Burn - Ellie Goulding

Personnages : Hao, Lyserg

Rating : T

Genre : machin bizarre, poème en prose. yaoi léger


Nous nous regardons, face à face, toi et moi.

L'eau de tes yeux coule sans retenue sur tes joues fraîches.

Je vois ton souffle s'accélérer à leur vue, calcinés, défigurés, méconnaissables.

L'enfer s'est répandu dans la maison de ton enfance.

On ne peut pas gagner à sa cause un enfant dont on vient de tuer les parents. Tu ne me servirais à rien. A rien encore. Je pourrais t'anéantir sans problème.

Je préfère savoir avant ce que tu vaux.

Ton âme n'est pas prête et je ne suis pas un tueur d'enfants.

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Un jour, quand tu seras plus grand, tu viendras à moi.

Pour te venger, me rejoindre ? L'un ou l'autre, peu importe. On verra.

Pour l'heure, attends, désespère, rêve, hais.

Pleure tes parents. Pense ta vengeance.

Mets-toi en marche, déterminé, petit garçon.

Dans cinq ans, dix ans, vingt ans, nous combattrons... En attendant...

Brûle.

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oOo

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Longtemps j'ai pensé à toi. Rêvé du jour où ton monde s'est écroulé, en cendres amères. Aurais-je dû abréger tes souffrances ? Aspirer ton âme fraîche et l'offrir au brasier infernal ? Brûler tes chairs tendres, faire fondre ton âme, la regarder se calciner... Te laisser les rejoindre ?

Je ne le saurai que lorsque tu seras devant moi.

Du potentiel, tu en as, je l'ai senti.

Je ne crains rien. Je sais déjà que je ne serai pas déçu.

J'espère seulement que tu étais bien celui que je croyais. Que tu sauras comment me retrouver. Que tu tenteras le Shaman Fight. Que tu n'étais pas trop jeune encore. Que tu te souviens de ce jour. Que tu avais bien une âme. Que leur mort te pèse toujours. Que tu n'es pas un saint. Que tu ne pardonnes pas.

Si tu étais comme moi, tu me vaincrais.

Si tu étais mon contraire, tu m'absoudrais.

Alors j'espère avoir eu raison, petit Lyserg.

Dans l'un ou l'autre des cas, nous ne nous reverrions jamais.

Je sens que l'impatience, comme moi, te dévore. Où que tu sois...

Brûle.

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oOo

.

Voilà que je te retrouve sans surprise.

Ton regard porte la haine brûlante, incandescente, que j'attendais. Ton bras tremble, brûle de plonger dans mon sein. Ton âme est une brûlure purulente qui n'aspire qu'à se dissoudre dans la vengeance.

Ton cœur explose et brûle ta peau sous le tissu blanc. Bientôt ton uniforme immaculé se couvrira des cloques noires de ton désir brûlant de sang.

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Je n'ai jamais compris comment la bande qui t'accompagne pouvait vénérer leur dieu.

Ne leur impose-t-il pas la paix ? Selon leurs propres écritures ils sont coupables.

Coupables de vengeance et d'hypocrisie.

C'est en Enfer qu'ils devraient brûler.

Justice...

Moi je ne vois que désespoir, souffrance, revanche... faiblesse humaine.

Comme c'est petit.

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Je ne vous tuerai pas tout de suite.

J'attends encore que tu sois plus puissant. Plus brûlant.

D'abord, il faut qu'ils te donnent un ange.

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oOo

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Cette fois nous revoilà face à face.

Je me délecte de la brûlante atmosphère.

Tes amis vont combattre, en bas. Tes premiers amis, ceux que tu as trahis.

Ils sont prêts à affronter mon frère, quoi qu'il leur en coûte. Nous les observons.

Par-dessus leur tapage, nous nous regardons.

Ils ne sont qu'étincelles dans le feu qui prend, entre toi et moi, malgré tout l'espace du stade entre nous. Le véritable duel se joue sur les gradins.

Tu as beau avoir grandi, tu restes petit.

Grain de sable face à la dune.

Voyons ce que la mort et l'Enfer ont fait de toi.

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Autour de nous, les flammes. Incandescent, l'esprit du feu t'attend.

Viens, jette-toi dans sa gueule.

Ton âme est forte, bien assez pour me nourrir. Viens repaître mon esprit.

Il y a bien en toi cette faiblesse larmoyante, ces pleurs, ce goût du mélancolique, cette tristesse salée, cette eau douce, en deux mots, qui me déplaît.

Mais le brasier qui est en toi rachète tout.

Ce feu, plus que d'eau, j'en ai soif.

Viens, approche et...

Brûle.

.

oOo

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Une fois de plus nous nous retrouvons. Tu ne t'attendais pas à ça, vraiment ?

Je ne comprends pas. Tu aurais dû t'en douter.

Ma puissance à l'air de t'étonner, tandis que mes flammes envahissent le stade.

Elles brillent dans ton regard surpris, amusé, puis intéressé.

J'interromps mes amis. L'heure n'est pas venue de nous battre entre nous.

Le but c'est toi.

Je ne suis pas revenu des Enfers pour te regarder prendre la couronne.

Sans plus attendre, poursuivons les matchs.

Cette fois, tu auras un adversaire à ta mesure.

Cette fois désespère,

Brûle.

.

oOo

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Car j'aurai ma vengeance.

Tu te tiens face à moi, seul, et tu souris, encore, mais je sais qu'au fond de toi, tu brûles.

Je prends mon temps, comme toi, juste pour observer.

Parce que tu as raison, attendre, c'est bon, regarder, jouer avec l'autre, avancer un orteil, fausse alerte, jongler avec ses sens, contrôler la situation, te mener où je veux, jouer avec toi, boire ta défaite jusqu'à la lie, jouer encore, attendre et observer.

Wait and see. Oui. Mais tu n'en riras pas longtemps.

J'y ai pris goût, tu vois, quand j'étais en enfer.

Je combattais pour vivre, peut-être, mais aussi pour te rejoindre et lentement...

Te regarder brûler.

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Nos âmes s'achoppent, se choquent et s'entrechoquent.

Nos flammes nous entourent et dévastent le monde.

L'appétit de destruction du feu est égal. Il flambe en moi comme en toi, et nous frappons, encore, nous volons, nous nous heurtons, et nous frappons encore.

Tant qu'il reste du bois, de l'air, à brûler, le feu ne s'éteint pas.

Brûle.

.

oOo

.

Nous deux, assoiffés de vengeance et de flammes... nous nous ressemblions comme des frères.

Tu l'as su dès que tu m'as vu.

Comme je l'ai su moi aussi...

Sans m'en rendre compte, toutes ces années.

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Je te haïssais, comme tu haïssais les hommes.

De part et d'autre de la planète, l'un et l'autre, nous étions de feu.

De braises et de cendres mêlées. De vie et de mort.

C'est un pied dans la tombe que nous mettons quand nous nous regardons.

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Le temps est passé, comme l'eau et le sel, sur nos âmes.

Les a consumées... à sa manière.

Nous sommes devenus vieux. Secs comme des branches prêtes à brûler. Bientôt nous blanchirons comme la cendre.

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Ta vengeance et la mienne s'annulent, et nos haines, peut-être aussi.

Quand nous nous regardons, nous brûlons.

Quand ta bouche épouse la mienne,

Quand ton bras entoure ma taille,

Quand ton âme diluvienne creuse en moi des failles...

Quand nous sommes l'un à l'autre et que rien du passé ne subsiste entre nous...

Alors, le feu nous dévore

Le brasier s'allume

Le sang s'efface

Les cicatrices se taisent

Les fantômes s'apaisent

Les flammes meurent comme un doux feu de cheminée pendant la nuit.

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Et le feu se ranime comme les vagues reviennent à la rive.

Allez, encore une fois, juste pour moi...

Brûle.

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