Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, Spartacus est une création Starz! et de Steven S. DeKnight. Je dois avouer que les scénaristes de Spartacus : Vengeance ont su titiller ma curiosité. Pardonnez les boulettes ou les redites, les fautes ou tournures de phrases... Spartacus donc, violence, relations entre hommes, jurons et compagnie... un joli petit couple aussi, Nasir/Agron. Le chapitre prend place à l'épisode 9 saison 3 "Separate Path" et épisode 10 saison 3 " The dead and the dying".

Note : J'ai enfin terminé mes chapitres ! Oh joie et soulagement (surtout pour mon mari que j'ai failli rendre dingue ce week end), Oh bonheur ! je poste tout ça très vite. Merci de vos lectures ! Une note d'auteur (MDR) sera (malheureusement) présente après l'épilogue. Car oui, il y aura un épilogue. En attendant, voici l'antépénultième chapitre (et oui, vive la lecture du dictionnaire avec Rhea, pff).

Chapitre 28

«==========((=0oooO ~~ Nasir~~ Oooo0=))==========»

Les mots d'Agron lui ravagèrent lecœur. Ce dernier lui déniait le droit de l'accompagner au combat, souhaitant pour lui une vie meilleure. Agron semblait ne plus pouvoir se projeter dans le futur. Il pensait de lui qu'il n'était pas capable de vivre libre. Il ne s'imaginait pas berger ou paysan, mais il lui demandait de le devenir. S'ils parvenaient de l'autre coté des montagnes, ils pourraient survivre tous les deux.

Nasir refusait qu'il voit ses larmes, ses arguments n'avaient pu trouver son cœur, ses larmes n'ébranleraient pas plus sa volonté. Agron paraissait désormais soulagé de lui avoir parlé et la fête battait son plein. Le Syrien préféra s'isoler pour laisser sa peine éclater. La gorge serrée comme par un poing furieux, il avait l'impression de suffoquer. Il n'avait pas réussi à lui faire comprendre ses arguments. Agron ne croyait plus en lui. Il se disait fier de lui, de ce qu'il était devenu mais refusait qu'il l"accompagne dans cette dernière campagne. Pourquoi ?

Il lui avait promis que même les dieux ne pourrait pas l'arracher à ses bras mais lui s'en octroyait le droit. Il ne pouvait pas le croire. Agron ne comprenait pas qu'il souhaitait être seulement auprès de lui. Vivre ou mourir ne sont que des mot tant qu'il était à ses côtés. Non, Agron souhaitait qu'il vive heureux et vivant, libre d'une vrai liberté. Il préférait ne pas le voir mourir.

Il savait, se dit Nasir en écrasant rageusement ses larmes, que cette dernière attaque contre Rome était vouée à l'échec pour qu'il refuse de l'accompagner. Mais ainsi il offrait du temps à Spartacus et les plus faibles des rebelles. Il lui demandait l'impossible, le quitter et accompagner Spartacus. L'accepter mettait son cœur en charpie.

Crassus ne pourrait pas laisser cela impuni. Même si Crixus et ses guerriers brûlaient Rome, ils ne pourraient pas s'en sortir. Nasir jeta sa coupe encore pleine d'un vin non partagé. Elle se rompit contre le mur et le vin se répandit à travers la pièce. Il était toujours mesuré dans ses gestes et dans ses paroles, mais pour l'heure, le chagrin, la perte et l'impuissance gouvernait sa raison et mille question en faisait le siège et menaçaient de le rendre fou. Pourquoi Agron avait-il choisi de le laisser ?

La douleur atroce de son cœur brisé ne lui permit pas de voir le témoin de sa rage. Il se laissa tomber sur le lit maculé de vin où s'étendait autrefois le dominus de cette vallée. Les larmes qu'il avait retenu devant Agron jaillirent alors qu'il se recroquevillait dans les soieries d'une finesse sans égale.

- Nasir ? Que se passe-t-il ?

La voix interrogatrice le fit sursauter. Castus sortit de l'ombre où il s'était caché après l'avoir suivi. Il sourit faiblement, comme connaissant la raison de son chagrin. Nasir se figea en remarquant une certaine jubilation dans son regard. Qu'es-ce qui le réjouissait autant dans sa situation ? Il croyait qu'ils étaient amis ! Il ravala ses larmes alors que l'autre homme se rapprochait et s'assit auprès de lui. Le corps secoué de sanglots péniblement maîtrisés, il répondit d'une voix atone.

- Agron part demain avec Crixus et je ne l'accompagnerai pas.

Castus prit sa main entre les siennes et plongea ses yeux chocolat dans les prunelles brillantes de Nasir.

- Il vaut mieux pour toi que tu ne l'accompagnes pas dans l'autre monde. Leur combat est voué à l'échec. Combien de temps ont pu tenir les rebelles Siciliens contre Rome ? Peu de temps avant que les légions ne s'abattent sur eux et ne les déciment. Le sort qui les attend est la mort, elle est la compagne de tout guerrier.

- Je devrais être à ses côtés, alors, je suis aussi un guerrier.

- Tu mérites une autre vie, plus douce, libre, loin des combats. Agron le sait. Il t'a rendu ta liberté pour que tu vives heureux.

Il prit sa main entre les siennes et commença à caresser sa paume de son pouce. Un geste doux qui hérissa Nasir tout à coup. Il savait que le Numide l'appréciait mais ce qu'il lisait dans ses yeux le figea.

- Je resterai auprès de toi, reprit-il, d'un ton pressant. Je saurai être ce compagnon que refuse d'être Agron. Spartacus nous emmènera loin d'ici et nous serons libre.

- Je suis déjà un homme libre, dit Nasir fiévreusement en retirant ses mains de l'emprise de Castus. Nul homme ne peut choisir pour moi ce qui est le mieux pour moi.

- Il ne veut pas que tu l'accompagnes, riposta Castus, les yeux mi-clos, tentant de cacher le désir qui filtrait de ses prunelles. Il sait que ton cœur ne lui appartient plus. Tu restes si souvent auprès de moi. Ses doutes ont trouvé une réponse. Il sait que tu me désires comme je te désire. Nous deux, nous allons être magnifiques !

Il s'approcha des lèvres choquées de Nasir, cherchant à l'embrasser. Le jeune homme resta sans réaction le temps que ses paroles finissent par atteindre son cerveau et que ses muscles en définissent la réponse. Ses dents s'enfoncèrent dans la chair tendre des lèvres tendues.

Sous le choc, Castus recula. Nasir, les yeux sombre, laissa son corps répondre. Son poing s'envola et frappa Castus au creux du foie. Plié en deux, le pirate ne fit pas arriver le genou qui lui rompit le nez proprement. Nasir le plaqua alors au sol et posa ses mains autour de son cou. Le visage déformé par la rage, il serra la carotide, sentant le pirate se débattre.

- Que lui as-tu dit ? Pourquoi penses-tu qu'Agron veuille me laisser à toi ? parce que tu le lui as dit ? Réponds ! Ou je t'envoie rejoindre tes amis ! Tu nous as trahi une fois, pourquoi pas une autre ?

- Je n'ai pas trahi, dit le noir d'une voix étranglée, je te veux seulement pour moi, vivant ! Je ne voulais pas te voir mourir, lui non plus ! Il m'a demandé de prendre soin de toi !

Nasir le relâcha avec écœurement. Dans son dos, les deux hommes avaient tranché pour son bien, sans prendre en compte ses désirs et sa volonté. Il cracha au sol, marquant son mépris pour cette solution qui l'enrageait.

- Je ne veux pas de toi. Je te l'ai déjà dit, je suis avec Agron. Même s'il ne veut pas de moi, mon cœur lui appartient.

- Tu vas mourir si tu l'accompagnes, cracha Castus en se redressant et s'éloignant du petit homme dont la rage ne semblait pas s'éteindre.

- Si je ne l'accompagne pas, il mourra. Nous allons tous mourir de toute manière, Spartacus nous emmène vers les Alpes, le passage du col sera long et aussi pénible que le col de Sinuessa. Nous avons autant de chance de périr en montagne que sur le champ de bataille.

- Que veux-tu faire ? lui demanda Castus, il t'a demandé de le laisser partir et de rester avec Spartacus. Crois-tu qu'il acceptera que tu suives ? Il t'a dit adieu pour que tu survives.

- Je ne veux pas lui survivre, s'écria Nasir, les yeux pleins de flamme, je ne peux pas. Je préfère mourir que vivre sans lui.

Castus baissa la tête, à travers toutes leurs conversations, il n'avait pas compris combien le Syrien aimait le Germain. Le jeune homme était doux, réservé sur le camp mais à le voir combattre, il aurait dû comprendre qu'il était feu et lave sous cet aspect calme et amical.

- Devrais-je te retirer tes armes pour éviter que tu ne te tues ? Demanda-t-il, s'essuyant le sang qui maculait son visage. Si tu n'es pas mon amant, tu restes néanmoins mon ami. Et je ne suis pas le seul auquel tu manquerais. Agron ne t'a pas abandonné parce qu'il ne t'aimait pas, mais parce qu'il veut te savoir libre et en sécurité.

- Nous ne le serons jamais, tant que nous serons sous le joug de Rome.

- C'est bien pour cela que nous allons nous diriger vers les montagnes du Nord, fit une voix rauque derrière lui.

Nasir se redressa en entendant la voix de Spartacus. Castus l'imita, soulagé que quelqu'un vienne à son secours pour raisonner le jeune homme.

- J'ai besoin de toi, Nasir, tu as un rôle très important parmi nous. Toi seul connaît l'état exact de nos réserves et tout le monde te connaît. Les rebelles suivent le nom de Spartacus, mais toi, ils savent qu'ils peuvent te faire confiance et t'aborder s'ils en ont besoin.

- Agron aura besoin de moi, rétorqua le jeune homme en essuyant ses larmes, comprenant que le ridicule de son chagrin fasse à la charge qui reposait sur les épaules de Spartacus. Pourtant l'homme était venu lui parler en personne pour adoucir cet abandon.

- J'ai besoin de toi, Nasir, fit Spartacus en posant une main sur son épaule. Sache que le départ d'Agron me trouble autant que toi.

Un léger sourire de Castus fit froncer les sourcils du chef de guerre.

- Peut-être pas, évidemment, mais je perds un lieutenant fidèle, là où j'aurais besoin de m'appuyer sur une personne de confiance. Je te demande de l'être pour lui et de voir ce que le futur pourra nous apporter.

Nasir, rasséréné par les paroles de Spartacus accepta le travail qu'il lui confiait avec une fierté renouvelée. Il le faisait pour Agron désormais, pour compenser son absence auprès de tous. Ce fut pour cette raison qu'il ne suivit pas Agron à travers les chemins pour combattre à ses côtés. Il avait ses propres batailles à affronter, celles de l'approvisionnement en eau et nourriture pour tous ceux qui suivaient Spartacus.

oOoOoOo

Au matin, il avait semblé faire le deuil de sa relation à Agron, mais dans le secret de son âme, il ne pouvait l'oublier. Le départ lui fut atrocement douloureux. Il dut lutter contre lui-même pour ne pas revenir sur ses paroles et supplier le Germain de le laisser l'accompagner. Ils échangèrent un simple signe de tête avant qu'ils ne partent et ce fut tout. Tout avait été dit et fait. Rester courageux les premières semaines lui prit toutes ses forces mais il parvint à rester auprès de Spartacus alors que son cœur accompagnait Agron.

Nasir vécut alors au rythme des journées de marche qui ponctuaient maintenant leurs existences. Ils entendaient parfois des nouvelles venus de l'ouest. Crixus et ceux qui l'avaient accompagné mettaient à feu et à sang toute la campagne Émilienne, se rapprochant petit à petit des murs de Rome. Ils enchaînaient les victoires écrasantes contre les légions envoyées à leur rencontre. Nasir vibrait chaque fois qu'il entendait ces exploits, imaginant Agron à la tête des combats, enivré de sang et de vengeance, baignant dans le sang ennemi.

Il rêvait de lui, la nuit, après avoir longuement regardé la lune et les étoiles, imaginant que le même ciel veillait sur son compagnon. Spartacus les entraînait loin des combats, cherchant un passage au nord pour rejoindre la Gaule Cisalpine et ses terres non soumises à l'autorité de Rome. Il pensait pouvoir offrir un avenir aux milliers d'âmes qui le suivaient.

Castus surveillait le jeune homme comme du lait sur le feu, attentif à ses moindres sursauts d'humeur, ne cherchant plus à remplacer l'homme qu'il aimait. Il était devenu un ami précieux sur l'épaule duquel il pleurait parfois le soir sa solitude et son amour blessé. Au grand désarroi du pirate, il ne pouvait oublier le Germain parti guerroyer. Il occupait ses journées en s'occupant du camp sous les ordres directs de Spartacus et la nuit pensait à Agron, ne pouvant l'oublier.

Un matin où il s'occupait des provisions, répertoriant et comptant les sacs de grains récupérés dans les greniers de la dernière latifunda détruite, Castus vint le chercher en courant. Une barre d'inquiétude tomba sur son estomac. Castus avait les yeux agrandis et la bouche serrée.

- Naevia est revenue, lui apprit-il, avant même que le jeune homme lui pose la question, le pirate ajouta. Elle est seule et portait la tête de Crixus dans son giron. Spartacus l'a fait amener dans sa tente. Personne ne sait exactement ce qu'il s'est passé. Mais Crixus a été vaincu.

- Et Agron, a-t-elle donné des nouvelles d'Agron ? demanda le jeune homme d'une voix altérée.

Castus baissa la tête en entendant le nom de son rival. Nasir le bouscula dans sa hâte à rejoindre la tente de Spartacus. Il se posta près de l'ouverture, écoutant le récit de Naevia, relatant les derniers combats de Crixus. Celui-ci n'avait pas connu la mort glorieuse à laquelle il aspirait. Il interrompit tout à coup l'échange pour demander ce qu'il en était d'Agron. Naevia ne répondit pas mais ses yeux se remplirent de larmes qu'elle ne pouvait plus contenir. Il comprit immédiatement.

Ses traits se contractèrent alors qu'il luttait pour ne pas verser une larme. Il savait qu' Agron avait choisi son sort, mais cela n'empêchait pas la douleur de l'étreindre. Il prit une courte inspiration, les poumons bloqués par la peine qui déferlait sur ses épaules. Spartacus et Gannicus le regardèrent compatissants, comprenant et partageant son chagrin. Il voyait la confirmation de ses pires cauchemars. Agron était mort loin de lui, seul, battu par les hommes qu'il honnissait tant au point de chercher la mort en les combattant. Il se mordit la lèvre au sang, faisant volte-face, contractant ses poings qu'il voulait enfoncer dans la poitrine de César et Crassus, se haïssant de ne pas l'avoir accompagné. Il lui semblait que son âme mourait elle aussi.

Il se sentait comme sonné par la nouvelle. Castus vint à sa rencontre et l'entraîna en le tenant par le coude. Loin de tout regard, Nasir laissa exploser son chagrin, brisant le cœur du pirate. Celui-ci ne pouvait qu'étancher ses larmes, lui tenant la main, comprenant qu'en cette heure sombre, Nasir avait besoin de soutien. Saxa, prévenue par Gannicus vint à son tour, cherchant à consoler le jeune homme qui finit par les repousser. Il avait besoin d'être seul pour panser son cœur et comprendre cette nouvelle. Ses pas le dirigèrent vers la tente de Spartacus où reposait Naevia. Il entra et s'assit non loin d'elle. Un seul regard partagé et ils se comprirent. La douleur qu'ils éprouvaient en faisait une fratrie, plus forte encore dans le chagrin. Il prit le temps pour mener son deuil, refusant de parler de l'absent, refusant de laisser couler dorénavant ses larmes pour une mort qui l'ulcérait. Il regrettait amèrement de ne pas l'avoir suivi. Seuls les derniers mots qu'il lui avait dit l'obligèrent à relever la tête et affronter la vie.

Lorsque Spartacus captura Tibérius, le propre fils de Crassus et ses soldats, il sentit brûler en lui les feux de la vengeance. Il tenait le responsable de la disparition d'Agron. Il mourait de son absence. Tuer pour lui rendre hommage ne lui rendrait pas son amant mais allait étancher la haine dévorante qui le consumait.

oOoOo

Spartacus avait fait remettre en état un très ancien amphithéâtre phénicien, à flanc de montagne, dont l'arène s'ouvrait sur un précipice. Les jeux funèbres qu'il avait décrété pour rendre hommage à Crixus et tout ceux qui l'avaient accompagné dans la mort réjouirent les anciens esclaves, goûtant ce curieux revirement de situation pour les légionnaires capturés une semaine plus tôt. Nasir acheva son spectacle mortel, vivant un moment qu'Agron avait connu, comprenant l'exhalation qui porte une foule, le besoin qui en découle. Il laissa la place à Naevia qui, en veuve éplorée de Crixus, avait reçu l'honneur de combattre le dénommé Tibérius, le propre fils de Crassus, le meurtrier de son époux.

Nasir s'installa près de Saxa pour savourer à son tour le spectacle sanglant. Naevia se battit férocement et le fils de Crassus manqua plusieurs fois de périr. Nasir goûta l'ardeur fiévreuse des combats et fut surpris par l'interruption de Spartacus dans le combat expiatoire de Naevia. La raison de cet arrêt des combats fut rapidement partagée parmi les rangées de spectateurs. Crassus voulait négocier la vie de son fils contre celle de cinq cent prisonniers, issus des derniers combats de Crixus. La nouvelle lui parut incroyable, le nom du négociateur plus encore, Julius César lui-même. L'homme qui avait vécu parmi eux quelques semaines pour les trahir de l'intérieur, l'homme qui avait vaincu Agron. Sa rage s'embrasa.

Il faussa compagnie à Castus qui le félicitait d'avoir échappé à la mort en affrontant le légionnaire pour se rapprocher de Spartacus qu'il suivit discrètement. Celui ci amenait à César, Tibérius, éberlué d'avoir échappé à la mort. Ce dernier reçut crachat et invectives le long de son passage. Mais voyant l'homme envoyé par son père, il sembla reprendre courage. Nasir le vit se redresser et jeter sur tous y compris César un regard de pur mépris. Alors que l'échange allait être scellé et le jeune homme remis entre les mains du négociateur, surgit la mort vengeresse, incarnée par une femme qui avait trop souffert sous sa coupe, la propre âme-soeur de son père.

Alors que l'accord aurait pu clos, la vengeance d'une seule esclave mettait à mort cinq cent des leurs. Elle sembla comprendre et offrit une alternative, celle de retourner auprès de Crassus de son plein gré. Cesar accepta et fit emporter le corps de Tiberius, promettant le retour des prisonniers. Nasir fut pris d'un espoir fou, vite douché par la vue de Naevia dont les yeux exprimaient une douleur insondable.

Il se résolut à écraser cet espoir naissant, à en arracher les racines de son cœur. Il connaissait le danger de croire à la possibilité du retour d'Agron. Il ne pourrait supporter un espoir déçu d'avance. Il ne fit que se protéger en voyant arriver le flot de rescapés, blessés mais saufs. Il s'était installé aux cotés de Naevia, pour supporter ensemble la douleur de voir la joie sur le visage de ceux qui retrouvaient une personne chère. Il repoussait la jalousie insidieuse qui faisait son lit dans sa peine pour se réjouir du sourire des amis qui s'embrassaient, heureux de se retrouver.

Castus vint le chercher, arguant que Spartacus le recherchait. Nasir obéit à l'ordre de son général, se demandant ce qu'il voulait. Naevia toujours silencieuse le suivit. Castus le poussa dans le dos afin qu'il avance plus vite. Nasir, remarquant les visages animés, partagea ses pensées avec Naevia.

- Si seulement ceux qui nous tenait à cœur étaient parmi eux...

Castus sourit doucement et lui donna un coup de coude dans les côtes. Nasir grimaça avant de suivre son regard. Dans la foule, il vit Spartacus soutenir un blessé. Avant même de le reconnaître formellement, son cœur l'avait reconnu. Agron. Il se précipita vers lui, ses yeux ne semblant pas y croire. Le Germain avait le visage maigre, les traits tirés et les yeux fiévreux. Il avait l'air blessé mais il était vivant. Nasir eut la sensation que l'étau qui lui enserrait la poitrine se relâchait enfin. Il lui semblait pouvoir enfin respirer librement pour la première fois depuis des semaines. Agron était vivant.

- Les Dieux te font revenir dans mes bras, lui dit-il, incapable de détacher ses yeux de son visage meurtri.

- J'ai été idiot de les laisser, déclara d'une voix rauque Agron qui buvait son visage du regard.

Spartacus transféra sa charge à Nasir qui l'entraîna en direction des feux de camps allumés pour l'occasion. Castus vint lui prêter main forte, lorsque le grand Germain, cédant sous le poids de l'émotion et de la fatigue accumulée, s'effondra presque sur lui. Il sentait sa chair brûlante de fièvre contre sa peau. Il était blessé et l'infection s'était sans doute installée dans ses blessures car la fièvre le faisait trembler. A eux deux, ils parvinrent à l'allonger au plus près d'un feu, sous la propre tente de Spartacus..

Agron leva douloureusement sa main gauche et caressa du pouce la mâchoire de Nasir. Celui-ci prit alors conscience de l'importance de ses blessures. Ses mains, ces grandes mains dont il aimait tant les caresses étaient enveloppé de linges souillés. Elles avaient été transpercées au milieu de la paume. Irrémédiablement mutilées, elles faisaient énormément souffrir son compagnon retrouvé. Il repoussa avec douceur la caresse pour regarder attentivement l'ampleur des dégâts. Agron reposa son pouce sur sa joue, écrasant des larmes dont il n'avait pas conscience.

Les yeux du blessé étaient brillants de fièvre et de larmes contenus, débordant de sentiments mêlés. Un seul regard et Nasir comprit. Il s'allongea à ses cotés et posa précautionne-ment sa tête sur l'épaule, évitant le côté ensanglanté dont il allait devoir s'occuper bientôt. Il sentit son cœur battre à grand coup, une chanson dont il ne se lasserait jamais. Ils restèrent quelques minutes ainsi, appréciant la présence de l'autre, reconnaissant cette présence après la perte.

Castus vint les trouver. Nasir montra les dents, il ne voulait pas déjà devoir quitter ses côtés. Celui-ci avait fait venir le medicus, qui, toute la nuit, allait devoir s'occuper des blessés. Le petit homme aux cheveux grisonnants et au ventre replet, les accompagnait depuis maintenant des mois. Il était Romain, mais vivait près des réfugiés car ils avaient un plus grand besoin que les riches patriciens de ses soins. Cette nuit où cinq cents blessés étaient de retour parmi eux, la fatigue marquait ses traits d'une ombre maladive. L'homme ausculta les diverses plaies d'Agron, sans le faire souffrir plus que nécessaire, mais son visage sombre n'augurait pas de bonnes nouvelles. Il fit signe à Nasir de l'accompagner hors de la tente. Agron, se mordant les lèvres, lui fit comprendre qu'il voulait savoir ce qui lui arrivait.

Le medicus avait l'air bien embarrassé. Mais il affronta vaillamment les regards braqués sur lui.

- La blessure que tu portes au flanc est profonde mais avec des soins appropriés, elle guérira sans difficulté. Tes mains m'inquiètent beaucoup plus. Elles ont été traversées par du métal et des esquilles d'os se sont détachées et ont provoqués une grave infection. Que t'est-il arrivé ?

Agron baissa les yeux. Les mots semblaient ne pas vouloir sortir de son gosier desséché par la fièvre. Nasir lui porta de l'eau à la bouche et l'incita à parler. Grimaçant, le Germain parvint à raconter le calvaire qu'il avait subi.

- César m'a vaincu, j'ai été blessé lors de la dernière bataille et fait prisonnier alors que je vivais encore. J'ai résisté tout le temps que j'ai pu, battu, affamé, je les provoquais encore.

Nasir serra son épaule, le reconnaissant bien là. Agron avait la gorge serrée et les yeux égarés dans un souvenir douloureux.

- Crassus m'a fait clouer à la croix, reprit-il. Pour être un avertissement à tout ceux qui refuserait de parler correctement et d'obéir. César, César a planté lui-même le clou dans cette main-là.

- Le fils de pute, cracha Nasir, en se remettant sur ses pieds. Est-il encore ici ? il ne doit pas repartir sans en payer le prix.

Agron posa la main qui lui était la moins douloureuse sur la cuisse, lui faisant signe de se calmer. Il se rassit à ses côtés, écumant de rage. Agron avait besoin de lui cependant.

- Je suis resté au moins deux jours accroché à cette croix, la douleur m'a fait perdre conscience plusieurs fois. J'ai pensé à toi, amour, si fort pour oublier. J'aurai dû rester à tes cotés.

Il laissa échapper ses larmes, baignant ses mains mutilées. Nasir se contenait difficilement devant sa souffrance.

- Je comprends mieux pourquoi les muscles et les tendons ont été aussi abîmés, reprit le medicus gravement, ton poids aura pesé sur les clous. Tu auras de la chance si tu peux, un jour, les utiliser à nouveau.

- Que peux-tu faire pour lui ? Demanda avidement Nasir.

- Je peux lui donner des onguents pour maîtriser l'infection et des plantes pour la douleur. mais il faudrait un savoir plus grand que le mien pour retirer les morceaux d'os des muscles et encore les dieux devraient être miséricordieux et apporter un miracle.

- Peux-tu essayer ? Articula difficilement Agron.

Nasir posa une main sur son bras, le surprenant à trembler.

- La douleur à elle seule peut te briser, dit le medicus blanc comme un linge.

- Essaie, j'ai été mis en croix avant d'en être détaché. Si la douleur ne m'a pas tué à ce moment-là, je peux l'encaisser une nouvelle fois.

- Pas ce soir, pas maintenant, refusa le medicus, il fait bien trop sombre pour opérer ainsi...

- Demain, décréta Nasir, comprenant que le seul espoir d'Agron reposait sur cette opération. Demain, tu tenteras de sauver ses mains.

Le medicus déglutit, espérant visiblement se trouver ailleurs, ailleurs que sur ce camps qui sollicitait autant ses talents.

- Je promets de t'aider pour tes autres patients, suggéra Castus, voyant son dilemme.

- Moi aussi, fit Nasir, enfin quand Agron se reposera, je ne veux plus quitter ses côtés.

Le Germain grimaça un bien pauvre sourire et reposa la tête contre l'oreiller dur. Nasir le gratifia d'un baiser piquant sur le front.

- Repose-toi, Agron. Demain sera le jour d'une grande souffrance, fit le jeune homme en le couvrant d'une couverture épaisse.

- Spartacus a demandé à tous ceux qui le peuvent de venir à l'arène, lui rappela Castus. Il entend rendre hommage à Crixus et tous ceux qui sont morts pour la liberté.

- Agron est trop faible pour se déplacer, rétorqua-t-il.

- J'y serai, fit le gladiateur en se redressant doucement. Je peux encore me tenir debout. Je sera là pour rendre hommage à nos frères disparus.

- Je resterai à tes côtés, dit Nasir. Désormais je serai toujours à tes côtés.

«==========((=0oooO ~~ Agron~~ Oooo0=))==========»

A suivre (merci pour votre lecture)