Chapitre 28

Se tenant debout au bord de l'eau, la Conquérante examina froidement les malheureux dirigeants qui l'entouraient. Kulam semblait particulièrement affligé par le trajet que Xena lui avait décrit. "Comment pouvons nous être certains que vous n'essaierez pas de nous tuer?"

Xena leva les yeux au plafond. "Parce que je pourrais tout aussi facilement vous tuer ici, et maintenant." Elle croisa les bras sur sa poitrine, et se redressa bien droite. Ce qui la fit paraître encore plus intimidante.

Le Roi se raidit et parut s'indigner de sa réponse.

Pompey rit. "Allons, Kulam. C'est juste un peu d'eau. Et je sais que la Conq...-"

Xena lui lança un regard noir.

"-et je sais qu'elle n'est rien sinon impitoyable. Si elle avait voulu nous voir mort, elle aurait déjà passé à l'acte." Ils remarquèrent tous qu'il n'avait pas fait référence à savoir si elle aurait réussi.

Lao Ma enleva sa cape et la plia soigneusement. Elle la plaça dans le sac ciré qui était à ses pieds. Le sac imperméabilisé maintiendrait son contenu au sec pendant le trajet sous-marin. Ensuite elle y plaça ses sandales. "Je suis prête."

Gabrielle espérait que l'impératrice avait placé quelques objets supplémentaires dans son sac. Elle ne pouvait concevoir que celle-ci ne s'évade seulement qu'avec une cape et une paire de sandale. Au contraire des sacs de Pompey et Kulam qui semblaient beaucoup trop lourds pour le chemin qu'ils étaient sur le point d'emprunter.

L'impératrice mit un genou en terre et Pei-cha vint immédiatement vers elle. Le grand chat appuya son front contre le sien et ronronna. "Sois fort et courageux, Pei-cha. Comme tu l'as toujours été."

"Qu'est-ce qui se passe?" Demanda Gabrielle, confondu et embarrassé par l'expression de tristesse sur le visage du léopard des neiges.

Passant ses doigts dans l'épaisse fourrure, Lao Ma parla avec affliction. "Les léopards des Neiges ne savent pas nager. Pei-cha doit rester derrière."

"Non!" Haleta Gabrielle. Des yeux verts implorants se fixèrent sur Xena. "Ne peux-tu trouver un autre moyen pour qu'il puisse venir avec nous?"

La dirigeante de la Grèce considéra la requête, ignorant l'insolent léopard qui la regardait intensément. "Ce n'est qu'un chat," protesta-t-elle d'un ton plaintif, sachant à quel point cela sonnerait faux aux oreilles de Gabrielle.

Pompey pouffa de rire, se gagnant un regard étincelant et menaçant de la part de la Conquérante. La situation était assez mauvaise comme cela, il se tût.

"Xena", supplia Gabrielle. Elle ne pouvait cesser de s'imaginer ce que les Babyloniens feraient au félin quand ils découvriraient la mort de leur Roi et la disparition des autres dirigeants. Elle ne voulait pas que Pei-cha paie le prix fort à la place d'un meurtrier.

"Très bien. Je vais le faire passer." Elle était loin d'être certaine de savoir comment elle accomplirait cet exploit, mais elle était certaine que la solution finirait bien par lui venir. "Allons-y maintenant!"

Pompey et Kulam ajustèrent leurs paquets, en les nouant fermement pour que leurs contenus restent bien au sec. Pompey se pencha pour ôter ses bottes puis reconsidéra la question. Lao Ma fut la première à entrer dans l'eau, sa robe de soie se gonfla tandis qu'elle s'enfonçait doucement. En lançant des malédictions aux diverses déités, les deux autres la suivirent. Ils attendirent dans l'eau que Xena prenne la tête pour les mener dans le passage.

Xena plongea, fendant l'eau telle une flèche. Cela lui rappelait ses séjours à bord de son navire. Elle avait toujours aimé l'eau et elle nageait aussi souvent qu'elle le pouvait. Ses bras forts la propulsèrent vers la surface, et elle revint au bord de l'eau. Elle tendit la main à Gabrielle. "Avances-toi dans l'eau."

D'abord, Gabrielle embrassa la tête du léopard. "On se revoit bientôt, Pei-cha." Le félin ronronna, se gagnant un sourire de la Reine des Amazones puis elle prit la main de Xena et entra dans l'eau fraîche.

"Ça va, écoutez-moi bien," ordonna Xena comme elle tirait Gabrielle contre elle. "Le tunnel est à environ une toise ci-dessous. Une fois dedans, il bifurque seulement dans une seule direction puis il remonte. Suivez-le et nous nous retrouverons là bas." C'était la partie que redoutait le plus la Conquérante. Si Kulam ou Pompey voulaient tenter quoi que se soit contre elle, cela allait être le meilleur moment pour le faire. Le tunnel constituait un piège mortel si on était retardé ou bloqué. Elle avait déjà annoncé qu'elle et Gabrielle seraient les premières à passer, suivi par Lao Ma et ensuite par les deux hommes. Elle allait devoir revenir chercher Pei-cha ce qui était ennuyeux, mais elle n'aurait pas été d'accord si elle avait estimé que cela mettrait son oracle en danger.

"Prêtes?" Demanda sa compagne aux cheveux couleur de miel, avec un reflet qui trahissait sa peur dans les yeux.

"Prêtes. Respires à fond et ne lâches pas ma main. Je ne laisserai pas quoi que ce soit t'arriver. Cela ne nous prendra que quelques instants pour arriver de l'autre côté."

"J'ai confiance en toi."

"Sur le compte de trois. Un, deux, trois !" Ensemble elles emplirent leurs poumons d'air et disparurent sous la surface. La main de la Conquérante étreignit plus fermement celle de Gabrielle et elle commença à tirer celle-ci. La lumière qui régnait à l'entrée du tunnel était adéquate, mais une fois à l'intérieur, tout était devenu plus sombre. L'ayant traversé auparavant et sachant que l'air n'était plus bien loin, Xena n'était pas inquiète par ce changement. Elle pouvait, cependant, ressentir la tension de Gabrielle tandis qu'elle progressait.

Les poumons de Gabrielle brûlaient sous le manque d'air. Ses réflexes l'incitaient à ouvrir la bouche pour respirer, tandis que son cerveau lui ordonnait de la maintenir fermé. Sa main gauche poussa l'eau, essayant d'aider à ajouter de la vitesse à leur traversé. À ses côtés, la Conquérante les tirait toutes deux à travers le passage en lui tenant fermement la main.

Xena pu sentir le soulagement de son oracle comme elle s'orientait vers le haut. Quand elles fendirent la surface de l'eau, Gabrielle aspira une grande goulée d'air, sa poitrine se souleva à cet effort. Elle jeta les bras autour du cou de la Conquérante et se reposa ensuite contre la dirigeante. "Tu as été parfaite, Gabrielle," chuchota Xena dans une des oreilles rosit de l'oracle. Elle s'agrippa sur un des rebords pour les stabiliser.

"Allons-nous devoir refaire ça?" Réussit à dire Gabrielle entre deux respirations.

"Au moins deux fois, mais c'était le plus long passage." Elle repoussa quelques mèches humides du visage de Gabrielle. "Montons sur le parapet. Ensuite j'allumerai une torche."

"Il y a des torches ici?" Demanda Gabrielle, soulagée. C'était désorientant d'être complètement dans le noir. Si ce n'était pas de l'eau, elle n'aurait pas été capable de distinguer le haut du bas.

"Je suppose que quelqu'un les a déjà utilisés par le passé. Il y a plusieurs torchères taillées à même le mur. Une fois que nous en allumerons quelques-unes, tu te sentiras mieux."

Tenant toujours le rebord d'une main, la Conquérante utilisa l'autre pour pousser sa compagne vers le haut et hors de l'eau. Gabrielle lâcha un petit cri étonné, mais fut heureuse d'être de retour sur la terre ferme. Une fois qu'elle se fut assuré que Gabrielle était stable, Xena se souleva. Elle fut debout en moins de deux et dans l'obscurité elle glissa à pas prudents le long du parapet. Ses doigts trouvèrent bientôt la torche et le silex qui était accroché juste au-dessous. Elle le frappa contre le mur plusieurs fois, et une douche d'étincelles tomba sur le tissu qui emmaillotait le bout de la torche. Le feu prit presque instantanément et un rougeoiement vacilla dans la caverne.

Lao Ma émergea de l'eau à cet instant précis, et reprit son souffle. En voyant Xena et Gabrielle sur le parapet gauche, elle nagea et vint les rejoindre sur le rebord, attendant que les hommes arrivent.

"Je m'attends à ce que Gabrielle soit en sécurité avec toi, Lao Ma."

Des yeux sombres se soulevèrent vers Xena. "Bien sûr."

Pompey émergea un peu plus tard, cherchant son air. Il passa sa grande main dans ses cheveux maintenant coupés ras, faisant disparaître le surplus d'eau. Il les rejoignit ensuite sur le parapet, en gardant tout de même, instinctivement, une certaine distance entre elles et lui.

Plusieurs longs moments s'écoulèrent avant que Kulam n'émerge à son tour en bafouillant et en crachant l'eau comme un baleineau. Son bras droit s'enfonça dans l'eau et il tâtonna à l'aveuglette sous la surface avec difficulté, il effleura enfin ce qu'il cherchait. Cela lui prit moult efforts pour hisser son gros sac hors de l'eau.

"Je t'avais dit de ne pas apporter tant de chose." Lui reprocha Xena.

Kulam l'ignora superbement, se concentrant plutôt à dégager ses poumons en toussant et en crachant.

"Je reviens tout de suite." Promit Xena avant de replonger à l'eau, et de disparaître de leur vue. Le trajet de retour fut beaucoup plus rapide car elle n'avait pas à tirer Gabrielle. Quand elle refit surface dans le tunnel des jardins, elle se retrouva nez à nez avec le léopard des neiges.

Pei-cha gronda à son attention.

"Je pense que tu ferais une excellente paire de pantoufles," murmura Xena. Elle secoua vivement la tête pour enlever l'excès d'eau, atteignant volontairement le léopard. "Prêt à passer, espèce de tas de poils?"

Le chat fit paresseusement demi-tour frappant à toute volée la Conquérante au moyen de sa queue.

"Je vois. Puisque c'est comme ça. Je me doutais bien que tu allais me rendre la tâche difficile." Elle lâcha un grand soupir. "Maintenant, Gabrielle s'attend à ce que je traîne le tas de graisse à poil que tu es de l'autre côté. Alors, soit nous faisons cela civilement, soit nous y allons à la dure."

Une espèce de miaulement sourd et haut perché fut sa réponse.

"J'espérais que tu dises cela." Imitant l'expression du félin, Xena étendit ses deux doigts et frappa à toute vitesse le cou de l'animal, à l'endroit où elle supposait que les veines du grand chat se trouvaient.

Pei-cha grogna atrocement et une grande patte frappa avec force son épaule, ses griffes étaient bien aiguisées et un filet de sang commença à couler de la plaie. Puis il s'effondra. Le grand fauve semblait mort, mais son poitrail se soulevait toujours.

"Peut-être un couvre lit, en fin de compte" marmonna Xena, elle plongea son épaule dans l'eau en ignorant la douleur. Elle fut reconnaissante de sa force naturelle quand elle traîna la lourde carcasse du léopard dans l'eau. Elle était vraiment étonnée de voir à quel point les points de pressions avaient fonctionné sur le grand chat. Mais elle était aussi heureuse de ne plus devoir s'inquiéter quant à sa propre noyade. Cependant, elle se rendit compte qu'elle devrait vraiment se dépêcher.

Pei-cha coula comme une roche dans l'eau. Elle nagea près de lui, saisit une poignée de fourrure sur le dessus du cou et commença à les propulser de toutes ses forces de l'autre côté.

Dans la caverne, Gabrielle attendait impatiemment que Xena revienne. Comme la torche brûlait de plus bas en plus bas, elle s'inquiéta à savoir si elle avait fait un caprice. Sa compassion innée l'avait-elle menée à mettre en danger la vie de la seule personne au monde qui comptait pour elle?

"Je dois aller la trouver," annonça-t-elle en sautant dans l'eau, elle avait été trop rapide pour que l'impératrice puisse l'en empêcher.

Elle nagea maladroitement vers le centre du bassin, ignorant les supplications de Lao Ma derrière elle. Elle avait décidé de retrouver Xena. Comme elle se préparait à plonger sous l'eau Xena émergea tout près d'elle, en cherchant son air. Quand elle vit Gabrielle à ses côtés, elle fronça les sourcils. "Qu'est que tu fais là?"

"Je te cherchais."

"Tu m'as trouvé. Maintenant sort de l'eau."

Gabrielle obéit. Aussitôt qu'elle fut assit sur le rebord, elle aida Xena à hisser Pei-cha à travers ses genoux. Le félin était plus lourd que jamais, sa fourrure était chargée d'eau. Il avait la langue pendante et de l'écume à la gueule. "Xena! Qu'est-ce qui cloche avec lui?"

"Rien que cela ne fixera pas, j'espère." À ces mots elle planta ses deux doigts dans le cou de l'animal et retira les points de pression. Sa grande main pressa ensuite les flancs du chat et une marre d'eau sortie de sa gueule.

Pei-cha inspira immédiatement l'air vicié de la caverne.

"Tu lui as mit les points de pressions!" S'exclama l'oracle horrifié.

"Tu as une meilleure idée sur la façon dont je pouvais le faire traverser?"

Pei-cha se leva en s'étirant laborieusement avant de se secouer vigoureusement. Il tourna des yeux accusateurs vers Xena. Reniflant, il commença à gronder avec force, puis étonnamment, son regard se fixa non pas sur la Conquérante, mais le mur au fond de la caverne.

"Qu'est ce qui ce passe mon gars?" Demanda Gabrielle. Elle jeta un regard autour de la caverne mais ne vit rien.

La Conquérante se retourna pour vérifier si Pompey et Kulam étaient toujours là, mais ni l'un ni l'autre ne semblait intéressé par ce qui se passait, ils n'étaient donc pas une menace.

Lao Ma suivi le regard du léopard. "Je pense qu'il y a quelque chose là-bas, dans le coin." Elle pointa le doigt en direction du mur au fond de la caverne, la où la lumière de la torche ne se rendait pas.

Xena retira un poignard de sa botte, le coinça entre ses dents et plongea sous l'eau. De sa position elle étudia le mur, notant une forme qui se détachait des ombres sur la surface de l'eau. C'était une forme humaine, du moins pour ce qu'elle pouvait en dire. Elle décida qu'une confrontation directe était la meilleure solution - comme cela l'avait toujours été durant toute sa vie - elle se donna un élan et surgit hors de l'eau. Son avant-bras entra en collision avec la gorge de l'intrus, et elle l'épingla contre le mur avec un bruit sourd.

"Qui est ce?" Demanda Pompey, qui était maintenant très curieux d'entendre la réponse et qui avait dégainé son épée.

La Conquérante s'éloigna de la chair morte qui était aussi froide que de la glace.

"Nebuharin."