Confidences nocturnes
-Veuillez excuser ma curiosité, princesse, mais pourrais-je savoir exactement comment vous avez eu vent du complot et quel rôle vous avez joué dans son anéantissement ?
La voix revêche du juge Muraki tira brusquement Omi de ses pensées. C'était bien naturel de la part du vieillard de vouloir en savoir davantage sur le complot qui avait failli lui coûter la vie, aussi la jeune femme lui répondit-elle volontiers malgré la visible mauvaise grâce du juge.
-Il y a quelques mois, expliqua Omi, deux hommes se sont présentés à mon domicile, votre assistant, Akayama, et un autre dont j'ignore le nom. Ils se sont donnés pour deux anciens complices de mon père, et m'ont révélé que la conspiration dont il avait fait partie avait survécu. Ils m'ont annoncé leur intention de lancer sous peu une action combinant un renversement du pouvoir avec l'assassinat des principales personnalités de la Soul Society. Ils cherchaient quelqu'un susceptible d'approcher et de tuer le capitaine Kuchiki, et ils avaient pensé à mon frère pour cette tâche. Avec l'accord du capitaine, je leur ai répondu que celui-ci s'apprêtait à faire de moi sa maîtresse et qu'une fois admise dans son intimité, je serais disposée à remplir cette mission.
-Je ne suis pas surpris que vous soyez parvenue à berner Akayama qui est un imbécile, mais je suis impressionné que vous ayez réussi à duper son acolyte. Vous avez dû vous montrer très convaincante.
-Pour les persuader de ma bonne foi, je leur ai proposé des informations, supposées arrachées au capitaine Kuchiki. En fait, tous les renseignements que je leur ai transmis étaient préparés par le capitaine Soi Fon. La plupart étaient faux. En plus, d'après leurs questions, le capitaine Soi Fon a réussi à déterminer les informations qui leur manquaient ainsi que les endroits qu'ils n'étaient pas parvenus à infiltrer.
-Et comme c'est en fonction de ces renseignements que les assassinats des capitaines de division ont été planifiés, il n'y a rien d'étonnant à ce que ceux-ci aient échoué. Très habile de la part du capitaine Soi Fon. Mais je vous en prie, continuez votre récit.
-Lors de la réception chez les Kenishi, j'ai reconnu votre assistant. Le capitaine Kuchiki l'a signalé à l'attention du capitaine Soi Fon, qui a enquêté sur lui. C'est ainsi que nous sommes remontés jusqu'à vous. C'est là toute la part que j'ai prise dans cette affaire.
-Si l'on exclut la tentative d'assassinat dirigée contre le capitaine Kuchiki, dont vous avez failli être la victime… Et voilà comment une conspiration vieille de plus d'un siècle a été arrêtée par la main d'une simple jeune femme.
-J'ai été largement guidée par le capitaine Soi Fon, par le truchement du capitaine Kuchiki, précisa modestement Omi.
-La dernière question que je vous poserai, c'est : pourquoi ? Pourquoi avez-vous décidé de combattre une conjuration pour laquelle votre père avait sacrifié sa vie ?
-C'est justement à cause de mon père que j'ai voulu lutter contre cette conspiration. D'abord dans le but de restaurer l'honneur familial détruit par la trahison de mon père, et ensuite pour donner un sens à sa mort. Vous estimez que mon père est mort pour cette conjuration, mais à mes yeux, il est mort pour que soient préservés l'ordre et la loi dans la Soul Society. Mais si le complot lui a survécu et triomphe, alors mon père sera vraiment mort en vain.
-Je vois, commenta le juge Muraki. Il semble que je me sois lourdement trompé à votre égard, princesse. Et le fait que je ne sois pas le seul ne me console nullement.
La jeune femme accueillit cette déclaration avec un certain plaisir. Cependant quelque chose dans ce que lui avait dit le juge Muraki continuait de la chagriner. Elle repassa rapidement dans son esprit l'ensemble de leur conversation et détecta ce qui la troublait.
Le juge Muraki avait parlé de la tentative d'assassinat sur le capitaine Kuchiki dont elle avait failli être victime. Bien sûr, le capitaine avait mentionné l'incident un peu plus tôt dans la nuit. Mais au début de sa conversation avec le juge, Omi lui avait raconté qu'elle s'était portée volontaire pour assassiner Kuchiki Byakuya. Il y avait contradiction entre les deux déclarations et il était étonnant que le juge n'ait pas demandé d'explications complémentaires. Il avait peut-être déduit de lui-même ce qui s'était passé…
Mais peut-être pas.
Et c'est là où je vous annonce que je pars en vacances pour un mois... Non, je blague!
Jil-chan: bravo pour ta perspicacité. Comme tu l'as justement déduit, il s'est écoulé plusieurs semaines entre les chapitres 24 et 25. J'ai retouché le chapitre 25 pour lever l'ambigüité!
