Hey chers lecteurs !

Pour commencer, je vous souhaite une bonne année 2018, et je remercie ceux qui sont encore là. Ça fait 5 ans que j'écris cette fic, et elle a fait son bout de chemin. C'est grâce à vous, et pour vous, que je continue à l'écrire. Cette année je vais essayer de faire de mon mieux pour l'amener à sa fin. Espérons que d'ici 2019 je saurais vous offrir le mot final :).

Je suis consciente que cette fic s'étale sur la longueur et que certains aimeraient que le rythme accélère pour avoir vite la fin. Ne vous inquiétez pas, moi aussi j'ai hâte qu'elle finisse. Je vais essayer de faire un compromis entre le fait d'aller droit au but et de ne pas massacrer la fic. Ne vous alarmez pas, ça ne veut pas dire qu'elle sera baclée, je ne ferais pas consciemment de tel affront (à vous, comme à moi). C'est juste que, comme vous avez probablement pu l'observer, j'ai tendance à essayer de développer tout ce qui peut l'être (ce qui rend peut-être certains points redondants ?). C'est une de mes manies qui peut être une qualité comme un gros défaut. Alors je vais essayer de me restreindre pour ne détailler que l'essentiel. Si j'arrive à faire ça, la fin devrait arriver plus rapidement sans pour autant être précipitée.

Sur ce, bonne lecture !


Chapitre 27 : Tournoi préfectoral, partie 2

Mizuki se promenait stratégiquement de bloc en bloc. En tant que manager de St. Rudolph, il se devait de garder un œil sur tout ce qu'il se passait du côté de leurs futurs adversaires.

Il se réjouissait à l'avance d'enfin pouvoir exploiter les données qu'il récoltait minutieusement depuis des mois. Ce tournoi recelait quelques bonnes équipes qui faisaient obstacle à leur victoire, aussi comptait-il les fatiguer un maximum avant leur rencontre. Afin d'atteindre cette finalité, il fallait que les joueurs de niveaux moyen ou médiocre, facilement écartés par ces équipes d'habitude, leur donnent du fil à retordre. Pour cela, il n'envisageait rien de mieux que de les mettre au courant de leurs points faibles.

Le plan qu'il avait concocté lui paraissait infaillible.

Le comploteur visait d'abord à faire tomber Seigaku, puisqu'ils seraient les premiers adversaires de taille qu'ils affronteraient dans ce tournoi. Alors qu'il cherchait les prochains opposants du collège Seishun, il atterrit non loin du court occupé par Hyoutei. Il posa un regard intéressé sur le match en cours, continuant néanmoins sa route, jusqu'à ce qu'une conversation l'interpelle, suffisamment proche de lui pour ne pas être couverte par les cris des supporters.

– Ils sont loin d'être mauvais.

– Mais ils ne battront pas Ryoma, impossible, affirma une petite voix.

Autant l'accent inhabituel que le nom évoqué attirèrent son attention. Il posa les yeux sur les deux spectateurs qui discutaient et reconnut la jeune femme qui accompagnait le nouveau titulaire de Seigaku plus tôt.

Quand Mizuki avait croisé ce spécimen, il était en retard et perdu. Pour avoir échangé quelques mots avec lui, il pouvait affirmer que l'arrogance lui collait à la peau. Selon les informations qu'il possédait, Echizen méritait son assurance de par ses capacités. Le dénicheur de talent l'aurait bien recruté à St Rudolph s'il avait su qu'une telle perle rentrait d'Amérique.

Malheureusement ce joueur leur avait échappé, et avec son sale caractère le manager devait avouer qu'il se délecterait de voir ce gamin perdre contre son équipe. Yûta saurait remettre ce petit gaucher à sa place et Mizuki profiterait du spectacle.

– Cette espèce de grand singe m'insupporte, j'espère qu'il jouera contre Ryoma pour qu'il se fasse écraser.

– Ne met pas d'anglais au milieu de tes phrases Andrew, ça va devenir une mauvaise habitude. Demande-moi si tu as des doutes, mais ne fais pas ça. Et en ce qui concerne Atobe-san…

Voilà que la jeune femme qui accompagnait l'enfant mentionnait un autre nom que Mizuki ne pouvait ignorer. Peut-être n'obtiendrait-il rien à laisser traîner ses oreilles ici, mais d'expérience même les discussions qui paraissaient sans fruits pouvaient cacher quelques pépites. Aussi se dit-il qu'il n'avait rien à perdre à les suivre discrètement pour les écouter et assouvir sa curiosité.

– Même si tu veux défendre ton cousin, ce serait mieux de le faire calmement. Si tu t'emportes, ça dessert tes propos.

Face à l'incompréhension du plus jeune, la brune reformula :

– Les gens penseront que tu ne crois pas toi-même en ce que tu dis, si tu te mets en colère si facilement tu ne parais pas confiant… Je ne sais pas comment être plus claire, est-ce que c'est l'idée ou les mots que tu ne comprends pas ?

L'enfant répondit finalement :

– Non, je pense que j'ai attrapé l'idée, expliqua-t-il maladroitement. La colère est mauvaise, je le sais… mais parfois c'est dur de la garder à l'intérieur.

Les deux supporters d'Echizen ralentirent jusqu'à s'arrêter, ce qui posa problème à l'espionnage de Mizuki puisqu'il ne pouvait les imiter sans se faire repérer. Il décida de continuer sa route puisque la conversation ne semblait pas partir sur un sujet intéressant. Il garda néanmoins un pas lent et l'oreille tendue.

– Ryoma était beaucoup en colère aussi, lâcha l'américain. C'est normal, parce que personne croyait en lui.

Le manager de St Rudolph se retrouva à faire un écart pour se dissimuler derrière un panneau d'affichage, l'attention de nouveau soutenue. Il flairait une opportunité de cueillir une donnée utile pour attaquer psychologiquement le première année. Avec la nonchalance que montrait Echizen quand il le provoquait plus tôt, c'était une perspective qui lui plaisait bien.

– Tante Rinko disait que ce n'était pas important s'il ne pouvait plus jouer au tennis, mais pour Ryoma c'était important… continua le garçon.

Là, ça devenait vraiment intrigant. Se pouvait-il que le nouveau prodige de Seishun ait une faiblesse qu'il ignorait ? L'idée d'une blessure passée lui vint en tête, c'était la cause de retrait forcé la plus courante chez les sportifs.

– Mais regarde, maintenant il joue. C'est pourquoi je pense que personne peut le battre. Ryoma a vaincu sa mort, il n'y a personne comme lui.

Cette révélation laissait Mizuki sans voix. Du peu qu'il l'avait vu, le rookie de Seigaku ne ressemblait pas à un rescapé. Il se demandait quelles étaient ses séquelles au juste, si séquelles il y avait. Peut-être devrait-il faire plus attention la prochaine fois qu'il le verrait, ce genre de renseignements pouvait être précieux lors d'un match.

– Ryoma-san est plutôt surprenant en effet. Sa détermination est admirable.

– Je vais essayer d'être calme, moi aussi. Comme ça ils comprendront que Ryoma est fort, et que je ne suis pas… hum… désespéré ?

Les deux supporters de Seigaku s'éloignèrent, leurs voix devinrent inaudibles pour l'espion, mais il n'aurait sûrement pas pu récolter plus de données que ça. Un sourire conspirateur sur le visage, il s'en alla trouver la prochaine équipe sans renom qui affronterait Seigaku.


Ryoma ne savait pas si c'était parce que le deuxième année connaissait l'endroit, mais ils ne peinèrent pas à trouver un distributeur. Il lui fallut néanmoins un « qu'est-ce que t'attends ? » pour comprendre que Kaidoh ne s'était pas arrêté aléatoirement en recherche de leur destination.

Le première année pêcha son porte-monnaie dans son sac et en tira un certain nombre de pièces, qu'il estimait suffisant pour pouvoir acheter plus de deux boissons. Il chercha la main du serpent pour les y déposer, en évitant de penser à la bizarrerie que pouvait représenter son comportement.

– Prends ce que tu veux. Ce sera un Ponta au raisin pour moi.

– Je n'ai besoin de rien, rétorqua le plus vieux.

La recrue haussa les épaules et lui tourna le dos par besoin de cacher son visage. Malgré sa casquette, il craignait que son aîné puisse apercevoir ses yeux un peu trop souvent.

– Comme tu veux, c'est toi qui y perds.

Il espérait que le plus vieux n'allait pas lui redonner l'argent, ce qui le mettrait dans une position délicate. Peu importe comment il l'envisageait, il ne pouvait pas utiliser le distributeur, et il n'essaierait pas en sa présence.

Heureusement pour lui, la vipère s'exécuta, et il fut même satisfait d'entendre deux boissons tomber dans la machine.

– Tu vois, ce n'est pas si compliqué.

L'aîné, pour sa part, ne perdait pas le nord et comptait bien remettre sur le tapis la raison pour laquelle ils se trouvaient en tête à tête. Il requit que son cadet lui rende sa veste. Ce dernier semblait déjà avoir oublié ce point, puisqu'il prit du temps avant de réagir.

– Ah, oui. Voilà, céda-t-il en se déshabillant.

Un simple vêtement contre un moment passé avec son senpai, voilà un échange plus qu'équitable pour le première année, surtout qu'il n'aurait jamais dû se trouver en possession de l'habit en question. Il se sentit néanmoins frustré de ne plus avoir l'odeur du serpent sur lui.

Ce sentiment se fit oublier quand Kaidoh commença à le gronder personnellement pour son retard. Non dérangé par cette réprimande, le plus jeune s'excusa et finit par détourner le sujet pour parler des favoris du tournoi.

Le peu que put lui raconter la vipère sur Hyoutei lui donna très envie de les affronter. Il râla quand son aîné lui rappela que Tezuka et Fuji affrontaient habituellement les meilleurs. C'était pas juste… Peut-être devrait-il aller voir leur capitaine et lui demander une revanche pour lui prouver son niveau et gagner le droit d'affronter les plus forts.

Il se demandait si Tezuka accepterait un nouveau match. S'il refusait, il pourrait trouver un moyen de le convaincre, ou il se rabattrait sur Fuji. Même s'il se méfiait de lui, il supposait que le génie ne pouvait rien faire de trop ennuyant pendant un match.

Faire promettre à l'un d'eux de jouer sérieusement contre lui serait probablement moins compliqué que d'obtenir ce qu'il voulait de Kaidoh, songea-t-il. Ça ne l'empêcherait pas d'essayer les deux, Ryoma avait toujours de ceux qui visaient haut.

Sur le chemin du retour, il prit conscience qu'il ne serait bientôt plus seul avec le deuxième année, et il estimait ne pas avoir assez marqué de point. Il tenta de rectifier le tir.

– Dis, Kaidoh-senpai. As-tu pensé à ce que je t'ai dit l'autre jour ?

Le garçon entendit le pas de son aîné trébucher, déraper, ou quoi que ce soit affectant son rythme et trahissant sa gêne vis-à-vis de la question.

– Qu'est-ce que tu cherches exactement ? demanda la vipère avec précaution.

– À ton avis ? Je suis sérieux, senpai, et je ne laisserais pas tomber tant que tu n'y auras pas réfléchis sérieusement.

Le deuxième année se débarrassa d'un chat qui traînait dans sa gorge. Son esprit était tellement perturbé qu'il ne lui restait même pas son réflexe de sifflement.

–Est-ce que… est-ce que ça implique...

Décidément, Ryoma se demandait si son aîné n'était pas encore plus perdu dans ce domaine que ce qu'il ne le pensait. Ça rendait l'approche intéressante, puisque ça lui permettait de faire les choses à sa manière et de le taquiner plus que de mesure. Cependant, ça ne lui facilitait pas la tâche, puisque lui-même n'était pas au clair sur ce qu'il voulait faire exactement avec le serpent. La planification n'était pas vraiment son domaine d'expertise.

Il tâcha néanmoins de lui répondre comme il le pouvait :

– Contente-toi de te demander si tu veux passer plus de temps avec moi… et si ça ne te dérange pas trop que nous fassions certaines choses qui pourraient t'embarrasser.

Ah, il l'avait encore fait, constata-t-il un sourire aux lèvres. Même lors d'une conversation sérieuse il ne parvenait pas à se retenir de titiller Kaidoh. Il ne pouvait qu'espérer que son aîné ne s'enfuie pas pour si peu.

Cette fois, le première année marchait légèrement devant le serpent. Embêter son senpai lui donnait un élan de confiance qui lui permettait de prendre la tête sans trop penser aux risques. D'ailleurs, il était quasi sûr qu'ils se trouvaient dans une allée sans trop d'obstacles, et qu'ils n'auraient pas à tourner de si tôt.

– Les choses n'ont pas à être compliquées, ajouta-t-il. Tu veux quelque chose, tu le dis. Si tu ne le veux pas, tu le dis aussi. On verra bien ce que ça donne.

Après quelques minutes de marche, la vipère ne répondait toujours pas. En parallèle le cadet, qui devenait bien moins sûr de lui sur sa trajectoire, repassa en arrière. Il commençait à abandonner l'idée d'obtenir une réponse quand le plus vieux se manifesta finalement :

– Pourrais-je avoir jusqu'à la fin du tournoi pour réfléchir ? Je veux dire, après la final du week-end prochain…

Ryoma cligna des yeux, surpris de sa réponse. Le serpent envisageait sa proposition sérieusement, c'était déjà une grande avancée. Il sentait sa poitrine se gonfler avec satisfaction.

– Bien sûr. Je ne te demanderais plus d'ici là. Je ne promets rien pour le reste, par contre… ajouta-t-il avec amusement.

Pour appuyer ses paroles, le première année accéléra le pas et s'arrêta devant son senpai qui n'eut d'autre choix que d'interrompre sa marche pour ne pas lui rentrer dedans. Sans attendre davantage, le plus jeune ferma les yeux et se hissa sur la pointe des pieds pour poser ses lèvres sur celles de la vipère.

Il réalisa qu'il avait mal estimé la distance quand ce qu'elles rencontrèrent lui semblait plus être un menton qu'autre chose. Au moins, il avait réussi à frôler la lèvre inférieure. Il se retira, pas si gêné que ça par son échec. Il ne pouvait pas viser juste à tous les coups de toute façon.

– À quoi est-ce que tu penses ? ! s'exclama le serpent qui s'éloigna brusquement de lui. Tu ne peux pas faire ce genre de choses ici !

– Vraiment ? Pourtant c'est tout juste ce que je viens de faire, répliqua nonchalamment le cadet.

Persistant dans son indifférence à s'exposer publiquement, il reprit son chemin, de nouveau en tête pour une direction qui lui était on ne peut plus inconnue. Kaidoh le corrigerait sûrement s'il faisait fausse route, et paraître désorienté ne lui importait guère à l'instant, après tout on l'avait déjà posé bien pire étiquette. De plus, il était trop enjoué dans son for intérieur pour se soucier de quoi que ce soit.

Ce manège qu'il jouait avec le serpent lui donnait une assurance dont il manquait quand il laissait ses soucis l'envahir. Ces moments de joie avaient l'art de lui faire baisser sa garde. Voilà pourquoi il n'aurait pas dû s'étonner de se heurter à un poteau – ou un panneau, il ne prit pas vraiment le temps de l'analyse – pas même cinq minutes après s'être attaqué à la pudeur de son aîné.

Outre son nez, dans lequel pulsait son sang pour lui signaler qu'effectivement il n'hallucinait pas cet obstacle et qu'il tenait au cas où un écoulement se manifesterait, cette rencontre inopinée ne le dérangeait pas plus que ça.

– Tu devrais probablement apprendre à faire attention à ton environnement, lui conseilla sagement la voix bourrue derrière lui.

– Est-ce que ça m'aiderait pour le tennis ? interrogea-t-il sur un ton de plaisanterie.

Se faisant, il s'écarta de son ennemi le panneau.

– À être pris plus au sérieux par tes adversaires ? Certainement.

Ryoma sentait que Kaidoh cherchait à l'embêter. Malheureusement pour le serpent, sa remarque ne le frustrait pas du tout. Au contraire, il voulait même tirer ça à son avantage.

– Tu essayes de me provoquer, senpai ? Parce que je mords à l'hameçon si tu veux régler ça sur le terrain.

– Nous devons retourner auprès des autres, on ne connaît même pas notre ordre de passage, signala l'aîné

– Che, c'est pas grave, un petit entraînement ne devrait pas prendre plus de temps que les deux matches en double. Ou peut-être que l'idée d'un affrontement rapide te fait peur ? Je comprendrais si c'est un trop grand challenge pour toi, après tout ce n'est pas dans ta zone de confort.

Le rookie connaissait très bien ce point faible de la vipère, et n'hésitait pas à appuyer dessus pour l'inciter à le suivre. Il constata avec joie que cette technique marchait à merveille, et chargea Kaidoh de leur trouver un terrain sous couvert de lui laisser le choix.

Ils se retrouvèrent vite à disputer un match en guise d'échauffement. Même si le serpent, un peu plus raisonnable que son cadet, se doutait que l'idée de se donner à fond avant d'autres rencontres n'était pas la meilleure. Il tentait de le rappeler à la recrue, mais aucun n'arrivait à se maîtriser.

Ce n'était pas faute d'essayer. Il n'y avait rien de plus dur que de se retenir quand l'excitation planait dans l'air et que le joueur d'en face était suffisamment bon pour la maintenir.

Ryoma fut le premier à abandonner les limites que lui imposait son aîné, avec quelques coups bien placés suivis de paroles provocatrices. Il savait que le deuxième année était capable de mieux, et quand il souhaitait quelque chose, il l'obtenait.

Kaidoh fléchit face à toutes ces incitations. Son corps en voulait davantage… Son esprit aussi : il mourrait d'envie de remettre le plus jeune à sa place sur un terrain qu'il connaissait.

La proposition d'Echizen le soumettait à une tension et le tennis aidait grandement à l'évacuer. Toute sa volonté céda malgré lui, et ses réponses face aux techniques du prodige devenaient plus précises et efficaces. La détermination de préserver son énergie disparut derrière l'objectif de vaincre son kouhai.

Le première année remarqua ce changement d'attitude et le taquina :

– Ne disais-tu pas qu'on devait garder notre énergie pour les matchs ?

– Je ne suis pas encore à fond, rétorqua le plus vieux.

Un rictus naquit sur le visage du plus jeune.

– Alors peut-être devrais-je te pousser à déployer toutes tes compétences.

Ryoma monta le niveau d'un cran et réfléchissait à de nouvelles piques à lancer pour augmenter la motivation de son partenaire d'entraînement, quand une voix familière s'exclama :

– Echizen ? Mamushi ? Mais qu'est-ce que vous faites ?!

L'intervention n'interrompit pas l'échange. Si la vipère ignora son rival et augmenta sa cadence, la recrue prit le temps de répondre :

– Un simple échauffement.

Leur coéquipier fit remarquer que leur échange était un peu trop intense pour un entraînement. Le serpent semblait vouloir l'écouter, puisque son rythme ralentissait, mais il continuait à renvoyer instinctivement les coups du prodige.

– Ça devrait aller, Momo-senpai, lui assura Ryoma.

Il entendit la porte du grillage qui entourait le terrain s'ouvrir, et les pas du deuxième année pénétrer sur le court. Ce dernier continua à argumenter :

– Ryuzaki-sensei m'a demandé de vous ramener. La golden pair a plus de difficulté à gagner ses jeux que d'habitude.

Quand la balle arrive de nouveau vers Ryoma, sa raquette fendit l'air pour interrompre sa course. Il rattrapa l'objet rond qui retombait. Momoshiro avait son attention à présent, ainsi que celle de son rival. Le joueur au dunk smash s'empressa alors de les rassurer :

– Ce n'est rien de grave, ils ne sont pas en train de perdre. Cette école se défend mieux que prévu, mais le problème est ailleurs, Inui compte nous expliquer. En tout cas la coach m'a envoyé vous chercher au cas où vous soyez quelque part à faire quelque chose de stupide…

Momoshiro se retint de commenter qu'elle avait visé juste.

– D'accord, d'accord, céda la recrue avec une docilité teintée d'ennui.

Son divertissement avec Kaidoh était interrompu, et si ça ne lui plaisait pas, l'espoir qu'il se passe quelque chose d'intéressant du côté du reste de l'équipe demeurait. Les trois joueurs se rassemblèrent et quittèrent la zone d'entraînement.

Le serpent se tenait un peu plus à l'écart, son cadet supposa que la présence de son rival le contrariait.

– Vraiment, je ne sais pas ce que tu as fait à la coach, Echizen, mais elle pense que tu ne sais que t'attirer des ennuis. D'une certaine manière, je comprends ce qu'elle veut dire, mais…

– Si Ryuzaki-sensei pense qu'il s'attire des problèmes, ça ne doit pas sortir de nulle part, trancha le serpent. Regarde-le. Son attitude est…

– Hé, Mamushi ! Qui t'a donné le droit de me couper la parole ?

– Ce n'est pas comme si tu allais dire quoi que ce soit d'intelligent, de toute manière.

Le première année prédit que ses aînés allaient interrompre leur marche pour se prendre le bec. Il continua donc sa route en les évitant. Après quelques pas, il se retourna pour leur demander quel chemin il devait suivre, mais n'obtint aucune attention. Il avança, tourna la tête doucement dans chaque sens dans l'espoir de mieux entendre des sons lointains, non couverts par la dispute qui se déroulait derrière. Malheureusement, rien ne l'aida à se repérer.

Sa marche devenait plus hésitante. Que ce soit vrai ou non, il ressentait qu'il serait bientôt au niveau d'une intersection et qu'il devait faire attention.

Soudainement, un bruit d'atterrissage et quelques ondes au sol l'avertirent que quelqu'un venait de sauter à sa droite. Probablement d'une certaine hauteur. Il en déduit qu'il y avait sûrement un bâtiment près de lui, et chercha si cette information pouvait l'aider. Le garçon venu des airs arriva près de lui et l'interrogea :

– Salut ! Tu sembles perdu.

Ryoma réfléchit à ce qu'il devait répondre, et à comment il pouvait obtenir des renseignements sachant que lui-même ignorait dans quel bloc jouait son collège pour ce tour.

– Tu es la fameuse recrue de Seigaku ?

Le plus jeune n'apporta pas de réponse puisque la question semblait rhétorique. Il continua de réfléchir à sa direction, et oublia de tourner la tête vers son interlocuteur pour feinter un regard.

– C'est pas sympa de m'ignorer, commenta ce dernier.

Cela rappela l'aveugle à l'ordre, qui mit en place les habituels gestes d'attention en se tournant vers son interlocuteur. Mine de rien, même si sa famille ne trouvait pas fameux son besoin de garder sa cécité secrète, tout ce processus pour la cacher et sauver les apparences le rendait plus poli. Si ce n'était pour éviter de prendre des risques, il y en avait quelques-uns qu'il ne ferait pas semblant d'écouter.

– Echizen ! s'exclama la voix de Momoshiro qui accourait vers lui. Ne disparaît pas comme ça, je ne veux pas avoir de problème avec la coach… Qu'est-ce que tu fais avec Sengoku de Yamabuki ?

– Quelqu'un que tu connais, Momo-senpai ?

– J'allais te poser la même question… Sengoku, euh, Sengoku-san est l'un des favoris de Yamabuki, il a une certaine réputation au niveau national.

– La chance a un peu joué en ma faveur, répondit l'autre joueur avec modestie, mais mis à part ça… Vous avez vu l'équipe de Fudosan ? Ils ont l'air d'être vraiment bons cette année, il faut les surveiller…

Le joueur au dunk smash corrigea le plus vieux, lui apprenant que l'école en question ne s'appelait pas Fudosan, mais Fudomine. Ryoma, pour sa part, avait d'autres préoccupations.

En parlant du loup, ils furent interrompus par des joueurs de Fudomine. Momo commença à parler à Akira, qui avait affronté Kaidoh au tournoi précédent

Alors que le rookie de Seigaku s'interrogeait sur l'absence du serpent, qui aurait dû revenir avec son rival, le cours de sa pensée fut interrompu par Ibu. Ce dernier lui parla de choses pas très intéressantes. Si le joueur n'était pas si mal sur le terrain, son côté pipelette ne correspondait pas au jeune prodige qui ne lui prêta pas plus d'attention.

Entre Ibu et Sengoku qui voulaient lui parler et les deux autres qui bavardaient à côté, le cerveau de Ryoma recevait trop d'informations pour son confort. Ça l'empêchait de réfléchir à ce qui lui importait vraiment sur le moment, et ça le désorientait. Il en oubliait presque la direction de laquelle il venait, et où il planifiait d'aller avec les informations qu'il récoltait.

Il ignora les joueurs sans se soucier de rien, s'éloignant un peu pour qu'on le laisse tranquille. S'ils ne devaient pas retourner sans trop tarder auprès de leur équipe, ou si Kaidoh était auprès de lui, peut-être aurait-il fait un effort pour s'intéresser à ce qui se racontait, mais là il n'en était pas capable.

– On se retrouvera en final, envoya Akira à Momo. On se doit une revanche, et je compte bien prendre la mienne face à la vipère.

– Pas de problème. Même si cet idiot perd, on remportera le tournoi, affirma Momoshiro avec confiance.

Le serpent ne perdrait pas si facilement, songeait le première année quand un sifflement caractéristique lui chatouilla les tympans. Quel timing ! Malheureusement, le plus jeune sentait venir à des kilomètres la nouvelle dispute qui éclata. Même lorsque Akira chercha à obtenir l'attention de son ancien adversaire, ce dernier l'ignora purement et simplement, trop obnubilé par son conflit avec son coéquipier.

À ce rythme, ils n'étaient pas près de retrouver les autres. Ryoma se demandait ce qui était passé par la tête de la coach pour avoir envoyé Momoshiro les chercher quand la vipère faisait partie du lot.

Une nouvelle voix s'éleva au loin, venant cueillir les joueurs de Fudomine. Tachibana, leur capitaine, demanda aux joueurs de Seigaku de transmettre à Tezuka qu'ils se retrouveraient en finale. Le rookie était ironiquement le seul à écouter, mais de par sa mémoire de poisson rouge il ne se sentait pas concerné par cette mission.

– Vous avez entendu, vous deux ? lança-t-il à l'égard de ses senpais.

Pas de réponse, le message ne parviendrait probablement pas jusqu'aux oreilles de leur capitaine. Pas grave. Au bout d'un moment, le kouhai en eut assez d'attendre la fin de la dispute des deux autres et décida d'intervenir.

Il se plaça entre eux, frôlant volontairement Kaidoh au passage pour se situer par rapport à eux.

– La coach voulait qu'on se rassemble, non ? essaya-t-il de rappeler.

Ses senpais ne réagirent pas dans la seconde, et que le plus jeune manquait de patience.

– Pourquoi ne continuez-vous pas ce que vous faites en marchant ?

Son insistance finit par les convaincre. Ils s'en allèrent donc sans saluer Sengoku, dont l'existence avait été oubliée depuis l'intervention de Fudomine, avant de repartir.

Quand ils arrivèrent enfin auprès de leur équipe, Ryoma décida qu'il ne repartirait pas de si tôt. Visiblement, il ne pouvait se fier entièrement à ses coéquipiers pour le guider quand des imprévus leur tombaient dessus.

Ryuzaki-sensei leur fit remarquer le temps qu'ils avaient pris. Heureusement pour eux, les matchs en double n'étaient pas terminés.

Ryoma appela Inui, qui s'approcha de lui. À voix basse il demanda s'il y avait un banc quelque part où il pourrait s'installer. Le troisième année l'invita à le suivre.

Ils se retrouvèrent assis tous les deux. Estimant les autres assez loin, le plus jeune se mit à l'aise et se permit d'enlever sa casquette. Il la garda néanmoins dans ses mains, jouant machinalement avec.

Curieux de ce que racontait Momoshiro plus tôt, le plus jeune en profita pour demander ce qu'il avait manqué des matchs, et le probabiliste fut ravi de répondre à sa demande.

Il apprit que l'équipe qu'ils affrontaient ciblait leurs points faibles et que ce n'était évidemment pas dû au hasard. En effet, son senpai affirmait que le manager d'une autre équipe divulguait des informations sur Seigaku à qui voulait bien les entendre.

Le prodige exprima clairement son opinion : tout connaître de son adversaire n'arrêtait pas une victoire si les capacités au tennis ne suivaient pas. Inui ne le contredit pas, Ryoma lui avait prouvé au tournoi de sélection que les données pouvaient faillir à un certain point, et il faisait confiance à ses coéquipiers pour gagner quelles que soient les conditions.

Alors qu'il approuvait, le probabiliste fut surpris de détecter une lueur d'inquiétude inscrite sur le visage de son cadet, incohérente avec les paroles qu'il soutenait.

Soucieux, Inui vérifia que leurs camarades se tenaient assez loin d'eux pour ne pas les entendre. Il nota au passage l'attention que leur portait Kaidoh, mais il estima qu'ils ne craignaient rien d'autre que des regards soutenus. Il le garda à l'œil tandis qu'il questionnait Echizen à voix basse :

– Qu'y a-t-il ?

Le plus jeune resta silencieux un moment, avant de parler avec hésitation :

– À quel point les autres stalkers… pardon, les collecteurs de données… sont-ils bons ?

– Je dirais que j'ai quelques rivaux de qualité. Pourquoi cet intérêt soudain? Les probabilistes ne sont pas des opposants qui t'effraient.

Le pied droit de la recrue remuait quelques graviers au sol.

– J'en ai pas peur, mais ça peut devenir problématique s'ils vont et viennent en exposant notre vie privée comme ça.

Oh… oh. Le souci résidait donc là. Cette inquiétude était tout à fait justifiée, surtout venant de la part de son kouhai.

Inui, en collectant des informations, violait souvent l'intimité de beaucoup de gens. Si c'était pour le tennis, il ne voyait pas le mal, après tout il gardait pour lui les données trop privées. La plupart de ses confrères, pour ceux qu'il connaissait, avaient tendance à faire de même.

Sauf que dans le cas d'Echizen, son identité publique de sportif se confondait avec sa vie privée à partir du moment où il avait décidé de cacher sa cécité. Après tout, le handicap du plus jeune pouvait potentiellement impacter son jeu.

Pour sa part, il estimait que la condition de leur nouveau joueur influençait relativement peu ses résultats en match, cela ne dépassait pas les 25 %. Néanmoins, ce n'était que son avis personnel. Il ne s'étonnerait pas que d'autres souhaitent tirer avantage de ce renseignement.

– J'aimerais pouvoir t'affirmer que personne n'a pu te percer à jour, mais je ne peux te fournir aucune certitude. Nous le découvrirons si quelqu'un fait une remarque à ce sujet…

Le probabiliste aurait vraiment voulu le rassurer. Au sein de Seigaku, son kouhai gardait assez bien son secret, mais peut-être que d'un point de vue extérieur il était plus facile d'analyser le cas du garçon ? C'était une possibilité qu'il était impossible d'exclure. Il préférait être honnête afin qu'Echizen soit préparé à toutes éventualités.

L'aîné se demandait s'il serait plus facile pour le plus jeune que sa cécité soit dévoilée pendant un tournoi. La tension serait à son comble, mais peut-être que le tournoi distrairait suffisamment leurs coéquipiers pour donner du répit au garçon ?

Ou bien, cette nouvelle les déconcentrerait de leurs matchs et mettrait à mal leur ascension vers le tournoi national. Heureusement, Tezuka, Fuji, la coach et lui-même étaient là pour éviter ce genre de scénario.

– Dis-moi, Echizen. Tu ne considères pas ta… cette partie de toi, comme une faiblesse pour le tennis, mais es-tu sûr qu'elle ne pourrait pas le devenir ? Qu'un joueur expérimenté ne pourrait pas la retourner contre toi s'il était au courant ?

Son kouhai releva la tête et la tourna vers lui. Leurs regards ne se connectèrent pas, mais avoir accès à ce visage si souvent dissimulé derrière une visière provoquait toujours des sensations tumultueuses chez Inui. Même sans ses statistiques, ça lui aurait suffi pour comprendre à quel point il n'était pas habitué à voir le faciès de son cadet.

Echizen se cachait tellement… Il serait prêt à parier que la plupart des membres du club ne pourraient pas le reconnaître s'ils se croisaient dans la rue sans casquette et sans uniforme. Les titulaires en seraient capables, puisqu'ils le voyaient de plus près, mais il était certain que même eux le verraient sous un autre jour s'il cessait de se camoufler derrière son couvre-chef.

La réponse du cadet se noya dans le flot de pensées du plus vieux, qui oubliait jusqu'à sa propre question.

Il fallait le voir, le visage et les émotions à nu, pour comprendre à quel point le première année leur était inaccessible en temps normal. Inui se sentait privilégié. De ce qu'il savait, le garçon ne laissait pas Tezuka ou Fuji voir ces facettes de lui, même s'ils étaient aussi dans la confidence.

Il y avait bien Arai, aussi. Suite aux observations de cette semaine, le probabiliste avait déduit qu'il y avait 98% de chance qu'il soit au courant. Il avait interrogé le joueur suspendu à ce sujet, en restant assez vague pour ne pas trahir inutilement la recrue. Le deuxième année avait tout nié, mais Inui continuait à suspecter qu'une sorte de chantage était à l'œuvre en ces deux-là. Après s'être assuré que la racaille ne maltraitait pas leur kouhai, il avait décidé de ne pas intervenir.

Même si Arai savait, Inui doutait que la recrue s'ouvre à lui davantage qu'il ne le faisait avec Fuji et Tezuka. C'était la raison pour laquelle il supposait être le seul assez chanceux pour voir à travers la carapace d'Echizen.

S'il appréciait avoir l'exclusivité sur certaines informations, l'envie de voir le première année mis à nu devant le reste de l'équipe le dévorait.

Il voulait qu'Echizen s'ouvre aux autres, qu'ils puissent le voir comme il le voyait. Le collecteur de données était persuadé au plus profond de lui qu'il leur fallait ça pour briser la glace. Le plus jeune ne pourrait jamais s'intégrer totalement parmi les titulaires s'il les nourrissait de mensonge et entretenait ce cocon dans lequel il se lovait, à l'abri de la réalité.

Inui voulait aussi qu'il soit mis à nu pour Kaidoh. Il se demandait à quel point les barrières du plus jeune tombaient quand il était avec la vipère… Probablement pas assez, puisque le deuxième année ne savait pas encore. Le collecteur se sentait désolé pour lui. Le serpent se souciait d'Echizen, et bien que le sentiment soit réciproque ce dernier ne lui accordait pas le droit de le connaître réellement. Alors que des personnes qui ne comptaient pas autant pour la recrue se trouvaient dans la confidence.

Le première année était plutôt injuste envers lui, de le laisser dans l'ignorance tout en se rapprochant de lui.

Si la vérité éclatait, ce serait au bénéfice de tous. Le probabiliste ne pouvait attendre le jour où le prodige s'expliquerait devant leur coéquipier. Même si ça impliquait qu'il se désarme devant eux, il pensait que le garçon en avait besoin. À faire des cachotteries et à se cacher constamment, il se créait des faiblesses inutiles. Si ça continuait, un jour il en subirait les conséquences, et les personnes qui tenaient à lui en pâtiraient aussi.

Le collecteur n'avait pas le sadisme de Fuji, pourtant il ne pouvait s'empêcher de ressentir une sorte d'exaltation en imaginant les murs de son kouhai s'effondrer devant eux, sa bulle exploser.

Alors peut-être laisserait-il ses coéquipiers entrer dans son monde et l'aider à reconstruire des défenses, plus solides que l'illusion de protection que lui fournissait son secret.

Cette idée l'obnubilait au point qu'il ne réalisait même pas qu'il s'était rapproché de son kouhai. Quand son esprit émergea, il se souvint enfin qu'il avait posé une question, même s'il peinait à savoir laquelle.

– Excuse-moi, Echizen, peux-tu répéter ?

Le première haussa les sourcils sous la surprise. Il exprima très vite son ennui.

– Sérieusement, senpai ? Je pensais qu'avec ce long silence, tu allais sortir quelque chose d'intelligent. Je ne répéterais pas, tu n'avais qu'à écouter.

Ryoma exagéra une expression rechignée. Comment quelqu'un qui devait se montrer attentif tous les jours pour récolter des données pouvait-il se permettre d'ignorer bêtement une réponse à une question qu'il avait posée ? Alors même qu'il avait eu le culot d'aborder un sujet aussi dérangeant.

Le garçon aurait mal réagi envers quiconque sous-entendait que sa cécité pouvait devenir une faiblesse pour le tennis, mais il laissait le bénéfice du doute à Inui. Le probabiliste pouvait lui poser la question par simple curiosité, sans grande implication.

Résultat, ça impliquait tellement peu qu'il ne l'avait pas écouté du tout. Il se demandait si le plus vieux ne cherchait pas à l'irriter intentionnellement, même s'il n'en comprenait pas la raison.

– Besoin de quelque chose, Kaidoh ? interrogea Inui.

Cette soudaine réplique surprit Ryoma, qui avait été trop occupé à pester intérieurement contre le probabiliste pour identifier les bruits de pas qui s'étaient approchés.

Il ne s'attendait pas non plus à la main qui se posa sur son épaule et glissa vers sa nuque pour la chatouiller. Elle appartenait définitivement au collecteur de données. Le garçon, incertain de ce qu'il se passait, haussa les sourcils et orienta sa tête vers le troisième année avec un air interrogateur.

Au lieu d'obtenir une explication de sa part, le prodige entendit la voix de Kaidoh s'étrangler :

– Qu'est-ce que tu fabriques, Inui-senpai ?

Cette réaction fit réagir leur kouhai qui ne pouvait pas laisser Inui faire comme bon lui semblait. Autant cette invasion tactile ne lui était pas aussi hostile d'avec d'autres personnes, autant sur l'instant elle lui parut déplacée. Il était décidé à être fâché contre son senpai, après tout.

Avant que le probabiliste n'atteigne sa joue, il lui attrapa le poignet et éloigna son bras de lui.

– Tu sais, Echizen, lança finalement Inui. Même quand elles n'ont pas trait au tennis, les données sont amusantes à collecter.

– Hein ?

Ce charabia n'avait décidément aucun sens pour le plus jeune. Le ton amusé du probabiliste aurait dû le mettre sur une piste, pourtant il n'y prit pas garde. Le plus vieux lui ébouriffa la tignasse, Ryoma tenta de l'en empêcher, mais le travail était déjà fait.

– Tu es particulièrement agaçant, là, Inui-senpai. Va récolter tes données ailleurs, le chassa le première année sans dissimuler sa contrariété.

– Si parfois tu pouvais ouvrir l'œil, tu verrais des choses très intéressantes, l'informa énigmatiquement le plus vieux.

Inui se leva du banc. Son cadet envoya un regard foudroyant quelque part dans sa direction, mais finit par baisser la tête aussitôt qu'il se rappela la présence du deuxième année. Il s'empressa de remettre sa casquette en espérant ne pas s'être trahi.

Le probabiliste rit doucement, puis s'adressa au serpent :

– C'est amusant de l'ennuyer, tu devrais essayer un jour Kaidoh.

– Ne me dis pas comment je devrais traiter les autres, Inui-senpai, grommela la vipère.

Le probabiliste eut le droit à un deuxième regard noir, qui n'effaça en aucun cas son sourire satisfait. Il leur souhaita de bien s'amuser et tourna le dos à ses kouhais pour rejoindre les autres avant que l'un d'eux ne se décide à lui jeter une malédiction.

– Je pense que Fuji qui déteint sur lui, songea le plus jeune.

Quand Kaidoh se retourna vers le première année, il ne put nier une certaine appréciation à la vue de sa moue contrariée. Le plus jeune essayait souvent cacher sa gêne comme il le faisait à l'instant, ce qui était assez adorable, et complètement en contraste avec l'arrogance dont il suintait à d'autres moments.

Son propre attendrissement l'agaçait. Il se blâmait d'autant plus pour s'être approché d'Echizen de lui-même, sans raison valable. Le prodige occupait déjà bien assez ses pensées comme ça, il n'était pas près de l'y déloger s'il lui parlait encore plus. Pire, il encourageait peut-être le première année dans son manège de séduction.

Il savait tout ça… Pourtant, quand il avait vu Inui et leur recrue interagir, au-delà de l'humeur mécontente de Ryoma planait une atmosphère qui l'avait intrigué. Il n'était pas le genre à se mêler d'affaires qui ne le regardait pas, le première année se trouvait être l'exception qu'il peinait à assumer. Surtout quand Inui entrait dans l'équation.

Clairement, il n'aimait pas la manière dont son cadet le transformait, être jaloux, déconcentré, embarrassé… Ça n'avait rien d'enviable. Rien qu'avec ça, il aurait dû rejeter directement l'offre du garçon, pourtant il traînait malgré lui.

Avec une pointe de frustration, le serpent approcha sa main de la visière du plus jeune pour lui enfoncer la casquette sur la tête. Il n'avait pas besoin de voir davantage son visage.

– Hé ! protesta le cadet pour la forme.

Ryoma avait la désagréable impression d'être le jouet des comportements bizarres de ses aînés. Il réajusta son couvre-chef, tout en demandant au deuxième année ce qu'il venait faire là. En général, il ne venait pas le trouver sans raison, encore moins quand ils venaient juste de se quitter.

– Si tu prétends être sérieux, tu devrais agir en conséquence, maugréa-t-il.

– Je ne suis pas sûr de te suivre, senpai.

L'autre siffla et marmonna quelque chose d'incompréhensible en s'en allant.

Ryoma soupira. Il lui arrivait parfois de ne pas comprendre ce qui arrivait autour de lui, il porta la faute sur son manque d'attention et sur la bizarrerie caractéristique des membres de son club.

Ça ne le perturba pas plus que ça, cela dit, puisqu'il décida de s'allonger tranquillement sur son banc et de se reposer en attendant qu'arrive son tour de fouler le court. Il faisait confiance à ses coéquipiers pour venir le secouer si par malheur il s'endormait.

Alors qu'il fermait les yeux, il repensa à sa famille qui traînait probablement parmi les spectateurs. Ça l'étonnait que ses parents ne soient pas encore venus l'embêter. Il n'allait pas s'en plaindre. Cependant, il n'aurait pas refusé la compagnie de ses cousins. Il espérait que Nanako et Andrew s'en sortaient, de leur côté.


Quand on parlait du loup... La voix de sa mère vint le réveiller alors qu'il s'assoupissait. Ils étaient plusieurs à marcher vers lui, il se leva pour les accueillir.

– Pourquoi es-tu ici seul ? interrogea Rinko.

– C'est tranquille, et les autres ne sont pas si loin.

Il ne savait que trop bien ce que pensait sa mère de sa tendance à s'isoler des autres. Son ton désapprobateur ne manquait pas de le lui rappeler. Contrairement à ce qu'elle pensait, il n'évitait pas ses coéquipiers – pas autant que ce qu'elle imaginait en tout cas – et il ne refusait plus autant qu'avant l'idée de se rapprocher d'eux.

Cependant, il ne prendrait pas la peine de prouver à sa mère qu'elle avait tort. Elle lui en demanderait trop, il n'était pas encore prêt à mettre sa cécité au grand jour pour le bien de l'amitié, ni pour assurer sa sûreté.

Elle lui rappelait souvent que si ses camarades connaissaient son handicap, ils pourraient veiller sur lui et lui faciliter la vie. Cet argument ne faisait qu'encourager Ryoma dans son envie de se dissimuler, mais il n'essayait plus de débattre avec elle. Sa mère ne comprendrait probablement jamais l'aversion qu'il avait contre le simple fait de se reposer sur les autres.

Elle considérait qu'il était normal, dans sa condition, de se laisser aider. Combien de disputes avaient failli être déclenchées à cause de ce sujet épineux ? L'adolescent faisait de son mieux pour ne pas partir au quart de tour à chaque fois, puisqu'il savait que sa mère s'inquiétait juste pour lui. Ça lui déplaisait de rentrer en conflit avec elle, alors tant qu'elle ne l'obligeait pas à se dévoiler il ne luttait pas pour défendre sa position.

– Et vous ? Où étiez-vous ? Andy et Nanako ne semblaient pas être avec vous tout à l'heure.

Ce fut sa cousine qui répondit la première :

– Désolé, Ryoma-san. Andrew et moi n'avons pas assisté à vos précédents matchs… Nous nous sommes un peu trop perdus dans notre conversation.

– Nanjiroh aussi. Il s'est échappé à la première occasion pour traîner on ne sait où, révéla sa femme.

Ce dernier couina, leur enfant supposa que sa mère venait de le prendre par l'oreille comme il lui arrivait parfois.

– Je voulais juste voir s'il y avait des joueurs intéressants, geignit le moine.

– Alors ? interrogea son fils, curieux.

– Il y a trois équipes qui se débrouillent pas trop mal, mais aucun joueur n'a pour l'instant retenu mon attention. Ils ont tous du chemin à faire.

– Ils n'envoient pas forcément les meilleurs joueurs dès les premiers tours, rappela l'adolescent. Quel est le nom des équipes ?

– Hm… Quelque chose comme Hyoutei, Fudomine, et Yamabuki.

Ryoma hocha légèrement la tête en reconnaissant les noms. Ça confirmait les propos de ses senpais. Hyoutei était les précédents champions de ce tournoi, et les joueurs de Fudomine devaient être devenus encore meilleur depuis leur dernière rencontre et étaient clairement de taille à rivaliser. Yamabuki possédait aussi des joueurs redoutables, semblait-il, ses aînés avaient mentionné avoir gagné de justesse seulement face à eux l'an dernier.

Le première année préférait cependant se faire une opinion lui-même, il avait hâte de jouer contre eux. Malheureusement, son géniteur brisa ses rêves en le prévenant :

– Vous ne jouerez que contre une de ces trois écoles, par contre. La répartition de ce tournoi est d'un ennui. Si vos matchs sont inintéressant j'irais voir ailleurs.

– Tss. J'espère que tu as tort.

Il arrivait que les tournois recelent quelques surprises, puisque tout le monde était déterminé à gagner, et dans le pire des cas les finales promettaient toujours des matchs intéressants.

– Je crois que le match de Momoshiro-san vient de se finir, informa Nanako. Tu es sûr que tu n'es pas lui suivant ?

– Je ne pense pas, mais je suppose que je devrais y retourner. À plus tard.

Après les avoir salués, le collégien leur tourna le dos pour se diriger vers ses coéquipiers. Quand il fut assez éloigné, sa cousine qui regardait toujours dans sa direction remarqua quelque chose :

– Il semblerait que Ryuzaki-sensei vous ait repéré mon oncle. Elle voulait vous parler, il me semble ?

– Je suppose que c'est inévitable, si c'est pour le gamin.

Après un regard entendu avec la coach, Nanjiroh s'éloigna de sa famille pour aller faire un tour. Il savait que son ancienne professeure allait le rattraper si tôt que le prochain match de Seigaku serait entamé.

– Voyons ce que nous veut la vieille sorcière.


Ryoma demanda au serpent de faire de son mieux avant que ce dernier n'entre sur le terrain. Son ton planait toujours entre la taquinerie et la sincérité. Il aborda ensuite ses autres senpais, pour les interroger sur leurs matchs.

Oishi, Fuji et Taka eurent quelques mots pour lui. Momoshiro et Eiji, pour leur part, le scrutèrent en silence. Le regard de l'acrobate se posa par hasard sur le joueur au dunk smash, il perdit alors le fil de la conversation, trop déconcentré par l'attention avec laquelle Momo détaillait Echizen. Son regard sérieux, qui ne le quittait pas un instant, et son expression pensive indiquaient que lui non plus ne suivait pas du tout leur discussion.

Le deuxième année était sûrement encore plongé dans la frustration que lui apportait leur cadet. Eiji le comprenait, leur recrue était un personnage à la fois intriguant et décevant par bien des aspects. Il vivait dans un monde à part et laissait difficilement les autres le pénétrer. Si les membres de Seigaku respectaient cette distance sans trop en être dérangés, Momo et lui le digéraient pas aussi bien.

Le plus dur n'était pas les refus d'étreintes ou d'invitations à sortir, mais le tout combiné à d'autres petites marques de rejets indirects. Leur kouhai donnait vraiment l'air de les ignorer parfois, de ne pas prendre en compte certains gestes et attentions. Comme les sourires ou mimiques auxquels il ne répondait pas, y restant complètement impassible et froid.

Passé le désappointement, Momo réussissait à étudier à peu près calmement le prodige et essayer de le comprendre pour ne pas trop l'importuner. Eiji peinait à faire de même. Depuis son arrivée dans le club il avait trouvé Echizen adorable de par sa petite taille, son côté maladroit et son attitude réservée. Il était dur de résister à l'envie de le prendre dans les bras. Pourtant, l'acrobate se retrouvait de plus en plus à devoir combattre cette manie de l'étreindre et de l'approcher.

Il ne se comportait pas trop déraisonnablement encore, parce qu'à force de rejets l'envie commençait à mourir seule. Il essayait encore, parce qu'il ne voulait pas laisser le garçon de côté, il voulait lui donner sa chance malgré son côté farouche, mais il ne tiendrait pas aussi longtemps que Momo.

La façon dont le plus jeune tressaillait à son contact, presque comme s'il en avait peur, et dont son comportement semblait dire que ses coéquipiers étaient une nuisance et le rendaient mal à l'aise… Cela créait une atmosphère qu'Eiji n'aimait vraiment pas du tout. Il se demandait s'il était le seul à la ressentir…

Le joueur au dunk smash avait l'air de le comprendre à un certain point, mais aucun de leurs coéquipiers avait mentionné un sentiment similaire. Il fallait dire qu'ils ne parlaient pas trop du première année. Inui et Kaidoh, qui étaient plus proches de la recrue, fuyaient étonnamment le sujet ces derniers temps. Fuji restait énigmatique quand il donnait son avis, et autant Oishi que Tezuka et Taka demeuraient neutres.

Ils trouvaient probablement dommage, eux aussi, que le petit bonhomme ne leur donne pas l'opportunité de se rapprocher. Il savait que l'esprit d'équipe était important pour eux.

C'était d'autant plus dommage qu'Echizen ne paraissait pas être un cas si désespéré que ça. Son asocialité semblait reposer sur l'évitement et la crainte plutôt que sur du désintérêt, ce malgré le détachement qu'il avait l'habitude de montrer. C'était probablement pour ça qu'Eiji avait continué d'essayer. Il conservait un espoir qui avec le temps s'effritait.

Le rouquin se rappelait quand Arai avait insulté le prodige, il s'était senti révolté, et choqué en voyant le manque de réaction de ce dernier qui habituellement avait du répondant. Ce genre de spectacle confirmait le soupçon qu'il existait des raisons plus profondes à cause desquelles garder ses distances.

Malgré tout, Eiji affrontait de moins en moins la distance qui se creusait entre Echizen et les titulaires. Ses doutes ne suffisaient pas quand le première année était trop loin pour être atteint.

Alors qu'il regardait la courte interaction entre ses coéquipiers et la recrue, les émotions du rouquin transparaissaient sur son visage. Oishi prononça le nom de son partenaire de double, surpris par son abattement avant d'en saisir la source. Il n'ajouta cependant rien de plus, demeurant aussi silencieux que Fuji.

Ce dernier s'avança derrière le chat et glissa un index dans sa nuque, ce qui eut pour effet de le faire tressaillir et de rediriger son attention ailleurs que sur leur recrue.

Alors qu'Eiji s'occupait de son camarade de classe, les autres recentraient leur attention sur le match du serpent. Il gagnait avec moins de facilité, mais ils ne doutaient pas de sa victoire.

Laissant les collégiens débattre sur la technique qu'employait l'adversaire de la vipère pour le désarçonner, Ryuzaki-sensei s'éloigna de ses élèves.

Dans son coin, Inui notait dans un de ses carnets. « Fin de la sixième semaine depuis l'arrivée d'Echizen. L'ambiance se dégrade et certains membres semblent avoir des suspicions. 87% de chance qu'une nouvelle altercation éclate la semaine prochaine, impliquant Kikumaru, Momoshiro, ou Oishi pour le bien de son partenaire de double et de l'équipe. » Si ça continuait ainsi, il ne donnait pas deux semaines à Echizen avant que le pot aux roses soit révélé d'une manière ou d'une autre.

Si Inui désirait fortement que ça arrive, dans ce genre de contexte cela ne serait vraiment pas joli à voir. Même si le première année et ses autres coéquipiers étaient destinés à être blessés dans tous les cas, le probabiliste se devait de limiter la casse. Paradoxalement, cela signifiait aider son cadet à garder son secret un peu plus longtemps. Au moins le temps qu'il fallait pour que ses relations s'améliorent avec le reste de Seigaku et qu'il se sente prêt à franchir le pas de lui-même.

La trahison que ressentiraient ses coéquipiers risquait d'être plus grande s'ils se sentaient impliqués émotionnellement, cependant il était déjà trop tard pour certains d'entre eux. Il estimait qu'ils lui en voudraient moins si Echizen leur confiait son fardeau de lui-même. Les titulaires n'étaient pas sans cœur, mais, avec les nationales qui s'approchaient, garder un tel secret causerait sûrement des problèmes. Surtout pour leur recrue.

Le première année était bien moins stable qu'eux. Il avait tendance à être sur la défensive quand il s'agissait de sa cécité. Si elle était révélée au grand jour alors qu'il n'était pas prêt, si le garçon n'était pas assez attaché à ses coéquipiers alors que ça arrivait, le probabiliste craignait qu'il prenne la fuite. Que les autres l'acceptent ou non.

Le plus jeune semblait si persuadé de savoir d'avance la façon dont ils le jugeraient qu'il y avait une chance non négligeable qu'il se condamne tout seul. Cette probabilité augmenterait si les titulaires se montraient mal à l'aise avec lui, ce qui arriverait fortement s'ils venaient à apprendre cette information par un concours de circonstances.

Le plus jeune pourrait finir par décider de quitter l'équipe et jouer de son côté, comme il le faisait en Amérique. Inui voulait à tout prix éviter ça, et pour cela il fallait changer l'attitude de leur recrue.

Plongé dans sa réflexion, le collecteur de données n'avait pas fait attention à l'arrivée de Fuji à côté de lui. Ce dernier l'avait rejoint après s'être assuré d'avoir suffisamment distrait Eiji. De sa voix douce, il interrompit le cours de sa pensée :

– Tu me laisseras lui donner la leçon cette fois ?

Comme attendu de Fuji, songea le probabiliste, il était vraiment attentif à tout et excellait dans les déductions. Il aurait pu l'égaler dans la collecte de données si ce domaine l'avait intéressé.

Connaissant son équipier, la demande qu'il venait de faire n'en était pas une. Ce n'était que politesse, la détermination du génie brillait dans ses yeux bleus

– Après tout, c'est injuste que toi et Kaidoh gardiez Echizen pour vous seul. De plus, s'il faut lui expliquer à quel point il est froid, je ferais un porte-parole plus pertinent.

– Parce qu'il est sur ses gardes près de toi et t'évite, même s'il n'a plus rien à te cacher, supposa Inui.

– Ça m'amuse plus que ça me dérange, mais il n'a pas besoin de le savoir, confia l'autre en souriant.

Il se permit d'ajouter, sur un ton plus sérieux :

– Entre nous, si tu veux voir Echizen secoué, tu ne feras pas l'affaire. Tu es trop gentil avec lui pour qu'il te prenne au sérieux, et tu ne parles pas le même langage. Lui donner des chiffres pour appuyer tes propos ça ne servira à rien. Ça l'inquiétera ou l'énervera, mais pas assez pour faire bouger les choses. Ça, c'est mon domaine.

Le collecteur marqua un long temps de pause, mais acquiesça finalement. Il reconnaissait la logique derrière les paroles de son camarade. Il avait beau rassembler d'innombrables données sur son cadet, l'analyser, et s'être beaucoup rapproché de lui, il ne le prenait pas toujours par le bon bout.

Il pourrait peut-être le toucher en tant qu'ami, avec un peu de chance, mais il ne serait pas le plus efficace pour lui faire ressentir l'urgence de la situation. Le prodige n'avait pas besoin qu'on l'informe, il avait besoin qu'on le bouscule, qu'il se sente suffisamment en danger pour prendre des mesures.

Inui aurait pu essayer d'avoir ce rôle, mais il savait que Fuji était terriblement plus qualifié que lui. Son aura et son coté manipulateur le justifiaient, sans compter que le première année se sentait déjà menacé par lui.

– Ça va être intéressant, avisa le sadique en riant doucement.

– N'y va pas trop fort non plus, l'avertit l'autre. Ça serait dommage de le voir changer d'école ou déménager si tu l'effraies trop. Il est un bon atout pour le tournoi national, nous n'aimerions pas l'avoir du côté adverse.

– Et il te manquerait, taquina le génie.

– Je ne serais pas le seul à le regretter.

– Vrai. Ne t'en fais pas, les choses sont devenues plutôt intéressantes depuis son arrivée, je n'aimerais pas le voir partir non plus.

– … Echizen, tu as attiré l'attention d'un homme dangereux.

– Ah ah, ça devrait aller. Nous ne sommes pas ennemis après tout.

Alors, il n'y avait plus qu'à espérer qu'Echizen ne soit pas borné au point d'ignorer Fuji. S'il ratait son coup et que l'ambiance au sein du club se dégradait, pour sûr, le première année aurait de réelles raisons de craindre le sadique. Ce dernier avait beau apprécier leur recrue, il favoriserait toujours ses anciens camarades et le bien de l'équipe en général.


Nanjiroh, qui s'était éloigné afin d'être seul, avait fini par croiser le chemin d'une jeune femme à sa convenance et la suivait désormais. Sa légendaire discrétion lui permit d'être presque aussitôt repéré. La demoiselle se retourna, il s'étonna de reconnaître son minois : c'était une journaliste qui l'avait interrogé quelques semaines auparavant, après avoir découvert que l'ancien champion qu'il était vivait dans les parages. C'était le problème quand on avait un fils aussi bon au tennis : il suffisait que le lien entre eux soit fait pour que le samouraï dise adieu à sa tranquillité.

Ce fut dans cette position, alors qu'il débattait intérieurement entre la fuite ou subir les remontrances de la journaliste en réponse à son attitude de pervers, que la coach de Seigaku le cueillit. Shiba avait déjà commencé à faire entendre son mécontentement, et le moine à nier ses accusations, quand Ryuzaki les interrompit :

– Ça vous dérange si je vous l'emprunte, Shiba-san ? demanda-t-elle avec amusement.

La contrariété de la jeune femme s'envola sous sa surprise, elle ne s'attendait pas à voir débarquer Ryuzaki-sensei. Néanmoins, elle se reprit vite. Étant donné qu'elle enseignait au fils du samouraï, et qu'elle avait eu ce même rôle auprès de l'ancien champion lui-même lors de sa jeunesse, elle ne devait pas s'étonner de les voir ensemble.

Elle l'autorisa poliment à la débarrasser de l'énergumène et les salua.

Pour une fois, le moine se laissa emporter assez facilement, malgré l'ennui qu'il affichait, comme à chaque fois qu'il reparlait à son ancienne enseignante. Qu'importent les années passant, la coach savait qu'il râlerait toujours à l'idée de la voir, ce qui l'agaçait et l'amusait à la fois. Le joueur n'avait pas vraiment changé et ça la rendait nostalgique.

Malgré les spectateurs grouillant un peu partout, ils parvinrent à trouver un endroit tranquille, à l'abri d'oreilles indiscrètes.

– Ça faisait un moment, Nanjiroh, commença-t-elle.

– Nous nous sommes vus avant la rentrée du gamin, c'est suffisamment récent pour moi, la vieille. À moins que ta mémoire commence à te faire défaut ? répliqua l'insolent.

Il aurait peut-être dû se taire, il se souvenait plus que Ryuzaki pouvait frapper si fort. Il se frotta l'arrière du crâne où naîtrait bientôt une bosse, et s'apprêtait à lancer un regard mauvais à l'enseignante. Quand il rencontra les yeux ardents de cette dernière, il se replia immédiatement, la queue entre les jambes. Même si le mouvement ne consista qu'à pivoter pour éviter son regard, il perdait sur ce coup-là.

– Qui est-ce qui perd la tête ? tonna dangereusement la vieille femme.

Toujours aussi effrayante… Pourquoi s'étonnait-on qu'il n'aime pas entendre parler d'elle ? Pour sauver sa peau, il changea de sujet :

– Donc, pourquoi voulais-tu me voir ?

Il s'assit sur un banc, de manière décontractée, pour montrer qu'il restait à l'aise malgré l'aura meurtrière qui le menaçait.

La femme finit par soupirer et se planta devant lui. Contrairement à son ancien élève, pour elle leur échange n'était pas un affrontement avec une victoire ou une défaite à la clé. Ce dont elle venait l'avertir importait davantage à ses yeux que la punition bien méritée qu'elle aimerait donner au samouraï.

– Que sais-tu à propos de la scolarité de ton fils à Seishun ? interrogea-t-elle.

– Pourquoi cette question ?

– Je parie qu'il ne parle pas beaucoup de l'école ou des activités de club, devina-t-elle.

Elle visait dans le mille, il fallait dire que ce n'était pas compliqué de cerner le garçon.

– Le gamin n'est pas du genre bavard. Où veux-tu en venir ?

– Tu t'en doutes sûrement, mais quand j'ai appris que Ryoma voulait garder sa cécité secrète j'étais curieuse de voir ce qui allait se passer. Son cas est atypique, et le fait que le corps enseignant accepte de jouer le jeu d'autant plus.

En silence, Nanjiroh glissa une cigarette entre ses lèvres et l'alluma.

– Je mentirais si je disais que nous pensions le voir tenir aussi longtemps. Il y a eu quelques paris à son sujet.

Le père, impassible, ne la regardait pas vraiment, jusqu'à ce qu'elle apporte une information un peu plus intéressante :

– Tu sais qu'il a été découvert ?

Sans pourtant montrer plus de surprise, l'homme l'informa qu'il n'avait pas été tenu au courant de ce fait. En apparence, il se fichait de cette nouvelle et restait tout à fait décontracté, mais à l'intérieur de lui crépitait un fond de curiosité.

– C'est quand même un veinard, les joueurs qui l'ont repéré sont discrets à ce sujet. Ils considèrent que ce n'est pas à eux de mettre son secret à la lumière du jour.

Voilà qui n'était pas si divertissant, pensa Nanjiroh.

– Tu ne m'as pas fait venir juste pour me dire ça ? supposa-t-il.

Il espérait qu'elle aurait mieux à lui mettre sous la dent. Le regard que lui lança l'enseignante se durcit. En fin de compte, peut-être que ce qu'il apprendrait aujourd'hui n'aurait rien d'amusant.

– Cette situation pourrait commencer à devenir problématique pour Ryoma, annonça-t-elle de but en blanc.

– Comment ça ?

– D'autres élèves, moins bienveillants, commencent à avoir des soupçons. Je n'étais pas là quand ça s'est produit, mais ton fils s'est fait verbalement attaquer à cause des différences qu'il dégage.

Le moine demeura calme, alors qu'il analysait ce qu'impliquaient ces propos. Il demanda posément :

– Comment a-t-il réagi ?

La coach afficha une expression embêtée, avant d'avouer :

– Je ne peux être sûre, puisque je ne l'ai pas consulté à ce sujet. Inui… Un de ses coéquipiers a dit qu'il n'était pas resté de marbre, mais que ça devrait aller. Il garde un œil sur lui. Il est attentif et plutôt bon pour s'occuper des autres, de plus il semblerait que Ryoma se soit un peu ouvert à lui. Pour l'instant, je m'en remets à son jugement.

Au fond de lui, le samouraï éprouvait du soulagement. Sa réplique fut pourtant nonchalante :

– Il semblerait que la situation ne soit pas alarmante. Où est le problème, la vieille ?

– Ne me dis pas que tu n'as pas remarqué le fond du problème.

– Éclaire-moi ?

– Ton fils te ressemble, Nanjiroh. Il est plus discret par moment, mais il a autant de fierté que toi. Sachant cela, ne trouves-tu pas sa décision de cacher son handicap étrange ?

L'homme, pensif, tira sur sa cigarette et demanda à la femme de préciser sa pensée.

– Quand quelqu'un te provoque ou te sous-estime, comment réagis-tu ?

– Je l'ignore ou je lui rends la monnaie de sa pièce au tennis, dépendamment de la situation.

– Ryoma fait pareil, on est bien d'accord ?

L'ancien joueur professionnel hocha la tête, le gamin faisait définitivement ça. Pas de doute là-dessus.

– Pourquoi est-ce qu'un garçon qui ne doute pas de ses capacités, et qui a déjà l'habitude de devoir les prouver par le tennis, a-t-il si peur d'exposer sa cécité au grand jour ? Le fait d'obtenir une place de titulaire aurait suffi à lever les doutes de tout le monde quant à ses capacités.

Le moine releva enfin les yeux vers elle, leurs regards s'accrochèrent pour ne pas se détacher. Il glissa la cigarette entre ses doigts le temps d'ouvrir la bouche.

– Le gosse peut bien faire taire les joueurs bas de gamme qu'on trouve ici et là, mais il ne s'agit que du tennis. Son tempérament s'étend au-delà de ce domaine, il ne supporte pas qu'on puisse le regarder de haut.

– Dis-moi des choses moins évidentes, Nanjiroh, tu m'avais déjà énoncé les raisons pour lesquelles il voulait garder ce secret. J'ai pu voir à quel point ton fils avait de l'égo. Il se plaît à ignorer ce qui ne l'intéresse pas, à défier les joueurs qui ne lui plaisent pas et à provoquer certains de ses coéquipiers pour obtenir des réactions. N'importe qui dirait qu'il ne manque pas de caractère ni de confiance en lui, et ce même s'il rase les murs, évite les regards et se tapit dans l'ombre la plupart du temps. Il y a déjà quelques membres du club qui le trouvent impertinent et il en a subi les conséquences, mais là n'est pas la clé du problème.

Son regard ne pouvait pas plonger plus profondément dans celui de son ancien élève. Ce dernier respecta le silence qu'elle imposait, avec une réceptivité et un sérieux auquel elle avait rarement le droit de sa part. Ce genre de moment était la preuve que le moine avait effectivement une part d'adulte au fond de lui. Il avait beau se montrer détaché, le sort de son fils lui importait.

– En fait, ce garçon a peur de créer des liens, n'est-ce pas ?

Le père fronça légèrement les sourcils. Son enfant avait clairement tendance à ne penser qu'au tennis, rien de nouveau, même si ça s'intensifiait ces derniers mois. Le moine lui lançait des piques pour l'inciter à s'intéresser à autre chose, notamment aux filles.

Malgré ce qu'il avait remarqué, il ne pensait pas son fils fermé aux relations sociales au point que la coach le pensait. Au moins un ou deux de ses camarades s'étaient rendus chez eux, et Ryoma n'avait pas agi comme s'ils étaient des invités indésirables. Nanjiroh n'était pas le plus fin des observateurs, mais il l'aurait remarqué si le gamin déployait une attitude inhabituelle.

– Non. Le gosse n'est pas des plus amical, mais je doute que ce soit ça le problème. Regarde, il a bien ce snake boy parmi ces amis.

– Kaidoh ? supposa l'enseignante. Bien sûr, mais je parle de vraies relations, pas de celles où il continue de se cacher comme si quelque chose allait lui tomber dessus. Kaidoh n'a pas la moindre idée de ce qui ne va pas chez lui. Pour l'instant, le seul élève à qui ton fils a vraiment parlé de lui est persuadé qu'il a une crainte viscérale d'être découvert par ses coéquipiers. Rien d'étonnant vu à quel point il a insisté pour que sa cécité ne soit pas dévoilée, mais la raison pour laquelle il craint à ce point les autres reste floue.

– On revient à la case départ là, signala le moine. Il ne veut pas être découvert parce qu'il manque de confiance.

– Sauf en ce qui concerne le tennis.

– Sauf en ce qui concerne le tennis… répéta le père, songeur.

Le tennis n'était définitivement pas le problème. C'est la première chose que le gamin avait réapprise après son accident. Le samouraï en sortit la conclusion la plus logique possible.

– Au tennis, les choses sont simples. Il sait ce qu'il doit faire pour gagner, c'est pas compliqué pour lui de prouver à ceux qui doutent de lui qu'ils ont tort. En dehors du terrain par contre, c'est une autre histoire. Je pense que le gosse a juste besoin de temps pour s'adapter.

– Écoute, je comprends qu'il ait besoin de temps, mais les autres ne l'attendront pas. Les choses ne vont pas se dérouler sans accroc si ça continue. Les suspicions vont augmenter, et Ryoma en payera les pots cassés s'il n'accepte pas d'annoncer sa condition.

– Dis-moi, la vieille, pourquoi est-ce à moi que tu racontes ça et non pas au concerné ?

– En fait, nous avons espoir que Ryoma change d'avis prochainement, puisqu'il a été découvert par trois personnes et qu'il a été accepté. Il devrait peut-être envisager que ça ne se passerait pas si mal si tout le monde savait. Pourtant, il n'a manifesté aucune envie de l'annoncer à d'autres membres et ne semble pas encore prêt à le faire, c'est pourquoi nous pensions qu'il aurait besoin d'un petit coup de pouce. Le forcer serait contre-productif, mais le guider subtilement vers cette voie-là lui serait sûrement bénéfique.

– Et tu penses que je pourrais jouer là-dessus ? en déduit le moine.

– C'est ton fils, tu es censé le connaître mieux que nous. Qui plus est, il a l'air de te considérer comme un rival. Ça ne devrait pas t'être trop compliqué de le provoquer pour le mener à ça.

Nanjiroh tira un dernier coup sur le peu qu'il restait de sa cigarette et l'éteignit. Il se leva, sans regarder l'enseignante, et demanda :

– Laisse-moi encore quelques semaines.

– Te les laisser à toi, ou à Ryoma ? demanda-t-elle, curieuse de ce qu'il se tramait dans la tête de l'ancien pro.

Elle l'observa, le samouraï demeura silencieux, seules ses tongs se firent entendre alors qu'il commençait à s'éloigner.

– Nous ne ferons aucune annonce sans qu'il ne l'ait décidé par lui-même, ça prendra le temps qu'il faudra, mais réfléchis-y Nanjiroh.

L'homme ne chercha pas à lui répondre et disparut rapidement de son champ de vision. Il n'alla pas retrouver sa famille, ni même observer les matchs de Seigaku. Au lieu de ça, il erra entre les blocs de terrains, indifférent aux affrontements qui s'y déroulaient. La plupart de ces gamins n'avaient pas un assez bon niveau pour capter son attention de toute façon.

Son esprit était profondément absorbé par la proposition de la vieille sorcière. Elle parlait comme si c'était facile, et certes en quelque sorte ça l'était : il lui aurait fallu un rien pour manipuler son fils, quelques piques par-ci par-là le temps qu'il cède. Après, il aurait suffi de chercher des solutions pour le dépêtrer d'éventuels autres blocages, créés parce qu'on l'aurait bousculé trop précocement. En soi, ça devait être faisable. Ce qui ne voulait pas dire que Nanjiroh aimait ça.

Provoquer son fils pour l'aider à s'améliorer au tennis était une chose. Le bousculer en appuyant sur ses vulnérabilités en était une autre. L'unique fois où il avait employé un tel procédé, le choix ne s'était pas offert à lui. Cette solution s'était imposée durement, puisque son enfant était déjà au plus bas et continuait à courir doucement à sa perte.

Maintenant, les circonstances étaient meilleures, son fils allait mieux, ou en tout cas il était en bonne voie. Ne serait-ce que pour ça, il réfléchissait à deux fois à la proposition que Ryuzaki venait de lui soumettre.

Seulement quelqu'un qui n'avait pas vu Ryoma rongé par ses démons pouvait envisager ce genre d'initiative. Seulement quelqu'un qui n'avait pas eu à secouer un gamin de 11 ans que toute motivation de vivre avait quitté. Seulement quelqu'un qui n'avait pas été poussé à la provocation, bête et méchante, en dernier recours face à un enfant blessé. Seulement quelqu'un qui n'avait pas eu à jouer le mauvais rôle, qui n'avait pas eu à dire des mots tranchants et à enfoncer le couteau dans la plaie, tout en espérant, le cœur serré et les boyaux retournés, qu'il faisait le bon choix.

Ça avait marché, mais ça avait été la décision la plus dure de sa vie. Il avait eu tellement peur d'achever son garçon en essayant de le sauver.

Écraser sa progéniture alors qu'elle gisait déjà à terre n'avait rien d'une solution miracle, c'était une vraie corvée, pour ne pas dire une torture. Pourtant, quand plus rien ne marchait avec le gamin, il avait dû prendre le risque de le briser davantage, il avait dû accepter d'enfiler la casquette habituelle du père provocateur à un moment où tout ce qu'il voulait était le prendre dans ses bras et lui dire que tout allait bien se passer.

Nanjiroh n'avait confié à personne combien cette décision, cette responsabilité lui avait pesé. Il l'emporterait avec lui. Au fond, le comportement de Rinko montrait qu'elle savait en partie ce qu'il avait traversé, mais ils n'en parlaient jamais. Le tabou qui entourait cette période demeurait, et pour le mieux, ils n'avaient pas besoin de penser au mal quand ce dernier était passé.

Cependant, des séquelles subsistaient, les mêmes qui créaient des réticences chez le moine à l'instant même.

Ryoma allait bien, son géniteur n'aurait pas dû être dérangé par ce plan. Ryoma allait bien… mais il n'était pas tout à fait guéri.

Quand petit à petit, l'enfant s'était remis sur pied, Nanjiroh avait espéré ne plus jamais avoir recours à ce genre de méthode. L'attaquer sur le tennis pour le faire progresser comme il le faisait depuis toujours, le pousser dans ses retranchements sur des petites choses pour qu'il grandisse, ça ne le dérangeait pas, il s'y plaisait même. Cependant, l'assaillir sur des craintes qui n'avaient d'autre source que sa cécité… Il ne voulait plus.

Il avait pris le risque une fois, et il ne désirait pas recommencer. Cette fois, Ryoma aurait beaucoup plus à perdre. Même si le contexte était différent, et même si le risque de le faire rechuter était proche de zéro, le moine ne pouvait s'empêcher d'y aller à reculons. Parce qu'au fond, bien qu'il ne l'avouerait à personne, il avait la trouille. L'idée que le moral de son garçon lui glisse entre les doigts lui foutait les jetons, et pour cette raison il refusait de précipiter l'acceptation de sa cécité. Même si ça voulait dire convaincre sa femme de laisser leur gamin vivre dans le secret si ça lui chantait.

Bien sûr qu'il voulait que son gosse aille mieux, et il espérait l'influencer avec ses remarques anodines par-ci par-là. Il se les permettait parce qu'elles étaient inoffensives, au point que son fils ne les prenne pas en compte. Elles n'étaient pas efficaces, mais au moins elles ne le blessaient pas.

Nanjiroh avait accepté que Ryoma ait besoin de temps pour regagner son assurance d'antan. Au moins, il l'avait retrouvé en ce qui concernait le tennis, aucun doute là-dessus. L'adulte s'était même naïvement laissé aller à penser qu'il allait mieux sur d'autres plans malgré son besoin de cacher sa cécité.

La discussion qu'il venait d'avoir avec la coach lui avait mis une claque. L'idée que son fils puisse avoir besoin du stratagème qu'elle proposait le terrifiait. Il ne le croyait pas, ce genre de choses n'étaient pas nécessaires. Son fils pouvait très bien faire ce chemin tout seul. La sorcière disait elle-même qu'il était en bonne voie, malgré tout.

Si le moine devait l'inciter à quelque chose, ce serait à approfondir ses liens avec ses camarades, et non pas à révéler sa cécité. Le résultat serait similaire, avec moins de risques pour Ryoma.

Nanjiroh ignorait s'il était vraiment capable de jouer sur les relations de son enfant. En dehors du tennis, son influence sur lui était moindre, mais s'il n'y avait aucun risque pour le gamin, ça ne coûtait rien d'essayer.

Le samouraï arriva finalement au terrain qu'occupait les Seigaku, le snake boy venait de finir son match, bientôt remplacé par la progéniture du moine. Plutôt que d'accorder son attention à son enfant, le regard de l'adulte resta fixé sur le garçon au bandana. Quel était son nom déjà, Kaidoh ? Peut-être devait-il commencer par là.


Voilà pour ce chapitre. Le prochain sera la dernière partie de cette journée. La finale du tournoi est contre Yamabuki, mais se déroulera le week-end suivant parce que... la chronologie de PoT est une horreur et je comprends pas tout mais j'essaye de me dépatouiller avec. Donc avant la finale on aura le droit à une semaine qui promet quelques avancées et évenements intéressants. Beaucoup de personnages ont bien l'intention d'aider Ryoma à leur manière, mais quels effets ça aura sur notre cher héro ? :)

Bye bye, et portez vous bien !