Chapitre 10
Bell Rock Hôtel, Sedona, 9h30.
Dans la salle de bain, Rick se passa un peu d'eau sur le visage pour se réveiller, et s'essuya rapidement avec une serviette en entendant les trois petits coups frappés à la porte de leur suite. Sans bruit, il se dépêcha d'aller ouvrir au garçon d'hôtel, pour récupérer les plateaux de petit-déjeuner qu'il avait commandés, puis les déposa sur la table. Kate n'allait pas tarder à se réveiller. Il était déjà exceptionnel qu'elle dorme aussi longtemps.
Il rejoignit la chambre, plongée dans une semi-pénombre, et délicatement, vint s'allonger près de sa femme endormie. En appui sur le coude, il la regarda, attendri. Il avait toujours aimé la regarder dormir, la voir ainsi si paisible, sereine, tout contre lui. Mais il avait si peu l'occasion de le faire, car même en vacances ou en repos, Kate était une lève-tôt. Il était rarissime qu'elle ne soit pas la première levée, pleine d'entrain et de dynamisme, alors que lui aurait pu traîner au lit des heures. Il ne savait pas vraiment à quelle heure ils s'étaient endormis, tant leur étreinte leur avait fait perdre toute notion du temps et de la réalité. Il aurait bien dormi plus longtemps, mais la douleur à son poignet s'était rappelée à lui, et il avait dû se lever pour prendre un médicament. Il en avait profité pour commander le petit-déjeuner, étant donné qu'il était déjà plus de neuf heures, et qu'ils prenaient l'avion en tout début d'après-midi pour rentrer à New-York.
Elle était allongée sur le dos, nue, le drap blanc remonté jusque sur son ventre. Le jeu des rayons du soleil, qui perçaient à travers les rideaux de la porte-fenêtre, dessinait des formes claires-obscures sur son corps. Il la contemplait : la douceur de son visage, le souffle léger de sa respiration, ses longs cheveux épars sur l'oreiller, qui même quand elle dormait, lui donnaient cette sensualité qui le ravissait. Il embrassa d'un regard les courbes de sa poitrine, les rondeurs de ses seins, puis son ventre, sur lequel reposait légèrement sa main. Elle était belle. Simplement belle. Magnifiquement belle. Trois ans qu'il partageait chaque instant ou presque de sa vie, et il s'émerveillait encore de tout ce qu'elle était, tout ce qu'elle lui apportait.
Sur cette tendre pensée, il se dit qu'il était temps qu'elle se réveille s'ils voulaient ne pas partir précipitamment tout à l'heure. Il leur fallait retourner jusqu'à Phoenix pour prendre l'avion, et la matinée allait s'écouler rapidement.
Doucement, il effleura son bras d'une caresse.
- Kate …, chuchota-t-il, en observant ses réactions.
Elle ouvrit légèrement les yeux, et sans rien dire, l'air encore bien endormie, se tourna en boule vers lui, blottissant son visage contre son torse.
- Hey …, continua-t-il, avec un sourire, passant ses doigts dans ses cheveux pour les caresser avec tendresse.
- Hum …., murmura-t-elle d'une voix ensommeillée.
Il sourit, amusé comme à chaque fois que Kate avait du mal à se réveiller. Il était si peu habitué à la voir peiner à ouvrir les yeux que cela le faisait presque rire.
- Le soleil s'est levé avant toi ce matin … ce jour est à marquer d'une pierre blanche, ajouta-t-il, un peu taquin, la regardant, blottie contre lui.
Elle ne répondit pas, et referma les yeux, calant sa joue contre son torse. Il laissa sa main glisser parmi ses longs cheveux, puis descendre dans son dos, pour le couvrir de caresses, et l'aider à se réveiller en douceur.
- Hum …, soupira-t-elle, sous l'effet à la fois du bien-être et du sommeil.
- J'ai commandé le petit-déjeuner … Ton café est prêt … avec de délicieux pancakes …
- Merci … Mais je veux dormir encore …
- Si tu dors encore, on va rater notre avion, ma chérie …
- Pas grave …, marmonna-t-elle. Je veux dormir …
- Eh bien ! s'exclama-t-il, en riant. J'ai réussi à t'épuiser on dirait …
- Oui …, avoua-t-elle dans un murmure.
- Ce n'était que deux rounds pourtant … commencerais-tu à te faire vieille ? plaisanta-t-il, ravi de la taquiner.
A ses mots, elle se redressa d'un seul coup, le regardant sévèrement avec son air encore tout endormi, ce qui le fit sourire plus encore.
- Ce ne sont pas nos câlins qui m'ont épuisée ! s'offusqua-t-elle. C'est notre longue journée d'hier … et la balade improvisée dans le désert …. Et ….
Il éclata de rire, la regardant prendre son air fâché, avant de glisser sa main dans son cou, pour venir déposer un baiser sur ses lèvres, et l'empêcher de terminer sa phrase. Elle répondit à son baiser avec tendresse, se blottissant tout contre son corps.
- Tu es trop marrante quand tu es mal réveillée …, lui fit-il d'une voix rieuse, en caressant son dos de sa main valide.
- Ne te moque pas de moi …, bougonna-t-elle.
- Ce n'est pas de ma faute … tu es trop drôle !
- Et je ne me fais pas vieille. J'aurais pu enchaîner sur un troisième round, moi, je te signale … si tu ne t'étais pas endormi …, lui fit-elle remarquer.
- Pour ma défense, tu es vraiment trop efficace et consciencieuse comme infirmière …, rigola-t-il, trop d'endorphine et voilà …
- Hum, elle a bon dos l'endorphine … c'est toi qui te fais vieux oui, le taquina-t-elle, à son tour, esquissant un petit sourire moqueur.
Il la regarda d'un air perplexe, et presque grave, se demandant si elle était sérieuse ou non.
- Tu crois ? lui fit-il, sur un ton inquiet.
- Je constate simplement …, sourit-elle, bien contente de pouvoir le taquiner. Il y a trois ans … tu ne t'étais pas endormi au bout de deux rounds.
Il eut l'air de réfléchir, comme s'il prenait conscience que ce qu'elle disait avait du sens.
- C'est vrai …, admit-il. Tu as raison … Je deviens vieux … Bientôt, je ne pourrai peut-être même plus te satisfaire … A ce rythme-là, on devra d'ici peu se contenter d'un round … ou même de rien du tout …
Elle sourit, devant l'air complètement dépité qu'il avait adopté. Elle pouvait lui faire croire à peu tout et n'importe quoi. Cela l'amusait tellement qu'il puisse s'inquiéter de ses performances sexuelles, parce que c'était absolument ridicule et infondé. Leur vie sexuelle était plus qu'épanouie, et euphorisante, excitante à souhait.
- Es-tu obligé de tomber tout de suite dans le drame, mon cœur ? lui fit-elle, caressant doucement son torse.
- Tu as dit que j'étais vieux, rétorqua-t-il.
- Parce que tu as dit que j'étais vieille, sourit-elle.
- C'était pour rire.
- Moi-aussi, c'était pour rire !
- Sauf que c'est vrai … Je suis vieux ! s'exclama-t-il.
- Oh … Castle … c'est bon, tu n'es pas vieux …, soupira-t-elle. C'est ridicule …
- Hum … Je ne sais pas si je dois te croire ..., constata-t-il, la regardant avec une petite moue.
- Et puis même si tu étais vieux, je t'aimerais quand même … Ne t'en fais pas …, le rassura-t-elle.
- Même si je suis trop vieux pour … enfin … tu vois … ?
- Oui, c'est un détail ça …. Je trouverai un jeune amant pour me satisfaire …
- Hein ? Tu veux ma mort ?
Elle éclata de rire.
- Ce n'est pas drôle, bougonna-t-il, ça arrivera peut-être un jour …
- Quoi ? Que tu ne puisses plus me satisfaire ? Ou que je trouve un jeune amant ?
- Les deux !
- Tu te rends compte de ce que tu dis ? lui fit-elle, toujours en riant. Franchement …
- Tu sais bien que je n'aime pas quand tu dis que je suis vieux ... et que tu te moques de mes performances …, grogna-t-il.
- Justement, c'est pour ça que je te le dis …, sourit-elle. Parce que c'est stupide … Tu sais très bien ce que je pense de tes performances …, non ?
- Oui, admit-il. Mais …
- Et ensuite, dans le pire des cas, si un jour, quand on sera très vieux, on était moins … performants, je n'ai pas besoin de sexe pour être heureuse avec toi.
- Vraiment ?
- Evidemment. Il y a mille et une façons de se donner du plaisir et de s'aimer, Rick.
- Je sais … Donc … seulement deux rounds cette nuit …, ce n'est pas grave ?
- Je ne compte pas les rounds … C'était extraordinaire, et tu le sais … Je ne sais même pas pourquoi on discute de ça.
- Oui, mais quand tu dis que …
- Oh … Tais-toi, Castle … et embrasse-moi …, lui fit-elle en l'enlaçant.
Sans se faire prier davantage, il happa tendrement ses lèvres, et leurs bouches se caressèrent quelques instants.
- Au moins … maintenant tu es réveillée …, constata-t-il, avec un petit sourire.
- Oui … comment se fait-il, d'ailleurs, que tu sois aussi en forme dès ce matin toi ? s'étonna-t-elle.
- Je suis debout depuis un moment … J'avais un peu mal au poignet …
- Ça ne va pas mieux, alors ? s'inquiéta-t-elle.
- Pas vraiment …, répondit-il, au moment où son téléphone, posé sur la table de chevet, se mettait à sonner.
Kate relâcha l'étreinte de ses bras autour de son cou, pour le laisser se tourner et attraper son portable.
- C'est Ryan …, constata Castle, avant de répondre, pas vraiment surpris a priori de recevoir un appel de leur ami.
Curieuse, et intriguée par le fait que Ryan téléphonât de bon matin alors qu'il savait qu'ils étaient partis en amoureux pour le week-end, Kate essaya de suivre la conversation, se demandant ce dont ces deux-là pouvaient bien parler. Pendant quelques secondes, Rick se contenta de simplement écouter, et d'acquiescer à ce que lui racontait Ryan, tout en caressant doucement et négligemment son dos, depuis le creux de ses reins jusqu'à sa nuque, et jouant, de temps à autre, avec quelques mèches de cheveux dans son cou. Toujours blottie contre lui, même en tendant l'oreille, elle était incapable d'entendre quoi que ce soit, et de comprendre de quoi il s'agissait, et Rick, de son air concentré, ne répondait que quelques bribes de mots. Ryan n'appelait certainement pas pour l'enquête. Si ça avait été le cas, c'était elle qu'il aurait appelée en priorité. Et il ne les aurait pas dérangés pendant leur escapade amoureuse à moins d'un grave problème. Et ce n'était pas le cas, car Rick n'avait pas l'air inquiet, mais simplement attentif. Il sembla conclure le sujet de conversation initial, en remerciant Ryan, et demanda ensuite à leur ami des nouvelles de l'enquête en cours, devenant tout à coup beaucoup plus loquace.
Sentant que la discussion allait se prolonger, et comprenant qu'elle n'en apprendrait pas plus tant que Rick n'aurait pas raccroché, Kate décida de se lever. Elle avait humé la bonne odeur du café, et elle avait très faim. Elle chuchota à Rick qu'elle allait chercher le petit-déjeuner, et quitta ses bras pour se glisser hors du lit. Elle attrapa sa nuisette, qui gisait sur le sol, et l'enfila, avant de rejoindre la salle de bain, en profitant pour aller se rafraîchir. Elle aurait bien voulu envoyer un message à Lanie pour savoir si la nuit d'Eliott s'était bien passée. Mais avec le décalage horaire, il était encore bien trop tôt à New-York, et elle ne voulait pas réveiller Lanie. C'était la première fois qu'elle s'éveillait sans son fils, sans pouvoir l'embrasser et le câliner. C'était aussi la première fois qu'elle faisait une nuit complète depuis qu'il était né. Certes, une courte nuit, vu l'heure à laquelle ils s'étaient couchés, mais une nuit complète malgré tout. Et une nuit magique.
Quelques minutes plus tard …
Kate avait déposé les deux plateaux sur le lit, et confortablement installée contre les oreillers, elle buvait son café à petites gorgées tout en dégustant un pancake nappé de sirop d'érable, pendant que Rick finissait de discuter avec Ryan. Elle commençait à trouver cette discussion matinale étonnement longue quand enfin, il raccrocha.
- Alors ? demanda-t-elle aussitôt, impatiente de savoir de quoi il retournait.
- Les gars ont avancé un peu sur l'enquête, répondit banalement Castle, en déposant son téléphone sur la table de chevet.
- Ce n'est pas pour ça que Ryan t'appelait …, lui fit-elle remarquer. Il y a un problème ?
- Non, non … Tout va bien …
Il fallait qu'il lui dise, de toute façon, il n'avait pas le choix. Mais il craignait qu'elle ne le prenne mal, une fois de plus. Et ce n'était vraiment pas un jour à se fâcher, surtout après leurs péripéties de la veille, sur lesquelles elle avait fermé les yeux, trop heureuse de fêter leur anniversaire.
- Castle …, soupira-t-elle, en posant son pancake, sur le plateau. Qu'as-tu fait ? Pourquoi Ryan t'appelle alors qu'il sait très bien que c'est notre anniversaire ?
- Je lui avais juste demandé un petit service … et je lui avais dit de me tenir informé le plus rapidement possible.
- Quel service ? s'étonna-t-elle, en le dévisageant, cherchant à comprendre ce qui avait bien pu encore une fois lui passer par la tête.
- Eh bien …Hier, j'ai envoyé un message à Ryan pour lui demander d'enquêter sur l'origine de ce bouquet d'iris que tu as reçu …
- Castle …, lui fit-elle sur le ton du reproche, un peu agacée par la fixation qu'il faisait sur un malheureux bouquet de fleurs. Les gars ont autre chose à faire franchement !
- Attend avant de râler …, répondit-il, gentiment, en se saisissant de sa tasse de café. Figure-toi que, comme je le craignais, le bouquet ne vient pas de ta grand-tante Anna.
- Vraiment ? s'étonna-t-elle, surprise.
- Je t'assure …
- De qui vient-il alors ? demanda-t-elle, tout à coup intriguée par cette histoire de bouquet.
Elle était, jusque-là, quasiment certaine que sa grand-tante Anna lui avait envoyé ces fleurs. C'était tout à fait son style. Elle ne voyait pas qui d'autre pouvait l'avoir fait.
- Ce serait un certain Samuel Leeroy … ça te dit quelque chose ?
- Non, rien du tout …, répondit-elle, sans aucun doute possible. Je ne connais pas de Samuel Leeroy. Ryan est sûr que c'est lui ?
- Oui.
Rick lui expliqua rapidement comment Ryan avait interrogé Barney, le concierge de leur immeuble, pour identifier l'entreprise qui avait livré les fleurs, puis le site du fleuriste en ligne où le bouquet avait été commandé. Trouver le nom de l'expéditeur des iris n'avait été qu'une formalité, et les coordonnées bancaires correspondaient bien à celles de cet homme, Samuel Leeroy. Ryan venait de le vérifier en arrivant au poste ce matin.
- Et qu'est-ce qu'il sait sur lui ? continua Kate, intriguée.
Cet homme pouvait être à peu près n'importe qui. Depuis qu'elle était mariée avec Rick, et même un peu avant d'ailleurs, elle avait plusieurs fois fait la une des magazines. Elle avait aussi été interviewée à plusieurs reprises dans le cadre d'enquêtes. Mais de là à ce que quelqu'un la remarquât au point de lui envoyer un bouquet de fleurs. C'était surprenant. Peut-être était-ce quelqu'un de son entourage, au travail, auquel elle n'avait jamais prêté attention.
- C'est un sapeur-pompier, âgé de 40 ans … célibataire … Il vit à Brooklyn. Pas de casier.
- Un pompier …, fit-elle, en réfléchissant.
- Oui, un pompier … ça ne te rappelle rien ? demanda-t-il, cherchant à comprendre, persuadé que cet homme côtoyait forcément Kate au quotidien.
- Non. Je t'assure … Je ne connais pas de Samuel Leeroy …
- Et des pompiers ? demanda-t-il, tout en buvant quelques gorgées de café.
- Ceux qu'on peut croiser sur les scènes de crime …, mais je n'échange guère plus d'un mot ou deux avec eux en général.
- C'est suffisant pour tomber sous ton charme …, lui fit-il remarquer, et t'envoyer des fleurs.
- Sauf que je suis en congé depuis plus de cinq mois, Castle … Je n'ai pas croisé un pompier depuis des lustres …, expliqua-t-elle, finissant de manger son pancake.
- Je me souviens de ton rancard avec ce pompier …. Monsieur Juillet …, reprit-il, pensif.
- Ah oui … je me souviens de cette époque bénie où tu sortais avec des femmes portant des numéros …., le taquina-t-elle, avec un sourire.
- Quel ringard c'était …
- Et quelle pimbêche … cette numéro trois …
- Tu te souviens de son numéro ? sourit-il, d'un air ravi, tant cela signifiait qu'elle était jalouse, déjà à l'époque.
- Bon, répondit-elle, changeant de sujet, pourquoi tu me parles de Monsieur Juillet d'abord ?
- Eh bien, et si c'était lui qui t'avait envoyé le bouquet ? Monsieur Juillet ?
- Monsieur Juillet ? Non mais sérieusement … c'était il y a des années … Il doit avoir bien autre chose à faire que de m'envoyer des fleurs … surtout vu comment le dîner s'est passé à l'époque ….
- Tu ne l'as jamais revu ?
- Tu crois qu'il aurait eu envie de me revoir ? sourit-elle, amusée par le souvenir de ce dîner mémorable.
- Peut-être pas … vu que tu n'avais déjà d'yeux que pour moi …, répondit-il, lui renvoyant son sourire.
- Dans tes rêves, oui …, le taquina-t-elle.
- Menteuse …, sourit-il, amusé et attendri.
Elle se contenta de lui répondre par un petit sourire qui en disait long.
- Monsieur Juillet ne s'appelait pas Samuel dès fois ? reprit-il, visiblement fixé sur son idée.
- Arrête avec Monsieur Juillet … Ce n'est pas lui qui m'envoie des fleurs. Je ne l'ai jamais revu, et je ne sais même plus comment il s'appelait …
- Tu ne te souviens même pas de son prénom ? Eh bien …. C'est du joli ! s'exclama-t-il, prenant un air faussement indigné.
- Parce que tu te souviens de toutes les pimbêches avec lesquelles tu es sorti ?
- Touché …, répondit-il, en faisant la moue. Tu sais que je déteste parler de nos ex …
- Moi-aussi …, soupira-t-elle. On n'a pas besoin de savoir qui c'est en plus, Rick … Qu'est-ce que ça peut faire d'où viennent ces fleurs ?
- Je veux savoir qui est ce gars, qui ose envoyer un bouquet de fleurs à ma femme, chez nous, sur mon territoire en plus …
- Ton territoire ? rigola-t-elle, amusée par l'expression.
- Non, mais qu'est-ce qu'il espère ?
- Sûrement rien …
- On n'envoie pas des fleurs sans raison. En tout cas, j'ai le droit d'être jaloux …
- Jaloux ? Non, c'est ridicule, Rick. Intrigué, oui je veux bien à la limite ... Et Monsieur Juillet, c'était Brad … ça me revient maintenant. Alors tu peux le rayer de ta liste de suspects …
- Ok. Mais je veux savoir qui c'est …. C'est bizarre. Tu ne sors plus seule depuis des mois …, tu ne rencontres plus de nouvelles personnes dans le cadre du travail ou autre …
- Oui … c'est vrai …
- Alors qui aurait soudain pu avoir envie de t'envoyer des fleurs ? s'étonna-t-il, en réfléchissant.
- Peut-être un amoureux transi qui ose enfin se déclarer ..., sourit-elle. Ce serait mignon …
- Mignon ? grimaça-t-il.
- Mignon … et bizarre, aussi …, avoua-t-elle. Ryan t'a dit autre chose à ce sujet ?
- Qu'il est débordé et qu'il n'a pas le temps d'aller interroger ce Samuel Leeroy pour voir de quoi il retourne. Il pense que ce n'est sûrement rien d'autre qu'un admirateur romantique … Tu parles … On voit que ce n'est pas sa femme qui reçoit des fleurs d'un inconnu.
- Allons, ne t'inquiète pas … ce n'est qu'un bouquet de fleurs …
-Si je m'inquiète. Ce gars connaît ton nom, Kate. Il te connaît forcément … et avec tous les tarés qu'on côtoie au quotidien.
- Il ne doit pas être bien dangereux puisque Ryan est remonté jusqu'à lui en très peu de temps, et qu'il n'a pas l'air de vouloir dissimuler son identité.
- En tout cas, je vais aller lui dire deux mots moi à ton amoureux transi, affirma-t-il, d'un air convaincu.
- Hors de question, Castle …
- Je veux voir de quoi a l'air mon rival et ce qu'il a à me dire.
- Ton rival ? sourit-elle. Non, mais n'importe quoi …. Ce gars n'est pas ton rival …
- Oui, eh bien, je trouve qu'il y a tout à coup beaucoup d'hommes dans ton entourage immédiat …. Scott qui sort de nulle part, maintenant ce pompier qui t'envoie des fleurs …
Elle sourit, amusée par sa jalousie.
- Je suis sérieux, Kate …, reprit-il. Je n'aime pas ça. Bon, pour Scott passe encore, c'est ton ami … Mais ce pompier … c'est bizarre …
Rick n'avait pas complètement tort. La plupart des femmes auraient été flattées de recevoir un joli bouquet d'un mystérieux inconnu. Mais de par son métier, elle avait appris à se méfier de tout, et en particulier, du moindre élément sortant de l'ordinaire. Evidemment, il n'y avait rien de dangereux dans le fait de recevoir un bouquet de fleurs de ce pompier, mais elle ignorait qui il était, et en effet, cela la dérangeait. Elle voulait en savoir plus finalement. Pour se rassurer, et rassurer Rick.
- Je vais demander à Ryan de le convoquer cet après-midi, reprit-elle, et je passerai au poste pour lui parler. On verra ce qu'il a à dire. Ok ?
- Ok. Mais je viens avec toi.
- Si tu promets de te tenir tranquille … parce que vraiment, pour l'instant, il ne s'agit que d'un malheureux bouquet de fleurs …
- C'est promis, assura-t-il, avec un sourire.
- Enfin, en attendant, tu as encore mené une enquête dans mon dos …, lui fit-elle remarquer.
- Je n'ai pas enquêté moi-même, et je n'ai même pas utilisé tes logiciels cette fois …, répondit-il.
- Heureusement … Et tu n'as pas payé Ryan j'espère ?
- Non, même pas, sourit-il, comme un petit garçon tout fier de lui.
- Tu fais des progrès, sourit-elle à son tour.
- Tu vois …, répondit-il, en se saisissant d'un pancake.
- Et pour l'enquête, alors, il y a du nouveau ?
- Oui, un peu … mais malgré tout, ils sont encore totalement dans le flou.
Il lui expliqua comment Ryan et Esposito avaient passé leur journée, la veille, à interroger le personnel du Bellevue Hospital Center, en s'intéressant en priorité aux infirmières, médecins, aides-soignants et agents d'entretien du service de chirurgie orthopédique et traumatologique au sein duquel les deux victimes, Ellen et Samantha, avaient travaillé huit mois plus tôt avant de demander leur mutation. Une infirmière avait fini par leur donner une information capitale. D'abord sous le choc en apprenant la mort violente de ses deux anciennes collègues, elle avait expliqué qu'en effet, Ellen et Samantha étaient effrayées par un homme au sein de l'hôpital. Elles lui en avaient parlé, car elle les avait trouvées toutes deux, un jour, effondrées en salle de pause, et avait cherché à comprendre ce qui leur arrivait. Ellen et Samantha étaient restées assez vagues sur le sujet, mais apparemment, un homme les harcelait dans l'enceinte de l'hôpital, et leur faisait des menaces. Elles lui avaient intimé de n'en parler à personne, et elle n'en savait pas beaucoup plus. Elle leur avait conseillé de porter plainte et d'en informer la direction de l'hôpital, mais Ellen comme Samantha avaient refusé cette option, laissant entendre qu'elles ne voulaient pas que quiconque soit au courant. Elles avaient fini par décider de quitter l'hôpital espérant que le harcèlement cessât. L'infirmière ignorait qui était l'homme en question. Elle savait seulement que ce n'était ni un patient, ni un membre du personnel, mais un visiteur, qui venait voir régulièrement un proche hospitalisé pour une longue durée, comme l'étaient beaucoup des patients de leur service. Ellen et Samantha avaient refusé d'en dire davantage, mais, d'après l'infirmière, elles avaient réellement l'air effrayées par ce qui leur arrivait. Après leur mutation, elle avait eu des nouvelles ponctuelles de ses collègues, et tout semblait aller très bien. Le harcèlement avait cessé, et elles avaient repris le cours de leur vie tout à fait normalement.
- C'est étrange toute cette histoire quand même …, constata Kate, en finissant son café.
- Oui … tu crois que ce qui s'est passé il y a huit mois pourrait ne pas avoir de lien avec leur mort ?
- Je ne sais pas. Elles ont été assassinées toutes les deux à deux jours d'intervalle, et étaient harcelées toutes les deux par la même personne. Que cela n'ait pas de lien serait surprenant.
- Mais c'était il y a huit mois …. Et puis a priori, depuis, plus rien, tout allait bien de nouveau d'après cette infirmière …, lui fit-il remarquer, tout en mangeant.
- Ou alors elles n'ont pas dit que ça allait mal … et que le harcèlement continuait, ou avait repris, même après leur mutation.
- Oui, c'est possible, constata Castle. Ça pourrait expliquer qu'après la mort d'Ellen, Samantha avait peur au point de demander à son mari de lui téléphoner tout le long du trajet jusqu'au travail … Elle ne se serait pas angoissée à ce point-là si tout avait été fini et oublié depuis huit mois … non ?
- Oui, je pense aussi. Le harcèlement devait continuer, supposa Kate, et elles ont dû continuer à le cacher. Elles tenaient au secret de toute cette histoire. Même leurs maris ignoraient la raison de la mutation.
- Mais pourquoi Samantha n'a-t-elle rien dit à Espo et Ryan quand ils l'ont interrogée ? C'était l'occasion ou jamais …
- Ce qu'elle voulait cacher à son mari était peut-être plus terrible que sa peur de mourir …
- Qu'est-ce qui peut être plus terrible ? s'étonna Castle, peinant à comprendre le raisonnement qu'avait pu avoir Samantha.
- Je ne sais pas … Elle devait le tromper, peut-être … ou avoir fait des choses dégradantes … Elle avait honte …
- Mais sa meilleure amie venait d'être assassinée, Kate … Je ne sais pas, il n'y a pas à réfléchir … Si elle avait parlé, elle serait probablement toujours en vie aujourd'hui …
- Elle serait en vie, mais elle aurait peut-être perdu son mari …
- Mais elle serait en vie …
- Peut-être qu'elle préférait courir le risque et ne pas perdre son mari, constata Kate, essayant de comprendre ce qui avait pu se passer.
- C'est insensé … complètement insensé comme raisonnement, répondit Castle. Il doit y avoir autre chose.
- Elle avait un petit garçon. Peut-être que le harceleur, le tueur, l'a menacée de s'en prendre à son enfant si elle parlait aux flics …, suggéra Kate.
- Oui, ça c'est une bonne théorie, sourit-il, enthousiaste. Une mère protègerait d'abord son enfant, même si sa vie était menacée. Le tueur venait d'assassiner sa meilleure amie. Elle savait qu'il était capable de tuer son enfant si elle parlait …
- Mais comment les harcelait-il ? demanda Kate, continuant de réfléchir.
- Leurs relevés téléphoniques et leurs boîtes mail n'ont rien révélé …
- Il devait les suivre, ou surgir quand elles ne s'y attendaient pas …, au travail peut-être, les maintenant sous une pression constante, ajouta Kate.
- Ryan m'a dit qu'ils allaient étudier la liste des patients qui étaient hospitalisés il y a huit mois pour savoir qui leur rendait visite, et essayer d'établir un lien avec Ellen et Samantha.
- Ça va prendre un temps fou …, constata Kate. C'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Il faudrait aussi qu'ils expliquent la situation aux maris …Quand ils sauront que leurs femmes étaient harcelées, peut-être que quelque chose leur semblant de prime abord sans importance leur reviendra en tête.
- Oui …
- Et pour les vidéos du club de strip-tease ?
- Les gars attendent toujours. Et toujours rien non plus pour les videos des rues où elles faisaient leur jogging.
- Ryan t'a dit s'il y avait eu d'autres demandes de mutation ou des plaintes du personnel de l'hôpital ? demanda Kate.
- Pas de plainte. Pas de mutation. Ce tueur est doué quand même … surtout si c'est vraiment un débutant … On n'a rien de concret. Aucune piste.
- Et il a réussi à effrayer suffisamment ces deux femmes pour qu'elles ne disent rien à quiconque, pas même à leurs maris … pendant huit mois … Et pourtant, c'était des femmes fortes, des femmes de caractère …, constata Kate.
- Il doit l'être encore plus. Ce doit être quelqu'un d'influent, ou qui a une aura particulière.
- Hum … Cette histoire m'intrigue … J'appellerai Jordan ce soir. Sa vision des choses nous aidera certainement.
- Oui …, répondit-il, en commençant à remettre de l'ordre sur leurs plateaux de petit-déjeuner. Tu as encore faim ?
- Non, merci, mon cœur … C'était parfait, sourit-elle, en s'étirant. Je vais envoyer un message à Lanie pour savoir comment va Eliott …
- Ok. Maman poule …, la taquina-t-il, avec un sourire.
- Je ne suis pas maman poule … mais … une journée sans mon petit bébé, c'est long …
- Oui, c'est long, mais tu es une vraie maman poule quand même …, affirma-t-il. Et c'est chouette, c'est génial … Je n'aurais jamais imaginé ça au début …, enfin, pas à ce point-là …
- Pourquoi ? A cause de Cosmo ?
- Oui … entre autre …, et de tout ce que tu m'avais raconté sur ton dégoût des bébés.
- Les bébés ne me dégoûtaient pas, n'exagère pas non plus ! Je n'étais juste pas fana des bébés … en général …
- Et maintenant tu en veux plein …, lui fit-il remarquer, avec son sourire taquin, tout en déposant les plateaux, un par un, sur la commode.
- Je ne me souviens pas avoir dit ça …, sourit-elle.
- Normal, tu dormais. Tu parles en dormant, mais je l'ai bien entendu moi, affirma-t-il malicieusement, en venant se glisser de nouveau sous la couette tout contre elle.
- Vraiment ? Et qu'ai-je dit ? lui répondit-elle, amusée, sachant pertinemment qu'elle ne parlait pas en dormant.
- « Oh Castle, fais-moi plein de bébés ! » ….
Elle éclata de rira, ce qui le fit rire lui-aussi, alors qu'il se jetait sur elle, pour la couvrir de baisers.
