Note : Je n'ai pas grand-chose à dire hormis que j'espère que ce chapitre vous plaira, tout comme les précédents ! Neviy, Akimichi, Queen Marjo, Floflo, vous êtes mes célébrités cool amicales préférées.


Chapitre 27 - Pour y croire, il faudrait tout oublier


Lorsque Thomas émergea du demi-sommeil paresseux dans lequel il s'était laissé plonger, bercé par la respiration apaisée de Newt, son attention fut captée par un léger murmure qui semblait provenir du couloir.

Fronçant les sourcils, il se suréleva doucement sur les coudes, frissonnant alors que la couette glissait sur son torse nu. Newt remua contre lui dans un mouvement endormi, se serrant davantage afin de conserver la chaleur de leurs deux corps enlacés, et Thomas ne put retenir le sourire doux qui étira ses lèvres en avisant la chevelure blonde qui dépassait à peine de sous l'édredon.

Un bref éclat de rire en provenance du couloir le tira de sa contemplation, et il s'extirpa du lit pour se diriger vers son armoire, afin de revêtir une tenue correcte. Newt n'avait pas bronché, et Thomas s'interrogea un bref instant quant à l'opportunité de le réveiller. D'un haussement d'épaules, il écarta l'idée alors que l'insomnie de Newt lui revenait en mémoire, et il entrouvrit la porte en essayant de faire le moins de bruit possible, déterminé à laisser le blond se reposer.

Après un dernier regard vers le lit, il se glissa en dehors de la pièce, tombant avec surprise face à Teresa et Harriet, assises dos au mur, qui discutaient tranquillement en plein milieu du couloir.

« Merde, j'ai loupé le début du sitting. » lâcha-t-il avec un sourire narquois, s'avançant en tendant la main vers les deux filles pour les aider à se relever.

« Le loup sort enfin de sa tanière ! » s'exclama Teresa d'un ton dramatique tout en le remerciant d'un signe de tête, époussetant une poussière imaginaire sur sa jupe crayon.

« J'ignorais que j'étais attendu. » rétorqua Thomas avec ironie, haussant un sourcil interrogateur face au regard de connivence que se lancèrent les filles.

« En réalité, c'était l'idée de Teresa de venir ici. C'est parti en live en bas. » amorça Harriet alors que Teresa soupirait dans son dos pour appuyer ses propos.

Thomas fronça les sourcils.

« Comment ça ? »

« Minho et Gally se sont pris la tête, apparemment parce que Gally aurait manqué l'entraînement. Le capitaine des Blocards semble avoir quelques problèmes d'autorité ces temps-ci. » ironisa Harriet en levant les yeux au ciel.

« Maintenant que Super Tom-Tom est de nouveau parmi nous, pouvons-nous envisager de regagner la civilisation ? » continua-t-elle en faisant mine de s'avancer dans le couloir pour se diriger vers les escaliers.

Lui emboîtant le pas, Thomas lança un bref coup d'œil à Teresa par-dessus l'épaule d'Harriet, et son amie lui renvoya un regard de défi, visiblement parfaitement consciente d'être probablement à l'origine de cette dispute puérile entre les deux coéquipiers.

Lorsqu'ils atteignirent le rez-de-chaussée, la première chose qui les accueillit fut un brouhaha impressionnant en provenance de la grande salle, et Thomas s'approcha des portes avec curiosité, tandis que Teresa et Harriet échangeaient un regard blasé.

Lorsque Thomas pénétra dans le réfectoire, les murmures diminuèrent en intensité, avant de reprendre de plus belle, et une moue contrariée lui tordit la bouche quand il réalisa que tous les regards s'étaient braqués sur lui.

Ignorant les chuchotements sur son passage, il se dirigea vers Alby et Brenda, encore en tenue d'équitation, qui se tenaient assis à la table des sciences po. Les deux étudiants murmuraient l'un penché vers l'autre, et Thomas scanna la foule du regard à la recherche de Minho ou de Gally. Ne trouvant ni l'un ni l'autre, il se laissa tomber sur le banc aux côtés d'Alby, qui se tourna vers lui.

« Vous m'expliquez ? » demanda-t-il d'un ton aigre en désignant le capharnaüm indescriptible qui régnait dans la grande salle, et Alby eut un rire étouffé.

« Vous avez manqué du grand spectacle les gars. Newt aurait dû suivre mon conseil, et venir direct à l'entraînement en sortant de sa colle. »

Thomas se sentit furieusement rougir en se souvenant du pourquoi Newt n'avait pas rejoint Alby lorsque leur punition avait été levée, mais il se contenta de pincer les lèvres sans répondre alors que Brenda se penchait vers lui pour le mettre dans la confidence.

« Minho et Gally se sont battus en plein milieu du parc. C'était assez violent apparemment, et personne n'est capable d'expliquer pourquoi. »

Harriet, qui les avait rejoints, s'installa à côté de Thomas en rajoutant d'un ton sarcastique : « Je crois qu'il nous faut admettre que ces mecs ont un petit pois à la place du cerveau, et qu'ils agissent parfois sans qu'on y trouve une explication cohérente. »

Thomas et Brenda pouffèrent tandis qu'Alby esquissait un sourire, et Brenda reprit la parole.

« Ben et Hank affirment qu'ils s'entendaient assez mal ces derniers temps, et le fait que Gally manque l'entraînement cette après-midi aurait été la goutte d'eau qui fait déborder le vase. C'est curieux quand même, comme manière de régler un conflit. De mettre son poing dans le nez de l'autre. » finit-elle en haussant les épaules, une moue perplexe sur le visage, les sourcils froncés dans un mouvement pensif.

« Très curieux effectivement. » lâcha Alby d'un ton goguenard, fixant Teresa qui venait elle aussi de rentrer dans la salle. Le léger silence qui ponctua l'entrée de la jeune femme apprit à Thomas qu'Alby était loin d'être le seul à se douter de quelque chose, et il serra les dents en se prenant à penser à tout ce que les étudiants de l'Institut semblaient savoir, se demandant si son histoire avec Newt était aussi bien cachée qu'ils ne le pensaient tous les deux.

Se redressant sur son banc inconfortable, il demanda : « Et où sont Minho et Gally ? »

« Dans le bureau du Prof, » répondit Alby en soupirant, « c'est moi qui les ai séparés. Fallait bien que je joue mon rôle de délégué, pour une fois. »

Thomas hocha la tête pensivement, tandis qu'Harriet chuchotait à côté de lui : « Ils vont prendre tellement cher… »

Une quinzaine de minutes plus tard, alors que le sujet Minho/Gally avait été épuisé et qu'une discussion mouvementée se tenait entre le groupe d'étudiants, c'est un Newt passablement débraillé qui franchit le seuil de la grande salle, accompagné d'un Minho visiblement fort contrarié.

Les deux étudiants semblaient en plein conciliabule, et Newt lança un regard surpris autour de lui quand la rumeur des conversations enfla brusquement alors qu'ils se dirigeaient vers la table où se trouvaient leurs amis.

« Ta mère t'a jamais appris à te coiffer. » marmonna Thomas d'un ton moqueur tandis que Newt prenait place à côté de lui sur le banc, et le blond se passa une main distraite dans les cheveux tout en lui lançant un regard entendu, un léger sourire étirant ses lèvres.

Imperceptiblement, Thomas se rapprocha de Newt, collant leurs cuisses avec un air innocent, et Newt lia leurs mains sous la table avant que les deux garçons ne reportent leur attention sur Minho.

Ce dernier, affublé d'un énorme pansement qui lui recouvrait la tempe droite, répondait par des borborygmes blasés aux questions pressantes que lui posaient leurs amis.

« Et le Prof t'a dit quoi ? » demanda Harriet en se penchant en avant, un air passionné inscrit sur le visage tandis que Minho grognait.

« Un mois de suspension d'entraînement, ménage à faire à la place. »

Une exclamation générale lui répondit.

« UN MOIS ?! »

La quasi-totalité des étudiants tournèrent la tête vers eux, et ils s'empressèrent de baisser d'un ton, chuchotant leur indignation.

« Mais il a perdu la tête le Prof, comment on va faire… »

« Ménage de tout l'Institut ? Mon pauvre… »

« Ça craint, on a compet' dans trois semaines… »

Un reniflement dédaigneux surpassa leurs murmures outrés.

« Vous devriez être heureux de ne pas avoir été renvoyés. »

La phrase, lâchée d'un ton aigre, venait de Teresa qui s'était levée.

Minho leva sur la jeune femme un regard noir, et Teresa lui répondit d'un sourire sans joie.

« Ouais, on aurait pu être renvoyés. En ce qui me concerne, j'aurais pas vraiment regretté le départ de l'autre tocard, mais c'est pas le cas de tout le monde apparemment. » siffla Minho entre ses dents, sans lâcher Teresa des yeux. Son regard dur ne sembla pas émouvoir l'étudiante, qui lui renvoya une moue dédaigneuse avant de se détourner pour sortir de la pièce, ses talons claquant froidement sur le sol en pierre.

Harriet lâcha un long soupir, avant de se lever également.

« Franchement Minho tu crains. »

Minho haussa les épaules d'un air blasé tandis qu'Harriet suivait les pas de Teresa, laissant le petit groupe plongé dans un silence songeur.

Au bout de quelques instants, Thomas réalisa que la quasi-totalité du réfectoire les dévisageait avec insistance, et il grimaça.

« Bon, le spectacle est fini. » lâcha-t-il en se levant brusquement, posant une main sur l'épaule de Minho, qui affichait à présent une expression renfrognée qui tranchait avec son habituelle bonne humeur.

« Viens mon pote, je crois que t'as assez donné pour aujourd'hui. »

Un grognement sourd lui répondit, mais l'asiatique remua sur le banc, se levant dans un mouvement identique à celui de Newt.

Les trois garçons traversèrent la salle, feignant d'ignorer les regards braqués sur eux, mais Thomas ne pouvait s'empêcher de se sentir extrêmement mal à l'aise sous le feu croisé de ces regards interrogateurs, avides d'un scoop croustillant pour satisfaire leur curiosité déçue d'avoir manqué le combat de l'année.

Un étudiant de première année de médecine, que Thomas reconnut comme membre de l'équipe de tennis, tenta d'amorcer une discussion lorsque les garçons le dépassèrent, mais un regard menaçant de Newt suffit à le réduire au silence. Du fier Minho, qui se pavanait habituellement dans les couloirs de l'Institut comme en terrain conquis, il ne restait plus qu'une ombre au visage sombre, les sourcils froncés en une terne expression, et ce constat déplaisait fortement à Thomas.

Aussi, lorsqu'ils parvinrent enfin aux lourdes portes et qu'ils franchirent le seuil de cette pièce à l'atmosphère si pesante, Thomas se tourna vers Minho, qui posait un regard morne sur l'escalier du hall.

« Tu nous fais quoi là Min' ? »

Sa voix était sèche, et son expression déterminée, et Minho haussa les sourcils de surprise.

« J'ai juste donné à ce tocard ce qu'il méritait. » répondit-il dans un marmonnement, tout en se dirigeant vers le salon qu'il traversa d'un pas rapide.

La voix de Thomas s'éleva dans son dos, calme et posée.

« Je te parle pas de Gally. »

Minho laissa échapper un bruit irrité, poussant sans douceur la porte vitrée donnant sur le parc, et il s'engouffra sur la terrasse, suivi des deux autres garçons.

Une fois parvenus à l'extérieur, Minho commença à faire les cent pas sur la terrasse, Thomas et Newt l'observant d'un air patient, légèrement en retrait.

Au bout d'un long moment, durant lequel Thomas avait décidé de s'asseoir et Newt d'allumer une cigarette qu'ils partagèrent en silence, Minho finit par marmonner :

« Je sais que ma réaction était naze. Je suis juste... Trop perdu dans toute cette histoire. »

Thomas leva la tête vers lui, l'encourageant du regard à continuer. Minho leva les bras en un geste de dépit, avant de venir s'asseoir à côté d'eux.

« Je sais qu'ils étaient ensemble cette aprèm. Cet enfoiré s'en est vanté à Winston, juste devant moi. »

Un silence songeur s'installa, rompu par Newt, qui écrasa sa cigarette avant de lâcher : « Tu peux pas lui en vouloir de t'avoir grillé la priorité Min'. Elle va pas t'attendre éternellement. »

Thomas hocha la tête pour acquiescer, lançant un regard désolé à son ami qui se recroquevillait sur le banc, les yeux perdus sur la lisière des arbres.

Le jour commençait déjà à décliner, rendant l'expression du visage de Minho difficile à déchiffrer, mais Thomas connaissait suffisamment l'asiatique pour savoir que la moue qu'il arborait à présent était le signe d'une réflexion intense.

« Alors je fais quoi maintenant..? » demanda finalement Minho, d'un ton lent et incertain, tirant un rictus à Thomas.

« Tu persistes à nous demander des conseils, tu tiens vraiment à foirer ton coup. »

La blague arracha un sourire à Minho, le premier depuis qu'ils s'étaient retrouvés en cette fin d'après-midi, et Thomas continua plus sérieusement :

« Peut-être que tu devrais commencer par être un peu plus explicite. Parce que franchement, mis à part vos promenades maritimes à la lueur d'une bougie... »

Minho le coupa brutalement.

« Comment tu sais qu'on avait des bougies ?! »

Après un bref moment de latence durant lequel Thomas et Newt échangèrent un regard surpris, les deux étudiants éclatèrent de rire sous les yeux écarquillés de leur ami.

« T'es incroyable vieux ! Bouge-toi et va la voir, histoire de pas avoir pris un mois de colle pour rien ! » répondit Thomas après avoir calmé son fou rire, décochant une bourrade à Minho qui lui lança un regard noir.

« Je déteste dire ça, mais t'as raison le bleu. » marmonna-t-il en se levant, une moue dure déformant ses traits d'habitude si enjoués. En quelques enjambées, il se retrouva à la porte du salon, et il s'apprêtait à pénétrer dans l'Institut lorsque la voix de Newt le fit se retourner.

« Et oublie pas de sourire tocard, tu fais peur avec cette tête ! »

Le majeur inélégamment dressé de Minho lui répondit, tirant aux deux garçons un éclat de rire étouffé qui se heurta au claquement de la baie vitrée. Ils étaient maintenant seuls.

« Tu te découvres des vocations de femme marieuse ? » railla Newt en sortant une cigarette de son paquet, faisant claquer son zippo afin de l'allumer.

« Il me fait de la peine. » répondit Thomas en haussant les épaules, un demi-sourire fleurissant sur son visage alors qu'il piquait une cigarette à Newt, enfouissant son nez dans le cou du blond tandis que ce dernier lui lançait un regard courroucé.

« T'as le nez froid... » grommela-t-il sans toutefois faire mine de se dégager, et Thomas inspira profondément alors que l'odeur de Newt s'infiltrait par chaque pore de sa peau, la peau tiède réchauffant ses lèvres, luttant vaillamment contre la fraîcheur de cette fin de journée.

« En même temps, je suis congelé. » remarqua-t-il en se sentant frissonner, désormais totalement conscient de l'humidité ambiante et de son absence totale de manteau.

Un sourire paresseux étira les lèvres de Newt alors que celui-ci murmurait : « J'ai bien une idée pour te réchauffer, mais je m'en voudrais de te priver du dénouement de cette histoire haletante dans laquelle tu t'investis tellement... »

Thomas resta pensif quelques instants, avant de répondre d'un ton égal : « Oh, tu sais, je pense que Tee et Minho s'en sortiront très bien sans moi encore une petite heure. »

Et lorsque leurs regards se croisèrent, Thomas eut le vif pressentiment que d'ici une dizaine de minutes, il n'aurait plus froid du tout.

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-X-

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Lorsque Thomas et Newt refirent surface, une petite heure et demi plus tard, les couloirs de l'Institut résonnaient du silence fatigué caractéristique des débuts de soirée. La plupart des étudiants qu'ils croisèrent étaient sur le point de se mettre au lit, ou s'isolaient par petits groupes afin de travailler.

La grande salle était presque vide, seules quelques grappes d'étudiants distraits peuplant les bancs en bois, et les deux garçons prirent place à la table des journalistes, côte à côte malgré l'espace largement suffisant dont ils disposaient.

Et c'était une scène curieusement habituelle, de les voir assis dans un mouchoir de poche, semblant respirer le même oxygène sans en laisser une once aux autres. Les voir l'un à côté de l'autre semblait être comme contempler un jeu d'échec, chacun d'eux dans la même case, aux bords bardés de murailles infranchissables.

Ben et Winston, assis à la table des ingénieurs penchés sur leurs devoirs, leur adressèrent un signe amical, auquel ils répondirent par un sourire. Ce soir encore, personne ne semblait pouvoir entrer dans la bulle qu'ils avaient tissé autour d'eux, plongés dans un silence paisible que seul venait rompre le bruit de leurs couverts.

Alors que Thomas mâchonnait distraitement ses carottes vichy, son regard dériva sur Newt, dont la chaleur irradiait à ses côtés. Ses yeux caressèrent la ligne dure de la mâchoire du blond, la pointe fine de son nez, et il dut réfréner cette envie aussi puissante que violente qui lui dictait de l'embrasser.

Newt, prenant conscience de l'examen dont il faisait l'objet, leva un sourcil interrogateur en le fixant, continuant de saucer son assiette avec flegme.

Thomas eut seulement un sourire sibyllin, et il retourna à ses légumes, qu'il savourait d'autant plus qu'il savait les avoir épluchés. Néanmoins, il ne savait pas si la douce saveur qui flottait dans sa bouche provenait de la satisfaction d'avoir aidé à la préparation du repas, ou de la fin d'après-midi qu'ils avaient passé ensemble. Peut-être un peu des deux.

Le calme était revenu sur l'Institut, les principaux protagonistes du drame ayant secoué les rangs d'étudiants se trouvant désormais hors des radars. Thomas ignorait ce qu'il était advenu de Minho, et s'il était enfin parvenu à parler à Teresa, mais pour l'heure, il s'en fichait royalement. Seuls comptaient les murmures qu'ils échangeaient avec Newt entre deux cuillerées de leurs yaourts, légèrement appuyés l'un sur l'autre comme s'ils partageaient une confidence de la plus haute importance.

Ce soir encore, ils étaient dans leur monde.

Mathis, à qui Thomas n'avait jamais vraiment reparlé depuis leur exposé commun début janvier, vint les trouver alors qu'ils s'apprêtaient à sortir de table, Newt ayant dégainé son paquet de cigarettes.

« Salut les gars ! Je voulais savoir si vous aviez réfléchi pour demain, pour la liste des sujets qu'on va devoir traiter. »

Thomas et Newt échangèrent un regard surpris, et le blond répondit d'un ton contrit : « Je t'avoue que ça m'était complètement sorti de la tête... »

Thomas opina à ses côtés, fronçant les sourcils alors que de ses souvenirs brumeux apparaissait leur prof de culture générale leur demander d'établir une liste de sujets de société, que les étudiants devraient traiter sous forme de reportage.

« On y réfléchira ce soir. » promit-il à Mathis, qui hocha la tête d'un air confiant en leur lançant un sourire jovial.

« Pas de problème les mecs ! Vous avez toujours de bonnes idées, pas de raison que ça change ! »

Alors qu'il s'éloignait, Newt eut un rictus, et Thomas ne put s'empêcher de lâcher un rire étouffé. Ce garçon accordait nettement trop de crédit à leur capacité de travail, c'était une évidence.

« Ah, et au fait, » s'exclama Mathis en se retournant, faisant disparaître leurs sourires, « si vous voulez on se réunit en groupe de travail ce soir dans la salle commune ! »

Thomas était déjà en train de réfléchir à une excuse soigneusement ciselée pour esquiver, quand l'étudiant continua : « Je sais que vous aimez travailler uniquement tous les deux, mais on ne sait jamais... »

Thomas fronça les sourcils sans répondre, et il sentit Newt se tendre à ses côtés, hochant sèchement la tête tandis que Mathis s'éloignait enfin.

« Ça voulait dire quoi ça ? » gronda le brun alors qu'ils sortaient de la grande salle d'un pas mesuré, se dirigeant vers la terrasse pour la cigarette pré-digestive.

Newt haussa pensivement les épaules, allumant sa cigarette avec des gestes précautionneux. Tirant une longue bouffée, il exhala un nuage de fumée blanche que Thomas suivit des yeux alors qu'elle s'envolait par-delà les toits en ardoise de l'Institut.

« Peut-être qu'on devrait davantage se mêler aux autres... » finit par répondre Newt d'un ton songeur, interrogeant Thomas du regard, l'air de marcher sur des œufs.

Thomas eut une moue dédaigneuse.

« C'était clairement un reproche. »

« Tu extrapoles tout. C'était une simple remarque Tommy, une pique lancée sans arrière-pensée. » répondit Newt d'un ton narquois, faisant lever les yeux au ciel à Thomas.

Avant que ce dernier n'ait eu le temps de répondre, Newt continua : « Ça pourrait être une bonne idée de les rejoindre, histoire de tâter le terrain. Genre savoir un peu ce que les gens racontent sur nous, connaître un peu la teneur des rumeurs qui circulent... Tout ça quoi. »

Le ton de sa voix était prudent, et Thomas percuta brutalement. Newt se fichait totalement de se mêler aux autres étudiants de leur promo, et encore davantage de travailler avec eux. Depuis six mois, ils se suffisaient à eux-mêmes et leur dossier scolaire ne s'en portait que mieux.

La seule raison qui poussait Newt à vouloir les rejoindre était cette promesse implicite qu'il lui avait soufflé dans cette bibliothèque obscure, sa reddition face à la colère sourde de Thomas, et sa souffrance.

« Putain, il était sérieux. » pensa Thomas, à la limite de l'incrédulité face à cette détermination nouvelle qui habitait Newt. Et il s'en voulait presque de se sentir si surpris.

Newt avait fini sa clope et le fixait toujours, d'un regard flegmatique qui n'aurait pas fait rougir le plus pur des britanniques, mais Thomas savait. Il savait que sous cette apparente nonchalance se dissimulait cette angoisse lancinante, mêlée à cette pointe d'excitation à l'idée de pouvoir, enfin, se dévoiler.

Et il le savait d'autant plus qu'il n'aurait pas pu mieux décrire les sentiments qui le traversait à cet instant précis.

Avec un sourire en coin, il se leva, tendant une main assurée à Newt, qui la contempla pendant un quart de seconde avant de s'en saisir et de se lever.

« Retiens bien ce jour où nous avons décidé d'être sociables. » lâcha-t-il d'un ton badin, tirant un ricanement amusé à Newt. Une pluie fine s'était mise à tomber, nimbant la chevelure claire du blond d'une nuée de gouttes légères, et jamais Thomas ne l'avait trouvé aussi beau.

Ce soir encore, il était complètement et entièrement sous le charme de Newton Isaac, comme chaque soir depuis une partie d'éternité lui semblait-il.


Note bis : Le chapitre 28 est déjà écrit, on devrait donc se revoir bientôt...