Chapitre 28

-Ils sont liés, il est le compagnon d'Harry, annonça Luna d'une voix absente.

-Quoi ? s'étonna Neville.

-Je le sens, fit la jeune blonde.

Le regard des trois jeunes sorciers se posa sur l'homme devant eux.

-Alors… Harry va bien ? demanda Hermione.

-Il va bien, oui. Et ce n'est pas grâce à vous, répondit d'une voix cassante le politicien.

-Est-ce qu'on peut le voir ? demanda Hermione. Il faut qu'on lui explique.

Mycroft s'approcha et sur une invitation muette de Mme Granger, s'installa dans un fauteuil. Il sortit son téléphone et composa le numéro de son compagnon. Harry décrocha aussitôt.

-Mycroft ?

-J'y suis, ils veulent te voir.

-Pas moi, répondit Harry, j'ai tourné la page.

-C'est Harry ? demanda Hermione. Laissez-moi lui expliquer, il faut qu'il sache, il n'est pas seul.

-Tu as entendu ? voulut savoir l'aîné.

Il entendit le soupir de son compagnon.

-Met le haut-parleur. Ils veulent me donner une explication, alors j'accepte de l'entendre, mais je refuse de leur parler.

-Comme tu veux, répondit Mycroft.

Il posa son téléphone sur la table basse, mit le haut-parleur et expliqua la requête d'Harry.

-Bon, fit Hermione, je pense que les explications peuvent commencer à partir du moment où tu as eu ta vision concernant l'attaque de Buckingham. Je t'ai demandé de ne pas faire de folie parce quelque chose n'allait pas… je ne saurais dire quoi, mais à ce moment-là quelque chose a changé dans le comportement de Ron et du professeur Dumbledore.

Elle posa sa tasse sur la table basse et se rapprocha du téléphone, comme si elle essayait de se rapprocher d'Harry.

-Après ton départ, nous avons été convoqués au bureau du professeur Dumbledore, il nous a expliqué ce que tu avais fait et ce que le ministère s'apprêtait à faire, qu'ils allaient utiliser ta magie pour former la barrière. Et il nous a offert de partager ton coffre entre nous tous. Avec le recul, je pense que c'était un test.

-Et nous avons échoué, fit Neville, du moins du point de vue de Dumbledore. Il nous a… je ne sais pas… endormi ?

-Et lorsque nous nous sommes réveillés, tu avais été jeté dans ce monde depuis deux jours et il nous était impossible de te rejoindre, fit Luna d'une petite voix.

Un silence s'installa dans le salon. Mycroft observa les amis de son compagnon, essayant de voir s'ils étaient vraiment dignes de confiance. Et ils semblaient l'être.

-Le monde de l'autre côté de la barrière a beaucoup changé, fit Neville d'une voix sombre. La pureté du sang n'est plus le seul facteur de réussite. Le département des mystères a trouvé un moyen de déterminer la puissance qu'un sorcier pourra atteindre à l'âge adulte. Notre avenir est maintenant déterminé par ces tests. J'avais le niveau scolaire nécessaire et la pureté pour entrer en école de botaniste, mais ma puissance magique n'était pas suffisante.

-Papa a dû fermer le Chicaneur, murmura Luna et je n'ai qu'un petit travail au Chaudron Baveur. Et Hermione…

Luna hésita et jeta un regard vers la brune.

-J'ai épousé Ron. Pas la meilleure décision que j'ai prise. La vie n'est pas évidente depuis la mise en place de la barrière, Harry, je t'assure que si on avait pu empêcher cela, on l'aurait fait.

-Vraiment ? fit une voix depuis l'entrée.

Les jeunes sorciers sursautèrent et se tournèrent vers la voix. Harry se tenait là et les observait avec détachement. Il ôta son oreillette avec laquelle il écoutait la conversation, puis il s'avança vers Mycroft et s'installa sur l'accoudoir de son fauteuil.

-On n'a rien pu faire, Harry, assura Luna.

-Tu… tu as l'air en forme, bafouilla Neville.

-Mycroft s'en assure. Pourquoi êtes-vous là ?

-On n'attend rien de toi si c'est ce que tu te demandes, assura Hermione. Mais on ne pouvait plus rester là-bas. Et on voulait que tu saches que, malgré tout, qu'il reste des personnes qui tiennent à toi.

Harry resta silencieux pendant quelques minutes. Ce fut le téléphone de Mycroft qui brisa le silence, l'homme le sortit de la poche de sa veste et jeta un coup d'œil à son interlocuteur puis il soupira.

-Sherlock ? demanda Harry avec un léger sourire.

-John, répondit le politicien. Je dois prendre cet appel.

Il se leva et sortit de la maison, laissant Harry seul avec ses amis. Ce dernier soupira et se leva lentement, puis il écarta les bras en jetant un regard à Luna. Il ne pouvait pas laisser la jeune femme dans le doute, d'autant que lui était rassuré. Il savait qu'Hermione et les autres lui avaient dit la vérité. La jeune blonde se leva d'un bond et se jeta dans les bras du leothrope. Elle se mit alors à sangloter de soulagement, s'excusant encore et encore, alors qu'Harry la rassurait dans un murmure. Il tendit ensuite un bras en direction d'Hermione et la jeune brune se coula dans son étreinte.

La mère de cette dernière arriva à ce moment-là.

-Vous resterez dîner, proposa-t-elle.

-Je…

À ce moment-là, Mycroft revint dans la pièce. Harry fronça les sourcils en voyant la mine sombre et exaspérée de son compagnon.

-Mycroft ?

-Je dois y aller, soupira le politicien. Sherlock a une fois de plus fait preuve de sa franchise légendaire. Il a été arrêté.

Harry eut un léger rire.

-Il ne te laissera jamais tranquille, hein ? Mme Granger m'a invité à diner.

-D'accord, acquiesça doucement le politicien. Tu n'auras qu'à appeler David lorsque tu voudras rentrer.

Harry lâcha les jeunes femmes, puis attrapa la cravate de son homme avant de l'attirer vers lui pour l'embrasser. Puis il le relâcha, lui ordonnant d'être prudent et Mycroft partit pour faire son devoir de grand frère. Ensuite le jeune homme s'assit de nouveau, laissant Luna venir se blottir contre lui.

-Alors ? Qu'allez-vous faire maintenant ? demanda Harry.

-Je ne sais pas, soupira Hermione. Personnellement je n'ai plus envie d'avoir affaire au monde de la magie, j'aurai plus de chance dans le monde moldu.

-Tu pourrais allez en France ou en Allemagne, remarqua le noiraud.

-Non, répondit la jeune brune avec un frisson.

- Et toi Neville ?

-Je pense aller en France pour finir mes études de botaniste et ensuite je continuerai dans la recherche de remèdes.

-Luna ?

-Je ne sais pas, murmura la jeune fille.

-Tu peux prendre ton temps, rassura Harry. Vous avez un endroit où rester ?

-Ils peuvent rester ici, rassura Mme Granger, le temps qu'il faut.

-Je demanderai à Mycroft de s'assurer que vous ne manquiez de rien.

-ça ne sera pas nécessaire, assura M. Granger.

-J'insiste, fit Harry avec calme. Mon compagnon pourra s'en assurer sans problème, je lui demanderai aussi de vous fournir des papiers, vous en aurez besoin si, comme Hermione, vous voulez malgré tout rester dans le monde moldu.

-Il fait quoi comme travail ton ami ? demanda M. Granger avec un froncement de sourcil.

-Ça, ça dépend de la personne à qui vous la posez. Mycroft dirait qu'il occupe un poste mineur au sein du gouvernement et Sherlock, son frère, dirait qu'il est le gouvernement britannique.

Une sonnerie dans la cuisine attira l'attention de Mme Granger. Elle invita alors tout le monde à passer à table. Ils dinèrent dans une ambiance détendue. Discutant de tout et de rien. Les jeunes sorciers posèrent des questions à Harry sur sa nouvelle vie et ce qu'il prévoyait de faire à l'avenir.

À la fin du repas, les Granger laissèrent les jeunes gens seuls dans le salon buvant une tasse de thé. Hermione fut la première à reprendre la parole.

-Donc, tu ne nous en veux plus ?

-Tu sais bien que je ne peux pas rester en colère contre quelqu'un bien longtemps.

-Pas même contre les sorciers qui t'ont envoyé ici ? s'étonna Neville.

-Je n'ai pour eux que de la pitié et du mépris. Ils ne méritent pas ma colère. Ces imbéciles n'ont pas conscience du mal qu'ils font et de la chance qu'ils ont perdue. La Magie ne leur fera plus jamais confiance, ils ont tout perdu à cause de leur stupidité. Et puis, s'ils ne m'avaient pas banni dans ce monde, jamais je n'aurais pu revoir Mycroft.

-Revoir ? demanda Hermione.

-Il était présent pendant l'attaque de Voldemort contre Buckingham.

-Et donc maintenant vous deux… insinua la jeune brune.

-Mycroft est mon compagnon, fit Harry avec un léger sourire. Et il a accepté de l'être.

-Et il est bien avec toi ? demanda Luna.

-Oui, assura Harry en posant sa tasse de thé.

Il sortit son téléphone et composa le numéro de David. Le majordome lui assura être devant la porte des Granger dans cinq minutes. L'aîné des frères Holmes avait dû l'appeler après son départ et lui demander de se stationner pas loin de la maison d'Hermione. Harry se leva, dit au revoir à ses amis, Luna refusa pendant plusieurs minutes de le lâcher, et sortit attendre David. Une limousine s'arrêta devant la maison s'attirant les sifflements de Neville. Il les salua une dernière fois et monta dans le véhicule.

Il observait le paysage défiler devant ses yeux avec un léger sourire, un poids qui avait quitté ses épaules. Finalement, il y avait eu des personnes pour qui il avait compté dans ce monde de fou.