Chapitre vingt-huit

Debout devant son miroir, Rick tentait nerveusement de terminer de se préparer. Il tenait deux cravates devant lui, essayant de déterminer laquelle complèterait le mieux sa tenue. Alexis arriva à son tour.

- Ni l'une ni l'autre, dit-elle en attrapant une troisième cravate qu'elle posa devant lui.

- Mhm ! Toi t'as l'œil, admira-t-il…Chérie, je sais que ça doit pas être évident pour toi de me voir me faire beau... que les parents ne doivent pas avoir de vie, mais…

- Je me doute bien que tu fais avec Beckett des choses dont je ne parlerai jamais avec toi ! Et je vois bien que Beckett te rend heureux.

- Ça ne t'ennuie pas, que je sorte avec elle ?

- Pas du tout ! Pour une fois que tu sors avec quelqu'un qui n'est pas superficielle ! Je la trouve géniale, et je suis contente que tu aies trouvé quelqu'un pour veiller sur toi.

- Merci chérie.

- Et pour toi ? C'est quoi le souci ?

- Il n'y a pas de souci !

- J'te connais, je vois bien que quelque chose te tracasse…

- Non, ça va… C'est seulement que… Je me demande bien pourquoi Kate a décidé de m'emmener dans ce restaurant…

- Elle veut te faire plaisir…

- En dépensant une somme astronomique pour un dîner ?

La sonnerie retentit, annonçant l'arrivée de Beckett.

- Ça va bien se passer, assura Alexis.

- Ouais.

Il se rendit dans l'entrée et s'arrêta en la découvrant. Il la trouvait déjà magnifique en temps ordinaire, mais là… Elle portait une robe rouge merveilleusement moulante, des chaussures à talons et une pochette assorties. Ses cheveux relevés en un chignon bouclé lui donnaient un air de déesse grecque.

- Papa, reviens parmi nous ! Ricana Alexis.

- Euh… Oui… Bonsoir Kate, tu es sublime !

- Merci, tu n'es pas mal non plus, sourit-elle.

- …

Voilà qu'il était nerveux comme un collégien lors de son premier rendez-vous ! Pourvu que ça se termine mieux que la fois où il avait invité Cindy Lawman à aller au restaurant à l'âge de quatorze ans ! Il lui avait fallu plus d'un an pour trouver le courage de tenter à nouveau l'expérience !

- On devrait y aller ! dit Kate, elle aussi légèrement nerveuse.

- Ne nous attendez pas ! fit Castle à l'attention de sa mère et de sa fille.

- Passez une bonne soirée ! Sourit Alexis.

- Amusez-vous bien les enfants, lança Martha. Et ne vous en faites pas pour nous, on saura se débrouiller !

Dans le taxi qui les emmenait au restaurant, Castle engagea la conversation de façon un peu maladroite.

- Je ne t'imaginais pas aller au Dragon !

- Ah oui ? Et pourquoi moi, je n'irais pas là-bas ?

- Eh ben… Euh… C'est… J'crois que je ferai mieux de me taire !

- Ouais… Il y a vraiment des fois où tu rates des occasions de te taire !

- Désolé.

Elle sourit et l'embrassa sur la joue.

- Tu es mignon, quand tu es embêté.

Le restaurant était sublime, chic et romantique.

- Et bien! Souffla-t-il en entrant. Je ne pensais pas que tu réussirais à avoir une table!

- Moi aussi j'ai des relations... A la direction de l'hygiène ! Expliqua-t-elle en souriant.

- Waow! Joli abus de pouvoir! Je suis impressionné! Admira-t-il.

Elle sourit de nouveau, fière d'elle. Un garçon vint les chercher pour les emmener à leur table. Ils venaient à peine de s'installer qu'une sublime femme vint les aborder.

- Rick Castle ! Quel heureux hasard !

- Amanda ?

- Alors, monsieur le célibataire numéro 9, on ne répond pas aux coups de fils de la célibataire numéro 3 ?

- Euh…

- En tout cas, le destin a décidé de se mettre de mon côté, sourit ladite Amanda.

- Bah… Euh…

- Alors, je peux espérer avoir votre réponse à mon invitation…

- Tiens donc ? Je suis curieuse de connaître cette réponse, fit la voix de Beckett.

- Oh ! Vous êtes en charmante compagnie, fit Amanda en semblant découvrir la présence de Beckett.

- Bonsoir, je suis le lieutenant Kate Beckett, annonça celle-ci d'un air légèrement agacé.

- Oh ! Vous êtes ce policier qu'il suit pour ses romans ? Enchantée ! Minauda-t-elle, avant de se tourner à nouveau vers Rick. Alors Rick, et si on disait demain soir, même endroit, même heure ?

- Je suis flatté, Amanda, bafouilla Castle, mais ça ne va pas être possible.

- Un autre soir alors ?

- Non, ça non plus, ça ne sera pas possible, déclina-t-il.

- Ah bon ? Et pourquoi ?

- Parce qu'il a une petite amie, grogna Kate en se rappelant au bon souvenir de la casse-pied.

- Une petite amie ? Qui ? S'étouffa cette dernière.

- Vous ne lisez pas les journaux ? Grinça la détective.

- Oh ! Fit Amanda en écarquillant les yeux.

Castle regardait sa muse défendre son territoire, le sourire aux lèvres. L'importune se décomposait sous le regard de tueuse de Kate et finit par comprendre qu'il valait mieux pour elle, qu'elle fasse une croix sur le célibataire numéro 9 et passe son chemin.

- Bon ! fit Kate, on va enfin pouvoir se mettre à table !

- …

Rick avait le sourire jusqu'aux oreilles et la regardait sans rien dire.

- Quoi ?

- On t'a déjà dit que tu étais mignonne, quand tu étais en pétard ? Demanda-t-il. J'adore te voir en pétard !

- …

Elle le regarda en fronçant les sourcils.

- Sauf, quand c'est contre moi ! Ajouta-t-il rapidement.

Elle se détendit et sourit à son tour. Ils passèrent commande et se recentrèrent sur leur soirée en tête à tête.

- Vous pourriez nous amener une nouvelle corbeille de pain, demanda-t-elle au serveur en plein milieu du repas.

- Tout de suite madame, sourit celui-ci.

- Les portions sont vraiment minuscules ! expliqua-t-elle devant le regard interrogateur de celui-ci. C'est ce que je n'aime pas dans ce genre de restaurant.

- Pourquoi as-tu voulu venir ici, si tu n'aimes pas ça ?

- Euh…Si ! Si ! J'aime bien ! C'est juste que…

- Kate, je commence à te connaître, tu sais ! Et là, je lis sur ta jolie frimousse, que tu n'es pas à l'aise ici et apparemment les plats ne te nourrissent pas suffisamment !

- Ok ! Je voulais faire ça pour toi ! Avoua-t-elle avec une mine contrite.

- Pour moi ?

- Je voulais t'inviter à dîner, mais… Heu… Rahh ! Je voulais un restaurant qui soit assez bien pour toi… Je sais que tu aimes ce genre d'endroits, expliqua-t-elle en désignant le faste de l'endroit.

- Tu sais que tu es que tu es marrante, dans ton genre, sourit-il.

- Marrante ? répéta-t-elle perdue.

- Je ne nie pas le fait que j'ai souvent dîné dans ce genre d'endroits, mais ça n'est pas le genre d'endroit que je préfère, assura-t-il.

- Ah non ?

- Non. Le genre d'endroit que j'aime, c'est celui où tu es à l'aise, où tu t'amuses et où tu es heureuse, Kate. Tu aurais aussi bien pu m'inviter à manger un hot dog dans Central parc !

- Ou un cheeseburger chez Remy ?

- J'adore les cheeseburger !

Elle sembla soulagée d'un poids énorme tout à coup et son sourire éclatant refleurit sur son visage.

- Voudrais-tu qu'on aille se manger un bon cheeseburger chez Remy ? Proposa-t-il.

- Quoi ? Maintenant ?

- Oui, maintenant ! Moi aussi je suis affamé, avec leurs portions ridicules !

Elle sembla réfléchir un moment, puis haussa les épaules.

- Oh ! Pourquoi pas !

Ils réglèrent l'addition, puis en parfait gentleman, Rick lui offrit le bras et ils quittèrent le restaurant.

- Au fait, tu ne m'as toujours pas dit pourquoi tu voulais m'emmener au restaurant, fit Rick en piquant une frite délicieusement banale dans son cornet.

- Je voulais t'offrir quelque chose, dit-elle après une légère hésitation.

- Un cadeau ? En quel honneur ?

- Parce que je t'aime, ça n'est pas suffisant comme raison ?

- …

- Tiens, dit-elle en lui tendant un petit écrin.

Emu, il s'en saisit et l'ouvrit.

- Une clé ?!

- C'est ta clé, expliqua-t-elle. Celle qui ouvre mon appartement.

- …

- C'est trop tôt peut-être, s'excusa-t-elle devant son silence.

- Non, c'est parfait, répondit-il en s'emparant de ses lèvres.