Bonjouuur !
Alors nous y sommes, le vingt-septième chapitre qui marque la fin du deuxième axe de L'Indicible :)
Pour une fois, ce que je vais dire ici est plutôt important : je ne sais pas quand je posterai la suite ! Peut-être pas dans un mois, mais peut-être pas dans une semaine, ça dépend de plein de petites choses et notamment de la plus aléatoire d'entre toutes : l'inspiration. En plus, je vais faire comme Titou (= bêta) et bouger un peu en août ^^ Mais je peux vous dire que la suite et fin de la fic est planifiée à 95% !
Bon, sur ce je vous laisse lire et vous souhaite une agréable lecture :3
A bientôt !
Chapitre 27 : Quelque autre monde
- C'est tout de même ironique que des romanciers moldus décrivent des univers parallèles dans leurs livres et concluent que l'humanité n'est pas suffisamment mature pour y accéder ; ce sont même parfois les peuples de ces contrées imaginaires qui condamnent les hommes – en l'occurrence, les Moldus – et leur interdisent l'entrée desdits univers. Mais si les Moldus se remettent eux-mêmes en question, n'est-ce pas la preuve qu'ils ont atteint une certaine sagesse, une espèce d'humilité, et pourquoi pas...
Des bruits de pas dans les couloirs mêlés à des cris de joie interrompirent l'exposé de Mr. Wistily, lequel consulta sa montre. Il regarda à nouveau ses élèves qui commençaient à trépigner mais qui n'osaient pas commencer à ranger leurs affaires sans sa permission.
- Vous pouvez y aller.
Sa déclaration fut immédiatement suivie de raclements de chaises et de joyeux babillages, ce qui l'obligea à hausser le ton pour se faire entendre par-dessus le brouhaha :
- À la rentrée, nous commencerons à étudier le roman gothique. Passez de bonnes vacances, jeunes gens !
Plusieurs « merci » et « bonnes vacances » lui répondirent avant que les élèves désertent la salle de classe un peu trop rapidement au goût de l'enseignant. Il ne put cependant s'empêcher de les couver d'un regard attendri tandis qu'ils s'en allaient les uns après les autres, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que les Maraudeurs.
Percy se tourna vers eux avec un sourire.
- Des adultes doivent vous chercher à Pré-au-Lard et vous emmèneront par transplanage d'escorte au Terrier, est-ce bien que ce qui est prévu ?
- C'est ça, confirma James. Enfin, sauf pour Siri.
- J'y vais en moto, précisa l'intéressé que cette idée semblait réjouir.
- Tu ne viens pas avec nous ? demanda Peter d'une petite voix.
Le professeur ne releva pas le tutoiement vu qu'il passait presque autant de temps avec les Maraudeurs en cours qu'en dehors de l'école, ainsi que l'illustrait l'anniversaire de Fabian Prewett auquel ils étaient tous les cinq invités.
- Je vous rejoindrai directement là-bas ; je dois d'abord passer voir le directeur.
- Alors à tout à l'heure, dit Remus.
Percy acquiesça, puis fit un peu de rangement sur son bureau pendant que les quatre garçons se retiraient. Il leva les yeux juste à temps pour apercevoir le clin d'œil espiègle de Sirius, sourit comme une collégienne et secoua la tête, désabusé par son propre comportement.
Le Weasley était en train de régresser : même quand il était encore élève ici, il n'était pas si nunuche.
Enfin, il verrouilla soigneusement sa salle de classe vide et s'en alla à travers les couloirs de l'école, slalomant entre les professeurs, les retardataires et ceux que rien ne pressait car ils demeuraient au château pendant la semaine de vacances. Ses pas le menèrent devant la gargouille qui gardait l'entrée du bureau de Dumbledore. Il prononça le mot de passe, s'engagea dans l'escalier en colimaçon et gagna l'étage supérieur. La dernière porte était entrouverte. Percy y toqua malgré tout avant d'entrer.
- Mr. Weasley, le salua Dumbledore. Comment allez-vous ?
- Bien, merci.
Et j'irai mieux après vous avoir donné ce que vous voulez, ajouta-t-il pour lui-même.
Le directeur l'observa d'un air songeur et, comme trop souvent à l'avis de Percy, donna l'impression de lire dans son esprit en sortant la Pensine de son armoire pour la poser sur son bureau.
- Vous pouvez commencer quand vous le désirez.
- Je crois que le plus tôt sera le mieux, confia le jeune homme.
Néanmoins, ses doigts tremblèrent un peu au moment de se saisir de sa baguette. Percy inspira profondément et, d'un geste plus assuré, arracha un premier souvenir à sa mémoire. Il s'agissait du jour de sa rencontre avec Harry Potter. Ce n'était certes pas le souvenir le plus pertinent qu'il possédait et qui était susceptible d'intéresser Dumbledore, mais Percy jugeait approprié de montrer autant de facettes que possible du jeune Harry au vieux Sorcier.
Souvenir après souvenir, année après année, il déversa dans la Pensine le parcours de celui qui deviendrait l'Élu, mais aussi sa propre dispute avec ses parents parce qu'il refusait de croire au retour de Voldemort, et toutes ses conséquences – son rôle au Ministère de la Magie, notamment. Il n'épargna pas l'enterrement de Dumbledore. Il donna aussi les éternelles négations du gouvernement, la montée en puissance du Seigneur des Ténèbres, les meurtres. Pour finir, il sortit de sa tête la bataille de Poudlard et encore, toujours plus de morts.
La cession d'autant de souvenirs laissa Percy pantelant. Une fois que la dernière substance argentée se mit à tourbillonner avec les autres au creux de la bassine, il dut se retenir au rebord du bureau pour ne pas s'écrouler. Dumbledore le fit s'asseoir dans un fauteuil et lui apporta une potion que le professeur ne chercha même pas à identifier avant de l'ingurgiter. Petit à petit, la tête cessa de lui tourner.
Remettre un souvenir à une Pensine ne provoque pas sa disparition pure et simple dans l'esprit du sujet. Si la connaissance des événements demeure intacte, les sensations associées à l'acquisition du souvenir, en revanche, s'évaporent instantanément, de même que la plus grande partie des émotions. En définitive, Percy en savait à peu près autant de la Seconde Guerre des Sorciers que n'importe quel élève qui l'aurait étudiée à l'école, à présent. Il ne parvenait pas à déterminer si c'était une bonne ou une mauvaise chose, mais l'absence soudaine d'émotions quant à son passé avait quelque chose d'apaisant. C'était comme si un éternel bruit de fond venait de s'interrompre soudainement.
- Ça va mieux ? s'enquit doucement le directeur.
Percy hocha la tête.
- Oui, merci.
Dumbledore lui tendit une boîte de dragées surprises de Bertie Crochue et il piocha dedans sans réfléchir. Une forte saveur de curry envahit ses papilles, ce qui eut le mérite de lui donner un vrai coup de fouet. Pendant ce temps, le grand Sorcier fixait la surface étincelante des fragments de mémoire qu'il venait de recueillir. Sans doute était-il impatient de s'immerger dedans.
Il était trop tard pour se demander si Percy avait pris la bonne décision en coopérant pleinement avec le directeur.
- Je vais y aller, annonça-t-il en se levant précautionneusement.
- Très bien, répondit Dumbledore avec une expression aimable. Je vais consulter et trier ces souvenirs sans tarder, et nous pourrons nous entretenir à leur sujet la semaine prochaine.
- Cela me convient.
- À bientôt, dans ce cas. Je vous remercie de votre collaboration.
Percy avait déjà atteint la porte. Il inclina légèrement la tête.
- Au revoir, monsieur.
- Bonnes vacances.
Le soi-disant Mr. Wistily quitta la pièce
Au Terrier, Sirius s'était rongé les ongles de la main droite jusqu'au sang, et s'attaquait maintenant à ceux de son autre main. Il savait parfaitement ce que Percy était en train – ou avait terminé – de faire, et pour cause : le rouquin lui en avait parlé la nuit même. À ce moment-là, la voix tendue de Percy avait suffi à elle seule à tirer Sirius de la douce léthargie dans laquelle le plongeaient généralement leurs ébats.
Percy avait choisi de remettre une bonne partie de ses souvenirs à la Pensine de Dumbledore. Cette perspective inquiétait le Gryffondor plus que de raison, certainement, mais il était on ne peut mieux placé pour savoir que les souvenirs de Percy étaient à prendre avec des pincettes. Le passé du professeur d'Étude des Moldus le mettait souvent dans un état lamentable ; il craignait fort de ramasser Percy à la petite cuillère quoi qu'il arrive et, de ce fait, guettait l'arrivée de son amant devant la maison quand le père de celui-ci l'attira légèrement à l'écart, avec l'intention visible d'engager une conversation sérieuse. Le jeune animagus le suivit sans mot dire, la peur au ventre.
- J'aimerais te parler... commença Arthur.
- Je vous en prie, articula Sirius avec la sensation qu'une semelle de cuir avait pris la place de sa langue.
- Tu peux me tutoyer.
Sirius lui rendit difficilement son sourire.
- Je vois à ton anxiété que tu sais de quoi je veux te parler, reprit le père de famille.
Sa déclaration eut pour conséquence de faire blêmir le pauvre Sirius qui se préparait mentalement à nier avec aplomb tout ce qu'Arthur lui dirait au sujet de son benjamin – celui de vingt-quatre ans. Mince, cela faisait-il de Percy l'aîné de sa fratrie ?
- Écoute, je t'aime bien, alors j'accepte de fermer les yeux à condition que tu ne parles à personne de notre arrangement.
- Fermer les yeux sur... ?
Arthur lui sourit d'un air à la fois sarcastique et curieusement complice, avant de faire couler son regard vers la moto de Sirius, garée à quelques mètres de là. À vrai dire, le jeune Black ne s'était même pas rendu compte qu'ils s'en étaient sensiblement rapprochés en marchant. Il fronça les sourcils jusqu'à ce que les dernières paroles de son aîné fassent sens dans sa tête. Le soulagement lui donna envie d'éclater de rire, même si s'être fait remarquer par un fonctionnaire travaillant au Service des détournements de l'artisanat moldu n'était pas très malin.
- Oh... merci... bredouilla-t-il en essayant de cacher à son vis-à-vis qu'il s'attendait à pire.
- En fait, tu pourrais me donner un coup de main.
Sirius l'interrogea du regard, désireux de s'attirer la sympathie de quelqu'un capable de faire saisir sa motocyclette adorée, à plus forte raison quand ce « quelqu'un » pouvait potentiellement devenir son beau-père dans un avenir pas si lointain que ça, avec un peu de chance.
- Penses-tu qu'il est possible de faire voler une voiture de la même manière ? demanda Arthur de but en blanc.
L'élève écarquilla les yeux. Heureusement, l'accueil chaleureux réservé à Perceval Wistily lui permit de s'éloigner relativement discrètement, remettant cette étrange discussion à plus tard.
Percy faisait la bise à Franck et Alice quand Sirius l'interrogea du regard. Le sourire franc qu'il reçut en retour le rassura, mais cela ne l'empêchait pas de maudire tous les invités qui l'empêchaient de poser des tonnes de questions à son homme (et plus si affinité).
- Partant pour un match de Quidditch ? l'interrogea la future Mrs. Londubat sans attendre que son ancien professeur eut salué tout le monde.
Le professeur en question rit gentiment face à son enthousiasme qui ne datait pas d'hier.
- Je passe mon tour.
- Je vous l'avais bien dit, rappela Sirius en haussant les épaules. Cette tête de pioche a décidé qu'il n'aimait pas voler.
- Et cette deuxième tête de pioche en a naturellement fait un challenge personnel, précisa Percy.
Comme à son habitude, Franck les regarda se chamailler d'un air où l'amusement le disputait à la curiosité.
- Bon, si Marlene veut bien se dévouer, on peut faire un match six contre six, sans Attrapeurs.
Le temps que Percy entre dans la maison, dise bonjour à tout le monde et se fasse présenter des Sorciers dont le nom lui était familier comme Marlene McKinnon et Edgar Bones, deux équipes de Quidditch s'étaient formées : elles opposaient Alice, Marlene et les Maraudeurs à Arthur, Fabian, Gideon, Edgar, Dedalus Diggle et Sturgis Podmore. Les invités restants mirent leurs vestes pour aller assister au match amical, et Percy se retrouva entre Molly qui tenait son dernier enfant contre elle et Franck qui marmonnait ses commentaires par habitude.
Molly dut s'apercevoir que Percy jetait de temps à autre des coups d'œil à sa version miniature et baveuse, car elle lui proposa de le prendre dans ses bras. Il fit de son mieux pour refuser fermement cette offre sans pour autant froisser la jeune mère, arguant qu'il s'y prenait très mal avec les bébés, ce qui était parfaitement vrai.
- Avez-vous l'intention d'avoir d'autres enfants ? s'enquit-il en reportant son attention sur le match, ou plus précisément sur un certain Batteur tout à fait à son goût.
- On ne sait pas trop, avoua-t-elle. Arthur aimerait avoir une promotion avant d'envisager un autre enfant, mais l'idée lui plaît dans l'absolu. On pourrait essayer d'avoir une fille.
Percy hocha la tête et réprima un sourire. Si elle savait...
- Arthur se débrouille bien, commenta-t-il. Jouait-il dans une équipe à Poudlard ?
Il connaissait évidemment la réponse à cette question, mais faire la conversation à Molly lui était agréable.
- Oui. Il est devenu Gardien remplaçant pendant sa cinquième année. Gidé a joué quelques matchs avec lui, ce doit être pour ça qu'ils s'entendent bien. Le Quidditch rassemble les hommes, pas vrai ?
- Et les femmes, intervint Franck en désignant Alice du menton.
- Et les femmes, concéda Molly, mais sans moi.
- Pareil pour moi, pouffa Percy.
La maîtresse de maison choisit de s'éclipser entre deux buts pour continuer à préparer le dîner avec l'aide de Ted Tonks qui se révélait excellent cuisinier. Andromeda garantit à Percy que son gratin d'aubergines valait à lui seul de s'être faite renier par la famille Black.
La première équipe à avoir accumulé cent points fut celle d'Alice, marquant ainsi la fin du match. Fabian réclama néanmoins une revanche après le dîner, ce à quoi James répondit qu'ils seraient absolument ravis de leur faire mordre la poussière une seconde fois, et c'est au milieu de ce chahut amical que Sirius vint se poser près de son amant pour lui susurrer :
- Je n'ai pas droit à un baiser de victoire ?
- Plus tard, cornichon inconscient, murmura Percy en regardant résolument ailleurs. Bon match, ajouta-t-il à voix haute.
- Merci, professeur. Est-ce que vous voulez bien venir jeter un coup d'œil à ma moto ? Je l'ai trouvée bizarre, à l'aller.
L'aîné fronça les sourcils mais consentit à suivre son élève un peu à l'écart dans le jardin tandis que les invités se pressaient à l'intérieur.
- J'ose espérer que ce n'est pas une métaphore pour désigner ta...
Mais Sirius fit brusquement volte-face dès qu'ils se trouvèrent à la hauteur de la moto.
- Comment ça s'est passé ?
Percy s'arrêta un peu trop près de lui pour que cela soit convenable, un peu trop loin pour que cela soit intime.
- Plutôt bien, alors cesse de t'inquiéter, le tempéra-t-il.
- « Plutôt », seulement ?
- C'était éprouvant, néanmoins vomir toutes ces émotions dans une Pensine m'a soulagé d'un poids, en quelque sorte.
- Comme c'est joliment dit.
Percy lui sourit. Il s'assit sur la moto et enfouit ses mains glacées dans ses poches. Sirius, quant à lui, avait suffisamment bougé pour ne plus souffrir de la fraîcheur de cette fin de février.
- Tu crois au destin, toi ?
- Tu es la raison pour laquelle j'y crois, rétorqua le Maraudeur après un instant de réflexion. Pourquoi cette question ?
- J'ai l'impression que tout se déroule avec une telle facilité, un tel naturel que c'est... c'est complètement fou. Les personnes que je rencontre, les situations que je provoque et tout le reste, ça semble couler de source.
- Ça te fait peur ?
- Bien sûr. Ma vie a toujours été une succession d'opportunités ratées, d'entreprises vaines et de choix stupides. Pourquoi cela doit-il changer ici ? Pourquoi maintenant ?
- Drôle d'endroit pour débuter une crise existentialiste, commenta Sirius.
Son professeur haussa les épaules.
- C'est simplement que je ne me l'explique pas.
Sirius souffla bruyamment en levant les yeux au ciel.
- Et c'est si grave que ça ? Faudrait-il vraiment pouvoir tout expliquer ? Il y a tellement de choses incompréhensibles et injustifiées dans ce monde : le moteur des motocyclettes, les cours de Divination et ta coupe de cheveux, sans oublier ton obsession inquiétante pour ma crème pour les mains... tout ça, ça n'a aucun sens. Ça ne répond à aucune loi connue.
- En définitive, concernant le moteur, je peux t'expliquer la réaction très simple qui s'opère durant...
Mais son élève le coupa d'un geste de la main et Percy se tut docilement, amusé par l'énergie que mettait Sirius dans ce sermon.
- Ce que j'essaie de te dire, c'est qu'on ne peut pas tout expliquer. C'est plutôt l'inverse, maintenant que j'y pense ; les meilleures choses dans la vie ne s'expliquent pas. Écoute, tu m'as demandé plusieurs fois ce que je te trouvais. Je pourrais t'énumérer la moindre de tes manies et te dire combien chacune d'elles me fait craquer. Je pourrais décrire ton corps entier les yeux fermés et sans omettre une seule tache de rousseur. Je pourrais te répéter chaque mot que tu m'as adressé depuis qu'on se connaît et t'avouer à quel point il m'a touché, surpris, énervé, amusé... troublé.
Percy avait perdu peu à peu son sourire. Il déglutit avant d'inciter son interlocuteur à poursuivre :
- Mais ?
- Mais ce serait ridicule et terriblement gênant pour moi. D'ailleurs, je songe très sérieusement à te lancer un sortilège d'amnésie dès que tu auras le dos tourné.
L'enseignant s'esclaffa, un tantinet étourdi par ce qu'il entendait. Il avait d'ores et déjà les oreilles brûlantes mais Sirius n'en avait pas terminé avec lui.
- Ce que tu dois retenir de cette approche maladroite qui part un peu dans tous les sens, c'est que je t'aime tellement que ce... c'est... ce n'est pas...
- Raisonnable ? tenta Percy.
- Voilà.
Mr. Wistily dévorait le jeune homme des yeux, le cœur battant si fort que c'en devenait légèrement douloureux. Mais c'était une « bonne » douleur, et il ne désirait pas spécialement qu'elle s'arrête. Ou même pas du tout, en fait.
- Moi aussi.
C'était un endroit étrange pour dire cela pour la première fois : le jardin de la maison familiale où tous ignoraient son appartenance au clan Weasley, à côté d'une moto illégalement ensorcelée. Percy chassa cette pensée. Non. C'était le meilleur endroit du monde.
- Moi aussi, je t'aime.
Percy se leva, frôla furtivement de ses lèvres le sourire bienheureux de son amant et murmura :
- Rentrons avant qu'ils ne se posent des questions.
Sirius le suivit docilement jusqu'à l'entrée de la maison, où il l'attrapa par le poignet, le força à lui faire face et le plaqua contre la porte avant de l'embrasser avec un empressement auquel Percy ne trouva rien à redire. En vérité, plutôt que de la condamner comme il aurait pu être tenté de le faire en temps normal, il jugea cette impétuosité bien agréable, pour ne pas dire excitante. Et quand Sirius s'arracha à ses lèvres, Percy avait la tête qui lui tournait à nouveau. Sirius ouvrit la porte en lui chuchotant quelque chose qu'il n'entendit pas.
Il perdit connaissance.
On avait installé le Mr. Wistily inconscient dans la chambre du petit Percy qui, lui, dormait paisiblement dans son lit à barreaux. Sirius était assis au pied du canapé où son amant était étendu et avait le regard vague, quand James entra dans la pièce sur la pointe des pieds.
- Ça va ? fit-il à voix basse pour ne réveiller aucun des deux Percy.
Patmol hocha la tête alors que son meilleur ami prenait place sur une chaise. James ajouta :
- Putain, ça me rappelle la nuit où il a débarqué à Poudlard.
- Moi aussi, avoua Sirius en riant aussi doucement que possible.
- Il s'est passé quoi ?
- Je l'ai embrassé.
James dut prendre sur lui pour étouffer son fou-rire naissant et il n'était aucunement aidé par l'hilarité de son compère.
- Sérieusement ? Mon pauvre, j'imagine comme ça doit freiner votre activité sexuelle...
- C'est la première fois que ça arrive, protesta Sirius que l'inquiétude regagnait.
À l'autre bout de la chambre, le petit Percy commença à remuer dans son sommeil.
- On ferait mieux d'y aller, chuchota James. Ne t'inquiète pas pour Wistily. Il a peut-être juste besoin d'un peu de repos et il n'ira pas mieux si tu le mattes dormir.
Sirius finit par obtempérer. Il attendit néanmoins que le Poursuiveur quitte la chambre pour déposer un baiser sur la joue de son amant, après quoi il s'en alla en jetant un dernier regard par-dessus son épaule.
Peut-être était-ce le bruit de la porte que Sirius referma derrière lui qui réveilla Percy, ou alors il s'agissait des pleurs de son jeune double. En tout cas, le professeur se redressa et il ne lui en fallut pas davantage pour comprendre qu'il avait toujours des vertiges. Il mit cela sur le compte des effets secondaires de l'extraction de ses souvenirs par dizaines. Les plaintes du bébé lui vrillaient les tympans même si elles n'avaient pas l'air si fortes que ça.
- Tais-toi... grogna Percy en se prenant la tête entre les mains.
Les pleurs redoublèrent, ce qui poussa le professeur à se lever rageusement et à tituber vers le lit à barreaux. Et puis il croisa le regard de l'autre lui-même. Les deux Percy s'immobilisèrent en se reconnaissant mutuellement. Les vertiges du premier avaient cessé les larmes du second avaient tari.
Quand le bébé tendit sa petite main potelée vers lui, Percy crut qu'il allait fondre en larmes. Il se contenta pourtant de soulever le Percy format poche et de le prendre dans ses bras. Il n'aurait pas agi avec plus de délicatesse et d'appréhension s'il avait eu entre les mains un vase vieux de plusieurs siècles... ou une bombe.
L'aîné étouffa subitement un sanglot.
- Je ne... articula-t-il.
Il hoqueta et reprit son souffle.
- Je ne te hais pas, petit. Je ne te hais plus.
Dans un éclair de lucidité, Percy réalisa que son esprit s'effilochait. Il reposa l'enfant dans son lit aussi calmement que possible en tâchant de garder l'équilibre. Il enfouit son visage bouillant entre ses mains glacées et tremblantes et comprit avec horreur que ses poumons étaient figés. Il suffoquait. Et d'un seul coup, ses sens moururent et la douleur le quitta, ce qui n'était pas pour le rassurer, au milieu de cette chambre plongée dans un silence assourdissant. Mr. Wistily sombra et, au dernier moment, s'étonna de ne pas entendre son corps heurter le plancher.
Une dizaine de minutes plus tard, quand Sirius retourna dans la chambre avec l'intention de réveiller Percy, il la trouva déserte. Seul dans la pièce, le bébé le fixait de ses grands yeux bleu-gris.
Pour les réclamations/insultes/menaces de morts/autres, s'adresser à la bêta *part se planquer* xD Plus sérieusement, merci d'avoir lu jusqu'ici, et j'espère vous revoir avec le dernier axe qui sera particulièrement décisif :) N'hésitez pas à me poser vos questions, à me donner votre avis sur ce deuxième axe en général, ou à me dire ce que (ou qui) vous vous attendez à (re)trouver dans les prochains chapitres, ça m'intéresse ! Bises !
P.S. : Le 28ème chapitre s'intitulera "La lettre perdue" :)
