Chapitre 28 :
Le 15 aout, 20h30.
Bon, et bien. Ça aurait pu mieux se passer.
Bon, ça aurait pu mieux se passer, pensa Rogue.
Lupin fixa la porte par laquelle venait de s'enfuir Harry, son visage arborant une caricature de la douleur, et Severus dut combattre l'envie d'aller chercher Harry et de le forcer à s'excuser. Mais ils auraient bien le temps de faire ça plus tard, et en plus, il devait admettre qu'il était plutôt content de voir qu'Harry se sentait assez à l'aise pour s'en prendre à quelqu'un ainsi. Quelqu'un d'autre que lui.
D'autant plus qu'il avait bien des raisons.
Oh, il avait bien parlé à Dumbledore, et avait entendu ses excuses pour ne pas être allé surveiller Harry après qu'il était retourné chez ces moldus. Les détraqueurs et les mangemorts l'avait attaqué avec plus de fréquence et de régularité, allant même jusqu'à se rendre dans cette ville de moldus en pleine journée. Le ministère et l'ordre avaient les mains prises. Mais si ce que disait Harry était vrai –et il ne voyait pas pourquoi le garçon mentirait – alors Lupin et Fol-œil au moins, avaient promis de garder un œil sur lui, et de s'assurer qu'il les contactait tous les trois jours.
Severus ne savait pas exactement depuis combien de temps les moldus étaient partis avant que lui et les mangemorts ne se rendent compte que les barrières étaient tombées et qu'ils se décident à aller le chercher. Mais ils avaient enlevé Harry trois bonnes semaines après la fin des vacances. Bien plus que trois jours, en effet.
En regardant Lupin essayer de reprendre contenance, Severus essaya d'en faire autant. Harry, réalisa-t-il, avait parfaitement le droit d'être furieux, et Severus était plus qu'heureux de voir un peu de sa fureur évacuer.
- Qui était là ? Demanda Severus.
Sa voix était extrêmement faible, et il fut ravi de voir Lupin trembler avant de relever les yeux vers lui, les sourcils froncés par la confusion.
- A la gare, éclaira Severus. Qui a fait une scène avec les Dursley ?
- Euh, Fol-œil, je pense, a fait la plus grande impression, et j'étais là avec Tonks, Molly et Arthur.
Il soupira avant de reprendre.
- On ne pensait pas que cela pourrait empirer les choses pour lui, Severus. On essayait vraiment d'aider. Il venait juste de perdre Sirius, et je savais que ce serait déjà assez dur pour lui sans qu'il ait besoin-
Lupin s'arrêta et Rogue serra les dents dans un grondement.
- Tu savais déjà ce qu'ils lui faisaient ?
- Et bien, pas complétement. Il n'en a jamais vraiment parlé.
Rogue lança un regard noir au loup. Quand il l'avait encouragé et qu'il lui avait laissé le temps, Harry avait dit des tas de choses sur les traitements qu'il avait subis de la main de ses tuteurs. Cela dit, on ne lui avait jamais donné ni de temps, ne d'attention.
- Mais, continua Lupin, quand on, c'est-à-dire, la garde rapprochée, quand on est allé le voir l'été dernier, il était enfermé dans sa chambre. Les moldus étaient partis, là aussi. Il avait l'air… effrayé de nous voir. Mais j'ai pensé que c'était à cause de ce qui s'était passé dans le cimetière avec Cédric.
- La serrure était sur l'extérieure de sa porte, dit Rogue de sa voix basse.
- Oui, comment ai-je-
- Et là encore, ça ne t'a pas semblé étrange ?
- Je n'y ai pas vraiment réfléchi sur le moment.
- Non. J'imagine que non.
Severus ferma les yeux et prit une longue respiration. Lui aussi n'avait pas vraiment réfléchi à Harry. Mais là encore, il avait été bien trop occupé à essayer de le sauver de Bellatrix.
- Plus tard, cependant, quand j'y ai vraiment réfléchi, j'en ai parlé avec Sirius. Il était furieux, bien sûr, mais il n'y avait pas grand-chose qu'il pouvait faire. Il voulait qu'Harry reste avec lui, s'il était expulsé à cause de l'usage de la magie en dehors de l'école, et je pense que c'est ce qu'Harry aurait fait. On a passé Noël là-bas, évidemment, et Sirius a tout fait pour que Dumbledore accepte qu'Harry reste avec lui pendant tout l'été, c'est là que…
Lupin soupira et leva les mains en signe de défense.
- Quoi qu'il en soit, on ne faisait qu'essayer de l'aider. Il était évident qu'Harry n'était pas heureux là-bas, et on ne voulait pas que les moldus prenne avantage de son chagrin.
- Pourtant aucun d'entre vous n'a jeté un œil là-bas.
-Non, dit Lupin en enterrant son visage entre ses mains. Tu n'as pas idée à quel point je suis désolé.
- Je ne veux pas le savoir.
Severus s'arrêta et essaya de nouveau de contrôler sa colère.
- Le seul auprès de qui tu dois t'excuser, c'est Harry.
- Je le ferai, quand il me laissera une chance. Est-ce que tu lui parlerais ?
- Pour qu'ainsi tu n'aies pas à l'affronter ? Je ne crois pas non.
Lupin hocha la tête avec lassitude. Ils restèrent silencieux pendant un moment avant qu'il ne dise.
- Il a l'air d'aller mieux qu'il y a une semaine. Moins pale et moins tremblant en tout cas. Et vous semblez bien vous entendre tous les deux.
Severus lui adressa un sourire moqueur.
- Si c'est là la meilleure approche que tu puisses faire pour discrètement amener le sujet de la tutelle, je dois m'inquiéter de tes compétences pour ta mission avec les loups garous.
- Mes excuses Severus, pour essayer d'être circonspect avec toi.
Lupin releva enfin le regard.
- Alors, comment t'as fait avec Harry ? Il est évident qu'il te respecte.
Il ne prononça pas le « maintenant » qui lui brulait les lèvres, mais ils l'entendirent tous les deux.
- C'est incroyable de voir ce qu'une bonne dose d'honnêteté et de cohérence peut faire, répondit sèchement Severus.
- Et c'est tout ?
- Tout ? Répéta Severus surpris.
- Eh bien…
Il prit un moment pour clarifier ses idées avant de se retrouver un loup-garou dans son propre bureau, puis il lia ses mains pour s'empêcher de serrer les poings inconsciemment. Il laissa également sa baguette dans sa manche pour éviter tout… Incident.
- Tu aurais compris, dit-il du ton le plus bas qu'il n'ait jamais utilisé, si tu passais plus de temps avec le garçon, que la cohérence et l'honnêteté sont deux choses qui lui font totalement défaut dans ses rapports avec l'autorité. On lui a menti et on a attendu des choses de lui toute sa vie. Pendant ces deux dernières semaines, je lui ai imposé des règles très claires, qu'il a, pour la plupart, parfaitement bien suivies. Il y a eu des conséquences quand il ne l'a pas fait, des conséquences dont il avait été mis au courant également. C'est à cela qu'il répond maintenant, quand tu le vois me montrer du respect, et ce que j'ai à lui offrir en tant que tuteur.
Lupin, les yeux écarquillés, resta dans le fond de sa chaise, son regard d'ambre perçant.
- C'est la seule chose qui te pousse à faire ça ?
- Quelle genre d'idiotie veut tu que je te dise ? Cracha Severus. Je ne suis pas assez pathétique pour me lancer dans des déclarations d'amour, comme tu le sais.
- Je ne t'ai pas demandé si tu l'aimais, simplement s'il comptait pour toi.
- Bien sûr ! Il est l'Elu n'est-ce pas ?
Ses autres sentiments étaient bien cachés bien sûr. Ceux dont la vie et le bien-être comptait pour lui ne devaient pas être utilisés par des ennemis.
- Ah, alors tu ne fais que garder l'arme de Dumbledore à l'abri et docile.
- Si c'est là ce que tu choisis de penser.
- Bien. Alors tu vas en faire ton pupille pendant un an, mais il n'y a rien qu'Harry n'ait jamais plus désiré qu'une famille. Je suis sûr que tu sais ça. Est-ce que tu vas lui donner une famille, Severus, et faire de lui ton fils ?
Severus sentit le sang lui monter au visage et il se leva si rapidement que sa chaise tomba derrière lui.
- Comment oses-tu… Impertinent…
Il n'arrivait pas à trouver un mot assez horrible pour dire ce qu'il pensait, et rien que ça suffit à le choquer. Il avait le col du loup-garou entre ses mains avant même de l'avoir réalisé. Son visage était si près de celui de Lupin qu'il pouvait sentir sa propre respiration ricocher sur la peau de l'homme.
- Ne joues pas l'homme fidèle avec moi, cracha-t-il. On sait tous les deux avec quelle facilité tu l'as abandonné quand ses parents sont morts. Si tu voulais une place dans sa vie, je te suggère de ravaler cette putain de fierté de maraudeur et de te préparer à ramper pour avoir son pardon.
Il se dégagea de Lupin et sortit du bureau pour aller marcher un peu dans le parc et remettre un peu d'ordre dans ses idées. Harry n'avait pas besoin de le voir dans un tel état.
Plus d'une heure plus tard, quand il avait récupéré assez de contrôle sur lui-même, Severus retourna à ses quartiers. Il s'attendait à trouver Harry dans sa chambre et fut agréablement surpris de le voir sur le canapé, en train de lire le livre sur les sortilèges de défense qu'il lui avait emprunté. Harry leva les yeux quand il arriva, et commença immédiatement à mordre sa lèvre supérieure.
- Est-ce que tu as mangé ?
Harry sembla d'abord perplexe face à la question, puis dit :
- Pas depuis le déjeuner, monsieur. A quel point vais-je avoir des problèmes ?
Ah, voilà la raison de sa confusion. Il s'était attendu à se prendre un savon en premier lieu.
- Pour commencer, on va dîner. Ensuite nous parlerons de ton comportement.
Harry sembla rassuré.
- Je pourrais faire quelque chose…
- Appelle les elfes de maison. Il est déjà tard.
- Oui monsieur. Est-ce que je vous prends quelque chose ?
Severus s'apprêtait à hocher négativement la tête quand il changea subitement d'avis.
- Des toasts ne devraient pas faire de mal. Et quelques fruits peut-être.
En quelques minutes, plusieurs plats étaient posés sur la table de la salle à manger, certains remplis de toasts, d'autres de fruits et d'autres encore de gâteaux en tout genre. Severus haussa les sourcils face à ce troisième plateau, et Harry lui lança un regard presque espiègle.
- Eh bien, je ne sais pas quelles seront vos règles à propos des sucreries, alors j'ai pensé que je ferais mieux d'en profiter avant que vous ne les interdisiez.
- Et tu ne penses pas que je pourrais les interdire dès maintenant ?
Severus avait fait attention à prononcer cela d'un ton neutre, afin qu'Harry ne saisisse pas la note d'humour. Cependant, le sourire du jeune homme ne fit que s'agrandir.
- Je pense que si vous l'aviez voulu, vous l'auriez déjà fait. Mais vous pourriez avoir des règles différentes une fois que vous serez mon tuteur.
Le fait qu'il ait raison ne fit que rendre le ton de Rogue encore plus sec.
- En effet. Cependant, je ne pense pas que les sucreries soient appropriées pour un repas. Et une de nos règles exprime clairement que tu dois manger des plats consistants et appropriés, n'est-ce pas ?
- Oui monsieur, dit Harry en sentant son visage s'affaisser. Mais je prendrai aussi des fruits. En premier je veux dire.
- Je vois ça.
Ils restèrent silencieux pendant le repas, et Harry mangea un quart d'une pomme et d'une orange ainsi qu'un toast avant de choisir un gâteau, grignotant le glaçage sur le dessus.
- Aimez-vous les sucreries monsieur ? Demanda-t-il quand il eut mangé le glaçage et qu'il s'attaquait à l'intérieur du gâteau.
- Pourquoi ?
- Eh bien, je ne me souviens pas vous avoir déjà vu mangé un gâteau ou un biscuit ou quoi que ce soit, alors je me posais la question.
Severus pinça les lèvres et essuya ses mains avec une serviette.
- Non, je ne raffole pas des sucreries, dit-il enfin. A la plus grande frustration du directeur.
Il s'autorisa un sourire en voyant le garçon sourire.
- Bien qu'il y ait bien une chose que j'admette apprécier.
- Quoi ?
- La glace à la fraise.
- Vraiment ?
- Est-ce que cela t'étonne à ce point ?
- Euh, non, c'est juste…, dit Harry en souriant. Eh bien, vous savez, de la glace. Oh, hé ! On devrait aller chez Florian quand on ira chercher mes livres pour la nouvelle année.
Severus lui adressa un soupir exagéré.
- Peut-être, dit-il alors.
- Quand est-ce qu'on pourra aller chercher mes livres ? Et ma baguette ?
- Bientôt, peut-être ce weekend.
- C'est dans quoi, deux jours ?
Severus inclina le visage, et il remarqua qu'Harry avait terminé de manger. Il continuait de picorer dans son assiette, mais il ne mangeait plus vraiment.
- Fais nettoyer ça, dit-il au garçon. Et ensuite rejoins-moi dans le salon.
Harry hocha la tête avec un « oui monsieur », mais ce n'est que quinze minutes plus tard qu'il réapparut et s'écroula sur le canapé.
- Qu'est-ce qui t'as pris autant de temps ?
- J'ai été trop long ? Demanda le garçon avec une expression blessée et confuse. Je suis désolé. Je ne voulais pas être aussi lent.
- Combien de temps est-ce que ça prend d'appeler un elfe de maison ?
Son ton était quelque peu tranchant, mais sa patience avait déjà été assez usée aujourd'hui.
- Je… Euh… Un elfe de maison ?
Rogue se maudit intérieurement, alors qu'il commençait à comprendre.
- Tu as lavé la vaisselle toi-même, alors ?
Harry hocha la tête, sa lèvre inférieure entre les dents et de l'inquiétude plein les yeux.
- Oui monsieur.
- Je te présente mes excuses, Harry. Je ne voulais pas que tu laves toi-même, mais je me rends compte que mes mots ont pu être mal interprétés. Et non, pour le travail que tu as fait ce n'était pas trop long, ajouta-t-il en inclinant légèrement le visage.
- Merci monsieur.
Severus se sentit plus mal encore en voyant le soulagement sur le visage d'Harry, mais il savait qu'il devait faire face à quelque chose d'encore plus déplaisant maintenant, avant qu'il ne se prépare à dormir.
- Je suppose que tu t'attends à être admonesté pour ce que tu as dit au professeur Lupin cet après-midi, dit-il allant droit au but.
- Euh, oui monsieur, dit Harry tendu.
- Bien. Je vais faire ce à quoi tu t'attends.
Il savoura la confusion sur le visage du garçon pendant un instant avant de continuer.
- Je ne vois pas de mal dans les mots que tu as utilisés en eux-mêmes. La façon dont tu les as dits, cependant, laisse beaucoup à désirer.
- Je suis désolé monsieur. Je sais que je n'aurais pas dû crier.
- Non, tu n'aurais pas dû crier. Le respect envers les plus âgés, et surtout ceux qui exercent une autorité particulière sur toi, tels que les professeurs, devrait être employé à tous moments.
Il s'autorisa un demi-sourire avant de reprendre :
- Souviens-toi simplement que quand tu utilises un ton respectueux, et que tu y mets la forme, ce que tu dis est bien mieux entendu.
Les sourcils d'Harry étaient toujours froncés pendant qu'il intégrait ce qui lui était dit, et Severus pouvait presque voir la lumière s'allumer dans son esprit.
- Je… Ok. Je comprends.
- J'en suis sûr.
Il attendit qu'Harry relève les yeux vers lui avant de dire :
- J'imagine que Lupin sera dans le coin dans les deux prochains jours, pour t'offrir ses excuses.
- Vraiment ? Pourquoi ?
Severus se retint de rouler des yeux.
- Même si ton discours manquait d'un certain niveau de courtoisie, le message a bien été reçu. Lupin souhaite se décharger de sa culpabilité.
Harry ouvrit la bouche plusieurs fois et la referma sans rien dire. De son côté, Severus doutait de pouvoir défendre le loup davantage qu'il ne l'avait fait ce soir.
- Mais ne penses pas que je n'ai pas remarqué ton total manque de respect envers le loup, lui rappela Severus en regardant d'un air appréciateur le visage du garçon devenir méfiant. J'ai autorisé une certaine liberté à tes explosions de rage ici, compte tenu des circonstances particulières, mais je ne l'autoriserai pas en dehors de ces murs. Je te fais confiance pour comprendre ce que je veux dire ?
- Oui monsieur, murmura Harry tandis que ses oreilles et ses joues devenaient rouges.
- Très bien.
Severus lança un regard vers l'horloge.
- Tu vas te coucher tôt ce soir alors. Utilise le temps en plus pour clarifier tes idées, utilise les techniques de respiration du livre. Pas le mur. Des questions, sur ça ou sur quoi que ce soit d'autre ?
- Non monsieur.
Harry se leva, s'avança vers sa chambre et s'arrêta à la porte.
- Bonne nuit, dit-il alors.
- Bonne nuit Harry, répondit Severus.
Il reconsidéra les émotions qu'avaient affrontées le garçon aujourd'hui et l'habitude qu'avait le garçon à les retransmettre en cauchemars. Avec un rapide « Accio », il apporta une potion de sa chambre et la tendit à Harry. Il savait qu'Harry la reconnaitrait il l'avait prise de nombreuses fois.
- Je te suggère de la prendre une fois que tu seras prêt à t'endormir.
Une tension persistante s'évacua alors d'Harry, et il lui offrit un sourire.
- Merci monsieur.
Severus agita une main pour lui signifier qu'il n'avait pas à le remercier, et ferma les yeux au moment où Harry fermait doucement la porte de sa chambre. Plus que deux semaines avant que les cours ne reprennent. Le vrai test serait sur le Chemin de Traverse. Si Harry pouvait gérer cela sans aucune crise d'angoisse ou flashback, Severus serait bien plus qu'enclin à penser qu'il pourrait retourner en classe à temps. Mais dans l'état dans lequel il était maintenant… Il n'en avait aucune idée.
