Voilà comme promis la suite de cette histoire avec même un jour d'avance. Je vous remercie toutes pour vos rewiews auquelles je crois avoir répondu sauf pour les annonymes que je remercie également.
Je vous souhaite une BONNE LECTURE !
Chapitre 27 :
Draco se releva et s'appliqua à faire tomber la neige de ses cheveux, de sa veste et de ses jambes. Il éprouva une exaltation soudaine à se retrouver dehors, sous un beau ciel bleu, au milieu d'un paysage hivernal féerique avec ses pins enneigés et en compagnie d'un jeune homme qui avait brusquement retrouvé sa joie de vivre.
- C'était complètement puéril, le réprimanda Draco en s'avançant.
Harry le regarda en reculant lentement.
- Ne fais pas ça, dit-il en réprimant un rire, je te préviens...
Draco avança brusquement, le brun se plia en deux, passa une jambe derrière son genou, donna une légère pression, et le blond partit en arrière. Il atterrit sur le dos avec un bruit mat, au pied du brun, tandis que le rire d'Harry résonnait comme le tintement d'une cloche à travers les pins.
- Ça, lui déclara Harry, qui s'amusait énormément, c'est pour me venger partiellement de la neige que tu m'as jetée à la figure sur cette aire de repos.
Harry attendait que le blond se relève, mais il resta au sol, étrangement pensif, les yeux vers le ciel bleu au-dessus de leur tête.
- Tu... Tu ne te relèves pas ? gloussa le brun.
Draco se tourna vers lui.
- Pourquoi faire ?
- Je ne t'ai pas fait mal ?
- Ma fierté est en lambeaux, Harry.
Le souvenir de ces films où il jouait les durs lui revint soudain en mémoire, et Harry comprit ce qui l'embarrassait. C'était évidemment une doublure qui se battait à sa place, se dit-il, honteux d'une vengeance aussi mesquine.
- C'était stupide de ma part. S'il te plaît, lève-toi.
Le soleil lui fit cligner des yeux et Draco demanda :
- Tu vas de nouveau m'envoyer au tapis ?
- Non, je te le promets. Tu as tout à fait raison, j'ai été puéril.
Harry lui tendit la main et contracta ses muscles au cas improbable où Draco lui jouerait un mauvais tour mais le blond accepta son aide avec gratitude.
- Je suis trop vieux pour ce genre de choses, se lamenta Draco en se frottant le genou.
- Regarde ça ! s'exclama Harry, désireux de lui faire oublier sa gêne, en désignant le bonhomme de neige qu'il avait commencé la veille. Le vent a creusé un cratère là-bas, et la couche de neige n'est pas aussi profonde. Si tu m'aidais à en refaire un ?
- Entendu, dit Draco et, à son étonnement émerveillé, il lui prit la main et la garda.
Ils avaient l'air de deux amoureux marchant dans la neige, main dans la main.
- Qu'est-ce que tu m'as fait là-bas ? lui demanda Draco avec admiration. Était-ce une prise de karaté ou de judo ? Je confonds toujours les deux.
- De judo, dit Harry, mal à l'aise.
- Pourquoi diable ne m'as-tu pas balancé comme ça sur l'aire de repos au lieu de partir en courant ?
Harry jeta un regard embarrassé.
- Mon frère Julian donne des cours d'autodéfense, mais j'ai toujours trouvé que c'était idiot dans une ville comme Keaton et j'ai refusé d'y aller. Il m'a enseigné cette prise là à la maison, il y a bien longtemps. Quand tu me poursuivais ce jour-là, j'ai paniqué et j'ai pris mes jambes à mon cou. Je ne me suis même pas rappelé que je savais faire ça. Aujourd'hui, j'avais préparé mon coup, et c'est pour cela que j'ai réussi si facile...
Harry ne termina pas sa phrase, histoire de ménager l'amour-propre de Draco, même si c'était un peu tard.
Quand ils atteignirent le bonhomme de neige, Draco lui lâcha la main et le regarda avec un sourire admiratif.
- Tu connais d'autres prises comme celle-là ?
Harry en connaissait quelques unes.
- En fait, non.
- Alors permets-moi de t'en montrer une autre, dit Draco très doucement.
Son geste fut si rapide que Harry poussa un cri surpris en décollant du sol, propulsé dans un tas de neige avec une puissance parfaitement maîtrisée pour qu'il se retrouve assis, les jambes tendues, sans le moindre mal.
Le brun le regarda ahuri en riant malgré lui de son vol plané, puis il se redressa.
- Tu es vraiment horrible, le gronda Harry.
Il tourna le dos à Draco une seconde, puis se retourna et lui décocha un sourire innocent en avançant vers lui.
- Ça te suffit ? répliqua le blond, les bras ballants.
- Oui, tu as gagné. J'abandonne.
Cette fois, cependant, Draco aperçut l'étincelle dans ses yeux ensorceleurs.
- Menteur, fit-il en riant, quand Harry l'encercla lentement en cherchant l'endroit où se placer.
Draco tourna avec lui, tous deux riaient à présent, mais le blond était bien décidé à ne pas lui donner de prise quand Harry attaquerait et le brun avait bien l'intention de l'y contraindre.
- Fin du temps réglementaire, déclara Harry, puis il s'immobilisa et tripota sa fermeture éclair qu'il avait descendu une minute plus tôt. Pas étonnant que je me gèle ! Cette fermeture n'arrête pas de descendre.
- Montre, répondit Draco. Laisse-moi voir.
Il retira son gant droit. Au moment où ses doigts se posaient sur la languette, Harry se retourna violemment, lança son épaule contre la poitrine de Draco de toutes ses forces et se jeta sur lui comme un demi de mêlée. Le blond fit un écart, et l'épaule d'Harry fendit l'air avec une telle puissance qu'il plongea devant lui, la tête la première. Entraîné par son propre élan, le brun s'enfonça jusqu'aux épaules dans la congère qui se trouvait derrière lui.
Tout en riant, il sortit à reculons de la congère, se retourna et s'adossa au talus.
- Je n'avais encore jamais vu personne se servir de sa tête comme d'une perceuse à neige, déclara Draco d'une voix moqueuse. Démonstration intéressante. Tu crois que tu pourrais vendre le brevet à un fabricant ?
Cela suffit. En hurlant de rire, Harry se laissa glisser et s'effondra à ses pieds. Puis il reprit haleine et leva les yeux vers Draco. Le blond le surplombait, les mains sur les hanches, incarnation parfaite du mâle supérieur.
- Quand tu seras prêt à te mettre sérieusement au bonhomme de neige, dit Draco avec dédain, en s'éloignant, le menton relevé, tu...
Harry lança un pied. Draco trébucha et tomba comme un arbre abattu. Le brun se laissa rouler à ses côtés, se redressa en chancelant et recula pour que le blond ne puisse pas l'attraper.
- Plus dure sera la chute, lui rappela Harry en ricanant, puis il recula encore quand Draco se releva.
Le blond souriait, mais il avait dans les yeux une lueur dangereuse quand il avança lentement vers Harry.
- Et maintenant..., dit-il doucement. Maintenant...
- Non, ne fait rien que tu puisses regretter, fit Harry en riant malgré lui et en tendant les bras pour le repousser. Non, Draco, ne fais pas ça !
La star se jeta sur lui, le fit tomber en le prenant à bras-le-corps, le poussa sur lui dans la neige et le fit rouler sur le dos en lui enfourchant la taille. Puis il lui immobilisa d'une main les poignets au-dessus de la tête.
- Sale gosse, dit-il d'un ton enjoué, tandis que Harry, pris d'un fou rire, se tordait et tentait de reprendre haleine. Tu abandonnes ?
- Oui, oui, oui, ! fit Harry d'une voix entrecoupée.
- Dis : pouce !
- Pouce ! ricana Harry. Pouce !
- Maintenant ferme les yeux et donne-moi un baiser.
Les épaules tremblantes, Harry ferma les yeux et avança délibérément les lèvres comme font les enfants. Une neige froide et humide lui éclaboussa le visage. Draco lui en lança sur les joues, tant dit que le brun crachotait en riant, puis le blond se leva.
- Maintenant, annonça-t-il avec un sourire de sultan satisfait en tendant la main à Harry pour l'aider à se relever, tu es sûr que cela te suffit ?
- Ça me suffit, répondit Harry qui remarqua enfin que Draco semblait détendu, heureux comme un gamin après avoir ainsi batifolé.
Toute trace de tension avait disparu de son beau visage, et Harry éprouvait une tendresse mêlée de perplexité à l'idée que quelque chose d'aussi banal qu'une bataille de boule de neige puisse lui faire autant de plaisir. Bien sûr, il ne neigeait pas à Los Angeles. C'était peut-être nouveau pour lui. Et puis Harry compris une chose : le blond avait tout à fait raison de vouloir profiter de l'instant présent et se fabriquer des souvenirs pour l'avenir. Il en avait visiblement besoin.
Draco avança dans l'épaisse couche en s'appuyant à son bras. Il ne pensait plus qu'à ce qu'ils allaient faire.
- Je suppose que nous pouvons nous y mettre sérieusement, lança-t-il, planté devant le tas informe qu'était devenu le bonhomme de la veille, maintenant que tu as compris qu'il était complètement fou de provoquer quelqu'un de plus gros, de plus fort et de plus sage que toi. Puisque j'ai fini par me faire respecter, j'ai quelques idées concernant ce proj...
Une énorme boule de neige lui frappa irrespectueuse la nuque.
Sur un sommet isolé du Colorado, les rires résonnèrent par un long après-midi d'hiver, des rires qui firent sursauter les écureuils qui observaient du haut de leurs arbres deux êtres qui troublaient la paix alentour, gambadant comme des enfants, se poursuivant autour des pins, se lançant des boules de neige, avant de construire un bonhomme qui, une fois terminé, ne ressemblait à aucun des bonhommes répertoriés dans les annales de l'histoire.
Ils étaient assis sur le canapé, les jambes étendues, les pieds appuyés sur la table basse, un plaid couleur crème sur eux. Harry regardait à travers la baie vitrée à l'autre extrémité de la pièce. Il était délicieusement épuisé après cette journée en plein air et ce repas copieux. Draco lui avait fait l'amour sur le canapé. Même maintenant, alors que tout cela était déjà loin et que Draco était perdu dans ses pensées, le regard rivé sur la cheminée, le blond avait gardé son bras autour de lui et le serrait contre lui, comme s'il aimait l'avoir près de lui, le toucher. Cela plaisait également au brun, mais en ce moment il pensait au « bonhomme » qui se trouvait de l'autre côté de la vitre. Comme les lampes tamisées de la pièce ne diffusaient qu'une lumière douce, et que le feu n'était plus qu'un amas de braises orange, Harry n'en distinguait que la vague silhouette. Draco était incroyablement imaginatif, songea Harry avec un sourire, ce qui n'était guère surprenant, étant donné la carrière cinématographique qu'il avait faite. Mais quand même, un bonhomme de neige devrait ressembler à un bonhomme de neige, pas à un dinosaure mutant.
- À quoi penses-tu ? lui demanda le blond.
Harry releva le menton pour mieux lui faire face.
- À ton bonhomme de neige. On ne t'a jamais dit qu'un bonhomme de neige est censé être joyeux ?
- Ça, c'est un monstre de neige, rectifia Draco avec une fierté enfantine en regardant par la fenêtre.
- On le croirait sorti de l'imagination de Stephen King. À propos, quelle enfance dépravée as-tu eu ? le taquina Harry.
- Dépravée, lui confirma Draco, qui resserra son étreinte.
Il ne se lassait pas du brun, ni au lit ni ailleurs, et c'était pour lui une expérience sans précédent. Le jeune homme emplissait le creux de son bras, comme s'il avait été fait pour lui. Au lit, il était à la fois ange et gigolo, il le rendait fou d'un cri, d'un regard, d'une caresse. Ailleurs, il était drôle, fascinant, têtu, spirituel et intelligent. Il savait le faire enrager d'un mot et le désarmer d'un sourire. Il était complexe sans artifice, et si plein de vie et d'amour qu'il l'hypnotisait parfois, notamment quand il parlait de ses élèves. Draco l'avait enlevé et, en échange, le brun lui avait sauvé la vie. La star passait pour un assassin malin et endurci, et son compagnon avait pourtant eu le courage de s'enfuir sous son nez. Puis le brun avait rebroussé chemin et il lui avait offert sa virginité avec une douceur poignante qui lui faisait mal chaque fois qu'il y pensait. Draco se sentait humble devant son courage, sa douceur et sa générosité.
Il avait neuf ans de plus que le brun, il était mille fois plus dur et, pourtant, il y avait en Harry quelque chose qui le rendait plus doux. Avant que Draco aille en prison, ses conquêtes l'accusaient de tout, d'être distant, inaccessible, froid ou cruel. Plusieurs d'entre elles lui avaient dit qu'il avait tout d'une machine et l'une avait même fait une description complète de cette analogie : il s'enflammait pour le sexe, mais se désintéressait de tout le reste, sauf de son travail. Lors de l'une de leurs fréquentes disputes, Pansy lui avait déclaré qu'il pourrait charmer les serpents, qu'il était aussi froid qu'eux.
Mais dans sa vie d'adulte, il n'avait connu personne, pas même Pansy, qui ne s'intéresse pas d'abord à sa propre carrière et ce qu'il pourrait faire pour elle. Si l'on ajoutait à cela tous les faux jetons et les sycophantes dont il avait enduré la compagnie depuis qu'il était arrivé à Hollywood, il n'était guère surprenant qu'il fut devenu cynique, impitoyable, blasé. Non, songea Draco, ce n'était pas vrai. La vérité, c'était qu'il était déjà, avant de venir à Los Angeles, assez dur et froid pour tourner le dos à son ancienne existence, à sa famille et même à son propre nom alors qu'il n'était âgé que de dix-huit ans. Assez pour les chasser de son esprit et ne jamais regarder en arrière ni en parler à personne, ni au service de publicité du studio qui se plaignait de devoir lui « inventer » un passé lors de son premier film, ni à ses amants ou à ses maîtresses, ni même à sa femme. Son nom, sa famille et son passé était une réalité morte, qu'il avait enterré irrévocablement dix-sept ans auparavant.
- Draco ?
Le simple fait de l'entendre prononcer son nom produisit sur lui un effet magique. Son nom même en paraissait différent.
- Hum ?
- Tu te rends compte que je ne sais pas grand-chose de toi, bien que nous... heu, nous ayons été...
Harry s'interrompit, ne sachant s'il pouvait se permettre d'employer le mot « amants ».
Draco vit son embarras et sourit, car il pensait que le brun cherchait un terme châtié, correct - donc impropre - pour décrire la passion débridée qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre.
- Qu'est-ce que tu préfères, un mot ou une expression ? fit-il en souriant dans sa chevelure.
- Ne soit pas si suffisant. Il se trouve que je suis diplômé pour enseigner l'éducation sexuelle aux élèves des collèges.
- Alors quel est le problème ? ricana-t-il.
- Le terme clinique de « rapports sexuels » ne me semble pas convenir pour décrire quelque chose d'aussi... d'aussi doux. Et d'aussi profond. Et d'aussi fort.
Draco ferma les yeux en se demandant pourquoi Harry lui faisait un effet pareil.
- Et le terme « amants » convient-il ? parvint-il à dire d'une voix à peu près normale.
- Amants, acquiesça le brun en opinant du chef. Ce que j'essayais d'expliquer, c'est que, bien que nous ayons été amants, je ne connais rien de toi.
- Que voudrais-tu savoir ?
- Eh bien, pour commencer, est-ce que Draco Malfoy, c'est ton vrai nom ou en as-tu changer quand tu as fait du cinéma ?
- Draco, c'est bien mon prénom. Malfoy était le nom de ma mère, pas le mien, jusqu'à ce que je le fasse modifier légalement à l'âge de dix-huit ans.
- Vraiment ?
Harry tourna la tête et sa joue vint frotter sur son bras. Même les yeux clos, le blond sentait que le brun le regardait, il voyait son sourire curieux et attendait l'inévitable question.
- Quel était ton nom avant que tu ne le changes en Malfoy ?
- Black.
- Plutôt joli. Pourquoi l'as-tu changé ?
Harry vit sa mâchoire se contracter et fut sidéré par la dureté de son regard.
- C'est une longue histoire, fit-il laconiquement.
- Oh ! s'exclama Harry en songeant que ce devait être une histoire assez pénible pour qu'on la laisse de côté pour l'instant. J'en sais déjà long sur ta jeunesse. Mes frères aînés étaient des fans enragés de tes films.
Le brun avait dit la première chose qui lui était passée par la tête pour changer de sujet.
- Ah oui ? le taquina Draco.
Harry acquiesça, heureux et soulagé que sa tactique ait si bien marché.
- Je sais déjà que tu as grandi tout seul, que tu as fait des tournées de rodéo et de lancer de lasso, que tu as vécu dans des ranchs et dressé des chevaux... J'ai dit quelque chose de drôle ?
- Au risque de te faire perdre toutes tes illusions, chaton, répondit Draco avec un petit rire, toutes ces histoires sont le pur produit de l'imagination fertile du service de publicité du studio. La vérité, c'est que je préférerais passer deux heures dans un car de tourisme que sur le dos d'un cheval. Et s'il y a une chose au monde que je déteste plus que les chevaux, ce sont les vaches. Les boeufs, je veux dire.
- Les vaches ! bredouilla Harry, et son rire contagieux résonna comme une musique, illuminant le coeur de Draco, tandis que le brun remontait ses genoux contre son torse et que, les enlaçant, il observait le blond, fasciné.
- Et toi ? plaisanta Draco en prenant son verre de cognac pour l'empêcher de lui poser une autre question tout aussi inévitable. Potter, est-ce le nom avec lequel tu es né ou en as-tu changé ?
- Je suis né sans nom.
Draco faillit s'étouffer.
- Pardon ?
- On a trouvé dans une boîte en carton dans une ruelle, au-dessus d'une poubelle, enveloppé dans une serviette. Le gardien d'immeuble qui m'a déniché m'a ramené chez sa femme jusqu'à ce que je sois assez réchauffé puis conduit à l'hôpital. Il s'est dit que c'était bien que je porte son nom puisqu'il s'était occupé de moi ce jour-là, et il m'a appelé Harry.
- Mon Dieu !
- J'ai eu de la chance. Cela aurait pu être bien pire !
Draco était tellement atterré qu'il ne vit pas la lueur rieuse qui étincela dans ses yeux.
- Comment ?
- Il aurait pu s'appeler Gaston, où Alphonse, ou encore Saturnin. Je faisais des cauchemars dans lesquels je me prénommai Saturnin.
Alors Draco senti de nouveau ce pincement au coeur, cette curieuse douleur à la poitrine qui surgissait quand Harry souriait comme ça.
- Tu as été adopté par les Potter, n'est-ce pas ?
Comme Harry hochait la tête, il en conclut :
- Et ils ont eu un joli bébé à aimer.
- Pas tout à fait.
- Quoi ?
- Ce que les Potter ont eu, c'est un petit garçon de onze ans qui avaient déjà fait ses premiers pas de délinquants dans les rues de Chicago, aidé en cela par des petits garçons un peu plus vieux que lui qui lui apprirent certains... heu... tours. En fait, ajoutait-il gaiement, j'aurais sans doute fait une brillante carrière.
Le brun leva une main et agita les doigts sous son nez.
- J'ai des doigts très rapides. Des doigts de faucheur.
- Tu as volé ?
- Oui, et je me suis fait coffret à onze ans.
- Pour vol ? fit Draco, incrédule.
- Certainement pas, répliqua Harry, comme piqué au vif. J'étais beaucoup trop vif pour me faire pincer. Je me suis fait épingler dans un coup monté.
Draco le regarda, ahuri. Pourtant, l'imagination bien aiguisée qui avait fait de lui un réalisateur de talent s'était déjà mise en route. Il imaginait ce que le brun avait été, enfant : petit et mince, mal nourris... Un minois de gamins rehaussés par ses yeux de faon... Un menton volontaire... des cheveux bruns, ébouriffés, hirsutes par manque d'attention... bagarreur.
Prêt à se battre et à accepter un monde dur et cruel...
Prêt à accepter un ancien détenu...
Prêt à rester avec lui au mépris de tout ce qu'il était devenu, parce qu'il croyait en lui à présent...
Partagé entre l'amusement, la tendresse et l'ébahissement, Draco lui lança un regard d'excuse.
- Je me suis laissé emporter par mon imagination.
- Je l'aurais parié, dit Harry avec un étrange sourire entendu.
- Qu'as-tu fait pour te faire coffrer ?
Harry jeta un long regard amusé.
- Des garçons plus âgés étaient gentiment en train de me faire la démonstration d'une technique qui m'aurait été fort utile avec toi. Mais quand j'ai essayé hier sur le 4x4, je ne me souvenais plus de l'emplacement exact.
- Pardon ? fit Draco d'une voix blanche.
- J'ai essayé de faire démarrer le 4x4 avec les fils.
L'éclat de rire de Draco fusa sans prévenir. Il enlaça le brun, le serra contre lui et enfoui son visage dans ses cheveux.
- Ce n'est pas possible ! murmura-t-il. Il n'y avait vraiment que moi pour enlever un fils de pasteur qui sait aussi faire démarrer une voiture avec les fils.
- Je suis sûr que j'aurais réussi hier si je n'avais pas dû m'arrêter toutes les deux minutes pour me montrer devant ta fenêtre, lui avoua Harry. J'aurais mieux fait de te faire les poches ! Je me serais tiré en une seconde, si j'avais su que les clés y étaient. Bon, à ton tour, dit-il quand Draco cessa de rire. Ou as-tu vraiment grandi puisque ce n'était pas dans un ranch ?
Le blond releva lentement la tête de ses cheveux parfumés et lui prit le menton.
- A Ridgemont, en Pennsylvanie. Les Black possédaient là une grande usine qui a été l'épine dorsale de l'économie de la ville et des communes environnantes pendant près d'un siècle.
Harry hocha la tête, dégoûté.
- Tu étais riche ! Toutes ces histoires de petit garçon abandonné, sans famille, gagnant son pain dans les rodéos, c'est très malhonnête. Et mes frères qui croyaient à tout ça !
- Je suis navré d'avoir induit tes frères en erreur, dit-il en riant de sa mine indignée. En vérité, je n'ai rien su de ce que le service de publicité avait inventé à mon sujet jusqu'à ce que je le lise de moi-même dans les magazines, et il était alors trop tard pour faire un scandale. Même si, à cette époque, cela ne m'aurait fait aucun mal ! De toute façon, j'ai quitté Ridgemont avant d'avoir dix-neuf ans, et après je me suis débrouillé tout seul.
Harry avait envie de lui demander pourquoi il était parti de chez lui, mais il se limita à des questions d'ordre plus général.
- Est-ce que tu as des frères et soeurs ?
- J'avais deux frères et soeurs.
- « J'avais »... Qu'est-ce que tu entends par là ?
- Beaucoup de choses, je suppose, dit-il en soupirant.
- Si, pour une raison ou pour une autre, tu ne veux pas en parler, intervint Harry, sensible à son changement d'humeur, tu n'y es pas obligé.
Draco savait qu'il allait tout lui raconter, mais il n'avait nulle envie d'analyser les myriades de sentiments qui le poussaient à le faire. Jamais il n'avait éprouvé le besoin ou le désir de répondre aux mêmes questions que lui avait posées Pansy. Jamais il n'avait confié à quiconque quoi que ce fut qui pût le faire souffrir. Sans doute parce que Harry lui avait déjà tant donné, il sentit qu'il le lui devait. Il resserra son étreinte, Harry se rapprocha de lui, le visage à moitié enfoui contre sa poitrine.
- Je n'en ai jamais parlé à personne et pourtant Dieu sait qu'on me l'a demandé des milliers de fois. Ce n'est pas une histoire si longue ni si passionnante que ça, mais si j'ai l'air bizarre, c'est parce que c'est très désagréable pour moi et parce que ça me fait un peu drôle d'en parler pour la première fois depuis dix-sept ans.
À la fois sidéré et flatté d'être son unique confident, Harry se tut.
- Mes parents sont morts dans un accident de voiture quand j'avais dix ans, commença-t-il, et mes deux frères, ma soeur et moi avons été élevés par nos grands-parents, quand on ne nous envoyait pas en pension, évidemment. Nous avions tous un an d'écart. William était l'aîné, ensuite moi, puis Millicent et enfin Marcus. William était...
Draco s'interrompit pour chercher le mot juste, mais ne le trouva pas.
- C'était un grand marin et, contrairement à la plupart des aînés, il acceptait que je l'accompagne partout où il allait. Il était... gentil. Doux. Il s'est suicidé quand j'avais dix-huit ans.
Harry ne put réprimer un cri horrifié.
- Mon Dieu, pourquoi ?
Sous sa joue, la poitrine de Draco se souleva tandis qu'il inspirait avant d'expirer lentement.
- Il était homosexuel et séropositif. Personne ne le savait. Sauf moi. Il me l'a appris une heure avant de se faire sauter la cervelle.
- Il n'aurait pas pu en parler à quelqu'un... trouver du soutien au sein de la famille ? demanda Harry quand il se tut.
Draco émit un petit rire sombre.
- Ma grand-mère, une Lestrange, était issu d'une longue lignée de gens très coincés, qui imposaient, à eux-mêmes comme aux autres, des valeurs d'une extrême exigence. Ils auraient considéré William comme un pervers, un monstre, et lui auraient publiquement tourné le dos s'il ne s'était pas immédiatement amendé. D'autre part, les Black avaient toujours été à l'opposé : irresponsables, charmants, hédonistes et faibles. Mais leur principale caractéristique, c'était que les hommes de la famille étaient tous des coureurs de jupons. Tous. Leur lubricité est légendaire dans ce coin de Pennsylvanie, et c'était une particularité dont ils étaient tous très fiers. Y compris et tout particulièrement mon grand-père. Je suis certain qu'en cela les Kennedy n'ont rien à envier aux Black. Pour te donner un exemple inoffensif, quand mes frères et moi avons eu douze ans, mon grand-père nous a offert une putain comme cadeau d'anniversaire. Il organisait une petite fête à la maison, où l'on amenait celle qu'il avait choisie et qui montait à l'étage avec le petit garçon dont c'était l'anniversaire.
- Qu'en pensait ta grand-mère ? demanda Harry avec dégoût. Où était-elle ?
- Ma grand-mère était quelque part dans la maison, mais elle savait qu'elle n'y pouvait rien changer. Alors elle relevait la tête avec le plus de dignité possible et feignait de ne rien savoir. Elle traitait les liaisons de mon grand-père de la même façon.
Draco se tut et Harry crut qu'il n'en dirait pas plus.
- Mon grand-père est mort un an après William, poursuivit-il, et il s'est arrangé pour laisser à sa femme un héritage humiliant : il était aux commandes de son propre avion et volait vers le Mexique. Quand il s'est écrasé, il y avait à bord un superbe et jeune mannequin. Les Lestrange possèdent le journal de Ridgemont, et ma grand-mère a pu obtenir qu'on n'en parle pas, mais ce fut une vaine précaution parce que les radios se sont emparées de l'événement qui à fait la une de tous les journaux de la région, sans parler des bulletins d'informations radiophoniques et télévisées.
- Pourquoi ton grand-père n'a-t-il pas simplement divorcé, puisqu'il ne l'aimait pas ?
- Je lui ai posé la même question durant l'été qui a précédé mon entrée à Yale. Nous fêtions ma future carrière universitaire en nous saoulant tous les deux dans son bureau. Au lieu de me conseiller de me mêler de mes affaires, il avait tout juste assez bu pour me dire la vérité et pas assez pour ne plus avoir toute sa lucidité.
Draco tendit la main vers son cognac et le vida d'un trait, comme pour y noyer le goût de ces mots, puis il fixa le verre d'un regard absent.
- Que t'a-t-il dit ? demanda Harry.
Draco lui jeta un coup d'oeil, comme s'il avait presque oublié que le brun était là.
- Que ma grand-mère était la seule femme au monde qu'il ait jamais aimée. Tout le monde était persuadé qu'il l'avait épousé pour unir la fortune des Lestrange à ce qui restait de la sienne, d'autant plus que ma grand-mère était loin d'être belle, mais il m'a affirmé que ce n'était pas vrai, et je l'ai cru. En fait, en vieillissant, elle est devenue ce que l'on appelle parfois une belle femme... très aristocratique.
Il s'interrompit à nouveau et Harry lui dit d'un air révulsé :
- Pourquoi l'as-tu cru ? Enfin, s'il l'aimait, il me semble qu'il n'aurait pas dû la tromper comme ça !
Un sourire sardonique étira les lèvres du blond.
- Tu ne connaissais pas ma grand-mère. Personne ne correspondait à son idéal très élevé, mon casse-cou de grand-père moins que quiconque, et il le savait. Il m'a dit qu'il avait renoncé peu après leur mariage. Le seul d'entre nous qui plaisait vraiment à ma grand-mère, c'était William. Elle l'adorait. Tu vois, lui expliqua-t-il d'un ton proche de l'amusement, William était le seul homme de la famille qui tenait des Lestrange. Il était brun comme elle, de taille moyenne. En fait, il ressemblait de manière frappante à son père à elle. Nous autres, y compris mon père, avions la taille et les traits des Black, moi en particulier. Il se trouve que j'étais le sosie de mon grand-père, ce qui, tu imagines, n'incitait pas le moins du monde ma grand-mère à me porter dans son coeur.
C'était le préjugé le plus stupide que Harry eut jamais entendu, mais il garda ce sentiment pour lui.
- Si ta grand-mère aimait autant William, dit-il, je suis certain qu'elle l'aurait soutenu s'il lui avait avoué qu'il était malade.
- Jamais de la vie ! Elle méprisait la faiblesse, toutes les faiblesses. Cela l'aurait révoltée et brisée. Si l'on prend tout cela en compte, ajouta-t-il avec un regard en biais, elle ne s'est pas mariée dans une famille qui lui convenait. Les Black étaient pétris de toutes sortes de travers, je te l'ai déjà dit. Ils buvaient trop, conduisaient trop vite, jetaient l'argent par les fenêtres et puis épousaient des femmes qui en avaient assez pour ranimer leur fortune défaillante. Leur seule et unique vocation était de s'amuser. Ils ne se souciaient jamais du lendemain et se fichaient de tout le monde sauf d'eux-mêmes, même mes parents qui se sont tués en rentrant d'une beuverie, à plus de cent cinquante à l'heure sur une route enneigée. Ils avaient quatre enfants qui avaient besoin d'eux, mais ça ne les a pas incité à ralentir.
- Marcus et Millicent sont-ils comme tes parents ?
- Marcus et Millicent ont toutes les faiblesses et les excès habituels des Black, répondit-il d'un ton neutre, avec réalisme. À 16 ans, ils se saoulaient et se droguaient déjà énormément. Millicent s'était déjà fait avorter. Marcus avait été arrêté deux fois - et bien entendu relâché avec un casier vierge - pour des affaires de drogue et de jeux. Pour être honnête, il n'y avait personne pour les prendre en main. Ma grand-mère l'aurait fait, mais mon grand-père ne voulait pas en entendre parler. Nous étions après tout coulés dans son moule. Même si elle avait essayé, cela n'aurait rien donné de bon, car nous n'étions que quelques mois à la maison, pendant l'été. Mon grand-père avait insisté pour que nous passions le reste de l'année dans des écoles privées très sélectes, où tout le monde se fichait pas mal de ce que l'on faisait tant que l'on n'était pas pris la main dans le sac et que l'on ne causait aucun trouble.
- Alors ta grand-mère n'approuvait pas la conduite de ton frère et de ta soeur, n'est-ce pas ?
- Exactement. Ils ne l'aimaient pas non plus, crois-moi. Pourtant elle pensait qu'ils avaient un certain potentiel pour peu qu'on les ait pris à temps.
Harry buvait chacune de ses paroles. Plus encore, il s'attachait à chaque nuance de ton et d'expression. Bien qu'il s'attribua invariablement les « faiblesses » des Black, Harry décela le dédain qui filtrait dans sa voix quand il les évoquait. Le brun était aussi en train de tirer des conclusions fort intéressantes de ce que Draco taisait.
- Et toi ? demanda Harry avec prudence. Que pensais-tu d'elle ?
Draco fronça les sourcils.
- Qu'est-ce qui te fait croire que je la jugeais différemment de Marcus et de Millicent ?
Harry répondit sans détour.
- Je le sens.
Le blond acquiesça en silence, reconnaissant sa perspicacité.
- En fait, je l'admirais. Elle nous imposait des valeurs impossibles à atteindre, mais du moins avait-elle des valeurs. Elle donnait envie de s'améliorer. Non que l'on puisse la satisfaire. Il n'y avait que William qui y parvenait.
- Tu m'as dit ce qu'elle pensait de tes frères et soeurs. Et de toi ?
- Pour elle, j'étais le portrait craché de mon grand-père.
- Physiquement, rectifia Harry.
- Quelle est la différence ? fit-il laconiquement.
Harry avait le sentiment qu'il pénétrait en territoire interdit, mais il franchit quand même le pas.
- Tu dois bien connaître la différence, même si elle ne la voyait pas, dit-il avec une fermeté tranquille. Tu ressemblais peut être à ton grand-père, mais tu n'étais pas du tout comme lui. Tu étais comme elle. William lui ressemblait physiquement, mais il n'était pas comme elle. Toi, si.
- Tu as des opinions bien affirmée pour un enfant de vingt-six ans dit-il sèchement comme sa mine renfrognée et révoltée ne suffisait pas à lui faire rétracter son jugement.
- Jolie tactique, répliqua Harry sur un ton identique, apparemment impressionné. Comme on ne peut pas me leurrer, on me tourne en ridicule !
- Touché ! murmura Draco doucement en se penchant pour l'embrasser.
- Et, poursuivit Harry en détournant la tête pour que le blond ne trouve que sa joue, comme on n'arrive pas à me ridiculiser, on me distrait.
Draco lui prit le menton entre le pouce et l'index en riant d'un rire franc, profond.
- Tu sais, dit-il en esquissant lentement un sourire, tu pourrais devenir vraiment casse-pieds.
- Je t'en prie, pas de flatterie à présent ! S'écria le brun en fuyant son baiser. Tu sais bien que je fonds littéralement quand tu me dis des choses douces. Que s'est-il passé pour que tu quittes la maison ?
Draco posa sa bouche sur ses lèvres.
- Un casse-pieds de tout premier ordre.
Harry s'avoua vaincu. En glissant les mains sur ses épaules, il céda à son baiser de tout son coeur et de toute son âme, en songeant que, quoi que lui-même lui donna, Draco lui donnait encore beaucoup plus.
Quand le blond le lâcha enfin, Harry s'attendait à ce qu'il lui propose d'aller se coucher.
- Puisqu'on ne peut rien te cacher, dit Draco, je suppose que je te dois une réponse. Ensuite, j'aimerais que cette discussion sur mon passé soit close définitivement, si toutefois ta curiosité est satisfaite.
Harry n'en apprendrait jamais assez sur lui pour être satisfait, mais il comprenait ce que Draco éprouvait. Quand il hocha la tête, le blond poursuivi ses explications :
- Mon grand-père est mort au cours de ma première année universitaire en laissant à ma grand-mère la gestion totale de ses biens. Pendant les vacances d'été, elle a convoqué Marcus, qui avait alors seize ans, Millicent et qui en avait dix-sept et moi-même à la maison et nous a réuni sur la terrasse. Pour décrire simplement les choses, elle a informé Marcus et Millicent qu'elle les retirait de leurs écoles privées pour les envoyer au lycée du coin en ne leur allouant qu'une pension restreinte pour leurs dépenses personnelles. S'ils violaient une seule des règles qu'elle avait établies en matière de drogue, d'alcool, de liaisons, etc., elle les jetterait dehors et leur couperait les vivres. Pour bien comprendre l'impact de ce discours, il faut que tu saches qu'ils avaient l'habitude de disposer d'autant d'argent qu'ils le désiraient. Nous avions tous des voitures de sport, nous achetions les vêtements qui nous plaisaient et tout à l'avenant, fit-il en hochant la tête. Je n'oublierai jamais la tête de Marcus et de Millicent ce jour-là.
- Ils ont accepté sa loi ?
- Évidemment. Quel choix avaient-ils ? Ils aimaient avoir de l'argent et le dépenser, mais ils ne savaient rien faire pour en gagner et en étaient conscients.
- Mais tu n'as pas voulu accepter sa proposition et tu es parti, devina Harry avec un sourire.
- Ce n'est pas ce qu'elle m'a proposé. Elle m'a ordonné de quitter la maison et de ne jamais revenir, ajouta-t-il après une pause. Elle a prévenu mon frère et ma soeur que, s'ils tentaient d'entrer en contact avec moi ou s'ils me permettaient de les contacter, elle les expulserait eux aussi. À partir de ce moment-là, j'ai été renié. Alors j'ai rendu mes clés de voiture, à sa demande, et j'ai descendu l'allée qui menait à la route. J'avais environ cinquante dollars sur mon compte-chèques du Connecticut et les vêtements que je portais ce jour-là. Quelques heures plus tard, un camion chargé d'accessoires pour les studios Empire m'a pris en auto-stop et je me suis retrouvé à Los Angeles. Le chauffeur était un type sympathique qui a parlé de moi au studio. On m'a proposé un travail de manutentionnaire à la réserve, où je suis resté jusqu'à ce qu'un idiot de réalisateur se rende compte un peu tard qu'il avait besoin de figurants pour une scène. J'ai fait mes débuts au cinéma ce jour-là, je suis retourné à l'université à l'USC, j'ai obtenu mon diplôme et j'ai continué à faire des films. Fin de l'histoire.
- Mais pourquoi ta grand-mère t'a-t-elle fait ça à toi, et pas à ton frère ou à ta soeur ? demanda Harry.
- Elle pensait avoir ses raisons, dit-il en haussant les épaules. Je lui rappelais mon grand-père, je te l'ai déjà dit, et tout ce qu'il lui avait fait.
- Et tu n'as plus jamais entendu parler ni de ton frère ni de ta soeur ? Vous n'avez jamais essayé de reprendre contact les uns les autres ?
Harry eut le sentiment que, de tout ce que Draco venait de lui raconter, c'était ce point là le plus pénible.
- Je leur ai envoyé à chacun une lettre avec mon adresse lors de la sortie de mon premier film. Je pensais qu'ils...
Seraient fiers, songea Harry devant son silence. Et content pour toi. Qu'ils te répondraient.
Le jeune homme comprit à son air froid et triste qu'il ne s'était rien produit de tel, mais il fallait qu'il s'en assure. Il le comprenait de mieux en mieux à chaque instant.
- T'ont-ils répondu ?
- Non. Et je n'ai plus jamais essayé d'entrer en contact avec eux.
- Et si ta grand-mère avait intercepté leur courrier ? S'ils n'avaient jamais reçu ta lettre ?
- Ils l'ont reçue. À cette époque-là, ils partageaient le même appartement et ils étaient inscrits dans une université locale.
- Mais Draco, ils étaient si jeunes, tu l'as dit toi-même, ils étaient faibles. Tu étais beaucoup plus âgé et plus mûr qu'eux. Tu n'aurais pas pu attendre qu'ils grandissent un peu pour leur donner une seconde chance ?
Cette suggestion dépassait les limites de ce que Draco était à même de tolérer.
- À personne, dit-il d'un ton catégorique et glacial, je ne donne une seconde chance, Harry. Jamais.
- Mais...
- Pour moi, ils sont morts.
- C'est ridicule ! Tu es aussi perdant qu'eux. Tu ne peux pas passer toute ta vie à couper les ponts au lieu de les réparer. C'est très destructeur et, dans ce cas précis, très injuste.
- C'est aussi la fin de cette discussion !
Il y avait quelque chose de menaçant dans sa voix, mais Harry refusa de céder.
- À mon avis, tu ressembles beaucoup plus à ta grand-mère que tu ne le crois.
- Vous y allez un peu fort, monsieur.
Son ton cinglant le fit frémir. Sans un mot, Harry se leva, ramassa les verres vides et les emporta dans la cuisine, alarmé par cette nouvelle facette de sa personnalité, par cette intransigeance implacable avec laquelle il rejetait les êtres de sa vie sans un regard en arrière. Ce n'était pas tant ce qu'il avait dit que la manière dont il l'avait dit et son expression ! Quand il l'avait pris en otage, toutes ses paroles et tous ses actes étaient motivés par la nécessité et le désespoir, non par une dureté injustifiée, et Harry l'avait compris. Jusqu'à cet instant où il avait perçu en lui une menace, le brun n'avait pas saisi comment on avait pu le juger sans pitié au point d'être capable de commettre un meurtre, mais si d'autres l'avaient vu dans un tel état, à présent Harry comprenait fort bien. Plus clairement que jamais, Harry se rendit compte que, en dépit de leur intimité, ils étaient encore étrangers l'un à l'autre. Harry alla dans sa chambre se chercher une tenue pour la nuit et se changea dans sa salle de bains. Il était tellement absorbé qu'au lieu d'aller dans la chambre de Draco, il s'assit sur son propre lit, perdu dans ses pensées.
Quelques minutes plus tard, il sursauta et tourna la tête, affolé.
- C'est une décision très malavisée de ta part, Harry, lui dit Draco d'un ton menaçant. Je te suggère de la reconsidérer.
Le blond se tenait dans l'embrasure de la porte, l'épaule contre le cadre, les bras croisés sur la poitrine, impassible. Harry ignorait totalement à quelle décision il faisait allusion et, bien qu'il lui parut encore distant, il n'avait plus rien du spectre sinistre qu'il avait quitté dans la salle de séjour peu éclairée. Harry se demanda si ce qui l'avait tant alarmé n'était pas simplement le fruit de son imagination et de l'éclairage.
Harry se leva et avança lentement vers Draco, incertain, observant son visage.
- Est-ce ta manière de présenter des excuses ?
- Je ne pensais pas devoir le faire.
Cette arrogance était si typique qu'Harry faillit éclater de rire.
- La grossièreté, ça te dit quelque chose ?
- Ai-je été grossier ? Je n'en avais pas l'intention. Je t'ai prévenu que cette discussion serait très désagréable pour moi, mais tu as insisté.
Draco avait sincèrement l'impression d'être calomnié, mais Harry persévéra dans cette voie.
- Je vois, dit le brun en se plantant devant lui. Alors c'est entièrement ma faute ?
- Sûrement. Je ne sais même pas de quoi tu parles.
- Ah ? Tu ne t'es absolument pas rendu compte que tu t'étais adressé à moi sur un ton... (Le brun chercha le mot juste mais ne le trouvera pas tout à fait.) Froid, impitoyable et inutilement dur.
Draco haussa les épaules avec une indifférence que Harry jugea partiellement feinte.
- Tu n'es pas le premier qui m'accuse de tout cela et de bien plus encore. Je m'en remets à ton jugement. Je suis froid, impitoyable et...
- Dur, compléta Harry en baissant la tête pour ne pas rire de ce débat ridicule.
Draco avait risqué sa vie pour le sauver et il avait voulu mourir, croyant avoir échoué. Il n'était ni froid ni impitoyable. Ceux qui lui avaient dit ça avait tort. Son rire s'évanouit brusquement et il fut pris d'un remord douloureux à l'idée de ce qu'il lui avait dit, de ce qu'ils s'étaient dit.
Draco ne savait pas si Harry avait l'intention de dormir seul en représailles d'un crime imaginaire, ce qui l'avait d'abord mis en colère, ou si il était innocent de cet écoeurant procédé.
- Dur, acquiesça-t-il d'un ton bourru en souhaitant qu'Harry relève la tête pour pouvoir contempler son visage.
- Draco, dit-il. La prochaine fois que quelqu'un te dira toutes ces choses, conseille lui de regarder de plus près.
Alors il leva les yeux vers lui et ajouta d'une voix douce :
- Ce que cette personne verra alors, c'est une grande noblesse et une douceur extraordinaire.
Draco décroisa lentement les bras, complètement abasourdi, le coeur retourné comme chaque fois qu'Harry le regardait ainsi.
- Je ne veux pas dire que tu n'es pas aussi autocrate, dictatorial et arrogant, comprenons-nous..., enchaîna le brun avec un rire étouffé.
- Mais tu m'aimes quand même, le taquina Draco en passant son poing fermé sur sa joue, désarmé et absurdement soulagé. Malgré tout.
- Tu peux ajouter « vain » à ma liste, railla Harry, et il le serra dans ses bras.
- Harry, murmura Draco en se baissant pour l'embrasser, tais-toi !
- Péremptoire en plus ! s'écria le brun, collé à ses lèvres.
Et Draco éclata de rire. Harry était le seul qui l'eût jamais fait rire au moment où il l'embrassait.
- Fais-moi penser à ne plus jamais m'approcher d'un homme qui ait un vocabulaire comme le tient ! déclara-t-il en lui taquinant le lobe de l'oreille.
Le blond dessina la courbe de son oreille avec sa langue. Harry frissonna et, le tenant contre lui, il compléta, haletant, la liste de ses traits de caractère :
- Et incroyablement sensuel... Et très, très séduisant...
- D'autre part, s'amenda Draco en lui effleurant la nuque, rien ne vaut un homme intelligent et perspicace.
A suivre...
Voilà, j'espère que ce chapitre vous a plu. N'hésitez-pas à me donner votre avis. A la semaine prochaine ! Bises
Chapitre 27 :
