Voici le chapitre XXVIII !

N'oubliez pas que cette fic est dispo en avant-première sur le site "Shiva Rajah Fanfics" en version intégralement illustrée !

Bonne lecture et bons baisers de Claude Neix !


XXVIII : Une vieille connaissance

par Claude Neix

Corrections et documentation : Shiva Rajah

o-o-o

Écraser l'innocent qui résiste,
c'est un moyen que les tyrans emploient
pour se faire une place en mainte circonstance.

Goethe

Les violentes secousses qui agitèrent le liquide verdâtre apprirent à Reno que quelque chose de particulièrement volumineux venait d'être plongé dans la cuve.

Une échelle ? Allait-on enfin le sortir de là ?

Les mains toujours crispées sur la poitrine, il ouvrit les yeux, releva la tête et eut la surprise de voir un autre corps nu tout près du sien. C'est à ses longs cheveux, flottant autour de lui comme de fines algues d'argent, qu'il reconnut Yazoo.

Ce dernier le serra aussitôt contre lui en expulsant l'air que contenaient ses poumons pour prendre une profonde inspiration.

C'était violent et particulièrement douloureux mais le temps pressait.

Le mako envahit sa bouche et ses bronches. Il convulsa, mais ne relâcha pas sa prise sur Reno un seul instant.

Celui-ci, réalisant ce que l'incarné était en train de faire, le repoussa et prit son visage entre ses mains pour le regarder droit dans les yeux. Yeux qui, pour l'heure, étaient fermés sous l'assaut de la douleur.

Le turk secoua la tête, ne comprenant absolument pas à quoi rimait sa présence dans la cuve. Il était si surpris qu'il en oublia presque sa propre souffrance, et sa propre panique, durant quelques secondes.

Ne pouvant pas parler, il leva doucement le menton de Yazoo, quêtant un signe à défaut d'explication.

L'incarné ouvrit enfin les yeux… et sourit.

«Yazoo ?» articula silencieusement Reno dans le liquide.

Pour toute réponse, celui-ci le serra à nouveau contre lui et lui frotta doucement la nuque et le dos, comme il l'avait fait la nuit précédente, pour l'apaiser, lorsque Reno avait rendu tripes et boyaux à plusieurs reprises dans l'évier.

Hélas, toujours sous l'emprise de la panique, le turk ne pouvait rester immobile dans les bras réconfortants.

Il voulut se dégager mais l'incarné referma sa main droite sur sa bouche et son nez et resserra son étreinte, le pressant si fort contre lui qu'il était impossible à Reno de gonfler sa cage toxique.

«Ne respire pas, Reno» articula-t-il exagérément dans le liquide pour être sûr d'être compris.

Reno essaya à nouveau de se libérer mais Yazoo avait une poigne de fer et il était lui-même épuisé par les longues heures passées à vomir et à subir les assauts de la fièvre et du sevrage.

Ils bataillèrent durant un moment et, lorsque le turk comprit qu'il ne pourrait pas sortir de cette maudite cuve et qu'il allait probablement mourir là, il abandonna la lutte, épuisé et las de se battre pour survivre depuis presque deux jours.

Reno en avait assez. Il n'en pouvait plus de la douleur, de la fièvre, de la peur, de tout…

Que le mako le noie, après tout ! Il s'en fichait. Il ne voulait plus ferrailler avec des moulins à vent. Il voulait la paix. Juste la paix. Ne plus avoir mal, ne plus penser, ne plus paniquer, ne plus trembler…

Yazoo le sentit soudain s'affaisser et il desserra l'étau de ses bras.

La tête du turk retomba sur son épaule et il l'étreignit plus gentiment, presque tendrement, en lui massant doucement le dos, de la nuque aux reins, dans un va-et-vient lent et reposant.

Reno avait conscience de la main légère et apaisante, sur son échine. Les courants que ses mouvements provoquaient dans le liquide verdâtre se répercutaient sur tout son corps en un délassant et caressant massage aquatique. Leurs cheveux flottaient autour d'eux, se mêlaient en un impossible entrelacs de feu et de glace, et leur chatouillaient les joues et les épaules.

Le turk nicha son visage dans le cou délicat. Il aspira le mako comme il l'aurait fait d'une goulée d'air frais, remplissant ses bronches de liquide, et cessa d'essayer de respirer.

Finalement, la première douleur passée, c'était plutôt agréable de mourir…

oxo

Usant de son incroyable rapidité, Loz devança ses compagnons de plusieurs minutes.

Il fit irruption dans le laboratoire et se précipita vers la cuve, où flottaient Yazoo et Reno, pour plaquer ses mains sur la paroi du cylindre, face à son jumeau.

— YAZOO ! QU'EST-CE QUE TU FAIS ? YAZOO !

Ce dernier, qui serrait toujours Reno contre lui, lui sourit et colla sa paume contre celle de Loz, de l'autre côté du verre.

«Je vais bien, Loz.» Articula-t-il en silence dans le mako «Calme-toi.».

— Sors de là ! hurla le colosse en tapant violemment contre la cuve. Sors de là, tu entends !

Shalua, craignant qu'il ne brise le cylindre pour libérer son jumeau, s'interposa et lui saisit doucement les poignets de sa main valide et de sa prothèse articulée.

— On va le tirer de là, mon grand, calme-toi !

— Comment as-tu pu le laisser entrer là-dedans ? Tu savais ce qu'il risquait !

— Il m'avait promis de n'y rester que trois ou quatre minutes, Loz ! Et en remontant à l'air libre pour respirer. Sinon, je ne l'aurais jamais laissé faire, tu penses bien.

— S'il ne sort pas, il va mourir ! s'écria l'incarné, les larmes aux yeux.

— Il sortira de gré ou de force, ça, je te le jure. C'est pour ça que j'ai prévenu Vincent mais, puisque tu es ici, grimpe là-haut ! Tu feras aussi bien l'affaire que lui pour le tirer de force de là, si ce n'est mieux.

Elle lui désigna l'escabeau en titane qui menait au sas ouvert, au sommet de la cuve, et dont on se servait pour accéder au patient sans avoir besoin de vider cette dernière.

Loz grimpa les marches en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

— Yazoo ! appela Merill en tapotant sur la vitre pour lui désigner l'écran de contrôle de la cuve d'un mouvement du pouce. C'est bon, il est calmé. Ton frère va t'aider à sortir de là.

Yazoo leva les yeux et vit la main de son jumeau plonger dans le mako au-dessus de lui mais secoua la tête.

Reno l'agrippait et il savait que s'il le lâchait, il se remettrait à paniquer.

«Encore quelques minutes…»

— Non, Yazoo baby ! intervint Shalua. Maintenant !

— Yazoo ! cria Kadaj, qui venait de pénétrer dans le laboratoire, accompagné de Tifa, Vincent, Reeve, Yuffie et Cid.

— Qu'est-ce qu'il fait là-dedans ? demanda ce dernier. J'croyais qu'il pouvait pas supporter un plongeon dans ce truc ?

— Il ne le peut pas, Cid, acquiesça la jeune scientifique. C'est bien le problème !

Kadaj et Vincent essayèrent de convaincre Yazoo à leur tour, à grand renfort de gestes et de cris, mais celui-ci ferma les yeux et resserra son étreinte sur Reno, qui releva quand même la tête, alerté par l'agitation qui régnait autour de la cuve.

Qu'est-ce qui se passait ? Pourquoi tout ce boucan alors qu'il était soudain si bien ? Soutenu par Yazoo, il se laissait porter par la poussée du liquide et sentait le mako pénétrer, réparer et envelopper chacune de ses cellules d'une chaleur bienfaisante…

— Yazoo ! criait Kadaj. Ne fais pas l'idiot !

Bon sang ! Mais pourquoi s'agitaient-ils tous de la sorte ?

Reno se força à se concentrer sur ce qui se passait dans le laboratoire, de l'autre côté de la paroi de verre du cylindre.

Tout le monde paraissait affolé de voir l'incarné dans la cuve avec lui.

Pourtant, il était si bien… Il avait réussi à le calmer et…

Mais c'est vrai, ça, au fait ! Qu'est-ce que Yazoo fichait dans avec lui ?

Reprenant un peu ses esprits, il repoussa doucement l'incarné pour plonger à nouveau dans ses yeux, une interrogation muette dans le regard.

Une fois de plus, Yazoo se contenta de lui sourire et il réalisa… Par tous les démons de la planète ! Oui, il réalisa ce que Yazoo venait de faire pour lui. Il en comprit toute la générosité mais aussi toute l'horreur en se souvenant des vidéos et des raisons qui avaient poussé Shalua à le sortir de son sommeil artificiel plus tôt que prévu.

«Oh, putain…»

— Yazoo ! criait Vincent. Sors immédiatement ou je te jure que je laisse Loz te tirer de là par les cheveux !

De l'autre côté de la vitre, Tifa vit Reno prendre le visage de l'incarné dans ses mains en coupe et lui adresser un regard aussi suppliant que débordant de reconnaissance avant de lui faire signe de remonter.

«Sors. Ça va aller» articula-t-il. «Je vais bien, maintenant».

Yazoo, circonspect, inclina la tête de côté.

«Je t'en prie.» Il pressa son front contre le sien et ajouta en un léger mouvement des lèvres que seul l'incarné pouvait voir : «Je t'en supplie… Yazoo baby.»

— Yazoo ! cria encore Loz en plongeant à nouveau le bras dans le liquide verdâtre, prêt à se saisir de sa longue chevelure de platine.

Mais ce ne fut pas nécessaire car, cette fois, son jumeau accepta sa main.

oxo

Rufus imprima les documents qu'Elena venait de lui envoyer, à la demande de Vincent, et tiqua. De vieux rapports d'incidents techniques concernant le projet avorté d'exploration spatiale dirigé par Cid ? Que diable voulait faire l'ancien turk avec ça ?

L'amiral de la WRO avait-il besoin d'informations ? C'était peu probable, car s'il y avait bien un sujet qu'il détestait aborder, c'était celui-là !

Et quand bien même, il aurait réclamé les rapports en personne.

Non, si Vincent agissait de la sorte, c'est qu'Highwind n'était pas au courant.

Mais pourquoi ?

Piqué par la curiosité, il décrocha son téléphone et appela Tseng pour demander des précisions.

«Je l'ignore, Monsieur.» Répondit de dernier. «Mais j'ai cru comprendre que Cid a pris contact avec l'un des avocats de la société, maître Jun, spécialisé en droit civil. Cela étant dit, comme c'était personnel, je n'ai pas cherché à savoir pourquoi sans avoir reçu d'instructions en ce sens. Dois-je me renseigner ?»

— Non. Non, je poserai la question à Cid moi-même.

«Demandez plutôt à Vincent, Monsieur, il est courant. C'est lui qui lui a conseillé d'appeler maître Jun, d'après ce que m'a dit Elena. Highwind ne verrait probablement pas d'un très bon œil que vous vous mêliez de sa vie privée.»

— Si sa vie privée risque d'influer sur son travail, ça me regarde.

«Pas officiellement, Monsieur.» Lui rappela le chef des turks. «Légalement, son supérieur hiérarchique, c'est Reeve. Même si c'est la Shinra qui fait les chèques…»

— Oui, tu as raison… Je demanderai à Vincent. Sinon, du nouveau au cratère nord ?

«Rien pour l'instant, Monsieur. Nos équipes sur place quittent les lieux à l'heure où je vous parle. Nous préparons une exploration plus poussée avec une escouade spécialisée du Soldat et deux scientifiques de la WRO. Rude devrait être de retour au manoir dans la soirée.»

— Bien. Et la presse ?

«Elle reçoit les faux bulletins de santé de Sephiroth avec une précision d'horloger, Monsieur. Rien n'a filtré, c'est parfait. En revanche, la rumeur commence à courir que le général aurait des frères et qu'ils seraient actuellement à Nibelheim.»

— Ils se sont très bien débrouillés jusqu'à maintenant. Ils ont admirablement joué le jeu et semblent bien s'intégrer.

«Mhh… Bien.»

— Tseng… Je sais ce que toi et Elena avez subi au cratère nord était tr…

«Je n'éprouve aucune haine envers eux, Monsieur, je vous l'ai dit. J'ai parfaitement conscience de l'influence que Jenova avait sur eux.»

— Sentiment partagé par Elena ?

«Elena, c'est… Elena.»

— Je vois. Vincent avait donc raison… Une fois de plus.

«Monsieur, je…»

— Oui, Tseng ?

«Je reste à votre disposition.»

— Ce n'est pas ce que tu allais dire, Tseng.

« … »

— Qu'y a-t-il ?

«J'aimerais vous parler d'Elena, lorsque… lorsque vous le jugerez opportun.»

Rufus laissa échapper un juron.

— Réponds juste à une question, Tseng : risque-t-elle de poser problème dans l'affaire en cours ? Sois bref et franc.

Un court silence, puis :

«Oui, Monsieur. Je crois que oui.»

— À cause de ce qui s'est passé avec eux ?

«Pas seulement, non. Je fais partie de l'équation, Monsieur, j'en ai peur.»

Rufus soupira. Et lui qui pensait que cette histoire d'amourette était réglée depuis longtemps…

— Cette lubie de jeune fille prend des proportions grotesques et ça commence à me taper sérieusement sur les nerfs, Tseng !

«Pas autant que sur les miens, monsieur, si vous me permettez cette franchise.»

Le jeune président faillit laisser échapper un sifflement surpris.

Pour que Tseng en arrive à perdre son self-control et lui réponde de cette façon c'est qu'Elena l'avait vraiment poussé dans ses derniers retranchements !

— Passe-la-moi. Et tiens-moi au courant pour le reste.

«Bien. Merci, Monsieur.»

Tseng transféra l'appel et Rufus alluma une cigarette.

Il glissa les documents imprimés dans une chemise cartonnée sur laquelle il écrivit au marqueur noir : pour Vince.

«Elena, à l'appareil.»

— Elena, c'est moi. Tu es seule dans ton bureau ?

«Non, Monsieur.»

— Fais en sorte que ce soit le cas, je dois te parler seul à seule.

«Ah, je… B… Bien.» Bredouilla-t-elle, une appréhension soudaine perçant dans la voix. «Je vous demande un instant, monsieur.»

xox

Dans le couloir du sous-sol, Loz était appuyé face au mur, le visage enfoui entre ses bras croisés. Il n'émettait pas un son et ne faisait pas un geste mais haletait, comme à bout de souffle. Il ne portait qu'un maillot noir, qu'il avait rapidement enfilé avant de quitter la salle d'entraînement, mais la fraîcheur régnant dans le corridor n'était sans doute pas responsable de ses frissons.

Abandonnant Yazoo, qui s'était enfin endormi, aux bons soins de Shalua et de Kadaj, Tifa sortit à son tour de l'infirmerie, et le rejoignit.

Elle s'approcha de lui par-derrière et passa les bras autour de sa taille pour se serrer contre lui, le front contre son dos.

Le cœur de l'incarné battait à tout rompre contre ses seins, affolé, et sa poitrine se soulevait par saccades incontrôlables.

La jeune femme réalisa alors qu'il pleurait en silence.

— Ça va aller, Loz, ne t'en fais pas, murmura-t-elle. Nous avons évité le pire.

— Je sais… fit-il d'une voix à peine audible.

— Dans ce cas, pourquoi te lamenter ?

Il ne répondit pas mais elle le connaissait à présent suffisamment pour deviner la raison de ses larmes : c'était sa façon à lui d'évacuer le surplus de stress, l'angoisse et le choc violent qu'il avait éprouvés en pensant perdre son jumeau.

— Laisse-toi aller un bon coup, chuchota-t-elle, plus émue qu'elle ne l'aurait cru. Personne ne te voit, ici. Ils sont tous remontés là-haut.

Il permet à un sanglot étouffé de s'échapper, suivi d'un autre, et elle resserra son étreinte autour de sa taille.

Petit à petit, au fur et à mesure que les larmes coulaient, Tifa sentit les muscles de son ventre et de son dos commencer à se détendre.

xox

Kadaj lissa les cheveux de Yazoo, encore humides de la douche brûlante qu'on l'avait contraint à prendre pour éliminer toute trace de mako, et soupira.

— Si tu nous refais une peur pareille, mon frère, murmura-t-il en enveloppant son aîné endormi d'une couverture légère, je t'arrache les boyaux.

Shalua sourit et baissa l'intensité de la lumière de l'infirmerie de plusieurs degrés.

Dans sa cuve, Reno ne les quittait pas des yeux, mortellement inquiet pour Yazoo.

La jeune scientifique vint vers lui et hocha la tête.

— Tout va bien, Reno, fit-elle. Les seules séquelles seront quelques étourdissements et une grosse fatigue. Il s'est endormi comme un bébé ne te tourmente pas.

Elle vit les épaules du turk s'affaisser de soulagement.

— Reno ? reprit-elle, lui faisant lever le nez. Kadaj va programmer le contrôleur de ta cuve, ce qui va considérablement diminuer le temps que tu devras rester là-dedans. Tu arrives à distinguer la pendule du fond du labo à travers le mako ? (Reno plissa les yeux et acquiesça) Si tout se passe bien et que tu supportes une concentration de principes actifs suffisants, tu seras sorti de là vers 19 h. Juste à temps pour prendre une douche et t'habiller pour le dîner, plaisanta-t-elle, le faisant sourire. Kadaj va faire les tests dans un instant, tu es prêt ? Parfait. Écoute bien ce qu'il va dire et réponds à ses questions aussi franchement que tu pourras.

Kadaj, installé devant le moniteur de surveillance de la cuve, prit la main sur le contrôleur automatique de flux, qui gérait les pourcentages de principes actifs contenus dans la solution où baignait Reno et les courants électriques qui les traversaient.

Merill, lui, face à l'ordinateur régulant l'arrivée de mako brut dans les mélangeurs, attendait ses instructions.

— Tu m'entends, Reno, ou tu préfères que je branche le micro relié à ta cuve ? demanda Kadaj. Tu es sûr ? Bien. (Il tapa toute une série de codes complexes sur son clavier) Dis-moi si tu éprouves une gêne, comme des picotements sur la peau.

Le turk se concentra quelques secondes et fit signe que non.

— Et maintenant ? s'enquit à nouveau Kadaj en montant progressivement les niveaux.

Reno sentit se hérisser tous les poils de son corps, comme s'il était traversé d'électricité statique et hocha la tête.

— D'accord. On va rester sur ce palier un instant. Merill, balance-moi 20 cl de réserve.

— Je peux même pousser jusqu'à 30, si tu veux, j'ai de la marge dans le mélangeur.

— Alors, vas-y. Reno ? reprit l'incarné. Si les picotements augmentent, lève la main, d'accord ? (Le turk acquiesça) En attendant, laisse-toi porter, ferme les yeux et détends-toi autant que tu peux.

Reno obéit et Kadaj commença à programmer le palier suivant.

— Tu veux essayer à 2 pour 100 ? demanda Merill.

— Non, pas encore. Le taux de pénétration est trop bas. Je booste la puissance électrique. À combien en est la dilatation de ses pores, Shalua ?

— Plus un huitième, répondit celle-ci en consultant son portable.

— Ce n'est pas assez. J'augmente la température de la cuve de 2 degrés.

— Diminution du taux d'oxygène prévue : 22%, lut la jeune scientifique sur son écran.

— Merill, compense-moi la perte de gaz.

— Tout de suite.

— Dilatation à 1 quart, annonça Shalua quelques minutes plus tard. Le coefficient de pénétration a… triplé ?

Kadaj sourit de son ébahissement.

— Parfait… On y est presque. Reno ? Tu sens toujours des picotements ? Non ? Bien. Merill, on passe au palier 1,75 dans 3 minutes. À combien est la réserve ?

— 17 cl.

— Plus 35 ? C'est possible.

— Je ne peux pas aller au-delà de 28 pour l'instant, à cause de l'enrichissement en oxygène. Le mélange est instable, il faut que tu compenses avec les flux électriques.

— O.K., disons 25 cl, alors. Je ferai avec.

Yazoo poussa un gémissement dans son sommeil et Shalua sourit, attendrie.

— Yazoo baby est en train de rêver, on dirait.

Kadaj se tourna vers le lit où reposait son frère, regarda le joli visage ovale, si pâle, ses lèvres entrouvertes bleuies et eut un pincement au cœur.

«Il aurait pu mourir…», chuchota une petite voix dans sa tête. «Il aurait pu mourir à cause de cet homme et toi, tu essayes de le sauver !»

Il pivota vers Reno, flottant calmement dans sa cuve, confiant, le visage paisible, et une rage incontrôlable lui noua soudain les tripes.

«Que fera Yazoo pour lui, la prochaine fois, Kadaj ?» poursuivit la petite voix (Sa conscience ? Son inconscient ?) «Prendre une balle à sa place ?»

— Kadaj ? interrogea Merill.

L'incarné sursauta.

— Hein ? Oui, oui, on passe à 1,75.

Il tapota sur son clavier une série de commandes mais au moment de rentrer le pourcentage de mako, ses doigts restèrent suspendus au-dessus des touches.

«Et si tu oubliais le 1, Kadaj ?» susurra la petite voix, tentatrice. «Un accident est si vite arrivé… L'index peut déraper par mégarde… et qui survivrait à une concentration de 75 pour cent de mako ?»

Qui, en effet ?

Dans un état second, Kadaj tapa «75» à titre d'essai, comme pour voir ce que ça faisait, et sentit une sueur froide couler le long de son dos. Lorsque son index effleura la touche de validation, sa main se mit à trembler.

Non, il ne pouvait pas faire une chose pareille.

«Pense à Yazoo, Kadaj. Fais-le pour lui. Le débarrasser de cet homme est le plus beau cadeau que tu puisses lui faire… Il l'a séduit, Kadaj ! Il lui a tourné la tête au point de le faire sacrifier sa vie pour lui ! Tue-le, Kadaj… Tue-le… Pour Yazoo… Pour Loz… Pour toi… Fais-le… Appuie, Kadaj. Appuie sur ce bouton ! Sauve Yazoo !»

Avec une lenteur irréelle, il posa l'index sur la touche «valid» et les alarmes des contrôleurs de Sephiroth se mirent soudain à hurler dans tout le laboratoire, le faisant tressaillir si fort qu'il faillit choir de sa chaise.

— Merde ! jura Merill en se précipitant vers Sephiroth.

— Qu'est-ce qui se passe ? s'enquit Shalua en faisant signe à Reno de rester calme. C'est Sephiroth, Reno ! Ça n'a rien à voir avec toi.

— Kadaj, il nous refait une crise de panique, comme ce matin ! s'écria l'assistant de la jeune femme.

L'incarné essuya la sueur glacée qui coulait de son front.

— Tout est normal, pourtant, poursuivit Merill. Ses fonctions vitales sont bonnes. Je ne comprends pas ! Il ne s'est rien passé de particulier.

Kadaj rejoignit le garçon devant le moniteur pour réguler quelques flux électriques.

Presque immédiatement, les courbes reprirent un aspect neutre et Shalua poussa un profond soupir.

— Ça y est… confirma Kadaj. C'était juste… Juste une agitation passagère.

— Je ne vois pas ce qui a pu provoquer un pic d'activité cérébrale pareil… murmura la jeune scientifique en compulsant les données crachées par les machines. Nous n'avons pas fait de mouvement brusque ni élevé la voix, pourtant.

Kadaj blêmit, revint à son poste de contrôle et la main encore tremblante, effaça les chiffres qu'il avait tapés, le cœur au bord des lèvres à la seule pensée de ce qu'il avait failli faire.

— Ça va ? s'inquiéta Merill en dévisageant. Tu es pâle comme la mort.

L'incarné se força à sourire.

— Oui. Oui, bien sûr je… Les alarmes m'ont fait sursauter, c'est tout. Reno ? demanda-t-il, la gorge serrée. Reno, ça va ?

Le turk acquiesça.

— Que s'est-il passé ? murmura une voix douce au-dessus de lui. J'ai entendu les alertes sonner.

Il se tourna pour voir Yazoo, les yeux gonflés de fatigue et vêtu d'un ensemble médical de coton bleu semblable à celui que portait Merill — un confortable pantalon et une tunique à manches courtes.

Kadaj se leva et le serra dans ses bras à l'étouffer.

— Ce n'est rien, Sephiroth a dû faire un cauchemar. Retourne dormir, Yazoo. Nous nous occupons de Reno.

— Tu es sûr que ça va ? Tu es tout blanc.

— Je vais bien, Yazoo. Je vais très bien, je te le promets… Cesse de t'inquiéter pour nous et prends un peu soin de toi. Va te reposer.

Il se mordit la langue en priant pour que son frère ne se rende pas compte de la terreur qui s'était soudain emparée de lui.

Les mots que Vincent avait employés la nuit de leur réveil, dans ce même laboratoire, tourbillonnaient dans son cerveau comme un vol de corbeaux :

«C'est le modus operandi de Jenova : couper ses victimes de tout ce qui risque de freiner sa domination sur elles ou de l'amoindrir. L'affection d'amis, d'enfants, de parents, d'amants ou de conjoints est pour elle le pire des dangers. Elle ne souffre pas la concurrence et cherchera toujours à isoler pour mieux asservir. Elle essayera d'exploiter la moindre faille pour prendre le contrôle, la moindre colère, le moindre doute, la moindre peur… Elle se présentera comme la solution à tous les problèmes avec des promesses d'avenir qui ne sont que mensonge. C'est son pouvoir. Concentré jusqu'au cœur même de ses cellules…»

Il regarda Shalua et Merill allonger Yazoo et poser par sécurité deux électrodes de surveillance sur sa poitrine mais ne put s'empêcher de remarquer l'œillade que lança Reno à son frère, à la fois affectueux et plein de gratitude.

«…Pour elle, l'affection d'amis est le pire des dangers…»

Oui…

Et il avait bien failli tuer celui qui, désormais, devait la vie à son frère et serait sans doute prêt à risquer volontiers la sienne à son tour en cas de besoin. Si les alarmes de Sephiroth ne s'étaient pas déclenchées par hasard à ce moment-là, Kadaj aurait privé Yazoo de l'un de ses plus efficaces boucliers contre Jenova.

Mais cela avait-il vraiment été un hasard ?

Kadaj posa la main sur la cuve de Sephiroth, où celui-ci flottait, magnifique dans sa nudité, et sourit, la douce voix d'Aerith tintant encore à ses oreilles.

«Tant qu'il nous restera une cellule de conscience, Lucrecia, Sephiroth et moi serons toujours près de vous. Toujours… Ne l'oubliez jamais. Quoi qu'il arrive et quoi qu'on vous dise.»

Kadaj pivota vers la vitre sans tain du bureau de Shalua. Il fit signe à Cait 9, qui assistait sagement aux opérations de là depuis qu'ils s'étaient tous mis au travail sur Reno.

La porte s'ouvrit aussitôt et le chat vint en trottinant vers lui.

— Va dire discrètement à Vincent que je dois lui parler de toute urgence dès que j'aurais fini de programmer ce contrôleur. Surtout, que personne ne t'entende. Fais vite !

Le robot acquiesça gravement et fila.

Dans le couloir, il vit Loz et Tifa, dans les bras l'un de l'autre, et se serait bien permis un petit alexandrin romantique si son maître ne lui avait demandé de se dépêcher.

Il grimpa donc les marches quatre à quatre sans prêter attention au regard trouble de l'incarné qui scintillait d'une inquiétante lueur mako par-dessus l'épaule de la jeune femme.

«Elle se sert de toi, Loz, comme toutes les autres, là-bas, au laboratoire…», persiflait une petite voix dans sa tête. «Ce que tu éprouves pour elle n'est que du désir. Rien de plus. Colle-la contre le mur, écarte-lui les cuisses et prends-là. De force, si c'est nécessaire ! Une fois que tu l'auras possédée, elle cessera de hanter chacune de tes pensées… Tu seras à nouveau en paix, Loz. En paix… As-tu oublié qu'elle a essayé de te tuer, il y a deux ans, Loz ? Crois-tu qu'elle aurait hésité un instant à te rompre le cou, si elle l'avait pu ? Prends ce que tu veux et débarrasse-toi d'elle ! Fais-le, Loz !»

— Loz ? murmura Tifa. Loz, ça va ? Qu'est-ce que tu as ? Je sens bien que tu es à nouveau anxieux.

Elle leva le visage vers lui et frémit en voyant la grimace agressive qui étirait ses lèvres…

...à suivre

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