Hey les gens !
Me revoilà pour un nouveau chapitre !
Un énorme merci à vous, lecteurs, et à ceux qui ont reviewé ! Vous pouvez pas savoir comme vos commentaires m'ont fait plaisir !
Je reviens aujourd'hui, après le cliffhanger honteux du dernier chapitre, où vous saurez enfin ce qu'il va arriver à Kessie Jones ainsi qu'à nos quatre chevaliers d'écaille...

Sans plus de blabla, je vous souhaite une bonne lecture !


CHAPITRE 27 : HOUSE OF PAIN


- Tue-la.

Le sang de Kessie se gela dans ses veines. Tout son corps se crispa lorsqu'une forme gigantesque entra dans sa cellule dont la porte se referma brutalement.
Un colossal et affreux lacertilien à la peau de cuir et au regard translucide, déformé par ses attributs sauriens, son haleine exhalant d'une bouche aux crocs tueurs.
Un crocodile mutant.

Enorme.

Monstrueux.

Les yeux écarquillés, Kessie eut tout juste le temps d'apercevoir Karai se profiler au-delà de la porte métallique qu'elle scella de façon presque cérémonieuse et fatale, comme si elle avait enfermé la justicière dans la boîte de Pandore, celle-là même qui contiendrait tous les maux de l'humanité.
Justement, ces derniers, Kessie pouvait pratiquement tous les lires inscrits dans les traits de la créature face à elle… Que ce soit par la protubérance herculéenne et la prestance de sa musculature bétonnée qui paraissait mettre sa peau écailleuse à dure épreuve, tant que Kessie pouvait en lire chaque ligne bien qu'elle ne fut pas experte en anatomie… ou par le relief de ses vertèbres qui épinait son dos de pointes acérées comme des griffes en écaille...ou par ses mains crispées par l'animalité et dotés non pas de doigts mais d'armes, tout comme ses longs pieds verts… Sa longue queue crocodilienne s'hérissait de lames reluisant à la faible lueur de la pièce, ce qui suffit à faire déglutir la justicière.

Celle-ci crut s'évanouir lorsqu'enfin elle plongea son regard dans celui du monstre...Vert...froid…

La peur l'empêcha de décrire davantage son bourreau et elle baissa aussitôt le regard en serrant les dents. Comme une nuée de cristaux de glace, la terreur se répandit dans chacun de ses muscles qui s'activèrent pour tenter vainement de s'arracher aux entraves qui la maintenaient prisonnière...Tout ce qu'elle obtint par cet effort désespéré fut une vive douleur à ses articulations qui ne pouvaient pas s'enclencher sous peine de s'arracher les os, tant elle avait été solidement attachée.

« C'est fini » se dit-elle. « Je vais mourir...je ne peux rien faire... »

Elle qui d'ordinaire ne se résolvait pas si facilement à la mort surprit des larmes dans sa gorge… Ses amis étaient trop loins et ne l'avaient pas encore repéré… Et il était de toute façon trop tard...Elle était déjà aux griffes de ce bourreau…

Face à elle, le crocodile géant cligna ses yeux verts aux pupilles oblongues, le pourtour de son œil noirci et creusé et les plissa dangereusement alors qu'il entrouvrit une gueule immense, découvrant ainsi une armée de dents afutées comme des milliers de rasoirs.

- ...Je...te reconnais…

C'était une voix grave, éraillée, âpre, mais étrangement...chaude...et veloutée…
Clignant des yeux, croyant qu'une autre personne était entrée dans la pièce, Kessie ouvrit craintivement les yeux et dévisagea son interlocuteur qui était bien le seul et unique dans la pièce...et s'avérait être ce crocodile géant…

- ...euh...pardon ? murmura presque timidement Kessie d'une voix qu'elle trouva étrangement polie, pour une fois.

En effet, Kessie avait banni toute forme de politesse avec ses ennemis...mais celle-ci sembla de mise avec la créature qui se tenait debout à un mètre d'elle mais sans aucune posture menaçante malgré ses trois mètres de haut, sa queue se balançant de droite à gauche en balayant légèrement le sol bétonné sur quelques millimètres.

- Oui…, dit le crocodile en concentrant son regard crocodilien sur la jeune femme. J'étais dans cette cage.. ils m'avaient torturé...ces Dragons Pourpres...et tu as essayé de me libérer…

Face à ces mots, Kessie déglutit. Elle avait essayé de le libérer… ? Mais de quoi parlait donc ce crocodile.. ?

Dans un bref sursaut de réflexion, la jeune femme écarquilla soudain les yeux en dévisageant pleinement le reptile face à elle. La seule fois où elle avait sauvé un animal...ou tenté de le faire...c'était dans ce zoo. La nuit où elle avait rencontré les tortues…

- ...avec ma batte...tu étais en cage et j'ai essayé de te sauver...je t'avais demandé de ne pas me manger…

Elle crut voir alors l'ombre d'un sourire relever la commissure d'une de ses mâchoires.

- Je n'allais pas te manger…

A ces mots, Kessie osa un sourire léger mais nerveux.

- Et...et maintenant ? Tu vas me manger… ?

Le crocodile secoua presque imperceptiblement la tête.

- Pourquoi je ferais ça.. ? Tu m'as sauvé la vie… toutes ces brutes autour de moi n'ont fait que me faire souffrir...ils m'ont violenté...mais toi...alors que j'étais encore animal...malgré mon apparence...tu as voulu me délivrer...même si tu n'as pas réussi tu as essayé…

Le coeur de Kessie se mit à battre étrangement à ces mots, lui faisant incliner la tête sur le côté.

- Alors...tu te rappelles...de quand tu étais encore un crocodile ? Je veux dire...juste un crocodile ?

Le reptile acquiesça en baissant ses yeux verts.

- Oui...Je ne me souviens pas de tout...mais j'ai des souvenirs très brefs de mes vies… celle de crocodile...et celle d'humain…

Kessie cligna des yeux à ses mots. Oui…Bebop...Rocksteady...et maintenant cet étrange crocodile… Tous étaient le résultat d'un mélange génétique entre les espèces animales les plus dangereuses et les plus dangereux criminels de New-York.

- ...Alors tu étais un Dragon Pourpre, toi aussi ? demanda consciencieusement Kessie, le visage soudain grave.

- Oui, soupira le géant mutant face à elle non sans une légère grimace témoignant du dégoût qu'il portait envers lui-même. Du moins, depuis pas très longtemps...jusque là je vivais dans les rues de New-York, sans rattachement particulier...enfin, de ce que je m'souviens… Les gens avaient déjà peur de mon apparence car quand on grandit dans la rue, faut d'un toit, les délinquants qui m'ont élevé m'ont aidé à bâtir une musculature imposante… Vol à l'étalage, cambriolages...tout ça c'était pour survivre...les Dragons Pourpres...c'était soit ça soit crever dans la rue comme un rat…

Songeant que Splinter n'apprécierait pas trop cette comparaison, Kessie observa sérieusement le crocodile, très attentive à son récit et notant que ce dernier n'attisait pas de haine en elle...mais au contraire une certaine compassion. Songeant que ces nombreux jours passés en cellule ont du attendrir son coeur et l'affaiblir dans ses sentiments, Kessie sourit légèrement en soupirant doucement.

- C'est quoi ton nom ?

Le reptile cligna des yeux, montrant qu'il ne s'attendait clairement pas à cette question. Il hésita un moment avant de répondre :

- Leatherhead.

Kessie haussa un sourcil surpris par ce nom peu commun.

- C'est un nom approprié...pour un crocodile, se contenta-t-elle de commenter.

Sensible à cet humour, le crocodile rit intérieurement.

- Je m'avais déjà ce nom quand j'étais humain...j'devais pas être très beau à voir déjà…

Kessie ne put se retenir de rire doucement à cette auto-dérision, malgré le pincement au coeur que ces mots soulevèrent en elle, mais ses traits s'affaissèrent légèrement en réalisant le retournement de situation qu'elle était en train de vivre… Elle qui il y a quelques minutes encore se préparait à la mort était actuellement en train de sympathiser avec ce grand monstre écailleux…
« Monstre »...méritait-il seulement ce nom ?
Se raclant doucement la gorge, Kessie bredouilla maladroitement en roulant une épaule, se sentant tout de même très vulnérable ainsi immobilisée face à ce crocodile de trois mètres.

- Et maintenant.. ? Tu...tu vas me tuer quand même ?

Elle vit les yeux de Leatherhead se froncer, comme si ce propos lui déplaisait.

- Non. Ils m'utilisent comme un monstre, une machine à tuer, tout ça parce que je n'ai pas supporté leur gaz qui m'a rendu fou… mais j'agirai pas comme eux. (Jetant un œil par-dessus son épaule à la caméra de surveillance) ...même s'ils s'attendent à ce que ce soit le contraire…

Kessie cligna des yeux en remarquant également cet objectif que la masse imposante de son interlocuteur lui dissimulait.

- Ils peuvent nous entendre ?

- Non. Nous voir uniquement. Cette cellule est dédiée à la torture à la base et les micros saturaient trop.

Kessie grimaça en convenant qu'elle se serait passé de ce détail. C'est alors que Leatherhead se pencha vers elle, rivant son regard dans le sien en murmurant :

- ...écoute-moi. A cet instant, ils doivent croire que je suis en train de te parler pour te torturer mentalement avant de te tuer...alors écoute bien. Je vais être obligé de te faire du mal et de te faire saigner pour que ta mise à mort reste crédible...Pour le reste, dès que j'te le dis, tu fais la morte. Tu me fais confiance ?

Les yeux de Kessie s'arrondirent à cette injonction et elle déglutit en hochant fébrilement et confusément la tête, bien que l'interrogation emplissait les noisettes de ses iris. « Faire confiance... » ...ça avait toujours été quelque chose de délicat pour elle. Elle qui était au courant de la cruauté du monde, des vices des hommes et du mal qu'ils infligent sans état d'âme aux plus faibles. Elle qui toute sa vie avait appris à se battre seule...jusqu'à ce qu'elle ne soit plus une dans sa vie...mais cinq...Oui, peu à peu et malgré elle, elle était devenue la cinquième tortue. Un autre être étrange qui s'est lié à ces créatures tout aussi étranges qu'elle… Un autre être qui inspire la peur et la méfiance à ses congénères, qu'il soit dissimulé ou non derrière un masque sordide semblable à une tête de mort.
D'ailleurs, ce masque, Kessie aurait souhaité que Krang ne le brise pas en mille morceaux pour qu'elle puisse le porter et cacher la peur aux yeux de ce crocodile...ce Leatherhead...Ce dernier assista ainsi au curieux contraste d'une jeune femme apeurée à l'idée de confier sa vie aux mâchoires d'un crocodile mutant qui acquiesça cependant en serrant les lèvres de détermination.

Après un bref coup d'oeil, Leatherhead se crispa puis, le dos arqué, il poussa un cri qui s'apparentait à une lamentation dangereuse (d'ailleurs c'est ainsi qu'on parle du cri du crocodile : il se lamente) puis, d'un coup sec, il sectionna de deux coups de mâchoire les entraves de la justicière et abattit sur elle une patte furieuse qui déchira son t-shirt en trois fentes à travers lesquelles rougeoyèrent trois blessures. Kessie hurla de douleur mais déjà le crocodile ouvrit la mâchoire pour la refermer sur son tronc et la secouer de droite à gauche comme une poupée de chiffon. Sous les secousses, Kessie sentit son bandana noir tomber au sol et s'imbiber du sang qui avait constellé le sol. Les paupières et les dents serrées pour mieux supporter la douleur, la jeune femme nota que malgré la violence de ses mouvements de tête, la pression de ses dents sur sa taille n'était pas aussi forte qu'elle ne l'aurait cru. Cependant, elle redoutait qu'à chaque instant ces blessures ne deviennent fatales...que le monstre faillisse à sa promesse… Néanmoins, elle garda les yeux clos et retint ses gémissements de douleur en attendant…insupportablement...

Finalement, Leatherhead cessa de bouger la tête comme pour marquer la fin de son exécution. Les yeux fermés, Kessie dut employer un effort colossal pour détendre tous ses muscles malgré les blessures qu'elle avait subi au thorax. Le reptile releva alors la tête vivement vers la caméra de surveillance (secouant Kessie de même qui retint à ce moment-là un haut-le-coeur) puis, d'une démarche brutale, sans lâcher Kessie d'entre ses mâchoires, il sortit de la salle de torture. Plongée dans le noir, Kessie se laissa aller, sentant son corps inerte bouger de haut en bas au rythme de sa marche ainsi que son bandana noir déchiqueté se détendre d'autour de sa tête et retomber lourdement au sol.

- Bon travail Leatherhead.

Cette voix, c'était Karai. Leatherhead grogna du fond de sa gorge, ce qui eut pour effet d'exhaler sur les côtes de Kessie une chaleur happante qui faillit la faire sursauter.

- Krang sera ravi d'annoncer ça aux tortues. On les tient. Mais sois gentil : finis ton casse-croûte dans tes quartiers. Personne n'a envie d'assister à ça.

Il y eut une seconde de silence puis un contact froid et étrangement doux se posa sur sa joue, comme le gras d'un pouce féminin. La justicière tâcha de se rappeler des exercices de méditation de Leonardo pour garder son calme et ne pas tressaillir, ne devant surtout pas trahir sa posture de morte.

- Quel dommage, entendit-elle soupirer la fille de Shredder comme avec regret. Nous aurions pu être si fortes toutes les deux…

Puis, un mouvement dans l'air indiqua à Kessie et Leatherhead que ce dernier devait disposer, ce que ce dernier ne manqua pas de faire.

Quelques secondes plus tard, alors que la jeune justicière, mimant toujours la morte, s'interrogeait sur le sens des paroles de Karai, une porte s'ouvrit et se referma et Kessie rouvrit les yeux, se trouvant dans une autre pièce semblable à un hangar concentré dans une petite pièce à peine assez grande pour eux deux. Notant une couchette et un seau d'eau sale au sol, Kessie comprit que c'était là les « quartiers » de Leatherhead.
Le crocodile la lâcha enfin au sol avec une délicatesse qui surprit Kessie. Lorsque la pression de ses dents quitta sa peau, Kessie ressentit à la fois du soulagement ainsi que la douleur réveillée par cette prise, ramenant ses mains à ses côtes et son torse endolori.

- Excuse-moi, regretta sincèrement le crocodile en s'accroupissant près d'elle. Tu as mal ?

- Un peu que j'ai mal, suffoqua la justicière. Mais...vaut mieux ça qu'être morte…

Puis, déchirant les lambeaux du bas de son tee-shirt pour les appliquer sur ses blessures (heureusement superficielles), elle releva les yeux vers Leatherhead avec une profonde reconnaissance.

- Merci...merci de m'avoir sauvé la vie...

Elle vit les lèvres caoutchouteuses de Leatherhead se soulever en un sourire sincère.

- Y'a pas d'quoi…


C'est ainsi que Krang crut également à la mise à mort de la protégée des chevaliers d'écaille, lesquels s'étaient retrouvés cloîtrés dans cette cellule dangereuse...D'ailleurs, à l'instant précis où Donatello verbalisa la raison de leur folie naissante, les quatre reptiles ninja emprisonnés croyaient vivre un véritable cauchemar…un cauchemar malheureusement bien réel...
A la découverte du frère ingénieur, chacun avait ressenti ce même frisson d'horreur parcourir leur nuque...car peu à peu, ils prenaient conscience de la véracité des mots de Donatello. Ce battement anormal et presque douloureux qu'ils sentaient pulser dans leur veine...cette colère inexplicable, comme une furieuse envie de tout casser et de tout détruire, sans raison aucune… être conscient de devenir fou, c'était là leur punition.

« Qu'est-ce qu'on peut faire pour arrêter ça, Donnie ? » demanda Leonardo d'une voix plus sèche et plus désespérée qu'il ne le souhaitait.

Du fait de son tempérament assez calme de base, Donatello serra simplement les lèvres, tâchant de ne pas céder lui aussi à la folie meurtrière auxquels ses sens l'appelaient…

- Tais-toi, je réfléchis, lâcha-t-il rudement d'une voix qui ne lui ressemblait pas.

Leonardo fronça les sourcils derrière son masque bleu au ton si brusque qu'il le recevait aussi bien que si Donnie lui avait donné un coup de poing.

- Toi tais-toi, c'est moi qui donne les ordres ici, ok ? Rétorqua aussitôt Leonardo dans un accès d'autorité impromptu et inutile.

Michelangelo haussa un sourcil en constatant que « Monsieur-Zen-Attitude » comme il aimait l'appeler paraissait bien plus sensible aux effets du gaz que ce dernier voulait bien l'admettre. Il se rendit cependant compte avec amusement qu'il n'arrivait pas à déterminer si ces sursauts d'autorité de la part de leur grand frère relevait tant que ça des effets du gaz que de sa personnalité dirigiste de base.

- Ca sert à quoi de lui gueuler dessus bro, c'est pas de sa faute si on est là, marmonna le benjamin d'une voix sombre en dévisageant ses frères un à un.

- Ah ouais ?! Et c'est la faute de qui alors ?! Grogna Raphael lourdement en fixant Michelangelo avec hargne.

Michelangelo baissa les yeux en pinçant ses lèvres, réaction qui intrigua Donatello au point de l'extirper de sa colère bouillonnante et incompréhensible pendant quelques secondes… Le benjamin paraissait soudain si calme...plus calme que Leonardo, ce qui ne manquait pas de l'étonner.
Cependant, après quelques secondes de réflexion, il songea que Michelangelo n'était pas du genre à s'énerver facilement. Oui, il était d'un naturel capricieux et geignard lorsqu'il n'obtenait pas ce qu'il voulait. Mais de toute leur vie de New-York Donatello n'avait pas souvenir qu'il ait eu un jour des sentiments semblables à une forme de colère refoulée ou de rancoeur...Non, Michelangelo était reconnaissant de sa vie, n'éprouvait pas de besoin d'exprimer sa colère...ce qui expliquait sans doute pourquoi lorsqu'on ne le provoquait pas, il arrivait peut-être mieux à gérer ce flot d'émotions…

- C'est la faute de Krang, pardi. T'as déjà oublié ? Lança Michelangelo. C'est à cause de lui tout ça (puis, se tournant vers Leonardo) Léo, c'est toi le chef, nan ? Qu'est-ce qu'on peut faire là, tout de suite ? Tu vas pas me faire croire que toi le leader, t'as pas la solution !

Leonardo haussa légèrement un sourcil, de même que Donnie. Ce petit pic de provocation, en plus de flatter l'égo du chef de fratrie, ne servait-elle pas à revenir à la raison ?

Après quelques secondes au cours desquelles Leonardo réalisa qu'il n'avait pas la solution à la question du petit frère, il abaissa presque honteusement le regard. Néanmoins, il se rappela des mots de son maître Splinter dans de tels cas :

« L'humilité, Leonardo. L'humilité est le meilleur ami de l'assurance et l'ennemi de l'arrogance, rappelle-toi. »

Aussi, tâchant de maîtriser le tourbillon d'émotions qui déferlait dans son coeur, Leonardo inspira puis expira profondément, tâchant de laisser les pensées négatives s'évaporer comme des bulles de savon. Puis il rouvrit les yeux en rétorquant d'une voix calme et maîtrisée :

- Ok, vous la voulez la vérité ? On ne sait rien de nos ennemis. On s'est embarqués dans une mission à haut risque. Mais on va s'en sortir. Ca sert à rien de rager les uns contre les autres. Il faut garder courage. Il faut tenir. Krang essaie de nous monter les uns contre les autres en réveillant cette bestialité en nous...mais on peut se servir de cette force pour nous sortir de là. Si vous abandonnez l'idée qu'on est frères...si vous laissez le doute s'installer en vous...alors c'est que vous n'êtes pas des vrais ninjas. (puis, balayant ses trois frères du regard) On peut faire face aux difficultés, les gars. On peut le faire… alors ? Vous êtes des vrais ninja ?

Face au discours inspiré de leur aîné, les trois autres frères s'échangèrent des regards pleins de sous-entendus...de puissance...mais surtout de confiance...et une lueur toute particulière s'alluma dans leur regard : celle de la détermination.

- Ouais.

- Et qui est le responsable dans tout ça ? rétorqua Leonardo en se désignant puis en désignant Donatello d'un geste amer de sa main à trois doigts. Est-ce que c'est moi ? Ou Donnie ?

- Nan, c'est l'autre bouillasse rose de Krang ! rétorquèrent plus fort que voulu les autres frères.

- Alors c'est contre lui qu'on doit se défouler ! imposa Leonardo d'une grosse voix.

Sur ces mots, le leader s'avança d'un pas presque théâtral vers la caméra de surveillance et pointa vers elle une de ses lames dont l'extrémité touchait presque l'écran.

- Il doit penser qu'il nous a à sa merci...mais il va regretter ce qu'il nous a fait ! Et ce qu'il a fait à Kessie…

Kessie.
La simple évocation du nom de leur coéquipière éveilla à nouveau en chacun d'eux une terrible rage…
Oui, ils avaient osé touché à un des leurs…
Et cela, Krang allait le payer.

Raphael serra les dents, les yeux embrumés par les larmes qui lui picotaient les paupières puis, sous le discours de Léo, il poussa un cri de rage et courut droit dans le mur, épaule la première. Le choc provoqua un vacarme assourdissant, laissant Raphael haletant, l'épaule enfoncée dans le mur de métal que la collision avait ébranlé.
Impressionnés par l'impact de Raphael dans le mur défoncé au point que la paroi bombait vers l'extérieur, les trois autres frères échangèrent un même regard, comme s'ils se nourrissaient les uns les autres de ce même sentiment...ce sentiment de détermination réveillé par une rage incommensurable...la rage de l'ennemi et la rage de vivre…
Ainsi, ils poussèrent un même cri de ninja qui résonna entre les quatre murs et s'élancèrent contre le mur déjà bien entamé, épaule la première.


- ...Q-quoi...? bredouilla confusément Krang en fixant bêtement l'écran d'un air ahuri.

Il croyait halluciner en voyant les reptiles se jeter avec fureur contre la paroi de leur cellule. A côté de lui, Karai constatait que si l'extraterrestre était mieux imprégné des comportements humains, il aurait sûrement commandé à son robot-pilote de plaquer sa main contre son front, bien qu'elle ne fut pas sûre que lui-même soit capable d'en faire autant avec son tentacule.

- ...non non ! Stupides reptiles ! Vous étiez censés vous entretuer ! Pas vous unir ! Quelle bande de crétins !

- ...pas tellement. Vous ne l'avez pas vu venir, murmura Karai.

- ...de quoi ?

- ...que cette puissance que vous avez attisé en eux, jamais ils ne voudront s'en servir les uns contre les autres. Leur lien est trop puissant.

Au moment où Krang s'apprêtait à répondre, un vacarme assourdissant satura le micro de la salle où étaient enfermées les tortues.
Ces dernières, à force de coups acharnés, avaient démoli le mur.
A cette vision, Krang resta bouche bée. Impossible...comment avaient-ils pu ?

- Alors...c'est qui l'imbécile maintenant ? grommela Karai en serrant les dents.


- -OH PUTAIN J'VAIS M'LE FAIRE, CET ENFOIRE ! lâcha Raphael en roulant des épaules une fois extrait des débris de la cellule.

- Ouais ! Il va finir en tarama, il va rien comprendre à sa vie ! s'exclama en retour Michelangelo.

Le trou béant qu'ils avaient crée dans leur cellule donnait directement sur un long couloir inhospitalier et froid. Et après qu'ils eurent chacun passé ce passage forcé, Leonardo regarda derrière lui et roula des épaules comme pour se donner un air viril en ricanant.

- Regardez comment on a défoncé leur mur !

- Ouaaais, et maintenant c'est eux qu'on va défoncer ! grogna Raphael en extirpant ses saï, les dents serrées tel un lion prêt à bondir.

En temps normal, Leonardo aurait répondu à cette réplique par un coup d'oeil désapprobateur mais à cet instant, il se joignit avec joie au mouvement de joie et d'effervescence en frappant dans la main de son frère.
Alors que ses frères extirpaient leurs armes à leur tour, leur tête tournant horriblement sous l'effet du gaz qui annihilait leur raison et boostait leur fougue, Raphael haussa un sourcil vers Donnie qui regardait son bo d'un air sérieux, sombre et grave, le tenant entre ses mains à plat devant lui comme s'il se refusait à le prendre. Se remémorant ses doutes quant à leur condition de ninja et songeant qu'une piqûre de rappel ne ferait pas de mal à son frère, Raphael se rapprocha de Donatello pour prendre son épaule et le regarder droit dans les yeux en lui chuchotant gravement :

- …prends ton arme, Don. Rappelle-toi c'qu'ils ont fait à Kessie. Ces salauds méritent c'qu'on leur réserve.

Clignant ses yeux rougis dépourvus de son habituel masque violet, Raphael vit clairement le regard vitreux de son frère s'assombrir derrière ses lunettes aux verres rayés et révéler une obscure lueur qu'il n'avait alors jamais vu jusqu'ici : de la haine à l'état pure...du désir de vengeance…
Reniflant avec amertume, Donatello resserra ses mains autour de son bo qu'il fit tournoyer jusqu'à le prendre à une main, pointant son frère du bout du doigt.

- T'as raison.

Enhardi par la réponse de Donatello, il le poussa sèchement par l'épaule, le regard provocant.

- ...alors montre-moi que tu peux être un bad boy toi aussi…alors c'est qui le bad boy ici ?

- ...c'est moi, lâcha Donatello avec conviction mais néanmoins du bout des lèvres en fronçant un sourcil et haussant l'autre, l'air déterminé.

Affichant un air peu convaincu, Raphael se rapprocha pour lancer avec vigueur et provocation, les sourcils froncés.

- Plus fort. J'ai rien entendu.

Aimant la manière dont son frère le reboostait, il plissa les yeux en poussant sèchement Raphael par le plastron.

- ...c'est moi !

Puis, revigoré par son frère, il s'élança dans les couloirs, la rage pulsant et pétillant presque douloureusement dans ses veines comme si son sang s'était transformé en liquide gazeux. Ignorant ses frères qui le talonnaient de près, il n'attendait qu'une chose : retrouver ceux qui avaient fait ça...ceux qui leur avaient enlevé leur Kessie…
...sa Kessie…
Les quatre tortues survoltées n'eurent pas fait quelques pas qu'elles tombèrent rapidement sur Bebop au détour d'un immense couloir que le phacochère remplissait d'ailleurs de son imposante et effrayante musculature.
Le gigantesque monstre freina et s'arrêta devant les tortues qui haletèrent brièvement sous le coup de la frayeur, reculant prudemment d'un pas avant de braquer leurs armes sur lui.

Bebop avait été alerté par Rocksteady de la survie improbable de la prisonnière...il ne savait comment cela était possible mais lorsqu'il avait vu Rocksteady venir à lui, la lèvre fendue d'une entaille profonde et le regard paniqué, un mauvais pressentiment l'avait envahi.
Pire encore, il avait dans sa bouche immonde et suintante un goût amer : celui du doute de la trahison.
Ses yeux noirs et porcins se braquèrent sur les quatre reptiles avec mépris, marmonnant entre ses babines reluisantes et pendantes :

- ...vous...vous commencez vraiment à nous casser les pieds. Pourquoi vous pouvez pas crever comme votre pauvre humaine de compagnie ?!

Oui. Il savait que les tortues ignoraient tout de la survie de leur coéquipière et il était bien décidé à jouer cet atout en sa faveur.

A ces mots, Leonardo serra les dents.
Michelangelo fronça pleinement les sourcils en observant le monstre avec mépris.
Raphael s'apprêta à s'élancer avec ire sur le monstre...

...mais Donatello le devança.


En effet, à ces mots qui résonnèrent en lui comme des coups de lames dans son coeur mutant, Donatello sentit tourbillonner en lui une bourrasque de rage et, sans réfléchir, sans même attendre le signal de Leonardo, il fonça sur Rocksteady en activant le système électrique de son bo et s'élança dans un bond maîtrisé sur le monstre d'une telle force qu'il atterrit sur ses épaules et, la bouche déformée par un hurlement de haine, enfonça sèchement l'extrémité de son bo dans son dos.

Frissonnant sous le hurlement de douleur de la bête, l'adrénaline pulsant dans ses veines, Leonardo ne se préoccupa même pas de l'imprudence de Donatello et ordonna à Mikey et Raph de s'élancer également, ce qu'ils firent avec plaisir.

Accroupi sur le dos du phacochère, ignorant le sang qui constellait son visage et collait contre le verre de ses lunettes, Donatello serra les dents, les mains empoignées fermement autour du manche de son bo comme si sa vie en dépendait, tâchant d'enfoncer son arme le plus profondément possible dans la chair grisâtre de leur assaillant comme l'épée d'Excalibur dans son enclume.

- Lâche-moi ! Lâche-moi, sale tortue !

Les yeux noyés de larmes, Donatello se crispa et, le front collé contre le manche de son bo, il appuya un peu plus fermement pour mieux planter son arme entre les vertèbres du monstre, ignorant les effusions de sang qui explosèrent sur son plastron et son pantalon.
Tâchant d'ignorer les modulations crispantes et déchirantes des hurlements de douleur de Bebop, les trois autres ninjas s'acharnèrent sur lui, tâchant de donner des coups toujours plus forts contre ce monstre qui, trop encombré par la douleur dans son dos, ne put que donner des coups maladroits dans le vide, atteignant maladroitement ses ennemis uniquement par coup de chance.

Alors que les quatre tortues entrevoyaient la lueur de la victoire à travers le combat, ils ne virent pas Rocksteady surgir à son tour dans le couloir et, voyant clairement le reptile à lunettes ainsi perché sur le dos de son coéquipier et tenter de l'embrocher de la sorte, le rhinocéros s'élança aussitôt à son secours dans un grognement grave et menaçant.

- Dégage, sale grenouille !

Donatello eut à peine le temps de tourner la tête qu'une main tannée et gigantesque s'abattit sur lui avec une violence inouïe et l'éjecta avec puissance du dos du colosse pour l'envoyer s'écraser contre le mur dans un craquement inquiétant et retomber lourdement sur le sol.

- DONNIE ! s'époumonna Raphael, les yeux écarquillés.

Sans laisser les tortues rejoindre leur frère, Rocksteady s'interposa dans un cri lourd et bruyant, le regard noir braqué sur ses ennemis.

- ...Vous...j'vais vous arracher votre carapace.

Puis, arrachant maladroitement à Bebop à la fois l'arme du dos de son coéquipier pour la jeter négligemment au sol et un ultime cri de douleur, il exhiba sa musculature intimidante en resserrant ses bras puis fonça sur les tortues, toutes cornes devant.

Un combat acharné s'engagea. A chaque tentative de rejoindre leur frère laissé pour mort contre le mur du couloir, les deux colosses leur barraient la route et tentaient de les attraper.
Les deux mutants ne manquèrent pas de remarquer la force amplifiée des coups de leurs adversaires...comme si une force herculéenne s'était soudain emparée d'eux et que la fureur instinctive qu'avait éveillé le gaz en eux guidait leurs muscles, leur faisant ignorer la fatigue, le sang et la sueur du combat bien plus violent que le premier qu'ils avaient mené.
A travers les sifflements de leurs larmes, Leonardo ne put s'empêcher de jeter un oeil inquiet à Donatello qui gisait inconscient sur le sol.

" ...Tiens-bon petit frère... j't'en prie... "

Son instant de distraction lui coûta un violent coup dans le plastron qui le propulsa plus loin et lui arracha un bref cri de douleur. Couverts de poussières et d'entailles de plus en plus grandes, les tortues observèrent leurs ennemis avec détermination, tâchant de ne pas perdre espoir...lorsque soudain, une main écailleuse qui n'était celle d'aucune tortue se saisit de Rocksteady et, d'un geste puissant et presque sans effort, le repoussa en arrière en le jetant tel un énorme sac poubelle.

Clignant des yeux, les chevaliers d'écaille et Bebop tournèrent la tête vers le mutant qui avait fait ainsi irruption.

Un crocodile énorme dont le sourire malveillant en direction de Bebop dévoilait de fines dents aiguisées...
...qui portait dans ses bras une jeune femme au corps recouvert de plaies et aux vêtements déchirés...
...aux yeux noisettes...
...aux tâches de rousseur...
...aux cheveux bruns désordonnés...

- ...Kessie ?! s'ébahirent les tortues d'un coup.

Les yeux brillants d'espoir en voyant à quelques mètres d'elle les tortues ninja, vivantes et bien présentes, elle ne put s'empêcher de sourire de toutes ses dents (dont certaines avaient perdu quelques bouts suite à ses nombreux combats).
Et alors que le crocodile reposait respectueusement le corps affaibli mais bien vivant de la jeune justicière, Raphael s'élança vers elle dans un rire nerveux et inespéré pour la prendre dans ses bras, suivi de près par Leonardo et Michelangelo dans un mouvement d'euphorie et de soulagement commun.

- T'es vivante ! T'es vivante, ma pote ! riait Raphael de sa grosse voix de nounours trognon en soulevant tendrement Kessie contre son plastron éraflé.

- Tu vas bien ? T'es blessée ? s'inquiéta Leonardo en passant sa main bienveillante et soucieuse sur son dos déchiré d'entailles.

- ...n-non ça va, bredouilla Kessie d'une petite voix, trop émue pour pouvoir articuler autre chose.

- On est là ! T'en fais pas, tout va rentrer dans l'ordre ! s'exclama Michelangelo en ébouriffant affectueusement la chevelure brune de leur amie.

Trop heureuse de cette étreinte, croyant vivre un rêve éveillée et malgré l'odeur du métal, du sang émoussé et de la poussière qui assaillait ses narines, elle entrevoyait entre les câlins des muscles saillants et écailleux de ses amis la fin du cauchemar...enfin...

- ...l-les gars...vous m'étouffez.., rit-elle doucement, parvenant à peine à respirer ainsi encerclée des trois mutants.

Attendri par ces retrouvailles et les rires des tortues et de leur camarade, Leatherhead ne put se permettre d'être distrait plus longtemps, aussitôt interrompu par la voix accusatrice de Bebop :

- ...toi...c'est à cause de toi qu'elle a pu s'enfuir... sale traître ! Tu fais honte à notre gang !

Ce dernier fonça sur Leatherhead pour lui donner un violent coup de corne, faisant reculer le crocodile dans une grimace de douleur. Puis, les sourcils froncés, le mutant crocodilien marmonna de sa voix rauque en considérant les deux autres avec mépris en visant leurs tatouages de dragons qui se perdaient dans leur peau animale et sale :

- ...désolé...j'ai jamais été ce genre de Dragon.

Voyant que le combat reprenait à deux contre un entre leurs ennemis, Leonardo et Michelangelo s'échangèrent un même regard confus.

- Hé ? murmura Michelangelo d'une voix maline. Les ennemis de nos ennemis sont nos potes, nan ?

Cette remarque astucieuse fit sourire Leonardo et, d'un même sourire complice et éloquent, ils accoururent pour aider leur nouvel allié dans le combat tandis que Raphael avait écarté leur amie du combat.

- Kessie..., murmura Raphael en plongeant son regard émeraude et débordant de remords dans celui de sa camarade. Je suis désolé de les avoir laissé t'emmener...te blesser...j'm'en veux, tu sais...

- T'as fait ce que tu as pu, Raph, répondit aussitôt Kessie en secouant la tête. T'as pas à t'en vouloir.

Ravi de retrouver le visage de leur amie...de sa seule et unique amie... Raphael sentit son coeur battre à peu près normalement et, son coeur fit un bref aller-retour entre le corps de Donatello et le combat de mutants qui bouillonnait à côté d'eux. Décidant de protéger son amie, il la guida jusqu'au mur assez loin pour qu'elle ne recoive pas un quelconque coup et, se préparant à prêter main forte, il lança à sa coéquipière en lui confiant le masque violet que Donnie avait retiré :

- Va t'occuper de Donatello !

Acquiesçant d'un mouvement de tête, Raphael s'élança dans la bataille tandis que Kessie accourut aussitôt vers le mur où gisait Donatello.
S'effondrant presque à genoux près de lui tant elle était heureuse de le voir mais aussi paniquée de le voir ainsi inconscient, la jeune justicière glissa aussitôt sa main sous sa nuque pour tourner sa tête vers lui.
Elle constata avec effroi l'état pitoyable dans lequel se trouvait Donnie : du sang qui n'était pas le sien avait explosé sur son visage d'ordinaire si doux ici déformé par la douleur et la folie meurtrière qui l'avait envahi quelques instants plus tôt, créant un contraste terriblement troublant, et de larges plaies s'ouvraient sur son arcade droite et ses épaules. Elle contempla son visage sans masque qu'elle avait d'abord eu du mal à reconnaître, le coeur horriblement serré, et chuchota avec inquiétude, les yeux embués :

- ...Donnie ! ... Donnie, est-ce que tu as mal ?

Elle vit les paupières du mutant frémir fragilement jusqu'à se soulever péniblement.
Sans ses lunettes, Kessie trouva que ses yeux paraissaient plus petits et prenaient une légère teinte de café...Souriant affectueusement, elle lui désigna le long tissu violet et abîmé qu'elle tenait dans sa petite main...

- Je crois que c'est à toi...

Malgré sa mauvaise vision, Donnie reconnut ce qu'elle tenait dans sa main et, malgré la douleur qui courait dans tout son corps, il esquissa un léger sourire en coin en murmurant faiblement :

- J-je...je crois aussi.

Souriant en retour, Kessie aida Donatello à s'asseoir contre le mur avec le plus de précaution possible, ses mains encadrant chaque côté du visage de son doux ami. Après avoir pris le soin de retirer les lunettes cassées de Donatello et d'essuyer doucement le sang sur son visage, elle tendit le masque entre ses mains et le posa soigneusement sur son visage, arrangea les trous pour qu'ils ne dérangent pas ses yeux qui la fixaient avec tendresse et passa ensuite les mains derrière sa tête pour nouer le masque et le sceller. Ses mains glissèrent ensuite sur les queues du masque qu'elle lissa tout en les disposant avec attention sur son plastron abîmé et maculé de sang. Face à cette vision guerrière de lui qu'elle n'avait jamais vu et qui souleva en elle une certaine tristesse, Kessie reposa finalement ses lunettes sur son nex inexistant pour lui sourire timidement.
C'est alors qu'elle sentit une pression puissante et tendre à la fois contre son dos et se retrouva collée à Donatello, sa tête posée sur son épaule, d'un mouvement si soudain qu'elle eut brièvement peur. Son menton niché sur la peau verte olive du reptile, elle put ressentir ses vibrations, ses tremblements incontrôlables...son pouls mis à dure épreuve depuis trop de temps...
Peu à peu, elle comprit avec stupéfaction qu'il pleurait lorsqu'elle sentit des larmes mouiller sa nuque et qu'une voix presque enfantine et brisée s'étouffa contre sa peau abîmée.

- J'ai...j'ai cru qu'on t'avait perdue...que je t'avais perdue...que tu étais...c'était...c'était comme perdre une partie de mon coeur...

Elle n'en revint pas. Donnie la serrait contre lui, son front baissé et pleurait de soulagement.

A leur tour, ses mains s'agrippèrent à ses épaules, les bras derrière son cou le rapprochant encore un peu plus d'elle.

- Et moi je croyais que vous m'aviez abandonnée, avoua Kessie en ressentant elle aussi des larmes de soulagement mêlées d'épuisement remonter dans sa gorge. Krang m'a dit que vous m'aviez échangé contre Raphael...que vous...

L'étreinte qui redoubla de force lui fit comprendre la réponse négative de Donnie.

- Vous...vous avez fait tout ce chemin...tout ça pour moi ? bredouilla-t-elle.

- Bien sûr, dit Donatello en la serrant contre lui. Il n'y a rien dans ce monde qu'on ne ferait pas pour toi.

Très émue par le discours de Donatello, néanmoins troublée par les éclaboussures pourpres rongeant les écailles de ses joues, songeant qu'il serait malvenu de l'interroger à ce sujet maintenant, Kessie essuya son visage avec un morceau de son t-shirt déchiré, ce qui attendrit profondément le mutant face à elle, tandis que derrière eux l'agitation du combat cessait peu à peu.

- Tu te rappelles...quand tu m'as soignée la première fois que je suis venue au repaire... et quand tu me disais qu'avoir besoin des autres n'est pas une faiblesse.. ? murmura songeusement la justicière.

Clignant ses grands yeux ambrés derrière le verre abîmé de ses lunettes, Donatello hocha la tête silencieusement, le coeur battant en apercevant à travers les fissures de ses verres le sourire de leur protégée.

- J'ai compris...je crois que j'ai enfin compris ce que tu voulais dire...et tu as raison. J'ai besoin de vous…

- Nous aussi, on a besoin des autres...On a besoin de chacun d'entre nous…, fit une voix grave derrière eux.

C'était Leonardo qui les avait rejoint et tendait désormais la main à son petit frère. Ce dernier observa la main tendue de l'aîné avant de l'agripper pour se faire hisser debout. sur ses grandes jambes

- Où sont Bebop et Rocksteady..? demanda Donatello en regardant confusément autour de lui, la tête encore lourde.

- Ils se sont enfuis, marmonna Raphael en indiquant d'un geste du pouce le couloir. Faut croire que la team "reptile" leur a flanqué la trouille avec notre nouveau pote.

Haussant un sourcil à ces mots, Donatello se pencha sur le côté pour dévisager le crocodile géant et monstrueux. Le jeune mutant ingénieur déglutit et ses yeux s'écarquillèrent face à cette stature impressionnante et d'autant plus en voyant Michelangelo discuter avec lui avec un naturel et une légereté qui, de loin, semblaient relever de l'inconscience.

- T'en fais pas, il est avec nous, le rassura aussitôt Kessie en pressant l'un de ses longs doigts dans sa main. C'est lui qui m'a sauvé la vie...

Notant ce geste, encore secoué, Leonardo observa leurs deux mains si différentes avec gravité puis, secouant la tête, il s'éloigna et se tourna ensuite vers Leatherhead en murmurant confusément, rangeant ses armes dans les fourreaux de sa carapace :

- ...merci d'être venus à notre secours...tu saurais nous sortir d'ici ?

- Oui, grommela Leatherhead entre ses dents. Il y a une sortie au bout de ce couloir là-bas. Faites vite avant que d'autres ninjas arrivent.

Alors que Leonardo acquiesça fermement, les lèvres serrées, Michelangelo regarda Leatherhead avec une infinie reconnaissance, murmurant en se redressant, les yeux brillants d'espoir :

- ...tu pourrais venir avec nous, bro...

Puis, se tournant aussitôt vers son frère Leonardo :

- ...il peut venir avec nous, pas vrai ?

Leonardo cligna des yeux, ne s'attendant clairement pas à une telle demande. Cependant, cette dernière réjouit intérieurement Kessie qui regarda Leatherhead avec reconnaissance. Raphael et Donatello ne s'étonnèrent guère de cette demande du benjamin qui avait la fâcheuse tendance à vouloir agrandir leur cercle de connaissances, que ce soit des chats errants dans les égouts ou n'importe quelle créature vivante rejetée par le monde. C'était là la générosité du benjamin ainsi que son désir insatiable d'amitié, lui dont la vie était réduite à la solitude et l'exclusion de sa famille.

Ainsi, le jeune mutant releva ses grands yeux de bébé bleu turquoise vers le monstres qui afficha une moue confuse et étrangement émue, ne s'attendant sûrement pas à une telle proposition.

- ...je...ça fait une éternité que je n'ai pas vu la lumière du soleil…, marmonna maladroitement le crocodilien en fixant confusément le couloir.

- On est pas experts non plus, tu sais, rétorqua le benjamin dans un coup de coude amical. Alors ? Une petite balade en plein soleil, ça te dit ?

Une grimace au coin de sa bouche longue et recourbée s'apparentant à un sourire naquit sur ses lèvres écailleuses et, encouragé par la bienveillance et les sourires autour de lui, le mutant prisonnier depuis trop longtemps accepta de se joindre au groupe, malgré les soupirs de Leonardo qui constata qu'encore une fois, l'avis du chef était facultative.

Mais après tout qui était-il pour empêcher quiconque de retrouver sa liberté. Une liberté que lui-même n'avait jamais vraiment connu et dont l'expérience l'interrogeait :

La liberté de ne plus avoir de maître dans sa vie.


And voilà la fin du chapitre.
Qu'en avez-vous pensé? Avez-vous aimé ? Ou pas ? N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé dans une review !
En tout cas moi j'ai vraiment aimé écrire ce chapitre, j'espère que ça s'est senti. J'espère vous retrouver bientôt dans un nouveau chapitre, en espérant que l'histoire que je vous propose vous plaise toujours !
Kiss et cowabunga à vous !