Les Maîtres des Dimensions

Résumé général : Alors que Harry déprime après la mort de Dumbledore, il rencontre Némésis, une étrange femme qui lui propose une mission : se rendre dans un monde parallèle afin de créer un autre futur. Il part donc en 1976, dernière année de ses parents à Poudlard, sous le nom de Terry Star, accompagné d'Hélios son phénix mais également de Drago, qui a été renié par son père, portant le pseudonyme de Sylciu Celford. Ils se présentent comme des cousins venus d'Amérique.

Chapitre précédant : Alors que les sorciers sont punis pour leur escapade parisienne, le plan de Bellatrix pour prendre du galon au sein des Mangemorts avance à grand pas. En effet, elle parvient à s'infiltrer dans le bureau d'un auror et à obtenir les informations qu'elle désirait avant de mettre le feu aux locaux des chasseurs de mages noirs.
Sirius, de son coté, s'arrange pour que Drago sorte avec une moldue pour qui le blond semble avoir un faible…

Chapitre 27 : Fiasco

Narcissa soupira, accoudée sur le balcon, laissant le vent froid mordre sa peau. Elle risquait fort d'attraper un rhume.

Elle repensait à ce qui s'était passé ce soir-là avec Yann. À vrai dire, elle ne savait pas vraiment ce qui lui était passé par la tête. Elle ne pensait pas être amoureuse du français. Certes, elle le trouvait charmant et attendrissant. Mais ça n'avait rien à voir avec…

Elle ricana. Comparer des sentiments qu'elle avait envers une personne de chair et de sang – Yann en l'occurrence – et ceux qu'elle ressentait pour un être onirique était passablement ridicule. N'avait-elle pas de meilleur point de comparaison ?

Il y avait son fiancé, Lucius Malefoy. Lui était hors course, question sentiments. Cependant, il n'était peut-être pas si extérieur à ce qui s'était passé avec le français. Peut-être avait-elle agit de la sorte uniquement pour se prouver qu'elle pouvait le faire. Faire ce dont elle avait envie, sans se soucier des obligations que sa famille lui avait imposées.

Elle ne voulait pas épouser Lucius Malefoy. Elle voulait se marier par amour.

Elle laissa tomber sa tête dans ses mains. Se marier par amour. Depuis quand était-elle devenue aussi fleur bleue ? Pathétique.

Elle avait agit comme une adolescente gâtée, sans se soucier des conséquences ou des émotions des autres.

- Idiote, siffla-t-elle à son intention.

Le soleil commençait à pointer à l'horizon. Une nouvelle journée commençait alors qu'elle était en pleine introspective. Elle en vint à regretter que Lupin ne soit pas là cette fois-ci.

- Je deviens complètement folle ! gémit-elle.

Si elle en venait à espérer la présence du Gryffondor, c'était bien qu'elle touchait le fond…


- Cette affaire aura au moins eut un point positif, objecta Terry, un sourire entendu sur les lèvres se laissant tomber dans une des chaises de la salle de permanence.

James fronça les sourcils.

- Lequel ? s'enquit-il, septique.

Le vert et argent regarda successivement toutes les personnes présentes – tous ses compagnons sorciers.

- De rapprocher Serpentard et Gryffondor, énonça-t-il d'un air appréciateur.

Le Préfet-en-Chef ouvrit la bouche pour répliquer mais le nouveau continua sans lui laisser le temps d'exprimer sa pensée.

- Personnellement, reprit-il, je n'avais jamais compris pourquoi ces deux maisons sont ennemies !

Rogue eut un soupir profondément agacé.

- Je t'ai déjà expliqué que… commença-t-il.

Terry le fit taire d'un geste de la main.

- Oui, oui, je sais. Cette sombre histoire de malentendu entre Salazar Serpentard et Godric Gryffondor… C'est ridicule de se faire la guerre pour une histoire datant que plus d'un millénaire ! Ne me dites pas qu'il n'y a rien de plus.

- Incompatibilité de caractère ! répliquèrent d'une même voix James et Rogue.

Le nouveau serpent eut un air victorieux.

- C'est ce que je vois, observa-t-il, moqueur. Une incompatibilité manifeste !

Le lion et son ennemi de toujours se regardèrent un instant avant de se tourner vers Terry comme un seul homme.

- Tu ne peux pas comprendre ! affirmèrent-ils.

Le jeune homme approuva avec un regard entendu.

- Oh, mais si, c'est transcendant ! s'exclama-t-il à grand renfort de gestes. Vous pourriez peut-être m'expliquer pourquoi vous vous détestez, tous les deux…

- C'est un Mangemort !

- Ils ont failli me tuer !

Les deux répliques avaient, une fois de plus, été lancées en même temps. Terry haussa un sourcil.

- Allons donc ! Je ne crois pas que Severus soit un Mangemort – il n'a pas de marque sur l'avant-bras ­­– et, franchement, concernant cette malheureuse affaire lunaire, je te signale, Severus que James t'a sauvé la vie !

- Comment es-tu au courant ? s'étrangla Rogue.

Le nouveau ricana.

- Tu devrais travailler ton occlumancie, signala-t-il.

Le Mangemort-qui-d'après-Terry-n'en-est-pas-un eut un hoquet et afficha un air horrifié. James fronça les sourcils et il se tourna vers Remus et Sirius qui affichaient aussi un air surpris. Alors Terry était au courant du secret de Lunard ? Mais depuis quand… Il s'était montré assez sibyllin pour que les personnes qui n'étaient pas au fait de la lycanthropie du Gryffondor ne comprennent pas l'allusion, mais les autres pouvaient la saisir sans problèmes !

- Potter ne m'a pas sauvé la vie ! siffla Rogue, agacé. Ils ont failli me tuer et il s'est ravisé de justesse ! C'est tout !

- Ça m'étonnerait, affirma tranquillement l'américain.

- Et c'est ta legilimancie qui te dit ça, médit l'autre Serpentard.

- Non, c'est la magie ancienne !

Tous les regards se tournèrent vers Terry, interrogateurs. Il rit doucement.

- Apparemment vous ne savez pas vraiment ce qu'est la magie ancienne… observa-t-il.

- Bien sûr que si, répliqua méchamment Lestrange en foudroyant son condisciple de regard, c'est une magie obsolète et sans puissance ! Juste bonne pour les Cracmols et les Sangs-de-Bourbes !

James allait se lever lorsque la voix sereine du nouveau coupa son geste.

- Erreur grotesque ! annonça le jeune homme. La magie ancienne est bien plus puissante que toutes les autres formes de magie. La seule différence est qu'elle est, d'une certaine manière, incontrôlable. Elle dépend des sentiments des sorciers et de leurs actions. Ainsi lorsque James a sauvé Severus, un lien s'est formé entre eux. Une dette de vie. C'est très puissant comme magie. Et cela ne pourrait pas exister s'il avait été la cause du danger auquel tu as été soumis, ajouta-t-il en se tournant vers Rogue.

Ce dernier grimaça, horrifié par la nouvelle.

- Je ne veux pas être lié à cet amoureux des Moldus ! s'exclama-t-il.

Terry haussa les épaules avec flegme.

- Ton avis et tes désirs ne sont pas en cause dans cette affaire. La magie ancienne agit d'elle-même et le seul moyen de rompre le lien est de rembourser trois fois la dette.

- TROIS FOIS ? se récria Rogue. Mais c'est de l'arnaque !

- Non, c'est la règle, annonça l'américain, imperturbable. Je crois que ça vient d'une habitude antique…

- Sûrement un truc de chevalier gryffondor, grommela son ami, c'est signé !

- Ils t'emmerdent les Gryffondors, répliqua Sirius du tac-au-tac. Et t'as intérêt à rembourser fissa parce qu'il est hors de question que tu restes lié à James plus longtemps !

- Du calme le cabot, je ne te volerais pas ton petit-copain ! siffla Rogue. Et je te signale que rien de tout ça ne serait arrivé si t'avais pas fait le con ! Il est hors de questions que je rembourse quoi que ce soit ! Je ne suis redevable à personne.

James se désintéressa de la dispute pour se tourner vers Terry. Il regardait les deux belligérants, une ombre de sourire flottant sur ses lèvres.

- Quelles seront les conséquences de ce lien ? demanda-t-il au nouveau.

Celui-ci tourna son regard vert forêt vers le Préfet-en-Chef.

- Elles peuvent être multiples et dépendront des circonstances dans lesquelles vous vous trouvez. La magie incitera probablement Severus à t'aider mais elle ne le forcera pas à le faire. Le libre-arbitre est une notion importante dans ce genre de lien. La magie ne pourra passer outre que dans une condition : si Severus tente de te tuer, le sort ne te touchera pas – peut-être même rebondira-t-il sur Severus mais ce n'est pas sûr, cela dépendra de vos états d'esprit. Par contre, rien ne l'empêchera de te torturer par exemple, le lien n'est pas assez puissant pour cela.

- Bonne nouvelle, signifia Rogue.

Il fut ignoré.

- Y a-t-il un moyen de rendre le lien plus puissant ? s'enquit Lily, apparemment passionnée par le sujet.

Terry approuva de la tête.

- Il ne peut pas s'appliquer à James et Severus mais il en existe un. Lors de l'activation de la magie ancienne, les sentiments doivent être plus forts. J'imagine que lors du sauvetage, le sentiment de James devait être le désir de sauver une vie ou à la limite de protéger un ami – je ne parle pas de toi, Severus, ne fait pas cette tête !

En effet, le Serpentard affichait un air féroce.

- Bref, reprit son condisciple, flegmatique, ce ne sont pas des sentiments assez forts. L'amour est certainement le plus puissant de tous. Par amour, j'attends amour fraternel, parental, filial, entre amants et ainsi de suite, peu importe, du moment qu'il est suffisamment important. À la limite, ce peut même être une amitié mais elle doit être particulièrement forte.

- Et dans le cas d'un lien assez puissant, quelles peuvent être les conséquences ? fit la belle Lily.

- Cela peut aller jusqu'à sauver une personne de l'Avada Kedavra, lâcha Terry.

La stupeur du se lire sur tous les visages puisque le susnommé sourit.

- En théorie, bien entendu, ajouta-t-il.

Le silence s'installa entre les jeunes gens, chacun méditant sur les retombées que pouvaient avoir une telle révélation.

- Si Vous-Savez-Qui l'apprend ce sera un désastre… souffla Remus.

Terry éclata de rire.

- Il ne pourra rien faire ! s'amusa-t-il. Notre ami à l'ego surdimensionné ne connaît pas les sentiments adéquats pour utiliser ce genre de magie… Bref, aucun risque à ce sujet même si certaines personnes lui révèlent certaines choses.

L'accusation était à peine voilée. Lestrange avala difficilement sa salive et ne put soutenir le regard du nouveau.


- Terry ?

Harry se retourna en entendant son nom d'emprunt. Lily s'avançait rapidement vers lui.

- Juste une question concernant la discussion de tout à l'heure sur la magie ancienne, il est possible de l'utiliser sans en avoir conscience c'est bien cela ?

- C'est ça.

- C'est ce qui s'est passé avant l'épidémie, lorsque mon bouclier est entré en résonance avec... heu… le sort de ta mère…

Le voyageur dimensionnel eut un moment de silence. Mieux valait faire attention à ce qu'il allait dire pour ne pas créer de problème…

- C'est certainement quelque chose dans ce genre, concéda-t-il.

- Je ne comprends pas trop.

Le jeune homme pesta mentalement. Il allait falloir qu'il reste le plus près possible de la réalité sans lui dire que cela venait du fait que les boucliers étaient quasiment identiques voire identiques…

- Et bien, c'était le même genre de sentiments qui étaient en jeu pour les deux sortilèges, de plus ils étaient tous deux défensifs. Par conséquent, la magie a jugé que les personnes étaient en quelque sorte magiquement liée à cet instant. C'est pour cela que tu as entendu ma mère.

Hasardeux comme explication. Harry espérait de tout cœur que Lily ne cherche pas trop à fond sur ce sujet. Elle s'agita un peu, inquiétant le Survivant.

- Quand j'utilise ce sort, il y a l'image d'un homme aux cheveux noir tenant un enfant dans les bras qui me vient à l'esprit. Le professeur Williams pense que c'est une représentation allégorique du futur que je voudrais mais… enfin, je ne sais pas, ils me hantent. Est-ce que… Est-ce que tu as une idée de ce que ça peut être ?

- C'est peut-être James, répliqua le faux Serpentard malicieux.

- Je ne plaisante pas ! s'exclama son interlocutrice. J'avais leur image en tête avant de sortir avec James…

Redevenant sérieux, Harry réfléchit un instant. Serait-il possible que…

- Je ne suis pas assez calé dans tout ça pour te répondre Lily, fit-il après un moment, mais ce dont je suis sûr c'est que la magie est pleine de secrets et de surprises. Ces deux personnes sont le fruit de ton imagination ou une vision offerte par la magie ancienne ? Je ne le sais pas. Mais je sais que cette magie est la plus obscure de toutes, qu'elle ne répond qu'à ses propres règles. Alors peut-être que c'est bel et bien James !

La Gryffondor soupira, prenant la dernière phrase pour une boutade, certainement à cause du ton espiègle sur lequel elle avait été dite. Pourtant, son futur fils se demandait franchement si ce n'était pas la réalité… Les voies de la magie étaient décidément impénétrables…


Drago discutait avec sa petite-amie – enfin, tentait de discuter serait plus juste. Il était cependant surpris par la capacité qu'ils avaient de communiquer, mélangeant leurs deux langues maternelles avec des signes. Rien de très juste ou mélodieux, mais sans conteste le moyen le plus efficace qu'ils aient trouvé.

Bref, la discussion allait bon train lorsque le jeune homme sentit soudainement quelque chose en lui s'affoler. Regardant frénétiquement autour de lui, il ne remarqua rien de spécial. À cette heure de coupure, les moldus déambulaient dans la cour de récréation de façon plus ou moins ordonnée. Il n'y avait aucun signe laissant croire que quelque chose était en train de se produire…

« Je deviens parano, » songea-t-il en soupirant intérieurement.

Marina s'adressa à lui. Il n'avait pas écouté ce qu'elle disait, trop perdu dans ses pensées. Son malaise ne se dissipa pas alors qu'il reprenait sa conversation avec sa petite-amie sans vraiment en avoir envie. Des images parfaitement hors propos lui traversèrent l'esprit, mêlant la jolie Marina avec son père et le Seigneur des Ténèbres. Il secoua la tête, tentant de reprendre le contrôle de ses réflexions. Qu'est-ce qui lui prenait de mélanger de telles pensées – complètement contradictoires ! – ?

Ça n'avait pas le moindre sens !

« Je deviens fou ! En plus d'être parano... Attristant. »

Il n'était pas logique de mélanger ce genre de pensées. Elles étaient trop antinomiques. Marina et le mage noir n'avaient rien en commun. Absolument rien. Le mal-être du jeune homme allait en augmentant. Ces pensées et… autre chose.

Qu'avait-il ? Que se passait-il ? Devenait-il réellement fou ? Paranoïaque ? Ou alors le fait d'être heureux – ou si ça n'était pas exactement ça, quelque chose qui y ressemblait furieusement – le ramenait indubitablement à ces expériences qu'il avait tenté de toutes ses forces d'oublier ?

Si, Marina et le Seigneur des Ténèbres avaient un point commun, aussi désagréable que ce fut pour le renié. La française était la preuve vivante que Drago s'était éloigné des dogmes du mage noir et de sa famille. Qu'il avait laissé derrière lui son ancienne vie. Et, contre toute attente, c'était de là que venait son malaise.

« Ai-je le droit ? »

Une conscience dérangeante semblait décidée à le tourmenter, en revenant toujours à cette question désagréable. Avait-il le droit ? La question était légitime : après le mal qu'il avait fait, directement ou indirectement, lui était-il possible de tout laisser derrière lui et de recommencer à zéro ?

- Sylciu ?

La voix de Marina semblait si lointaine. Pourquoi ? La réponse à son interrogation était-elle non, rendant la jeune fille inaccessible ? Pourtant, il ne pouvait pas nier qu'elle lui plaisait et cela semblait réciproque – même s'ils avaient été un peu (beaucoup ?) bousculés par Sirius.

Il y eut une bourrasque de vent glaciale. Elle tira le blond de ses pensées.

- Il y a du soudain froid, s'étonna en anglais Marina en regardant le ciel pourtant dégagé.

Elle avait raison, songea Drago. Certes, c'était l'hiver, mais cette brusque baisse de température n'était pas normale. Le sorcier se souvenait parfaitement d'avoir ressenti ça auparavant. Et ça n'était pas une bonne nouvelle – mais alors pas du tout !

Il se leva d'un bond et attrapa sa petite-amie par la main.

- Vient vite ! s'exclama-t-il.

Sans attendre sa réponse, il s'élança aussi vite que possible vers les bâtiments les plus proches. Marina, surprise, manqua tomber sur le sol mais elle se redressa et sembla tenir le rythme de la course de l'anglais. Celui-ci remarqua que les autres sorciers s'agitaient également : ils avaient vraisemblablement compris la même chose que lui.

Des détraqueurs. Ils surgirent dans le ciel alors que Drago entrait dans un couloir. Les moldus semblèrent se figer, certains se mirent à trembler – de froid ou de peur, le voyageur dimensionnel ne voulait pas savoir. Il vit Remus arriver à coté de lui.

- Que fait-on ? s'enquit le Maraudeur.

- C'est une question pour Terry, estima son condisciple, parce que je ne lance pas de patronus sans baguette !

- Moi non plus ! siffla le susnommé en arrivant en compagnie de Narcissa et d'un moldu. Sans nos baguettes nous sommes complètement à sa merci !

- Et ce sort de magie antique que tu lances sans ta baguette ? intervint Lily – Drago se demanda depuis combien de temps elle et James étaient là. Celui que tu as utilisé au zoo !

- C'est possible, admit Potter, réticent.

- Dis moi que tu as travaillé la visée ! gémit le renié.

- Et quand veux-tu que j'ai fait ça ? répliqua l'Élu.

- Formidable ! Notre dernier espoir risque de tous nous tuer !

- La ferme, Sylciu !

- Je te signale que je risque de mourir dans les minutes qui viennent alors je parlerai si ça me chante !

- Ça suffit tous les deux !

La voix de Lily fit sursauter les deux voyageurs dimensionnels. Elle les regardait sévèrement, les poings sur les hanches, les yeux lançant des éclairs.

- Concentrez-vous, vous vous disputerez plus tard ! ordonna-t-elle sur un ton qui n'admettait pas la réplique.

Drago émit un grognement indistinct alors que Potter soupirait en reportant son attention sur ce qui se passait dehors. Le renié remarqua qu'il grimaçait, portant sa main à son front. Les détraqueurs étaient manifestement trop près.

- Tu vas pouvoir faire quelque chose ? s'enquit l'Anonyme.

Son compagnon de voyage serra les dents et releva un regard déterminé vers les gardiens d'Azkaban. Un frisson parcourut Drago – cette fois ne devant rien à la présence des êtres maléfiques. Cette expression dans les yeux de Potter…

Il était prêt à mourir. Cette certitude frappa le renié de plein fouet. Harry Potter, le Survivant, l'Élu, était prêt à mourir plutôt que de renoncer, que de laisser mourir les gens qui l'entouraient. Une telle résolution dans un regard était… terrifiante.

En observant ce garçon, ayant le même âge que lui, Drago réalisa le fossé qui les séparait. Lui n'était pas prêt à sacrifier sa vie – il voulait vivre. Autrefois il aurait même dit qu'il aurait laissé les autres mourir pour rester vivant. Était-ce toujours le cas ? Le visage souriant de Mary lui apparut furtivement. Non, ça ne l'était plus. Mais il n'était pas pour autant prêt à se lancer dans une bataille perdue d'avance dans l'unique but de permettre à ses condisciples d'avoir une chance. Car c'était ce que Potter allait faire, n'est-ce pas ?

- Je vais essayer, répondit l'Élu. Pendant ce temps, l'un de vous doit partir à la recherche de Williams et de nos baguettes.

- Je m'en occupe, annonça James.

Il n'attendit pas qu'on lui réponde et s'élança dans les couloirs en courant.

- Les autres, mettez le plus de distance entre les détraqueurs et vous ! termina Potter.

- Terry… tenta Narcissa.

- Allez ! ordonna le susnommé, la coupant sans vergogne.

De nombreux sentiments traversèrent Drago sans qu'il puisse mettre un nom dessus lorsqu'il vit la Serpentard – sa future mère, ou du moins le double de celle-ci – suivre le brun du regard avec une mine inquiète. Un air qu'il n'avait jamais vu sur son visage avant, dans leur monde.

Le renié regarda Potter courir vers les détraqueurs sans se retourner. D'où lui venait un tel courage ? Était-ce cela, être à Gryffondor ? Non, ce n'était pas une question de maison. Il y avait autre chose. Quelque chose qui rendait Harry Potter unique.

- Sylciu, nous devons y aller ! s'exclama Lily en lui prenant le poignet.

Était-ce cette chose que le Seigneur des Ténèbres craignait tant ? Et que les membres de l'Ordre du Phénix aimaient tant ? Était-ce pour cela que Némésis avait choisi Potter et personne d'autre pour cette mission ? « J'ai confié cette mission à la personne la plus à même de la remplir, et je voudrais que tu sois son coéquipier, » avait-elle dit. Force était d'admettre que le choix était effectivement le bon – concernant Potter au moins. « Tu es la meilleure personne pour cette tache, » avait-elle répondu lorsqu'il l'avait questionné pour savoir pourquoi elle l'avait choisi. Sans vraiment savoir à quel moment ce désir était apparu, Drago espérait de tout cœur qu'elle ait raison.

- Sylciu !

Apparemment, son immobilisme n'était pas pour plaire à Lily. Elle avait raison cela dit en passant. Il devait faire quelque chose.

Sans avoir réellement conscience de ses actes – presque en observateur extérieur à vrai dire – le renié se vit échapper à la poigne de la rousse et s'élancer vers la cour, suivant le même chemin que Potter quelques secondes plus tôt. Pourquoi faisait-il cela ? Que lui prenait-il ? Jamais, jusqu'alors le blond n'avait ainsi agir sur une impulsion subite. Ça n'avait rien de Serpentard. D'abord il aurait dû réfléchir, peser le pour et le contre, établir un plan d'attaque. Pas se ruer sur un champ de bataille sans sa baguette !! Cherchait-il à faire de la concurrence à Potter tout à coup ?

En parlant de l'Élu, il était aux prises avec une quinzaine (peut-être un peu plus) de détraqueurs qui semblaient particulièrement remontés. Les éclairs du jeune homme ne semblaient pas avoir un effet formidable sur les créatures et il était tristement pale, les traits tirés.

Des voix commençaient à bourdonner dans la tête de Drago, psalmodiant des phrases latines que le blond ne connaissait que trop bien. Il tenta – sans succès – de les chasser de son esprit. Comment Potter supportait-il ça ? C'était… c'était… Le blond ne pouvait pas mettre un nom sur les sentiments et sensations qui le traversaient. Le qualificatif horrible lui semblait bien faible face à ce qu'il ressentait.

Il tomba à genoux sur le sol. Les voix se faisaient de plus en plus fortes. Les souvenirs des douleurs éprouvées sous le joug du Seigneur des Ténèbres revenaient en force. Il ne survivrait jamais à ça…

- Laissez moi ! hurla Drago en désespoir de cause, se tenant la tête dans les mains.

Il sentit une chaleur l'entourer – elle était la bienvenue, les détraqueurs avaient énormément fait baisser la température. Regardant autour de lui, il vit avec stupeur qu'il se trouvait au centre d'un cercle de runes qui semblait plus ou moins repousser les créatures. Certes, il se sentait toujours mal, sa tête était douloureuse et il avait la nausée, mais il n'était plus tétanisé.

- C'est moi qui ai fait ça ? murmura-t-il en frôlant les symboles du bout des doigts.

À sa connaissance, personne d'autre parmi les sorciers présents n'avait étudié la magie runique. Mais ça n'avait pas de sens. Un cercle de protection basé sur ce type de magie demandait des heures de préparation ! Qui avait bien pu mettre ces runes là ?

Un cri tira le blond de ses questions. Potter était tombé à terre et les détraqueurs s'approchaient dangereusement de lui. Il fallait faire quelque chose ! Vite !!

Par réflexe, Drago tendit la main vers l'Élu. Son bracelet émettait une lueur étrange. Il sentait d'étrange picotement au bout de ses doigts, comme si un pouvoir avait voulu s'en échapper. Et ce fut soudainement le cas. Son index se mit à bouger sans qu'il ne le contrôle réellement, par instinct, traçant des symboles dans les airs. Symboles qui contre toute attente apparurent, faits de lumière argentée là où le doigt du voyageur dimensionnel était passé. Retenant son souffle, le jeune homme vit ces lettres de lumières – car il s'agissait de runes, il les avait reconnues – créer un second cercle de protection… autour de Potter !

Ce dernier se tourna vers Drago, lui lançant un regard surpris. Mais le plus stupéfait était certainement le renié. Depuis quand savait-il faire ça ? Ce n'était pas du tout comme ça que fonctionnait la magie runique !! Qu'est-ce que c'était que ce délire ?

En parlant de délire, Potter s'était relevé, et l'Anonyme se demanda s'il avait complètement perdu l'esprit en le voyant sortir du cercle de protection et se mettre à courir. L'Élu avala les quelques mètres qui le séparaient de son coéquipier en une poignée de seconde et s'engouffra dans la protection du blond.

- Impressionnant, fit-il, essoufflé. Merci du coup de main !

- De rien, Potter, marmonna Drago, peu enclin à un épanchement excessif.

- Harry, dit le brun.

Son condisciple se tourna vers lui, dubitatif.

- Je m'appelle Harry, insista le jeune homme avec un sourire moqueur.

Drago n'aurait jamais cru que cette simple phrase – surtout ce qu'elle signifiait à vrai dire – aurait pu autant le toucher. Par Merlin, il devenait sentimental !! Il grogna avant de reprendre la parole.

- Quelle est la suite du plan ? s'enquit-il avec mauvaise humeur.

Potter – Harry ? – eut un rire amusé.

- Parce qu'il y avait un plan ? s'exclama-t-il avec un faux air émerveillé.

Le renié gémit de désespoir – et cette fois, les détraqueurs n'y étaient pour rien.


- Calme toi, James !

Lily avait beau avoir une assez grande autorité du lui, cette fois le jeune homme ne pouvait lui obéir. Il était fou d'inquiétude. D'abord parce qu'il ne savait pas où était Sirius mais surtout à cause des deux américains. Ils s'étaient lancés dans la bataille pour les aider, pour les protéger. James se sentait tellement impuissant.

Il sentit Lily l'étreindre.

- S'il-te-plait, James, fit-elle en posant sa tête sur le torse de son petit-ami.

- Je déteste ça, Lily, murmura-t-il. Je suis inutile… Et Terry et Sylciu…

Il n'osa pas exprimer sa crainte à haute voix.

- Professeur !

La voix de Narcissa fit sursauter le couple. Williams venait d'entrer dans la salle de classe où le petit groupe avait élu refuge, accompagné du reste des sorciers. James bondit en avant.

- Il nous faut nos baguettes, Monsieur ! s'exclama-t-il. Nous devons aller repousser les détraqueurs et aider Terry et Sylciu !

- Star et Celford ? répéta l'enseignant en fronçant les sourcils. Où sont-ils ?

- Dehors ! se récria le Préfet-en-Chef, au bord de l'hystérie. Il faut les aider !

- Calmez-vous, Monsieur Potter, conseilla Williams.

- Que je me calme ? répéta le jeune sorcier, la voix montant dans les aigües. Vous plaisantez ?! Terry et Sylciu sont en danger de mort !

- Avec tout le respect que je vous dois, professeur, intervint Narcissa, Potter n'a pas tort. Si nous ne les aidons pas, Star et Celford risquent de mourir parce qu'ils ont voulu nous protéger… Donnez-nous nos baguettes, s'il-vous-plaît.

James cilla en regardant la cousine de Sirius, incrédule. Avait-elle vraiment dit ça ? Et cette flamme dans son regard. D'où venait-elle ? La jeune Black agissait étrangement depuis un moment… Vraiment étrangement…

Mais ce n'était pas le problème majeur du moment…


Harry regardait Drago du coin de l'œil. Il n'aurait jamais cru que le renié vienne le sauver : car c'était bien ce qu'il avait fait en créant ces bulles de protection. Sans lui…

Le brun préférait ne pas y penser.

- Ô Héphaïstos, forgeron des Dieux,
Offre-moi le pouvoir du feu ! tenta-t-il.

Un mur de flammes apparu autour du cercle de runes de Drago. Le Survivant sentait la magie vibrait autour de lui. Il comprenait maintenant. Tous les sorts de magie antique répondaient au même principe. Réussir à maîtriser l'invocation des éclairs de Zeus – ce qu'il avait fait quelques minutes plus tôt – lui avait permis d'accéder au contrôle de tous les sorts.

Les flammes oscillèrent soudain et Harry sentit son contact avec la magie se rompre, le laissant chancelant et épuisé.

Enfin, peut-être que contrôle était un mot un peu trop pompeux pour le moment… Et il vaudrait certainement mieux qu'il s'en tienne aux éclairs (même si la visée demeurait encore légèrement approximative : il touchait sa cible huit fois sur dix).

- On va mourir, gémit Drago.

- Quel optimisme ! ironisa Harry.

- Réalisme est le terme le plus adéquat, précisa le blond, mordant.

- Vous trouvez vraiment que c'est le moment de se pencher sur des subtilités lexicales, messieurs ? s'enquit une voix féminine.

Ils se retournèrent vivement pour voir leurs condisciples lancer des patronus plus ou moins réussis. Harry vit que James, Remus, Sirius, Severus, Narcissa et Lily étaient là. Certainement devait-il y avoir d'autres sorciers, mais ils demeuraient hors du champ de vision du jeune homme.

- On dirait que tu as retrouvé la magie que tu avais utilisé lors du réveillon, Sylciu, sourit Sirius alors que la Préfète-en-Chef remettait leurs baguettes aux deux garçons.

- On dirait, approuva le susnommé. Valait mieux en même temps, parce que si on fait confiance aux flammèches de Terry, on serait déjà mort.

- Ta foi en moi me transporte de joie, « cousin » ! grinça le brun.

- Mais c'est toujours un plaisir, minauda l'Anonyme.

- J'aimerais savoir comment vous faites, tous les deux, pour vous lancer dans une joute verbale alors que vous êtes entourés par une bande de détraqueurs particulièrement agressive, intervint Lily en lançant un patronus qui, malgré l'absence de forme corporelle, repoussa pas mal de créature.

- Il faut bien oublier les voix qui hurlent dans ma tête, répliqua Drago, sinistre.

La rousse eut un moment d'arrêt.

- Les Mangemorts ! cria soudain une voix – peut-être Marlène.

James lâcha un juron bien sentit.

- Stupefix ! lança-t-il au plus proche.

Un coup d'épée dans l'eau, songea Harry avec effroi. Les serviteurs de Voldemort arrivaient en nombre. Les moldus courraient dans tous les sens, complètement désordonnés. Quatre ou cinq corps d'adolescents jonchaient déjà le sol.

Il sembla au Survivant que le monde devenait brumeux autour de lui. Il entendait des cris, mais ils étaient tellement lointains… Venaient-ils de son esprit ou du champ de bataille ? Impossible de le savoir. Il se sentait flotter hors de son corps. Hors de la réalité. Avait-il reçu un sort ? Probablement, c'était la seule chose pouvant expliquer son état…

Où était passé le lycée ? Il ne s'y trouvait plus. Il était… Où exactement ? Regardant autour de lui, il ne vit que des plaines, arides et desséchées. A perte de vue !

Quoique non. Il y avait autre chose. Harry eut un haut-le-cœur. Des corps. Des centaines et des centaines de corps.

- Merlin, que s'est-il passé ici ?...

L'attention du jeune sorcier fut attirée par une silhouette. Non, pas une. Deux en fait. Il s'agissait d'une personne en soutenant une autre. Il fronça les sourcils. Il lui semblait connaître cette allure… C'était…

- TERRY !

La voix de Narcissa tira le Survivant de sa transe pour le ramener brutalement sur les lieux du combat. Un Mangemort le tenait en joug et il ne semblait pas avoir dans l'idée de lui demander un autographe. C'était bien dommage ! Pour une fois qu'il avait envie d'en donner ! Les gens ne savaient définitivement pas ce qu'ils voulaient…

- Avad… commença l'individu.

- Zeus ! appela par pur réflexe le voyageur dimensionnel.

Un petit éclair blanc jaillit de sa paume et s'écrasa sur la poitrine du Mangemort, le mettant à terre. Le jeune homme cilla. Apparemment cette magie fonctionnait également s'il ne disait pas toute la formule. Parfait.

- Où sont les autres ? s'enquit Harry en se tournant vers la jeune Black.

- Je ne sais pas mais… Aaaaaaaahhhhh !

Le cri de la Serpentard renseigna son camarade sur le sort qu'elle avait reçu de façon plus rapide que n'importe quelle analyse. Il vit le Mangemort coupable être fauché par un sortilège inconnu. Marlène le tenait encore en joug, respirant bruyamment.

- Vous allez bien ? demanda vivement le sorcier.

- Ouais… souffla la nouvelle venue. Black ?...

- Je… ça va. Ça va.

- Ne dit pas de bêtises ! la rabroua Harry. Tu viens de te prendre un doloris et…

Des craquements secs coupèrent le jeune homme dans son argumentation.

- Oh, doux Merlin ! s'exclama la Gryffondor à mi-voix. Les arbres…

- Quoi les ar… fit le voyageur dimensionnel. Courez !!

Il attrapa Narcissa par le bras, la soulevant à moitié – il se demanderait plus tard d'où lui venait cette force soudaine sans jamais arriver à la récupérer – et se mit à courir. Il y eut un bruit sinistre suivit par un fracas monstre.

- Marlène ? Narcissa ?!

- Je suis là ! cria la première.

- Tout va bien, affirma la seconde. Enfin, pour nous…

Les arbres bicentenaires faisant la fierté de Mme Martin venaient de s'écraser lourdement sur le sol. Les jeunes sorciers s'en étaient sortis de justesse mais certains Mangemorts n'avaient pas eu cette chance. Cela n'attrista pas vraiment Harry.

- Comment, par la barbe de Merlin, ces arbres ont-ils pu tomber ? coassa Marlène.

Avant que quiconque n'ait pu lui répondre, un groupe d'encagoulés avait surgi devant eux, les menaçant de leurs baguettes. Le Survivant allait attaquer lorsque Narcissa poussa un petit cri.

- Bella… murmura-t-elle.

Harry fronça les sourcils. Bellatrix ? Il se crispa.

- Cissa, viens ici, ordonna la voix de crécelle de la future Mme Lestrange fit grincer les dents du voyageur dimensionnel.

La jeune fille se tendit brusquement, mais elle ne se leva pas. Son camarade n'avait pas besoin de récupérer son pouvoir d'empathie pour savoir que la plus jeune des filles Black était en plein conflit intérieur.

- Cissa ! siffla sa sœur, menaçante.

- Laissez-la ! réagit immédiatement Marlène.

- Endoloris !

La Gryffondor hurla aussi fort qu'elle le pouvait.

- Expelliarmus ! s'exclama Harry.

La baguette de Bellatrix roula sur le sol. Le brun se sentait en colère. Il était hors de lui. Voir la meurtrière de Sirius – même si elle n'était que son double – le faisait sortir de ses gongs. Il serra les dents. Il aurait tant voulu lui lancer un doloris.

- Terry ! s'écria Narcissa.

Sa sœur se tourna vers lui.

- Terry Star ? fit-elle en s'avançant vers lui. Intéressant.

Elle avait pris violemment la baguette d'un de ses complices. Elle mit le sorcier en joug, un sourire carnassier sur les lèvres.

- Black ! rugit une voix derrière elle.

Son visage se déforma dans une grimace inhumaine. Toujours sur le sol, Narcissa eut un mouvement de recul. Harry aussi sentit une soudaine peur le traverser. La Mangemorte était terrifiante. Elle se tourna vers une femme, vêtue de noir, une faux à la main, qui s'avançait vers eux.

- C'est Terry Star ? demanda-t-elle avec un air supérieur. Il est à moi.

La face de Bellatrix rougit. Elle allait parler quand la nouvelle venue posait un regard glacial sur Harry. Elle était encore plus effrayante que la cousine de Sirius. Elle s'avança, sa faux en avant.

- Toi, je vais te faire souffrir. Grandement. Tu as tué Kevin ! Tu l'as tué !!!!

Ses yeux étaient injectés de sang. Une sueur froide courut dans le dos du Survivant. Cette femme était aussi folle que Voldemort. Pas de doute. Harry en avait la certitude. Torture ? C'était certainement le choix qu'elle avait fait.

Le jeune homme se tendit, s'apprêtant à recevoir un sortilège du doloris. Mais au lieu de cela, c'est la voix de Bellatrix qui retentit.

- Grim Reaper ! Vous ne pouvez pas ! C'est moi qui ai trouvé ce garçon pour le Seigneur des Ténèbres.

La femme inconnue – plus si inconnue que ça, finalement puisqu'il connaissait son nom à présent – tourna les talons et regarda l'autre Mangemorte.

- Silence, femme ! ordonna-t-elle durement. Tu n'as pas autorité pour me donner des ordres ! Je suis une des Âmes Damnées, l'as-tu oublié ?

Le Survivant eut l'impression d'être frappé par la foudre. Une autre Âmes Damnées ! Le souvenir des sortilèges du Seigneur de la Douleur le tétanisait. La dénommée Grim Reaper fit un geste avec son arme.

- Endoloris !

Contre toute attente, Harry n'était pas sa cible. Bellatrix tomba à genoux en hurlant alors qu'une partie du cerveau du Survivant – la seule à ne pas être paralysée par la peur – notait que la faux de l'Âme Damnée devait contenir sa baguette.

Sans attendre de voir l'effet de son sortilège sur la sœur de Narcissa, Grim Reaper s'était tournée vers le brun, un sourire vicieux sur ses lèvres pulpeuses. En d'autres circonstances, le sorcier aurait certainement noté qu'elle était une très belle femme, mais à cet instant sa faux retenait son attention.

- Tu vas payer pour ce que tu as fait à Kevin. Je peux t'affirmer que tu vas amèrement regretter le…

Un éclair vert.

Les yeux de Grim Reaper se révulsèrent, une expression de stupeur se peint sur son beau visage juste avant qu'elle ne bascule en avant. Son corps toucha le sol dans un bruit mat auquel s'ajouta le bruit métallique de la faux.

Un rire fou.

Le cerveau de Harry semblait refuser obstinément toute analyse de la situation. La femme qui le menaçait quelques instants auparavant gisait à présent à ses pieds. Et quelqu'un riait.

- Merlin, aidez moi…

Qui avait parlé ? Narcissa ou Marlène ? Impossible de savoir. Les yeux du jeune homme restaient figés sur le corps de Grim Reaper. Puis il releva lentement le regard vers la personne qui riait. Bellatrix. Un filet de sang coulait de sa bouche – elle ne chercha même pas à l'essuyer. Elle avait des yeux déments, la baguette en avant, une joie sauvage sur le visage.

Elle venait de tuer l'Âme Damnée.

- Mademoiselle Black ! s'exclama un des Mangemorts présents – Harry les avait oubliés, mais il était vrai qu'ils accompagnaient la susnommée.

Il ne dit plus jamais rien. Avec une lenteur mesurée, Bellatrix lança le sortilège de mort sur tous les Mangemorts présents – ceux qui tentèrent de s'enfuir, ceux qui tentèrent de résister et même ceux qui se jetèrent à ses pieds.

- Aucuns témoins, marmonnait-elle convulsivement. Et je serai le nouvel Ange de la Mort du Maître. Il m'aimera autant qu'elle. Elle qui n'était rien ! Et je lui amènerais Terry Star. Il sera heureux. Il m'aimera. Il m'aimera.

- Elle est folle.

Cette fois, Harry reconnut la voix. Narcissa était horrifiée par la femme qu'elle découvrait devant elle. Le Survivant lui-même doutait que la Bellatrix de son monde fût si folle – il n'en aurait cependant pas mis sa main au feu. Il avait retrouvé ses esprits, chassant sa peur et son envie de vengeance.

- Préparez-vous à vous enfuir, souffla-t-il aux filles.

- Je veux bien, répliqua Marlène. Mais ?

Prenant pour la première fois conscience de ce qui l'entourait, Harry réalisa avec effroi que la chute des arbres les avait isolés dans un coin, entre deux bâtiments. Il serra les dents, tentant de trouver une solution aussi vite que possible.

- Tu dois comprendre que je ne peux pas permettre que tu dises la vérité au Maître, Star, minaudait à présent Bellatrix. Alors je lui amènerai juste ton corps. Je lui dirai que tu as tué Grim Reaper. Il me croira. Il m'aimera. Hi-hi

Ce devait être une sorte de rire, se dit le brun en entendant le son étrange qui s'échappait des lèvres de son ennemi.

- Ava

- Expelliarmus !

La fiancée Lestrange fit un vol plané et atterrit dans les branches d'un des arbres couchés au sol. Surpris, Harry se tourna vers Narcissa, qui se tenait debout, les jambes écartées, la baguette en avant. Elle avait réagit plus vite que le Survivant.

- Là ! cria Marlène avant que le jeune homme n'ait pu remercier sa camarade. Les escaliers de secours !

Les trois élèves de Poudlard s'élancèrent et aucun d'eux ne regarda en arrière.


Drago sentait la magie tourbillonner autour de lui avec une force qui lui coupait presque le souffle. Cette étrange magie qu'il utilisait de façon presque instinctive. Et ce n'était pas normal. La magie runique était une magie réfléchie et longue à mettre en œuvre, et donc parfaitement inadaptée aux combats. Cependant, ces défauts étaient contrebalancés par une extrême fiabilité qui rendait cette forme de sorts infiniment précieuse.

Enfin, tout cela pour dire que s'il y avait bien une chose qui n'intervenait jamais dans la magie runique, c'était bien l'instinct. Ni les sentiments, par ailleurs. C'était pour cela que le renié avait décidé de l'étudier. Cette forme de magie parfaitement rationnelle convenait parfaitement à un Serpentard comme lui – car, même s'il était chez les lions pour le moment, il n'en restait pas moins un Serpentard.

Pourtant, il sentait parfaitement que ses sentiments influaient sur les runes qu'il traçait dans les airs – ce qui était déjà une anormalité en soi, puisque les symboles devaient normalement être tracés sur une surface traitée avec de l'encre spécialement conçue. Ça n'avait pas le moindre sens. Drago ne comprenait pas.

Il y eut un hurlement. Le blond vit James s'élancer vers un Mangemort avec un cri de colère. Le serviteur du Seigneur des Ténèbres reçu tant de sort que, quelques instants plus tard, il ne ressemblait plus vraiment à un humain mais plutôt à une de ces créatures dont les mythologies ont le secret.

L'Anonyme ne s'attarda pas à le détailler. Décidé à ne pas laisser ses pensées se disperser en plein milieu d'un combat, il mit de coté son questionnement sur la magie runique et lança quelques sortilèges tout à fait conventionnels. De plus, signala une partie de son esprit, la seule chose importante à savoir à cet instant, c'était que ça fonctionnait… Que demander de plus ?

Trois éclairs de différentes couleurs frôlèrent Drago. Il se retourna vivement pour voir qu'ils avaient touchés leur cible : Londubat. Celui-ci semblait en mauvaise posture.

À peine le voyageur dimensionnel avait-il fait cette observation que le professeur Williams surgit, mettant trois Mangemorts hors course en un sortilège. Les quatre plus proches ne durent pas attendre bien longtemps pour subir le même sort.

Tout en lançant quelques maléfices sur ses propres adversaires, le blond observa son enseignant du coin de l'œil.

Pourquoi agissait-il de façon si méfiante envers le renié ? C'était la question que le jeune homme se posait. À la limite, envers Harry, il pouvait comprendre : il était puissant et avait cette détestable manie de se mêler de tout (il ne pouvait manifestement pas s'en empêcher !). Cependant, Drago n'avait rien fait de ce genre lorsque Williams l'avait pris en grippe – d'ailleurs il n'avait pas fait grand-chose encore aujourd'hui, songea-t-il en lançant un sortilège d'entrave à un Mangemort particulièrement agaçant.

Un corps tomba lourdement très près de l'Anonyme. Il ne se retourna pas pour savoir de qui il s'agissait. Il ne voulait pas savoir.

En tous cas, le comportement du professeur de défense contre les forces du mal envers les deux pseudo-cousins était incompréhensible.

Une douleur aigüe traversa le bras gauche de Drago. Il ferait mieux de s'en tenir à sa résolution précédente et de se concentrer sur le combat plutôt que sur les questions trop nombreuses qui hantaient encore son esprit.

- Stupefix ! Impedimenta ! Incarcerem !

Le blond lançait les sorts sans même prendre la peine de viser. Deux Mangemorts s'écroulèrent. Piètre résultat. Lorsqu'un tombait, quatre le remplaçaient.

- Remus !

Le cri de Sirius fit se retourner Drago. Il grimaça. Lupin semblait vraiment mal en point. Il était couvert de sang – et c'était manifestement le sien. D'après ses blessures, le voyageur dimensionnel était quasiment certain qu'il avait reçu un sortilège de découpe. Lui-même ayant une certaine expérience de cette charmante invention de leur professeur de potion, il plaignait sincèrement le lycanthrope.

Non loin de là, Lily était allongée sur le sol, inconsciente, et James se débattait comme un beau diable pour la protéger – il ne tiendrait pas longtemps, c'était évident. Personne ne tiendrait longtemps. Ils allaient mourir

Drago serra les dents. Non. Ils ne devaient pas mourir. Plus maintenant. Quelques mois plus tôt, le renié avait souhaité mourir. Mais plus maintenant. Maintenant il voulait vivre. Il devait vivre. Parce qu'il avait une mission. Il devait aider Harry.

D'ailleurs, où était-il cet imbécile ?! Harry n'était jamais là lorsqu'on avait besoin de lui !

Minute !!

Depuis quand c'était Harry ?! C'était Potter, enfin !! Irrémédiablement Potter.

- Je deviens fou, murmura-t-il pour lui-même.

Un nouveau sortilège d'une étrange couleur brunâtre – allez savoir ce que c'était ! – le frôla. Ce combat tournait à leur défaveur de plus en plus rapidement. Ils ne tiendraient pas.

Il y eut un cri. Drago ne se retourna même pas. Il ne voulait pas savoir lequel de ses camarades avait été touché cette fois. Il resserra sa prise sur sa baguette. Comment fallait-il faire pour supporter cela ? De voir ses amis tomber et de devoir continuer… Il n'avait pas une âme de héros comme Potter. Il n'était pas capable d'endurer tout cela. Il ne tiendrait pas.

- Les aurors ! Les aurors arrivent !

Le renié n'aurait su dire qui avait crié, ni même si c'était vrai, mais ces quelques mots lui redonnèrent espoir. Peut-être avaient-ils une chance finalement… Il se retourna donc vers l'origine de l'exclamation afin d'en vérifier la véracité. Il sourit lorsqu'il découvrit les chasseurs de mage noir, accompagner par les duellistes, se frayer un passage à travers les Mangemorts à grand renfort de maléfices.

- Avada Kedavra.

Soudain, Drago réalisa son erreur. Il était resté trop longtemps à regarder les aurors arriver alors qu'il se trouvait en plein champ de bataille. Idiot. Il allait mourir sans avoir réussi la mission qu'il s'était confié – la mission de Némésis. Abruti. Il était réellement un bon à rien. Jamais capable de faire ce qu'il devait ! Imbécile !

Il était convaincu que sa dernière seconde était arrivée lorsqu'un bouquet d'éclair jaillit devant lui, fauchant le sort et le Mangemort qui l'avait lancé en un seul coup. Drago se retourna assez inutilement – une seule personne, à sa connaissance, pouvait utiliser ce type de magie.

- Harry… murmura le blond pour lui-même.

L'Élu lui offrit un sourire de loin avant de se lancer dans la bataille. Il était incroyable… En toute honnêteté, l'Anonyme ne savait pas encore s'il devait l'admirer ou le considérer bon pour Ste-Mangouste. C'était à réfléchir…

- Stupefix !

Mais après !


Eoloas marchait dans les décombres du lycée, regardant aurors, duellistes, médicomages et langues de plombs s'affairer autour des survivants.

L'arrivée des forces du ministère avait été décisive et avait provoqué un rapide retournement de situation. Les Mangemorts, jusqu'alors en surnombre face à des moldus et des apprentis sorciers s'étaient rapidement laissé débordés par des professionnels spécialement entrainés à ce genre de situations.

Une silhouette se dessina devant l'enseignant. Il eut un sourire en coin. Il ne connaissait qu'une seule personne s'habillant de façon si excentrique : Albus Dumbledore. Les grands hommes pouvaient se le permettre, paraissait-il.

Le regard d'Eoloas se posa sur huit corps sur lesquels étaient posés des draps.

Rosa Leroy, de Serpentard.
Jules Dural, en seconde dans cet établissement.
Sophie Beauvoy, en seconde également.
Bruno Moyne, en seconde aussi.
Téo Hordé, en première, pour sa part.
Anne Molferia, en terminale, dans la classe de l'équipe n°3.
Euphémia Leroy, dans la même classe.
Lilian Farber, un enseignant de mathématiques.
Ils étaient morts, tous les huit.

Sans parler des neuf aurors et des trois duellistes qui avaient subi le même sort… Finalement, l'arrivée des forces de l'ordre qui s'était soldée par la fuite des adeptes de Voldemort n'avait pas été assez rapide…

Eoloas soupira. D'une certaine manière il pouvait être rassuré de n'avoir perdu qu'un seul élève. Il ferma les yeux en soupirant. Cette simple pensée le déprimait.

- Eoloas ? Tout va bien ? Quelle est la situation ?

L'appelé releva les yeux et croisa le regard d'Albus, qui cette fois n'avait rien de pétillant. Le professeur de défense contre les forces du mal soupira.

- Une élève de Serpentard morte. Six élèves de ce lycée et un professeur. Sans parler des blessés… très nombreux…

Il n'avait pas envie de parler de tout cela pour le moment. Ces draps immaculés le narguaient déjà suffisamment.

- Une dénommée Grim Reaper est morte également. C'était une Âme Damnée.

Eoloas sursauta. Il n'avait pas vu Terry Star s'approcher de lui. Il se tenait maintenant à coté de lui, s'adressant sans la moindre réserve au directeur.

- Elle nous a coincés lorsque les arbres sont tombés, poursuivit le Serpentard.

- Tu l'as tué ? demanda Albus avec calme. C'était l'Ange de la Mort.

Star ricana.

- Moi ? Non. C'est Bellatrix L… Black qui l'a tuée.

Le Directeur de Poudlard fronça les sourcils. Avait-il relevé l'hésitation de l'américain (s'il était réellement américain) ? Eoloas regarda l'élève expliquer les circonstances de la mort de la dénommée Grim Reaper.

Devait-il le dire à Albus ? se demanda Eoloas alors que Star s'agitait. Non. Non, ça ne le concernait pas. En rien.


Catastrophe. C'était une catastrophe. Albus regardait les lieux avec horreur.

Heureusement, la Confrérie de la Fleur de Lys avait bien fait son travail. Sans quoi cela aurait été bien, bien pire.

- Je ne comprendrais définitivement jamais les femmes ! soupira Terry.

Malgré lui, le mage eut un sourire en coin. Cette réflexion était si puérile, si adolescente. Parfois, l'envoyé de Némésis était tellement étonnant. Il parlait de deux Mangemortes comme un élève de camarades de classe ! Ceci dit, étant donné le nombre de fois où il les affrontait, c'était presque ça.

Bernard arriva devant eux.

- Tout va bien ? s'enquit-il.

- Non, siffla Terry. J'en ai marre. Pourquoi ça se termine toujours avec des Mangemorts partout ?! C'est agaçant à la fin ! Elles n'ont qu'à aller s'entretuer ailleurs, ça nous fera des vacances !

- Vous êtes sur les nerfs, Monsieur Star, déclara Eoloas, taisez-vous.

Le jeune homme grogna. Mais il s'exécuta.

- S'entretuer ? releva Bernard. Comme ça.

- Une dénommée Bellatrix Black a tué l'Âme Damnée Grim Reaper, expliqua Albus.

- Et elle m'a sauvé la vie en cela, déclara Terry. Ça fait vraiment bizarre de dire ça ! Terrifiant.

- Star, menaça Eoloas.

L'élève se renfrogna. Définitivement, ces deux-là avaient une relation étrange…

- C'est un fiasco, déclara Bernard. Maintentant, quoique l'on fasse, ça se retournera contre nous. Les deux camps vont se servir de ces évènements afin de promouvoir leurs propres idées. Sans parler de l'explication à donner aux moldus.

- Les parents sont-ils au courant ? s'enquit Albus.

- Pas à ma connaissance, fit le français.

- Eoloas, pouvez-vous vous assurer que ce qui s'est passé ici reste entre nous pour le moment ? demanda le Directeur de Poudlard.

L'enseignant opina du chef avant de tourner les talons et de s'éloigner.

- Quoiqu'il en soit, il va falloir leur expliquer tôt ou tard comment six de leurs enfants et un professeur sont morts, annonça Terry en soupirant. Les dégâts vont être effrayants au sein de l'opinion publique sorcière, mais les moldus ne vont pas être pour autant épargnés ! Il s'agit de ne pas créer une psychose qui aiderait Voldemort dans ses desseins !

- Pourquoi cet homme s'intéresserait à la France ? nota Bernard. Pour le moment, votre présence est la seule raison de son intérêt.

Le jeune homme haussa les épaules d'un air désabusé.

- Voldemort aime le pouvoir et être craint. S'il voit que la France peut le lui offrir, il ne va pas se poser plus de questions. D'une certaine manière, cela relève d'une sorte de challenge : il a déjà installé la terreur en Grande-Bretagne, mais pas dans l'Hexagone. De plus, toutes les tueries qu'il perpétuera dans ce pays seront annoncées en temps réel chez nous par les journaux, entretenant la peur non seulement en France, mais aussi en Grande-Bretagne…

- Une pierre, deux coups, murmura Albus, abattu.

- Vous semblez bien connaître ce mage noir, mon garçon, observa le français mi-intrigué, mi-soupçonneux.

- Je m'en passerai bien, affirma Terry avec une grimace. Mais il semble qu'il apprécie bien me pourrir la vie.

- Je compatis, répliqua Bernard avec un sourire en coin.

Le Directeur de Poudlard n'en était pas sûr. Le leader de la Confrérie de la Fleur de Lys avait plutôt l'air moqueur. Le britannique regarda son élève qui affichait une moue faussement boudeuse. Comme lui, Bernard semblait avoir oublié qu'il ne s'agissait que d'un enfant. Pourquoi ? À cause de ce regard vert qui semblait être celui d'une personne en ayant beaucoup vu ? Un garçon d'à peine dix-sept ans n'aurait pas dû avoir une telle expression dans les yeux. Ce n'était pas normal.

Albus eut un soupir intérieur. Comme souvent, Terry provoquait chez lui des sentiments contradictoires. Cependant, ce n'était pas le problème majeur pour le moment.

- Si seulement nous pouvions tout effacer, soupira le français en regardant autour de lui.

Suivant son regard, le mage vit le jeune Peter Pettigrow être emmené par des médicomages. Il ne semblait pas aller bien… Mais le plus touché des élèves était sans conteste Remus Lupin… Ou peut-être Rodolphus Lestrange. Ils avaient d'ailleurs déjà été transférés à Ste-Mangouste tous les deux.

- Tout effacer… murmura Terry. Mais oui ! Pourquoi pas ?

- Tout va bien, mon garçon ? s'enquit Bernard en se tournant vers le brun.

- Non, répliqua ce dernier d'une voix ferme. Mais si c'est de ma santé mentale qu'il est question, oui, je vais bien. Je crois que j'ai une idée.

- Laquelle ?

Albus était curieux. Jusqu'alors, les idées de l'envoyé de Némésis avaient toujours été aussi inattendues qu'appropriées.

- Nous allons tout effacer. Dans la limite du possible évidemment. Cela permettra de limiter les dégâts auprès des Moldus mais également des sorciers.

- Qu'entends-tu par « tout effacer » ? demanda le Directeur de Poudlard.

- Et bien, si les moldus oublient que nous sommes venus ici, non seulement ça permettra de relativiser l'impact de ce qui est arrivé sur la communauté sorcière – elle ne connaîtra jamais les détails – mais également sur la communauté moldue – ils penseront que ce qui s'est passé ici n'est qu'un accident. Par exemple, on peut expliquer les morts par un phénomène météorologique localisé, ce qui évitera un vent de panique chez les moldus qui servirait Voldemort. Par contre, si tout à coup, des élèves étrangers disparaissent dans la nature après cet accident, les médias moldus risquent de s'interroger.

- Et c'est pour cela que faire oublier votre venue ici aux moldus est une bonne chose. C'est une idée qui permettra de régler le problème moldu, mais pas celui des sorciers.

- C'est vrai. Il faut trouver une solution pour que personne ne sache jamais que nous étions ici. Tout ce que l'opinion publique devra savoir, c'est que nous avons été attaqués par Voldemort alors que nous étions à l'étranger pour un stage. Les lieux ont été gardés secrets, n'est-ce pas ?

- Les lieux exacts, oui. Mais pas les pays, précisa Bernard.

Terry grogna de mécontentement. Mais son idée se tenait.

- Concernant l'opinion publique sorcière, j'ai bien peur que nous ne puissions pas faire grand-chose, admit Albus. Mais le plan de Terry nous permettra de garder le contrôle coté moldu. Au moins, il n'y aura pas de panique de leur part – ce qui n'est pas négligeable.

- Mais du point-de-vue de la terreur, Voldemort a gagné, ragea l'américain.

- Peut-être, concéda Bernard. Mais peut-être peut-on tourner cette affaire plus ou moins à notre avantage.

- Comment ça ?

L'envoyé de Némésis semblait réellement dubitatif. Mais Albus, lui, venait de saisir ce que son collège et ami voulait dire.

- Parce que, expliqua-t-il à son élève, Voldemort vient d'envoyer ses Mangemorts contre des enfants sorciers – dont un certain nombre de sang-purs. Et ces Mangemorts ont été tenus en échec par ces mêmes enfants pendant un moment. Cela va porter un coup à sa crédibilité. De même, nous pouvons utiliser la mort de Mademoiselle Leroy contre lui : elle était une sang-pur et il l'a fait tuer. Les vieilles familles sorcières risquent de ne pas apprécier et certaines – les moins fanatiques – pourraient même se détacher de lui.

- C'est sordide d'utiliser sa mort comme ça ! grogna Terry.

Mais il ne s'opposa pas à cette solution, malgré le dégoût qu'elle lui inspirait.

- Avant tout, il faut nous occuper des moldus. Les médias sorciers ne savent encore rien de ce qui s'est passé ici, et mieux vaut que les moldus ne puissent rien leur dire lorsqu'ils sauront. Ça nous aidera dans notre manipulation, observa Bernard.

- Et voilà toutes mes illusions sur l'indépendance et l'objectivité de la presse volent en fumée à cause de vous, Messieurs, accusa Terry avec un geste théâtral.

À l'entendre, Albus doutait qu'il ait jamais cru en cela.

- Vous m'en voyez désolé, mon brave, répliqua Bernard, avec un air tout aussi tragique.

Ces deux-là seraient-ils fait pour s'entendre ? Le Directeur de Poudlard se le demandait franchement.

- Il va falloir combiner nos pouvoirs pour créer le sort d'oubli, observa-t-il, redevenant sérieux. Un simple sortilège d'amnésie ne suffira absolument pas. Les Oubliators ne seront pas assez puissants. Il faut un charme différent pouvant effacer les traces dans l'esprit de centaine de personnes. Les personnes qui vous ont vus, celles à qui ont a parlé de vous, etc…

- C'est pas gagné, marmonna Terry avec humeur.

- Autant s'y mettre tout de suite alors, riposta le français. Je pense que nous devrions nous aider de runes. Je vais demander à ce qu'on nous amène de l'encre d'enchantement et des…

- Inutile ! le coupa l'américain. Attendez-moi deux secondes.

Il tourna les talons immédiatement et s'élança. Il revint quelques minutes plus tard avec son cousin. Le Gryffondor semblait un peu perdu, il ne s'attendait manifestement pas à être tiré de la tente de soin où il se trouvait de cette façon.

- Monsieur Durant, voici Sylciu, mon cousin. Il va s'occuper des runes.

- Hein ? coassa le présenté. Tu es sûr que…

- Oui, répondit Terry.

- Mais…

- Non.

- Mais…

- J'ai dit non !

- Loin de moi l'idée d'interrompre cette discussion ô combien intéressante, fit Bernard en arrêtant les deux cousins, mais je ne crois pas que ce garçon…

- Si, le coupa le Serpentard.

- Allez-vous laisser les autres terminer leurs phrases ? s'agaça le français.

- Pas le temps. On s'y met ?

Albus avait toutes les peines du monde à ne pas éclater de rire. Cette scène était vraiment cocasse. Avant même que quiconque lui ait répondu, Terry reprit.

- Bien. Sylciu va s'occuper de la partie runique du rituel. Pour le reste, c'est à nous trois d'agir. Quelle est votre idée, professeur ?

- Monsieur Celford, fit l'interrogé en se tournant vers l'américain blond, connaissez-vous le rituel de soutien du chaman Yrghetrr ?

- À vos souhaits, souffla le Serpentard.

- Oui, professeur, approuva son cousin en le foudroyant du regard d'un air clairement réprobateur.

La relation de ces deux-là avait changée, nota Albus. Et en bien.

- Pouvez-vous l'exécuter ?

- Je pense, affirma le Gryffodor.

- Il peut, traduisit Terry.

Nouveau regard noir de l'autre américain. Le brun ne sembla pas s'en émouvoir.

- Alors allez-y. Bernard, Terry, vous n'avez qu'à me soutenir. Je serai le maître de cérémonie, cela évitera des explications longues et fastidieuses.

- Tu sais toujours trouver les arguments ! gloussa le français.

Le Serpentard approuva avec conviction tout en se mettant en position. Les trois participants au charme furent bientôt à leurs places respectives alors que M. Celford exécutait sa partie de la cérémonie de façon pour le moins étrange. Jamais, dans toute son existence, Albus n'avait vu quelqu'un utiliser la magie runique de cette manière. D'ailleurs, si le blond n'avait pas été en train de le faire devant lui, il aurait mis sa main à coupé que c'était impossible.

Ce que M. Celford mettait en place ressemblait bel et bien au rituel de soutien du chaman Yrghetrr, dont la principale caractéristique était d'amplifier les pouvoirs des membres participants à la cérémonie. Ça y ressemblait… Mais ce n'était pas exactement ça. Il était légèrement différent. Le garçon avait dû se tromper quelque part. Tant pis, il fallait espérer que ça suffirait…

Albus se concentra sur sa propre place dans le tissage du sort. Se laissant aller à sa concentration, il sentit trois présences magiques autour de lui. Celle de Bernard était familière, il la reconnut sans mal. Par contre les deux autres lui coupèrent le souffle. Le mage n'aurait su les décrire, car elles n'avaient rien de commun avec ce qu'il avait vu jusque là. Elles ne répondaient pas au même schéma…

La question de savoir qui étaient ces deux adolescents prit soudain tout son sens. Albus avait toujours su qu'ils avaient été envoyés par Némésis pour une bonne raison. Jusqu'à quel point cela était-il vrai ?

En tout cas, Terry Star et Sylciu Celford étaient tous les deux uniques en leur genre… Le Directeur de Poudlard se demanda l'espace d'un instant si leur magie – quelle que fût sa source – était compatible avec celle des sorciers qu'il nommait « normaux », à défaut de meilleur terme.

La réponse lui parvint quasiment en même temps que la question. Le Gryffondor, qui venait manifestement de terminer sa partie du rituel, se retira légèrement alors que les deux autres participants se joignaient à Albus.

Repoussant immédiatement ses questionnements – son esprit devait entièrement être concentré sur le charme qu'il était en train de mettre en place – il commença.

Impossible pour les personnes tissant un charme de dire combien de temps l'opération durait. Ils se trouvaient en quelque sorte hors du temps. Pourtant, Albus sentait qu'il mettait du temps. Peut-être trop. Il commençait à fatiguer. Peut-être avait-il présumé de ses forces. La présence de Bernard vacilla un instant, mettant gravement en danger le rituel. Le maître de cérémonie sentit un vent de panique l'entourer. Si le français ne tenait pas…

Mieux valait ne pas penser à ce qui se passerait. Une fois un rituel de cette ampleur commencé, il devait nécessairement se finir. Quitte à bruler toute l'énergie des participants.

À quel moment ai-je fait une erreur ? se demanda Albus. Il n'avait jamais cru que ce rituel serait si fatiguant. Il allait entrainer Bernard et Terry dans sa chute.

De nouveau, l'aura du leader de la Confrérie de la Fleur de Lys oscilla. Et disparut. Albus eut soudainement l'impression de se trouver sur un bateau en pleine tempête. La présence de Terry augmenta légèrement et le directeur de Poudlard comprit qu'il tentait de remplir le vide laissé par Bernard. Ce qu'il ne pouvait en tout état de cause pas faire. Ce garçon semblait toujours tenter de réaliser l'impossible, comme si le poids du monde était sur ces épaules.

Albus se sentit mal-à-l'aise. C'était en quelque sorte de sa faute : c'était lui qui avait demandé de l'aide. Ce garçon n'avait pas à être dans cette position.

Soudain, le rituel se compléta. Il était fini. Le mage laissa échapper un soupir de soulagement en relâchant sa concentration. Il croisa le regard désolé de Bernard qui se tenait à genoux par terre. Puis il se tourna vers Terry et eut un sursaut. L'américain était terriblement pâle.

- Terry ! s'écria brusquement M. Celford.

Il s'élança en pénétrant dans le cercle runique. Juste à temps pour rattraper son cousin alors qu'il s'effondrait.


Salut à tous !

Voici donc (enfin) un nouveau chapitre. Je suis sincèrement désolée pour la distance toujours plus importante entre les parutions des chapitres, mais mes cours me demandent vraiment tout mon temps, et l'écriture de cette fic n'est pas une priorité.
Cependant, tout vient à point à qui sait attendre, comme on dit, alors ne vous en faites pas, cette fic devrait normalement être menée à son terme.

Je remarque que j'ai de moins en moins de review, je voudrais donc savoir quelle en est la raison : la fic s'éternise ? Punition pour ne pas publier assez souvent ? Ce n'est plus intéressant ?
Sans vouloir faire le moindre chantage, je dois admettre que plus j'ai de review, plus j'ai tendance à vouloir mettre la suite rapidement – en remerciement des commentaires.

Bref, je remercie ceux qui m'en ont laissé pour le dernier chapitre. Je tiens à préciser à The French Dark Lord que mon intention n'était pas de dépeindre un portrait aussi péjoratif des Laforge (c'est bien ma chance d'avoir quelqu'un qui porte ce nom dans mes lecteurs ! lol).

Voilà, je vous dis au prochain chapitre !

Eterna

PS : étant donné que je ne suis pas la seule à être débordée, ma correctrice, Tchingtchong que je remercie grandement pour son aide jusqu'à présent, ne peut plus s'occuper de cette fic. Je suis donc à la recherche d'un correcteur, si quelqu'un est volontaire qu'il me laisse une review ou m'envoie un e-mail… Merci !