Chapitre 27 – La salle des Douleurs

Ally soupira, nerveuse.

Le retour de Dain et son alliance avec Voldemort n'avait rien de bon. Preuve en était, l'archiviste Keenan, chargé de lui envoyer ses trouvailles sur sa personne, avait été méticuleusement découpé et installé dans l'énorme colis, ce qui expliquait son poids. La tunique turquoise avait été jetée par-dessus, et avait viré au violet au contact du sang frais. A présent, l'étoffe ressemblait davantage à une croûte marron qu'à un vêtement en soie.

Ally se força à réprimer son habitude de remuer la poitrine pour mimer un semblant de souffle. L'odeur, ce relent de mort, était insupportable. Elle imprégnait jusqu'à sa peau, et l'odeur de pourriture lui donna la même violente nausée que si on lui avait donné du pavot.

Le colis avait été étanchéifié, et le sceau des Archivistes, pourtant réputé infalsifiable, avait été apposé. Quelle meilleure façon de cacher un cadavre que de l'envoyer par la poste ?

A moins que ce ne fut un Archiviste qui ait tué Keenan ? Et qui s'était allié à Dain et Voldemort ?

Mais, d'ailleurs, comment Voldemort avait fait pour trouver Dain, alors que des clans entiers de vampires et de lycans avaient ratissé chaque parcelle de terre, de pavé et de bitume pour le retrouver, afin de l'exécuter ?

Peut-être que c'était Dain lui-même qui était allé vers lui… Mais comment ? Quand était-il réapparu ? Peut-être que le moment où il avait ressurgi pouvait être recoupé avec le meurtre de Keenan, ce qui n'étonnerait pas Ally, vu la sauvagerie avec laquelle l'Archiviste avait été massacré.

« Il faut être complètement fou pour s'en prendre à un membre de l'ordre des Archivistes… » Keenan avait dû voir des choses qu'il n'aurait pas dû, ou Dain avait mis la main sur ses recherches et l'avait éliminé.

Elle avait fouillé le paquet, en déplaçant délicatement les morceaux de corps de ses mains gantées, mais n'avait rien trouvé d'autre. Ally avait ensuite refermé le paquet, mais déjà l'odeur commençait à prendre dans la pièce.

Il fallait qu'elle se débarrasse du corps, et avant que James Potter et Lily Evans ne reviennent pour leur retenue du lendemain.

Ally frissonna. Si Dain était de retour, Eve était en danger, plus que jamais. Le monde était en danger plus que jamais.

Car si Ally, du haut de ses supposés – d'après le nourrice Varga - huit cent soixante et onze ans, était puissante malgré son handicap, Dain, lui, n'avait pas d'âge. On soupçonnait même qu'il soit apparu peu après le déluge, et que ce soit lui qui ait mit fin à la lignée de Caïn, ce qui lui avait valu le titre de Briseur de Nod. Outre ces exactions, Dain était réputé pour être un chasseur d'hybrides.

Elle se représenta mentalement les appartements où elle avait brièvement séjourné en Hongrie. La cheminée, le lit, la table de chevet, tous les détails lui revinrent en mémoire. Elle songea à la commode, et avisa le paquet. Il était de dimensions similaires. Elle ferait tout à fait l'affaire.

Cela allait sans doute la vider de son énergie, mais elle ne pouvait pas laisser ce tas de chair pourrissant ici, et les médecins du clan pourraient sans doute examiner le corps. Et puis, elle avait déjà réalisé cette performance entre les Etats-Unis et la Russie, alors ce n'était pas un transfert entre l'Ecosse et la Hongrie qui allait la tuer – l'assommer quelques heures, tout au plus. Elle n'avait pas de ronde avant le lendemain, l'occasion était donc idéale.

Ally s'assit à côté du colis, posa ses mains sur l'angle de celui-ci, ferma les yeux et visualisa très nettement la commode en bois.

Réaliser un sortilège de Transfert sur une si longue distance l'épuisa presque instantanément.

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James terminait de rincer les sautoirs en fonte, et les posait sur la table à présent débarrassée. Les elfes s'affairaient autour d'un énorme évier, et lançaient des sorts qui nettoyaient les assiettes avec une célérité impressionnante. Seuls les plus gros plats échappaient à cette règle.

- On devrait faire breveter cette technique, dit Lily en s'essuyant le front avec sa manche.

En effet, avec l'aide d'une corde de torchons de cuisine, ils avaient mis au point une technique de nettoyage des plats pour manchots qui s'apparentait à du travail à la chaîne. Ainsi ils se relayaient, James faisait mousser, Lily rinçait, James séchait, pendant qu'elle tirait sur leur corde de torchons pour amener le plat suivant. La corde leur servait de seconde main, maintenant le plat en place pour faciliter leur tâche.

- Qu'est-ce qu'ils bouffent, dit James en voyant passer un elfe avec une montagne d'assiettes dans les bras, menaçant de s'écrouler. Je ne savais pas qu'il y avait tant de bouches à nourrir. Je comprends mieux pourquoi Bleeker ramène le fruit de sa chasse.

- Mmmh ? demanda Lily, qui frottait vigoureusement une tâche sur un des plats à viande.

- On l'a surprise une fois à ramener un cerf de la forêt, et quelques lapins. Je crois que le budget nourriture de Poudlard est largement respecté avec sa contribution.

Lily plissa le nez, et passa son plat à James à l'aide de la corde. Elle se sécha le front avec un revers de manche.

- Je ne râlerai plus jamais sur la nourriture qui nous est proposée, dit-elle, harassée, un peu plus tard lorsqu'ils eurent terminé et qu'ils s'affalèrent sur un banc avec leurs petites assiettes de nourriture.

Leurs poignets venaient de se détacher et James faisait quelques exercices d'assouplissement. Lily mordit dans un morceau de pain.

- C'est sûr, maintenant, je trouve ces elfes plutôt courageux, admit James.

Ceux-ci venaient d'ailleurs apporter leurs propres plats – des restes - sur les tables et entamaient un petit repas. Les cuisines étaient redevenues silencieuses, hormis le bruit des tintements de fourchettes contre les assiettes, et Lily n'arrivait pas à se débarrasser de ce sifflement dans son oreille gauche. Elle bâilla, avant de boire une gorgée de jus de pommes. La fatigue commençait à l'engourdir, maintenant qu'elle s'était arrêtée de travailler.

- Quoi ? demanda-t-elle, alors que James l'interrogeait du regard en sauçant son plat.

- A quand remonte ta dernière vraie nuit de sommeil ?

Lily laissa retomber sa fourchette pleine de poulet dans son assiette.

- On peut parler d'autre chose ? grommela-t-elle, laissant poindre une once de menace dans sa voix.

James leva les mains en signe de reddition, alors qu'elle serrait dangereusement sa fourchette.

- Il n'y a rien de mal. Tout le monde dort très mal depuis… Enfin… Les nuits sont difficiles pour tout le monde. Je respecte ton choix de ne pas en parler.

Lily joua avec son morceau de pomme de terre. Elle n'avait pas envie de parler au type le plus abruti de Poudlard mais Mary avait dit que ce serait bien d'en parler à quelqu'un.

Et qui de moins indiqué qu'une personne qu'elle connaissait à peine ? James Potter n'était personne, juste un crétin arrogant. Il allait se moquer d'elle pour être encore au centre de l'attention.

Mais l'air inquiet dans le regard de James Potter lui fit comprendre qu'il ne dirait rien. Elle rangea son air farouche, et termina son assiette. Elle ramassa cette de James sans un mot et se dirigea vers l'évier gigantesque.

Hors de question de parler à cet idiot.

James se leva de son banc en manquant de le renverser, et la rejoignit en quelques enjambées.

Sans un mot, il lui prit les assiettes et les couverts des mains, et s'employa à les nettoyer lui-même, sous le regard intrigué de l'adolescente.

- Je t'attends pour remonter, dit-elle après quelques secondes.

Elle retourna s'asseoir et posa sa tête dans ses bras.

Quand James eut terminé, il retrouva Lily endormie sur l'une des longues tables, la tête sur le côté entre ses bras, la bouche entrouverte. Il sourit et détacha son tablier, qu'il arrangea en coussin et qu'il glissa sous sa tête.

Puis il quitta les cuisines, éreinté.

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Regulus avait filé aussitôt qu'ils avaient passé les portes de Poudlard, sans même leur dire au revoir.

- Le couvre-feu est passé, je vous suggère de remonter à votre tour et d'appeler un elfe pour vous sustenter, dit l'Auror. Bonne nuit.

Machinalement, même si le cœur n'y était pas, Sirius obéit. Il ne croisa pas âme qui vive, à part quelques portraits qui chuchotaient sur son passage. Le moral dans les chaussettes, il espérait croiser son professeur vampire, car lui parler en haut de cette tour l'avait aidé à temporiser. Mais elle ne se montra pas, et Sirius dut se rendre au septième étage tout seul.

- Salut, dit-il d'une voix morne en arrivant au dortoir.

James, Peter, Frank et Remus le regardèrent comme s'ils avaient vu un fantôme. Il était plus de minuit, mais les garçons avaient vraisemblablement fait une veillée. Remus enlevait à peine ses chaussures. Il venait sans doute de terminer sa ronde de préfet.

- Où tu étais ?

Il regarda ses camarades de chambrée d'un air perdu.

- A l'enterrement de mon oncle.

James écarquilla les yeux et le regarda bouche bée. Il laissa tomber sa baguette au sol. Remus se laissa tomber sur son lit. Peter porta sa main à sa bouche, horrifié. Frank lâcha un juron.

- Il est mort le jour du match, lâcha Sirius d'une voix faible.

Prononcer ces mots lui brisa le cœur. James se rua sur lui et lui donna une étreinte qui lui coupa le souffle.

- Ma porte t'est toujours ouverte, vieux. Mère ne va pas en revenir. Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Poison, poursuivit l'aîné Black d'une voix étranglée. Walburga a quelque chose à voir dans tout ça. Elle transpirait la culpabilité.

Sirius trembla, incapable d'enchaîner davantage de mots. Peter se greffa au câlin et Remus les enlaça tous, étant le plus grand des Maraudeurs. Frank se contenta d'une main amicale sur son épaule, seul endroit de son être encore accessible.

- J'ai chaud, les gars…

- Pardon, c'est vrai que tu traînes en slip en plein hiver, s'excusa James.

- La fenêtre ouverte, précisa Peter.

- Ca va, lâchez-moi, dit faiblement Sirius en esquissant un simulacre de sourire. Je vais mieux.

Il regarda ses amis et les larmes lui revinrent aux yeux.

- Non, en fait, ça ne peut pas aller.

- Viens, vieux, ordonna James en l'asseyant de force sur son lit. Queudver, la Bieraubeurre.

Peter fouilla sous son lit et en sortit des bouteilles.

- On t'en avait mis de côté après le match, expliqua-t-il en lui servant une Bieraubeurre. Elles ne sont pas très fraiches, mais…

Sirius secoua la tête et fit sauter le bouchon de liège. Ses amis se servirent également et levèrent leur bouteille.

- A Alphard, maugréa-t-il.

- A Alphard, confirmèrent ses comparses.

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Ally se réveilla toute seule, avec l'impression d'avoir passé la soirée à boire. Un peu abrutie, elle considéra la petite commode qui s'était matérialisée dans son bureau et la trouva décidément très laide, mais Ally savait qu'elle était du même gabarit que le colis piégé, et que des objets étaient posés dessus, là-bas. Pour ne pas réveiller tout le château, elle avait simplement sélectionné cette vieillerie, dans l'espoir que le colis, en arrivant, intercepterait la chute desdits objets.

Elle ouvrit les tiroirs et trouva des tissus divers, un corsage, une tournure un peu vieillotte, et quelques jupons défraichis. « Je suis tombée sur quelques souvenirs de mode d'Amalia, » songea Ally, sidérée. Elle se dit alors que la régente avait sûrement adoré la période victorienne, et elle comprenait tout à fait ce penchant. On pouvait dissimuler énormément de choses sous une robe à crinoline. Elle y avait déjà caché un sabre et un fusil, ainsi qu'un candélabre et un compendium poussiéreux sur l'art culinaire du seizième siècle.

Elle regarda l'heure et poussa une exclamation. De toute façon, elle ne pouvait pas faire grand-chose pour son enquête, pour l'instant. Elle fit brûler quelques herbes afin de masquer l'odeur de cadavre de la pièce.

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Il était l'heure pour les Maraudeurs et leurs amis de se rendre à la Grande Salle pour le club de duel.

Initialement prévue pour la semaine passée, la première séance avait été reportée, étant donné le faible entrain des élèves pour le combat, même amical. Les Aurors avaient passé la semaine à les motiver, et à présent que le nombre d'élèves était satisfaisant, ils avaient décrété que la première véritable séance se tiendrait incessamment sous peu.

« On y est, » pensa Sirius en entrant dans la Grande Salle.

Au moins, il n'avait pas raté cela pendant son absence. Il avait trois livres de parchemins à recopier, contenant les notes de James, et ne s'y était pas encore attelé. L'ardeur de la tâche le désespérait par avance.

Les tables avaient été repoussées contre le mur, et une estrade avait été montée en plein milieu.

Quelques premières années étaient assis au pied de celle-ci, à même le sol, leurs sacs posés à leur côté. Trois Aurors, Dumbledore, Flitwick et Bleeker discutaient ensemble dans un coin de la pièce. Le fruit de son attention lui tournait le dos, mais Sirius n'avait pas l'intention d'aller vers elle aujourd'hui. Il avait suffisamment honte de son comportement de la fois passée pour se permettre de soutenir son regard. Il prit place avec ses amis et quelques élèves de différents niveaux. Il repéra la bande de Rogue et sourit. Cette bande de lâches avait décidé d'apprendre à se battre, ce qui était bien mieux que d'attaquer une pauvre fille sans défense. Il regarda Mary MacDonald, qui n'avait plus jamais été la même depuis son attaque, s'asseoir avec les filles. Elle était devenue étrange, mais cela n'avait en rien changé l'affection de ses amis pour elle. Sirius reporta son regard sur la scène.

Deux Aurors montèrent sur la petite scène.

- Bonjour à tous, annonça la première, minuscule petite femme replète avec un chapeau rouge, assorti à son uniforme d'Auror. Pour ceux que je n'ai pas eu la chance de voir en cours, je suis l'Auror Alicia Keynes. Aujourd'hui, nous vous présentons notre première séance de duel. Ce club a pour but de vous apprendre à employer différents sortilèges que vous n'avez pas eu l'occasion de voir en classe, mais également de vous apprendre à vous défendre, à anticiper, et à survivre. Ces clubs comptent comme un cours de Défense contre les Forces du Mal à part entière. Les séances seront encadrées par deux Aurors, ou deux professeurs ou un mélange des deux selon les disponibilités, ainsi qu'une sélection de quatre élèves parmi les plus âgés. Aujourd'hui est un jour un peu spécial, nous sommes six encadrants, car nous n'avons pas encore désigné d'élèves.

« Bien. Comme un exemple est plus parlant que des mots, je vais laisser mon collègue Olive Conley et le professeur Flitwick vous faire une petite démonstration.

Flitwick grimpa sur l'estrade, sous les applaudissements des élèves, et Conley se plaça à l'opposé.

Bleeker, Dumbledore, Maugrey et Keynes vinrent rejoindre le public, en s'asseyant au premier rang. La première se retourna vers Sirius et l'interrogea du regard. Il devait vraiment avoir une tête à faire peur. Il la rassura d'un pauvre sourire, qu'elle lui rendit en plus étincelant. Il aimait bien ce sourire un peu étrange, qui faisait apparaître des fossettes de chaque côté de sa bouche, bienveillant mais un peu inquiétant.

Flitwick s'éclaircit la voix.

- Bien. Dans un duel de sorcier, ce qui ne sera pas le cas lors d'une véritable attaque, bien sûr, nous commençons par nous saluer.

Il s'inclina, et l'Auror fit une courbette similaire. Son uniforme se plissa. Il avait l'air étonnamment raide et sec, comme du bois mort. Sirius le trouva résolument étrange. Il croisait souvent les Aurors, au dîner généralement, où ils rejoignaient la petite pièce attenante à la Grande Salle pour manger, et passaient devant les quatre longues tables pour ce faire, mais il n'avait jamais remarqué l'extrême froideur qui se dégageait de Conley. A bien y réfléchir, les Aurors gardaient tous une certaine distance par rapport aux personnes qu'ils protégeaient.

- Nous allons jeter des sortilèges tour à tour, dans un enchaînement qui ne sera pas forcément perceptible pour vos yeux novices. Faites bien attention. En garde, Conley !

Et Conley leva sa baguette et jeta le premier sortilège. Flitwick riposta en lui envoyant une gerbe d'étincelles à la figure, qui furent dissipées et contrées par un sortilège d'Expulsion. Le professeur fit un pas sur le côté, et commença à formuler un sortilège… Pour finalement en lancer un autre, mais l'Auror avait tout prévu, et lança un éclair violet.

Il ne fit pas long feu devant les charmes de protection du professeur de sortilèges, qui répliqua avec des étincelles ambrées. Conley para d'un laborieux mouvement de baguette et riposta dans la demi-seconde. Le professeur abdiqua lorsque ses jambes se mirent à danser une gigue incongrue.

Il y eut une salve d'applaudissements à laquelle Conley répondit humblement avec un petit salut, aussi raide que le premier. Il aida le professeur à se libérer de son sortilège.

- Très bien, très bien. Je reconnais être un peu rouillé, dit Flitwick. Laissons des personnes plus qualifiées nous rejoindre et montrer un meilleur exemple. Albus, Ally, s'il-vous-plaît…

- Sérieusement ? s'exclama celle-ci, scandalisée. Filius… Vous êtes pourtant si doué !

Sirius avait oublié que son prénom était Ally. Il ignorait d'où cela venait, mais il était prêt à parier qu'elle ne l'avait pas utilisé toute sa vie durant.

Il y eut quelques rires dans l'assistance, et Sirius vit qu'elle était mal à l'aise. A l'idée de se battre ou de se montrer en spectacle, il ne savait pas trop pourquoi, mais son malaise était palpable. Mais Albus Dumbledore se leva, et aida la vampire à en faire de même.

Elle avait l'air de sortir de son lit, avec sa queue de cheval totalement négligée, et son pull trop grand, avec une poche sur le ventre comme ces vêtements moldus que Sirius avait vus dans des magazines. Le directeur, plus élégant dans sa robe grise et or, d'un tissu plus épais et probablement de meilleure fabrique, tranchait nettement avec cette étrange femme, qui ressemblait davantage à une adolescente moldue mal réveillée qu'à un professeur. La prestance n'avait rien à voir, l'un était digne et droit, l'autre aussi maladroite qu'un cabri venant de naître. Sirius avait remarqué qu'elle peinait toujours à marcher, et qu'elle perdait l'équilibre quelques fois dans les couloirs, quand personne ne la remarquait.

Et elle portait un pantalon. Mais cela ne semblait déranger personne parmi leurs encadrants, qui avaient visiblement l'habitude de sa schizophrénie capillaire et vestimentaire. Sirius vit briller le fer de sa prothèse sous le bas de sa jambe de pantalon.

Bleeker posa sa canne dans un coin, Dumbledore dégaina sa baguette d'un geste gracieux, et elle en fit de même. Ils se saluèrent dans une parfaite harmonie, et reculèrent de deux pas chacun.

- Tous les coups sont permis, annonça Keynes.

- Sauf les dons vampiriques, lança Dumbledore. Cela déséquilibre complètement le combat.

- Honneur aux plus jeunes, dit Bleeker, un sourire ironique aux lèvres.

- Honneur aux dames, renvoya-t-il avec un sourire tout aussi moqueur.

Elle sembla le jauger un instant, puis lança un sortilège informulé en direction de la foule, qui constitua une sorte de voile blanc, avant de disparaître.

- A ton tour, dit-elle.

Il fronça les sourcils, et laissa passer quelques secondes. Sirius se demanda ce qu'il se passait, puis il comprit, au vu de l'air concentré et très sérieux qu'ils prenaient.

Ils engageaient une bataille mentale, silencieuse aux oreilles du monde.

Puis tout s'enchaîna très vite. Il y eut un crépitement, et la baguette de Dumbledore expédia une boule de feu sur le maître alchimiste, qui l'évita avec un roulé-boulé sur le côté. Incroyablement souple malgré son handicap, elle se remit sur ses pieds, et lança un sortilège informulé, qui fut contré par un Expelliarmus.

Sirius retira tout ce qu'il s'était dit à propos de sa maladresse. Elle était vive et agile, et sa façon de se mouvoir était tout à fait exceptionnelle, comme si elle dansait.

Elle leva la main, et le sort vint ricocher contre sa paume, déclenchant un « Oooh ! » parmi l'assemblée. Dumbledore l'esquiva de justesse, avant de se baisser pour éviter un second sortilège. Il lui envoya une autre boule de feu, qu'elle intercepta d'un Charme de Protection avant qu'elle ne touche son nez. La puissance du bouclier, très largement supérieure à la force du feu provoqua une explosion qui fit crier les quelques premières années au premier rang, mais dont les retombées furent absorbées par le voile blanc.

Elle avait pensé à les protéger au lieu de mener la première attaque. Sirius trouva cela absolument brillant.

- Tu veux du feu, gamin ? lança l'enseignante en enchaînant les sortilèges, de protection ou d'attaque, ils ne savaient pas trop étant donné leur succession très rapide.

Des rires fusèrent dans l'assistance. Elle secoua la paume qui avait arrêté l'Expelliarmus, et fourra sa main dans sa poche, en parant un nouveau sort. Le bouchon d'une fiole chuta et roula au sol, et Bleeker la vida sur le bout de ses doigts. Elle rangea sa baguette dans la foulée, alors que Dumbledore relançait ses assauts, sous forme de plusieurs salves de petits projectiles orange. Elle les esquiva sans trop de mal, extrêmement mobile.

Puis il y eut un « Ooooh ! » dans la foule.

Bleeker claqua des doigts et une petite flamme se forma dans le creux de sa paume. Elle esquiva les petits sortilèges qui manquèrent de lui exploser dessus, et elle fit un mouvement de lancer avec sa main, ce qui expédia la boule de feu à la figure de Dumbledore. Il l'éteignit avec un mouvement de la paume, mais ne vit pas venir le second sort, qui le propulsa dix pieds plus loin. Il tint bon, et ne tomba pas, ni de ses pieds, ni de la scène. Sa baguette fit un mouvement de vague, mais Bleeker glissa au sol pour l'esquiver. Elle relança un de ses feux magiques, et le heurta au bon endroit cette fois, car la robe du professeur commença à prendre feu. Il l'éteignit prestement, et lui envoya un éclair doré. Elle riposta de la paume avec un sort rouge, probablement un sortilège de Stupéfixion, et para un nouvel assaut avec une sphère qui l'enveloppa à la manière d'une bulle de savon.

Les mains tendues, elle maintint la bulle et avança vers Dumbledore, qui la bombardait de sortilèges explosifs. La barrière céda, mais elle n'en démordit pas et enchaîna trois sorts. Le premier rata sa cible, le second fit mouche, et le troisième fit chuter le professeur Dumbledore.

Il y eut un « Oh ! » inquiet dans l'assistance, et Sirius se leva pour mieux voir.

Mais le professeur Dumbledore se releva et reprit son assaut. Ils étaient à présent à quelques centimètres l'un de l'autre, et Dumbledore lança un éclair vert.

- NON ! cria Sirius, ayant immédiatement reconnu le sort, en chœur avec quelques élèves et les Aurors.

Pas ça… Pas après tous ces elfes qu'il avait vus tomber aux mains de sa mère, pas après toute la mort qui avait été répandue dans cette école quelques jours à peine auparavant. C'était trop tôt pour l'adolescent, qui sentit la panique le gagner et ses jambes flancher. Une nausée violente le cueillit à l'estomac.

Le professeur Bleeker s'arrêta net, et ses genoux heurtèrent le sol avec un bruit sourd. Sirius se leva et accourut vers la scène, mais une force inconnue l'empêcha d'aller plus loin. Il lutta contre la barrière magique, mais celle-ci refusa tout bonnement de le laisser passer.

- Professeur ! gémit-il, en proie à une angoisse terrible.

- Professeur Dumbledore, qu'avez-vous fait ? s'exclama Conley. Un Impardonnable…

Mais Ally Bleeker, qui avait vacillé, et avait manqué de tomber en avant, se rattrapa avec les poings. A quatre pattes, elle resta immobile, un vague sifflement rauque s'échappant de sa poitrine.

Sirius entendit plusieurs sifflements, puis un plus profond suivit d'un hoquet.

Elle se releva comme si le sort l'avait à peine chatouillé. Sirius se souvint alors qu'elle avait subi bien pire quelques semaines auparavant, mais cela n'apaisa en rien son angoisse, surtout lorsqu'il vit que ses yeux lançaient des éclairs.

Puis elle fonça sur Dumbledore avec un cri de rage et le bombarda d'une salve de sorts que le directeur peina à contrer. Elle fut sur lui en quelques enjambées mais il lui plaqua sa baguette sous la gorge.

Il se retint de lancer un sort. Sirius vit alors une lame plaquée sous son cou, et une autre en direction de ses bijoux de famille.

- Je déclare forfait, dit le directeur, et Bleeker se mit à rire.

- Professeur ! l'apostropha l'Auror Conley.

- Calmez-vous, Conley, appela Dumbledore. Vous voyez, elle n'est pas morte… Enfin si, mais pas par ma faute… Si j'avais voulu la tuer, je serais mort depuis longtemps.

Le professeur Bleeker continua de rire bêtement, en se laissant lourdement tomber sur son séant, en plein milieu de la scène.

- Mais que…

- Le Sortilège de la Mort contre un vampire… C'est comme la grippe pour les humains, expliqua Bleeker entre deux hoquets. Bien vu, gamin.

Elle tourna son regard vers Sirius, qui était au bord de la crise de panique au bord de l'estrade, et sourit de plus belle.

- Tout va bien, lui assura-t-elle en se penchant vers l'avant de la scène.

Sirius aurait juré qu'elle se retenait de tendre la main pour lui caresser la tête, comme on rassure un petit chiot qu'on sépare de sa mère.

- Je vais bien. Je pensais que vous vous souveniez que cela ne me faisait pas beaucoup d'effet. Pour les plus jeunes d'entre vous, poursuivit-elle à l'adresse de tout le monde. Ceci était ce que l'on appelle un Sortilège Impardonnable. Celui-ci se nomme l'Avada Kedavra, et comme son nom l'indique, dans le registre des Sortilèges et Enchantements, il s'agit du Sortilège de la Mort.

« C'est un sort qui est illégal, excepté en ces temps de guerre, où les Aurors sont les seuls habilités à les employer. L'utiliser contre un être humain, Moldu ou Sorcier, vous garantit un aller simple pour Azkaban. Enfin, la plupart d'entre vous sont déjà au courant. Encore que vous, élèves, connaissez la formule, il faut également disposer d'une grande puissance magique. Désirer la mort de l'autre n'est pas suffisant. C'est également un sortilège qui n'est pas efficace contre les gens qui sont déjà morts, ce qui dispense le professeur Dumbledore de toutes poursuites judiciaires pour l'avoir employé contre moi.

Elle roula les épaules et fit craquer les os de sa nuque, puis elle se releva, comme si elle était prise de raideurs. Leur public n'avait dit mot.

- Allons, fermez la bouche, vous allez avaler des mouches…

Les élèves se regardèrent, choqués et bouche bée. Sirius referma la bouche et la regarda descendre élégamment de l'estrade. Flitwick lui apporta sa canne.

- Tout va bien, vous pouvez baisser vos baguettes, dit-elle à l'adresse des Aurors.

- Commencez à former des paires, dit Flitwick, passé le moment de flottement, d'une voix enjouée.

Bleeker se dirigea vers Conley et lui dit quelques mots avec une voix très douce, et l'Auror lui répondit en hochant la tête et en lui débitant un flot de paroles dont Sirius ne comprit pas la teneur. James tapota sur l'épaule de son ami, qui tremblait de la tête aux pieds.

- J'en ai assez vu, dit Sirius, la gorge nouée et les dents serrées. J'ai vu trop de morts, trop de ces fichus sortilèges.

- On va faire un tour au parc ? proposa James, compréhensif.

Il n'arrivait pas à avaler sa salive, et regarda en direction de la vampire. Elle guida un petit groupe d'élèves, et Sirius vit Lily et Remus se mettre face à de plus jeunes élèves.

James le guida vers un coin tranquille, vers les arbrisseaux entourant le lac. Sirius se vautra dans l'herbe et regarda la surface de l'eau. Son meilleur ami ne dit rien, et arracha des touffes d'herbe. C'était une idiosyncrasie pugnace sitôt le jeune homme dans l'herbe, le voici qui arrachait l'herbe autour de lui. La pelouse pâtissait encore de son dernier passage.

- Il n'y aura plus d'herbe dans le parc d'ici la fin de l'année, commenta Sirius.

- C'est justement mon but. Anéantir toute la verdure de ce parc. Je brouterai même les arbres, s'il le fallait.

Cette tentative d'humour fit sourire Sirius.

- Un elfe est mort cet été, commença-t-il. Il avait du mal à monter les escaliers, et tenir un plateau pour le thé était devenu une épreuve. Mère l'a tué, lui a coupé la tête, l'a fait empailler, comme les autres. Encore un sortilège de la mort. Comme ce qui a failli nous coûter à tous la vie. Je t'ai dit que Bleeker en avait pris pour moi ?

- Non, je savais juste que tu te sentais redevable pour ta vie. Je ne pensais pas que c'était aussi important, dit James.

Il secoua sa tignasse et la remis en place en passant ses doigts dedans.

- Deux, pour être exact. J'étais en face d'un Mangemort, qui avait réussi à m'isoler avec une bande de cadavres… Elle est arrivée de nulle part, elle s'est interposée.

Sa voix lui semblait étrange, comme si ce n'était pas vraiment lui qui racontait l'histoire. S'en souvenir le fit se sentir encore plus mal à l'aise.

- Ils l'ont fait tomber sur moi, et elle m'a couvert comme elle a pu avec son corps. Elle a pris deux Sortilèges de la Mort, et les Inferi ont sauté sur elle et l'ont déchiquetée…

James passa un bras autour de son épaule.

- Elle ne m'a pas lâché du regard, puis elle s'est retournée…

Sirius renifla et manqua de s'étouffer dans sa morve. Il ne s'était pas rendu compte qu'il pleurait. Ce n'était plus le silence du parc qu'il voyait, mais ces deux yeux sombres qui l'avaient fixé intensément, sans expression, alors que leur propriétaire se faisait massacrer par des charognards.

- Elle les a taillés en pièces, et elle m'a encore regardé. Je cauchemarde chaque soir, James…

- Que s'est-il passé ensuite ? demanda James, encourageant.

- Elle a pris ma main, et on a couru vers les professeurs. Elle a attendu que je sois sous leur égide pour retourner sous le feu. J'ai vu son dos, James. On voyait ses os, tellement sa chair…

Il hoqueta, l'estomac au bord des lèvres, et s'écarta pour vomir.

- Tu n'es pas obligé de continuer, dit James en lui tenant les cheveux.

Sirius sentit ses larmes lui brûler les joues, et cracha la bile qui lui inondait la bouche.

- A chaque fois que je ferme les yeux, je revois cette femme me protéger comme si j'étais son enfant.

- Nous sommes tous ses enfants. Elle nous a tous protégés. Rappelle-toi le Feudeymon… C'est une grande sorcière, sans doute plus puissante que Dumbledore. Quoiqu'il arrive, elle sera là pour nous.

C'était la première fois depuis l'attaque que James et Sirius en discutaient. Auparavant, c'était comme si le moment était frappé du sortilège du Tabou.

- Tu te rappelles quand elle est revenue dans la Grande Salle à Halloween ? demanda Sirius.

- Et comment… Cette sacrée bonne femme est revenue d'entre les morts. Littéralement. Les Serdaigle ont entendu ses cris d'agonie pendant qu'ils la soignaient, là-haut. Et elle revient, défigurée et mutilée, avec cet air de penser qu'on allait la rejeter. Comme au début de l'année, quand elle était la cible de tous les regards. Tu sais, mon père m'a dit que plus personne ne remet en question le choix de Dumbledore depuis que la nouvelle a fait les gros titres.

- Je n'ai pas lu les journaux, avoua Sirius.

- J'ai survolé le torchon quotidien, dit James, avec un reniflement dédaigneux. Beaucoup d'éloges, mais aussi beaucoup de diffamations, et d'inquiétudes infondées. Mais tu veux que je te dise ? Ce qu'ils peuvent bien dire dans la Gazette, on s'en fiche. Le monde sorcier s'en fiche. Je me sens plus en sécurité avec cette bonne femme qu'avec tous les Aurors du pays réunis.

- Ca reste un vampire, objecta Sirius.

- Toi-même tu ne crois plus à sa dangerosité.

- Quand même, une créature que même le Sortilège de la Mort n'arrête pas…

- Ben, il y en a d'autres. Les Détraqueurs, les Epouvantards, parce que personne ne sait ce qu'ils sont vraiment, les Moremplis, les Inferi…

- Tu veux vraiment la mettre dans le même sac que ces horreurs ? s'exclama Sirius, ahuri.

James haussa les épaules.

- Rien à voir, bien sûr.

- Ouais, marmonna Sirius. Elle est tellement gentille…

- Qu'as-tu dis ?

- Rien, mentit Sirius.

- Non. Raconte-moi.

Alors Sirius soupira et lui raconta l'épisode de la tour d'astronomie. James écouta avec attention, et écarquilla les yeux sur la fin.

- Tu as osé !

- Oui, bon, j'ai peut-être eu un instant de faiblesse. J'ai bien assez honte pour que tu en rajoutes, grogna Sirius alors que James souriait comme un benêt, au bord du rire.

- Ne recommence pas, vieux, conseilla James une fois son sérieux retrouvé. Ca lui attirera des ennuis. Ca vous en attirera à tous les deux.

- Il n'y avait pas d'arrières pensées, se défendit Sirius.

- Patmol, Patmol, Patmol. Je suis bien placé pour savoir que tu es davantage attiré par les personnes que tu admires. Mais là, c'est une prof. Et tu es un gamin, à son échelle. Elle a quoi, neuf cent ans ?

- Huit cent soixante-dix. D'après ce qu'elle nous a dit quand Burgess était encore en vie.

- Ouais bon. Je ne pense pas que ce genre de comportement soit très bien vu. Tu ferais mieux de la considérer comme McGonagall, ou Chourave…

- Rien à voir, commenta Sirius, médusé par la comparaison.

- C'est clair. Mais tu dois t'en tenir à ça.

Sirius contempla le bout de ses pieds, et le soleil qui déclinait.

- Elle me l'a rendu, dit-il après quelques minutes.

James se prit la tête dans les mains.

- Tu es fou. Complètement fou. Tu ne te rends pas compte de ce que tu fais. C'est de la… De la nécrophilie !

- Je ne suis pas attiré par elle, déclara Sirius. Je devrais peut-être sortir avec Marlene pour que tu arrêtes de penser que c'est le cas ?

James haussa les épaules.

- Elle a osé t'inviter au bal. Cette fille a du cran. Tu peux essayer. Et puis, ce n'est pas un vampire qui a cinquante fois ton âge. Et elle est bien vivante.

- Je n'avais pas l'intention de flirter avec Bleeker. Tu sais, ce… Cette étreinte, était tout ce qu'il y a de plus chaste.

James se leva, intrigué par une forme qui fonçait vers eux à toute allure. Sirius la regarda approcher. Il s'agissait de la forme argentée qu'ils avaient vus à plusieurs reprises, sauf que cette fois, ce n'était pas une forme diffuse, mais bel et bien un cheval famélique doté d'ailes immenses.

- James Potter, vous êtes attendu aux sous-sols de l'école, devant le bureau du professeur Bleeker, annonça la voix irréelle de celle-ci, à travers la bouche du cheval.

- Bon, eh bien, s'il le faut vraiment…

- James, souffla Sirius, alors que le cheval galopait vers la ligne d'horizon. Tu te souviens de ce que Lily a dit à propos des Sombrals ?

- Qu'on ne les voyait qu'après avoir côtoyé la mort. Je sais.

Les garçons restèrent silencieux sur le chemin du château, alors que Sirius accompagnait son ami. Ils se séparèrent dans le hall, puis Sirius se dirigea vers la tour de Gryffondor.

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Cette fois-ci, le professeur Bleeker les accueillit avec un visage très neutre. Elle les regarda longuement, avec ses grands yeux sages, et semblait réfléchir.

- C'est donc votre avant dernière retenue, déclara-t-elle, beaucoup plus sérieuse que les fois précédentes. J'ai quelque chose de spécial prévu pour vous. Cette fois-ci, vous n'avez pas le choix entre plusieurs tâches. Laissez vos sacs et vos baguettes ici, vous n'en aurez pas besoin.

Surpris, James se départit de sa besace et Lily en fit de même.

- Bien. Je les ferais porter à vos dortoirs.

Elle leur désigna la porte de son bureau de la main. Lily se leva et James lui emboîta le pas.

- Où allons-nous ? s'enquit-il.

- Vous le saurez bien assez vite, répondit leur enseignante d'une voix pleine de mystères.

Ils suivirent leur professeur à travers Poudlard, et elle leur fit monter au septième étage de l'aile nord. Ils empruntèrent un petit couloir, puis elle s'arrêta devant un autre couloir, où rien ne se distinguait si ce n'était sa singulière obscurité.

- Nous allons pénétrer dans une zone interdite aux élèves depuis le seizième siècle. Ce couloir contient un bon nombre de salles plongées dans l'obscurité totale, mais quelques-unes ont survécu au sceau de ténèbres qui a été apposé par le directeur de l'époque.

« Bien entendu, l'obscurité n'est pas dissipée par la lumière magique.

- Pardonnez-moi, professeur, mais qu'allons-nous faire dans un couloir interdit ? demanda Lily, intriguée.

- Aller dans une de ces salles, bien sûr ! Oh allons, je croyais que les Gryffondor avaient un peu plus de cran que ça… Bien. Prenez ma main.

Ils se regardèrent, incertains.

- Je ne vais pas vous manger, s'impatienta le professeur. Et rien n'est dangereux tant que vous êtes avec moi.

Convaincu qu'il faisait la plus grosse erreur de sa vie, mais sans doute un peu moins que Lily, car elle n'avait pas entendu Sirius parler du fait qu'il avait pris ce vampire dans ses bras, James saisit une de ses mains glacées, et Lily en fit de même.

- Bien.

Ils fixèrent le couloir noir, d'où aucun détail ne leur parvenait. Il faisait juste noir, très noir, et James sentit ses entrailles remuer, sous l'effet d'une peur qu'il ne connaissait que trop bien, car elle l'avait hanté toute son enfance. Lily aussi était mal à l'aise, et James se calma. Il ne devait pas montrer de faiblesse devant elle.

Puis le professeur Bleeker pénétra dans le couloir obscur.

- Laissez-vous guider, dit-elle. Tout se passera bien.

Moins d'une minute après, elle les prévint qu'ils allaient s'arrêter, et leur lâcha la main. Puis il y eut un déclic, et un rectangle de lumière s'offrit à eux. Elle les invita à entrer d'une simple pression sur le poignet.

Ils pénétrèrent dans une pièce spacieuse faite de pierre noire et lisse, et comportant une estrade par laquelle on accédait par de petites marches. L'endroit ressemblait à une salle de classe désaffectée, à ceci près qu'il n'y avait pas de pupitres et de chaises, mais des sortes de pitons enfoncés dans les murs, desquels pendaient des chaînes et des sortes de menottes grossières. James déglutit. Avait-elle l'intention de les torturer ? Le lieu regorgeait d'une étrange ambiance malsaine, et James en eut la chair de poule. Lily croisa les bras, sans doute pour réprimer ce frisson.

- Pas de torture, Mr Potter, dit Bleeker d'une voix calme et basse, car elle n'avait nul besoin de crier pour avoir leur attention. Cet endroit se nomme la salle des Douleurs. Asseyez-vous sur les marches, s'il-vous-plaît.

Lily et James obéirent, et elle s'assit face à eux à même le sol. Le contact de la pièce fraîche fit frissonner encore plus les deux adolescents.

- Notre histoire commence il y a un millénaire, commença-t-elle, en serrant son genou contre elle et en étalant sa jambe de fer sur le sol, elle aussi affectée par la magie qui régnait en ces lieux. Les Détraqueurs peuplaient le monde et se nourrissait des âmes des humains. C'était une sombre époque, où les mots « famine », « précarité », « désespoir » prenaient tout leur sens. Les humains n'avaient pas le même niveau de vie que de nos jours, et l'espérance de vie ne dépassait pas les trente ans. Les mots « contrôle des naissances » et « contraception » n'avaient pas lieu d'être. L'humanité n'atteignait pas son milliard, et les Détraqueurs se repaissaient de cette source de nourriture constamment renouvelée. Ils n'attaquaient pas volontairement, et pas avec autant d'agressivité que de nos jours. Leur présence était simplement… Inconfortable.

« Pour protéger les populations moldues, les sorciers avaient mis en place des mesures drastiques visant à limiter la prolifération de ces non-êtres. Ils ont étudié les Détraqueurs, les ont disséqués et ont mené un certain nombre d'expériences sur eux, ce qui les a portés à apprendre à les tuer, à les contrôler, voire à inverser certains effets de leurs pouvoirs.

« Très tôt, on apprenait aux jeunes sorciers comment se défendre face à un Détraqueur, puisqu'ils vivaient partout où il y avait des traces de vies humaines. Les professeurs en capturaient quelques-uns, et les attachaient ici.

Elle désigna les chaînes.

- Chaque élève passait tour à tour et subissait les effets de la créature. Il était essentiel de comprendre contre quoi ils se battaient. On les autorisait à les mutiler, à les torturer. Puis, on leur apprenait à brider la magie du Détraqueur, à la combattre et à la détruire en dernier recours, mais la priorité restait de les affaiblir. Ainsi, ils laissaient le monde en paix, ou du moins, avec quelque peu de répit. Ce savoir s'est perdu de nos jours, car de nos jours, personne, ou presque, ne sait comment mettre fin à l'errance d'une telle créature, mais ce lieu reste imprégné de souvenirs.

« C'était ici qu'étaient massacrés et qu'agonisaient des centaines de Détraqueurs. Autrefois pourvus d'esprits sentients, mais confrontés à une haine qu'ils n'ont tout d'abord pas comprise, les Détraqueurs ont fini par se plonger dans un total égoïsme, et ils ont perdu de leur sensibilité au fil des âges. Et plus la haine était présente dans le cœur des hommes, plus la douleur était présente dans le monde, et plus nombreux étaient les Détraqueurs. Comme pour les nuisibles, plus la nourriture est abondante, plus les chances de survie de la progéniture sont grandes. Avec les guerres, les épidémies, les Détraqueurs ont trouvé un véritable festin, gagnant en puissance et en nombre, et faisant souffrir ceux qui les ont tant haïs. De nos jours, ce ne sont que des coquilles vides, attendant d'aspirer quelque âme à leur portée pour tenter de combler le vide glaçant qu'est devenu leur existence. Ils ne sélectionnent plus les souvenirs qu'ils vous prennent, ils les prennent tous, sans distinction. Leurs ravages sont aujourd'hui sans précédent dans l'histoire de leur race, mais c'est la folie des hommes qui les a menés à agir ainsi.

« Je voudrais que vous fermiez les yeux. Rappelez-vous de nos séances de méditation des cours d'alchimie. Sentez la magie qui vous entoure.

James ferma les yeux et compta ses respirations. Il sentit immédiatement une sorte de crépitement menaçant sur toute sa peau.

- Ca fait mal, couina Lily, après quelques instants.

Et en effet, James eut l'impression que des milliers de petites aiguilles lui perçaient la peau, comme de minuscules rages de dents sur chaque centimètre carré de son épiderme. Il finit par rompre le contact, n'y tenant plus. Il se concentra sur le bout de sa chaussure pour faire partir la sensation.

- C'est la douleur qu'ont éprouvé les Détraqueurs enfermés dans ces lieux jusqu'à leur dépérissement, mais dans une moindre mesure. Vous percevez également la rancœur qu'ils ont nourri à propos des sorciers, leurs ressentiments vis-à-vis de cette espèce qui a prédominé dans la conquête du monde.

- Combien de temps vit un Détraqueur ? demanda James, pas du tout à propos.

Mais le professeur lui répondit néanmoins.

- Personne ne le sait vraiment. Comme les pigeons, on n'a rarissimement aperçu un bébé Détraqueur, même si on suppose qu'ils ne naissent pas déjà formés et en pleine possession de leurs pouvoirs. En revanche, nous savons qu'ils se transmettent leur savoir par contact. Ce ne sont pas, à proprement parler, des émotions qu'ils communiquent. Ils sont devenus tellement vides qu'ils n'éprouvent plus de haine, mais l'expérience leur a appris qu'il ne fallait pas tolérer les humains et encore moins leur bonheur. Il y a cependant des pactes qui ont été mis en place, pour que la cohabitation des deux espèces ne soit pas trop houleuse, si je puis dire.

- Ils sont les gardiens d'Azkaban, n'est-ce pas ? dit Lily.

- C'est exact. Pour en revenir à cet endroit, il est imprégné de leur douleur, agissant comme une sorte d'éponge. Au fil des ans, il s'est également chargé de la rancœur, des ressentiments qui ont été nourris par les élèves, ou plus généralement, par tout sorcier qui a vécu ici.

« C'est pourquoi il ne faut pas rester trop de temps dans ce… Mouroir. Il y a quelques années, un élève a découvert l'existence de cette salle, et y passait du temps pour travailler, car le calme est absolu ici.

Et en effet, ils n'entendaient rien à part le son de la voix rauque de leur professeur d'alchimie. Pas de gouttes d'eau dans des canalisations, pas d'oiseaux sur le toit, pas de bruit du vent malgré la meurtrière et la distance qui les séparaient du plancher des éruptifs.

- La salle a empoisonné son cœur, et l'a noirci. Il s'est mis à mener des expériences, certes brillantes pour un sorcier de son âge, mais ayant trait à la magie noire et à la nécromancie. La haine des Détraqueurs pour l'espèce humaine avait trouvé une sorte de réceptacle en sa personne.

« Mais ne vous en faites pas. Il faut des années pour arriver à une telle noirceur. Quelques temps ici, en revanche, vous aideront à réfléchir.

- Mais professeur, si cette salle est interdite… commença Lily, nerveuse.

- C'est qu'il y a une raison, mais elle est parfaitement sûre si elle n'est employée que pour quelques heures. Je vais prendre des dispositions pour que vous n'en veniez pas aux mains. Vous allez rester ici aussi longtemps qu'il le faudra.

- Qu'il le faudra pour quoi ? demanda Lily.

- Je pense avoir idée de ce qui vous empêche de travailler ensemble, et je pense que vous pouvez réussir à travailler dessus. Le savoir m'importe peu, c'est l'autre qui doit savoir, qui a besoin de comprendre pourquoi tant d'inimitié se ressent sur vos comportements au quotidien.

James baissa les yeux. Lily croisa les bras encore une fois, et fit la moue.

- L'époque n'est pas aux dissensions, poursuivit-elle d'une voix égale. Cette école doit rester soudée, les temps qui courent ne se prêtent pas aux querelles de collégiens. Je sais que vous n'aimez pas mes méthodes, et, très honnêtement, je m'en fiche. Mon seul intérêt est cette vieille pile de cailloux qu'on nomme Poudlard. Je ne veux pas la voir détruite parce que vous passez davantage de temps à vous envoyer des sortilèges à la figure, au lieu de vous soutenir mutuellement en cette période de guerre.

« Je veille sur vous, quoi qu'il en soit, et nous arrêterons l'exercice s'il y a un problème. Un elfe vous fera porter de la nourriture quand il sera l'heure de dîner si vous n'avez toujours pas fini. La porte s'ouvrira quand l'objectif sera atteint. Laissez-vous aller, d'accord ? Détendez-vous. Parlez-vous. Personne d'autre ne saura ce qui s'est dit ici. Mr Potter, placez-vous ici…

Elle lui indiqua un coin de la salle, et plaça Lily à l'autre bout. Puis elle dessina une forme dans l'air et laissa retomber sa main.

- Il n'y aura pas moins de dix pieds entre vous, cette fois.

- Tant mieux, dit Lily.

- Combien de temps doit-on rester ici ? demanda James.

- Jusqu'à ce que la porte s'ouvre. Ca ne devrait prendre que quelques heures si vous vous parlez.

Le professeur les salua et quitta la salle. La porte se referma lourdement derrière elle.

- Si elle croit que je vais te parler, elle se fourre le doigt dans l'œil.

James soupira. Il s'assit par terre et gratta le sol avec son doigt. Lily tourna en rond comme un chat dans sa cage de transport. James en eut presque le tournis.

- Tu te rends compte que même Binns ne nous a jamais parlé de l'histoire de ces choses… ? amorça-t-il.

- Et alors ? grogna Lily.

- Et alors, ça fait partie de l'histoire de la magie. Ca n'est même pas mentionné dans l'Histoire de Poudlard… Tu n'as jamais été curieuse de savoir d'où venaient ces créatures ? Moi si, répondit-il sans lui ne laisser le temps. Ma mère travaillait au Département de la Justice Magique. Elle rentrait chaque soir de ses visites aux prisonniers complètement chamboulée à cause de ces monstres.

Lily leva les yeux au ciel.

- Il ne faut pas en faire tout une histoire. Ce sont juste des créatures magiques !

- Tu n'as aucune idée de…, s'insurgea James.

- Non, je n'en ai aucune idée ! ironisa-t-elle, soudainement très sarcastique. Lily la Sang-de-Bourbe n'en a aucune foutre idée, parce que son père est éditeur, et sa mère est femme au foyer. ET CE SONT DES MOLDUS !

- Et alors ? s'exclama le sorcier, étonné par sa véhémence. Ca ne t'a jamais empêchée d'apprendre des choses sur l'univers magique !

- Mais plus j'en apprends, plus je me dis que ce monde n'est pas fait pour moi ! cria-t-elle, les larmes aux yeux.

- Mais pourquoi ? s'étonna James, douché.

- Vous êtes tous là, avec vos longueurs d'avance, avec vos super parents sorciers qui vous ont tout appris depuis le berceau, cracha-t-elle. A vous pavaner depuis le premier voyage en Poudlard Express, à savoir dans quelle maison vous allez aller, à pouvoir utiliser vos baguettes pendant l'été parce que vos parents vous couvrent !

- Mais ça ne change rien pour toi, tu es la meilleure élève de l'école…

- Et à quel prix, Potter ?! As-tu seulement idée du nombre d'heures que je passe à étudier ? Je n'ai pas tout qui me tombe tout cru dans le bec, moi !

- Mais moi non plus… !

- AH NON ?! Et le super balai de course qu'on t'a offert en première année, que tu t'es fait confisquer parce que c'est interdit, alors que tu savais déjà jouer au Quidditch ? Et cette manie que tu as d'étaler ton pognon aux yeux de tous ! Oh regardez, j'ai eu ci, ou ça, et une nouvelle robe, et un chaudron en or, singea-t-elle.

James ne l'avait jamais vu aussi furieuse, mais alors qu'il pensait qu'elle ne pouvait pas être plus méchante, et que son teint prenait une couleur similaire à celle de ses cheveux, elle éructa :

- Tu représentes tout ce que je déteste ! Un sale gosse pourri gâté qui pense que le monde est à ses pieds ! Tu es la personne la plus pathétique que je connaisse avec ton besoin d'attention plus énorme que le château tout entier ! Ton égo est tellement monstrueux que tu n'arrives pas à passer une porte normalement, qu'il te faut absolument écraser les autres pour t'élever toi-même. Je me demande comment tu fais pour te supporter toi-même, comment tu arrives à vivre avec toi-même, et comment tu peux avoir le toupet de passer ton temps à essayer d'obtenir quelque chose de moi que tu n'auras jamais !

Les vomissements de Lily firent l'effet d'une claque monumentale à James.

Il était tellement blessé qu'il ne trouvait rien à redire. Il se contentait de la fixer comme ça, la bouche entrouverte. Il ne pensait pas qu'elle le détestait autant.

- Je préfère encore sortir avec un Mangemort et me faire torturer par l'un d'eux que d'être amie avec des personnes comme toi.

Cette fois, James voulut la gifler. Il fit trois pas en avant, avant d'être forcé de revenir à son point de départ par une main invisible.

- T'as qu'à sortir avec cette raclure de Rogue ! Ah, pardon, ce n'est pas ce que tu faisais ces cinq dernières années, à être toujours fourrée avec lui ?

- J'te permets pas ! s'offusqua Lily.

- Et tu le défends toujours, alors qu'il t'a traitée de… De… De tu sais quoi !

- Il était mon ami ! Et il a fallu que tu te comportes comme le roi des connards avec lui juste pour asseoir la suprématie de ta minable petite personne !

- Jamais je ne t'ai traitée de…

- Je m'en fiche ! coupa sèchement Lily. J'ai perdu un ami à cause de toi ! Mon premier et l'un des seuls, et la seule personne qui ait été là pour moi ces dix dernières années, alors que même ma sœur me traitait de monstre !

- C'est pas de ma faute si Rogue est un foutu Mangemort ! s'insurgea le garçon.

- Il n'en est pas un ! hurla Lily. Tu n'as aucune preuve de ce que tu dis !

- Et Mulciber, celui avec qui il est toujours fourré, et qui a attaqué Mary, tu t'en souviens ?! Rogue n'a rien dit ! Parce qu'il est comme eux, et qu'il aime ça !

- Parce que tu crois que c'est facile pour lui de s'intégrer ? Bien sûr qu'il l'a fermée ! Mais pas parce qu'il aime ça !

- Ce n'est qu'un lâche ! Quel genre de type traite son amie de Sang de Bourbe !

- Quel genre de type passe son temps à martyriser d'autres personnes pour mieux se faire voir ? Toi aussi tu aimes faire du mal aux autres ! Tu ne vaux pas mieux que lui, Potter !

James bouillonnait intérieurement. Il avait envie de lui coller son pied dans la bouche et de lui faire avaler ses dents. Une vague de colère engloutissait tout son être, et il mourrait d'envie de lui faire payer ses paroles.

- Moi au moins je ne verse pas dans la magie noire !

- Je préfère mille fois un Mangemort qu'une raclure de fond de toilettes comme toi !

- Tu n'as aucune idée de ce qu'ils font aux Nés-Moldus ! se défendit James.

- Et je m'en fiche ! Severus n'est pas un MANGEMORT !

- Je n'ai jamais vu une personne aussi peu capable de discernement de ma vie !

- Ah vraiment ? Et toi, le discernement, ça te connait quand il s'agit de pendre un adolescent de quinze ans par les pieds et de l'humilier devant tout le monde pour aucune raison ! Qui me dit que tu ne ferais pas ça à un Sang de Bourbe, hein, toi le Sang Pur ?

- Je ne suis pas comme eux, vociféra James. Je ne peux pas et ne veux pas être comme eux. Ne m'associe pas avec des types comme ça !

- Vous êtes tous pareils. Arrogants et pathétiques. A croire que c'est votre consanguinité qui fait ressurgir toutes vos tares, condamna Lily.

Cette fois-ci, James explosa.

- Va te faire foutre, Evans ! Par un de tes copains Mangemorts s'il le faut !

- J'attends avec impatience le jour où l'un d'entre eux te fera la peau !

Lily cracha au sol.

- Et que tu meures dans les pires souffrances me ferait un immense plaisir, acheva-t-elle.

Puis elle se retourna et s'assit au sol. James retint une réplique à base de noms de hiboux. Puis, alors que ses yeux se posaient sur les marches de marbre, il comprit que la salle leur jouait des tours. Lily n'aurait jamais été aussi agressive et venimeuse sans cela. Même s'il ne la connaissait pas très bien, il était au moins sûr de cela.

- Ca fait combien de temps qu'on est là ? demanda-t-il après quelques minutes.

- Suffisamment longtemps pour que j'ai envie de te tuer de mes mains.

- Non, sérieusement…

- FERME-LA !

- EVANS ! LA SALLE ! cria James.

Elle se retourna, rouge de colère, prête à lui envoyer à la figure la pierre qu'elle venait de détacher du mur, comme elle l'avait fait avec une éponge quelques jours plus tôt. Puis sa rage s'effaça d'un coup quand elle vit que le garçon désignait les chaînes.

- Quoi ? souffla-t-elle, incrédule.

- Tu n'as pas compris ? Bleeker a dit que la salle faisait ressortir la rancœur que nous avions.

Lily laissa retomber sa pierre, qui se fracassa au sol, et se plaqua une main sur la bouche.

- Mon Dieu…

- Je ne vais pas passer l'éternité ici, dit-il après une pause. Cette pièce me donne la chair de poule. Et je ne veux pas devenir comme Tu-Sais-Qui. Ni comme les Serpentard.

- Tu es déjà…

- Non, tais-toi ! trancha James. Tu m'as suffisamment insulté comme ça aujourd'hui. Je n'ai pas envie d'entendre d'autres méchancetés de ta part.

- Tu n'en as pas dit, toi, peut-être ?! se récria Lily, ravivant la flamme de sa rage.

- Non. Si. Bref. Mais être comparé à ces types, je suis désolé, mais c'est beaucoup trop. Alors si je ne peux pas être ton ami, parce que tu refuses d'apprendre à me connaître, soit. Mais ne me juge pas par mon sang, parce que moi-même je ne fais pas ça. Qu'on reste de vagues connaissances, voire des ennemis, ça me va. J'en ai marre d'essayer d'être ton ami.

Puis James s'allongea au sol et ferma les yeux. Lily resta bouche bée.

- Je lâche l'affaire, conclut-il, étrangement calme. Je pense que je t'ai accordé trop d'attention, de l'attention que tu ne méritais pas. Tu as été la seule chose que je n'ai pas pu avoir, mais je ne vais pas gâcher mon adolescence, mes années à Poudlard, les plus belles années de ma vie, à attendre quelque chose qui ne viendra jamais. Si tu ne veux pas être mon amie, je trouverai plus motivé ailleurs.

Il ne sut pas quels effets eurent ses mots sur la jeune fille, mais cela procura à James une sensation de bien-être. Lâcher prise le fit se sentir presque instantanément mieux, même si ce soulagement se teintait de tristesse. Si son intérêt pour la jeune fille n'était pas partagé, il trouverait quelqu'un de plus intelligent et de suffisamment mature pour remettre sa jalousie et ses préjugés en question.

Il eut l'impression d'avoir mûri en l'espace de quelques secondes.

C'est alors qu'un déclic et des pas se fit entendre. James tourna la tête vers la porte qui s'était ouverte, mais Lily était déjà partie en courant.

« Tant mieux, » pensa James. « Au moins, je ne rentre pas avec elle. »

Il se leva et quitta la salle, et le couloir.

En regardant les escaliers, il comprit que Lily était rentrée directement au dortoir. James prit la direction de la Grande Salle. Il avait faim.