Nouveau chapitre, nouveau saut dans le temps ! Merci pour vos reviews qui me font très plaisir, bien qu'elles ne soient pas très nombreuses, elles me portent à continuer !

Bises de FanficMangaDreams et !

PUISSE LE SORT VOUS ÊTRE FAVORABLE.


District 12,

Deux ans plus tard…

Katniss vérifia que les valises étaient fin prêtes. Elle posa une main sur sa tête et observa les vêtements entassés dans les sacs. Quelque chose manquait. Elle ne saurait pas tellement dire quoi. Elle fixa dubitative l'armoire et la commode entrouvertes, la salle de bains, le lit, mais rien ne lui venait à l'esprit.

- Maman ! Maman !

Elle se retourna et sourit à sa fille, debout sur le pas de la porte. Victoria avait de longs cheveux bruns bouclés qui lui tombaient en ressorts dans le milieu du dos et des yeux bleus, aussi clairs que ceux de son père. La petite, âgée d'à peine trois ans, tenait sa peluche contre sa poitrine. La fillette était rougie par l'effort ; elle avait sûrement dû courir dans l'étage pour trouver sa mère.

- Oui mon trésor ?

- Trouve pas ma poupée…

- Laquelle, mon amour ? questionna la jeune femme en s'accroupissant pour être à la hauteur de Victoria.

- Avec les graaaaaaaaaaaaaands che-veux violets ! Tata Effie m'a offert à Nouweeeeel…

- Je l'ai rangée dans le sac de papa et maman pour ne pas la perdre pendant le voyage, chérie, expliqua Katniss en allant prendre sa fille dans les bras.

- Katniss, tu ne devrais pas la porter, entendit-elle derrière elle avant de se tourner vers l'origine de cette voix.

Peeta entra dans sa chambre en souriant et alla prendre sa fille dans les bras. Il savait que Katniss continuerait d'être entêtée, même enceinte.

Car oui, Katniss attendait leur deuxième enfant. Cette fois-ci, il s'agissait d'un petit garçon qui se portait plutôt bien, malgré quelques problèmes cardiaques qui pourraient s'aggraver lors de sa naissance. Il frappait souvent le ventre de sa mère, ce qui était le signe d'un caractère nerveux ou d'une souffrance. Katniss avait paniqué à l'annonce de la nouvelle, mais éviter de marcher le plus souvent possible - c'est-à-dire, rarement pour elle - pourrait aider à résoudre une partie de ces problèmes.

A presque neuf mois de grossesse, les voyages en train lui avaient été hautement déconseillés, mais Katniss, en bonne têtue qu'elle est, avait décrété qu'elle irait au Quatre avec sa famille pour rendre visite à sa mère, atteinte d'une pneumonie perspicace depuis un mois. Elle voulait la faire profiter un maximum de sa petite-fille. Et puis, elle espérait, au fond, accoucher dans le Quatre…

Katniss, reprenant sa fille dans ses bras malgré les protestations de son mari, alla habiller Victoria dans sa chambre, troquant la robe et les collants de sa fille contre un jean et un pull-over assortis à des bottes fourrées. Elle lui fit enfiler un blouson d'hiver bien chaud et enfonça un bonnet en laine ivoire sur sa tête.

- Maman ? Sont où tonton Gale et tata Delly ? demanda soudainement la fillette.

- Ils sont partis dans le district Deux pour le travail de tonton, chérie, expliqua simplement Katniss en fermant la fermeture éclair du manteau.

- Je pourrai plus jamais jouer avec Leona et Daisy ?

- Mais si, tu pourras rejouer avec elles, mon cœur ! la rassura sa mère. Ils reviendront bientôt et tu pourras voir tes nouveaux cousins aussi…

- Tata a eu ses bébés ?!

- Oui, cette nuit !

- Youpiiiiiiii ! s'exclama la petite en sautillant. PAPA ! TATA DELLY A EU SES BEBES ! cria Victoria en allant retrouver son père dans sa chambre.

Katniss prit sa veste, son écharpe, ses gants et son bonnet, les enfila et rejoignit Peeta et Victoria enlacés dans le couloir. Son mari portait les bagages, qu'il avait fermé sans l'autorisation de sa femme

- Chéri ! J'avais oublié quelque chose ! protesta Katniss.

- Quoi ? lui demanda-t-il tout simplement.

- Je sais pas…

- Dans ce cas, ce n'est pas grave.

Katniss soupira. Entre Peeta et elle, c'était distant en ce moment. Les invitations pour la commémoration des quinze ans de la chute de la dictature était arrivée quelques jours plus tôt chez eux et Katniss avait été claire : elle n'irait pas à cette cérémonie. Ils se passeront d'elle. Elle avait été assez formelle des années auparavant : elle ne réapparaîtrait pas à la télévision, plus jamais.

Hors, Peeta tenait à être présent. Et ce n'était pas du goût de Katniss. Elle était persuadée que lorsqu'il serait au Capitole, Plutarch Heavensbee lui sauterait dessus tel un chien affamé et lui demanderait une interview qu'il ne déclinera pas. Elle avait tellement peur d'être remanipulée comme un pion, comme dans les Jeux, et elle avait peur aussi pour Peeta, qui était sourd à ses protestations.

De là avait débuté une dispute sur le manque de confiance et la maturité de chacun. Une dispute si forte qu'ils ont fait chambre à part durant deux nuits, jusqu'à ce que Peeta remarque que les nuits de Katniss n'allaient toujours pas mieux. Il avait été violemment réveillé par les cris puissants de sa femme suite aux cauchemars que cette dernière faisait. Et ne serait-ce que pour Victoria, qui ne suspectait rien, il fallait faire bonne figure.

L'heure de partir à la gare sonnait déjà et la petite famille se rejoint dans le vestibule. Katniss vérifia que sa fille était complètement couverte et la petite rigola en allant ouvrir la porte, où quelqu'un venait de frapper. Difficilement, elle réussit à tourner la poignée.

- Quelle adorable maîtresse de maison ! Bien meilleure que sa mère !

- Ecrase, Haymitch, maugréa Katniss avant de reporter son attention sur sa fille.

Victoria jouait avec la fille aînée d'Haymitch et Johanna, prénommée Gaia, qui, étrangement, ressemblait trait pour trait à Johanna avec ses grands yeux chocolat et ses cheveux sombres. Ils avaient également accueilli un petit garçon, âgé de neuf mois et baptisé Hayden, endormi dans les bras de sa maman. Les deux fillettes se courraient après dans le vestibule, au grand désespoir de leurs parents qui essayaient de se comprendre.

- LES FILLES ! Un peu de calme ! s'écria Johanna, une main sur le porte-bébé et un air agacé sur le visage.

Les petites s'arrêtèrent en regardant la jeune femme avec de gros yeux et pour montrer à quel point elles étaient adorables, elles se firent un câlin, ce qui radoucit les esprits. Katniss les envoya dans le salon le temps des discussions et elles y allèrent sur leurs jambes dodues en trottinant gaiement.

Haymitch et Johanna accompagnaient Katniss et Peeta au district Quatre, où ils avaient décidé d'emmener leurs enfants pour leur premier voyage dans Panem.

- Allons-y, décréta Peeta, assez fort pour que les filles reviennent dans l'entrée.

Après avoir passé la porte d'entrée et l'avoir verrouillée, tous se dirigèrent vers la gare du district. Une bonne vingtaine de personnes attendait déjà les prochains trains, lisant des journaux ou discutant des dernières rumeurs à voix basse pour passer le temps.

Les hommes firent asseoir leurs compagnes, l'une portant un bébé de neuf mois et l'autre enceinte jusqu'aux orteils. Victoria et Gaia jouaient avec un ruban, le tortillant dans tous les sens pour trouver quelque chose à former dedans. Peeta s'assit à côté de Katniss pendant que Haymitch allait chercher les billets de train pour tout le monde.

- Écoute, je suis désolé, Katniss, s'excusa-t-il. Je n'aurais pas dû te parler comme je l'ai fait, je suis navré, complètement. Tu ne peux pas m'en vouloir d'avoir pensé à ces gens qui…

- Peeta, Peeta, Peeta… C'est adorable ce que tu fais pour les autres, mais pense un peu à toi ! Tu n'as pas à les remplacer constamment ! On a besoin de toi, j'ai besoin de toi ! S'il te plaît, je veux une vie normale, rien que pour Victoria et notre petit garçon… lui expliqua Katniss en soupirant. Si on y va, nos promesses d'il y a trois ans vont être… foutues en l'air ! Personnellement, je n'ai pas spécialement envie de me refaire pourchassée par des paparazzis !

- Je sais, chérie… Et c'est pour ça que j'ai appelé Plutarch.

- Quoi ?! Tu lui as dit quoi ?

- Je lui ai dit exactement ce que tu viens de me sortir. Et il m'a proposé quelque chose d'intéressant qui arrangera tout le monde, avoua Peeta en observant sa petite fille qui riait à pleines dents.

Katniss fronça les sourcils. Elle semblait très suspicieuse. Elle n'aimait pas que Peeta fasse des choses dans son dos. Surtout avec certaines personnes du Capitole et qui plus est, ancien commandant de la rébellion contre la dictature.

Peeta la regardait en attendant qu'elle daigne dire quelque chose. Elle secoua les mains, l'incitant à continuer sur sa lancée.

- Ce serait bien que nous soyons présents sans l'être, en fait.

- Sois plus concret, Peeta, s'il te plaît, le poussa Katniss, au bord de l'énervement.

- Ça veut dire que nous serions au Capitole, dans le public, mais logés dans les appartements de l'ancien Centre d'Entraînement, sans que personne hormis l'organisation ne soit au courant. Tu pourrais rendre hommage à…

- L'idée est fabuleuse, Peeta. J'ai peur qu'on nous reconnaisse…

- Ta fabuleuse équipe se chargera de nous grimer, répondit-il en osant un sourire.

- Bon… Dans ce cas, j'y réfléchirai, d'accord ?

Elle l'embrassa rapidement avant de reporter son attention sur sa fille, toujours occupée à jouer et à papoter avec Gaia. Victoria portait très bien son prénom. C'était une enfant calme et posée, qui était cependant très curieuse mais savait différencier les situations. Elle savait lorsque le sujet n'était pas approprié à son âge et s'en allait discrètement dans sa chambre ou dans le salon. Cela n'arrivait pas bien souvent. Mais ça arrivait quand même.

La petite dessinait beaucoup. Lorsque son père avait du temps libre, elle lui en réclamait toujours un peu pour peaufiner son expérience en art. Un jour, Peeta avait décidé de lui montrer quelques-uns de ses tableaux et Victoria avait délibérément pleuré devant la toile représentant sa mère enceinte d'elle. Quand Katniss avait su cela, quelques larmes s'étaient silencieusement échappées de ses yeux et elle avait serré sa fille, son « bébé » comme elle l'appelait, contre elle.

Le train arriva rapidement. Katniss et Johanna décidèrent de coucher les enfants de leurs compartiments respectifs, à savoir, la cabine de leurs parents respectifs, pour une brève sieste, un peu plus longue pour Hayden, cependant. Les hommes buvaient un verre de whisky dans le wagon bar, attendant leurs compagnes avec un cocktail non alcoolisé pour l'une et un mojito pour l'autre.

Il fallait dix-huit heures pour arriver au Quatre. Les enfants commençaient à trouver le temps long quand ils arrivèrent enfin dans le district de la pêche.

- Méméééééé ! hurla Victoria en apercevant sa grand-mère sur le perron de sa maison.

Elle courut se jeter dans ses bras et fut accueillie chaleureusement. Elle commença à raconter toutes sortes de choses à propos de jouets, de peluches, de crayons et de coiffures. Gaia s'était jointe à elles. La fillette considérait madame Everdeen comme sa « granny », elle-même n'ayant pas de grands-parents officiellement. Et madame Everdeen avait complètement accepté la petite. La mère de Katniss avait beaucoup d'amour à revendre après toutes ces années passées à pleurer son défunt mari et à délaisser ses enfants.

Les deux petites familles s'installèrent confortablement chez leur hôte et quelques heures plus tard, pour le déjeuner, Annie et Finn débarquèrent. Les cheveux d'Annie étaient désormais raccourcis jusqu'aux épaules, ce que remarqua directement Johanna en la félicitant de ce changement de style radical. Finn, lui, avait une chevelure blond doré bouclé qui lui tombait sur les épaules. Il refusait de les couper. Et sa ressemblance avec son père était de plus en plus frappante au fil des ans.

- Maman ? appela Katniss alors que tous les enfants étaient couchés et que Haymitch et Johanna étaient sortis profiter de la mer.

- Je suis dans le salon avec Peeta, chérie, précisa-t-elle d'une voix nasillarde.

La jeune femme trouva son mari assis dans le sofa, sa mère installée dans son rocking-chair.

- Ta pneumonie va mieux ?

- Je fais avec, que veux-tu. J'ai passé des examens et ça a l'air de régresser lentement… Je reste sur mes gardes, tu me connais, tout de même, sourit madame Everdeen. C'est plutôt de toi dont il faut parler. Comment tu te sens ? Le bébé va bien ?

- Tout va dans le bon sens, maman, ne t'inquiète pas. C'est ton état qui me préoccupe, quand même. C'est grave et tu le sais !

- Katniss, je sais que tu penses tout de suite à la fatalité mais c'est loin d'être le cas ! Si j'allais vraiment mourir, je serai alitée et incapable de te parler. Je ne pourrais même pas respirer normalement, alors, cesse de te tourmenter et occupe-toi de mes petits-enfants, ordonna madame Everdeen, à moitié amusée.

- D'accord, soupira longuement Katniss. Je vais me coucher, alors. Bonne nuit, maman, dit-elle en embrassant sa mère. Chéri, je t'attends à l'étage, ajouta-t-elle à l'intention de son mari.

Après s'être changée pour la nuit et mise sous les draps, Katniss décida de rédiger son journal. Depuis la naissance de Victoria, elle notait tout le déroulement de ses journées, de celles de son mari, de son enfant et de tous ceux qu'elle côtoie au fil des jours. Cela laisserait une trace de son passage sur cette terre hostile lorsqu'il serait tant pour elle de la quitter et cela donnera à Victoria et à son petit garçon, un souvenir de leurs parents et de la famille qu'ils étaient.

Fermant le petit cahier couvert de velours, au même moment, Peeta entra dans la pièce, fermant la porte de la chambre derrière lui. Il alla se changer dans la salle de bains de l'étage et revint quelques instants plus tard, vêtu de son pyjama. Il s'installa près de sa femme sans tarder et lui offrit le refuge de ses bras. Elle s'endormit aussitôt.


Katniss se réveilla brutalement à presque trois heures du matin, en hurlant comme jamais. Peeta sursauta violemment et se frotta rapidement les yeux avant de serrer sa femme contre lui. Il vit sous la porte que la lumière était allumée et que quelqu'un marchait dans le couloir.

- PEEEEEEEETTTTTTTTTTTAAAAAAAAAAAA ! VA CHERCHER MA MERE TOUT DE SUUUUITE ! s'écria Katniss en pleine panique.

Elle releva la main et montra le liquide brillant qui s'y trouvait. Ce n'était pas les eaux de sa poche, quelque chose de plus sombre s'y était mélangé. Peeta sauta du lit à une vitesse folle et tomba nez à nez avec Johanna.

- Qu'est-ce… commença-t-elle.

- Reste avec Katniss, il faut que j'aille réveiller Helen tout de suite ! RESTE AVEC KATNISS, JO' ! ajouta-t-il alors qu'elle partait dans sa direction à lui.

Johanna exécuta et Peeta frappa fortement à la porte de madame Everdeen.

- Peeta ? Il est quell…

- Helen, je crois qu'on a un énorme problème avec le bébé !

Ces quelques mots réveillèrent soudainement madame Everdeen et elle se précipita au pas de course vers la chambre de sa fille et de son gendre. Katniss n'arrêtait pas d'hurler et elle luisait de sueur. Elle s'accrochait désespérément aux draps, tentant de trouver un quelconque soulagement. Johanna avait rabattu les couvertures et une large flaque de sang ornait le lit.

- Johanna, appelle l'hôpital, vite ! Peeta, va chercher une serviette humide dans la salle de bains ! Haymitch et Jo' devront garder les petits, on a pas le choix ! Je ne peux rien faire toute seule ! Dépêchez-vous, le temps presse ! ordonna madame Everdeen.

Johanna sortit de la chambre pour téléphoner et Peeta alla prendre ce qui lui était demandé. Madame Everdeen procéda elle-même à un rapide examen sur sa fille. « Poche des eaux percée, bouchon muqueux absent, dilatation complète et perte de sang à robinet ouvert » nota-t-elle dans sa tête pour plus tard.

- PEEEEEEEEEEEEEEEETTTTTTTTTTAAAAAAAAAAAAA ! PEEEEEEEEEEEEETTTTTTTTTAAAAAAAAAA ! hurla Katniss.

- Chérie, il va revenir, calme-toi, ce n'est pas comme ça que tu arrangeras la situation, tenta désespérément madame Everdeen, elle aussi très anxieuse. Elle savait que les pronostics du bébé et de sa fille étaient engagés.

Johanna revint en annonçant que les urgentistes étaient déjà là. Trois hommes prirent Katniss dans leurs bras pour lui faire descendre les escaliers sans la faire marcher et l'installèrent dans un brancard à l'extérieur. Peeta, qui les avait vus arriver, avait rassemblé rapidement quelques affaires et était déjà à bord de l'ambulance.

Quelques minutes à peine plus tard, Katniss et Peeta se trouvaient au secteur des urgences gynécologiques de l'hôpital du district Quatre. La sage-femme en chef avait été claire : Katniss devait accoucher maintenant, ou les risques seraient trop importants en attendant. La tête du bébé était engagée, impossible d'envisager une césarienne. Des infirmiers coururent dans les couloirs, transportant Katniss jusqu'à la salle de travail, Peeta sur leurs talons.

Arrivés dans la salle, les infirmières déshabillèrent entièrement Katniss à une vitesse folle et lui accrochèrent en deux trois mouvements une blouse impeccable. Les médecins et sages-femmes n'eurent pas le temps d'enfiler masque et charlotte que la tête sortait, le sang gouttant sur le carrelage. Juste les gants et la poussée commença. Katniss hurla de douleur, elle avait été loin d'imaginer ce genre d'accouchement. Tout le district devait l'entendre, elle en était certaine, mais rien à faire. Le bébé était tout ce qui la préoccupait.

- Poussez fort, fort, fort, fort, fort, madame Mellark, vous y êtes presque ! ordonna le médecin, présent pour suturer les plaies internes de Katniss qui étaient certainement importantes, devinant que le placenta s'était certainement décollé.

Katniss s'accrochait à la main de Peeta telle à une bouée de sauvetage. Elle avait très peur, elle ne pouvait pas nier l'évidence même. Toute cette équipe médicale réunie autour d'elle la faisait paniquer, lui faisant comprendre que l'heure n'était pas aux larmes de joie et aux baisers volés. Deux vies étaient en jeu dans cette salle et il fallait absolument éviter la fatalité. Surtout qu'elle était en train d'accoucher de son petit garçon qui risquait de gros problèmes à cause de son cœur.

- Allez-y, madame Mellark, c'est la dernière, cette fois ! Vous pouvez le faire !

Peeta, lui, était désarçonné face aux cris stridents de sa femme. Il aurait tellement aimé prendre sa douleur et l'éliminer, mais c'était impossible et il le savait pertinemment. Être témoin de cette souffrance physique le consumait doucement, et ce feu ne cesserait que lorsqu'on lui annoncerait que sa compagne et son fils iraient bien.

Enfin, des pleurs de bébé retentirent et les médecins prirent rapidement Katniss en charge, qui commençait à pâlir à vue d'œil. Une infirmière lui donna une claque pour éviter qu'elle ne s'endorme. Le danger grossissait rapidement et Peeta se mit alors à imaginer le pire. Sa vie sans Katniss. Une seconde infirmière le fit sortir de la pièce et le conduisit dans une salle adjacente où une petite équipe s'affairait à évacuer les poumons enduits de liquide et de sang de son petit garçon. Bien que ses pensées n'étaient que douleur et inquiétude pour sa femme, son cœur se gonfla de fierté à la vue de son fils. Le petit garçon criait beaucoup, au contraire de sa sœur aînée.

- Naissance à trois heures vingt-six, énuméra le médecin chargé du petit garçon à l'infirmière. Sexe : masculin, taille : quarante-neuf centimètres et demi…

Il prit son stéthoscope et le posa sur la minuscule poitrine de l'enfant, qui geignait encore et toujours. Le petit garçon gigotait dans tous les sens et semblait souffrir. Le médecin s'en rendit compte et ordonna qu'on lui amène rapidement une couveuse. Il exigea que le petit garçon soit branché à une série de machines et de perfusions dont les noms échappaient à Peeta, qui, secoué par les évènements, ne savait plus trop où il en était. Il suivit la couveuse contenant son fils dans le dédale de couloirs et il assista, désarmé, au ralliement de son garçonnet aux capteurs et aux tubes emplis de médicaments. Placé sous observations, le nourrisson ne risquait plus grand-chose, désormais.

Une aide-soignante déposa gentiment un lit d'appoint et un fauteuil près de la couveuse. Peeta la remercia et lui demanda des nouvelles de sa compagne. Elle lui répondit qu'elle ne savait rien, qu'elle était entre de bonnes mains mais qu'il fallait continuer à garder espoir.

Peeta se tourna alors vers son fils, endormi dans sa couveuse grâce à son injection de calmants. Sa tension était redescendue à la normale, ce qui était positif. Il passa son doigt à travers les fentes à cette intention et caressa les poings microscopiques de son petit garçon.

- Maman et papa t'aiment fort, mon cœur, chuchota-t-il. Maman va bientôt revenir, et tu pourras voir ta grande sœur, qui t'attend impatiemment. Mémé Helen, pépé Haymitch, tata Johanna, tonton Gale, tout le monde t'attend à la maison, mon chéri. Tout le monde t'aime, mon bébé…

Il aurait tellement voulu l'embrasser et le prendre dans ses bras, et le voir entre ses quatre parois de plastique stérilisées lui rappelait son séjour à l'hôpital du Treize, après son sauvetage des griffes du Capitole. Il ne fallait qu'il pense à cela et il le savait très bien. Il se mit à pleurer, de joie d'abord, mais d'inquiétude également. La vie de son fils dépendait désormais des médecins du district et de leurs décisions.


A huit heures du matin, on vint le prévenir que Katniss était en salle de réveil et qu'elle serait transférée dans l'après-midi au secteur hospitalisation de la maternité. Le médecin, venu voir d'abord le petit garçon, expliqua que Katniss avait fait une grave hémorragie intra-utérine et qu'un don de sang avait été nécessaire. Elle avait perdu connaissance pendant l'évacuation du placenta mais avait pu être ranimée rapidement grâce aux soins de madame Everdeen, qui s'était frayée un chemin dans tout le service pour prêter main forte à sa fille. Le médecin expliqua aussi que son utérus et son col avaient été suturés, et que pour leurs prochains rapports sexuels, ils devraient faire très attention.

Après l'avoir remercié pour son travail extraordinaire sur sa femme, ce médecin - qui n'était autre que l'obstétricien et pédiatre en chef du Quatre - décrivit la suite des évènements pour le garçonnet.

- Dans six mois, il devra être opéré. Son cœur est en tachycardie et sa tension connaît des montées et des chutes toutes les deux heures, c'est un signe de faiblesse qui montre que le cœur ne sait pas trop ce qu'il fait, détailla-t-il en jetant un coup d'œil au bébé endormi. On ne peut rien faire pour l'instant, il est trop jeune. L'opération qu'il aura devrait épargner tout risque de mort chez le nourrisson. Il y aura certainement d'autres interventions dans ses jeunes années, certainement… Je parle avant ses trois ans, monsieur Mellark. On vous donnera un fluidifiant sanguin à mettre dans ses biberons, cela permettra de faciliter les choses jusqu'à l'opération.

- Faciliter les choses ? demanda Peeta, son doigt sur le poing de son fils.

- Et bien… Ce serait pour éviter qu'il y ait des caillots de sang ou des compressions artérielles, par exemple. Ça entraînerait de sérieuses complications. Je vous rassure, ce genre de médicaments n'est pas fabriqué au Capitole, et c'est à base de plantes médicinales. Vous n'avez pas à vous inquiéter, tout ira bien.

Puis, il s'en alla, laissant Peeta avec ces informations à digérer.


A midi, Johanna et Haymitch furent autorisés à venir voir Peeta et le bébé. On devina facilement l'inquiétude sur leurs visages. Ils avaient les traits tirés. « Ils avaient dû dormir très peu » , se dit Peeta. Il leur demanda des nouvelles de Victoria. Ils lui racontèrent qu'elle était chez Annie, qu'elle avait demandé où étaient ses parents durant toute la matinée et que lui expliquer la situation n'était pas quelque chose de simple.

Johanna s'émerveilla devant le petit garçon, profondément endormi dans sa couveuse. En tant que maman, elle ressentait les choses différemment et elle espérait sincèrement que le garçonnet pourrait rejoindre sa mère le plus vite possible. Haymitch, un peu plus en retrait, tapotait l'épaule de son ancien tribut. Il considérait Katniss et Peeta comme ses enfants et les voir dépités et impuissants face à la situation était une souffrance pour lui.


Quelques heures plus tard, on expliqua à Peeta que Katniss était revenue en hospitalisation. Mais il devina rapidement qu'il allait devoir faire la navette entre son fils et sa femme.

Lorsqu'il entra dans la chambre de son épouse, il découvrit juste une machine reliée à son bras pour prendre sa tension. Il s'attendait à autant de machines que sur leur petit garçon. Il remarqua que son bassin était bloqué grâce à quelque chose caché sous les draps, et ses jambes étaient relevées et écartées, posées sur des oreillers.

Katniss dormait paisiblement. Il vint lui effleurer le cou et la clavicule et elle bougea un peu face à ce contact. Elle tourna la tête vers son amoureux et lui sourit faiblement en ouvrant légèrement ses yeux fatigués.

- Comment va notre bébé ? demanda-t-elle d'une voix à peine audible.

- Il est entre de bonnes mains, ne t'en fais pas, chérie, lui chuchota-t-il avant d'embrasser son front. Dors, nous en parlerons plus tard. Je veille sur lui, ne te fais pas de soucis.

- D'accord…

Peeta retourna auprès de leur fils, rassuré d'avoir vu sa femme hors de danger. Une infirmière vint l'avertir que le petit ne garderait ses perfusions que deux jours, histoire que les médicaments face leurs effets.


Dans la soirée, madame Everdeen vint prendre des nouvelles de sa fille et de son petit-fils. Accompagnée de Victoria, accrochée à sa main et serrant son doudou contre elle, elle entra doucement dans la chambre de Katniss, en train de dîner à côté de Peeta et…

- Vous avez réussi à négocier pour la couveuse et les perfusions, déclara madame Everdeen en souriant.

- On doit être tous les deux sous surveillance, alors, autant faire d'une pierre deux coups, lui apprit Peeta, assis au bord du lit de sa compagne, son bras autour de ses épaules.

Victoria se dirigea vers la couveuse, trop haute pour elle, tentant de voir son petit frère.

- Papa…

Peeta se sépara de sa femme et alla porter sa fille dans ses bras. La petite, toute joyeuse, s'écria de bonheur en apercevant son frère. Un soupçon d'inquiétude traversa sous regard en apercevant toutes les machines reliées à lui mais lorsqu'elle le vit remuer, elle rit en collant ses mains contre la vitre.

- 'Est comme papa ! s'exclama-t-elle. Tout blond !

Peeta rit de son rire chantonnant tout en embrassant les cheveux de Victoria et Katniss se saisit de sa fille, la serra contre elle en souriant, lui demandant si elle était heureuse d'avoir un petit frère. La fillette sautilla doucement sur le matelas, montrant sa joie d'être grande sœur.

Puis, vers vingt-et-une heures, madame Everdeen ramena sa petite-fille à la maison. Elle commençait à fatiguer de s'extasier devant son frère en posant des questions à ses parents. Madame Everdeen embrassa la tempe de sa fille, la joue de son gendre et caressa le poing serré de son petit-fils avant de partir. Peeta resta pour la nuit, ayant fait venir un lit d'appoint afin de veiller sur sa femme et son fils. Finalement, au bout du compte, il y avait eu plus de peur que de mal.