide à l'attention de Kayla.

– Je sais, j'attends qu'elle se déshabille, répond-elle tranquillement en m'indiquant d'un mouvement de tête.

Je recule d'un pas, horrifiée, alors qu'elle éclate de rire. La grande rousse s'interpose entre elle et moi, les mains sur les hanches.

– Allons, vous allez intimider la pauvre fillette. N'avez-vous pas une réunion bientôt ?

– Ha ! Comme si c'était important… Peu importe, nous avons plusieurs jours devant nous… Je peux être patiente.

Cachée par la rousse, je suis soulagée de ne pas voir l'expression de la mentor. Elle quitte enfin la pièce et je soupire. Le jeune homme de tout à l'heure me guide jusqu'à un siège avec un petit sourire encourageant.

– Je suis Loumia, se présente la rousse en refermant la porte coulissante. L'assistante d'Usa Linj, votre styliste. Une femme pleine de talent, je vous assure.

– Et moi Soj, ajoute le jeune homme.

Je hoche la tête et me mords nerveusement les lèvres. J'ai le réflexe de me présenter à mon tour mais me retiens tant bien que mal. Ils savent parfaitement qui je suis, et je n'ai pas envie de faire ami-ami avec eux. Se rendent-ils compte de ce qu'il va m'arriver dans quelques jours ?

Avant, j'aurais été extasiée à l'idée de la parade. Mais maintenant que je réalise ce que c'est vraiment… Que je ne suis qu'une marionnette balancée d'un côté à l'autre pour le plaisir pervers des districts et du Capitole… J'ai envie de vomir.

– Alors voilà le plan ! s'exclame Loumia d'un ton enjoué. On commence par vous donner une beauté à zéro, c'est-à-dire se débarrasser de tous les poils en trop, vous récurer de fond en comble, bien laver les cheveux, s'occuper de toutes les petites imperfections de la peau… Ensuite Usa va venir discuter de votre costume pour la parade, on vous prépare… et hop, vous défilez ! N'est-ce pas excitant ?

J'échange un regard consterné avec mon partenaire de secteur. En plus, je ne sais toujours pas son nom. Il me semble plutôt anodin et inoffensif pour le moment, mais… qui sait ce qu'il cache. J'ai du mal à me faire à l'idée que nous aurons peut-être à nous entretuer dans l'arène.

En fait, j'ai du mal à me faire à l'idée que je vais être dans l'arène point barre.

– Bon, on s'y met ? Déshabillez-vous, hop, hop, hop !

– Q-quoi ?! s'étrangle presque mon partenaire de secteur en se relevant d'un coup alors que je me mords pratiquement la langue de surprise.

– Mais oui, Alice ! On n'a pas tout le temps du monde, je vous rappelle ! Il faut qu'on soit prêts pour ce soir mes chéris !

– Ici ? Dans… la même pièce que l-lui ? dis-je d'une petite voix en pointant le dénommé Alice.

– Je sais que c'est inconfortable, s'interpose Soj avec douceur. Mais nous sommes un peu limités dans l'espace, ici. Si vous préférez, on peut vous mettre dos à dos.

Je hoche faiblement la tête, retenant mes larmes tant bien que mal. Si je montre la moindre faiblesse, je me ferai manger toute crue. Il faut que je le prenne comme… comme un oral à l'école. C'est stressant, ça fait peur… Mais je dois juste tenir bon. Après… quand ça sera fini, quand je serai seule… Là je pourrai pleurer, et m'effondrer, et m'apitoyer.

Mais pas maintenant.

Prenant une grande inspiration, je commence à déboutonner ma robe. J'ai les mains tremblantes, mais je fronce les sourcils et me force à continuer. Plus tard. Plus tard. Loumia me tend enfin une robe de chambre. J'ai les joues en feu sous son regard de professionnel sur mon corps nu et je la remercie d'un balbutiement.

Elle s'occupe d'abord de mes poils. Heureusement, je prends déjà bien soin de moi sur ce front, mais elle épile même ceux aux bras et à l'entre-jambe. Partout. Derrière, je peux entendre les grognements d'Alice alors qu'il subit le même traitement.

Elle étale ensuite une lotion sur ma peau afin de calmer les irritations et de bien l'hydrater. Elle me nettoie de fond en compte, jusqu'à ce que je me sente propre mais très sensible aux contacts. Le processus est loin d'être plaisant.

Plus le temps passe, plus je suis anxieuse de rencontrer ma styliste. Loumia me raconte que le thème des secteurs est différent de ceux des districts pour inspirer les costumes. Apparemment, le nôtre est contraste entre l'ombre et la lumière. Ça peut donner de magnifiques costumes, mais tout dépend du styliste.

Je ne sais pas ce que j'attends de la parade. Est-ce que je veux être remarquée… admirée ? C'est bien pour les sponsors, mais ça risque de m'attirer des ennemis parmi les tributs jaloux… Je préfère encore me faire discrète, pour qu'on m'oublie… Comme ça, j'aurai peut-être une chance de m'échapper durant le bain de sang.

Je n'arrive pas à croire que je puisse raisonner aussi calmement. J'ai le cœur qui bat la chamade et envie de pleurer toutes les trois secondes, et pourtant je commence déjà à former un plan d'attaque. J'ai à peine adressé un mot à mon partenaire de secteur, et je m'imagine déjà le tuer dans l'arène.

Qu'est-ce qu'il m'arrive ?

J'ai peur… j'ai peur de ce qu'il va arriver, mais aussi de comment les Jeux vont me transformer. J'ai toujours été en contrôle de mes émotions. Maman s'inquiétait parfois, en disant que je m'en coupais et que ça pouvait devenir dangereux. Mais peut-être… Peut-être que c'est justement ce que j'ai besoin de faire.

Couper mes émotions et sortir vainqueur. Les chances sont minimes, presque inexistantes. Mais peu importe. Je dois être forte. Ma famille m'attend. Je n'ai pas pu dire adieux à mes parents. Je…

– Allo, Cleo ? Ici la Terre !

Loumia passe une main devant mon visage et je cligne des yeux avec surprise. Elle m'adresse un sourire bienveillant.

– Tu étais partie bien loin, ma belle. Je dois te dire, tes cheveux sont absolument exquis !

– Merci, dis-je dans un murmure.

– J'ai presque fini et Usa devrait bientôt arriver. Elle m'a montrée son croquis pour vos costumes… Ça va être fan-tas-tique !

– Génial…

Je force un sourire et risque un coup d'œil en direction d'Alice. Il regarde le plafond, l'air complètement blasé. Je me demande ce qui peut bien lui passer par la tête. Est-il aussi tendu que moi ? Sait-il déjà quelle stratégie prendre pour les Jeux ?

Je vais devoir le garder à l'œil. Comme tous les autres tributs.

Oh… Rien que l'idée de tous les rencontrer me donne envie de vomir à nouveau. Vivement que je sois seule dans ma chambre, parce que j'ai l'impression que mes nerfs vont me donner une crise cardiaque, ou alors que mes organes vont exploser de l'intérieur... que je vais me détruire rien qu'en ayant peur. Il paraît que ça arrive. Des gens qui meurent de peur.

Courage, Cleo. Tu peux le faire.

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Aeder Lydrin, 16 ans, Secteur 7

– Bonjour, chers modèles ! Mon nom est Amaryllis Bartholomew, et je suis la femme qui vous rendra aussi beaux que des dieux ! Considérez-vous honorés de m'avoir comme styliste.

J'écarquille les yeux devant l'entrée spectaculaire de ma styliste. Elle s'est avancée vers moi et Esedra d'un pas ténébreux, portant une élégante robe noire et un diadème doré, alors que ses deux assistants faisaient une drôle de danse derrière elle. Je déglutis et hoche la tête, ne sachant trop quoi dire.

Elle pose les mains sur ses hanches et agite ses longs cheveux bleus d'un air pincé. Immédiatement, Finnian se dirige vers la théière d'un air morose. Mabel, l'autre assistante, se met à sauter sur place en racontant ce qu'ils ont fait jusqu'à maintenant.

– Toi, dit-elle en me pointant de son doigt manucuré. J'ai vu ton body-painting de la moisson. Qui te l'a fait ?

– Euh… je l'ai fait… dis-je d'une voix hésitante.

– Oh, vraiment ? roucoule-t-elle pensivement.

– …Oui ?

– Ça y est ! J'ai un concept ! s'exclame-t-elle en se tournant vers ses assistants.

Ils se mettent à discuter à voix basses, groupés dans un coin du wagon. Je jette un coup d'œil en directement d'Esedra, mais elle m'ignore, les yeux collés au paysage qui défile par la fenêtre du train. Finnian nous a dit que nous allons arriver dans quelques minutes à peine.

Esedra est un vrai mystère. Autant elle semblait sous le choc durant la moisson, autant elle était totalement inexpressive et calme après les adieux. Elle a un air… elle m'intimide un peu, en fait.

Je me tourne à nouveau vers mon équipe de préparation. Mabel ne cesse de glousser avec excitation, alors que Finnian semble de plus en plus exaspéré. Finalement, ils reportent leur attention sur nous et Amaryllis me fait un clin d'œil.

– Mon cher, tu vas te servir de ton talent afin de faire une partie du costume de ta compatriote. Cela devrait attirer l'attention des spectateurs, c'est de la bonne publicité, explique-t-elle. Et puis, j'ai besoin de rectifier ma réputation un peu, de montrer que je peux travailler avec d'autres artistes… quand ils sont à la hauteur.

– Et moi ? Vous allez m'avantager comment ? intervient Esedra d'une voix glaciale.

– Oh chérie. Ne t'en fais pas. Avec ton costume, on ne verra que toi.

Je tente d'échanger un regard inquiet avec Esedra, mais elle détourne la tête, les sourcils froncés. C'est ce moment que choisit le train pour s'arrêter. Je n'avais même pas remarqué que nous y étions. Le district Un.

Je n'ai jamais mis les pieds hors du Capitole, en fait. Normalement, j'aurais été excité d'une telle occasion. Mais c'est loin d'être le cas. Ce n'est pas un voyage… plus comme le déplacement de prisonniers. En tant que tribut, Je n'ai aucun droit, aucun pouvoir de décision. Je ne suis pas là pour admirer le paysage mais pour me donner en spectacle.

– Parfait ! On peut se mettre au boulot maintenant ! s'écrie Mabel d'un ton extatique.

Les trois stylistes s'agitent autour de nous pour sortir tout le matériel. Finnian place de multiples pots de peinture devant moi alors qu'Amaryllis inspecte Esedra soigneusement. Je me sens rougir devant la nudité de ma partenaire de secteur et détourne les yeux.

– C'est pas le temps de faire le timide, mon beau ! chantonne Mabel avec un clin d'œil. Après tout, tu vas lui peinturer l'entre-jambe !

– Q-quoi ? dis-je dans un balbutiement abasourdi.

– Ne me dis pas que tu n'as jamais fait du body-painting avec des modèles nus ? En tant qu'artiste, ce n'est rien de spécial ! Des seins, un vagin, un pénis… pas de quoi en faire tout en drame ! ricane Mabel.

Finnian soupire et lève les yeux au ciel. Cette fois, mon regard alarmé est partagé par Esedra. Que vont-ils nous obligé à faire ?!

– Comme c'est mignon, les voilà qui rougissent, remarque Amaryllis d'une voix traînante.

Si seulement je pouvais tuer rien qu'avec mes yeux. Mabel me pousse dans le dos et je m'arrête à quelques centimètres à peine d'Esedra. Finnian me tend un pot de peinture blanche avec gentillesse, un petit sourire encourageant sur les lèvres.

– Alors voilà le plan. Sa peau noire est vraiment dérangeante pour le plan, tu dois donc la rendre caucasienne. Pour cela, Finnian va t'aider. Pendant ce temps, je prépare vos vêtements avec Mabel, commande Amaryllis. Prend bien soin de mettre de la peinture partout.

Je déglutis et hoche faiblement la tête. Esedra cache sa poitrine tant bien que mal de ses bras et me foudroie du regard. Je lui offre un haussement d'épaule. Pas comme si j'ai le choix de faire autrement… non ?

Après une grande inspiration, je me mets au travail. Elle est très réticente au début, mais Finnian l'encourage au fur et à mesure. Il s'occupe même des parties plus intimes, à mon grand soulagement. Je dois être rouge comme une tomate. C'est la première fois que je vois une fille nue en vrai. J'aurais vraiment aimé que ce soit dans des circonstances différentes. Moi qui me demandait si elle pourrait être une alliée potentielle ou non… après aujourd'hui, je crois que je peux oublier cette idée.

Bientôt, Esedra est complètement blanche. C'est une drôle de vision, car ses traits ne font pas caucasien alors que sa peau si. Quelle horrible idée de la part de la styliste. Non seulement ça ne lui va pas, mais en plus il y a le risque que les sponsors ne la reconnaissent même pas suite à la parade.

– Parfait ! s'exclame Amaryllis en s'approchant de nous. Finnian, il faudrait que tu ailles chercher les bouteilles. Mabel, explique donc à Aeder la dernière étape !

Cette dernière apparaît devant moi avec un grand sourire excité alors que la styliste s'éloigne à nouveau.

– Comme vous le savez, le thème de notre secteur est la différence entre ce qui est moral et immoral. Pour représenter cela, quoi de mieux qu'une jeune fille perdant sa virginité ? N'est-ce pas ?!

J'écarquille les yeux et aperçois Esedra qui recule d'un pas. Est-ce qu'elle propose que…

– Tu vas donc peinturer des gouttes de sang sur son entre-jambe ! termine Mabel joyeusement.

Pendant un moment, je ne peux empêcher un soupir de soulagement. J'ai vraiment cru… qu'ils le feraient pour de vrai… Puis je réalise ce qu'ils me demandent. Mabel me tapote l'épaule et s'éloigne presque en gambadant, me laisse seul fasse à Esedra.

– Je… hum… je suis désolée de… de faire ça… dis-je enfin après un long silence.

– Le fais pas, alors, réplique-t-elle d'un ton cinglant.

Je grimace mais m'accroupis tout de même. Bien sûr, je pourrais refuser. Mais je préfère encore avoir le soutien de ma styliste, même si elle ne semble pas bien talentueuse. N'empêche, si je me la mettais à dos, elle pourrait me faire des horreurs comme costumes et… j'ai besoin de tout le soutien que je peux trouver.

En attrapant sa cuisse pour bien la tenir immobile, je sens une cicatrice sous mes doigts que je n'avais pas remarquée plus tôt. Je lève les yeux vers ma partenaire de secteur qui se mord les lèvres violemment.

– C'est quoi ? On dirait…

– Je me suis prise une balle durant la rébellion, grince-t-elle, et j'ai la forte impression qu'elle retient des larmes.

– Oh. Je suis désolé, dis-je platement.

– Pas besoin de faire l'hypocrite. Je sais bien que tu t'en fous.

– Non, vraiment, je…

– Écoute, t'es en train de peinturer mon entre-jambe à trois centimètres de mes parties. J'aimerais vraiment qu'on n'aie pas ce genre de conversation maintenant.

– Compris…

Je me remets au travail dans un silence de plomb. Je me relève enfin et lui tends son peignoir avec un petit toussotement. Elle s'empresse de l'enfiler, puis se tourne vers moi.

– Tu n'as pas l'air méchant… pour le moment en tout cas. Mais je n'ai aucune intention de m'allier avec toi. Alors… le moins de contact on a, le mieux. D'accord ?

– D'accord.

Je recule de quelques pas et me positionne à la fenêtre. Quelques minutes plus tard, Finnian ouvre grand les portes du wagon, une caisse de bouteilles d'alcool dans les bras. J'arque un sourcil interrogateur.

– Amaryllis veut te faire passer pour un soûlon. Tu sais, genre le clochard qui prend la virginité de la jeune innocente. Elle trouve que ça serait plus réaliste si tu es réellement soûl, explique-t-il d'un ton ennuyé.

Génial.

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Louarn Kelereen, 18 ans, Secteur 2

– Et si on prenait une pause ? Je suis affamée ! s'exclame Anthelmine-Azelie.

Je fusille notre styliste des yeux. Il était pas trop tôt ! Ça fait cinq heures qu'elle et son équipe travaillent sur nous sans nous laisser une seule seconde de répit. Ça doit être illégal un truc pareil, non ? Ils n'ont pas le droit de nous traiter ainsi !

En plus, cette connasse de Leonie n'arrête pas de me lancer des coups d'œil hautains dès que je fais remarquer les mauvais traitements qu'on subit. Excuse-moi princesse, ce n'est pas tout le monde qui est mannequin ! Elle se croit si supérieure parce qu'elle est un peu populaire…

– On mange quoi alors ? dis-je en me détournant.

– Oh, plein de bonnes choses ! répond Anthelmine avec excitation. Mais avant, il va falloir enlever vos costumes. On ne voudrait pas les abimer juste avant la parade, n'est-ce pas ? Croyez-moi, vous ne voulez pas me voir en colère…

Je baisse les yeux sur l'étrange tenue qu'elle nous a confectionnée. Le thème de notre secteur est l'ordre versus le désordre. Apparemment, cela lui a rappelé un vieux jeu de l'ancien monde, le rubik cube. Du coup, moi et Leonie portons des costumes identiques. Une combinaison avec une multitude de petits carrés. Au fur et à mesure, ceux-ci s'organisent selon les couleurs pour former un nuancier horizontal de couleurs, puis ils se désorganisent à nouveau. Et ainsi de suite.

Ça donne un effet tape à l'œil qui devrait attirer les sponsors. J'avais mes doutes en voyant notre styliste au départ, avec son sourire littéralement carnassier, ses yeux bleus sans pupilles, ses cheveux verts en dreadlocks et ses innombrables piercings. Mais finalement, elle semble compétente.

Même si elle est incapable de se souvenir du nom de ses assistants. Ainsi que du mien, d'ailleurs. Mais bien sûr, elle a retenu celui de Leonie, la petite modèle qui fait tout parfaitement.

Je m'emmêle dans mon costume en essayant de le retirer, principalement à cause de ma queue de lézard. Je suis certain d'entendre le ricanement moqueur de Leonie alors que l'un des assistants vient m'aider.

– T'as un problème ? dis-je en me tournant vers elle.

– Rien, j'apprécie le spectacle, c'est tout, rétorque-t-elle

– T'es un peu perverse, hein ?

– Pardon ?! s'écrie-t-elle d'un ton outré.

– J'ignorais que tu voulais me voir torse nu tant que ça…

Ses yeux s'agrandissent et un rire sec lui échappe. Elle croise les bras et arque un sourcil. L'assistant me passe un peignoir que j'enfile avec un petit soupir.

– Désolée princesse, le spectacle est fini.

– Crois-moi, j'ai vu bien mieux, jette-t-elle, l'air furieuse.

– Ah bon ? T'as vu beaucoup de mecs nus ? Plus j'en apprends, plus tu deviens intéressante !

– La ferme ! grince-t-elle. C'est toi le pervers…

Je lève les mains en signe de paix et me frotte les mains alors que des plats sont amenés devant nous par le deuxième assistant. Enfin ! Mon ventre gargouille et je remplis immédiatement une assiette.

– Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquiert Anthelmine à l'adresse de Leonie qui n'a pas bougé d'un pouce depuis que la nourriture est arrivée.

– Rien… j'ai pas trop faim, répond celle-ci avec une grimace de dégoût.

– Quoi, c'est pas à ton goût ? Faut te faire à l'idée, mademoiselle Je-suis-meilleure-que-tout-le-monde-et-je-mérite-l a-meilleure-qualité-de-bouffe-qui-soit. Dans l'arène, t'auras pas de le choix. Y'a même des années où les tributs doivent manger des insectes ou des rats, tu sais ?

Elle me fusille du regard mais ne répond rien.

– Ou alors, tu as peur de grossir ? Tu vas être contente dans l'arène dis donc ! Tu vas pouvoir perdre toute ta graisse ! Et une fois que tu seras bien squelettique, suffira de te pousser un peu pour que tu te casses en deux !

Je lui lance un clin d'œil goguenard et elle serre les poings.

– Tu sauras que c'est pas tous les mannequins qui sont anorexiques. Et les plats ont l'air très bon. J'ai juste pas faim en ce moment, ok ?!

– Est-ce que ce serait les nerfs, peut-être ? La grande mannequin Leonie Crane aurait-elle peur de la parade ?

– Oh, parce que t'es mieux peut-être ? Quelqu'un peut me rappeler qui a tenté de s'enfuir comme un lâche pendant la moisson ? Et qui a tellement pleuré qu'il avait de la morve plein le visage ?

Je me lève d'un bond, renversant mon assiette qui se brise avec fracas sur le plancher. Leonie s'avance d'un pas, aucunement effrayée.

– ÇA SUFFIT ! Non mais c'est quoi cette histoire ?! Vous avez cinq ans peut-être ? s'écrie Anthelmine, le visage rouge de colère.

– C'est elle qui a commencé ! Elle s'est moquée de moi tout l'après-midi, je faisais que lui rendre la pareille !

– Je ne veux pas entendre d'excuses ! Vous pouvez vous haïr autant que vous voulez, mais réglez vos comptes dans l'arène ! En attendant, jouez votre rôle de gentils tributs bien à l'écoute, parce que vous ne voulez pas m'avoir comme ennemie. C'est compris ?

J'échange un regard meurtrier avec Leonie, mais finis par hocher la tête de mauvais gré. Elle ne perd rien pour attendre. C'est décidé. Je lui défonce la gueule dès que j'en ai l'occasion.

– Parfait, soupire notre styliste en se rasseyant comme si de rien n'était.

Je fais de même et me sers à nouveau une assiette, ignorant l'ancienne qui trône au sol en milles morceaux. Anthelmine se met à papoter tranquillement, nous racontant les derniers ragots avec un ton jovial. Apparemment, la styliste du secteur Neuf serait la sœur du tribut du Six. Non seulement ça, mais elle serait en réalité un homme.

Je cesse bien vite de l'écouter. Malgré moi, je me remémore les paroles de mon père. Qu'a-t-il voulu dire en m'annonçant que je connais l'arène ? Et qu'est-ce qu'il lui ait arrivé ? J'espère qu'il va bien… Ils ne vont pas le maltraiter, n'est-ce pas ? Bon, c'est vrai qu'il s'apprêtait à tricher, mais… il n'a rien fait en fin de compte donc… ça devrait aller…

Je passe une main dans mes cheveux, contrarié. J'espère que la parade va bien se passer. C'est sûr qu'à côté de Leonie je risque de passer plus inaperçu, mais peut-être qu'avec ma queue je vais attirer l'attention des gens. Il le faut, parce que ma réputation est mal partie avec la moisson…

Bran et Keuz me manquent déjà. Et papa. Je ne sais pas trop quoi faire pour m'en sortir. Et j'ai déjà une ennemie alors que les avant-Jeux ont à peine commencés. Le mieux serait de me trouver des alliés. Pas les petits ou les faibles, ça sert à rien. Je dois me lier d'amitié avec ceux qui ont du potentiel. Avec la parade, ça devrait me donner une bonne idée de comment sont les tributs.

Le repas se termine vite, et les assistants nous font remettre les costumes. Ils ajoutent comme touche finale sur nos têtes des rubik cubes qui se refont tout seul, et nous sommes fins prêts.

– Bonne chance, les enfants, nous dit gentiment Anthelmine en nous poussant hors du wagon où des Thraxs nous attendent. Vous en aurez besoin.

C'est parti.

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Aindreis Wolfgang, 13 ans, Secteur 11

– C'est du machisme typique ! Tu ne peux pas l'envoyer dans un costume pareil, Yoon ! s'écrie Lillith – je n'arrive toujours pas à savoir si c'est son vrai prénom ou pas – d'un ton furieux.

– Oh, calme-toi veux-tu ? sourit jovialement notre styliste. Je croyais que tu serais contente, j'ai mis la fille comme maître !

– Tu aurais pu la mettre en reine plutôt qu'en pute !

Du coin de l'œil, je vois le sursaut de Skyler qui se recroqueville un peu plus. La tête basse et les épaules rentrées, elle tente de remonter son haut afin d'amoindrir le décolleté. Quant à moi, je triture nerveusement mon collet, me balançant d'un pied à l'autre.

– De toute manière, il est trop tard maintenant ! s'exclame Yoon pour mettre fin au conflit.

Il se tourne vers nous et accomplit une petite courbette, la même que quand il s'est présenté à nous.

– Bonne chance, mes amis. Et Skyler, n'oublie pas. Tu as un grand potentiel, je peux le voir. Garde la tête haute et tout se passera bien ! termine-t-il en touchant le nez de ma partenaire de secteur affectueusement.

Je réagis à peine au flagrant traitement de faveur. C'est normal, après tout. Entre la fille de dix-sept ans qui fait un mètre quatre-vingt et le gamin de treize ans qui lui arrive à peine aux épaules, le choix n'est pas difficile. Yoon nous salue une dernière fois et nous quittons le wagon.

Dans le couloir, deux Thraxs nous guident hors du train. Les charriots sont déjà placés sur le quai, et toutes les entrées de la gare sont bloquées afin que personne ne puisse apercevoir les costumes des tributs avant l'heure. Immédiatement, Skyler se redresse et tire sur ma laisse.

Nous sommes les deuxièmes à être sortis du train. À notre gauche, les tributs du Deux sont perchés sur leur propre charriot. Le garçon siffle Skyler avec un sourire aguicheur. C'est vrai qu'avec sa tenue de cuir, ses talons aiguilles et le fouet accroché à sa taille, elle se fait remarquer.

– Tu promènes ton chien ? se moque le garçon en attrapant sa queue de lézard distraitement. Comme il mignon !

Je baisse les yeux sur mon costume. Des oreilles de chiens, une tenue moulante avec des la fourrure aux endroits stratégiques, les grosses menottes de fer, le collet et la chaîne qui sert de laisse que Skyler contrôle… Je dois avoir l'air ridicule. Yoon, lui, trouvait que ça me rend adorable. Que les spectateurs se souviendront de moi, que j'aurai probablement des sponsors qui auront pitié de moi…

– La ferme, Louarn, intervient Leonie Crane d'une voix énervée. Au moins il est mignon comme ça. Toi t'as l'air d'une espèce de mutation ratée.

– Tu te rends compte qu'en insultant mon costume, tu insultes le tien par la même occasion ?

– Je parlais de ta queue. Dis, tu te l'es greffée pour compenser ?

– Compenser pour quoi ?

– Mais pour ta vraie voyons ! Elle est trop petite c'est ça ? Tu te sentais mal dans ta peau ?

– Si tu voulais la voir, suffisait de demander ! Pas besoin de tourner autour de pot ! J'ignorais que tu étais si intéressée…

Skyler me tire en direction de notre charriot avant que je ne puisse entendre la réponse outrée de la tribut. Elle m'adresse un petit sourire d'excuse en me voyant frotter mon cou.

– Désolée… j'ai juste pensé que c'était mieux de se tenir éloignés… Ils ne semblent pas particulièrement sympathiques.

– Me demande ce qui leur est arrivé pour se détester autant après seulement quelques heures…

Skyler hausse les épaules, puis se mord la lèvre inférieure avec une mine inquiète.

– Tu crois qu'on va se faire remarquer durant la parade ?

– Toi oui, en tout cas. En plus tu t'es portée volontaire…

Je me tais brusquement alors qu'un voile passe devant ses yeux. Elle baisse la tête et serre les poings. Du sang perle de sa lèvre. J'avais oublié. Elle a été forcée par son propre père. Ça doit être une horrible sensation, d'être trahie ainsi par sa famille, par les gens qui sont sensés nous supporter quoi qu'il arrive. Pourquoi elle l'a fait ? Pourquoi elle a suivi son ordre ? J'aimerais lui demander, mais je n'ose pas. Ça ne me regarde pas.

D'autres tributs commencent à arriver sur le quai. La plupart s'ignorent complètement. Les deux du Cinq se parlent à voix basses. Le garçon semble essayer de rassurer la fille. Elle doit être la plus jeune des tributs... elle semble minuscule, en tout cas. Leurs costumes sont un peu bizarres. Lui est un clown et elle un mime. Je me demande quel est le thème de leur secteur…

À part elle, ils sont tous l'air si… grands, forts, compétents… Qu'est-ce que je peux faire, moi ? Des tours de magie ? Ça ne sert à rien ! Ce n'est pas ça qui va me permettre de me défendre… certainement pas de tuer. Je passe inaperçu aux yeux de tous. Qui se préoccuperait de moi, après tout ? Je suis une proie si facile…

– Aindreis ?

Je relève la tête. Skyler m'observe, les sourcils froncés.

– Est-ce que ça va ? demande-t-elle doucement.

Je hoche la tête, la gorge nouée. J'avais décidé que je ne pleurerais plus après les adieux. Que je serais fort. Que je me battrais. Mais maintenant que je me retrouver face à tous mes adversaires… Je suis mort de trouille.

– Juste… les nerfs, dis-je finalement d'une voix faible.

– T'es pas le seul. Je te parie que je vais me planter en plein milieu de la parade à cause de mes talons, m'avoue-t-elle d'un air sombre.

– Et moi, je vais rater mon tour à coup sûr…

– Ton tour ?

– Ouais… Yoon m'a proposé de faire ça… pour attirer l'attention des spectateurs. Je suis magicien dans mes temps libres.

– Vraiment ? s'étonne-t-elle, une lueur d'intérêt dans les yeux. Ma mère m'a amenée dans un cirque une fois… pendant l'absence de mon père.

Elle se tait quelques secondes, son expression à nouveau triste, mais se reprend vite en main.

– Tu me fais voir ? Ça pourrait nous changer les idées un peu…

Je hoche la tête, nerveux. Je ne devrais pas l'être, c'est un tour tout simple que j'ai fait plein de fois. Mais je n'y peux rien. Bientôt, tout Panem me verra l'exécuter. Et si je rate mon coup, je serai la risée…

Prenant, une grande inspiration, je me mets au travail afin de me libérer de mes menottes. Yoon les a confectionnés exprès pour cela. Skyler regarde avec attention, un minuscule sourire aux lèvres.

Sauf que je n'y arrive pas. Les minutes passent et je suis de plus en plus fébrile, incapable de me débarrasser des entraves. Finalement, je me laisse tomber au sol, désespéré. Je lève les yeux en direction de Skyler.

– J'y arrive pas… je suis vraiment nul…

Elle tente de s'accroupir, probablement pour me consoler, mais s'enfarge dans ses talons et s'étale par terre avec fracas. Je l'aide immédiatement à se relever et nous nous regardons quelques secondes en silence. Elle, rouge de honte, et moi, les larmes aux yeux de frustration.

Nous éclatons de rire.

– On fait une belle paire, hoquète Skyler en se tenant le ventre.

– C'est le cas de le dire, raille une voix féminine derrière nous.

Mon rire meurt d'un coup et je me retourne pour me retrouver nez à nez avec une fille aux longs cheveux blancs et au cruel sourire.

– Si c'est ça la compétition cette année, je vais gagner haut la main, ricane-t-elle en s'éloignant sans un regard de plus.

Elle rejoint le charriot du secteur Six et s'y perche avec aisance, la mine décontractée. Je déglutis avec difficulté et échange un regard inquiet avec Skyler. Cette fille ne me dit rien de bon.

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Corisandre Harrietty, 16 ans, Secteur 4

Je m'arrête avec un soupir exaspéré et me retourne. Etan me lance un regard énervé, trimballant la roue à manette derrière lui. Je dois à nouveau me dépêtrer des fils qui s'encombrent dans mes jambes.

– Je déteste ce costume.

– Et tu crois que c'est le coup de foudre pour moi ? se plaint mon partenaire de secteur.

– Toi, je m'en fous de ce que tu penses.

– Sérieusement, Cori, tu-…

– M'appelle pas comme ça, dis-je sèchement. On n'est pas amis, alors pas de surnoms, compris ?

Il lève les yeux au ciel. Comment ose-t-il ? Il se comporte avec moi comme si de rien n'était, comme s'il n'avait pas pris ma virginité quand j'avais quatorze ans pour ne plus jamais me reparler par la suite. Comme s'il n'avait pas été un connard de première. Comme si ma virginité ne voulait rien dire pour lui.

Je le hais. Rien que de le voir me donne envie de vomir, mais en plus je dois lui parler, partager les mêmes quartiers que lui… J'ai même dû le voir nu pendant les préparations à la parade ! La première fois était bien assez, merci.

– Sérieusement, Corisandre, reprend-il d'une voix conciliante, je sais que j'ai mérité l'humiliation ce matin, je le sais. Et je-…

– Sullivanov, Harrietty ! le coupe une voix autoritaire.

Je me retourne, reconnaissant notre mentor et notre hôte qui se dirigent vers nous à grands pas. Ils observent nos costumes quelques secondes. Etan porte un accoutrement vieillot fait d'un tissu rêche qui semble plus qu'inconfortable. On dirait qu'il porte un sac à patates. Heureusement pour lui, notre styliste l'a laissé torse nu pour qu'il attire tout de même l'attention des dames en chaleur. Malheureusement, son visage bouffis et ses deux yeux au beurre noir ne l'aident pas dans ce sens.

J'ai tout de même eu le meilleur côté de la médaille. Le thème de notre secteur est technologique versus rustique. Etan représente le rustique, et moi la technologie. J'ai donc hérité d'une tenue noire moulante au généreux décolleté – je crois que le but est d'imiter les scaphandres de certaines séries de science fiction aux héroïnes exagérément sexys. Il a ajouté à cela des lignes de lumières fluorescentes qui s'allument quand Etan fait tourner sa manivelle afin de générer de l'électricité.

– Pas mal, commente enfin Lateefah Galloway avec un hochement de tête appréciateur.

– C'est fan-tas-tique, oui ! renchérit Miro Underwood.

– Vous vouliez quelque chose ?

– Oui, venez à part, me répond ma mentor. On a une stratégie.

Miro aide Etan à traîner sa roue et nous nous dirigeons vers un coin tranquille de la gare, hors de vue et d'ouïe des autres tributs. Notre hôte semble tout excité, un large sourire collé au visage alors qu'il nous invite à nous asseoir.

– Nous avons bien réfléchi, votre merveilleuse mentor et moi, et nous pensons que vous devriez faire croire à tout le monde que vous êtes en couple.

– Sérieux ? s'exclame Etan alors que je reste bouche bée devant la suggestion.

– Les nouveaux amants maudits… ça sonne bien, non ? Ça devrait aussi toucher les habitants des districts, après l'histoire d'amour de Katniss Everdeen et Peeta Mellark. Le drame de la chose vous amènera nombres de sponsors. Et probablement nombres d'alliés potentiels parmi les tributs, aussi.

– Il en est pas question !

Lateefah arque un sourcil devant ma déclaration et je croise les bras, levant le menton en signe de défi. C'est déjà assez que je doive supporter sa présence, pas question de faire croire que je suis amoureuse en plus !

– Ce n'était pas une suggestion, rétorque calmement ma mentor. Vous avez besoin de ça. Si tu refuses de suivre nos conseils, tu peux être certaine que je ne t'aiderai pas. Je n'ai pas envie de sauver la vie d'une petite gosse de riche qui se croit meilleure que tout le monde. Ravale ta fierté et fais ce qu'il faut pour survivre dans l'arène.

– Mais… de toute manière, personne ne va y croire ! Je l'ai frappé devant les caméras !

– Il suffit de dire que tu étais dévastée en te rendant compte qu'il serait dans les Jeux avec toi. Que ça t'a fait perdre la tête pendant un instant. Ou alors que c'était ta façon de te protéger, d'essayer de t'éloigner de lui dès le début. Mais que maintenant, tu te rends compte que ça ne sert à rien, tu as besoin de lui, tu ne pourras jamais le tuer... Je m'en fous de comment tu l'expliques. Les gens sont prêts à gober n'importe quoi, termine Lateefah d'un ton empli de dédain.

– C'est justement parce qu'il y a eu un si fort échange entre vous durant la moisson que ça rend cette stratégie possible, ajoute Miro avec un sourire bienveillant. Et puis, je dois vous dire, vos auras sont très compatibles. Vous ferez une bonne alliance.

– Mais je le déteste ! dis-je d'une voix beaucoup trop plaintive à mon goût.

– Tant mieux, alors, répond Lateefah. Comme ça tu pourras le trahir sans problème dans l'arène.

J'ouvre la bouche, prête à refuser, mais son regard plus que sévère m'arrête dans mon élan. Si je ne suis pas ses conseils, elle ne m'aidera plus. Je serai laissée pour compte. J'ai… j'ai besoin d'elle, et de Miro. J'ai besoin de survivre.

Je tourne mes yeux vers Etan. Il est silencieux, complètement calme. On dirait que ça ne change rien pour lui. Que c'est facile, pas important. Mais bien sûr. Il doit être habitué de jouer la comédie avec les filles. De faire semblant de les aimer afin de les baiser aussi tôt que possible puis de les abandonner comme une vieille chaussette usée.

Prenant une grande inspiration, je hoche la tête. Un sourire étire les lèvres d'Etan. Sale connard. Je serre les poings. C'est seulement quelques jours. Après, je pourrai le trucider comme bon me semble. Il ne verra jamais le coup venir.

Nous retournons parmi les autres tributs alors que Lateefah et Miro nous quittent. L'un des organisateurs de la parade nous prévient que celle-ci commence dans cinq minutes. Alors que je m'apprête à grimper dans le charriot, Etan m'attrape le poignet. Je me retourne d'un bond, prête à lui lancer une remarque cinglante avant de me souvenir que je suis sensée l'aimer.

– Quoi ? dis-je finalement dans un murmure énervé.

Il reste silencieux quelques secondes, une lueur étrange dans les yeux, et soudain se met à genoux sur le sol, ne me quittant pas du regard.

– Corisandre… Je suis désolé. Pour ce que je t'ai fait… pour… pour être parti comme ça, pour ne pas t'avoir respectée. J'ai cherché à m'excuser tellement de fois, mais je ne savais pas comment m'y prendre, quoi dire ou quoi faire… C'est… vraiment con que ça ait pris les Jeux pour que j'agisse mais… Sérieusement, je suis désolé.

Je grince des dents. J'aimerais lui hurler dessus. Le gifler. Lui arracher ses foutus cheveux toujours étincelants, lui crever ses yeux violet. Comment… comment peut-il faire ça maintenant ? S'excuser pour ce qu'il m'a fait de façon si peu sincère… comment peut-il jouer la comédie pour quelque chose de si important ?

Il va me le payer. Dans l'arène, définitivement, il va me le payer !

Mais pas maintenant. Pas tout de suite. Car moi aussi, je dois jouer la comédie. Moi aussi, je dois participer à cette mascarade. C'est quoi le dicton, déjà ? Garder ses amis proches, et ses ennemis encore plus ?

– Je te pardonne, Etan.

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Lullaby-Jay Parr, 17 ans, Secteur 3

Arméthyste est obligé de me soutenir pour descendre du train. Il a un mouvement de recul en effleurant mon sein nu, mais le nuage de souffrance dans lequel je flotte depuis cette après-midi m'enlève l'énergie de réagir. Du coin de l'œil, je le vois froncer les sourcils.

– On est les derniers arrivés, commente-t-il doucement.

Je peux sentir les regards qui pèsent sur nous immédiatement. On doit être tout une paire à voir. Ayant la malchance d'être tombés sur le thème d'exotique versus naturel, notre styliste a eu l'ingénieuse idée de nous mettre à moitié nus. La partie gauche de mon corps est affublée de plumes, d'une tunique garnies de joyaux, d'un maquillage extravagant… et la partie droite est complètement au naturel.

Je me souviens de mon inquiétude quand le styliste m'a regardée d'un air désapprobateur. « Liam te trouve trop capitolienne. » a-t-il dit avec son étrange façon de parler à la troisième personne. J'ai un frisson rien qu'en pensant à lui et son « titan » – comme il dit si affectueusement – qu'il parade en portant des pantalons aux coques impressionnantes pour montrer sa protubérance.

Cet homme me dégoûte profondément, et je le hais de toute mon âme. Il n'est qu'un pervers, un sadique qui se croit le maître du monde, qui ne pense qu'à lui-même. Il m'a plongée dans un bain d'acide sans même se préoccuper de mon bien être.

– Hey, besoin d'aide ?

Avant d'avoir une réponse, un autre bras se glisse autour de ma taille afin de me soutenir. Arméthyste retient à peine son soupir de soulagement. Je gémis, la peau encore sensible.

– Qu'est-ce qu'ils lui ont fait ? demande la voix masculine alors que je ferme les yeux et me laisse glisser dans l'étreinte bien malgré moi.

– Ils lui ont déteint la peau… elle était bleue avant, répond lentement mon partenaire de secteur, le ton réticent. Ça a eu l'air douloureux.

Je me mords la langue, les larmes aux yeux. Je n'avais jamais eu aussi mal de ma vie. Une souffrance aveuglante, faisant tout oublier. Si envahissante que pendant quelques instants, je ne me souvenais même plus qui j'étais. Ils m'ont mise dans le bain, des pieds au menton, pendant deux interminables heures. Sans oublier la crème sur mon visage, qui elle a dû rester quatre heures.

Tout ça pour un costume.

Oh, bien sûr, Liam a dit que c'était pour mon bien. Que de toute manière, j'aurais été une cible facile dans l'arène. Que c'est mieux ainsi, que c'est comme un pansement, il faut l'enlever vite. Connard. Salaud.

Peut-être que c'est ma punition. Pour ce que j'ai fait à mon petit frère. Pour m'être portée volontaire. Peut-être que c'est exactement ce que je mérite. S'il apprenait ce qu'ils m'ont fait, Lieutenant-H serait probablement content. Il penserait sûrement que c'est le prix à payer pour l'abandonner ainsi. J'ai fait la pire des choses qui soit. Je l'ai trahi. Trahi sa confiance, son amour.

Cette douleur… peut-être que c'est ce dont j'avais besoin pour me reprendre en main. Avec cette haine en moi, cette envie de vengeance, ce désir absolu de faire payer pour tout ce que j'ai subi cet après-midi… Jumelé cela avec l'obligation que j'ai de revenir pour mon frère…

J'ai enfin une raison de vivre. Elle est faible, possiblement mal placée, possiblement de courte durée. Mais peu importe, c'est un répit du vide abyssal qui semble m'habiter constamment. Qui me colle à la peau comme une sangsue et qui me bouffe mon oxygène, mon énergie… Qui rend la simple action de se lever le matin la pire des tortures, parfois. Le plus grand des défis.

Mais maintenant, je connais la vraie douleur.

– Et hop !

Je reviens à moi alors que je suis haussée sur le charriot. Deux yeux argent, dont l'un à la pupille en forme de « X », croisent les miens, encore plus étincelant par le contraste avec sa peau noire d'encre.

– Tout le plaisir était pour moi, princesse, rigole le tribut devant mon silence.

Le remerciement reste bloqué dans ma gorge – je n'ai toujours pas réussi à prononcer un seul mot depuis la moisson. Il sourit gentiment et me fait un clin d'œil. Il porte une énorme couronne sur ses cheveux rouges, et est affublé d'un costume qui fait grandement penser aux rois de l'ancien monde.

Je recule le visage et détourne la tête, gênée. Il m'attrape alors brusquement le menton et me regarde droit dans les yeux, la bouche entrouverte.

– Bleus-verts avec une tache ambre… je connais ces yeux, murmure-t-il d'un air étonné.

– Tu permets ? l'interrompt Arméthyste en essayant de monter sur le charriot à son tour.

Je pose une main timide sur son poignet afin de me dégager et il lâche enfin prise, laissant le passage à mon partenaire de secteur. Mais il continue de m'observer, les sourcils froncés.

– On s'est déjà rencontrés ? demande-t-il enfin.

Je tourne la tête de gauche à droite. Je m'en serais souvenue si j'avais déjà vu quelqu'un à l'apparence aussi extravagante.

– Non ? Pourtant, j'ai vraiment l'impression que…

– Trente secondes avant la parade ! hurle une voix à notre droite. Retournez tous dans vos charriots respectifs !

Le garçon lance un regard distrait derrière lui. Une fille lui fait faiblement signe de la main. Il vient donc du secteur Dix. Il se tourne à nouveau vers moi, et un large sourire étire soudain ses lèvres.

– Dis, si je respecte pas les instructions, ils seront vraiment énervés, hein ? J'en ai vu une en arrivant dans la gare… Je te jure, elle était à veille de s'évanouir tellement elle avait peur qu'un truc tourne mal.

Je penche la tête, ne comprenant pas où il veut en venir. Il s'agrippe alors au rebord du charriot, et d'un bond souple, s'y introduit en me poussant doucement.

– Qu'est-ce que tu fais ?! s'alarme Arméthyste.

– Je fais comme bon me semble ! rétorque le tribut en éclatant de rire.

Du coin de l'œil, j'aperçois des Thraxs qui se précipitent vers nous. Mais il est trop tard, car nos chevaux viennent de s'élancer à la suite des deux secteurs qui nous devancent. Le garçon attrape alors sa couronne et la pose sur la tête d'Arméthyste avec un clin d'œil.

– C'est pas trop mon truc d'être un roi. Et toi, ajoute-t-il en me pointant du doigt. Toi, je sais qui tu es ! Lullaby-Jay ! On a déjà joué ensemble y'a plusieurs années de ça. Nos parents étaient amis… Tu t'en souviens probablement pas. J'avais réussi à te convaincre de t'enfuir pour découvrir la ville sans les parents.

J'écarquille les yeux et un soubresaut du charriot m'envoie valser dans ses bras. Il m'attrape facilement et me tire la langue, révélant un tatouage du signe de l'anarchie.

– Content de te revoir ! Moi c'est Eodhan, au cas où t'aies oublié !

Nous passons les grandes portes de la gare et le soleil m'aveugle pendant un instant. Toujours soutenue par Eodhan, le garçon qui avait marqué ma vie petite mais dont j'avais oublié le nom et l'apparence, je m'apprête à subir la parade.

La vie est vraiment surprenante, parfois.