« MERDE DE BEORN SUR UN BÂTON A RONGER ! »

Farbauti avala de travers et manqua s'étrangler. Celle-là, il faudrait qu'elle la retienne. Crachotant de manière assez pitoyable, elle loucha dans la direction générale du Mimir, occupé à fusiller du regard sa boule de cristal. Spectacle qui aurait dû lui être habituel.

Sauf qu'elle flairait quelque chose de plus subtil dans la colère de l'enchanteur décrépit. Quelque chose lui rappelant la saison des tempêtes, ou plutôt les quelques jours qui la précédaient. Quelque chose qui lui donnait envie de décamper pour s'enterrer dans la grotte la plus profonde qu'elle puisse trouver.

Ses angoisses furent confirmées quand le vieux croûton se dressa – elle aurait juré avoir entendu des grincements alors qu'il dépliait ses articulations rouillées – pour quitter la pièce à grandes enjambées. Enfin, grandes pour un vieillard traînant la patte.


A compter de maintenant, j'écouterais mes supérieurs lorsqu'ils déclarent que les choses vont trop bien pour ne pas mal tourner, réussit à penser Laufey au travers de la brume lui envahissant la cervelle.

Une embuscade. Tombant sur l'escouade alors que celle-ci venait de baisser la garde, après des jours et des jours sans voir rien ni personne de dangereux. Simple et efficace, magnifique à la façon d'un prédateur se jetant sur sa proie, c'est-à-dire aussi digne de répugnance que d'admiration.

L'attaque s'était déroulée trop vite pour discerner nettement les agresseurs, mais tous avaient été de la taille moyenne pour des jötnar, sans aucune silhouette diminutive parmi eux. Cependant, Laufey aurait parié sa tête que les ividjur étaient derrière cette histoire, le plan était tout bonnement trop parfait.

En attendant, il se trouvait bien enfoncé dans la fiente : le prince héritier constituait un otage de choix, après tout. Quiconque le tenait avait barre sur la Reine : celle-ci avait beau être prête à le sacrifier sans remords – il ne se faisait aucune illusion là-dessus – sa réputation plongerait si jamais elle joignait les actes aux paroles et le laissait mourir sans lever le petit doigt.

Une seule chose à faire, donc : se sauver, le plus tôt possible de préférence. Dès que sa tête arrêterait de sonner comme un gong.