Comme toutes les matinées suivant une pleine lune, Minerva se réveilla à l'aube. Même si elle était pressée, maintenant qu'elle était directrice, elle ne pouvait décemment sortir à moitié vêtue. Un coup de baguette et elle était prête. Elle descendit l'escalier en colimaçon et fila dans les couloirs déserts. Le château-même semblait dormir encore.

Le soleil commençait à peine à embraser l'horizon lorsqu'elle atteignit le portail. Dès qu'elle l'eut traversé, elle disparut. Poudlard retrouva, en une seconde, sa quiétude et son immobilité. Au loin Ariana avait vu toute la scène, elle se demanda un instant si elle ne ferait pas mieux d'aller réveiller Rufus, mais finalement décida de laisser les choses se faire.

Minerva réapparut à l'intérieur d'une maison devant des escaliers menant visiblement à une cave. La porte était habituellement fermée. Étrange. Quand elle descendit, la directrice trouva bien plus surprenant. Le sous-sol, qui abritait une grande cellule aux barreaux épais, était vide. La cage n'était pas verrouillée et les clefs étaient dans la serrure.

Si Regina s'était échappée, la maison serait en charpie et elle aurait déjà entendu parler du drame. Ce n'était pas ça. Quelqu'un d'extérieur l'avait donc fait sortir. Une seule autre personne était au courant pour le secret de Regina. Minerva se demanda soudain si son rêve de loups hurlant à la lune ne lui avait pas été réellement soufflé à l'oreille.

Elle remonta alors les marches quatre à quatre et dès qu'elle fut dans le salon, transplana. En si peu de temps, le jour était levé. Ariana l'attendait pour lui ouvrir le portail, sans cela elle aurait dû appeler un elfe de maison. Depuis la Bataille, on ne rentrait plus à Poudlard comme dans un moulin. Minerva ne savait pas comment Ariana faisait mais étant donné sa lignée, elle ne se posait pas trop de questions.

Ariana non plus d'ailleurs. Elle n'avait jamais demandé la moindre explication à la directrice pour ses sorties matinales. Depuis la toute première fois, un simple bonjour était de mise, parfois quelques banalités mais guère plus. Minerva ne savait pas si son employée n'était simplement pas curieuse ou que par une clairvoyance toute Dumbledore elle avait déjà tout compris.

Ce matin-là, Minerva la salua rapidement avant de prendre, à grands pas, la direction du château. Il n'aurait pas osé tout de même. Sur le chemin des cachots, elle croisa plusieurs elfes, ce qui n'avait rien de surprenant. Il en eut été différemment à l'époque de Severus Rogue.

Minerva n'entrait généralement pas chez les gens sans s'annoncer. Même avec les portes constamment ouvertes de Rufus, elle frappait. Ce matin son inquiétude était trop grande à l'égard du jeune professeur comme de son amie.

Elle entra dans les appartements après avoir frôlé la porte du poing et se fit presque mordre par Nostro. Les babines retroussées et les poils dressés, il ne semblait pas ravi de son intrusion. Minerva vit rapidement que, plus que le salon, c'était Rufus qu'il protégeait. En effet, pour une raison obscure ce dernier ne dormait pas dans la chambre mais par terre devant la cheminée.

Il portait encore ses vêtements de la veille mais ces derniers étaient déchirés et maculés de terre. Mais Minerva ne pouvait pas complètement juger des dégâts subi par la tenue car elle était partiellement cachée par un corps nu allongé sur Rufus. Lui aussi était souillé de terre mais aussi de sang. Minerva reconnut Regina au premier coup d'œil.

- Mais qu'est-ce qui se passe ici ?!

Rufus tressauta à ce cri et ouvrit un œil. Il ne fut pas plus ému que cela en voyant la directrice. Il leva simplement une main pour secouer Regina et la réveiller aussi. Cette dernière fut résistante et tenta de se rouler en boule mais comme elle n'était pas sur un lit normal …

- Aïe !

- Pardon Rufus …

- Y a ta pote qui est là, lui dit-il en refermant les yeux.

- On s'était mis d'accord que quand on était à Poudlard, c'était plus ma pote mais ta patronne, alors tu t'en occupes, répondit-elle les paupières toujours closes.

- Oui mais là je suis sûr qu'elle est venue à cause de ta lycanthropie.

- C'est toi qui m'a fait sortir.

- C'est toi qui a eu l'idée de la potion.

- C'est toi qui a fait la potion.

- C'est toi qui a proposé de faire le test en extérieur.

- Oui mais si tu n'avais …

- Vous arrêtez ça tout de suite ! Bande d'écervelés ! Levez-vous immédiatement.

Rufus et Regina arrêtèrent instantanément de se chamailler. La voix si autoritaire de Minerva les avait glacé dans leur jeu. Elle ne plaisantait pas du tout.


- Expliquez-moi tout.

La directrice avait pris grand soin d'accentuer le dernier mot. Elle avait déjà dû jeter sur Regina une couverture qu'elle avait prise pliée sur le canapé, pour ne pas la laisser nue au milieu de la pièce. Rufus avait été bien plus précautionneux qu'elle à se lever ce qui confirmait que ses vêtements n'avaient pas été les seuls à être violentés. Elle aurait voulu passer au sermon tout de suite mais en tant que représentante d'ordre et de sagesse, elle se devait de les écouter d'abord.

- Nous n'avons rien fait de dangereux.

- Excuse-moi Regina, c'est encore à moi d'en juger. Alors ?

- On a testé une nouvelle potion mais tout était sous contrôle.

- C'est pour ça que tu n'arrives pas à te redresser sans grimacer de couleur ?

- Ça c'était un accident, se défendit Rufus.

- Et si le côté « accidentel » avait porté sur l'efficacité de ton nouveau produit ? Qu'auriez-vous fait ?

- Je ne l'aurais jamais sorti si je n'étais pas sûr. De plus … nous pensions qu'il serait plus adapté de la tester en forêt.

Minerva visualisa, dans son esprit, un endroit chaleureux pour rester calme. Une tasse de thé chaud devant un âtre et un chat ronronnant. Elle se serait bien trop volontiers changé en tigresse pour les corriger. Combien de fois avait-elle déjà eu cette conversation avec eux ? Quels mots pourraient-elle employer pour qu'ils comprennent enfin ?

- Nous avions un accord. J'autorisais tes recherches sur la lycanthropie à une seule condition.

- Quelles se limitent à des loups-garous consentant et pleinement conscients des risques qu'ils prennent ?

- Non. Ça s'était ta condition. Ma condition, pour laquelle vous avez tous les deux donnés votre parole, c'était de ne jamais mettre les autres en péril.

- C'était le cas hier soir.

- Tu peux m'expliquer quelle genre de potion rend la présence d'un loup-garou, dans la forêt un soir de pleine lune, sécurisée. Et si un élèves s'était trouvé là ?

- J'avais vérifié le bois et laissé entendre à Kwëlane que les centaures pouvaient être sur leur garde.

- Je ne suis pas étonnée qu'Ariana t'ait présenté sa grande amie, en revanche je suis surprise que Kwëlane ait assez confiance pour ne pas venir me parler d'un tel message.

- Minerva ! Ce qu'il a fait hier soir était totalement incroyable. J'étais changée en loup mais j'étais libre. Je ne me rappelais pas vraiment d'être une humaine mais je ne l'ai pas attaqué car je me suis souvenue que Rufus et moi étions amis ! On a couru dans la forêt toute la nuit. C'était la première fois de me vie que je percevais, dans la lycanthropie, autre chose qu'une malédiction.

Le regard de Regina était si intense d'émotions que l'attention de Minerva était quasiment monopolisée. Elle percevait simplement Rufus qui avait pris un parchemin et une plume pour tout noter. Que pouvait-elle répondre à cela ? Ils avaient été complètement inconscients de faire ce qu'il avait fait, mais finalement personne n'avait été blessé.

Elle aurait voulu rester énervé mais c'était bien difficile alors que le jeune professeur venait peut-être une fois encore de révolutionner les traitements de la lycanthropie. Minerva se demanda si la relation entre Regina et Rufus était ce qui avait permis au génie de ce dernier de s'exprimer sur le sujet ou si l'esprit brillant de Rufus aurait résolu ces problèmes même sans l'aide d'un loup-garou.

- Dis-moi Regina, c'est quoi ce sang ?

La directrice fut presque surprise que Rufus amène lui-même sur le devant de la scène cette chose qui, pourtant, le condamnait. Elle-même aurait attendu de pouvoir interroger Regina seule pour poser cette question.

- Après ma transformation, j'étais morte de faim et la forêt grouille de lapins. Je suis partie chasser.

Aux yeux de Minerva, elle n'avait presque rien dit, pourtant le jeune homme prenait frénétiquement des notes. Il se mit alors à poser des questions aussi incongrues que précises. Alors que Rufus paraissait satisfait de la moindre réponse, à en juger par son hochement de tête quasi-constant, Minerva, elle, avait l'impression d'être imbécile. Elle saisissait le sens de leur échange mais ne comprenait absolument pas la cohérence de tout cela, alors que les deux autres passaient d'un sujet à l'autre comme s'il était évident.

Quelques minutes suffirent pour qu'elle arrête de les écouter sans même s'en rendre compte. Son attention était toujours sur eux mais ne s'arrêtait plus sur la signification de leur échange. Elle les observait. Rufus écoutait parler son amie comme si rien d'autre n'avait d'importance. Tout son corps était tourné vers elle et même vêtu de haillons, il dégageait un charisme attentif, celui-là même qui donnait l'impression que quoi qu'il se passe, l'interlocuteur resterait pendu aux lèvres de son vis-à-vis.

Regina tenait sa couverture d'une main tandis que l'autre faisait des moulinets dans l'air pour accompagner et illustrer ses dires. Elle aussi n'avait d'yeux que pour Rufus. Malgré sa lycanthropie, elle était toujours restée quelqu'un de joyeux et de très expressif. Minerva lisait dans son sourire et dans le ton de sa voix, son affection pour le jeune maître de potions. Leur amitié s'était développée bien plus loin que la simple reconnaissance du début. Malgré les dangers qu'ils avaient fait courir à toute l'école, Minerva sentait sa colère fondre comme neige au soleil.


J'espère que ce chapitre vous a plus. Je vais en poster un autre dans la foulée car pour les deux prochaines semaines je ne pourrais pas le faire. Je poste donc deux chapitres aujourd'hui et deux chapitres à mon retour. Désolé de ce désagrément qui ne devrait cependant être que mineur puisque je compense l'avancement et que je ne me figure pas que cette histoire soit essentielle pour que vous passiez une bonne semaine.