Ohayo mina' !
C'était nul de ma part de vous abandonner de cette manière, la semaine dernière... mais vous me connaissez, j'ai pas pu résister. *rigole façon Mingo*
Comme dirait Alivia13... "Vivi, la fille pleine de vie que personne, dans aucune fic, a jamais osé tuer. Sauf toi, bien sûr..." Hé ouais. J'suis irrécupérable, je m'en... excuse vaguement, par simple politesse, mais vous vous doutez bien que, si ça m'ennuyait de vous mener la vie dure... je ne posterais pas RVEE ! :D [argument imparable] (au moins tout ça, Watson) [je m'appelle pas Watson] (ouais mais tout le monde s'en fout) [...]
Introduction d'un nouveau personnage... dont on ne connait pas le nom :D pour changer, hein. Et on apprend certaines choses à propos du modus operandi de monsieur Portgas... (calmez-vous, calmez-vous...)
Je ne vous spame pas davantage, je vous souhaite une très bonne lecture, et...
Enjoy it !
J- 122 avant l'impact.
.
POV Luffy :
Trafalgar a l'air…
… mort.
Plus encore que d'habitude.
Il a la tête dans les bras et Shakky lui caresse le dos – je ne suis pas certain que ce type apprécie les contacts physiques, mais peut-être que dans ce cas, il est plus enclin à se laisser toucher. Ace est accroupi à côté de lui et lui murmure à l'oreille ; j'entends que Law lui répond, mais il ne se passe rien de plus. Je ne comprends même pas ce qu'ils disent.
Law serre les poings et Ace lui étreint le bras, avant de se redresser et de me faire signe de le suivre en désignant la porte du bar. Je lui emboîte le pas et le battant s'ouvre, nous inondant de soleil. C'est horrible qu'une journée aussi belle puisse être aussi glauque en même temps. Ace se roule pensivement une cigarette, les sourcils froncés ; je fouille dans sa poche pour lui prendre son tabac et ses feuilles, et son coup d'œil est plutôt surpris.
- … j'suis nerveux, marmonné-je en déposant une pincée de brins de tabac derrière le filtre.
Tellement nerveux que j'en fous partout ; Ace prend doucement mes mains dans les siennes et m'aide à rouler la feuille, avant d'y passer un léger coup de langue et de la fermer pour moi. Il l'allume d'un claquement de Zippo et j'expire une lourde bouffée de nicotine, qui se perd dans l'air ensoleillé.
- … il doit aller reconnaître le corps dans une heure. Il veut que j'vienne avec lui, soupire-t-il.
- Comment elle est morte ?
- C'est ça le problème. Apparemment, elle est loin d'être morte toute seule. C'est tout c'qu'il a pu comprendre.
- … assassinée ? m'étouffé-je, stupéfait.
- Faut croire.
Je relève les yeux et les plonge dans les siens, en cherchant des réponses à mes interrogations.
Trafalgar doit se méfier, c'est certain ; il doit penser qu'Ace est à l'origine de ça… je sais qu'il sait, on a pu en parler l'autre jour avec Shakky et il a toutes les raisons du monde de douter de son amant d'un soir. Et même moi… pendant une fraction de secondes, j'ai la vision d'Ace dépeçant Vivi en se foutant pas mal de la connaître ou non. La vision d'Ace penché sur un corps, dans le noir, et de longs cheveux bleus tachés de sang au fond d'une ruelle sordide.
Ace est tellement bon comédien qu'il pourrait nous berner en beauté ; il n'aurait aucune difficulté à feindre la surprise… je suis crédule, je le sais. Beaucoup moins qu'auparavant, mais je suis le premier à tomber dans les panneaux qu'il me tend. Alors, est-ce que Trafalgar, dans un moment de faiblesse, pourrait croire à ses fadaises, lui aussi… ?
Je me secoue et Ace caresse ma nuque ; j'ai froid, et lui a démentiellement chaud ; je me blottis contre son torse et ses lèvres caressent ma tempe.
- … dis-moi que tu n'as pas fait ça…, murmuré-je, la gorge nouée.
- J'te jure que non, Lu'. Vivi fait pas partie de… enfin… elle m'intéressait pas.
La porte du bar s'ouvre et Trafalgar lève une main au-dessus de lui, aveuglé lui aussi par le soleil éclatant. Ses cernes ont triplé de taille et il a l'air d'un cadavre ; il n'y a plus de lueur étrange dans son regard gris. Ni malice, ni fourberie, ni… rien.
Il n'est pas autant insensible que j'ai pu le croire, on dirait. Et ça me fait terriblement mal de le voir comme ça – je fais preuve de beaucoup trop de compassion et d'empathie, mais c'est quelque chose que je ne peux pas combattre, au même titre qu'Ace est un tueur. Je m'arrache à lui et je vais voir Trafalgar, intimidé ; il me regarde arriver en s'allumant une cigarette, et son regard éteint me fait peur.
- Mugiwara.
- … euh… je sais pas ce que ça veut dire, bafouillé-je.
- "Chapeau d'paille" en japonais. Ça te va plutôt bien, non ?
- Je… je suppose. Je…
- Te prends pas la tête, murmure-t-il en soufflant un panache de fumée. Crache le morceau.
- Je suis désolé pour Vivi. Elle était… elle était cool, et je suis… enfin, je voulais que tu saches que ça me fait de la peine pour elle… et pour toi.
Trafalgar acquiesce et soupire, avant de jeter un coup d'œil en biais à Ace qui soutient son regard sans ciller. À quoi est-ce qu'il pense ? à la meilleure manière d'en finir avec lui, si c'est lui qui a touché à Vivi… ?
Je me mords la lèvre, nerveux à nouveau, et je sens une tension gagner en intensité entre eux. Je m'éloigne d'un pas et ni l'un ni l'autre ne bronche, trop occupés à se foudroyer du regard.
- … on y va ? marmonne Ace en désignant la voiture de Trafalgar.
Il hoche la tête et m'étreint brièvement l'épaule en guise de salut avant de suivre mon amant vers le trottoir.
- Trésor… ?
Je tourne la tête et je vois Shakky me sourire avec la gentillesse qui la caractérise toujours ; je me détourne des deux hommes pour entrer dans la pénombre du bar, en songeant que je n'aimerais pas être avec eux pour ce qui va suivre.
. . . . .
.
POV Ace :
La vache, il caille sa mère.
Nos pas résonnent dans le silence du couloir de la morgue, et mon regard suit les pas du légiste qui nous guide à travers les dédales des corridors. Trafalgar n'a pas dit un mot depuis tout à l'heure, et j'me demande bien ce qu'il peut avoir en tête. Il a les mains dans les poches et ses yeux fixent le sol – il a pas besoin de voir où le mec nous emmène, puisqu'il bosse déjà ici à ses heures perdues. Il est thanatopracteur depuis quelques temps, et ça lui va plutôt bien, à bien y réfléchir – quoique, cette fois, il aura pas à exercer son art sur Vivi.
Des doubles portes vitrées s'ouvrent et la pièce dans laquelle on pénètre est grande, remplie du sol au plafond de compartiments réfrigérés. Brrr.
Le légiste slalome entre les tables de dissection et cherche une inscription au mur, alors que Trafalgar perd peu à peu ses couleurs – déjà qu'il en avait pas beaucoup, il a vraiment l'air sur le point de passer l'arme à gauche. Le type en blouse déverrouille le tiroir du milieu et le tire sur trente bons centimètres ; juste ce qu'il faut pour un visage, mais Law veut en avoir le cœur net et lui fait signe de continuer. Le compartiment grince et une silhouette indistincte se dessine sous le drap blanc.
S'il y a un drap à cet endroit, c'est que c'est vraiment mauvais pour Vivi. En théorie, les compartiments réfrigérés ne contiennent que les corps.
Ça commence bien, tiens.
- Vous êtes prêts… ?
- Ouais, marmonne Law en fronçant les sourcils.
Le légiste tire délicatement le drap vers le bas et je fais la moue.
Question visage, ça va. Elle a seulement l'air endormie… si on oublie la couleur de ses lèvres assortie à celle de ses cheveux. Jusque-là, rien d'anormal ; Trafalgar serre les poings, et son visage se ferme comme une huître. Il ne laissera rien passer, j'en suis sûr. C'est dehors qu'il va craquer.
Il tend un bras et découvre ce qui reste sous le drap, et un spasme crispe tous ses muscles.
… huuuh. Pas beau à voir, ça.
- … vous l'avez retrouvée comme ça ? murmure sa voix blanche.
- Disposée de cette manière, oui. Ce n'est pas la première fois qu'on retrouve des corps dans cet état.
- À quand remonte l'heure de sa mort ?
- Vu l'état de cette jeune fille, c'est difficile à estimer. Je dirais entre mardi soir et mercredi matin, mais je peux encore me tromper.
Trafalgar déglutit difficilement, et je sais à quoi il songe – j'étais de sortie, ce soir-là. J'avais décliné son invitation pour un coup à boire chez Shakky, et il avait compris.
Et moi… je suis dans la merde, si tout continue à concourir contre moi.
- Vous avez d'autres choses à me dire… ? souffle Law, presque aussi blême que Vivi. Comment est-ce qu'elle a pu se laisser emmener… ? Vivi ne traînait pas avec le premier venu.
- On l'a empêchée de se débattre en lui injectant un sérum, juste là, explique le légiste en soulevant une mèche de cheveux pour dégager l'espace entre la nuque et l'oreille. Les tests nous en diront plus un peu plus tard.
- … et ?
- On a tenté de la noyer. Plusieurs fois. Mais les poumons sont vides d'eau… on a pris soin de ne pas les laisser se remplir pour limiter le risque de noyade trop rapide.
Trafalgar serre les dents mais rien ne filtre – il se contente d'avoir un point de vue le plus clinique possible sur l'état de Vivi, c'est ça qui le fera avancer.
Et d'mon côté, j'ai l'impression que la torture n'a pas encore atteint son apogée.
- D'autres choses ?
Trafalgar a l'air d'avoir un doute sur ma culpabilité, et c'est un bon point pour moi.
Je ne suis pas du genre à noyer mes victimes, je trouve ça naze. Trop classique, même. J'ai une façon de procéder bien différente. OK, j'ai transformé l'évier d'une des victimes en baignade forcée lors d'un braquage avec Luffy, mais c'était pour le principe. Et avoir un code. Rien à voir avec le plaisir de noyer quelqu'un.
- Je ne sais pas si ça va vous apporter grand-chose de le savoir, marmonne le légiste dans un soupir.
Ce n'est définitivement pas moi, Law le sait, maintenant. Vivi a sûrement été violée, et ça ne fait pas partie de mon mode opératoire.
Ou tout du moins, ça n'en fait plus partie depuis quelques temps.
- Elle a subi plusieurs agressions sexuelles. On l'a torturée, également, même si l'état des membres laisse un doute sur cette dernière donnée.
- Il y a de quoi faire des prélèvements… ? souffle Law après un long silence.
- Ils ont été faits, mais ils ne correspondent à rien, pour le moment. Le test ADN ne nous permet pas d'affirmer clairement une identité, mais il reste encore quelques jours avant la fin de la procédure. Si jamais nous trouvons quelque chose…
Sa phrase reste en suspens et Trafalgar me jette un regard par-dessus son épaule. Je lis parfaitement la menace dans son regard – si jamais c'est moi, il me fera la peau. J'en suis certain.
Je me contente de le dévisager, avec l'air le plus neutre possible. Après tout, je n'y suis pour rien dans la mort de Vivi. Elle est regrettable, d'accord, mais pour une fois que j'ai pas fait de connerie, j'vais pas m'accuser pour faire plaisir.
- Vous avez dit que… ça ressemblait à ce que vous aviez trouvé sur d'autres corps, l'invité-je à poursuivre.
- Exact. On a d'autres meurtres sur les bras, qui sont très semblables et qui laissent penser qu'il s'agit de la même personne, toujours avec le processus de noyade, mais d'autres encore qui diffèrent totalement et qui n'ont rien à voir.
- Comme… ? insiste Trafalgar.
- Celui-ci, réfléchit le légiste en tirant un tiroir supplémentaire.
Ah.
Ça, c'est à mettre sur mon compte, par contre.
C'est une fille que j'ai fini de refroidir hier soir, justement. À la différence près qu'elle est entière et qu'elle ressemble à un être humain ; rien à voir avec ce que l'autre taré a fait à Vivi. Trafalgar dévisage l'inconnue et passe d'un corps à l'autre, avec l'air de réfléchir à toute vitesse.
Et moi aussi, je réfléchis… parce que les blessures que les deux corps présentent sont relativement similaires sur certains points.
… on dirait bien qu'il y a deux monstres qui règnent sur Los Angeles, en ce moment.
Et je me demande qui est le deuxième, qui empiète sur mon territoire et qui s'amuse à imiter une partie de mon mode opératoire.
- Et vos conclusions par rapport à ça ?
- Deux personnes totalement différentes. L'individu qui a perpétré le meurtre de mademoiselle Néfertari est brouillon. Appelons-le le premier tueur. Très désorganisé, même s'il répond à un mode opératoire précis. C'est un psychotique, ni plus ni moins. Alors que ce tueur…
Il effleure l'épaule de la jeune femme dont je me suis occupé la veille.
- … est plus méticuleux. J'ai déjà retrouvé ce schéma sur de nombreuses personnes depuis l'année dernière, et je peux dire que cette personne tue depuis bien plus longtemps. Elle a eu tout le temps nécessaire pour peaufiner ses meurtres et trouver ses préférences. Appelons-la le second tueur. Le premier se cherche encore, il n'y a que deux choses récurrentes dans les cadavres que nous retrouvons : la noyade et le viol. Rien de répétable sur le temps et les victimes.
- Et le deuxième… ?
- Il utilise un couteau de chasse, toujours le même. Les incisions ne varient pas en épaisseur, la lame reste identique à chaque fois. Il les incise, cautérise la plaie, et incise encore. La profondeur fluctue, il évite les zones trop vascularisées.
- Quelle utilité ? marmonne Law.
- Il ne les saigne pas trop vite, répond le légiste avec indifférence. Les entailles successives entament la chair progressivement, et les cautériser à chaque fois est un gage d'assurance… les victimes ne meurent pas tout de suite. Et au vu de l'état de la peau, le second tueur les garde plusieurs jours. Les chairs ont toutes eu le temps d'entamer un processus de guérison.
J'aime bien jouer avec la nourriture ; en clair, je suis un gros chat.
Et plus longtemps le jeu dure, plus longtemps j'prends mon pied.
J'peux mettre des jours entiers à saigner quelqu'un à blanc.
- Le premier doit user de ce qu'il a sous la main au moment du meurtre, les blessures sont éparses et jamais identiques, pour le coup.
- Un couteau de chasse… ?
- Ce sont les conclusions de l'enquête, oui. Elle a été ouverte il y a deux ans déjà, mais nous n'avons aucune avancée sur ce point. Le tueur est trop scrupuleux et trop minutieux pour se laisser déborder, et il ne laisse aucune trace. Rien qui ne permette de l'identifier. L'enquête a fait un pas en avant depuis janvier, puisqu'on observe une légère variation dans le mode opératoire. Qui confirme qu'il ne peut pas être aussi le premier tueur.
- Une légère variation ? marmonné-je.
J'ai changé mon modo ?...
Bizarre. Je m'en étais même pas rendu compte.
- Légère, légère… c'est vite dit, mais quelque chose a changé, oui.
- Quoi ? le presse Trafalgar.
- Il ne viole plus.
Trafalgar me jette un autre coup d'œil et je feins l'innocence même.
Ouais, et alors… ?
J'ai pas envie de salir Luffy de cette manière. J'vais quand même pas m'en excuser ?!
- Vous en êtes sûrs… ?
- C'est une certitude. Et comme je vous l'ai dit, hormis ça, rien n'a changé. Il ne fait pas preuve d'une violence excessive, alors que c'est tout ce qui caractérise notre premier tueur. Lui… il s'acharne sur ses victimes. Clairement. C'est un individu qui ne maîtrise pas ses pulsions et qui se laisse entièrement dicter par elles.
C'est vraiment problématique.
Je vais devoir régler ça, et je vais avoir besoin de Trafalgar pour avancer dans l'enquête.
- Qui s'occupe des investigations… ? demande Law en détournant son regard du corps de l'inconnue.
- L'Agent Smoker, mais il est très pris en ce moment, avec les affaires de braquage, et il ne va pas avoir beaucoup de temps à vous accorder.
Non mais c'est pas vrai… ce connard va vraiment me pourrir la vie du début à la fin ?! C'est lui qui a hérité de l'enquête sur moi et l'autre boucher… ?
Ces deux-là sont des nuisibles à éliminer le plus vite possible. Et quand j'aurai trouvé qui occupe mes plates-bandes à L.A., j'en finirai avec sa vie, et celle de cette pourriture de Smoker.
- Je vous le répète, ces deux tueurs n'ont rien à voir. Et le premier, même s'il est très désordonné, a des critères de sélection bien précis, comme le deuxième. Mais encore une fois, c'est Smoker qui vous en parlera mieux que moi.
- On se débrouillera, merci pour l'info. On peut… rester un peu seuls avec elle ?
- Vous connaissez le chemin, soupire le légiste en s'éloignant vers les portes du couloir.
Elles se referment sur lui dans un chuintement et le silence revient, seulement troublé par la climatisation de la pièce presque déserte de vivants.
Law se tourne aussitôt vers moi et plisse les yeux.
- Dis-le moi une bonne fois pour toutes.
- J'ai pas touché à Vivi et j'en ai jamais eu envie. Regarde… elle a rien à voir avec celle que j'ai tuée.
- Alors c'est bien toi, l'autre ?
- Pas de doute possible.
- … c'est à cause de Luffy que tu les touches plus ?
- Pas à cause. Grâce à lui. J'en ai pas envie… et c'est le propre de ce que je suis. Même si j'aime pas déroger à mes habitudes, je suis capable de le faire. De changer, de m'arrêter temporairement si c'est vraiment nécessaire. L'autre enfoiré… il calcule rien. Ça lui prend comme une envie de pisser et il massacre, point.
- … tu crois qu'elle a souffert ? murmure-t-il en se rapprochant de Vivi pour caresser son visage figé.
Ses yeux sont mornes, et je sens qu'il essaye de se détacher de tout ça… mais moi, je suis pas le mieux placé pour lui apporter une réponse un tant soit peu humaine. Je suis direct, cru, et celui qui est doué avec les mots, c'est Luffy. Pas moi. Je suis trop brut de décoffrage.
- … j'pense, ouais, soufflé-je en contemplant Vivi et ses yeux clos. Mais c'est fini, maintenant. Elle est en paix.
- Tu le crois vraiment ?
- Au moins, elle souffre plus, et c'est c'qui compte, non ?
- … ouais, mais… je ne peux pas m'empêcher de penser que je n'ai pas été là pour elle. Et je me rends compte un peu trop tard que… je l'aimais vraiment, en réalité.
Je contourne le tiroir et je pose une main sur son épaule – c'est tout ce que j'peux faire pour lui, je trouve rien de plus réconfortant. Pour consoler Luffy, je le prends dans mes bras, mais je peux pas le faire avec quelqu'un d'autre. Et puis, même, j'suis pas certain que Law accepte ça, et j'serais le premier à me barrer si quelqu'un essayait de me toucher de cette manière.
- J'suis désolé. Et ça, c'est pas du pipeau.
- Je le sais. Merci, Ace.
Je retourne au compartiment qui contient le corps de mon inconnue assassinée – elle s'appelait Alvida, à en juger le nom sur le tiroir – et je la contemple pensivement. Grande, brune, plantureuse… elle était beaucoup plus jolie vivante. Et pendant que je m'occupais d'elle, aussi.
Son visage est débarrassé du maquillage qu'elle portait en rentrant de sa soirée en discothèque. Plus de rouge à lèvres criard, plus de crayon charbonneux, plus de blush sur les joues.
Je sens un regard sur moi et je relève la tête, pour voir Law me fixer avec circonspection.
- … quoi ?
- Tu crois que tu pourrais le retrouver ? celui qui a fait ça à Vivi… ?
- Pourquoi… ?
- Vous êtes pareils.
- Mauvaise réponse.
- Arrête un peu, Ace. Les monstres se reconnaissent entre eux.
Il est loin d'avoir tort, et de lui ou de moi, l'un de nous est de trop ici.
Deux tueurs en série dans une seule ville… la démographie va bientôt plonger, on dirait.
- Un point pour toi. Mais j'ai rien à voir avec lui.
- Pourquoi vous faites ça ? poursuit-il avec un intérêt carrément déplacé – mais j'peux pas le lui reprocher.
- Parce que ça m'occupe. Parce que ça me plaît… j'en sais rien, en fait. C'est comme ça. Si j'pouvais te répondre, j'le ferais, j'te jure, mais malheureusement j'peux pas.
Je claque le tiroir, et Law reste un long moment à contempler celui où git Vivi.
Ses blessures sont nombreuses et elle est dans un état lamentable. Elle ressemble à ces types en prison qu'on retrouvait roués de coups au fond de la cour, passés à tabac parce qu'ils n'avaient pas les moyens de payer.
Je fixe ses blessures et Law se rend compte que je tire une tête de trois pieds d'long.
- … quoi ?
- Ben, ça, c'est quelqu'un qui me copie, marmonné-je en plissant les yeux.
Law écarquille les yeux, alors que les miens balayent le corps en pièces détachées de Vivi. Pas de doute là-d'ssus… c'est pas la même arme, c'est clair, mais je me reconnais dans les entailles laissées sur la peau. Et ça, c'est vraiment mauvais signe.
Ce type me sort par les yeux. Y'a qu'un moyen pour lui de savoir comment j'procède : me suivre, attendre que je me sois occupé de ma proie et récupérer le cadavre juste après pour l'étudier. Mais comme il se maîtrise pas, il arrive pas à pomper suffisamment mon style pour me faire accuser. Ils l'ont tous bien compris, et moi j'me r'trouve avec un psychotique fanatique sur les bras.
- … tu vas avoir des contacts avec Smoker, j'veux que tu m'tiennes au courant de tout, OK… ? là, j'peux pas m'permettre de laisser cette enflure se balader en se faisant passer pour moi. Et il mérite de crever, de toute manière.
- Tu le mérites pas, toi, peut-être… ?
- De lui ou de moi, j'préfère que ça soit cette pourriture qui termine entre quatre planches.
Je compte bien mettre la main sur ce type et lui faire passer le goût de la plaisanterie.
Y'a que deux schémas possibles, avec ce fou : soit il veut qu'on s'allie, et il espère attirer mon attention en me montrant qu'il peut être un bon élève… soit il veut ma peau en même temps, et ça, ça craint. Il veut ma place, et j'suis certain qu'il est très au courant de l'enquête des poulets. Reste à savoir d'où il sort. Je vais avoir besoin de Marco, sur ce coup-là.
Ça prend une tournure à laquelle j'm'attendais vraiment pas, et ça vient foutre une merde pas possible dans mes affaires. Smoker a pas encore fait la relation avec moi, et c'est tant mieux – officiellement, je pourris dans une forêt avec deux décharges de fusil dans le ventre. Officieusement, on a jamais retrouvé mon corps, et j'ai disparu dans la nature. J'aimerais que ça reste comme ça, et que personne ne sache que Portgas D. Ace est toujours vivant, et qu'il tue encore.
- Si tu le trouves, préviens-moi, j'veux le buter moi-même, marmonne Law.
- J'aurai pas l'temps de t'appeler, ça sera tout de suite ou jamais. Mais j'te ramènerai son cadavre, t'en fais pas.
- Tu comptes bien le trouver, alors ?
- Bien sûr que oui, marmonné-je, l'évidence même.
- Et si c'est lui qui te trouve en premier… ?
Un frisson hérisse ma peau, et mon imagination prend le dessus.
… glauque.
. . . . .
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POV Luffy :
Je referme le portail derrière moi et je remonte la petite allée pavée qui mène à l'endroit qui a vu mes premiers pas ; j'ai le cœur à l'envers et besoin d'un repère stable, besoin de quelque chose de sûr et de réconfortant.
J'inspire profondément en m'arrêtant devant la porte de ma maison, et je frappe avant de prendre mon mal en patience, les yeux baissés sur mes chaussures. Le battant s'ouvre, un soupir s'élève et deux mains tièdes caressent mes joues.
- Tu veux dormir là ? murmure ma mère en caressant mes cheveux.
- … mmn. Ça te dérange pas… ?
- Ton lit est déjà prêt. Viens.
Je rentre et la porte de la maison se referme derrière moi, avant que ma mère n'embrasse mon front.
- … tu veux m'en parler… ?
- … j'ai une amie qui est décédée, marmonné-je. J'arrive pas à me faire à cette idée.
- … et Ace ? souffle sa voix, en essayant de rester polie.
- Il est avec le petit-copain de la fille, il fait ce qu'il peut, mais…
Ma voix s'éteint, et ma mère m'entraîne vers les escaliers qui mènent à ma chambre. La nuit est tombée depuis longtemps, j'ai besoin de dormir, mais je ne me vois pas rester dans le noir du container. Je sors mon téléphone pour composer le numéro d'Ace et je lui envoie un message pour lui dire de ne pas s'inquiéter, que je reste avec ma mère pour la soirée. Uno, Dos et Tres dorment sur ma couverture, pelotonnés dans les draps.
J'allume la lumière de mon chevet et je m'assois sur mon lit, en contemplant le mobilier autour de moi – tout me manque, en fait. Cet endroit est ce qu'il y a de plus familier pour moi. Ma mère prend place près de moi et m'attire dans ses bras, en s'étendant dans mes draps ; je me love contre elle et je ferme les yeux, ses doigts dans mes cheveux me caressent la tête et me font du bien. J'inspire profondément son odeur et je la serre contre moi, en essayant d'oublier mon mal-être.
On reste un long moment ainsi, enlacés sur mon oreiller.
C'est dans ces moments-là que je me rends compte que j'ai encore besoin de ma mère, et qu'elle a besoin de moi avec elle. Sauf que moi, en bon égoïste, je reste loin d'elle, pour garder mon indépendance.
Elle se redresse et caresse mon visage, avant de se lever et de fermer mes volets ; je la regarde faire et je me sens comme un enfant, mais c'est ce qui me permet de ne pas penser.
- Coupe ton téléphone, je te réveille demain, tu as besoin de dormir, murmure-t-elle en revenant s'asseoir à côté de moi. Sept heures, ça te va...?
- Mmn. Merci, Maman.
- De rien mon ange. Dors.
Elle m'embrasse sur le front, me sourit et se détourne pour sortir de ma chambre, en refermant la porte derrière elle. Je défais mes vêtements, et je me glisse sous mes draps en laissant ma vieille veilleuse allumée – je ne veux pas d'obscurité.
Uno, Dos et Tres miaulent comme des fous et se rapprochent de moi, et je les caresse pensivement en me demandant si Ace va réussir à dormir sans moi, cette nuit.
Je ferme les yeux et je me laisse bercer par le ronronnement de mes chats, couchés près de moi, sur l'oreiller... avant de m'endormir.
Enfin.
Je me réveille en sursaut quand quelque chose frappe à ma vitre ; je suis plutôt désorienté, et il me faut quelques secondes pour me rendre compte que je suis chez ma mère.
La veilleuse fonctionne encore.
Je me redresse et je m'aperçois qu'il fait encore nuit noire dehors.
Je me hisse sur un coude, en essayant de me sortir la tête du brouillard de mes quelques heures de sommeil – je finis par sortir de mon lit en faisant attention à ne pas envoyer les chats voler sur le sol et je vais à ma fenêtre, où un petit caillou s'écrase au moment où je l'ouvre. Putain, c'est quoi ce bordel...?
Je me penche dans le noir, et j'aperçois une silhouette dans le jardin.
... c'est une blague ?!
- Ace ?! m'étouffé-je en écarquillant les yeux.
- … t'avais coupé ton téléphone, j'me bilais.
- J't'ai envoyé un message, baillé-je. Qu'est-ce que tu fous là...?
- J'voulais te voir. J'ai d'mandé à Marco de me filer ton adresse.
- ... et ...?
- J'arrive, sourit-il, avant de prendre appui au linteau de la fenêtre des toilettes et de se hisser d'une seule poussée vers le haut.
D'où l'utilité des tractions, mmnh...? Et qest-ce qu'il compte sérieusement grimper à...
Ouais, la gouttière. Je prie intensément pour qu'elle tienne, et qu'elle s'écroule pas sous le poids du mastodonte qui l'escalade. Ace grimpe, grimpe, grimpe... il trouve des prises que je soupçonnais même pas jusque-là et quinze secondes plus tard, il entre dans ma chambre. Tranquille. Par ma fenêtre.
... bah, pourquoi est-ce que ça me surprend encore, hein...?
Je me hisse sur la pointe des pieds pour l'embrasser, et ses mains me caressent à travers mon tee-shirt.
Il m'enlace et me serre contre lui, avant d'enfouir son nez dans mon cou et d'y déposer une ligne de baisers.
- Tu veux rester dormir...? Si tu fais pas de bruit… ça devrait le faire.
- … t'es sûr ?
- Mmn. Tu partiras avant que ma mère se réveille, à six heures. Ça te va ?
- Ouais, t'inquiète pas.
Il retire ses chaussures, histoire de limiter le bruit et la poussière, et commencer à regarder à droite et à gauche en contemplant le décor de ma chambre ; il sourit, et je me demande à quoi la chambre d'un tueur en série adolescent pouvait bien ressembler. À un théâtre des horreurs, ou à une mascarade pour la faire sembler normale...?
Ace désigne ma batterie, près de mon armoire, et hausse un sourcil surpris.
- ... tu joues...?
- Ouais, j'me débrouille, souris-je en me grattant la tête, un peu rougissant.
- T'en fais depuis longtemps ?
- Tout petit. Elle était à ma mère quand elle était ado.
Il a l'air encore plus surpris.
Ben, ouais... on dirait pas, comme ça, mais ma mère était d'un genre assez rock avant de se mettre au mannequinat. Alors... forcément, je m'y suis mis aussi, entre deux cours de solfège et de piano, ainsi que l'étiquette du quartier l'exigeait. Foutus trous de balle.
Hum.
Il observe les maquettes de bateaux, et s'intéresse à ma préférée - le Thousand Sunny, la dernière en date construite avec mon père avant qu'il ne parte loin de moi. Je suis nostalgique de la revoir, et je me rends compte que j'ai la gorge serrée.
Pas le moment de pleurer.
Ace sourit en regardant toutes les photos – celles de Disneyland. Zoro, Sanji, Nami... conneries sur conneries s'étalent sur les papiers glacés, et voir Ace sourire comme ça... ça me donne l'impression qu'il est vraiment sensible au bonheur que j'peux ressentir.
Uno, Dos et Tres descendent sur le tapis et viennent renifler Ace, qui recule en grimaçant.
- … t'as des chats ? chuchote-t-il.
- Ben, ouais. D'autres animaux, aussi, mais ils sont dans la pièce d'à-côté… j'te fais une place plutôt côté mur ou côté tapis ? demandé-je en désignant mon lit d'une place.
Ace tapote son ventre et je souris en me glissant dans les draps pendant qu'il se déshabille ; ses vêtements tombent et il s'étend dans les oreillers, en me laissant me blottir sur lui, allongé sur son torse nu.
Je noue mes bras autour de son cou, tire le drap sur mes hanches et me blottis contre sa chaleur – finalement… ma nuit aurait peut-être été épuisante si je n'avais pas eu sa peau contre la mienne pour m'endormir.
Ses mains se glissent sous mon tee-shirt et ses doigts caressent délicatement mon dos, de haut en bas, dans un mouvement lent qui me berce.
Je ne sais pas s'il a envie de parler, pour ce soir ; Uno, Dos et Tres grimpent sur le lit et se font une place à côté de nous.
- … on peut pas jarter ces machins-là… ? grogne-t-il.
- Non. T'es chez moi, et mes chats passent avant tout. Alors fiche-leur la paix.
- Roh.
Je souris dans le noir, et un soupir lui échappe.
- … quoi ?
- J'aime pas. Que t'aies des vêtements. J'ai pas l'habitude.
- Désolé, mais c'est la règle.
- J'suis à poil.
- Pas grave, moi j'dois être habillé.
- C'est ta mère qui veut ça ?
- Nan, c'est moi. Enfin... c'est un accord tacite.
Ace me serre contre son torse et j'inspire son parfum, les yeux clos.
Ses lèvres embrassent ma peau – rien d'osé, seulement des baisers tendres.
- … Trafalgar, ça va… ?
- Un peu mieux, ouais. Il digère… ça va lui prendre du temps.
- C'est quand, l'enterrement de Vivi… ?
- Dans deux ou trois jours. Tu bosseras… ?
- Non, non. Ici, à L.A…. ?
- Ouais, dans l'après-midi. Y'aura pas grand-monde, mais Law aimerait qu'tu sois là, si ça te gêne pas. Vivi t'aimait beaucoup, apparemment.
Je rougis, et Ace embrasse ma joue chaude.
- … tout le monde t'aime, prends-le bien, murmure-t-il.
Uno se love contre le cou d'Ace et ronronne à son oreille.
Il peste contre les félidés et je tends le bras pour gratter mon chat derrière les oreilles ; il ronronne encore plus fort et lèche ma paume.
- Tu veux le caresser… ?
- J'préfèrerais en faire un en-cas.
- Essaye, et t'es mort.
Ace attrape Dos par la peau du cou, la soulève et l'amène au-dessus de sa tête pour la fixer, yeux plissés. Je lui frappe les côtes et il repose la petite boule de poil sur mon dos, où elle se recroqueville avant de s'installer pour sa nuit.
Il n'aime pas les animaux, je respecte ça, mais ici c'est ma maison. Alors personne ne touche à une seule de leurs moustaches.
- C'est ici que t'as vécu… ?
- Ouais, c'est ma chambre d'ado.
- T'as déjà ramené des mecs ici… ?
- Euh, Zoro. Sanji.
- Pas de p'tits copains… ?
Je secoue la tête en dénégation, et Ace a l'air surpris, dans la lueur verte de mon radioréveil. Il caresse mon visage du revers de ses doigts et redessine le contour de ma bouche. J'embrasse la pulpe de ses doigts et niche mon nez dans sa paume.
- Pourquoi… ?
- Pas le droit.
- J'suis l'premier, alors… ?
- Ouais. Mais garde tes idées perverses, j'suis pas d'humeur.
- T'en fais pas, c'était pas mon intention, sourit-il en jouant avec mes cheveux. Dors, t'en as besoin.
J'enfouis mon visage dans son cou et je me pelotonne dans ses bras, les yeux clos.
Oui… j'ai besoin de dormir. Besoin d'évacuer ça, en espérant simplement ne pas faire de cauchemars, et pouvoir trouver un peu de repos.
… repos qui va tarder à venir, je le sens.
Et puis, finalement… est-ce que c'est Ace, qui a fait ça ?
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xLawffy : Oya~! haha, je suis trèèèès heureuse d'avoir trouvé une lectrice de plus qui aime Doffy ! ça, ça rend heureuse, tiens :) le viol en prison, malheureusement... j'ai bien l'impression que c'est quelque chose qui aura toujours sa place. Le "bébé" reviendra, t'en fais pas :p Pour ce qui est de l'ultimatum d'Ace... c'est bâtard de sa part, mais il est tellement enterré dans ce qu'il pense que rien ne le fera changer d'avis, je crois... l'amour qu'il a pour Luffy a des limites très... enfin, d'un genre très spécial. Nous verrons jusqu'où elles vont.
Et ne dis pas que Law est gay, parce que ça serait trop une perte pour la gente féminine, et j'veux MÊME PAS l'envisager x) et puis, tu sais... Hancock est flippante et TROP exubérante. Et bizarrement, Law, je l'imagine avoir des goûts plus simples, plus raffinés. Pour Vivi... c'est aussi pour ça que je n'ai pas hésité à la tuer (dis comme ça...), parce qu'elle n'est jamais vraiment "apparue" dans la fic'. Donc... pas de regrets de ce côté-ci ;) merci pour ta review, à très vite pour une suite !
sabrina :Heyo ! chapitre riche en retournement de situation, en effet... et les échanges entre Smo et Lu' ont pas fini de faire trembler les murs, haha ! l'ultimatum d'Ace... disons qu'il ne s'en rend même pas compte. Pour lui c'est naturel, parce qu'il a sa propre façon de penser, mais pour Luffy c'est choquant, et les deux points de vue sont discutables. Est-ce qu'il saura que Dragon et à l'origine de son placement...? seul l'avenir nous le dira... ! ^^ et tu sais, l'amour ne pardonne pas tout. C'est pas parce qu'ils s'aiment à la folie qu'ils ne peuvent pas mutuellement franchir la ligne jaune, et ne jamais accepter les excuses de l'autre... et dans ce chapitre, la mort de Vivi aura eu son début d'explication ! :) merci à toi et à pluch !
Sur cette interrogation de Luffy... je vous dis à la semaine prochaine, nous commencerons un nouvel arc en deux chapitres ! ;)
