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Sirha ouvrit lentement les yeux et l'esprit embrumé et les tempes douloureuses, la jeune fille repoussa les couvertures lourdes avant de les rabattre sur elle en sentant le froid fondre sur ses épaules et sa gorge. Les draps brodés semblaient s'éveiller au même rythme que le soleil dont les rayons traversaient le vitrail de la fenêtre pour faire briller doucement les dorures brodées d'un éclat presque chaleureux. Les pensées de la jeune fille finirent par s'éclaircir et se souvenant que ses draps étaient une tentative de Galbatorix pour l'acheter, elle repoussa d'un geste plus vif que nature la masse de soie d'or et d'argent-sous laquelle elle s'était forcée à s'endormir- pour se retrouver assise sur le matelas et surtout grelottante. Une servante entra alors accompagnée de Vrrana pile au moment précis où la porteuse se demandait ce qu'elle allait bien pu faire si bien que la jeune fille se demanda si elle n'était pas constamment espionnée. C'était sûrement le cas. Sirha renifla d'un air maussade avant d'enfouir ses pieds sous les draps pour tenter désespérément de ne pas geler sur place en attendant que la domestique allume un feu. Vrrana la força à se recoucher en attendant que l'atmosphère se réchauffe :

- Il ne manquerait plus que vous attrapiez une pneumonie… marmonna la vieille dame.

La jeune fille s'allongea de mauvaise grâce en pestant intérieurement. A présent, les flammes léchaient la pierre et une douce chaleur emplie la pièce. Sirha fit mine de se relever mais la dame de compagnie ordonna d'un ton sec et rébarbatif :

- Recouchez-vous !

La porteuse lui lança un regard peu amène et obtempéra, rabattant avec mauvaise humeur les couvertures, ayant l'impression de se recouvrir d'un tas d'immondices tant le cadeau du roi la dégoutait.

Vrrana fit pivoter le battant de la porte de sa penderie et fouilla au milieu des tenues, de soieries et différents accessoires pendant que la jeune fille laissait retomber sa tête sur les oreillers, toujours sujet aux maux de tête. Quand on l'autorisa enfin à se lever, la jeune fille bondit littéralement sur ces pieds ou plutôt sur les chaussons en fourrure que l'on avait déposée à son chevet. Prenant petit à petit ses repères, elle se dirigea lentement devant la glace où on lui passa une sous-robe particulièrement courte et légère.

- Votre apprentissage commence aujourd'hui, on m'a donc demandé de vous fournir une tenue approprié. Déclara Vrrana d'un ton désapprobateur.

Sirha retint un soupir d'agacement, elle se sentait encore nauséeuse de la veille et pour la vieille dame, une tenue réservée à l'apprentissage devait sûrement se composer d'un nécessaire à broderies. La jeune fille savait coudre habillement mais elle ne tenait absolument pas à passer ses journées avec un aiguilles dans la main, le problème, c'était qu'une fois de plus, on ne lui demandait pas son avis.

A sa grande surprise, une servante apporta une tenue en cuir léger, semblable aux affaires qu'elle portait en arrivant dans la capitale. En s'apercevant des quelques similitudes avec se qui semblait ses derniers souvenir de sa vie antérieure, sa jeune fille sentit son cœur se nouer et se positionna devant la glace d'un mouvement lent et mesuré.

On lui passa un bustier marron d'un cuir solide mais toutefois cousu très finement, la jeune fille grinça des dents pendant qu'une servante lui laçait le corps

- Pas si serré. Marmonna-t-elle.

La domestique s'excusa et un jupon en soie fine lui fût noué autour de la taille. Une sorte de jupe courte aux motifs harmonieux cousus à même le cuir ainsi que de longues bottes lui furent attribué. Vrrana se montra très désapprobatrice sur sa tenue, estimant que son habit était d'une simplicité trop marqué pour son rang et qu'il ne « convenait pas à une jeune femme de bonnes manières », alors Sirha décida qu'elle l'aimait aussitôt. Prisent de cours par le temps, les servantes lui passèrent un linge frais sur le visage, s'escrimèrent à choisir une coiffure décente et rapide à lui faire. Pendant qu'elles tentaient de dompter rapidement sa chevelure, un valet frappa quelques coups discrets à la porte et quand il pénétra dans la chambre, vaguement gêné par les cheveux qui cascadait sur ses épaules découverte et par ses chevilles dessinée par les bottes en cuir claires de Sirha, l'homme déclara à Vrrana d'un ton sec, s'efforçant de ne pas poser les yeux sur la jeune fille :

- Mademoiselle est demandée.

La vieille femme renvoya le domestique en pestiférant tandis que les servantes paniquaient à l'idée d'être responsable du retard de la première protégée du roi. Sirha n'avait aucune envie de sortir de sa chambre, préférant vivre recluse dans sa chambre et mourir tranquille plutôt que de revivre la soirée de la veille ou une autre rencontre avec Galbatorix et Murtagh. Néanmoins, les piaillements des servantes et des mains qui trifouillaient ses cheveux l'exaspérèrent au-delà du raisonnable et la jeune fille se leva d'un mouvement secs et se retourna brusquement, faisant sursauter les servantes et leur siffla :

- Ecartez-vous de moi, ne me touchez pas ! Je m'en occupe !

- Bien ! Répliqua Vrrana du tac-au-tac sans se retourner, suivez-moi.

La porteuse attrapa une broche sertie de diamants au passage et un ruban avant de s'élancer à la suite la vieille femme.

Courant presque pour ne pas la perdre de vue, elle la suivit à travers les corridors en tentant d'arranger sa coiffure en écoutant avec attention ce que la dame de compagnie lui racontait :

- Votre maitre d'apprentissage va vous être présenté, tachez de vous montrez digne de votre rang.

- Qui sera mon mentor ?

La vieille femme fronça les sourcils en plissant du nez et déclara d'un ton dédaigneux :

- Je l'ai déjà rencontré et je me demande bien pourquoi le Roi a choisit… peu importe, vous le verrez dans quelque instant.

Vrrana s'arrêta d'un mouvement sec et Sirha manqua de lui rentrer dedans, elle l'évita de justesse, les bras en l'air tentant vainement d'organiser ses mèches de cheveux qui lui tombait devant les yeux. Avisant son chaperon qui la dévisageait avec des yeux septiques, la jeune fille siffla :

- Y-a-t-il un problème ?

- Votre apparence et vos habits sont vraiment indécent pour une jeune femme de votre âge, on croirait avoir devant soit une guerrière elfe de l'ancien temps…

La porteuse leva les yeux au ciel, exaspérée et dépassa sa guide d'un air excédé. Il fallait reconnaitre qu'elle-même se sentait mal à l'aise dans cette tenue et les regards insistant que lui lançaient les soldats qu'elles croisaient avant de détourner brusquement la tête faisaient naître en Sirha à la fois un malaise et une bouffée de défis pour quiconque oserait lui faire une remarque désobligeante.

Pendant que la vieille femme marmonnait dans sa barbe, la porteuse de médaillon se demandait où toutes cette suite d'évènements allait déboucher. Elle n'avait jamais crû en les promesses du roi mais il fallait reconnaître que Galbatorix essayait vraiment de faire marche arrière et tentait visiblement de faire en sorte que la jeune fille se sente à l'aise à Urû'baen. C'était principalement la raison pour laquelle Sirha ne lui faisait absolument pas confiance, pas plus qu'à Murtagh. Quand aux dragons, la jeune fille peinait à croire que ces créatures – à ces yeux des être monstrueux associé à des brutes sanguinaires- existaient. La porteuse avait beau en avoir vu deux, une partie d'elle refusait d'accepter leur existence, ce qui, en parallèles révélait en elle une minuscule portion d'espoir fou que sa misérable vie ne se terminerait pas par une mort atroce, ou pire encore, par la folie. Mais Sirha c'était rendue à l'évidence, elle ne pouvait plus échapper à son destin, la pierre qui pesait actuellement au-dessus de sa poitrine en était la preuve.

Instinctivement, la jeune fille porta la main à son cou. A travers le cuir qui cachait le médaillon, Sirha sentait sa cicatrice pointer sous ses doigts. Depuis sa capture, elle avait perdu la lanière qui tenait la pierre attaché autours de sa gorge, s'en détachant lorsque le pendentif s'était incrusté dans sa chair. La jeune fille ressentait la texture sèche et dure de la roche et en même temps, elle percevait les battements de son cœur et son sang qui coulait dans ses veines, comme si le médaillon, tel un être vivant, avait fusionné ses pulsations vivifiantes avec celles du corps de sa porteuse.

Revenant à la réalité, Sirha s'aperçue que Vrrana la dévisageait d'un air circonspect avant de déclarer d'une voix aux intonations solennel et lourde de sens :

- Je vous laisse à votre apprentissage, passez une bonne journée.

Sur ces mots, elle abandonna la jeune fille seule avec sa solitude. Celle-ci s'aperçue qu'une porte en bois se trouvait juste devant elle et, jetant un coup d'œil incertain au garde qui se tenait à côtés, la porteuse eu la confirmation – d'un mouvement de tête répétitif vide de tout sentiment- qu'elle devait entrer. Pendant que le soldat faisait pivoter le battant, la jeune fille détailla le peu de la salle qu'elle entrapercevait. Une étrange impression de déjà-vu prit la porteuse à la gorge et en entrant dans la salle sombre et richement décorée, son ventre se noua douloureusement en une angoisse instinctive.

Elle se trouvait dans l'antichambre de la salle de trône et allait sûrement devoir rencontrer le roi. Seul à seul.

La porte se referma derrière elle en claquant et la jeune fille fit un bond démesuré. Refusant de toutes ses forces de laisser ses souvenirs refaire surface, elle sera les points en sentant la panique la gagner. Comme à son habitude, la porteuse refoula tous ses sentiments dans le recoin de son esprit mais aussitôt, sa migraine reprit. La jeune fille se demandait si elles n'avaient pas un rapport avec son « tri » de pensée et finit par l'abandonner et par tenter- désespérément- de se calmer. Sirha avait besoin de s'asseoir mais son sentiment d'insécurité lui interdisait de relâcher un tant soit peu sa vigilance et sa nervosité, qui accroissait de seconde en seconde commençait à brouiller sa vue. Le médaillon lui-même semblait rester sur les gardes, la porteuse le sentait. La pierre paraissait s'animer, comme si elle aussi était capable de prévoir le danger, comme si le pendentif était à lui seule une entité à par entière capable de sentiment.

Portant sa main à ses tempes, Sirha tenta de respirer à fond mais l'air lui semblait lourd et enfermer dans la salle, la jeune fille étouffait.

Le temps passa et de longues minutes se succédèrent les unes après les autres, chacune aussi difficile que la précédente. La porteuse sentit son pouls ralentir pour se stabiliser néanmoins à un rythme vigilant et sa respiration devint plus fluide. Au fur et à mesure que le temps s'écoulait, le médaillon se stabilisait tout en restant tout de même au aguets n'hésitait pas à protester en cas de rechute de sa porteuse qui à présent gardait la tête appuyée contre le seul et unique minuscule vitrail et tentait – sans succès- d'apercevoir l'extérieur.

Les yeux rivés sur le verre épais et sombre, la jeune fille compta chaque seconde qui l'éloignait de l'inévitable rencontre avec le roi. Quand le nombre atteint dépassa son maigre niveau de connaissance en compte, Sirha fixa ses yeux sombres dans la masse épaisse de verre et se positionnant de manière à voir du coin de l'œil la porte lourde, épaisse et presque terrifiante qui restait close pour le moment. Plongée dans ses pensées, la porteuse se demanda si officiellement, elle avait le droit d'agir comme bon lui semblait, si la jeune fille pouvait, par exemple rendre visite à Yawë, qui lui manquait terriblement. La dernière fois où Sirha avait pu galoper librement et surtout heureuse lui semblait horriblement loin, les souvenirs de son ancienne vie devenait floue et les quelques images de son enfance paisible – mis à part la mort de son père- se brouillaient et cet oubli progressif la rendait mélancolique lui serrait effroyablement le cœur. A l'heure qu'il était, si Murtagh n'avait pas débarqué dans sa vie avec son monstre à l'improviste, elle se préparerait probablement pour le bal d'hivers où Stornen, le fils du forgeron, l'avait invité. Le jeune homme aux cheveux longs et aux yeux rieurs lui avait demandé la permission un beau jour et Sirha avait accepté en rigolant tout en harcelant Jiet pour qu'il lui réserve tout de même une danse malgré son engagement auprès d'une autre jeune fille. Jiet… Son cœur se serra avant de se déchirer en deux. La porteuse ne s'aperçu même pas que les larmes dégoulinait le long de ses joues pâles. Le jeune homme avait toujours été là pour elle et une amitié particulière les avait lié à tel pont que la porteuse s'était plusieurs fois interrogé sur leur relation. Un simple orphelin qui avait trouvé à lui tout seul assez de courage pour enterrer son père et l'emmener loin vers l'inconnu avec pour seul bagages deux chevaux, de maigres provision et une simple bourse à seulement treize ans. La seule personne qui n'avait pas hésitée à la croire sur parole quand la jeune fille avait prétendue avoir vue les Raz'acs et qui avait tout laissé pour s'enfuir avec elle. Et cette fuite qui n'avait presque servis à rien, ils avaient échappés au montres mais pas au roi, ce qui revenait au même mis à part du fait que Sirha s'en était sortie mais pas lui. Tout ça à cause d'une pauvre pierre dont la porteuse ne voyait pas l'utilité. Mais Jiet en était mort, par sa faute et pour cette raison que même en envisageant que la jeune fille sache s'en défaire, elle ne l'avait pas fait, mais certainement pas à cause d'un véritable attachement et la porteuse s'en rendait compte seulement maintenant. Et maintenant ce cailloux qui ne voulait pas sortir alors que s'était précisément ce que le roi et son dragons désiraient, du moins jusqu'à son « sauvetage ». A présent, Sirha s'interrogeait sur les véritables intentions de Galbatorix et elle soupçonnait que cette entrevue en soit l'objet. Il ne restait plus qu'à espérer que celle-ci se termine mieux que la précédente, ou au moins d'une autre manière. La jeune fille tenta d'arranger quelque peu sa coiffure mais des boucles désordonnées s'échappait de la broche fixée en toute hâte.

Replongeant dans ses pensées, Sirha sentit que sa gorge la démangeait et une douleur émanait de sa poitrine. En baissant les yeux, la jeune fille s'aperçue qu'un léger filet de sang gouttait de la cicatrice. Fronçant les sourcils et jetant des regards furtifs en direction des portes toujours closes, la porteuse passa délicatement son doigt à l'endroit où perlait le sang mais au bout de quelques secondes, il avait cessé de couler, laissant tout de même une trace rouge vif et poisseuse sur la poitrine de la jeune fille. Avant que Sirha n'ait pu localiser la provenance, la coupure d'où il provenait, la cicatrice avait reprit son aspect de simple empreinte avec un léger relief douloureux, rougis et sensible.

Un bruit sourd et menaçant retentit quand la porte coulissa lentement. Un soldat apparut alors et lui fit signe de s'engouffrer dans la salle sombre. Acculée, la jeune fille sentit une goutte de sueur froide courir sur son cou, elle n'avait jamais autant souhaité s'éloigner d'une pièce. L'homme répéta une deuxième foi son appel et Sirha fut obligée de s'avancer devant l'ouverture béante. Le garde referma la lourde porte derrière elle et la jeune fille se retrouva collée à elle, tentant de maîtriser sa respiration et les battements de son cœur dont tout le château devait pouvoir entendre les pulsations affolées et désespérées. Avec une présence d'esprit qui lui semblait étrangement coutumière, la jeune fille respira à fond et composa un masque derrière lequel elle cacha du mieux qu'elle pu un maximum d'émotion même si l'illusion n'était pas vraiment crédible. Une bouffé de défi, d'orgueil et de suspicion régénératrice envahit les veines de la porteuse et, inspirant un nouvelle fois, elle s'élança pour de bon dans la salle au long hall d'un pas qui se voulait assuré.

Ses bottes en cuir frappaient le sol d'un pas régulier et méfiant. Au fur et à mesure qu'elle avançait, la jeune fille sentait son assurance s'envoler au grand galop et le médaillon s'éveiller en elle, manifestant son désaccord à s'approcher de l'être vivant qui se trouvait installé au bout de la longue allée sombre de marbre obscure et que Sirha refusait de regarder, poussée par un désir insatiable de repousser cette échéance le plus tard possible et éloigner le plus d'elle le moment fatidique où la jeune fille serait obligée de plonger son regard dans le gouffre de yeux de Galbatorix. Un souffle puissant, régulier rythmait ses pas et la porteuse réalisa avec horreur qu'un dragon se trouvait quelque part dans l'immense salle, sûrement près du trône ou tapit derrière un pilier, raison pour laquelle elle tourna régulièrement et discrètement les yeux à gauche puis à droite, tentant vainement de se rassurer. Peine perdue.

Dépassant un nombre incalculable de pilier où l'or, l'argent et la pierre s'entremêlait. Sirha finit par poser les yeux devant elle à savoir sur le Roi, celui-ci l'observait d'un regard horriblement pénétrant, le genre de regard qui fit regretter immédiatement à Sirha de n'avoir aucun talent ou sorte de sorcellerie qui pourrait le faire disparaitre en un clin d'œil. Une ombre derrière le trône se soulevait aux rythmes d'inspirations et d'expirations successives. La jeune fille déglutit nerveusement en sentant les yeux noirs du roi l'aspirer dans un néant terrifiant, la porteuse tenta d'ignorer son regard. Elle respira lentement pour calmer un tant soit peu les palpitations du médaillon et ignorer les palpitations prévenantes du médaillon. Elle se stoppa devant le trône et plongea ses yeux sombre, inquiet et méfiant, crispée et droite, le visage tendu, les épaules raides et la mâchoire contractée.