Chapitre 27 : Les histoires de familles, c'est toujours compliqué


Je regarde le labrador manger mon porridge. Lui aussi pourrait fermer la bouche en mangeant ; un rire jaune sort de ma bouche à ces pensées… peut-être que mon père aurait eu moins de peine à élever un chien que moi. Il aurait sans doute eu moins de déceptions et, s'il échouait, il aurait pu se consoler en se disant que ce n'était qu'un chien.

Je deviens dingue. Je me compare à un chien, errant, fugueur ou abandonné, qui est passé par là et qui a hérité de mon plat qui ne me donnait plus aucun envie de le manger. Je vais aller loin, comme ça…

Je ne sais pas quelle heure il est mais il s'est sans doute passé dix minutes depuis que je suis sortie. Autour de moi, l'obscurité et la neige recouvrent tout mais je les ignore, l'un comme l'autre. Je n'ai pas peur du noir et je me fiche bien de me les peler –car, c'est un fait, il gèle ! Surement que je vais être enrhumée ou m'attraper je-ne-sais quelle maladie de merde… mais ça ne me donne pas plus envie de rentrer me chercher un blouson, mon gilet à capuche me suffit. Après tout, ce labrador n'a que ses poils, assez courts, pour lui porter chaud et il n'a pas l'air d'en souffrir.

Je me demande un instant si ses maîtres le recherchent et si, seulement, il en a. Je me demande aussi quel âge il a et s'il va rester en vie encore longtemps, parvenant à échapper aux conducteurs moldus meurtriers, à la fourrière et aux déchets empoisonnés qu'on jette à la poubelle mais qui le tenteront surement s'il n'a que ça à manger.

Des pas dans mon dos, crissant sur l'épaisseur de neige, brisent le silence qui enveloppait plus au moins mon décor ; la circulation, les quelques discussions de passants et les lapements du labrador qui boit la fin du jus du Porridge, mis à part.

Les pas s'arrêtent un instant non loin de l'endroit où je suis assise, toujours au bord de ce trottoir devant ma maison, puis ils continuent leur avancée et, finalement, je sens une personne prendre place, à mes côtés. Je n'ai pas besoin de vérifier par le regard pour savoir que c'est mon père. Poussé par ma mère ou les remords, je n'en sais rien, mais il est venu me voir. Ce n'est vraiment pas la peine, tout a été déjà dit.

Un épais manteau se pose sur mes épaules et je le repousse, sans rien dire, le faisant tomber dans la neige, derrière moi. Mais, mon père est aussi têtu que moi, et le remet sur moi. Lasse, je ne fais rien pour l'ôter une seconde fois.

-Je croyais que t'allais manger dans la cave, me rappelle-t-il.
-Depuis quand doit on croire les paroles d'une Serpentard… ? je te trouve bien naïf pour un ancien compatriote, ironisais-je, froide.

Un soupir retentit mais je n'y fais pas attention.

-Il fallait sans doute que cette discussion arrive…

Cette fois-ci, je tourne le regard vers lui et le plonge dans le sien. Je secoue la tête, désabusé, et lui fais remarquer, un sourire narquois sur les lèvres :

-ça fait cinq ans et demi qu'elle nous fait chier, cette discussion, Papa.

J'ai prononcé ce dernier mot avec un ton si amère que je préfère détourner le regard pour le reposer sur le labrador qui, assis non loin, nous regarde, espérant surement une autre part de porridge.

-Oui, c'est vrai, mais elle n'a jamais abouti à rien. Je n'ai jamais vraiment expliqué, toujours repoussant ce moment où il me faudrait le faire, me dit-il, tristement.
-Expliquer quoi ?
-Des choses que j'aurai préféré à jamais cachées de toi et de Théo mais… j'ai eu tort. Vous êtes en droit de savoir. Je viens de l'expliquer à Théo, maintenant c'est à ton tour. Tu me détesteras sans doute encore plus qu'à présent mais…
-Raconte pas de connerie, m'agaçais-je. Tu sais très bien que je ne te déteste pas et ne le ferai jamais.

Il a un sourire peiné et c'est à son tour d'éviter mon regard mais le mien reste fixer sur lui, attendant ce qu'il peut bien être si anxieux à me révéler. Après un moment qui me parut infini, il commence :

-Tu sais que j'ai été envoyé à Serpentard et je t'ai dit que j'ai détesté cette maison, dés le premier jour, n'est-ce pas ?

J'acquiesce.

-Et bien, j'ai menti.
-Hein ? m'enquis-je. T'as été à Poufsouffle ?
-Non, rit-il avant de redevenir sérieux, j'ai été très heureux de la décision du choixpeau. Je n'avais pas de très louables opinions par rapport aux moldus et aux Sang-de-bourbes. J'étais persuadé de leur être supérieur, tu vois, ce genre d'orgueil mal placé. Et je vénérais cet enfoiré de Tom Jedusor qui était parti depuis dix ans de Poudlard mais dont la réputation ne s'était pas évanouie.

La surprise d'apprendre que mon père avait pu être content de porter un uniforme vert-et-argent passée, je l'interrogeais :

-Tom Jedusor, c'est qui celui-là ?
-Son ancien nom est connu de peu de personnes, mais à Serpentard, à mon époque, tout le monde le connaissait parfaitement. Aujourd'hui, il se fait appelé…

Il soupire, lève la tête vers le ciel noir et pris une voix dédaigneuse, presque moqueuse :

-… Lord Voldemort.

La bouche à moitié ouverte, je scrute le visage de mon père pour y voir quelque chose, une simple bribe d'expression, qui me révèlerait qu'il plaisante. Mais rien. Alors, comme ça, Voldemort avait été connu sous un autre nom… Tom Jedusor. C'est sûr que Voldemort, ça fait plus smart... quand je dirai ça à Laura !

-Et les années sont passées… et je me plongeais de plus en plus dans la magie noire, je me faisais des amis très peu recommandables, je me laissais embarqué dans… un putin de bordel ! A quatorze ans, je rêvais déjà de recevoir la marque, tu te rends compte ?! crache-t-il, hargneux.

Mais je ne réponds pas. D'ailleurs, je ne pense pas qu'il le désire réellement mais qu'il préfère que je ne l'interrompe pas. Alors, je vais le laisser me raconter cette suite qui me semble, à mesure que l'histoire avance, de plus en plus terrible. Je sens l'angoisse monter et l'adrénaline s'infiltrer dans mes veines.

Il reprend son calme, avale sa salive et poursuit :

-Il y avait un chef parmi les Serpentard de mon année, ce Black. Orion Black.

Mon cœur manque un battement et mon souffle s'accélère. C'est pas possible… pourquoi ce nom ? Pourquoi, parmi tous les noms de familles de sang-pur, il a fallu que ce soit celui-là ? Evidemment, il fallait qu'il soit impliqué… ah, je vais vraiment finir par assassiner Merlin ! S'acharner sur moi de cette façon, c'est grotesquement mesquin, espèce de vieux sadique barbu !

-J'étais en Septième année quand il dépassa les bornes. Depuis le début, j'avais été son chouchou. Il avait une confiance aveugle en moi et en mes… mes capacités. A chaque fois qu'il avait de petites broutilles sans importances à faire exécuter, il demandait à d'autres mais, quand c'était de grandes affaires d'état, il se tournait vers moi. Et je ne te dirai pas ce que j'ai réglé ainsi mais je l'ai toujours fait avec efficacité et discrétion ; ce qui me valait le respect et la crainte de tout Poudlard.

Un petit rire sans joie franchit ses lèvres et je ne suis pas sûre de l'apprécier. J'aime de moins en moins la tournure que prennent les choses. Son histoire, ce passé inconnu jusqu'alors, me… pétrifie ! Qu'est-ce que c'est que tout ce merdier, bon sang ? D'où ça sort ?

-Et un jour, sans le savoir, il me demanda une chose qu'il n'aurait jamais due. Une Sang-de-bourbe avait été nommée capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor… et c'était la première fois depuis longtemps. Une Sang-de-bourbe et une fille, en plus, à qui on donnait un poste extrêmement élevé au sein de l'école… t'imagine surement la réaction de petits cons racistes et machos ?

Une pause. Il doit calmer les tremblements rageurs de ses mains et ceux qui font vibrer sa voix. Il toussote, fait craquer son cou d'un mouvement sec et nerveux puis revient à sa narration :

-Il fallait l'éliminer et il fallait que ce soit moi. Il se fichait bien de la manière, il fallait juste qu'elle disparaisse ou qu'elle soit virée de son poste, ou de l'école. Mais, moi, je devais faire mes preuves, je n'avais pas encore l'envergure d'un mangemort… il fallait que je tue. Alors, sans me presser, j'ai attendu le bon moment. Et il est arrivé. La meilleure amie de cette fille s'était disputée avec elle, violemment à ce qu'on en disait. La couverture parfaite. Je suis alors allé voler la baguette de sa meilleure amie, la nuit, dans leur dortoir, pendant qu'elles dormaient. Et je me suis faufilé dans le lit de cette Sang-de-bourbe, jetant un sort qui empêcherait quiconque d'entendre… ce que j'allais faire.

Et qu'est-ce que t'allais faire ? Qu'est-ce que t'allais faire ? hurlais-je intérieurement. Tant et si bien que j'avais l'impression d'entendre l'écho de mes cris imaginaires s'éteindre très lentement. Mon père est cruel de me faire attendre comme ça. Par Merlin, qu'a-t-il fait à cette fille ?!

-Mais, elle ne dormait pas et elle avait les yeux bien ouverts quand je refermais les rideaux, derrière moi. Elle me regardait et ne disais rien, ne bougeait même pas. Ni tentative de défense, ni tentative de fuite. Elle avait l'air d'une statue… la statue d'une très belle nymphe.

Pardon ? Il est marié, il l'oublie ou quoi ? Je le dirai à maman, tiens !

-Et j'ai pointé la baguette sur elle, la formule meurtrière au creux de mon esprit, mais… ses yeux… Oh, ses yeux, ma chérie, qui pouvait tuer une personne qui vous regardait avec ses yeux ? Ce mélange de compassion, de tristesse et de douceur ? Tu te rends compte ? Elle avait ce regard alors que je m'apprêtais à la tuer et qu'elle le savait parfaitement. Elle aurait me haïr du plus profond de son être mais…

Il soupire et se passe une main fébrile dans ses cheveux. Une larme brilla alors dans son regard. La première fois que je vois mon père pleurer… même si ce n'est qu'une larme, rien qu'une seule, elle représente tant.

-Dans son regard se reflétait ma propre laideur… ma putin de gueule de tueur ! Je me voyais, avec mon âme pourri, là, dans ses yeux, juste en face de moi. Comme si je me regardais dans un miroir qui ne montre que ce qui sommeille en soi et qui ne peut être vu avec les yeux. Il ne fallut qu'un regard, Tatiana, qu'une fraction de seconde, pour que toutes les conneries écœurantes avec quoi on m'avait bourré le crane m'apparaissent tel quel. Alors, j'ai baissé ma baguette et je suis parti, achève-t-il dans un souffle.

Je ne sais pas quoi dire. Que pourrais-je dire, d'ailleurs ? « Bravo, Papounet, tu l'as pas tuée ! » ? « C'est cool, ton histoire, mais c'est qui cette fille » ? Chaque mot me semble insultant ou de trop, alors je préfère me taire.

Cette fois-ci, il se retourne vers moi et plonge son regard dans le mien.

-C'est pour ça que je déteste Serpentard, ma puce. Ils ont volé mon âme, l'ont perverti et ont joué avec. Ils m'ont incité à faire des choses innommables, ils ont failli me faire assassiner celle que j'aimais et… quand je t'imagine, toi, ma petite fille, au milieu de tout ce tas de merde, j'ai envie de… venir te chercher à Poudlard pour te ramener à la maison. Mais ne crois pas que j'ai honte de toi. Ne crois surtout pas ça. Je t'aime, ma chérie, et je me fous que tu sois une Serpentard… ce sont tes camarades qui m'inquiètent.

Mais qui est cette fille, bon sang ? Bon, je ne vais pas le brusquer alors qu'il m'a raconté un truc qu'il m'a caché toute ma vie. Et puis, il vient de me faire une déclaration super touchante…

-Mais tu vas me dire qui est cette fille que t'aimais tant, hein, espèce de mari infidèle ? m'écriais-je.
-A ton avis, andouille ? C'est ta mère.

xOxOxO

-Maintenant, je comprends mieux pourquoi vous avez toujours refusé de nous dire comment vous vous êtes rencontrés, assurais-je en riant.
-C'est sûr que vouloir tuer sa future femme, ça craint trop ! renchérit Théo, amusé avec une once d'embarras, cependant.

On savait l'un comme l'autre que ça serait dur d'oublier une révélation pareille et de faire comme si rien n'avait changé. L'idée brève d'en vouloir à mon père m'avait effleurée, bien sûr ; il avait été un peu ce que sont certains Serpentard pour Malefoy, un méchant toutou obéissant ; il avait eu des opinions écœurantes ; il avait failli tuer une fille, juste pour son sang, et il se trouvait qu'il s'agissait de ma mère. Oui, mais, en contrepartie, il avait détesté plus que tout les Serpentard et sa propre conduite, dés sa sortie du dortoir de ma mère, tant et si bien qu'il en avait honte et ne voulait pas nous en avouer la raison. Et il s'était sorti de cet engrenage luciférien, dont beaucoup y restent coincés pour toujours, dans le meurtre et la perversion. Alors, oui, mon père avait été quelqu'un d'horrible mais on fait tous des erreurs, non ? Ce qu'il faut c'est savoir y mettre un terme et il l'a fait, affrontant ses ex-amis dangereux, ce qui aurait pu lui valoir bien plus qu'un coup de poing ou un sort. Il a su se montrer courageux. Pour un Serpentard, noyé dans les forces du mal, c'est déjà bien, n'est-ce pas ?

Je suis retournée à l'intérieur, avec mon père, et j'ai retrouvé maman, Théo et Andy qui étaient assis dans un canapé ; Théo tentant d'imposer le plus d'écart entre lui et Andy, qui se marrait derrière sa barbe.

-Je trouve ça romantique, moi… ça change quand même des couples qui se retrouvent coincés dans un ascenseur en panne, dans un placard à cause du concierge qui patrouille ou qui sont voisins dans un long vol d'avion menant à l'autre bout du monde, déclare Maman, un grand sourire sur les lèvres.
-Oh oui… c'est tellement plus… Serpentard ! ironisais-je. Avec ce petit côté tout à fait adorable de meurtre, racisme et contrat mafieux.

Papa lève les yeux au plafond mais ne dit rien.

-Je suis d'accord avec ta mère, Titine ! C'est super romantique ! Avoir le coup de foudre pour sa future-victime…, soupire Andy, émue.
-On a pas besoin de ton avis, Dieppe ! le coupe mon frère.
-Mais oui, mon chou, l'approuve-t-il en esquissant un geste en sa direction.

Horrifié, Théo bondit du canapé et se dirige à grands pas vers l'escalier pour se rendre à toute vitesse dans sa chambre. Mon père hausse un sourcil, étonné de la réaction de son fils.

-J'ai bien peur qu'il soit homophobe, se justifie Andy en haussant les épaules, faussement désappointé.

Mon père manque de s'écrouler à la remarque et ma mère éclate de rire.

xOxOxO

-Tu dors ?

Oh pitié, mais que Merlin lui enlève le don de parole ou qu'un dragon le bouffe ! Ou, au moins, faites que Dame Nature le rende hétéro et qu'il arrête d'avoir ces manies si agaçantes de filles !

De un, il adore le Nutella –l'un des avantages à avoir une mère, Sang-de-bourbe, c'est qu'on connait les bonnes choses du monde moldu sans pour autant devoir se coltiner les trajets en taxi- et il m'a vidé le pot, hier matin, au petit déj'. De deux, il a voulu me coiffer et choisir ma tenue –et ses goûts sont plutôt mini-jupe et bas-résille. De trois, il a essayé de me faire jouer à ce jeu stupide qui font fantasmer les filles… oui, vous savez, action ou vérité. Une horreur et il a failli réussir à m'y forcer en usant de chantage –il reste un Serpentard mais moi aussi. Et, maintenant, alors qu'on a passé la soirée jusqu'à il y a un quart d'heure, dans les environs de cinq heures et demie du matin –je vais être crevée, demain- à s'empiffrer de Chocogrenouilles et de dragées surprises, voilà qu'il m'empêche de dormir !

En plus, il occupe déjà toute la place dans le lit, alors qu'il est censé être à deux places !

-A ton avis ? J'aurais dû écouter l'idiot de la famille et te foutre dans le canapé du salon ! cinglais-je.
-Ou alors, je vais lui rendre visite à cet idiot familial, parce que ça change pas qu'il est canon… il a un lit deux places aussi, non ? Au pire, on se serrera, minaude-t-il.
-C'est ça, essaye, et je pense que tu pourras te convertir en castra d'opéra…

Il éclate de rire et je le suis bien vite dans son hilarité. En fait, je n'ai pas tant sommeille que ça…

-Dis, Titi-chérie, comment se fait-il que tu sois folle de ce beau gosse de Gryffondor alors que vous vous détestiez depuis des années ? m'interroge-t-il.

Je soupire. Pourquoi faut-il qu'il revienne toujours sur ce sujet ? Même mon frère prend soin de l'éviter !

-Tu me fais chier, Andy…
-Je sais mais ça ne va pas arranger la situation entre lui et toi.
-Ya jamais eu de véritable « situation entre lui et moi »… enfin, à part la haine, lui rappelais-je, aigre.

Un bref silence suit mes paroles.

-Allez, viens faire un câlin à Tata Andy !

En voyant ma réaction dédaigneuse, il insiste, en me menaçant :

-Sinon, je te fais des chatouilles ! Ton frangin est trop bavard quand ça concerne tes faiblesses…

Grommelant contre mon frère, je me rapproche d'Andy qui, de toute façon, n'était pas si loin que ça et pose ma tête contre son épaule tandis qu'il me passe un bras autour de la taille. Il appuit son menton contre mes cheveux.

-Ecoute, chérie, je connais les mecs et les histoires d'amour par cœur ! Si tu le veux vraiment et que tu fais tout ce que je te dis, tu l'auras, ce Sirius Black ! Et avant la rentrée !
-Andy, s'il-te-plait, lâche-moi la grappe…
-Tout ce que je te dis, Titine, répète-t-il. Et tu pourras envoyer cette Qwerty se faire mettre ailleurs !

Je réfléchis mais… bon, il est cinq heures du matin et je n'ai pas beaucoup plus dormi hier, avec les révélations de mon père… alors, réfléchir, c'est pas trop à l'ordre de la nuit. Et comme dit ma mère, Quand on n'a pas de quoi cogiter, on fait avec l'instinct ! Donc, faisons avec l'instinct.

-Quand tu dis « tout », c'est vraiment tout ?
-Ouais, ma vieille, tout de chez tout ! assure Andy.

Je relève le regard vers lui et le plonge dans le sien, bleu si clair.

-Marché conclu !
-Yes ! s'exclame-t-il. Check, chérie !

xOxOxO

-Vous allez où ? demande Théo, suspicieux.

Déjà que je regrette mes paroles irréfléchie de la nuit, j'aimerais bien qu'on me foute la paix, une bonne fois pour toute, par Merlin ! Je me retourne vers lui, lugubre, et lui dis de se mêler de ces affaires… oui, bon, un truc moins poli.

-Chez ma grand-mère, lui porter un pot de miel et une galette, ironise Andy.

Je me demande bien quelle est cette histoire de galette et de grand-mère mais… à vrai dire, je m'en fiche pas mal. Théo hausse les épaules, prend un blouson en cuir sombre et nous emboite le pas quand on quitte la maison ; génial, je sens qu'on va devoir se le coltiner.

-J'en ai ras le cul de rester ici à rien faire ! soupire Théo. Alors, je viens avec vous !
-' Fatalité, ironisais-je.
-Ouais, fais pas genre, frangine, tout le monde sait que tu m'adores ! déclare-t-il avec prétention.
-Bien sûr, tout Poudlard parle que de ça ! C'est fou, me moquais-je.
-Bon, c'est pas que votre déclaration d'amour fraternel me soule mais si on y allait ; on va pas rendre notre Titine sexy et féminine en deux secondes ! déclare Andy.
-Sexy et féminine ? Tu vois les choses en grand, toi !
-Merci énormément, à vous deux… sales crapauds ! m'énervais-je.

Théo me sourit, sarcastique, et nous nous asseyons tous les trois sur un banc, en attendant que le magicobus débarque. On n'aura pas attendre longtemps car, et c'est ce qui est bien avec ce transport, c'est qu'il devine tout seul qu'on a besoin de lui. Ah, les moldus ne savent pas ce qu'ils ratent !

-Et pourquoi, tu veux accomplir cet exploit, Dieppe ? demande Théo.
-Il veut s'entraîner pour sa prochaine carrière de styliste, raillais-je.
-Pour faire craquer son blackounet chéri !

Je le déteste, je le déteste, je le déteste… ! Mais je suis posée, douce et délicate. Je ne vais donc pas me soumettre à cette envie sauvage de lui crever les yeux, arracher le foie et tordre le cou… non, bien sûr.

-Quoi ?! s'écrie Théo. Tatiana, si seulement t'envisages un instant de sortir avec Sirius, je le dis à Papa et il va te…

Le magicobus arrive alors et je bondis du banc pour me ruer à l'intérieur. Je jette quelques pièces à Rick Sommers, le contrôleur du bus, qui me déteste depuis la première fois qu'il m'a vue. J'avais treize ans, c'était pendant les vacances d'été, Théo et moi nous étions disputés et mon père avait pris le parti de mon frère –évidemment. J'étais donc parti de la maison, rageuse, et j'avais pensé à aller chez Laura, visiblement très vivement, puisque le bus était apparu. J'avais voulu monter mais il m'avait auparavant demandé de payer et je n'avais pas la moindre mornille. Alors, j'ai forcé le passage et je me suis débattu pendant plus d'une demi-heure… malheureusement, bien que Rick est gringalet et que je mordais autant que je griffais, il avait réussi à m'éjecter dehors. Cependant, je lui avais arraché de bonnes poignées de cheveux et lui avait cassé le nez. Depuis… c'est un peu froid entre nous.

-Tiens, pas encore réussi à te débarrasser de ta teigne de frangine, mon pote ? s'enquit Rick.
-Et pourtant, j'y mets beaucoup de volonté, Ricky ! répond-il. Mais elle est tenace…

Bah, Théo étant mon parfait opposé, il a tout de suite plu à ce débile de Sommers. Faut dire, Théo est pote avec tout le monde –sauf les Serpentard. Alors, pour lui, c'est gratuit. Ouais, je sais, le monde est trop injuste ! Enfin, surtout le mien…

-C'est gratis pour ton pote, aussi, vieux, annonce Rick alors que je prends place tout au fond du bus.
-C'est pas mon pote ! C'est celui de Tatiana ! Un Serpentard et un pédé, en plus, donc fais gaffe à ton derrière…
-Désolé, mes choux, mais je préfère les vrais mecs, révèle Andy, en souriant avec hauteur.

Tandis que les deux autres se remettent de la remarque, mon ami vient s'assoire près de moi et soupire :

-Ah, les mecs… toujours à se croire désirables !

xOxOxO

-Arrête… c'est trop court ! m'irritais-je en me regardant dans la grande glace.

Nous sommes dans une grande cabine pour handicapés –on est allés du côté moldu. Au départ, j'y étais entrée toute seule, préférant essayer mes tenues sans compagnie, mais c'était sans compter le fait que les deux mecs avec qui j'étais étaient les pires emmerdeurs de Poudlard –ou presque. De toute façon, l'un est homosexuel et l'autre, c'est mon frère donc bon…

-Et tu crois que les jupes de Qwerty sont pas trop courtes ? ironise Andy.
-Et tu veux que ma frangine ressemble à cette pute de Qwerty, peut-être ? s'insurge Théo.
-T'es sorti avec, je te rappelle…, lui rappelais-je.
-C'est pour ça que je peux dire que c'est une pute !

Oui, c'est logique.

Andy me demande ce que j'en pense, à part le détail de la longueur, et je mime une envie de vomir, ce qui semble l'exaspérer. En même temps, la jupe que je porte a plus les caractéristiques d'une ceinture qu'autre chose !

Je fais mine de l'enlever quand Andy essaye de m'en empêcher en tenant fermement le peu de tissu qui fait lieu de jupe. Je tente de le repousser mais il me plaque contre une cloison de la cabine sous le regard indifférent de mon frère qui se mate dans le miroir –qu'est-ce qu'il peut être narcissique, celui-là !

-Mais tu vas me lâcher, espèce de troll ? rugis-je en me débattant.
-Tu m'as dit que tu ferais tout ce que je te dis et je te dis d'acheter cette jupe !
-J'étais crevée. J'ai pas réfléchi aux conséquences ! Et j'en veux pas de cette merde !
-Tant pis, c'est moi qui commande !
-Tu te prends pour qui, sale peau de vache ?
-Han ! s'offusque-t-il. Tu t'es regardée ?
-Vous engueulez pas pour si peu ; vous êtes tous les deux, des peaux de vaches. Et si vous voulez vous en assurer, ya un miroir, là, intervient mon frangin, moqueur.

Merci, Merlin, pour m'avoir refilée un frère aussi compatissant… attends que je te retrouve, vieux et grand manitou et je t'arrache ta barbe !

-Vous avez besoin d'aide ? s'enquit une vendeuse, derrière le rideau qui ferme la cabine.

J'entends par sa voix qu'elle est inquiète quant à nos activités… franchement, je ne vois pas ce qui peut la mettre dans cet état.

xOxOxO

Quand nous sortons de la cabine d'essayage où nous avons passé trois quarts d'heure, je tire une tête de dix mètres de long et suis enterrée sous une masse inimaginable de fringues, dont aucune qui me plaise. Faut dire, moi, sans les sweat à capuche, les Jean's et les baskets, ce n'est même pas la peine d'essayer de m'habiller. Enfin, sauf si on met Andy dans l'équation, ce qui change le résultat du tout au tout. Si bien qu'à présent, je me dois de payer des mini-jupes, des slims moulants, des escarpins, des débardeurs au décolleté plongeant et des robes avec si peu de tissu qu'on pourrait l'utiliser en gant de toilette. Autant dire que je m'apprête de jeter mon argent, que j'ai échangé contre de l'argent moldu à Gringotts, car je ne compte absolument pas les mettre.

L'une des vendeuses nous regarde quitter la cabine, effarée et choquée. Une fille et deux mecs, dans une seule et même cabine et poussant des cris bizarres… oui, évidemment, tout de suite, l'imagination salace part au quart de tour.

Mais je n'y fais pas attention parce que, d'une, je m'en fous complètement, et de deux, je suis bien trop plongée dans mes pensées…
D'accord, j'ai accepté le plan foireux d'Andy, hier soir, mais ce n'est pas une raison assez valable pour me forcer à m'habiller comme ça. D'ailleurs, je ne sais qu'à peine tenir debout avec des escarpins aux talons aussi hauts. Et puis, si c'est sous la condition de ressembler à la première pouffe venue que j'ai une chance de séduire Monsieur Mégalo, j'ai nommé Sirius Black, alors je ne sais pas si le jeu en vaut la chandelle. A quoi ça pourrait servir s'il ne fait attention à moi alors que je ne suis plus moi ? J'ai beau chercher, je n'en vois pas le mérite personnel. S'il doit m'aimer, c'est pour ce que je suis, non ?

Je laisse tomber avec irritation le tas de tissu au sol, sans me préoccuper ni du regard offusqué des gens autour, ni du fait que les fringues s'étalent largement. Je me tourne pour faire face à Andy qui me regarde avec étonnement.

-Désolée, Andy, mais j'arrête ce petit jeu… tu crois peut-être que toutes les concessions du monde sont bonnes pour plaire à un mec, surtout si on l'aime, et j'avoue qu'à un moment donné, je l'ai cru aussi mais plus maintenant. Evidemment, je voudrais vraiment pouvoir avoir la plus infime chance que mes sentiments soient partagés mais, avec l'apparence que tu veux me donner, je ne ferai que jouer le même jeu que ces filles qui veulent juste coucher avec lui. Et c'est hors de question ! Je resterai moi, et si ça suffit pas… tant pis, achevais-je, déterminée.

Persuadée d'avoir prise la bonne décision et sous le regard approbateur de Théo, j'attends la réaction de mon ami qui reste pensif face à mon discours. Il finit par acquiescer en souriant.

-Ok, chérie ! Mais, au moins, paye-toi une tenue pour Noël ! dit-il.
-Mais pas de robe !
-Une jupe, alors ?

Rester zen, en toute circonstance… Quoi que je sois une Serpentard donc je peux bien assassiner cette andouille, non ?

xOxOxO

Les jours sont passés rapidement jusqu'à ce qu'on arrive enfin à ce jour fatidique où je vais mourir sous la colère de mon père. Oui, parce que je sens d'ici le plan pourri de Laura qui va justifier aux yeux de mon paternel une mort lente et douloureuse. Oui, vous l'auriez compris, on est le 24 décembre. Le réveillon.

Andy m'a forcée à me préparer tôt. Oui, car lui est au courant de ce que s'apprête à faire ma tarée d'amie pour forcer mon père à abriter une fête dans sa maison. Ce qui me parait mission impossible puisqu'il déteste les fêtes et qu'il est déjà très peu enthousiaste à inviter la famille, alors à inviter mes amis… je m'attends au pire !

Donc me voilà, poireautant dans le canapé avec Andy, habillée d'un Jean's slim gris clair et d'une chemise bleu marine aux longues manches repliées d'une façon pas du tout distinguée à la hauteur de mes coudes. Evidemment, il a fallu qu'Andy me fasse du chantage –et je ne dirais pas lequel, c'est trop humiliant- pour que je déboutonne les deux premiers boutons de la chemise. Je le déteste et le détesterai à jamais. Si, si. Les converses, qu'Andy m'a prêtée après avoir demandé à ma mère de diminuer leur taille, que je chausse sont d'une couleur bleu turquoise vraiment voyante mais bon, c'étaient ça ou des bottes style cow-boy alors bon… le choix a été vite fait ! Quoique peut-être que Sirius est fan de ce personnage de BD moldu, Lucky Luke…

J'aurais préféré un bon vieux Jean's usé et un tee-shirt tout simple mais malheureusement Andy ne s'est pas retrouvé à Serpentard par hasard et il sait user de sa ruse, de sa cruauté et de son machiavélisme. Bon, voyons les choses du bon côté, j'ai évité la jupe-ceinture de l'autre jour.

-Pourquoi t'a pas voulu que je te boucle les cheveux, Titine ? geint-il, boudeur.

Je n'allais pas tout accepter, non plus ! Déjà, j'ai consenti à passer plus de trente secondes dans mon brossage de cheveux blonds, c'est un beau miracle, non ?

-J'aurais dû t'acheter ce genre de truc en plastique que les moldus mettent dans leur vitrine… tu sais, ces espèces de statues…
-Un mannequin ? propose Andy.
-Ouais voilà ! J'aurais dû t'acheter ça pour Noël ! Comme ça t'aurais pu jouer à la coiffeuse-styliste et arrêter de me prendre pour ton cobaye !
-C'est pour que t'attires ton mec, moi, c'est tout, hein ! ronchonne-t-il.

Je ne fais pas de commentaire mais vu la tête qu'il fait en croisant mon regard sceptique, je sais que mon expression faciale parle d'elle-même.

Papa rentre dans la salle, suivi de ma mère qui sautille d'excitation. Celle-ci me lance un clin d'œil dés qu'elle m'aperçoit ; elle est au courant de la venue de mes trois amies, Maddy, Laura et Huwiler. Mais mon père a l'air grognon.

-Pourquoi t'as invité Croshterr ?
-C'est mon collègue et meilleur ami ! Et, le pauvre chou est tout seul… C'est cruel de laisser une personne fêter Noël sans compagnie ! déclare ma mère avec une compassion qui le fait grincer des dents.

Mon père est très jaloux quant à la gent masculine qui se trouve dans un périmètre réduit autour de sa femme. Surtout quand il s'agit d'Emmanuel Croshterr qui travaille avec ma mère… ma mère est toiletteuse pour tout animal de compagnie magique. Je ne sais pas vraiment ce que fait Croshterr dans cette histoire… le rinçage, peut-être. Toujours est-il que je le vois souvent débarquer à la maison pendant les vacances et que ça ne plait pas à mon père. Faut dire, ce célibataire endurci au gros ventre a toujours un de ces regards énamourés quand il lorgne ma mère que je serais moi aussi jaloux si j'étais son mari… oulà, le fil de mes pensées devient très étrange.

-Et alors, on est cinquante pour cent Serpentard dans la famille, on a bien le droit d'être cruel de temps en temps, non ? claque mon père.
-Chéri…, ronronne ma mère. Si tu veux avoir ton cadeau de Noël, sois sage.
-Ouais, grogne-t-il.

On frappe alors à la porte et je prie Merlin pour que mon père n'assassine pas Laura dés qu'il lui ouvrira… car c'est évident que c'est elle. Ça ne peut être qu'elle. Quoique c'est possible qu'il s'agisse de mon cousin, John, et de ma tante et mon oncle très délurés –en même temps, en étant le frère de ma mère, mon oncle ne peut-être que taré et il s'est choisi une femme qui lui allait très bien. Mais ils arrivent toujours en retard et comme il n'est que dix-huit heures, pas la peine de les attendre avant une bonne heure. Enfin, mon père ne les attend même pas… il a un sens de la famille, lui, c'est fou.

-Ta mère, surement ! s'exclame la mienne, toute excitée.
-Ou ton amant, siffle-t-il en s'avançant vers la porte.

Pitié, faites que ce soit son amant ! Mais la pitié ne doit pas être le fort de Merlin ou du quelconque sadique qui trône sur le monde, au-dessus des nuages, puisque dés que la porte est ouverte par mon père, la voix aimable et joyeuse de Laura résonne :

-Surprise !
-Surprise ?! s'étrangle mon père.