Chapitre 25 – Une Magicienne nommée Polly

Seize ans plus tard

Ce fut le réveil qui me tira du sommeil. Je grommelai : je faisais un beau rêve, dans lequel je repartais à Poudlard. Bâillant à m'en décrocher la mâchoire, je repoussai mon côté de couverture en veillant à ne pas réveiller Charlie.

Le pauvre : il avait été malade toute la nuit. Sa respiration sifflante me fit de la peine, mais aujourd'hui, il n'y échapperait pas : je passerais chez l'apothicaire à mon retour pour refaire le plein de Pimentine.

Je nouai la ceinture de mon peignoir autour de ma taille, puis sortis de la chambre en traînant des pieds, avant de m'enfermer dans la salle de bain.

Autant profiter du calme avant la tempête !

Tout en me brossant les dents, je notai que quelques mèches grises clairsemaient ma chevelure au niveau des tempes.

Que faire ? Laisser tel quel ou utiliser un colorant ?

- C'est pas beau de vieillir, marmonnai-je à mon reflet.

Une fois douchée et habillée, j'allai réveiller mes enfants.

Je toquai d'abord à la porte de la chambre de mon aîné avant d'entrer. Je traversai avec soin la pièce, de peur de me cogner sur sa valise ou de marcher sur ses jouets - pardon, ses « objets de collection » qui traînaient sur le sol.

- Debout mon chaton, il faut se lever ! chantonnai-je à l'adresse du tas de couvertures qui surplombait le lit.

Je tirai d'un coup sec les rideaux, ouvris la fenêtre, et poussai les volets. Un vent frais entra dans la chambre et j'entendis Jamie grommeler.

L'aube se levait à peine et chassait les dernières étoiles du ciel. Une bonne odeur de terre mouillée me chatouilla les narines.

- Jamie, je ne te le dirai pas deux fois, répétai-je en me tournant vers lui.

Un grognement inintelligible me répondit, et j'employai la manière forte en faisant léviter son édredon à l'aide de ma baguette.

- Maman ! rouspéta-t-il, furieux d'être ainsi exposé au froid du petit matin.

- Debout jeune homme ! On part dans deux heures. Et tu me feras le plaisir de ranger un peu ta chambre.

Je sortis en laissant mon bougon de fils émerger de son sommeil pour me rendre dans la chambre en face de la sienne.

Évidemment, le lit était vide.

Je descendis dans la cuisine pour y trouver ma fille attablée devant son petit déjeuner. Olivia leva les yeux vers moi quand j'entrai et me souris :

- Bonjour maman !

- Bonjour mon petit hibou. Bien dormi ?

Elle leva la tête pour recevoir son bisou du matin. J'en profitai pour la serrer un instant contre moi, avant de préparer ma tasse de café.

Je m'installai devant elle et fis léviter tasse et cafetière devant moi, tandis qu'Olivia beurrait avec soin mes tartines.

- J'ai entendu papa tousser toute la nuit, dit-elle.

- Il a la grippe. Il ne vous emmènera pas à l'école cette fois-ci.

Olivia fut déçue : elle adorait son père. Elle lui ressemblait d'ailleurs, d'une manière frappante : elle avait hérité de ses cheveux roux et de ses innombrables taches de rousseur.

Jamie en revanche tenait de moi : nous partagions le même désespoir chaque matin devant le miroir à tenter de dompter notre chevelure châtain hirsute.

Mon fils ne tarda pas d'ailleurs à nous rejoindre, de mauvaise humeur.

- B'jour, grommela-t-il en se laissant tomber sur le siège à côté de sa sœur.

Il trempa sans passion sa tartine dans son chocolat et je me demandai comment il s'en sortait seul à Poudlard sans sa mère pour le tirer du lit.

- J'en connais un qui s'est couché tard, se moqua Olivia.

- C'est pas ma faute, je terminais le dernier Assassin's Creed ! se justifia-t-il. Et puis, tu peux parler toi : j'ai vu de la lumière sous la porte de ta chambre jusque tard dans la nuit, tu écrivais encore tes âneries !

- Jamie ! grondai-je tandis qu'Olivia prenait un air outré.

- Je préfère écrire des âneries plutôt que de me bousiller le cerveau devant des jeux vidéo débiles ! rétorqua-t-elle.

- Hé ! Ça suffit vous deux ! m'exclamai-je en sentant venir la dispute.

Ils se tirèrent mutuellement la langue pour avoir quand même le dernier mot.

- Vos valises sont faites ? demandai-je pour changer de sujet.

Olivia me répondit d'un « oui ! » sonore et Jamie grommela. Étonnant.

- Chéri, je t'ai demandé hier soir si tu avais besoin de mon aide, soupirai-je.

La sonnette à la porte l'empêcha de répondre. J'échangeai un regard avec mes enfants : il était bien trop tôt pour recevoir de la visite !

- C'est peut-être Teddy ? suggéra Jamie, plein d'espoir.

- Restez là tous les deux, ordonnai-je en me levant.

Je pris avec moi ma baguette et allai ouvrir à l'inconnu qui persistait à sonner. Je levai les sortilèges qui protégeaient la porte et l'entrouvris, méfiante :

- Oui ?

- Vous êtes Polly McBee ? demanda un homme vêtu d'une veste bleue et portant une sacoche défraîchie.

- Peut-être... C'est pour quoi ?

À l'abri de son regard, je tins ma baguette prête à toute éventualité. Il fouilla à l'intérieur de son sac pour un sortir une enveloppe jaunie par le temps.

- J'ai du courrier pour vous.

- Du courrier ? répétai-je, étonnée. Il est un peu tôt, non ?

- Celui-ci est très spécial : cela fait près de cent ans qu'il dort dans nos cartons ! Le destinataire de l'époque a demandé à ce qu'il soit donné en main propre à une certaine Polly McBee, ce 1er septembre 2015, à 7h40 très précises. C'est vous ?

- Oui, grommelai-je, en cachant ma baguette et en ouvrant grand ma porte.

Le postier eut un petit rire :

- Avec les copains, on avait parié : on dirait que j'ai gagné ! Tenez, il faut que vous signiez cette décharge.

Il me tendit un récépissé que je signai, et il me donna l'enveloppe.

- Bonne journée, Madame !

- Vous aussi.

Je fermai la porte et fis face à mes enfants qui n'avaient pas manqué une miette de la conversation.

- C'est de la part de qui ? chantonnèrent-ils d'une même voix.

- À votre avis ?

Je donnai l'enveloppe à Jamie qui étudia le tampon de la poste, daté du 1er septembre 1916. Il l'ouvrit et une carte postale lui tomba dans les mains. Mes enfants éclatèrent de rire en étudiant l'image : il s'agissait du dessin d'un militaire écossais au garde à vous, derrière lui, un âne lui soulevait le kilt tandis qu'en arrière-plan, un officier venait à sa rencontre.

- C'est de Tom ! s'écria mon fils. Et il a laissé un mot : « À Jamie et Olivia : passez une bonne rentrée des classes. À bientôt, Tom M. ». Dis maman, je peux garder la carte ?

- Si tu veux, mon chaton...

J'étais prête à parier que la carte aurait fait le tour du Poudlard Express avant la fin de la journée.

- Et maintenant, va finir de préparer ta valise. Allez ouste !

Jamie fila aussitôt dans les escaliers. Sa sœur ne le suivit pas et je m'inquiétai :

- Qu'y a-t-il mon petit hibou en sucre ?

- Maman, tu crois qu'un jour je serai aussi bon écrivain que Mamily ?

- Mais bien sûr ma chérie ! la rassurai-je aussitôt. Pourquoi dis-tu ça ?

Ma fille haussa les épaules : je compris.

- Je vois. C'est à cause de ce que ton frère t'a dit ? Ne l'écoute pas. Ton père et moi sommes très fiers de tes talents d'écrivain.

Olivia excellait dans le domaine de l'écriture. Elle avait d'ailleurs repris lors de sa deuxième année le journal qu'avait créé sa tante Rose, le Petit Poudlard. Et tous les mois, Charlie et moi recevions notre exemplaire par hibou. Je savais également qu'elle rédigeait en grand secret son premier roman.

Je lui caressai affectueusement ses boucles rousses et lui embrassai la joue.

- Allez, va finir ta valise maintenant.

Je l'entendis grimper les marches tandis que je rangeais la cuisine d'un coup de baguette magique. Puis je montai voir l'état de santé de Charlie.

- Tu es réveillé ? chuchotai-je en passant la tête dans l'embrasure de la porte.

- Je vais mourir, l'entendis-je grommeler entre deux quintes de toux.

J'entrai dans la chambre et m'assis à côté de lui, touchant son front brûlant de fièvre.

- Mon pauvre amour... Pas de rentrée scolaire pour toi cette année.

- Je dois y aller, grogna-t-il. C'est la dernière rentrée de Jamie.

- Il en est hors de question. Tu restes ici, bien au chaud.

- C'est pas juste, soupira-t-il.

- Mais c'est comme ça.

Je lui embrassai son front moite de sueur et il ferma les yeux.

Je le bordai avec douceur et quittai la chambre sur la pointe des pieds.

- MAMAN ! OU AS-TU MIS MES CALEÇONS ? hurla Jamie.

- Mais chuuuut enfin ! Ton père dort.

- D'accord, chuchota Jamie. Maman, où as-tu mis mes caleçons ?

oOo oOo oOo

À neuf heures, les malles étaient bouclées et entreposées dans le coffre de la voiture. J'attendais que les enfants disent au revoir à leur père avant de partir : enroulé dans une couverture, le nez rouge, une chaussette sur deux au pied, il serrait fort dans ses bras Jamie et Olivia, chacun lui promettant de nous écrire souvent.

- J'y compte bien, leur répondit Charlie d'une voix cassée. Soyez sages tous les deux, et je parle surtout pour toi Jamie.

- Moi ? s'écria ce dernier, outré. Mais je suis toujours sage !

- À d'autres. Allez, filez maintenant !

Les enfants l'embrassèrent une dernière fois et sortirent de la maison.

- Je passerai prendre de la Pimentine sur le Chemin de Traverse, lui promis-je. Tu veux autre chose ? De la soupe ? Des fruits ? Une pâtisserie ?

- Un bisou magique ? se moqua-t-il. Vous allez être en retard.

- À tout à l'heure !

Une fois dehors, ce fut pour constater que Jamie et Olivia se disputaient pour savoir qui serait assis devant. Je jetai un coup d'œil à ma montre :

- Dépêchez-vous de vous décider ! m'exclamai-je.

Olivia fut le plus prompte à réagir et s'engouffra la première dans la Coccinelle, choisissant la place avant. Jamie bouda à mort et s'installa à l'arrière de la voiture.

- Allez, dites au revoir à la maison ! dis-je en faisant tourner le moteur.

- Maman, on a plus cinq ans ! rétorqua Olivia, qui se tourna quand même vers la fenêtre pour saluer son père.

En temps normal, le trajet mettait près de quatre heures, mais, grâce à papi Arthur et sa passion pour la mécanique, nous ne mîmes qu'une quarantaine de minutes pour rejoindre la gare de King's Cross.

Les enfants étaient surexcités par leur rentrée des classes : Jamie avait hâte de reprendre ses entraînements de Quidditch au sein de l'équipe des Gryffondors, et Olivia prenait déjà très à cœur ses nouvelles responsabilités de préfète des Serdaigles.

Nous arrivâmes enfin devant la gare londonienne, mais je tournai un peu avant de trouver une place de parking libre. A peine le moteur éteint que les enfants sautèrent hors de la voiture pour sortir leurs valises du coffre.

- Jamie ! m'exclamai-je en voyant mon fils prendre seul la direction de la gare. Attends-moi à côté de la voiture !

Mais il ne m'écouta pas et fila à l'intérieur du bâtiment. Sa sœur leva les yeux au ciel et nous le suivîmes.

Il y avait du monde dans la gare et beaucoup de moldus courraient après leurs trains.

- Par ici ma chérie !

Je passai la barrière magique avec Olivia et cherchai aussitôt Jamie des yeux.

- Il est là-bas, maman, m'avertit Olivia.

Ce fut la chevelure bleu électrique de Teddy que j'aperçus d'abord. Les deux garçons se tenaient loin du Poudlard Express et parlaient déjà avec animation.

- Oh, bonjour Mrs McBee ! me salua poliment Teddy quand nous les rejoignîmes.

- Bonjour Teddy… Dis donc, Jamie McBee, qu'est-ce que tu n'as pas compris dans la phrase « attends-moi à côté de la voiture » ?

- Maman, grogna Jamie en levant les yeux au ciel.

Je soupirai : mon fils était intenable, surtout quand son meilleur ami Teddy Lupin était dans les environs.

- Tu ne pourrais pas prendre exemple sur ta sœur, parfois ?

Jamie ricana :

- À Miss-Olivia-Sainte-Nitouche ? Plutôt me faire dévorer par un dragon !

Je fis les gros yeux et Olivia le fusilla du regard.

- Jamie !

- Je rigole maman.

Je poussai un soupir devant la bêtise de mon fils. Avais-je été pareille à son âge ?

- Maman, me demanda Olivia en tournant résolument le dos à son grand frère, est-ce que je peux aller rejoindre mes copines ?

- Bien sûr mon petit hibou, lui répondis-je, un peu chagrinée de la voir partir si vite.

Je lui ouvris grand mes bras et elle s'y réfugia. Je lui caressai les cheveux : ma petite fille allait me manquer.

- Je sais que tu seras sage cette année, mais essaye de t'amuser un peu d'accord ? Je t'autorise même à sortir de ta salle commune pendant le couvre-feu.

Je la sentis rire contre moi et je lui embrassai le bout de son nez.

- Passe un bon trimestre, mon cœur.

Elle m'embrassa sur la joue une dernière fois, prit sa valise et monta dans le Poudlard Express.

- Bonjour, Polly, me salua une voix derrière moi.

Je me retournai pour faire face à Harry Potter, tout sourire et les mains au fond de ses poches. Il accompagnait son fils aîné James qui entrait dans sa deuxième année, et veillait aussi au départ de Teddy, dont il était le parrain.

Étant moi-même la marraine du fils de Tonks, je suivais, avec Harry, les progressions de son apprentissage magique.

Ce qui n'était pas une sinécure.

Un Poufsouffle comme sa mère, et charmant comme son père : j'avais eu la bêtise de penser qu'il serait un modèle pour mon Gryffondor de fils...

Combien de hiboux Harry et moi avions reçus pour nous avertir que Lupin et McBee avaient séché les cours, mis des pétards dans leurs chaudrons, avaient soudoyé les elfes de maison, avaient joué au Quidditch en pleine nuit ?

- Je suis content de savoir qu'il s'agit de leur dernière année, me confia Harry à voix basse.

- Tu n'es pas le seul, approuvai-je. Au fait, pour les vacances, c'est toi ou moi qui récupères Teddy ?

- Je l'ai eu pendant les vacances d'été, c'est à ton tour !

Je grimaçai : j'avais trois mois pour me préparer à la catastrophe. Charlie allait être ravi. Harry me demanda des nouvelles de ce dernier, étonné de ne pas le voir ici.

- Il est cloué au lit, lui expliquai-je. La grippe.

- Je compatis.

Mon fils éclata de rire à une blague de Teddy.

- Allez zou, tous les deux, dans le train ! Sinon les meilleures places seront prises. Et je parle par expérience.

- Le Temps n'attend pas, c'est ça ? se moqua Jamie.

- C'est exact, et si tu ne veux pas que je...

Je m'interrompis : soudain, une forte impression de déjà-vu me donna le tournis.

C'était aujourd'hui.

Je tournai la tête et croisai le regard choqué d'une jeune Polly.

- Maman, ça va ? s'inquiéta Jamie.

- Oui, mon chéri, me repris-je. Allez, montez dans le train avec Teddy ou vous allez être en retard.

Jamie se laissa embrasser, un peu inquiet de mon changement d'humeur, et je lui donnai mes dernières instructions :

- Sois sage surtout ! On se revoit à Noël.

- À bientôt, maman.

Je le regardai monter dans le Poudlard Express en compagnie de Teddy : les deux garçons me firent un dernier signe de la main et s'engouffrèrent dans le train. Une fois seule, je tournai les talons et allai à la rencontre de ma jeune version.

Qu'il était étrange de se voir ainsi !

- Bonjour Tom, saluai-je, en me dévorant du regard.

- Bonjour patronne. Belle journée, n'est-ce pas ?

- En effet... Bonjour petite Polly...

- Bonjour m'dame, chuchota-t-elle, terrifiée.

J'éclatai de rire : je me souvins parfaitement de ma nervosité à l'époque.

- Tu peux me tutoyer ! Allons-nous asseoir, veux-tu ?

Je trouvai un banc à l'écart de la foule, où nous pouvions discuter en privé.

Comme il était étrange de revivre cette scène ! Cela faisait plus de vingt ans que je l'avais vécu. J'étais alors en 7e année et je paraissais si jeune et si insouciante !

C'était moi qui avais désiré provoquer cette rencontre temporelle, même si techniquement, je l'avais déjà vécue. Mais ma jeune version avait besoin d'être réconfortée.

Je souris en la regardant : la même chevelure brune ébouriffée, le même nez en trompette, et certainement des converses au pied...

- Je sais que tu as beaucoup de questions à me poser...

- Parce que vous les avez déjà posées, c'est ça ?

- Oui. Mais avant de commencer, je t'avertis : je ne pourrai pas répondre à toutes tes questions. Oui, je sais, c'est nul de s'entendre dire ça, ne fais pas cette tête !

- Pourquoi suis-je ici ?

Je jetai un coup d'œil à Tom, qui écoutait la conversation, l'air de rien. Ce n'était pas tout à fait le Tom Morrow que je connaissais : celui-ci avait été avant tout mon professeur à Poudlard. Pas encore mon fils adoptif, ni tout à fait mon ami.

- Pour te rassurer, d'abord. Je sais que tu passes des moments difficiles, mais je t'assure que ça va s'arranger.

- Vraiment ? me demanda-t-elle, pleine d'espoir.

- Oui. Laisse faire le temps.

Pauvre Polly... Elle subissait les contrecoups d'un mariage arrangé organisé par grand-mère, rendant Charlie fou de jalousie... Et puis il y avait aussi les ASPIC en fin d'année, et les derniers mois à passer à Poudlard en compagnie de Rose, de Tonks, des Nullos, de Bony...

- Est-il... commença-t-elle, la gorge nouée.

J'eus un sourire : je me souvins également de cette angoisse... Est-ce que mon amour pour Charlie avait défié le temps ? Oui. Encore aujourd'hui, j'étais toujours aussi amoureuse de lui qu'au premier jour.

Et, malgré ce semblant de mariage présidé par Will bien des années auparavant, nous n'avions jamais pris le temps de formaliser notre union : mais qui s'en souciait ? Dans nos cœurs, il était mon mari, et j'étais sa femme...

- C'est compliqué, finis-je par dire.

- Ça fait partie des questions auxquelles vous ne pouvez pas répondre ?

- Je te laisse la surprise, dis-je, espiègle. Et puis, je sais que tu es assez intelligente pour deviner toute seule.

- Suis-je heureuse au moins ?

- Très. Jamie et Olivia sont des amours, même si Jamie a hérité de notre sale caractère.

- C'est ce que j'ai cru comprendre.

Polly joua avec son écharpe. J'eus un pincement au cœur : ce bout de laine me manquait énormément.

- Est-ce que... suis-je obligée de devenir Retourneur de Temps ?

La question à un million de gallions. J'avais envie de lui dire que non, qu'elle devait préserver dans son choix d'Archéomagie. Mais beaucoup de choses reposaient sur ses frêles épaules : la vie de Tom, par exemple... Et, d'un autre côté, j'avais appris à aimer ce métier un peu dingue au fil des années, jusqu'à en devenir la directrice. Mais quel parcours semé d'embûches ! Je pris une profonde inspiration :

- Quoi que tu penses, ce choix te revient, dis-je pour adoucir les angles. Mais je te donne quand même un conseil : vis ta vie, petite Polly. Va à l'Université, aime-le, ris, joue au Quidditch, chante faux sous la douche. Tu rejoindras les Retourneurs de Temps quand l'heure sera venue. Mais en attendant, ne pense pas à ça et contente-toi de profiter de ta jeunesse.

Elle eut un sourire, apaisée : l'écharpe desserra quelques anneaux et chercha ma main pour une caresse. J'eus une pensée mélancolique : j'avais affronté beaucoup de drames dans ma vie, la mort de mes grands-parents, de Tonks, de Bony, de Buchanan... Mais tout était derrière moi désormais. Mon cœur avait depuis longtemps fait le deuil de mes chers disparus.

Alors que la Polly qui se tenait devant moi avait encore tout à affronter.

- Les temps vont être durs, petite Polly, la prévins-je. Je ne vais pas te cacher que tu vas souffrir.

Nous regardâmes ensemble le Poudlard Express toujours à quai. Onze heures n'avaient pas encore sonné.

Mes pensées s'envolèrent vers Jamie et Olivia, à rire avec leurs amis...

- Tonks n'aurait jamais manqué la rentrée scolaire de son fils, di Polly, la voix douloureuse.

Tonks ! J'aurais aimé la voir encore une fois, j'aurais aimé qu'elle soit ici pour contempler son grand garçon...

- En effet.

Poly me regarda intensément. Je savais qu'elle avait partiellement deviné le drame que je sous-entendais, mais je la suppliai du regard de ne pas m'en demander plus.

- Et maintenant, retourne à Poudlard, petite Polly, repris-je d'une voix que j'espérai plus gaie. Et profite bien de tes derniers mois là-bas, d'accord ?

- Oui, madame.

Nous nous levâmes en même temps. J'eus l'irrésistible envie de la prendre dans mes bras pour la rassurer.

Tom se rapproche de moi.

- A bientôt Tom. Et n'oubliez pas la réunion de service cette fois-ci ! grondai-je, sachant combien il faisait tout son possible pour les éviter.

- Moi ? dit-il d'un air innocent. Je ne manque jamais une réunion.

Il régla son Retourneur de Temps et offrit son bras à Polly.

Je me souvins avec précision ce qu'il s'était produit après cet entretien : j'avais raté deux semaines de cours par sa faute et causé une vive agitation parmi mes proches.

- Vous l'avez bien réglé ? demandai-je, les sourcils froncés.

- Bien sûr !

- Sûr de chez sûr ?

- Vous pouvez me faire confiance ! Retour programmé le 13 avril 1991 à 16h03 !

Je lui faisais confiance pour ça. Mais en ce moment, le Temps semblait faire des siennes et cela faisait plusieurs fois que mes Agents m'avaient prévenue de différents décalages temporels, allant de quelques minutes à plusieurs jours.

Ce serait un point à soulever lors de la prochaine réunion.

- À très bientôt, petit Polly, dis-je, un peu triste de quitter ma version plus jeune.

Elle eut un sourire et l'instant d'après, elle et Tom disparurent, emportés par le Temps, me laissant seule.

Au même instant, le chef de gare siffla le départ et le train s'ébranla. Je fis quelques pas sur le quai et suivit la lente progression du Poudlard Express qui emmenait au loin mes enfants.

Le train disparut dans un virage, laissant derrière lui une trace de vapeur.

Je poussai un soupir.

Un très long chapitre de ma vie venait de ses fermer.

Désormais, mon futur m'était inconnu...

Alors, soudain, une femme traversa la foule en boitillant, s'aidant d'une canne pour me rejoindre, l'air préoccupé.

- Polly ! s'exclama-t-elle en me serrant le bras, il faut que tu partes avec moi !

Éberluée, je la contemplai : la femme avait la même chevelure ébouriffée que moi, à l'exception qu'elle était d'un blanc immaculé, et son visage était si semblable au mien qu'elle aurait pu passer pour ma jumelle : seules les profondes rides trahissaient son âge avancé.

- Mais, où ça ? bredouillai-je, abasourdie de me voir si vieille.

- Au pays des licornes... grommela-t-elle dans un soupir exaspéré. Dans le passé évidemment !

L'autre Polly me dévisagea intensément.

- Alors, qu'est-ce que tu attends ? m'apostropha-t-elle.

- Mais je ne peux pas ! Je dois rentrer à la maison ! Charlie est malade, et...

Mamie Polly leva les yeux au ciel :

- Arrête de discuter ! Toi et moi avons du pain sur la planche : nous devons impérativement nous rendre en 1989 !

Quoi ?

Qu'allait-il se passer encore?


Ne vous y trompez pas: il s'agit bien du dernier chapitre du Tome 3! Je n'ai pas encore mis le mot fin: il apparaîtra dans l'épilogue que je posterais dimanche 31 décembre. Ça fera presque tout pile un an que j'ai posté cette fic!

Ce chapitre fait écho à celui du vingtième du Tome 2: il a été très simple à écrire, et j'ai pu constater, durant l'écriture, combien Polly avait grandi. Lorsque je l'avais écrit dans sa version 17 ans, je ressentais sa jeunesse et son insouciance, et ses questions un peu naïves. Polly a bien grandi... En tout cas, merci à vous, mes chers lecteurs, d'avoir permis à Polly de vivre ses aventures! Et à AppleCherry Pie de m'avoir grandement inspiré!

J'espère en tout cas que vous avez apprécié la lecture de cette parenthèse de vie des McBee-Weasley!

Passons aux choses sérieuses maintenant: il me reste encore une version papier du Tome 1, arborant les couleurs chatoyantes de Poufsouffle. Je lance donc une deuxième loterie pour le gagner, pour les fêtes de fin d'année. La règle est simple: il suffit de poster une petite review et de me dire quel est votre personnage préféré! Le concours est ouvert à tout le monde, dans le monde entier: n'hésitez donc pas!

J'annoncerais le résultat du gagnant dimanche prochain. A vos claviers!

A très bientôt pour la suite!

Et je vous souhaites également de bonnes fêtes de fin d'année! :)

Citrouille