Chapitre 28

Le matin, peu avant onze heures, Iris transplana à proximité de la gare de King's Cross avec sa valise et sa chouette, après avoir dit au revoir à Severus qu'elle reverrait le soir-même lors du banquet de rentrée.

À onze heures précises, le Poudlard Express démarra, conduisant Iris, Cyrielle et Catherine vers leur école de magie pour la toute dernière fois.

Durant ce long trajet, Iris et ses amies parlèrent de tous les sujets possibles et imaginables mais, en particulier, de la nouvelle que Joanna leur avait annoncée quelques jours plus tôt : elle avait été engagée pour le poste de bibliothécaire à la Bibliothèque Magique Nationale de Londres (la BMNL).

De temps en temps, Iris passait dans les wagons pour s'assurer que les plus jeunes se comportaient correctement. Finalement le train arriva en gare de Pré-au-Lard vers dix-huit heures, comme chaque année, et les élèves se répartirent dans les calèches qui les menèrent au château pour la traditionnelle répartition des première année par le Choixpeau et le banquet.

Iris se réhabitua facilement à la vie du château. Elle retrouva avec plaisir ses camarades de Gryffondor, ses professeurs, ses cours et les matches de Quidditch. La seule chose qui lui manquait c'était de pouvoir passer un peu plus de temps avec le professeur Rogue.

Certes, elle le voyait en cours de potions, dans les couloirs et lors des repas, mais sa présence physique à ses côtés lui manquait. Heureusement, il y avait toujours ces rondes de surveillance qu'ils effectuaient ensemble deux fois par mois et elle arrivait à lui parler pratiquement tous les jours grâce au miroir à double sens.

De son côté, Severus éprouvait exactement la même chose que la jeune fille : bien qu'il l'aperçoive tous les jours, ce n'était pas du tout le même contexte que pendant les vacances. Ils devaient faire attention, aussi bien l'un que l'autre, à ne pas laisser paraître au grand jour leur amitié sincère ou même plus que cela…

La jeune fille lui manquait aussi terriblement. Le professeur Rogue avait déjà été tenté de lui infliger une retenue, en trouvant un prétexte quelconque, rien que pour pouvoir passer une soirée en sa compagnie mais finalement il s'en était abstenu, après s'être raisonné. Il se félicitait de lui avoir offert ce miroir avec lequel elle le contactait presque tous les jours pour lui parler.

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Cela faisait environ deux mois et demi qu'ils étaient de retour à Poudlard.

Le professeur Rogue, assis derrière son bureau, était en train de corriger une pile de copies tout aussi médiocres les unes que les autres, quand tout à coup son médaillon se mit à lui brûler la peau. Il lâcha sa plume, porta une main à son pendentif et s'écria : « Iris ! »

Il sortit en trombe de ses cachots et se précipita vers la classe de défense contre les forces du Mal, en effrayant sur son passage quelques élèves qui traînaient dans les couloirs. Il n'hésita pas une seule seconde sur le lieu où il devait se rendre : Iris lui avait communiqué son horaire en début d'année et il l'avait appris par cœur, au cas où, mais même sans cela, il savait avec certitude où la trouver… C'était comme cette nuit où il avait su qu'elle s'était réfugiée tout en haut de la tour d'astronomie… C'était instinctif…

En moins de cinq minutes, il arriva devant la classe, ouvrit la porte à la volée et découvrit un attroupement d'élèves autour d'une personne qui se trouvait à terre. Il écarta sans ménagement quelques étudiants qui lui bloquaient le passage et vit Iris allongée sur le sol, le visage crispé de douleur, dans une marre de sang.

Rogue devint livide et hurla aux élèves :

« Sortez ! Sortez tous ! Immédiatement ! »

Les étudiants, qui n'avaient jamais vu leur professeur de potions dans un tel état de fureur, obéirent aussitôt à son injonction et allèrent se réfugier aussi loin que possible de cette classe, paniqués à l'idée de la sanction que la terreur des cachots pourrait leur infliger s'ils n'obtempéraient pas directement.

Seuls le professeur Stroke et Catherine, à genoux à côté d'Iris, étaient encore présents dans la pièce. Rogue se tourna vers le professeur de défense contre les forces du Mal et lui ordonna :

« Allez immédiatement chercher madame Pomfresh ! »

Le professeur, encore sous le choc, ne répondit rien et se contenta de faire ce que Rogue lui demandait.

Ensuite, il s'adressa vivement à Catherine :

« Miss Fawley, j'ai demandé à tous les élèves de sortir !

- Non, je ne bougerai pas ! Je veux rester près d'elle ! répondit-elle, les larmes aux yeux.

- Miss Fawley, partez ! hurla-t-il.

- Non ! Je reste ! » rétorqua la jeune fille, aussi fort que lui, en soutenant le terrible regard du maître des cachots et en serrant la main de son amie.

Rogue, surpris et en même temps impressionné par l'attitude de la rouge et or, finit par laisser tomber et dit simplement, en adoucissant un peu le ton de sa voix :

« Très bien… Mais reculez-vous un peu. »

Il s'agenouilla de l'autre côté d'Iris et lui ôta ses vêtements grâce à une formule magique pour voir l'étendue de ses blessures : elle avait six coupures très nettes sur le buste, les bras et les jambes. Il murmura pour lui-même :

« Sectumsempra

- Oui ! C'est ce que Maggy Travers a dit avant qu'Iris ne s'écroule », répondit Cath.

Rogue tourna la tête vers elle, sourcils froncés, puis reporta son attention sur Iris qui était toujours consciente et qui pleurait en silence à cause de la douleur.

Il lui caressa la joue pour la rassurer, sous le regard de Catherine qui ne releva même pas son geste tant elle était préoccupée par l'état de son amie, puis il commença à faire passer ses mains et sa baguette magique au-dessus de chaque blessure en prononçant à plusieurs reprises la formule Vulnera Sanentur.

Au bout de quelques incantations, le sang arrêta de couler et les blessures commencèrent à se refermer lentement. Le visage d'Iris se détendit au fur et à mesure que la douleur s'estompait.

Rogue eut tout juste le temps de lui remettre ses vêtements avant que le professeur Stroke et madame Pomfresh ne pénètrent dans la classe.

L'infirmière rejoignit Rogue et Catherine, par terre à côté d'Iris, et demanda à la jeune fille :

« Le professeur Stroke m'a expliqué ce qui s'était passé. Comment vous sentez-vous ? Où avez-vous mal ?

- Je me sens mieux… Le professeur Rogue m'a soignée, je ne saigne plus du tout maintenant… et j'ai l'impression que… les plaies se sont refermées… » dit-elle faiblement.

L'infirmière interrogea Rogue du regard.

« J'ai pu rapidement identifier le maléfice dont miss Bloomwood a été victime et je connaissais le contre-sort, répondit-il à sa question tacite. Il faut néanmoins la conduire à l'infirmerie, elle a perdu beaucoup de sang », ajouta-t-il, très inquiet.

Madame Pomfresh fit apparaître une civière et voulut y installer Iris mais la jeune fille refusa.

« Je suis sûre que… je peux marcher, je n'ai pas besoin d'une civière… dit-elle en s'appuyant sur ses coudes pour se relever.

- Ne dites pas de bêtises et installez-vous sur ce brancard, rétorqua vivement Rogue.

- Non, je vous assure que je peux marcher », affirma-t-elle en s'asseyant péniblement.

Iris tenta de se redresser, sous le regard désapprobateur de son professeur de potions, et parvint finalement à se tenir sur ses deux jambes grâce à l'aide de Catherine et de madame Pomfresh qui la soutenaient chacune par une épaule. Elle esquissa un faible sourire à l'attention de Severus et répéta :

« Je vous assure que je vais bien et que… », elle fit une petite grimace provoquée par la douleur puis poursuivit, « je suis capable de marcher jusqu'à l'infirmerie. »

Rogue, incrédule face à l'attitude aussi butée d'Iris, la regarda faire quelques pas vers la porte de la classe avec beaucoup de difficultés.

Perdant le peu de patience qui lui restait, il leva les yeux au ciel et prononça un juron inaudible. En quelques enjambées, il rattrapa les trois femmes, repoussa Catherine et prit Iris dans ses bras, sous le regard étonné des autres, pour la conduire à l'infirmerie le plus rapidement possible.

Sur le chemin de l'infirmerie, alors qu'ils étaient suivis de madame Pomfresh, du professeur Stroke et de Catherine, qui trottinaient derrière eux pour essayer de ne pas se laisser distancer, Iris, bien que toujours très faible, ne cacha pas son mécontentement et dit à Rogue :

« J'aurais très bien pu aller jusque là toute seule, je vous ai dit que je m'en sentais capable !

- Oui ! Et c'est pour ça qu'il vous fallait deux personnes rien que pour arriver à vous tenir debout ! rétorqua-t-il, profondément énervé.

- Si vous m'aviez laissé faire, j'y serais parvenue ! répondit-elle avec colère.

- Bien sûr ! En mettant vingt minutes de plus pour faire le chemin qui sépare la classe de défense contre les forces du Mal de l'infirmerie ! cracha-t-il.

- Peut-être mais je…

- Oh ! Taisez-vous donc ! » l'interrompit-il sur un ton sans réplique.

Iris ne prononça pas un mot de plus et ils arrivèrent rapidement à l'infirmerie.

Rogue déposa Iris sur un lit et la laissa en compagnie de son amie Catherine et de madame Pomfresh qui avait déjà entouré son lit de paravents pour pouvoir l'examiner à l'abri des regards.

Tandis que le professeur Stroke se rendait chez Dumbledore pour lui expliquer ce qu'il venait de se passer dans sa classe, le directeur des Serpentard descendit dans les cachots et pénétra brusquement dans la salle commune des vert et argent, sous le regard terrifié de ses étudiants qui avaient tous sursauté en l'entendant entrer avec fracas.

« Miss Travers ! » tonna-t-il.

Personne ne bougeait, on n'entendait pas le moindre bruit et le silence complet commençait à devenir pesant. Rogue ne cillait pas et balayait la foule des élèves de son célèbre regard noir et glacial.

Bientôt, il vit un peu de mouvement sur la droite : certains s'écartaient pour laisser passer une jeune fille aux cheveux noirs qui gardait la tête baissée.

« Dans mon bureau ! Sur-le-champ ! » ordonna-t-il.

La Serpentard passa devant lui et se dirigea vers son bureau, suivie de près par le directeur de sa maison qui claqua la porte de la salle commune de ses élèves en partant.

Le professeur Rogue s'installa derrière son bureau en ébène et laissa la jeune fille debout devant lui.

« Des explications ! Vite ! »

Severus employait toute son énergie et toute sa volonté pour essayer de contenir et de contrôler sa colère. Il aurait volontiers étripé cette petite idiote sur-le-champ, s'il ne s'était pas retenu. Mais ce n'était pas facile, il tremblait de rage et se concentrait de toutes ses forces pour éviter de faire du mal à cette gourde sans cervelle.

La jeune vert et argent, le teint livide, tremblant et bégayant de peur, lui expliqua que c'était un accident. Le professeur Stroke avait constitué des équipes de deux qui étaient censées se battre en duel. Les élèves devaient uniquement utiliser des sorts de Désarmement, de Répulsion et de Protection afin de mettre en pratique tout ce qu'ils avaient étudié en cours de défense contre les forces du Mal depuis le début de leur scolarité.

« Je… J'ai lancé ce sort, en ne sachant pas ce qu'il provoquait… Je… J'en avais entendu parler chez moi… J'ai… J'ai voulu essayer pour voir… Je ne savais pas que c'était dangereux… J'ai eu tellement peur quand je l'ai vue à terre, couverte de sang… Je ne voulais pas ça… Je ne savais pas… Je ne savais pas… » affirma-t-elle, en pleurs, en finissant ses explications.

Rogue la scruta de ses yeux noirs : les pleurs de la jeune Serpentard ne l'attendrissaient en rien, pire, ils avaient plutôt le don d'accroître sa fureur, mais il dut bien reconnaître que, de toute évidence, elle lui avait dit la vérité.

Elle paraissait réellement bouleversée par ce qui était arrivé, elle semblait vraiment ignorer les effets de ce maléfice et n'avait, sans aucun doute, pas voulu infliger cela à Iris, malgré la rivalité qui existait entre Gryffondor et Serpentard et la croyance de sa famille selon laquelle les sorciers de sang pur valaient mieux que les nés-Moldus…

Severus savait que son père était un Mangemort, c'était sans doute comme ça qu'elle avait entendu prononcer cette formule chez elle…

« Lorsque l'on ignore les effets d'un sortilège, on évite de le lancer, miss Travers ! J'enlève cent-cinquante points à Serpentard pour votre folie qui aurait pu coûter la vie à votre condisciple et je me fiche éperdument que vous vous fassiez lyncher par vos camarades pour leur avoir fait perdre ce nombre astronomique de points ! Et vous passerez tous les soirs des six prochaines semaines en retenue avec monsieur Rusard car, moi, je ne pourrais pas tolérer votre présence, je n'ai aucune envie de vous voir ! Ce sera tout. Vous pouvez disposer, miss Travers, trancha-t-il.

- Bien, professeur. Je suis vraiment… tenta-t-elle de s'excuser.

- Taisez-vous et allez-vous-en ! » la coupa-t-il en se levant et en tapant ses poings serrés sur son bureau.

La jeune fille, horrifiée, se cogna contre un banc en esquissant un mouvement de recul puis elle fit volte-face et disparut rapidement hors de sa vue.

Severus, après s'être calmé, décida de retourner à l'infirmerie pour voir comment se portait Iris depuis qu'il l'avait laissée environ une heure plus tôt.

En arrivant devant les portes, il entendit un boucan incroyable s'élever de la pièce. Il entra dans l'infirmerie, s'avança jusque là où devait se trouver le lit d'Iris et constata que toute la maison Gryffondor s'y était donnée rendez-vous.

Les lions avaient profité du fait que madame Pomfresh et le professeur McGonagall étaient parties chez le directeur afin de l'informer de l'état de santé d'Iris pour se faufiler à l'intérieur de l'infirmerie afin de voir comment leur camarade se sentait et afin qu'elle leur raconte ce qui s'était passé.

Il eut vite fait de remédier à ce vacarme.

« Je demande à tout le monde de sortir de l'infirmerie immédiatement. Vous êtes beaucoup trop nombreux et vous faites beaucoup trop de bruit. J'autorise uniquement miss Fawley et miss Row à rester auprès de leur amie », déclara-t-il sur son célèbre ton doucereux que tout le monde redoutait tant, et en particulier les Gryffondor.

Les rouge et or, qui n'avaient ni vu ni entendu Rogue arriver, surpris, quittèrent les lieux en essayant d'être le plus silencieux possible pour éviter d'avoir à subir la colère de la terreur des cachots, trop heureux de s'en sortir à si bon compte.

Lorsqu'ils furent tous partis, Severus demanda :

« Comment vous sentez-vous, miss Bloomwood ?

- Beaucoup mieux, professeur. Madame Pomfresh m'a donné une potion de Régénération sanguine et a appliqué de l'essence de dictame sur les plaies pour qu'elles se referment totalement. Elle m'a dit que je ne garderai aucune cicatrice.

- Tant mieux, je suis soulagé d'entendre ça.

- Oui… Je vais bien mais elle refuse de me laisser sortir ! Elle veut que je passe la nuit ici ! » déclara-t-elle, choquée.

Rogue lança un regard interrogateur à Cyrielle et Catherine, qui étaient tout aussi dépitées que lui, et répondit, légèrement agacé :

« Vous devriez faire ce que l'on vous dit, miss Bloomwood. Si madame Pomfresh veut vous garder pour cette nuit, c'est qu'il y a une raison.

- Mais je vais très bien ! répondit-elle, butée.

- Iris, le professeur Rogue a raison : madame Pomfresh sait ce qu'elle fait, intervint Cyrielle pour tenter de raisonner son amie.

- Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi borné que toi ! soupira Catherine en levant les yeux au ciel.

- Moi non plus, miss Fawley, moi non plus… » répondit Rogue en observant Iris qui avait croisé ses bras sur sa poitrine pour marquer son mécontentement.