Merci à Emichlo, Aliette, Lunastrelle, Young-girl06 et Anonymouss pour leurs reviews. Et merci à Nienna1996 d'avoir mis ma fic dans sa liste de favoris !

Bonne lecture !

DISCLAIMER : Aucun personnage ne m'appartient, tout est à J. R. R. Tolkien, sauf Gwen, Lionel et cie.


Chapitre 28 :

Non, pas toi…

« Bon, écoute, frangine, j'avoue que j'ai du mal à te croire, sur ce coup-là. Mais alors, franchement du mal à te croire. T'aurais vécu dans ce monde il y a des siècles, à l'époque des Numénoréens ? ! »

Assis sur le lit de Gwen, cette dernière avait raconté pendant plus d'une heure son entretien avec Andúniel ainsi que les souvenirs qui devenaient de plus en plus clairs dans son esprit à mesure que le temps passait.

« C'est la vérité, Lionel ! Il faut que tu me croies ! Ce sont les souvenirs d'une vie antérieure, je te jure ! »

« C'est on ne peut plus vrai ! » appuya la voix de Toïn.

Lionel leva les yeux au ciel.

« Oh, toi, papy, fiche-nous la paix ! C'est entre ma sœur et moi ! »

« Ah, les jeunes ! » soupira le fantôme, avant de disparaître.

« Tout ça, c'est trop, pour moi… File dîner, moi, j'ai à faire », dit Lionel.

Gwen écarquilla les yeux. Lionel renonçait au dîner ? ! Elle n'eut pas le temps de le rappeler, il venait de sortir de la chambre.

Agacée, la jeune fille poussa un soupir et se laissa tomber sur son lit. Ces émotions l'avaient épuisée, mais en même temps, elle était assaillie par d'autres sentiments plus complexes.

Elle était heureuse d'avoir enfin retrouvé son don. Mais à présent, elle devait assumer des souvenirs vieux de plusieurs siècles. Et avec eux revenait la peur de cette époque, la peur que lui avait alors inspiré le mal.

Lorsqu'elle n'était encore que Gwen, elle avait ressenti une sorte de détachement par rapport aux dangers de ce monde. Mais à présent, tout lui semblait plus réel. Elle aurait aimé pouvoir en parler à quelqu'un. Mais Lionel ne pouvait pas l'aider, cette fois. Alors à qui pouvait-elle en parler ?

Aragorn. Lui, elle pourrait lui parler. Il était un descendant des Numénoréens, après tout !

Retrouvant l'espoir, elle sortit de sa chambre et se prépara à se rendre dans la salle à manger, quand elle vit quelqu'un dans les jardins, qui s'enfonçait dans la nature. La jeune femme fantôme blonde. Où allait-elle ?

Curieuse, Gwen la suivit. Elle fut surprise de la trouver au fond des bois, dans une clairière où le feuillage des arbres était dense. Il y faisait particulièrement sombre, mais en même temps paisible. Cet endroit dégageait quelque chose de doux et magique. Pourtant, il y régnait aussi une atmosphère triste.

Gwen se figea en voyant qu'au centre de la clairière trônait une statue. Celle de la jeune femme. Une pierre tombale était dressée devant. Elle put lire un nom écrit en elfique dessus : Gilraen.

« Que faites-vous ici ? »

Gwen se retourna. Aragorn se tenait devant elle, l'air surpris. Elle vit qu'il tenait un bouquet de fleurs dans ses mains.

« Je… Je ne sais pas… »

Elle se tourna vers le fantôme de la femme, qui se tenait en retrait, l'air triste. Quelque chose frappa brusquement Gwen : les yeux. Ils étaient comme ceux d'Aragorn !

« Vous… C'est… C'était votre mère ? » dit Gwen, en montrant la statue d'un signe de tête.

Acquiesçant, Aragorn contourna la jeune fille et déposa délicatement les fleurs devant la pierre tombale.

Gwen recula, préférant lui laisser un peu d'intimité. Enfin, le rôdeur se redressa et se tourna vers elle.

« Le seigneur Elrond, Arwen et Legolas s'inquiétaient de votre absence, ainsi que celle de votre frère. Le dîner a commencé sans vous. »

« Je sais, désolée. Mais j'avais besoin d'être seule. Et mon frère aussi. »

« Vous vous êtes encore disputés ? » demanda Aragorn en l'entraînant à travers un sentier.

« Pas vraiment, ce coup-là. Dites, Aragorn… quel effet ça vous fait ? »

« Quoi donc ? »

« D'être l'un des derniers descendants de Numenor ? »

« Je n'y pense pas trop. Parfois, le secret me pèse. Mais c'est le prix à payer pour vivre. »

Gwen perçut un sanglot dans son dos. Se retournant brièvement, elle put voir que Gilraen pleurait.

« Je suis désolée », dit-elle, dans un sanglot.

« Qu'y a-t-il ? » demanda Aragorn.

« Rien, mentit Gwen. J'avais cru entendre Lionel nous espionner. »

« Bon… Vous feriez mieux d'aller vous coucher. Demain, quelqu'un viendra spécialement pour vous et votre frère. »

« Ah bon ? Qui ça ? »

« Filez vous coucher, jeune indiscrète », répliqua Aragorn, avec un sourire malicieux.

L'air faussement outré, Gwen lui lança un coup de poing à l'épaule puis prit le chemin de sa chambre. Mais une fois seule dans le couloir, elle ne put réprimer un soupir de déception. Elle n'avait pas réussi à en parler à Aragorn. Pourtant, ses paroles lui revinrent à l'esprit.

« Je n'y pense pas trop. Parfois, le secret me pèse. Mais c'est le prix à payer pour vivre. »

Peut-être valait-il mieux ne pas lui en parler. Après tout, elle avait failli en mourir alors qu'au départ, aucun être vivant n'était au courant. Les fantômes représentaient déjà une assez grande menace à eux seuls. Inutile de rallonger la liste.

Oui, mais son frère le savait, maintenant. Bah, qu'importe. Il n'en parlerait à personne sans son accord, elle le savait.

Rassurée, elle se rendormit.

Le lendemain matin, elle se réveilla en sursaut. Lionel se tenait assis à son chevet.

« Ah, tu m'as fait peur ! Tu es bien matinal, dis-moi ? » dit la jeune fille en s'étirant.

Lionel lui répondit par un sourire crispé.

« Frangine… Aujourd'hui, je préfère que tu te débrouilles sans moi. »

« Quoi ? Pourquoi ? Tu vas faire quoi, tout seul ? »

« Des trucs privés. Cherche pas, pour le moment, je t'expliquerai en temps utile. Mais juste, préviens tout le monde si on me cherche qu'ils n'ont pas à s'inquiéter, d'accord ? »

« De quoi tu parles ? »

Lionel haussa des épaules, puis prit le chemin du balcon. Il l'enjamba et sauta dans l'arbre qui se trouvait devant. Il le descendit habilement puis s'enfonça dans les bois.

Gwen secoua la tête. Il ne pouvait pas sortir par la porte, comme tout le monde ? Il n'avait même pas pris la peine de changer de vêtements, il portait toujours ceux d'hier !

Une fois propre et habillée, Gwen sortit de sa chambre et trouva Aragorn dans la cour, occupé à discuter avec Legolas. Ce dernier s'approcha d'elle avec l'air mécontent.

« Où étiez-vous, hier ? Tout le monde était inquiet ! »

« Désolée, j'ai eu des problèmes avec des fantômes. Mais j'ai une bonne nouvelle : j'ai retrouvé mon don. »

« Ah ? Vraiment ? » dit une voix dans son dos.

Gwen se retourna, et vit Elrond devant elle, accompagné d'Arwen.

« Je suis heureux de l'apprendre, Fëawen », dit Arwen, avec un sourire amusé devant la surprise de la jeune fille.

« Merci. Désolée pour hier. »

« Ce n'est rien, dit l'elfe. Bon, je vous laisse. »

Tandis que la jeune femme s'éloignait, Elrond prit la parole : « Fëawen, quelqu'un est arrivé à Fondcombe et souhaiterait vous rencontrer. Il a eu vent de votre histoire ainsi que celle de votre frère en Lorien. Voudriez-vous me retrouver dans mon bureau, tous les deux ? »

« Je veux bien, mais j'ai peur que Lionel ne puisse venir aujourd'hui. Il m'a chargé de vous dire qu'il avait autre chose à faire et que personne ne devait essayer de le retrouver. »

« Vraiment ? Et qu'a-t-il à faire ? »

« Je n'en sais vraiment rien. »

« Ce n'est pas grave, je vais le chercher. S'il le faut, je demanderai de l'aide aux jumeaux », dit Aragorn.

« Je vais vous aider », dit Legolas.

Tous deux s'engagèrent dans l'entrée des appartements réservés aux invités.

Gwen suivit Elrond jusqu'à son bureau. Lorsqu'ils eurent franchi l'entrée, ils purent voir qu'un vieil homme les attendait. Vêtu d'une vieille robe grise, il se tenait appuyé sur un bâton. Il avait une longue barbe et une chevelure grise. Mais ses yeux pétillaient de malice, Gwen sentait qu'il devait facilement percer les gens à jour.

« Pardon de vous avoir fait attendre, Gandalf. Voici Fëawen. Fëawen, je vous présente Gandalf, ou Mithrandir, l'un des cinq Istari de la Terre du Milieu. »

« Ravi de vous rencontrer, jeune demoiselle. Les seigneurs de la Lorien et leur capitaine m'ont dit beaucoup de bien de vous et de votre frère. Où est-il, d'ailleurs ? »

« Je ne sais pas, dit Fëawen. On le cherche. »

Gandalf haussa un sourcil, puis n'insista pas. Gwen hésita, puis prit un siège à ses côtés, devant le bureau derrière lequel s'assit Elrond.

« J'ai appris que peu après votre arrivée à Fondcombe, vous aviez perdu votre don », dit le magicien.

« Oui… Mais je l'ai récupéré très récemment. »

« Oh, et comment ? »

« Je… Je ne sais pas trop… C'est assez compliqué… En gros, c'est psychologique », dit la jeune fille avec un sourire qui, elle en était sûre, devait ressembler à une grimace.

« Mmmm… Et votre frère a ce don, lui aussi, n'est-ce pas ? »

« Oui. Mais il ne peut que les entendre, lui. »

« Et comment se fait-il que vous ayez ce don de communiquer avec les esprits, tous les deux ? Aragorn m'a dit que vous affirmiez avec certitude ne pas venir de Numenor. Galadriel elle-même l'a démenti, mais elle n'a pas voulu m'en dire plus. »

Gwen hocha la tête. Ce détail concernant Galadriel ne l'étonnait qu'à moitié.

« Je ne sais pas, Gandalf. Tout ce que je peux dire, c'est que notre mère, à moi et Lionel, avait ce don. Et elle est morte quand j'étais bébé. »

« Pardonnez-moi de poser une question aussi indiscrète, mais vous n'avez pas pu la… revoir, plus tard ? »

« Sous sa forme de fantôme ? Si. De très rares fois. En général, elle ne se manifestait que l'espace de quelques secondes, quand l'un de nous avait de gros problèmes. Mais elle disparaissait l'instant d'après. »

« Je vois… » dit Gandalf, sans lâcher la jeune fille des yeux.

« Merci, Fëawen. Ce sera tout. J'espère que nous vous reverrons avec votre frère ce soir au dîner », dit Elrond.

Soulagée d'échapper à cet interrogatoire, Gwen se leva et quitta prestement le bureau.

Une fois dehors, elle se dirigea vers les jardins. Elle trouva Elrohir en train de chercher avec Legolas.

« Alors, vous l'avez trouvé ? » dit-elle en courant vers eux.

« Non, et c'est très étrange. Il y a des traces datant d'hier soir qui laissent à penser qu'il est parti dans les bois et n'est pas revenu », dit Legolas.

Gwen fronça des sourcils.

« Hier soir ? Pas possible, je l'ai vu ce matin même sauter de la fenêtre de ma chambre et escalader l'arbre avant de partir dans les bois ! »

Les deux elfes la regardèrent avec les sourcils froncés.

« Vous voulez bien nous conduire jusqu'à cet arbre, Fëawen ? » demanda Elrohir.

Gwen les mena jusqu'à l'endroit dont elle avait parlé. Les elfes examinèrent le tronc puis le sol alentour.

« Il n'y a aucune trace. Rien ne laissant imaginer qu'il ait escaladé cet arbre », dit Legolas.

« Il a peut-être effacé ses traces ? » dit Gwen, intriguée.

« Si c'est le cas, il a une formation de rôdeur plus approfondie que la mienne, après tous ces siècles de pratique ! » dit Elrohir avec ironie.

Gwen serra les poings.

« Je n'ai pas menti, enfin ! Je l'ai vu ! »

« Du calme ! Je n'ai pas dit que vous mentiez. Mais reconnaissez que c'est curieux. »

La jeune fille fit la moue. Elle commençait à s'inquiéter. Pourquoi son frère jouait-il à cache-cache comme ça, bon sang ?

Prenant congé des deux elfes, elle alla dans la chambre de son frère. Son lit était intact, ses affaires n'avaient pas bougé.

Énervée, elle sortit de la chambre et eut un sursaut. Lionel se tenait devant elle, l'air grave.

« Oh, tu es là ! Bon sang, je ne t'ai même pas entendu arriver. Où t'étais ? Tout le monde te cherche ! »

« Ils ne me trouveront jamais, laisse tomber », dit son frère de but en blanc.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

Elle vit soudain Arwen apparaître dans le couloir et regarder la jeune fille avec l'air interrogatif.

« Fëawen ? C'est à moi que vous parliez ? »

« Hein ? Non, à mon frère, pourquoi ? »

Arwen fronça des sourcils.

« Votre frère ? Vous l'avez trouvé ? Où est-il ? »

Gwen regarda l'elfe en se demandant si elle ne se payait pas sa tête. Lionel regarda sa sœur avec tristesse.

« Je suis désolé, Gwen. Vraiment. J'espérais que tu ne le découvrirais pas avant demain soir au plus tard, mais… Gil-Galad a jugé que c'était mieux que je revienne tout de suite t'expliquer. »

« M'expliquer quoi ? Bon sang, Lionel, c'est quoi ce cirque ? »

« Fëawen… Quelque chose ne va pas ? » demanda Arwen, l'air perdu.

Gwen regarda Lionel reculer jusque près de l'elfe, puis tendre la main vers cette dernière. Ses doigts traversèrent l'épaule d'Arwen.

Gwen sentit soudain son sang se glacer dans ses veines. Ces vêtements qu'il portait, c'était toujours ceux d'hier soir. Et le fait qu'il ait sauté par la fenêtre, pour ne pas lui révéler la vérité en traversant la porte de sa chambre.

« Non… Pas toi… ! » dit la jeune fille, réalisant soudain ce que son frère venait de lui révéler.

Lionel baissa tristement les yeux.

« Gwen, je suis désolé. Le Passeur m'a coincé dans les bois. J'étais trop loin de la cité pour qu'on m'aide. »

« Non… NON ! » dit Gwen en reculant, l'air horrifié.

Elle se plaqua dos contre le mur, puis se laissa tomber au sol. Inquiète, Arwen s'approcha, puis se retourna et cria quelque chose en elfique.

Elrond et Gandalf apparurent bientôt et trouvèrent la jeune humaine en pleurs et se débattant dans les bras d'Arwen, cette dernière essayant apparemment de la calmer.

L'air profondément navré, le fantôme de Lionel disparut du couloir.