Chapitre 28 : Choc !
Hashimoto courut récupérer son arme de sa main gauche et regarda autour de lui à la recherche du mystérieux tireur. Remarquant le policier qui approché, il tira vers lui… sans succès. Il était fait comme un rat. Plein de hargne et de rage, il nota que l'inspectrice peinait à se relever et se frottait le dos.
'Elle… Tout cela est de sa faute. Elle va payer.' Songea-t-il en levant son arme vers elle et prenant son temps pour la viser convenablement.
Mais jamais il ne parvint à appuyer sur la gâchette…
Tandis qu'un tir résonna, couvrant le cri de mise en garde de Toshio pour sa collègue, le malfrat tomba à terre… une balle entre les deux yeux.
Toshio regardez brièvement autour de lui avant d'aller aider Mitsuko à se relever.
— Est-ce-que tout va bien ? Lui demanda-t-il.
— Oui, merci… Pourquoi l'avoir abattu ? Cela ne vous ressemble pas, affirma-t-elle le prenant pour le tireur.
— Si seulement… Je n'ai pas ouvert le feu, soupira Toshio en rangeant finalement son arme de service.
— Alors qui ? S'étonna-t-elle.
— Qui que ce soit nous lui devons la vie. Je sais ce que vous allez me dire. Le criminel avait sans doute des choses à nous apprendre et il aurait été préférable qu'il fût encore en vie.
Asatani soupira, son collègue avait vu juste.
— Je vais alerter la police locale pour qu'elle vienne enquêter.
— Ils auront besoin d'un guide, rappela Toshio.
— En effet… Par contre les secours sont bel et bien en route. Ils nous envoient une équipe héliportée et curieusement je n'ai pas eu besoin de leur donner plus de renseignements pour venir. La simple énonciation du chalet des sœurs Kisugi a suffit.
— Sans doute savent-ils où elles habitent, tout simplement. Pour l'heure retournons à l'intérieur du chalet, Hashimoto ne pourra plus s'échapper, ironisa involontairement Toshio en l'aidant à marcher avant de récupérer le talkie-walkie.
Une fois certain d'être seul, Ryô descendit de son perchoir et retourna tranquillement à la motoneige qu'il avait laissée à l'écart.
'Pauvre fou, le premier tir était un avertissement et tu n'as pas su en tirer partie. Tu as préféré tenter d'attenter à la vie de cette « malfaisante », mais néanmoins charmante, inspectrice. Tu as dès lors signé ton arrêt de mort', songea-t-il en chemin.
Une fois à son véhicule il se mit en route pour le village où il devait gagner le dispensaire. Il se sentait plus serein mais n'arrivait pas à se défaire du cri de douleur d'Hitomi, ni celui de Rui qu'il avait perçu.
…
Lorsque la porte du chalet s'ouvrit le chef était prêt à faire feu et surpris ses subordonnés.
— Du calme, Chef. Ce n'est que nous, dit Toshio.
— Que s'est-il passé dehors ? Questionna Aï toujours assise sur le canapé. Vous vous êtes crus à « règlement de comptes à ok corral ? »
Les deux inspecteurs demeurèrent silencieux.
— Utsumi, Asatani ? Fit le chef après avoir rangé son arme.
— C'était bien Hashimoto, admit Mitsuko avant de remercier son collègue qui venait de la relâcher.
Toshio lui avait expliqué ce qui l'avait conduit à sortir du chalet.
— C'était ? Où est-il maintenant ? Interrogea Aï tentant de nouveau de se lever.
— Il a été abattu, affirma Toshio gravement.
— Abattu ? Reprirent Aï, Rui, Tomoe et le chef très surpris.
— Vous…
— Ce n'est pas nous, déclara Asatani devançant la remontrance du chef et s'approchant de sa rivale.
— Alors qui ? Questionna le chef.
'Ryô ?' Songea Rui.
'Peut-être est-ce le City Hunter, mais pourquoi ne nous a-t-il pas rejoint ? Se demanda Tomoe notant alors que l'inspectrice avait encore du être molestée.
— Venez-vous asseoir sur le canapé, lui dit-elle en se relevant et s'approchant d'elle pour l'aider. Je vais m'occuper de vous.
La voix doucereuse de Tomoe la surprit quelque peu.
— Merci, dit-elle en se laissant faire.
Il est vrai que sa dernière chute l'avait laissé sonné.
— Nous ignorons qui est le tireur mais qui que ce soit, il nous a sauvé la vie, souligna Utsumi en s'agenouillant à côté de sa fiancée. Hitomi, murmura-t-il ensuite en lui caressant le visage.
— Toshi, murmura-t-elle sans pour autant ouvrir les yeux. Je suis désolée, Toshi, continua-t-elle. Rui… Rui, attention.
'Hitomi', songea l'aînée le cœur fendu.
— Quel est ce bruit ? Demanda Aï tandis qu'un vrombissement se faisait entendre.
— C'est un hélicoptère… Ce sont les secours qui arrivent, affirma Asatani grimaçante.
— Il faudra vous faire examiner au dispensaire vous aussi, lui dit Tomoe. Vous vous êtes sans doute cassé quelques cottes.
Aï parvint finalement à se relever et gagna la porte d'entrée, retrouvant peu à peu plus de forces dans ses jambes.
…
Bien plus tard, au dispensaire du village, Toshio ne tenait plus en place tant l'attente lui était insoutenable. Il se trouvait dans une pièce à l'écart. Il était avec le chef, Aï, Tomoe, et Mitsuko qui venait de les rejoindre après avoir du subir quelques examens complémentaires. Ils attendaient des nouvelles des deux autres sœurs Kisugi.
Des pas résonnèrent dans le couloir désert, des pas accompagnant un grincement mécanique de roue. La porte de la salle s'ouvrit silencieusement, mais une sensation stoppa net Toshio dans un énième cercle tandis qu'un infirmier entra en poussant un fauteuil roulant devant lui.
— Rui ! S'exclama Aï avant de lever son regard vers l'infirmier.
'Ryô ?' Se questionna-t-elle frissonnante devant sa carrure imposante.
Si c'était lui, alors il était vraiment méconnaissable.
— Des nouvelles d'Hitomi ? Interrogea Rui après avoir remercié l'infirmier.
— Pas encore, soupira Toshio
— Et vous, Rui, comment allez-vous ? Questionna Tomoe ne pouvant s'empêcher de dévisager l'infirmier.
Elle le connaissait, elle en était certaine.
— Ma blessure n'est que superficielle, affirma-t-elle en un léger sourire.
'Physique, mais pas morale.' Compléta silencieusement l'infirmier derrière elle.
— Vous avez été autorisé à sortir de votre chambre ? Demanda Asatani surprise.
— Non… Disons que j'ai soudoyé ce bel infirmier, sourit-elle. Plus sérieusement, je n'en pouvais plus d'attendre seule dans ma chambre, dit-elle perdant son sourire. Je n'en ai pas eu l'occasion auparavant, mais merci pour votre intervention, sans quoi tout cela aurait pu finir plus dramatiquement.
Mitsuko baissa la tête mal à l'aise, n'osant pas avouer ce à quoi elle pensait alors. Le chef se frotta la tête non moins gêné. Rui nota ensuite le regard culpabilisant de Toshio et celui, inquisiteur, de Tomoe.
Avant qu'elle n'ait eut le temps de faire la moindre réflexion la porte s'ouvrit de nouveau. Un vieil homme, un médecin du dispensaire sans doute au vue de sa blouse, entra.
— Êtes-vous bien de la famille de Mademoiselle Kisugi ? Questionna-t-il.
— Oui, fusa la réponse d'Aï.
— Oui, confirma Rui
— Comment va-t-elle ? Interrogea Toshio.
— Mademoiselle Kisugi a été très sérieusement blessée… Ses jours ne sont pas en danger, néanmoins… Néanmoins nous ne pouvons écarter tout risque du fait d'une hémorragie importante dû à sa blessure et du fait des quelques petites complications qu'il y a pu avoir durant l'opération. Il convient de féliciter la personne qui lui a prodigué les premiers soins. Excusez ma rudesse, mais cela lui a permis de tenir assez longtemps pour subir l'opération. Elle se trouve désormais dans l'unité de soins intensifs dont nous disposons depuis peu grâce à nos mécènes. Vous ne pourrez aller la voir que lorsque l'infirmier ou l'infirmière viendra vous le signaler.
— Merci, soufflèrent Rui et Toshio.
— Par ailleurs, Mademoiselle Kisugi, dit-il en s'adressant à Rui. Bien que votre blessure soit superficielle, vous devriez être dans votre chambre pour éviter tout mouvement brusque. De plus, même si vous ne posez pas votre cheville à terre, elle aussi a besoin de repos.
— Je me ferai raccompagner dans ma chambre lorsque j'aurai pu voir ma petite sœur.
— L'infirmier qui vous accompagne vous y conduira en temps voulu, répliqua le médecin.
Rui soupira un pincement au cœur.
— Fort bien, soupira-t-elle.
Il y avait anguille sous roche, elle le pressentait.
Le médecin, Doc, fit signe à l'infirmier, Ryô, de la reconduire dans sa chambre. Ce dernier obtempéra, se doutant que la discussion dans la pièce n'était pas encore tout à fait finie.
…
— La vérité docteur, fit Mitsuko la voix chargée affolant alors la jeune Aï.
Doc se tourna vers l'inspectrice. Elle était intuitive et empathique, elle avait attendue le départ de Rui pour parler.
— Les prochaines 24 heures seront décisives, déclara-t-il gravement.
Aï sentit ses jambes la lâcher, Toshio la rattrapa in extremis.
— Je suis désolé, dit le médecin le cœur lourd avant de ressortir.
Aï laissa éclater ses sanglots et pleura dans les bras de Toshio.
…
— Ryô.
— Que puis-je pour toi, Rui ?
— Ton ami, le médecin… Il ne nous a pas dit la vérité, n'est-ce-pas ?
— Je suppose qu'il souhaitait t'éviter un choc supplémentaire, soupira Ryô.
— Merci pour ta franchise, dit-elle les larmes aux yeux mais parvenant à demeure forte.
— Je suis désolé de t'avoir blessé, dit-il ensuite tentant de lui faire penser à autre chose.
— Ne t'en fais pas ce n'est réellement qu'une égratignure et si c'est le prix à verser pour avoir eu l'idée de te demander de tirer sur Hitomi, alors ce n'est pas cher payé.
— Mouais… Oh ! À propos, Hashimoto a eu un échange téléphonique important. Il va falloir que je fasse un saut à Tokyo pour éclaircir ce mystère.
— C'est bien toi qui l'a abattu ?
— Oui. Hitomi m'avait demandé de protéger les inspecteurs de cet homme. J'ai tiré une première fois… Une mise en garde dont il n'a pas tenu compte…
— Bien… À propos, si tu veux gagner du temps pour te rendre à Tokyo emprunte le passage secret.
— Ce ne serait pas prudent. La police locale va devoir mener une double enquête sur votre propriété.
— Double ? S'étonna Rui.
— Oui. Le cambriolage et le meurtre d'Hashimoto.
— Je sens venir les interrogatoires, les dépositions et les reconstitutions, soupira-t-elle.
— Par ailleurs je pense que votre amie, Tomoe, se doute de quelque-chose. J'en suis même à me demander si elle ne m'aurait pas reconnu. Rien de concret cependant.
— Je verrais si elle me parle de toi ou non. Par contre… Qu'as-tu fait à Aï ? Elle ne pouvait plus marcher seule et je l'ai senti prendre peur quand elle a reconnu ta silhouette lorsque tu m'as conduits à eux.
— Le fiancé d'Hitomi était si proche que j'ai dû aviser… Je lui ai collé le canon de mon arme contre sa tempe en laissant échapper quelque peu d'aura agressif.
— La pauvre, je comprends mieux, dit-elle tandis qu'ils parvenaient à la chambre de Rui.
Là, il l'aida à s'installer dans le lit.
— Une dernière chose avant que tu ne partes.
— Que puis-je pour toi, ma reine ? Plaisanta-t-il en lui faisant la révérence.
— Pourrais-tu transmettre cette enveloppe à un dénommé Kamiya. Il a un point commun avec toi, il aime les jolies filles. C'est un pseudo journaliste, dit-elle sortant un courrier de son sac.
— Kamiya… Ce sera fait, affirma-t-il en prenant la missive.
— Merci, Ryô.
Il la salua rapidement et partit aussitôt… Une longue route l'attendait.
…
Deux jours plus tard.
…
Lorsque Hitomi reprit connaissance, la première chose qu'elle remarqua fut qu'elle était menottée au lit dans une pièce qui lui apparaissait être une chambre d'hôpital avec les divers bips qu'elle entendait.
— Qu… Qu'est-ce-que ça veut dire ? S'étonna-t-elle en bougeant sa main pour se défaire de l'objet.
Sans succès…
La porte s'ouvrit subitement et elle vit apparaître Asatani arborant un sourire triomphant.
— Je vous tiens, Cat's, dit-elle sardonique.
