Suite, et fin.

Vous n'imaginez pas la sensation ignoble de laisser là Lunacy Crack.

Pour la fin, qui peut surprendre, sachez que je ne l'ai jamais imaginée autrement. Toute mes excuses pour les éventuelles déceptions.
Merci d'avoir fait vivre Lunacy, et moi par la même occasion.


Les lourdes portes se refermèrent bruyamment derrière Lunacy, et la firent sursauter. Elle jeta un regard inquiet sur le cadavre de Sif qui s'était mis à briller d'une lueur bleue, avant de disparaître. Elle leva un sourcil et décida d'ignorer le phénomène, tournant le dos aux portes et faisant face à la Salle des Reliques.

La pièce était davantage un couloir qu'une salle. Elle était éclairée faiblement, et le silence y était total. Lunacy entendait difficilement sa respiration, si bien que l'atmosphère lui parut lourde et mystique. A chacun de ses pas, elle attendait le bruit de ses bottes sur le marbre, en vain. Contre sa peau, Nekhen semblait plus vivante que jamais. A la surface de la pierre, de légères pulsations battaient au rythme de son cœur, tranquillement, mais sûrement. La Pierre avait conscience qu'elle allait retrouver ses sœurs, elle avait conscience que tout prendrait fin cette nuit-là. Lunacy déglutit et observa la salle autour d'elle.

Elle s'en voulut d'être aussi impressionnée : le lieu n'était rien de plus qu'un musée, et des musées, elle en avait cambriolé des dizaines. L'obscurité, le silence, la nécessité d'être le plus discret possible, elle connaissait tout ça. Mais l'air était empreint de quelque chose qu'elle n'arrivait pas à identifier, et cela la fascinait autant que ça l'effrayait.

« Alors pourquoi fais-tu cela ? »

Lunacy sursauta si violemment qu'elle en lâcha le pistolet. Sa fierté reprenant vite le dessus, elle ne se baissa pas pour le ramasser, mais posa la main sur le poignard de Thor. Un homme était accoudé nonchalamment à une colonne qu'elle venait de dépasser.

« Je suis Forseti, dieu de la Justice. »

« Oh et bien, salut ! » lâcha Lunacy en faisant mine de se détourner, reprenant le dessus.

« Tu as pénétré dans la Salle des Reliques d'Asgard par la trahison, la manipulation et le meurtre. Tu dois payer. »

« Je vais payer, t'inquiète. D'ici quelques minutes, Loki va tout faire exploser, et j'ai pas la prétention de croire que je vais en sortir vivante. » rétorqua-t-elle, arrogante, en jouant avec la lame, la faisant glisser sous ses ongles comme elle l'avait souvent fait pour impressionner ses opposants. L'homme, de longs cheveux emmêlés dans une queue de cheval rapide, conserva son attitude nonchalante et ne broncha pas. Son regard impassible semblait attendre qu'elle continue de parler, mais elle n'en fit rien. De longues secondes s'écoulèrent, avant que Lunacy ne tourne les talons. La main du dieu se posa immédiatement sur son épaule. L'étreinte était ferme, mais douce, et c'est ce qui incita la jeune femme à se retourner, curieuse.

« Vous savez que si vous essayez de m'empêcher d'accomplir ma mission, je me battrai. Vous me tuerez sûrement, mais je ne vous laisserai pas sans dommages. Et Loki finira inexorablement ce que nous avons commencé. »

« Je suis le dieu de la Justice, comme je te l'ai dit. Je ne peux te laisser avancer encore. »

Lunacy se retourna tout à fait, lui faisant pleinement face. Son visage à quelques centimètres de celui du dieu, elle le toisa avec un regard noir.

« La Justice… sur Asgard, sur Terre, où que l'on soit, il faut toujours que cette notion abjecte vienne entacher les débats. La justice, d'accord, mais la justice de qui ? D'Odin ? Le puissant Odin qui mène son royaume et les autres d'une main de fer, qui règne seul et décide de ce qui est bien et de ce qui est mal ? La justice, j'en ai ma propre définition. Alors ne vous avisez jamais d'agir avec moi en invoquant ce subterfuge. » grinça-t-elle. « Sinon, dieu ou pas, je vous tuerai. »

Le dieu recula d'un pas, s'éloignant de la lame que Lunacy avait appuyée contre sa chemise de chanvre.

« Dans ce cas… » invoqua-t-il d'une voix douce avant de disparaître dans un tourbillon. Lunacy resserra sa prise sur son arme, attendant qu'il réapparaisse, mais il n'en fit rien, et de longues secondes s'écoulèrent avant qu'elle ne respire à nouveau normalement. Sans perdre plus de temps à détailler la pièce, elle se mit à courir en direction du fond du couloir, passant sans les voir devant les vitrines, qui contenaient des bijoux, des écrits, ou des reliques de guerre. Quand elle arriva à quelques mètres du socle principal, elle s'arrêta net. Sa respiration, saccadée, se calma quand Nekhen l'ordonna. La Pierre prenait les commandes, et Lunacy sentait qu'elle devait la laisser faire. Elle répondit à l'ordre de la Relique et avança doucement, un pas après l'autre, guettant le moindre piège, la moindre barrière qui pourrait se dresser entre les Pierres et elle. Ses pieds heurtèrent le socle, et ce dernier s'illumina violemment, mais Nekhen interdit à Lunacy de reculer. Elle ferma légèrement les yeux, et la lumière s'apaisa. Alors seulement elle osa regarder ce qui était posé sur le piédestal.

Trois Pierres inégales reposaient sur un tissu épais et pourpre. Chacune paraissait vivre, et Lunacy eut du mal à garder le contrôle sur Nekhen, tant la Pierre était avide de liberté, maintenant qu'elle sentait le moment fatidique approcher. Doucement, Lunacy tendit la main, mais elle se figea en entendant la voix d'Odin, au moment-même où les portes s'ouvraient avec fracas.

« N'y touche pas ! » hurla le dieu suprême. Lunacy fit volte-face et fut surprise de le voir haletant, les joues rosies par le combat. Il n'avait rien du dieu paisible qu'elle avait rencontré dans la Salle du Trône, mais elle comprit soudain d'où venait sa réputation de guerrier. Malgré son âge, le vieillard ne semblait pas prêt à rendre les armes. Derrière lui, Lunacy remarqua le dieu de la Justice, fraîchement rencontré. Ce dernier la toisait, comme pour la mettre au défi de se moquer de lui, ce qu'elle ne tarda pas à faire.

« Le dieu de la Justice est un cafard ! Ca m'aurait étonné ! » railla-t-elle, nullement impressionnée par les soldats qui affluaient, toujours plus nombreux, pour protéger leur souverain. Bientôt, elle fut face à une vingtaine d'hommes armés, tous pointant leurs lances sur elle. Elle attendit qu'ils attaquent, fataliste, mais rien ne vint. Derrière eux, le combat continuait avec les Caeliferis, mais aucun ne parvint à entrer dans la Salle, et les portes se refermèrent sur les derniers soldats asgardiens. Odin commença alors à parler, et elle se retint de rire, tant la ressemblance avec le grandiloquent Thor était frappante. Ces types-là parlaient, parlaient, et elle avait horreur de ça.

« Il est encore temps de nous rejoindre et de vous battre pour le Bien, Lunacy Crack. Venez voir par vous-même ce que le monde peut vous offrir, si vous quitter les Ténèbres. »

Lunacy haussa un sourcil arrogant.

« Ca a l'air tellement tentant ! Pourquoi n'y ai-je pas pensé avant ?! » demanda-t-elle théâtrale. « Ah oui, ça me revient. Parce qu'on s'ennuie, de votre côté. Vos discours sur le Bien et le Mal, votre manie d'aimer tout le monde –ou de prétendre le faire… c'est insupportable. »

« Que cherchez-vous ? » demanda soudain le dieu.

« Ce que je cherche ? »

« A prouver, à faire ? Quel est votre but, en agissant ainsi ? L'argent ? Vous ne semblez pas en manquer. »

« Ne m'insultez pas, vieillard. » cracha Lunacy, soudain agressive. « Le chaos pour le chaos, voilà ma seule motivation. »

« Précipiter la chute de l'Univers entier et vous jeter avec, vous parlez d'une motivation… » commenta Forseti depuis l'entrée, en regardant ses ongles avec nonchalance.

« Oh, toi je vais… »

Mais personne n'entendit la menace de Lunacy, car Loki venait d'apparaître, dans un fracas tonitruant. Il se matérialisa entre Lunacy et l'armée de son père adoptif, dans une explosion de lumière aveuglante. La lumière se réduit, comme s'il l'absorbait, et le dieu de la Malice parut immense et invincible. Son casque à cornes paraissait plus grand que d'ordinaire, et, bien qu'il lui tournait le dos, Lunacy pouvait deviner son regard glacial qui fusillait leurs opposants. Le silence dura jusqu'à ce qu'il ne décide de l'interrompre en se tournant vers Lunacy.

« Tu vas bien ? » lui demanda-t-il simplement. Sa question, si insignifiante, si inattendue, eut pour effet de glacer davantage le sang de son audience. Lunacy hocha la tête comme pour le rassurer, et il reporta son attention sur son père.

« Tu as perdu, puissant Odin. »

« J'ai perdu le jour où tu as rejoint le Mal, mon fils. Mais je n'ai pas terminé de défendre nos mondes pour autant. »

Loki ricana avec mépris et ne sursauta pas quand Thor, que Lunacy n'avait pas aperçu car il était derrière les troupes, s'avança, marteau en main. Il fit quelques pas et s'immobilisa, silencieux. Loki venait de faire apparaître les Pierres. Toutes flottaient à quelques centimètres de sa main ouverte, dégageant une lueur et une force palpables, mais impossibles à définir. Nekhen souffla à Lunacy que ce n'était que l'ombre des véritables Pierres, des répliques, et que ses soeurs demeuraient cachées, mais la jeune criminelle était tendue : le dénouement était imminent.

Loki se tourna vivement vers elle et tendit la main, doigts grands ouverts, comme pour attirer Nekhen, qui essaya de le rejoindre, sans conviction. Lunacy sentait qu'elle avait du mal à se décider, qu'elle avait du mal à choisir un maître. Elle sentait l'empressement de Nekhen à retrouver ses sœurs, mais les vraies Pierres n'étaient pas dans la pièce, et Lunacy sentait que le moment n'était pas venu pour Nekhen de s'éloigner. Elles devaient rester liées, et la criminelle lutta pour la retenir. Cela lui demandait toute la concentration et la force qu'elle possédait, mais elle ne lâcha rien, menant un combat face à la magie de Loki, qui plantait sur elle un regard féroce, sans comprendre cette soudaine volte-face.

Tout se passa ensuite très vite. Derrière Loki, Lunacy vit Thor lever son marteau et le lancer dans leur direction. Elle relâcha son attention de Nekhen une fraction de seconde et la Pierre se détacha de son cou, s'envolant vers les apparitions de Loki. Le dieu de la Malice réagit vivement, et remplaça d'un geste les pâles représentations par les Reliques originales. Le temps se stoppa alors : la foule derrière Odin regardait Nekhen emporter ses sœurs une à une, sans pouvoir réagir. Mjollnir se figea dans les airs, à quelques centimètres du visage de Loki, qui arborait un sourire victorieux et un regard incandescent. Seule Lunacy semblait encore en mouvement.

Elle sentait son corps s'écrouler, et elle ne réagit pas quand la vitrine derrière elle explosa. Le verre l'entailla profondément à de multiples endroits, et les trois dernières Pierres s'élevèrent dans les airs. Nekhen, qui venait d'absorber les reliques amassées par l'improbable duo criminel au cours de l'année précédente, se dirigea vers elles et les absorba à leur tour. Le temps se remit alors en mouvement et la salle sembla exploser : au moment exact où Mjollnir frappa Lunacy en pleine poitrine, Nekhen se raccrocha au cou de la jeune femme, laissant tempêter toute la puissance des Neuf Sœurs.

Lunacy fut projetée à plusieurs mètres du sol et heurta lourdement le mur derrière elle, avec une violence exceptionnelle. Un éclair fendit la pièce, projetant tout le monde au sol. Le silence pesa lourdement sur la salle, et l'assistance se releva doucement, sonnée, à l'exception de Loki qui se redressaa d'un bond. Il se précipita vers la jeune femme inanimée, mais Odin intervint et l'empêcha d'avancer davantage.

« Ne la touche surtout pas. Tu la tuerais. » cria-t-il en s'avançant vers son fils adoptif.

Loki se retourna vivement. Son casque avant disparu, et ses cheveux enchevêtrés se collaient à son visage, rendant son regard plus hargneux encore.

« Elle doit mourir, quoi qu'il en soit. Vous devez tous mourir. Je mène un projet qui vous dépasse tous ! » hurla-t-il, dément.

« Mon frère », intervint Thor, « tu as ces derniers temps découvert l'allégresse de partager ta quête avec un compagnon. Lunacy Crack ne mérite pas que tu la sacrifies ainsi. Qu'auras-tu, dans ton nouvel univers, quand tu auras perdu les seuls êtres capables de t'aimer ? Que tu le veuilles ou non, Loki, tu as chez ici à Asgard une famille. Renoncer à ta conspiration ne serait pas une défaite. C'est de tout détruire par vanité qui en serait une. »

Loki ne résista pas à l'envie de lever les yeux au ciel, et, comble de la provocation, mima même un bâillement ennuyé. Il porta son regard derrière Thor, et s'adressa à la dizaine de soldats qui attendaient patiemment qu'un ordre leur soit donné.

« Il ne vous ennuie jamais, à bavarder ? Il ne peut s'empêcher de faire de beaux discours avant de se battre. Alors que moi, je suis un homme d'action ! » ajouta-t-il en frappant le sol de son sceptre, provoquant l'explosion des lourdes portes de la Salle. Le nuage de poussière se dissipa doucement, et les Caeliferis qui avaient survécu s'engouffrèrent dans la Salle. Thor fit un mouvement pour récupérer son marteau, et s'élança dans la bataille, après avoir jeté à son frère un regard partagé entre déception et haine.

Loki profita de l'agitation générale pour se précipiter sur Lunacy, toujours inconsciente. Il sortit une mèche de cheveux de sa bouche et approcha son oreille pour vérifier qu'elle respirait encore. Rassuré, il se leva rapidement et la hissa sans effort sur son épaule. Sa tête dodelina et il vit avec horreur le collier sur lequel pendait Nekhen glisser sur le sol et s'y briser. La Pierre n'était plus qu'une simple Pierre, et toute l'énergie des Neuf Sœurs avait réellement été transférée dans le corps de Lunacy, qui n'y survivrait pas longtemps. Le dieu se précipita dans la bataille afin de traverser la pièce pour sortir. D'un bras, il maintenait le corps de la jeune femme sur son épaule, et de l'autre, il se servait de son sceptre pour éloigner ses opposants. Il constata non sans soulagement qu'Odin était occupé à l'autre bout de la Salle, mais il ne vit pas Thor bondir sur lui et l'envoyer au sol.

Il roula sur plusieurs mètres aux côtés du corps de Lunacy, et il se maudit de vérifier qu'elle était toujours en vie avant d'attraper son arme pour se défendre. Il envoya une décharge à Thor qui recula de quelques mètres avant d'envoyer à son tour un éclair. Pendant de longues secondes, tout deux utilisèrent leur magie pour s'attaque mutuellement. A de nombreuses reprises, Thor envoya son marteau sur une illusion de Loki, qui s'était rematérialisé près de lui pour le blesser. De son côté, le dieu de la Malice avait à supporter les coups de son frère, qui l'assommaient toujours un peu plus à chaque fois qu'il le frappait. Tous deux, au milieu du combat gigantesque autour d'eux, avaient perdu de leur superbe. La cape de Thor pendant lamentablement derrière lui, déchirée, et les cheveux de Loki collaient son visage, lui donnant l'air épuisé. Chacun avait perdu des parties de son armure, et le casque de Loki trainait à quelques mètres de Lunacy, toujours évanouie.

Après de longues minutes, Thor changea de stratégie. L'idée de tuer son frère ne lui apportait aucune satisfaction : pour empêcher son plan destructeur, il pouvait cependant détruire les Pierres. Il récupéra son marteau, lancé pour une énième attaque, et feint de l'envoyer à nouveau vers son frère, mais il le lança à la place en direction de Lunacy Crack. Loki réagit comme instinctivement. Quand le marteau le frôla, il l'attrapa par réflexe, et se retrouva emporté dans les airs, tant la puissance de Mjolnir le dépassait. Il réussit à se placer en bouclier, mais fut quand même projeté sur le corps de Lunacy, et le marteau les poussa tous deux jusqu'à ce qu'ils heurtent l'un des murs de la pièce.

D'un geste, Thor récupéra son arme, et le lança à nouveau en direction de son frère. La rage du dieu de la Foudre était telle qu'elle l'empêchait de réfléchir. Il avait poursuivi son frère et cette mortelle sur Midgard, lui et les Vengeurs les avaient arrêtés à plusieurs reprises, et voilà que plusieurs mois après, ils refusaient de céder à leur plan ridicule ? C'en était trop pour l'orgueilleux souverain. Si Lunacy-la-mortelle devrait mourir, qu'elle meure. Si son frère voulait la protéger, qu'il meure lui aussi. Il en avait assez de sauver des vies, il y avait un univers entier en jeu.

Pour la deuxième fois de la soirée pourtant, un phénomène mystique se produisit. Lunacy apparut soudainement entre Loki et Mjolnir, et détourna le marteau d'un geste, l'envoyant finir sa course sur un Caeliferis en plein combat. Ses yeux étaient vitreux, éclairés d'une lueur violette, et son corps semblait briller de la même lueur. Il fallut quelques secondes à Thor pour réaliser qu'elle flottait à quelques centimètres du sol. Derrière elle, Loki se redressa doucement, surpris d'être encore en vie, et perturbé par la soudaine puissance de sa mortelle protégée.

Autour d'eux l'agitation était à son comble : les épées se cognaient, la chair se déchirait, les guerriers criaient, et tout ce bruit dérangeait Lunacy, qui immobilisé l'assistance d'un geste. Seul Loki semblait encore en mouvement. Il épousseta sa tunique par réflexe et s'approcha d'elle, prudemment. Malgré son regard inhumain, elle le regardait, et il sentait que c'était elle, que c'était sa compagne de voyage, que les Pierres n'avaient pas encore pris le dessus. Il la laissa approcher, et frissonna quand elle prit ses mains dans les siennes, les joignant près de sa poitrine. Les yeux de la jeune femme retrouvèrent alors leur éclat humain, et il vit un éclair de panique assombrir leur couleur banalement marron.

« Loki, elles luttent et je ne résisterai pas longtemps avant d'abandonner les droits sur mon corps. Bientôt, leur force me tuera et elles feront de moi une bombe assez puissante pour anéantir plusieurs mondes. » dit-elle avec un affolement maîtrisé.

« Tu dois lutter, tu dois les combattre. »

« Il faut pourtant qu'elles gagnent pour que vous meniez votre projet à bien. J'espère seulement que vous savez comment maîtriser leur énergie. Sinon elles vous tueront aussi. » rétorqua Lunacy, toujours tremblante. Dans ses mains, la peau glaciale de Loki était la seule sensation qui la rattachait à la réalité. Tout le reste lui paraissait brumeux.

« Je crois savoir… »

Mais Lunacy le coupa.

« Vous ne devez pas croire, vous devez être sûr ! » dit-elle avec empressement. « Loki, vous devez réussir cette quête, vous n'avez pas le droit d'échouer maintenant ! Vous devez ouvrir cette brèche, vous devez accéder à ces mondes que vous gouvernerez ! Je n'ai pas tout sacrifié pour que vous échouiez. Vous m'avez embarquée dans la plus grande aventure de ma vie, vous avez amené la mortelle que je suis à découvrir des mondes inespérés. Au nom de ça, vous devez vivre. »

Le calme dans le regard de Loki vacilla et il déglutit avec difficulté.

« Les Pierres arrivent Loki. » reprit Lunacy, désormais franchement apeurée. « Je ne peux plus les retenir, elles vont me posséder, et vous serez seul pour les affronter. »

A la mention d'une solitude imminente, Loki réagit. Il devait trop à cette humaine pour la laisser mourir ainsi, sur une planète qui n'était pas la sienne, avec dans les yeux la peur d'une enfant.

« Je sais quoi faire. Fais-moi confiance. » lui intima-t-il avant de se rapprocher d'elle et de l'embrasser doucement. La sensation des lèvres froides de Loki sur les siennes pour la seconde fois donna de l'espoir à Lunacy. Il était là. Ce dieu abject que sa famille n'avait pas su apprivoiser, cet homme cruel que personne n'essayait de comprendre était à ses côtés, et cette pensée lui redonna espoir. Quoi qui puisse l'attendre après, elle n'aurait rien changé à sa vie. Mais la mort ne semblait pas approcher. Au contraire, les Pierres semblaient battre en retraite. Lunacy sentit Loki se tendre, et elle comprit alors qu'il absorbait la puissance des Reliques. Elle essaya de l'en empêcher, mais il était trop fort et en quelques secondes, plus aucune trace de magie de subsistait en elle. Il resserra sa prise contre elle, l'embrassant avec une chaleur qui n'était pas sienne. Lorsqu'il la relâcha enfin, il la regardait avec respect.

« Nous avons réussi, Lunacy Crack. » eut-il juste le temps de murmurer. Il recula d'un pas, et tout tourna alors très vite autour d'elle. Ses cheveux courts fouettaient son visage et son ventre se tordit, pourtant ses pieds ne bougèrent pas : c'était le décor qui changeait. Le carnage de la salle des Reliques disparût peu à peu, et le brouhaha d'une rue animée parvint aux oreilles de la jeune femme. Retenant son souffle, elle attendit que les couleurs se stabilisent pour regarder autour d'elle.

« Oh, Loki… vous avez vraiment lu en mon âme… » murmura-t-elle, les larmes aux yeux, au dieu qui était désormais bien trop loin pour l'entendre.

A ses pieds s'étendait la ville de Gotham, qu'elle avait fui, lui semblait-il, dans une vie antérieure. Avant qu'elle n'ait le temps de s'attarder sur le bruit des klaxons, une porte claqua et elle se retourna en sursaut. Son cœur s'emballa alors : ce sourire dérangeant, cette association douteuse de vert et de violet, ce regard provocant, combien de fois en avait-elle rêvé depuis son départ ?

Loin, très loin de là, par une nuit d'hiver polonais, la petite Nita Clausevitz se faisait une promesse : elle courrait le temps qu'il faudrait, mais un jour, elle trouverait un foyer où poser ses valises, et une famille pour l'adopter. En voyant sa promesse tenue, l'enfant hurla soudain de joie dans la poitrine de Lunacy Crack, et la mortelle éclata d'un rire insoumis, mêlant son hilarité à celle du Joker. Tout était bien.


Je ne pouvais finir cette histoire qu'avec les mots utilisés par JK pour clôturer Harry Potter. Parce qu'il n'y a pas plus important, à la fin d'une histoire, que de laisser nos personnages en paix.

Epilogue tout bientôt pour que Loki puisse vous faire un petit coucou avant de quitter définitivement cette histoire.

J'attends vos avis avec impatience.