Disclaimer : les personnages apparaissant dans cette fic appartiennent à JKR, je ne retire de ces fanfictions aucune rémunération ou gain financier…

Remarques : Slash Rogue/Harry – Post tome 6 - Prologue faisant exception, je passerai à chaque chapitre du Pov de Severus à celui de Harry

Encore un grand merci pour vos reviews et, pour rappel, il y a un résumé de l'histoire au chapitre 14 puis au chapitre 21 ;)

Bonne lecture !

Si longtemps…

Chapitre 27

Une fois de plus, il se tenait dans l'embrasure de la porte de cette chambre. Et il observait.

Vous me surveillerez, n'est-ce pas ?

Systématiquement, toutes les deux ou trois nuits, il revenait à cette même place.

Pour mieux jauger son état ?

Evidemment. C'était son travail.

La dégénération physique n'était que l'une des facettes de son mal. Cette suffocation des sens et de l'esprit qu'il expérimentait par intervalles irréguliers était tout aussi dangereuse. Peut-être même davantage. Aucune douleur ou handicap ne s'était encore manifesté suite à la présence de ces résidus de magie noire dans son organisme. Tandis que ces pertes de contact avec la réalité, elles, s'attaquaient déjà férocement à son mental.

Vous me surveillerez, n'est-ce pas ?

Harry dormait et s'agitait dans son sommeil.

Parfois, ses nuits étaient paisibles. Souvent il remuait et fronçait les sourcils comme s'il était aux prises de rêves désagréables. Deux fois, le maître des potions était retourné dans sa chambre avant même d'avoir approché sa porte parce que les fluctuations de sa magie indiquaient qu'il était éveillé.

Il inclina sa baguette en un arc léger et les flux colorés ainsi que les symboles s'affichant devant lui un instant plutôt disparurent. Il n'était pas médicomage, n'avait pas leur formation et, au-delà d'un diagnostic de base, il avait besoin d'une manifestation de ce qu'il observait pour pouvoir analyser et tirer des conclusions. Cette nuit, pourtant, comme toutes les autres avant elle, il n'avait rien appris d'utile. Rien n'indiquait l'approche d'une nouvelle crise.

Vous me surveillerez, n'est-ce pas ?

Il n'avait pu récolter des données partielles sur cette étrange affliction qu'une seule fois. Juste ce jour où il avait transplané d'urgence pour retrouver Harry hurlant à s'en arracher les poumons.

Vous me surveillerez, n'est-ce pas ?

Il l'avait surveillé.

Il l'avait observé voler à toute vitesse sur son balai. Il l'avait vu rire, exalté. Il lui avait souri avec reconnaissance. Et il s'était mis à veiller sur lui. Comme il aurait dû le faire depuis le début de leur cohabitation. Comme il l'avait visiblement fait durant une grande partie de sa vie.

Severus observa encore quelques instants la chevelure brune du jeune homme qui lui faisait dos puis pris la route de son laboratoire.

Le sommeil le fuyait cette nuit. Il réalisait qu'il n'était plus aussi… détaché. Il ne s'agissait pas d'une quelconque épiphanie mais d'une impression qui se renforçait semaine après semaine. Il rêvait plus souvent d'Albus, de Minerva, de Lily, de Voldemort, de… Harry. Il ressentait parfois une certaine nostalgie pour Poudlard et se rendait compte que, chaque fois que son colocataire s'envolait sur son balai, il prenait plaisir à le voir exprimer une telle joie.

Il s'installa silencieusement, prépara divers ingrédients et alluma plusieurs chaudrons, puis se remit à étudier ses notes tout en entamant de nouveaux tests de potions. Il se força à se concentrer pour éviter de laisser davantage de pensées l'envahir. Car, si ses émotions semblaient doucement commencer à refaire surface grâce - il n'en doutait pas - à la présence de Harry Potter, de semaines en semaines, il réalisait également que la frustration due à son impuissance à trouver une cure grandissait au même rythme. Et que, s'il ne se contrôlait pas, cette dernière finirait sans doute par se manifester d'une manière désagréable.

Quels qu'aient pu être les changements survenus dans sa vie, il restait durement conscient que certains traits de son caractère ne changeraient jamais.

HPSRHPSR

Une mèche de cheveux, une fiole de sang et un autre minuscule contenant en verre avec de très fines lamelles de peau.

Le jeune homme les fixait encore en fronçant légèrement les sourcils et en frottant le dos de sa main gauche. Il ne devait sans doute plus ressentir qu'un léger picotement.

- J'ai certaines plantes à récolter.

- Il neige, répondit son cadet d'une voix plate.

Severus ne prit pas la peine de lever son regard qui était déjà revenu à son chaudron.

- Comme vous le savez parfaitement, certains ingrédients offrent leurs meilleures propriétés au sein de l'hiver.

- Vous n'êtes pas obligé de partir, vous savez. Ou on peut aller autre part.

- Faîtes comme bon vous semble. Je serai de retour vers 19 heures.

- Mons… Severus.

Presque six mois et son colocataire butait encore sur son prénom. S'en était presque vexant. Cette pensée ne le distrait pas instant de la main posée sur son bras.

Satanés souvenirs.

Satanés rêves.

Satané Potter.

Il souleva son bras et remua le contenu du chaudron. Le Gryffondor s'écarta légèrement.

- C'est la quatrième fois qu'ils viennent et vous les évitez à chaque fois. Je pensais pourtant…

- Est-ce que vos amis ont envie de me voir ? répondit-il finalement, agacé.

Harry grimaça légèrement.

- Hermione m'a demandé de vos nouvelles.

Politesse, rien de plus. Il n'avait pas oublié leur conversation au Terrier et ce qu'ils pensaient de leur cohabitation.

Il serra les dents et ajouta un soupçon d'asphodèle à sa décoction. Il avait mélangé la mixture un peu trop longtemps et un peu trop vite.

- Ne pourriez-vous pas au moins rester pour les saluer ?

Le maître des potions reposa sèchement la fiole qu'il venait de sélectionner et se tourna vers lui.

- Pour que vos petits amis puissent s'assurer de leurs propres yeux que je ne cherche pas à corrompre l'enfant choyé du monde-

Il s'arrêta abruptement, surpris par son éclat.

L'expression indignée resta en place une seconde sur le visage de son cadet, succédé par une pointe de regret, qui laissa très vite place à un léger sourire. Puis il détourna le regard.

- Je ne pensais pas que ça avait encore de l'importance pour vous, dit-il d'un ton si bas que cela lui échappa presque.

Il releva la tête et dit un ton plus haut :

- Il ne tient qu'à vous de leur prouver le contraire.

Et cet éclat malicieux derrière les lunettes rondes fut suffisant à le faire sortit de son immobilité et reprendre le cours de sa potion. Maintenant, il essayait réellement de le provoquer. Dommage pour lui mais il n'était pas d'humeur pour ce genre de jeu. Et il se sentait à nouveau plus calme.

- Je resterai dans le laboratoire jusqu'à 14 heures. Et je serai de retour à 19 heures. J'ai besoin de ces ingrédients.

Du coin de l'œil, il vit son sourire s'agrandir et il se força à garder une expression totalement neutre.

Quelques minutes plus tard, quand Harry quitta le laboratoire pour vaquer à une quelconque occupation, en bon rouge et or, il ne sembla pas pouvoir s'empêcher d'ajouter un mot pour l'honneur de ses comparses.

- Vous savez, malgré ce qu'ils ont pu dire de temps à autre, Ron et Hermione vous estiment beaucoup et sont bien conscients du rôle central que vous avez joué dans la victoire.

Et je suis certain qu'ils pensent le plus grand bien de moi en vous voyant plus épuisé et marqué à chacune de vos rencontres, ne put-il s'empêcher de penser, bien conscient que ses cernes étaient plus creusés de jours en jours. Et je ne trouve aucune solution, songea-t-il encore avec un vif sentiment de désespoir qui lui coupa presque la respiration.

Une fois la porte refermée, Severus clôt les yeux un instant.

A fleur de peau.

Ce n'était que des émotions et sensations un peu plus vivides et le terme n'aurait pas dû être si juste. Pourtant, s'il devait les comparer avec ce qu'il avait ressenti ces cinq derniers mois… ce détachement, cette sorte de brouillard épais dans lequel il naviguait constamment… Oui, il se sentait à fleur de peau.

Et ce souvenir, ces rêves de la nuit précédente.

Le goût de ses lèvres, de sa peau, le son de ses gémissements et l'odeur de ses cheveux.

Comment cela pouvait-il le rendre aussi fébrile ? Pourquoi l'idée de voir Harry soulagé par le retour de ses émotions le touchait-il à ce point ?

Bien sûr, ses souvenirs étaient là. Il s'était épris du jeune homme dans une période trouble, soudain obsédé par la charge qu'il avait eu durant des années. La faute à un esprit et un corps affaiblis. Et parce que sa force l'avait séduit. Mais pris sous un angle rationnel, vide d'émotions…

… vide d'émotions…

Il l'avait aimé.

Puis, grâce à son accident, il avait eu la chance d'analyser cette situation, d'y voir un enchaînement de choix et d'évènements malheureux et de comprendre à quel point c'était irrationnel. Il ne l'aimait plus.

Il ne l'aimait plus, n'est-ce pas ? Et ce n'était pas le souvenir d'une nuit de plaisir charnel qui allait invalider le raisonnement logique d'une période où son esprit était calme et vide de -

Vide.

Privé d'éléments essentiels.

Dans un cri de rage, il envoya valser au sol chaudron et ingrédients puis resta planté au milieu de la pièce, la sueur brillant le long de la cicatrice balafrant son visage, la respiration erratique.

Trop.

C'était trop.

Et pathétique.

Il avait fait face à Voldemort jour après jour, contrôlé ses émotions à la perfection. Ceci n'était rien.

Il ferma les yeux et se força à calmer sa respiration.

Et, pour la première fois depuis la guerre, il utilisa ses pouvoirs d'Occlumens et verrouilla-

-tout.

HPSRHPSR

- Miss Granger, Monsieur Weasley.

Les deux jeunes gens semblèrent surpris de le voir les accueillir dans leur maison et répondirent plusieurs secondes après qu'il se soit tu.

- Oh, bonjour, se reprit la jeune femme. Comment allez-vous ?

- Bonjour, ajouta formellement son compagnon.

- Je vais bien, Miss Granger. Harry se trouve dans le salon.

Et sans un mot de plus, il retourna à son laboratoire ; il avait du travail.

Environ une heure après l'arrivée des deux sorciers, Severus préparait son matériel pour récolter ses ingrédients.

Il avait passé un temps considérable à éliminer toute pensée parasite et fermer les portes de son esprit. Il se sentait calme. Calme. Etrangement calme. Mais pas serein. Il avait même un vague sentiment d'étouffement mais il l'ignorait.

- … enseigner ? ...spécialité du département des mystères…

- … contre-sort…

Les voix de Granger et Wesley s'élevaient du salon alors qu'il se couvrait et lançait un sort pour échapper au froid mordant de l'extérieur. A mesure qu'il se dirigeait vers l'entrée, elles devenaient plus claires.

- …instinctif. Ta magie est puissante, Harry. Et il n'y a pas qu'en situation de combat que tu excelles. Tu es souvent parvenu à maîtriser ce genre de sortilèges très rapidement ! Parfois même plus vite que moi.

Un silence.

- Hermione, franchement !

- Quoi ? Je-

- C'est bon, c'est bon, j'ai compris. Et j'avoue que je n'y avais jamais pensé avant, merci à tous les deux.

Il pouvait entendre le sourire dans la voix de son colocataire.

Sa gêne sembla s'atténuer et il respira plus facilement.

- Alors, je t'enverrai quelques tomes de…

Severus referma la porte sur les voix du trio et transplana.

HPSRHPSR

Il venait de réapparaître à quelques mètres de la maison et Ron Weasley se dirigeait à grandes enjambées vers lui, Hermione Granger sur les talons.

- Ron ! Attends !

- Non ! Il a besoin d'entendre ça et surtout de comprendre ce qui l'attend si… si…

Harry n'était pas à portée de vue, juste le roux visiblement furieux et sa compagne au visage tendu.

- Y a-t-il un problème avec Harry ?

Parce que, oui, le sentiment violent d'inquiétude venait de traverser les murs protégeant son esprit.

- Oui, il y a un problème avec Harry. Et son problème, c'est vous !

- Ron, arrête d'être aussi dramatique ! Harry nous a expliqué ce qu'il en était. Tout aurait pu se passer différemment mais ce n'est pas le cas. Il n'y a rien à ajouter. Tu tiens vraiment à ce qu'il t'en veuille au risque de ne pas te pardonner ?

Le jeune Weasley continua à dévisager Severus avec fureur. Puis, il inspira profondément, ferma les yeux avant d'expirer à nouveau et de poser son regard sur sa compagne.

- Est-ce que tu trouves ça vraiment normal ? Est-ce que tu ne crois pas qu'il aurait pu agir autrement ?

Elle détourna les yeux. Le rouquin lui prit la main.

L'inquiétude du maître des potions s'effaçait rapidement face à son agacement.

- Ne t'en fais pas. J'ai appris à faire la part des choses, ajouta-t-il avec un léger sourire.

Son expression se ferma instantanément lorsqu'il posa les yeux sur l'homme en robes noires.

- Je vous fais confiance avec la vie d'Harry. Et je suis à peu près certain que vous ferez toujours tout pour le protéger et tenter de le guérir.

Ainsi dont, il s'était décidé à en parler à ses amis. De véritables confidents, c'était une part de ce dont il avait besoin en ce moment. Il étouffa la pointe de jalousie impromptue qui le traversa.

- Mais je crois que vous êtes toujours capable de lui faire du mal, continua-t-il d'un ton glacial.

Severus sentit son souffle se bloquer dans sa gorge, le rendant incapable de vocaliser la réplique cinglante qui lui brûla soudain les lèvres, et serra les poings.

- Vous avez toujours cherché à le blesser, et je pense que cela a toujours été plus parce que vous aviez besoin de vous défouler sur quelqu'un que pour quelques vieilles rancunes. Je veux bien vous donner le bénéfice du doute et croire que vous essayez depuis longtemps de vous racheter pour les horribles choses que vous avez faites. Mais quand il s'agit d'Harry, je crois… je crois que vous êtes capable du pire. Je ne sais même pas vraiment pourquoi. Peut-être parce que tous les deux vous vous êtes haïs pendant trop longtemps ? Je n'en sais vraiment rien. Et je m'en fiche. Il n'y a qu'une seule chose qui compte : si vous l'utilisez et le brisez, je vous tuerai.

Il enregistra vaguement le hoquet de stupeur de la brune et fixa sans le voir le dos du jeune homme alors qu'il s'éloignait. Une douleur violente perforait son crâne.

Les yeux verts le fixant, une haine viscérale ce tout premier jour à Poudlard, le plaisir malsain de voir le visage plein d'arrogance du père se déconfire sous ses mots acerbes. Le visage de Lucius. Tellement de douleur. Le soulagement sans fin de sentir le corps endormi dans ses bras après des mois prisonnier de ces cachots sordides et de son esprit ébranlé. Une vieille maison décrépie perdue au milieu de nulle part, Harry trempé, le goût amer d'une potion, Harry se débattant en-dessous de lui. Harry gémissant en-dessous de lui. Harry paraissant sans vie entre ses bras, terrassé par la magie noire.

Il lutta pour ne pas chanceler.

- …ferait pas. Il est en colère. Il vous fait confiance et moi aussi. Mais Harry est dans une situation si précaire en ce moment. Plus précaire qu'on ne le pensait. Bien plus.

Les grands yeux chocolat qui le fixaient semblaient anormalement humides.

- Ce qui s'est passé entre vous… ce n'est pas nos affaires. Mais, s'il vous plaît, prenez soin de lui. Même s'il veut se montrer fort et fier, si vous l'abandonnez maintenant, je ne sais pas si… Nous l'aiderons toujours, nous allons chercher partout où nous pourrons. Il… Il est…

Sa voix vacilla puis se brisa et elle se détourna pour rejoindre son compagnon au moment où les larmes roulaient sur ses joues.

Severus… S'il vous plaît….

- Occlude, marmonna-t-il. Occlude. Occlude ! Occlude !

Son crâne semblait sur le point d'exploser tant la douleur était intense. Des images, des voix et des sensations l'assaillaient, l'engloutissaient.

Et puis, soudain, il n'y eut plus qu'un bruit blanc, bourdonnant mais uniforme. Il s'en contenterait.

Il avança d'un pas contrôlé vers la maison, salua son colocataire d'une voix calme et se dirigea vers son laboratoire.

- Vous voulez souper ? Je vous ai gardé une part.

- Non merci, Harry.

Prenez soin de lui.

Ses cernes étaient plus profonds. Sur son visage apparaissaient certains tics - une ligne sur le front, une ombre dans son regard, une grimace au coin des lèvres - qui laissaient imaginer qu'il avait eu une crise récemment. Devant ses amis, apparemment. Une révélation avait dû en mener à une autre.

Prenez soin de lui.

Il pénétra dans son laboratoire, déposa machinalement les ingrédients à leur place, s'assit et s'efforça de ne penser absolument à rien. Au bout d'un temps indéfini, il prit une potion de sommeil sans rêve et monta dans sa chambre.

Une seule chose ne parvint pas à se déloger de son esprit lorsqu'il ferma les yeux : l'envie presque irrépressible de serrer Harry dans ses bras.

A suivre…

Cela avance doucement mais les choses s'accélèrent un peu dans le prochain chapitre... qui s'allonge un peu plus à chaque fois que je le relis... x)
Bref, à la prochaine !