Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 28
« Ce n'est pas à débattre. »
Emilie regarda son père quelques secondes avant de recommencer à frotter son chaudron énergiquement. Il était vrai que certains sorts pouvaient altérer la qualité des chaudrons, mais en l'occurrence, elle savait que Snape lui faisait payer une erreur grossière sur l'identification de deux ingrédients. N'ayant pas envie de risquer de passer une ou deux heures supplémentaires à décortiquer des noix de Patagonie qui lui laisseraient les doigts teints par un brou impossible à ôter et tous visqueux d'une huile nauséabonde contenue à l'intérieur, la jeune fille pesa soigneusement ses mots.
« Slughorn adore m'humilier. Très sincèrement, je n'ai pas envie de m'incruster à une soirée à laquelle je ne suis pas invitée quand je sais à l'avance que l'organisateur se fera une joie de me renvoyer en faisant un joli scandale…
-Laisse-moi t'exposer les choses sous un autre angle », avança Snape avec un sourire supérieur, en s'appuyant sur le rebord de l'évier.
Emilie s'arrêta, soucieuse d'éviter d'envoyer de l'eau savonneuse et pas très propre sur la robe du Maître des Potions. Elle connaissait bien ce petit sourire et cette attitude faussement nonchalante : Severus Snape avait un plan et était sûr de pouvoir l'exécuter. Un je-ne-sais-quoi lui disait aussi que cela impliquait aussi sans doute une remise à sa place d'Horace Slughorn. Malgré elle, elle se sentit intéressée.
« Je ne suis pas invité non plus, déclara l'homme en noir d'une voix amusée, goûtant le petit effet de ses paroles sur sa fille avant de poursuivre : cependant, en tant que Maître, responsable d'une maison et membre de l'équipe professorale, Slughorn sera forcé de m'accueillir. Etant donné que je viendrai avec ma fille, il sera aussi bien obligé de faire bonne figure et de la saluer avec respect. Crois-moi, Emilie, ce cher Horace devra ravaler un peu son orgueil et c'est un spectacle qui me procurera un plaisir sans mélange.
-Et je devrais…
-Je souhaite fortement ta présence, Emilie, coupa Snape en fronçant les sourcils.
-Pourquoi ? Pas pour partager une petite vengeance, n'est-ce pas ? »
Le Maître des Potions s'écarta de l'évier et, désignant le chaudron du menton, intima l'ordre à la jeune fille de continuer de frotter. Emilie soupira, et dut ronger son frein pour savoir le fin mot de l'histoire, Snape étant selon toute évidence déterminé à ne rien dire tant qu'elle n'aurait pas fini. Elle rinça encore une fois le chaudron et vérifia qu'il ne restait aucune trace de la potion qu'elle avait réalisée. Satisfaite, elle posa l'objet à l'envers pour le laisser égoutter, quand Snape lui fourra dans la main un chiffon humide. Pinçant juste les lèvres, Emilie tenta d'essuyer le chaudron, mais Snape, soit qu'il eut été agacé par le temps que cela prenait, soit qu'il eut décidé d'abréger sa punition, leva sa baguette et murmura un sortilège. Un souffle chaud enveloppa l'objet qui fut bientôt sec.
Tous deux quittèrent le laboratoire et Emilie s'installa dans le divan, tandis que Snape prenait l'une de ses positions favorites : debout, une main appuyée sur le manteau de la cheminée.
« Les soupers fins et les petites réunions du Slug Club n'ont pour but que de valoriser Horace Slughorn et de le mettre en rapport avec des étudiants socialement très prometteurs ou bien avec ceux appartenant aux familles les plus en vue. Bien entendu, cela permet aussi aux étudiants de tisser des liens entre eux. Ainsi, d'une certaine manière, tous ceux qui s'y trouvent en retirent un profit. Dans ce cadre, les liens ne se limitent plus à une seule maison et il est toujours intéressant d'observer les interactions entre les étudiants qui se trouvent conviés à ces sauteries, remarqua Snape sur un ton désobligeant.
-Tu ne veux tout de même pas que…
-Je serai le chien dans le jeu de quilles, Emilie. Toi en revanche, tu as à peu près le même âge que les invités. Tu peux ainsi te venger de ton professeur de Potions, et crois-moi beaucoup t'envieraient, ironisa Snape : t'amuser un peu à une soirée très select, te goinfrer avec élégance de pâtisseries fines et observer avec discrétion. Il s'agit, à mon sens, d'une proposition honnête. »
La Serdaigle en était bouche-bée et avait l'impression que tous ses neurones avaient brusquement cessé de fonctionné. Snape avait passé des mois à lui refuser toute information, à la sermonner sur ses fréquentations réelles ou supposées, à lui répéter qu'elle devait se fondre dans le moule et éviter toute initiative, et maintenant il lui demandait rien moins que de se livrer à un peu d'espionnage pour son compte ?
« Je ne donne pas un objectif précis, Emilie, rassura Snape qui avait senti son embarras : nous allons avant tout rappeler à Slughorn que les Snape ne sont pas à sous-estimer. »
Emilie examina avec attention le visage de son père dont les traits s'étaient durcis. Elle avait le sentiment que l'humiliation qu'avait dû lui faire subir Slughorn en son temps avait été bien plus forte que les petites vexations qu'elle subissait régulièrement. Le vieux Potionneur ne considérait que les élèves privilégiés ou ceux dont la personnalité leur assurait une certaine popularité. Elle n'avait aucun doute que le jeune Severus Snape n'avait jamais été populaire. Des bribes d'une conversation embarrassante tenue l'année précédente lui revinrent soudain à l'esprit, la première où Snape avait évoqué sa jeunesse et avait avoué qu'il avait vraiment été un Mangemort. Il avait reconnu qu'il avait voulu se venger, avoir du pouvoir… Voulait-il encore se venger ? Comment pouvait-on garder une telle rancune aussi longtemps ? Emilie baissa les yeux mais les releva tout de suite : quelque chose l'avait alertée, mais Snape n'avait pourtant pas bougé d'un pouce. En soupirant, elle nota que son visage avait pris cet aspect inexpressif caractéristique de l'emploi de l'Occlumencie. Ressentait-il aussi le besoin de se protéger d'elle ? L'espace d'une seconde Emilie eut envie de se lever, d'hurler et de le secouer pour qu'il arrête de l'exclure, mais elle se contenta de serrer les poings.
Severus Snape plissa les yeux : quelque chose venait de provoquer la colère de sa fille, mais il ne pensait pas qu'il s'agissait de la perspective de l'accompagner au fameux repas de Noël de Slughorn, même s'il était clair que cela ne lui plaisait guère. Il relâcha un instant la protection qu'il avait placé sur son esprit. Avait-elle remarqué son recours à l'Occlumencie ?
« Emilie, peux-tu placer une légère protection sur ton esprit pendant que je retourne au laboratoire ? »
Emilie le regarda, manifestement surprise, mais hocha la tête. Snape sortit de la pièce à grandes enjambées et frappa soudain le mur en arrivant au seuil de la pièce.
« Viens-tu de le faire ? C'est important, Emilie, demanda le Maître des Potions en s'arrêtant.
-Oui, je venais de le faire quand tu as tapé, pourquoi…
-Je veux que tu relâches cette protection dans les deux prochaines minutes, mais sans me prévenir. »
Emilie s'exécuta et entendit son père frapper un coup sur une table à l'instant où elle arrêtait d'employer l'Occlumencie. Snape regagna promptement la pièce principale de ses appartements sachant déjà qu'il avait senti le moment exact où elle avait relâché sa protection. Emilie le regardait avec des yeux sérieux et attendait une explication. S'asseyant près d'elle, le Maître des Potions prit la parole, faisant fi de l'heure tardive :
« Si tu te souviens de la théorie de l'Occlumencie, tu dois savoir que son usage est détectable, Snape laissa trainer la phrase, attendant qu'elle la complète afin de contrôler ses connaissances.
-Oui, le visage devient inexpressif. Cependant, on peut réussir à garder une expression, mais les yeux trahissent toujours le recours à l'Occlumencie.
-En effet, approuva Snape : mais je ne pouvais pas te voir.
-Est-ce que c'est normal ? finit par demander Emilie.
-Non, répondit immédiatement Snape : j'ai une longue expérience en ce domaine et je n'ai jamais senti quiconque employer l'Occlumencie. Je l'ai toujours vu. Avec toi, c'est différent.
-Mais… est-ce que moi aussi…
-C'est à toi de me le dire. As-tu remarqué quelque chose d'étrange ?
-Tout à l'heure, je crois, mais je n'en suis pas sûre. Il y a aussi… commença Emilie en se rappelant de deux occurrences un peu étranges.
-Oui ?
-C'est idiot…
-Laisse-moi en juger, soupira Snape.
-J'ai eu l'impression –deux fois, en fait- de t'entendre parler directement dans ma tête, comme si tu utilisais la Légilimencie, comme si je te visualisais dans ma tête, mais tu parlais normalement… »
Snape la regardait avec étonnement, pris au dépourvu par ce nouveau développement. Il se ressaisit bientôt et lui demanda :
« Nous allons répéter l'expérience que nous venons de faire, mais en inversant les rôles. »
L'opération ne fonctionna pas tout de suite et ils découvrirent bientôt qu'ils n'étaient capables de « sentir » l'utilisation de l'Occlumencie de la part de l'autre que quand ils se concentraient sur cette personne : si Emilie allait dans le laboratoire lire une recette, elle n'avait pas conscience de ce que faisait Snape. Au fur et à mesure de leurs tâtonnements, il devint évident qu'ils arrivaient à savoir aussi où se trouvait l'autre personne, sans la regarder ou parler. Lorsque la pendule sonna la demie de 23 heures, Snape stoppa leurs efforts et s'apprêta à raccompagner Emilie à la tour de Serdaigle.
« Est-ce que c'est une forme de télépathie ? »
Le Maître des Potions réfléchit, fronça les sourcils et fixa un point sur le sol avant de déclarer avec prudence :
« Chez les sorciers comme chez les Moldus, la télépathie est au mieux une possibilité invérifiable, au pire une affabulation proche du charlatanisme. Je pense que dans notre cas, tout cela à un lien avec notre connaissance de l'Occlumencie et à nos liens filiaux, mais je n'en sais pas plus. »
ooooo
Elle aurait dû se douter qu'un Slytherin ne faisait jamais rien par pure bonté d'âme. Passé le premier quart d'heure du cours de Latin, alors qu'elle n'attendait que la sonnerie annonçant la fin de son ennui, la tête lourde d'une migraine récalcitrante gagnée à travailler l'Occlumencie toute la journée de la veille avec son père, elle avait été dérangée par l'attitude un peu étrange de son voisin de table.
En temps normal, Nott et elle passaient le cours à faire autre chose, chacun de leur côté, le plus discrètement possible. Ce matin, son voisin avait attendu que les yeux d'Emilie se soient posés sur lui, intriguée par le fait qu'il paraissait pour une fois attentif à Templum, pour exhumer un unique feuillet de son recueil de latin. Nott avait pris soin de tourner la feuille un peu plus à droite que nécessaire, offrant ainsi à sa voisine un bon aperçu du sujet. Le Slytherin avait recopié une recette de potion de désillusion et paraissait occupé à vérifier qu'aucune erreur ne s'y était glissée, si elle en jugeait par les notes apposées en marge d'une écriture penchée assez élégante. Emilie ne croyait pas au hasard, surtout quand un Slytherin qui avait résolu un problème d'Arithmancie pour elle la semaine précédente semblait travailler ses cours de Potions à côté de la fille de Severus Snape. Profitant d'une longue tirade de Granger qui absorbait toute l'attention de Templum, elle croisa les bras, se tourna vers Nott et le fixa avec ce qu'elle savait être une assez bonne imitation du regard de basilic qu'affectait parfois le Maître des Potions. Elle devait reconnaître que Theodore Nott était un comédien assez passable et, n'eut été la crispation passagère de ses traits et la façon un peu nerveuse dont il avait soudain avalé sa salive, elle aurait pu croire qu'il n'avait pas été surpris de son petit show.
Le garçon avait écrit rapidement quelques mots sur sa feuille et attendait la réaction de sa voisine.
« Marché conclu ? ».
Levant les yeux au ciel, Emilie saisit la feuille et commença à lire attentivement. De façon assez curieuse, Nott paraissait se livrer au même exercice que celui qu'elle devait faire pour les cours avec son père le samedi soir : il prenait une recette de son manuel et traquait les erreurs qui pouvaient s'y être glissées avant sans doute de se mettre à les apprendre. Le texte était assez correct, même si on pouvait certainement affiner les proportions. Effectivement, son voisin était arrivé à la même conclusion qu'elle et avait imaginé réduire un peu la quantité d'œufs de grenouille. Pas bête… Soudain Emilie se souvint de la dernière discussion qu'elle avait eue avec Alessandro où il avait admis que Nott était plutôt bon en Potions et s'était rendu malade plutôt que d'aider Malefoy. Elle seule savait le rôle qu'avait joué Snape dans cette affaire. Posant ses mains bien à plat sur la table, se concentrant sur sa respiration, elle tenta de retourner dans sa tête toutes les implications de ces liens entre Snape, Nott et Malefoy. Nott agissait-il de son propre chef en sollicitant son aide, dans un esprit typiquement Slytherin d'échange de services ? Snape aidait-il Nott, ce qui pourrait expliquer ses méthodes de travail si proches de celles qu'il avait inculquées à Emilie en début d'année ? Dans ce cas, téléguidait-il ce rapprochement entre un Slytherin et sa propre fille ? Ou bien Nott travaillait-il de concert avec son cousin, lui aussi fils de Mangemort, et tentait-il d'atteindre Snape par le biais de sa fille, pour vérifier son allégeance par exemple ?
« … suite de la phrase, mademoiselle Snape ? »
La voix de Templum articulant son nom la fit brutalement redescendre sur terre et elle se rendit compte, horrifiée, qu'elle n'avait pas la moindre idée de l'endroit où ils s'étaient arrêtés. Elle leva des yeux de bête traquée vers le professeur et les baissa vers son manuel quand une voix rauque lui souffla rapidement :
« Comme il y avait deux factions, il rencontra des avis différents…
-Comme il y avait deux factions… » répéta Emilie, tétanisée, poursuivant ensuite la traduction sous la dictée de Nott avant de localiser enfin l'endroit précis où ils se trouvaient.
Templum semblait satisfait et ne s'était pas rendu compte de la supercherie. Quand le danger fut passé, la Serdaigle ouvrit la bouche pour remercier son voisin qui lui coupa la parole en murmurant dans un souffle :
« Désolé. »
Une excuse de la part d'un Slytherin ? Ce simple mot la plongea dans des abymes de perplexité et, coulant un regard sur le côté, elle remarqua que Nott la regardait avec un petit sourire que, même chez un Slyterin, elle ne pouvait qualifier que de « désolé ». Un peu perdue, elle haussa les épaules, lui rendit un sourire un peu inquiet et relut la recette.
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Deux solutions étaient possibles et il constata avec fierté que son hypothèse de réduire la quantité d'œufs de grenouilles était valable. L'autre solution consistait à jouer sur les proportions d'ortie piquante et de sang de Jobarbille. Etant donné le prix de cet ingrédient, la Serdaigle suggérait qu'il serait sans doute plus intelligent de réduire sa quantité et d'augmenter l'ortie, plutôt que de changer juste les œufs de grenouille. Elle terminait cependant ses observations par une phrase mettant en garde contre la théorie et rappelant qu'à leur niveau de connaissances, seule l'expérimentation permettait d'être sûr. Cinq points pour Serdaigle, pensa Theodore Nott qui se demanda s'il y avait moyen de finaliser un accord avec Emilie Snape : Arithmancie contre Potions ?
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Désespérée. Voilà, ce devait être ça. Emilie posa sa plume et se demanda comment elle arriverait à s'en sortir cette année. Même en appliquant à la lettre le programme de travail et de révision qu'elle avait fait, bien forcée d'ailleurs, puisque Snape n'hésitait pas à vérifier de temps à autre qu'elle s'y conformait, elle commençait déjà à être un peu en retard, et l'on n'était même pas aux vacances de Noël ! Est-ce que cela s'était passé de la même façon pour Alessandro ? Elle se rappela l'allure de son ami l'année dernière, enseveli sous les livres, l'air épuisé, ne quittant presque plus la bibliothèque au dernier trimestre. Elle serait morte avant !
Elle allait solliciter un entretien avec Flitwick ce soir même car elle ne pouvait plus se permettre d'assister aux cours sur la musique et cela faisait plusieurs fois qu'elle rendait des devoirs tout juste corrects, perdant un temps précieux pour les autres matières. En soupirant, elle songea qu'elle pourrait au moins continuer de fréquenter le petit groupe d'élèves qui s'était constitué autour de ces cours et qui se réunissait une fois par mois dans l'ancienne salle commune de Serdaigle. Le temps qu'elle gagnerait ainsi pourrait être employé à renforcer les matières problématiques. Métamorphose, Botanique, Arithmancie, Astronomie, égrena une petite voix moqueuse dans son esprit. Non, réfléchit-elle, l'astronomie ne demandait que du par-cœur et un peu de jugeote : elle pouvait bien se forcer à apprendre correctement ses cours, quitte à les oublier immédiatement après les examens… c'était aussi valable pour l'histoire de la magie. La Métamorphose progressait, lentement, mais sûrement. Devait-elle une fois pour toute utiliser sa baguette de la main gauche ? Ce serait déjà quelque chose de gagné… Il fallait qu'elle en parle à Snape. La Botanique n'était pas mirobolante, mais elle se souvenait au moins de tout ce qu'elle avait péniblement appris l'année dernière et puis l'évolution de ses relations avec Alessandro ne pouvait que l'inciter à reprendre sa distraction favorite, pensa-t-elle non sans ironie. Restait l'Arithmancie. Elle baissa les yeux vers sa feuille à moitié remplie d'équations. Elle n'avait même pas le niveau de la cinquième année, comment pourrait-elle arriver à obtenir une note correcte ? Nott, lui souffla encore une fois une petite voix. Après tout, il avait bien fait appel à elle pour les Potions… Emilie gribouilla de vagues motifs géométriques dans la marge de sa feuille. Demander officiellement de l'aide à un Slytherin, à Theodore Nott ? Elle était vraiment désespérée…
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La salle résonnant de dizaines de conversations, de petits cris, de chansons fredonnées plus ou moins faux et de rires commençait à lui donner mal à la tête, mais elle était déterminée à profiter de la soirée jusqu'au bout, quitte à aller mendier à deux genoux une potion contre la migraine à Snape, ou bien, s'il refusait (ce qui était hautement probable si jamais il apprenait comment elle avait pu être dans cet état), à Alessandro qui serait de garde à l'infirmerie le lendemain.
Elle n'arrivait plus à se rappeler si la bière au beurre était presque sans alcool ou bien si elle n'en contenait pas du tout. Etant donné ses difficultés à prêter attention aux explications un peu alambiquées sur le Quidditch de Jonathan Haffner, le fait même qu'elle écoutait ces propos sur un jeu qu'elle n'aimait pas, et que le Poufsouffle ne se soit pas rendu compte qu'il parlait Quidditch à la fille de Snape, tout ceci plaidait en la faveur de la présence d'un minimum d'alcool dans les breuvages consommés au cours des dernières heures. Emilie tenta de revenir sur terre et de se débarrasser du sourire niais qu'elle avait conscience de s'être plaqué sur son visage à un moment ou un autre de la soirée. Y avait-il encore quelque part de la nourriture ? Sa vision périphérique enregistra la présence d'un plateau de sablés à quelques mètres, des shortbreads dont elle n'était pas friande mais qui pouvaient sans doute faire leur office et lui éviter de se ridiculiser.
Emilie se leva avec précaution, prête à se rassoir à la moindre alerte de vertige et commença son avancée inexorable vers les biscuits. Assis par terre, un groupe d'élèves, tous issus des cours sur la musique de Flitwick, avait entrepris un concours de récitation de tubes des années 1970, s'attirant les commentaires désobligeants de deux adolescents au Sang pur, jugeant que la musique moldue ne valait pas un clou. Si on lui avait demandé son avis, Emilie aurait rétorqué que les Sœurs sorcières n'étaient que de la musique d'ascenseur, mais cela aurait nécessité une explication sur cette invention et elle était bien trop occupée à avaler biscuit sur biscuit pour tenter d'assembler quelques mots de manière cohérente.
L'hilarité gagnait une partie des groupes tandis que les élèves issus de Poufsouffle qui s'étaient joints à cette petite fête organisée en guise de pré-Noël, commençaient à s'inquiéter de la façon dont ils arriveraient à regagner leurs quartiers sans tomber sur Rusard. Bientôt, tous se dirent au revoir et Emilie décida de rejoindre son dortoir à la suite de ses trois amies, saluant au passage Luna Lovegood qui réussissait le miracle de paraître la plus lucide des occupants des lieux malgré des lunettes à verres kaléidoscopiques et un accoutrement pour le moins excentrique.
« Emilie ? »
Emilie s'attarda un instant près de Luna qui baissa la voix et lui dit :
« Nous allons réorganiser les groupes d'étude : je voulais juste te prévenir.
-Merci, répondit Emilie en hochant la tête.
-Cho n'était pas très coopérative, mais Melinda Bobbin et Peter Strattford ont réussi à la convaincre, même si elle n'a accepté que de mauvaise grâce. Nous sommes en pourparlers avec les autres groupes, mais nous ne savons pas encore comment nous allons nous organiser…
-Par année ? Ou bien, je ne sais pas… faire un lot avec des premières aux troisièmes années, puis un autre lot des élèves plus âgés ? risqua Emilie qui avait comme par enchantement recouvré tous ses esprits et se rappelait de ce que lui avait révélé Alessandro sur l'organisation Slytherin.
-C'est une bonne idée, réfléchit Luna en fixant un point au plafond. Emilie crut qu'elle s'était perdue dans ses rêveries quand elle finit par ajouter : non, il vaut mieux mettre ensemble tous les élèves qui n'ont pas passé leurs BUSEs, et regrouper les cinquièmes, sixièmes et septièmes années, sinon nos emplois du temps ne seraient pas compatibles.
-Excellent ! approuva Emilie en se mordant la langue pour ne pas bailler malgré sa fatigue.
-Cette salle pourrait servir à nos réunions, si nous planifions soigneusement les choses », déclara Luna en laissant trainer son regard sur les parois de l'ancienne salle commune.
Emilie se contenta de hocher la tête, les paupières lourdes, puis finit par quitter la Serdaigle qui, cette fois-ci, était vraiment partie dans des considérations connues d'elle seule et ne remarqua même pas le départ de l'autre jeune fille.
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Il n'y avait qu'à Serdaigle ou des adolescents décidaient de leur plein gré d'aller réviser après une longue soirée un peu arrosée. Emilie avait ainsi suivi bien sagement la dizaine d'autres élèves qui s'était réunie dans l'ancienne salle commune, malgré une migraine à se fracasser la tête contre les murs. Tous avaient ensuite passé deux heures à dessiner une carte du système solaire, à y placer les principales étoiles, ainsi que quelques configurations sur lesquelles les interrogerait à tour de rôle Ann, qui avait pris la direction de leur petit groupe d'étude.
Une bonne semaine auparavant, la plupart des cinquièmes années était parvenue, chacun de son côté, la même constatation effrayante : telles que les choses se présentaient, aucun ne pourrait prétendre décrocher des notes un tant soit peu correctes à leurs BUSEs. Studieux de nature, mus par l'idée de défendre l'honneur de leur maison en s'interdisant d'être inférieurs aux Slytherins, aux Poufsouffles ou même aux Gryffondors, les élèves avaient convenu qu'il leur faudrait mieux s'organiser et avaient donc pris les mesures qui s'imposaient. Un rapide sondage avait permis de déterminer les forces et faiblesses des uns et des autres et on avait confié à Ann la charge de donner des cours de soutien sur l'astronomie. Emilie avait accepté de dispenser des cours de Potions, ses camarades ayant fini par comprendre qu'ils seraient selon toute probabilité évalués selon le programme fixé par Snape depuis plusieurs années. Elle se préparait à jouer au plus fin avec le règlement qui interdisait de réaliser la moindre potion en dehors des cours. Elle avait en effet imaginé de faire travailler la plupart des recettes au niveau théorique et de ne faire réaliser que des étapes d'autres potions. Ainsi, si une potion n'était pas réalisée du début à la fin, ce n'était pas une potion, n'est-ce pas ?
En ce qui concernait l'Arithmencie, les génies en la matière n'étant pas légion, il avait été convenu que Cho Chang qui avait réussi à obtenir une note correcte dans ce sujet l'année précédente gérerait les travaux dirigés, car les cinq Serdaigles qui avaient eu la témérité de choisir cette option avaient refusé à l'unanimité de faire officiellement appel à Hermione Granger. Il était en effet hors de question d'accepter l'aide d'un membre d'une autre maison que la leur. De son côté, Emilie supportait déjà difficilement l'indolence de Cho lors des séances d'études de Défense contre les Forces du mal. Elle aurait pu malgré tout se tourner vers Hermione qu'elle appréciait mieux à force de la fréquenter régulièrement, mais elle savait déjà qu'elle ne pourrait jamais accepter d'inverser les rôles. La simple idée que la Gryffondor lui dicte quels livres lire, comment travailler et à quel rythme suffisait à lui donner des frissons. Emilie Snape avait donc décidé de faire cavalier seul, ou plutôt, de fraterniser avec l'ennemi.
Une rapide enquête dans l'Almanach de Poudlard de l'année scolaire 1995-1996 lui avait permis de découvrir que Theodore Nott avait obtenu un O en Arithmencie, réussissant même à surpasser Hermione Granger en ce qui concernait le nombre de réponses correctes aux questions posées. A sa grande surprise, Nott était même un très bon élève et n'avait eu que d'excellentes notes, si l'on voulait bien passer sur un T en Soins aux créatures magiques qui devait plutôt trahir une rébellion de la part du garçon qu'un manque de travail. Pourtant, Nott n'était pas compté par les autres élèves parmi les « têtes » de Poudlard, à la différence de Granger, quelques Serdaigles et plusieurs Poufsouffles, ainsi qu'Oriana Blegounovsky (avec un D en potions ! avait relevé Emilie avec une joie mauvaise en découvrant une faille chez celle qu'elle considérait comme sa rivale), qui constituait la preuve vivante que l'on reconnaissait au moins un Slytherin de valeur.
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Les deux élèves assis à la table près de l'allée centrale au fond de la classe étaient silencieux, attentifs au discours de leur professeur sur les différentes phases de la Guerre civile, ne baissant les yeux que le temps de jeter quelques notes sur leurs feuilles de parchemin. Du reste, jamais le professeur Templum n'aurait soupçonné deux bons élèves de distraction. Accaparé par les questions, et les réponses à ses propres questions d'Hermione Granger, le professeur restait généralement debout devant le premier rang, à quelques centimètres de l'estrade qu'il ne rejoignait que pour inscrire une conjugaison ou des rappels de déclinaisons. S'il avait eu l'idée de déambuler parmi les rangs, il aurait peut-être remarqué les dessins qui ornaient chaque page du recueil de textes d'une Poufsouffle, la caricature qui circulait de main en main depuis une demi-heure, ou bien la feuille quadrillée ponctuée de petites croix et de cercles, vestige d'une bataille navale entre deux Gryffondors, ou encore la feuille de parchemin sur laquelle Theodore Nott et sa voisine avaient griffonné plusieurs phrases et qu'ils dissimulaient sous leurs manuels grands ouverts devant eux.
Les tractations avaient été longues à s'enclencher, mais le contrat avait été vite signé. En s'installant, Theodore Nott et Emilie Snape s'étaient salués bien poliment, puis avaient sorti leurs affaires et regardé avec une attention remarquable droit devant eux pendant un bon quart d'heure. Aucune note, aucun livre autre que ce qui était nécessaire au cours de latin ne trainait sur leur table et chacun des deux adolescents semblait attendre que l'autre fasse le premier pas. À plusieurs reprises, Emilie avait risqué un œil de côté, mais Nott paraissait imperturbable. De son côté, le Slytherin avait commencé à s'impatienter et avait fini par écrire sur un bout de feuille : « échange Arithmencie contre Potions ». À partir de cet instant, il n'avait fallu que quelques précisions pour qu'un accord soit trouvé et les deux élèves avaient donc fini par écouter avec attention, pour la première fois peut-être, leur cours de latin, n'ayant rien apporté d'autre à faire.
Note de l'auteur : oui Fishina, je me suis trompée dans la première partie des Conjurés et j'ai placé Luna en 5e année. Du coup, pour garder une cohérence à mon récit, j'ai continué : elle est donc ici en 6e année. Désolée, je me suis rendue compte de l'erreur trop tard pour la corriger.
