Un autre chemin à emprunter
Résumé du chapitre précédent :
Après avoir capturé une créature nommée Gollum, qui les suivait depuis la Moria, Frodon l'engage à les aider à sortir des Emyn Muil. Gollum promet sur le Précieux qu'il ne les trahira pas et qu'il les mènera vers la Porte Noire du Mordor. Mais sa parole est-elle digne de confiance? Frodon prend le risque, bien que Sam reste très dubitatif sur ce point. Gollum les guide cependant efficacement hors des Emyn Muil et continue sa route à travers le Marais des Morts. C'est durant cette traversée, dans ce lieu répugnant et rempli de cadavres, que Sarah a cependant l'occasion de découvrir ses sentiments à l'égard d'un certain hobbit…
Sarah releva la tête. Venue de l'Ouest, une immense créature noire et ailée, dotée d'un long cou, s'approchait d'eux à toute vitesse. Tout en volant, il poussa un rugissement qui ébranla les os de la jeune hobbite. Alors qu'elle courait se cacher, elle avisa une silhouette assise sur le dos du monstre et qui tenait des rênes. Elle n'en crut pas ses yeux. C'était un Nazgûl! La frayeur lui coupa les jambes et elle tomba par terre. Elle vit Frodon qui accourait vers elle, les yeux hagards. À ce moment-là, le Nazgûl poussa de nouveau son cri strident et poignant. Frodon s'écroula. Il lui semblait sentir de nouveau la lame de son épée maudite s'enfoncer dans son épaule.
De sa cachette, la voix angoissée de Sméagol leur parvint. Cela paniqua encore plus Sarah, qui se releva tant bien que mal pour se porter au secours de Frodon. Elle le releva et le traînant presque, l'amena dans la cachette où Sam le prit et le poussa tout au fond.
« Il l'appelle! Il appelle le Précieux! » gémit Sméagol.
En effet, les cris se faisaient répétés, insistants, effrayants. Sarah se boucha les oreilles et grinça des dents. La main de Frodon glissa sous sa chemise pour prendre l'anneau, mais Sam l'en empêcha en empoignant cette main dans la sienne.
« Ça va aller, je suis là M. Frodon. »
Sméagol se recroquevillait sur lui-même et se bouchait les oreilles. Le spectre ailé fit plusieurs tours dans le ciel, couvrant toute l'étendue des marais, puis avec un dernier rugissement et cri strident, s'éloigna. Bientôt, il ne fut plus qu'un point noir dans le lointain. Sméagol se risqua à l'extérieur et commanda urgemment :
« Vite les hobbits, il faut y aller! Oui, il le faut! »
Sam souleva Frodon pour le remettre sur pied, et péniblement, ils continuèrent leur route à travers les marais. Deux autres nuits passèrent, quoique c'était dur de le dire puisqu'il faisait tout le temps sombre. Sarah remarqua cependant que la terre durcissait sous ses pieds, et espéra que le marais allait bientôt céder la place à la terre ferme. Elle voulut plusieurs fois parler à Frodon, mais s'était toujours ravisée au dernier moment. « À quoi bon? Je ne ferai que balbutier et m'étrangler avec mes mots » pensa-t-elle.
Frodon était patient, mais il lui sembla que chaque jour qui passait, son amour pour la jeune hobbite croissait. De plus en plus souvent, il lui arrivait de la regarder longuement sans qu'elle s'en rende compte. Mais sa timidité et son incertitude l'empêchait d'en parler à Sarah. Et des jours s'écoulèrent encore ainsi, sans que des changements majeurs ne surviennent sur leur chemin.
Un jour, alors que tout le monde traînait des pieds et faisait une mine sombre, Sméagol poussa un petit cri et siffla longuement avant de taper du poing sur le sol en sautillant.
« Regardez! Nous vous avons sortis! Fini les marais, fini! »
Sarah releva sa tête, qui lui semblait peser des tonnes, et vit qu'en effet, les flaques d'eau sale finissaient à quelques mètres de l'endroit où elle se tenait. Esquissant un sourire, elle se précipita et posa un pied sur la terre ferme. Frodon et Sam hâtèrent aussi leurs pas et rejoignirent Sarah et Gollum.
« Il était temps! » grogna le jardinier.
Gollum cracha par terre et une petite lueur mauvaise s'alluma au fond de ses yeux. Mais les trois hobbits étaient trop soulagés pour yfaire attention. Gollum se mit devant eux et désigna un petit mur miniature dans le lointain, au bout d'une plaine sèche, chaude et aride dégageant des effluves de fumée.
« C'est la Porte Noire! La Porte Noire est tout près! »
« Tout près… moi ça m'a pas l'air si près que ça. » ronchonna le jardinier.
Sarah sentit néanmoins un petit pincement au cœur. C'est vrai qu'ils étaient presque au bout de leur première quête : trouver la Porte Noire. Mais pour la seconde, et probablement la plus périlleuse, ils n'auraient pas la même chance. Lentement, ils traversèrent la plaine sans vie, sentant la malveillance de ces lieux les écraser comme de vulgaires insectes. L'anneau se faisait très lourd et Frodon avait parfois l'impression que son corps allait basculer en avant pour ne plus jamais pouvoir se relever. Il lui semblait aussi que la chaîne allait se casser à tout moment et que l'anneau, tellement lourd, tomberait et s'enfoncerait dans la terre dans des profondeurs inimaginables, et ce serait la fin. Sarah voyait bien qu'il souffrait, mais elle ne savait que faire pour l'aider. Une fois, une seule, elle osa prendre un bras et le serrer un instant pour lui donner courage.
Enfin, ils arrivèrent derrière une petite montagne de rochers noirs. Ils se cachèrent derrière et s'assirent pour reprendre leur souffle, puis ils entreprirent la montée pour aller espionner l'entrée de la Porte.
Non sans difficultés, ils arrivèrent en haut. S'aplatissant contre la roche et levant juste un peu la tête pour pouvoir regarder en bas, ils découvrirent deux immenses battants de Porte, qui fermés, ressemblaient à un grand et énorme grillage en acier dont les barreaux étaient aussi épais que des troncs d'arbre.
« La Porte Noire du Mordor! » susurra Gollum avec effroi.
Deux immenses tours de garde se dressaient de chaque coté de la Porte avec des sentinelles qui épiaient jour et nuit.
« Par Éru, l'Ancien aurait une ou deux choses à dire s'il nous voyait à l'heure qu'il est! » fit Sam.
Frodon parcourait la Porte des yeux, cherchant une faille. Mais il n'en trouva aucune. Désespéré, il se tourna vers Sarah, qui secoua la tête.
« Ça y est – fit Sam d'une toute petite voix – on ne passera pas, M. Frodon! »
« Ne dis pas n'importe quoi Sam. Si on a réussi à venir jusqu'ici, on trouvera un moyen de se glisser par cette Porte. » déclara Sarah.
« Ah oui? Et comment voulez-vous passer par la Porte si elle n'est même pas ouverte? »
« On attendra qu'elle s'ouvre. » fit-elle, maissans conviction.
« Et combien de temps tu penses qu'on devra attendre? Un jour, deux jours, une semaine peut-être. Ou même un bon mois, sans être pessimiste du tout. »
« Arrête! Si tu as une meilleure solution, propose-la! »
« Mais j'en ai pas… »
« Alors arrête de te plaindre, tu nous casses les oreilles! »
Le caractère revêche de Sarah avait refait surface pendant la conversation et elle commençait à s'énerver. Sam baissa humblement la tête car ce n'était pas son genre de trop répliquer. Sarah se rendit cependant compte qu'elle n'avait pas été très polie. Elle jeta un regard embarrassé à Frodon, mais ce dernier avait pris sa tête dans ses mains. Autrefois, elle aurait gardé un silence glacial, mais cette fois-ci, elle se murmura faiblement :
« Désolé Sam, oublie ce que j'ai dit. »
« Non, en fait c'est ma faute Miss. Je vous demande pardon. »
« Plus de « miss » s'il te plaît, qu'est-ce qu'on avait dit? »
« Je… j'essaierai de m'en souvenir la prochaine fois. »
Frodon releva la tête et regarda avec soulagement la conversation se terminer sur un ton amical. Gollum, en retrait, observait ces étranges hobbits qui passaient d'une émotion à une autre. Il se secoua violemment et prit une roche dans sa main pour l'écrabouiller. Il ne les comprendrait jamais. Ce fut alors qu'un bruit de cor retentit à leur droite, suivi d'un bruit de bottes en acier frappant sur le sol rocheux. Le bruit de pas était rythmique et cadencé. C'était peut-être une armée qui approchait. Les hobbits et Gollum se cachèrent encore mieux derrière le rebord de roche de leur promontoire et attendirent.
Bientôt, l'armée en question défilait devant eux, armes au poing et habillés d'une façon étrange. Ils ressemblaient à ces bandits de l'Ouest dont les hobbits en avaient vaguement entendu parler. Leurs visages étaient cachés par un foulard de soie rouge qui ne laissaient voir que leurs yeux. Ainsi, on ne pouvait pas savoir si c'était des hommes ou des femmes. Mais ils étaient des humains malgré tout, et ils venaient pour renforcer les rangs de l'ennemi. Sarah sentit une bouffée de colère l'envahir.
L'un des hommes à l'avant aboya un ordre dans une langue qu'ils ne connaissaient pas et un cor leur répondit depuis l'intérieur de la Porte. Un sourd grincement commença à s'élever et le sol vibra. Lentement, très lentement, la Porte commença à s'ouvrir, faisant d'abord apparaître une brèche étroite, puis une large fissure, puis tout un passage. Le rang de bandits s'ébranla et les premiers entreprirent de passer le seuil de la Porte de leur même pas cadencé. Frodon et Sarah se jetèrent un regard entendu. Le temps leur était désormais compté.
Mais à partir de ce moment, tout se passa très vite et pas du tout comme ils avaient plané. Frodon tourna la tête pour appeler Sam mais s'aperçut que son jardinier n'était plus derrière lui.
« Regardez M. Frodon! Je vois un passage! »
Il entendit cela en même temps qu'il se sentit tiré par la manche par Sarah. Il regarda le grand rocher un peu détaché sur lequel Samétait penché, presque à découvert, puis un grand cri sort de la bouche de ce dernier au moment où le rocher glissa et bascula vers l'avant, l'entraînant avec lui.
« Sam! » cria Frodon en se levant.
« Non, maître! N'allez pas par là! Pas par là! » s'étrangla Gollum en bondissant.
Mais trop tard. Frodon s'étaitdéjà élancé. Profitant de la poussière qu'avait soulevé le gros rocher en tombant et du bruit de l'éboulis de petits calloux, il se laissa glisser le long de la pente en freinant avec son pied. Sarah, bien sûr, voulut le suivre, mais Gollum la tira en arrière d'une seule main. Elle tomba sur lui en grognant, mais se releva très vite, ses yeux jetant des éclairs. Elle ne pouvait plus se risquer à rejoindre Frodon car deux bandits s'étaient détachés des autres pour chercher la cause de l'avalanche. Alors qu'ils regardaient droit dans sa direction, Sarah s'aplatit sur le solpour se cacher, tandis que Frodon profitait du faitque l'attention de leurs ennemisfusse focalisé ailleurs pour se laisser glisser sur les derniers mètres qui le séparaient encore de Sam, dont il ne voyait que la partie supérieure du corps. Le jardinier semblait être à moité enterré dans le sol et faisait de gros efforts pour se dégager.
Enfin, Frodon arriva près de lui. Sans échanger un seul mot, il prit Sam par le bras et essaya de le déterrer. Les deux bandits qui étaient venus faire leur ronde ne semblaient pas satisfaits même en ne voyant personne, puisqu'ils continuaient à avancer, sans le savoir, vers l'endroit où se tenaient les deux hobbits. Frodon tira et tira, mais Sam semblait solidement enterré. Le Porteur de l'Anneau écouta avec angoisse les pas de leurs ennemis s'approcher. C'est alors qu'une idée lui vint : il se jeta contre Sam et les recouvrit tous deux avec sa cape elfique. Cette dernière devint aussitôt couleur gris cendre, se fondant dans le décor environnant.
Les deux bandits s'approchèrent et s'arrêtèrent tout juste devant Frodon et Sam dissimulés sous la cape. Ils ne payèrent aucune attention à cette masse grise qu'ils prenaient pour un rocher, mais balayèrent plutôt le haut de la falaisede leurs yeux perçants. Sam sentit les muscles contractés de son maître et sa respiration irrégulière juste derrière son cou. Frodon essayait de ne pas trembler. En levant un peu le bord de sa cape, il aperçut, ainsi que Sam, les souliers en acier des deux hommes du Sud. Ils virent aussi les ombres de leurs armes se balancer dangereusement au dessus d'eux. Après avoir scruté avec attention tous les recoins derrière les rochers, les hommes se déclarèrent enfin satisfaits et tournèrent les talons. La file d'hommes était presque entièrement passée de l'autre côté de la Porte.
Frodon attendit que ces deux hommes réintégrissent complètement leurs rangs avant de se risquer à abaisser sa cape. Il respira plus librement et tira de toutes ses forces Sam par le bras. Ce dernier sentit sa hanche se libérer. Serrant les dents, il se hissa hors de son trou tandis que Frodon balayait à son tour les hauteurs rocheuses, inquiet pour Sarah. La jeune hobbite n'avait rien vu depuis sa cachette. Ce n'est que lorsqu'elle entendit le bruit des pas militaires s'éloigner qu'elle osa relever la tête. Elle vit que Frodon et Sam était indemnes et que les derniers rangs de bandits achevaient de passer la Porte. Gollum était toujours recroquevillé sur lui-même et se bouchait les oreilles avec ses mains. Ne lui accordant pas un seul regard, Sarah se leva et entreprit de prendre la même route que Frodon pour descendre jusqu'à lui. Son passage créa un autre roulement de pierres.
Gardant les yeux au sol, elle jura intérieurement. Un autre éboulis eut lieu et de la poussière s'éleva du sol. Gardant son attention rivé sur ses pieds, elle ne vit pas Frodon lui faire de petits gestes désespérés pour lui intimer de rester où elle était. L'un des deux hommes s'était arrêté pour regarder la couche de poussière se soulever une nouvelle fois du sol. Il ne pouvait pas y avoir autant d'éboulis en seulement quelques minutes d'intervalle. L'homme plissa ses yeux méfiamment et à une vitesse hallucinante, sortit une flèche de son carquois et banda son arc qu'il dirigea vers le milieu de l'éboulis, attendant patiemment que le poussière retombe. Sarah toussa au milieu de la poussière et fit un pas de plus. De grosses pierres glissèrent sous ses pieds et la jeune hobbite essaya désespérement de se retenir à quelque chose.
Elle sentit le sol céder sous elle, l'entraînant vers l'avant. À sa grande terreur, elle commença à glisser vers le bas. Frodon se mordit la lèvre et se tendit. Sam, qui s'était dégagé, regardait la scène avec stupeur. L'homme tendit encore plus la corde son arc, sa flèche prête à partir, ses yeux plissés sous l'effet de la concentration. Les pierres roulaient de plus en plus vite sur la pente et Sarah était entraînée par elles, impuissante à s'accrocher à quelque chose de stable.
Tout à coup, elle vit un gros rocher en bas, planté au milieu de la pente. Tout se passa très vite alors, sans qu'elle ait eu le temps de réfléchir. Lorsqu'elle arriva enfin au niveau du bloc rocheux, semblable à un écueil au milieu des vagues, elle s'accrocha d'une main. Elle ressentit une douleur cuisantelorsque ses doigts s'écorchèrent sur la surface brute de la roche, mais elle tint bon. Au même moment, elle leva les yeux et aperçut l'homme et son arc pointé sur elle. Sous l'effet du choc et de la peur, elle faillit lâcher prise.
L'homme ne l'avait pas encore vue, ne savait même qu'il la tenait presque dans sa ligne de mir. Il suivait toujours l'éboulis des yeux. Mais, lorsque la poussière serait retombée, il la verrait! Ce n'était plus qu'une question de secondes. Se levant comme elle pouvait, elle raffermit sa prise avec son autre main et réussit à remonter la pente pour se tapir derrière le rocher. La poussière retomba. L'homme, bien concentré, scruta tous les recoins, ne laissant rien au hasard. Son regard s'attarda sur le gros rocher. Frodon se croisa les doigts et pria pour qu'il ne découvre pas Sarah. Tout cela n'avait pas duré plus d'une minute.
Le bandit restait suspicieux. Les muscles de ses bras se tendirent encore plus. Sarah serrait les genoux contre sa poitrine en sentant une crise de panique l'envahir. Tout à coup, un sifflement traversa l'air et le rocher vibra lorsque la flèche ricocha sur sa surface. Sarah laissa échapper un hoquet de terreur et s'apprêta dès lors à recevoir toute une volée de flèches. Elle commença à tremblerincontrolablement,remplie de frayeuret de doutes.
Mais plus aucune flèche ne fit entendre son sifflement féroce. En fait, l'homme avait tiré par accident. Il était très concentré lorsqu'il avait senti une main s'abattre sur ses épaules. Sous l'effet de la surprise, il avait lâché la flèche qui avait suivi une trajectoire bien tracée pour aller ricocher sur le rocher derrière lequel Sarah se cachait tant bien que mal.
Après avoir lâché sa flèche, le bandit mécontent se retourna pour voir un de ses compagnons lui faire signe de se dépêcher de franchir la Porte. Pendant que toute leur attention avait été dirigée vers la falaise, la Porte avait presque achevé de se refermer. Bientôt, l'accès au Mordor serait interdit de nouveau. L'archer jeta un dernier regard par dessus son épaule avant de ranger son arc d'un mouvement souple. Ensuite, il emboîta le pas à l'autre. Ils disparurent dans l'ombre des battants.
Frodon se détendit et reporta son attention sur la Porte. S'il espérait toujours entrer par là, il lui fallait se dépêcher. Sarah, ne sachant pas qu'elle était hors de danger, n'osait pas se montrer. Elle croyait que l'homme la visait toujours avec une autre flèche. À chaque seconde, elle s'attendait à entendre un sifflement et à sentir une flèche pénétrer dans son corps comme un vil serpent. Frodon, en bas, regardait dans sa direction pour tenter de l'apercevoir. Il sentait l'adrenaline remonter de nouveau dans son corps. Sam le tira par le bras.
« M. Frodon! La porte, elle va se fermer! Qu'est-ce qu'on fait? »
Frodon se tourna encore vers le rocher.
« Sarah! » appela-t-il.
Peine perdue, elle ne pouvait pas l'entendre à cette distance. De plus, il n'osait pas hausser le voix. La Porte continuait à se refermer. Frodon courut derrière un rocher et observa la fissure rapetisser de plus en plus avec un sentiment de rage et d'impuissance. Il pouvait encore entrer avec Sam, mais ce serait abandonner Sarah une nouvelle fois. Cependant, la quête était plus importante, il ne pouvait pas abandonner sa quête! Quoiqu'il fasse, il y avait toujours quelque chose à sacrifier. Il en avait marre. Pourquoi tout cela lui arrivait à lui? Ses mains se crispèrent sur la terre meuble tandis qu'il regardait le grand rocher avec insistance, comme si son regard pouvait amener Sarah à relever la tête.
Et ce fut ce qui se passa. Soit étonnée par le silence et par le fait qu'elle soit toujours vivante, soit parce qu'elle avait sentit la prière silencieuse de Frodon, Sarah releva la tête et regarda en direction de la Porte. Un seul coup d'œil lui suffit pour évaluer l'urgence de la situation. Les jambes encore flageollantes, elle sortit de derrière le rocher et dévala rapidement la pente. Il ne restait plus qu'une toute petite fissure par laquelle seuls des hobbits pouvaient encore passer.
Frodon était angoissé, fâché, effrayé… beaucoup trop de sentiments se bousculaient en lui. Il se sentait sur le point de flancher. Sarah arriva près de lui et il poussa un léger grognement. Se mettant sur ses pieds, il se prépara à bondir.
« Je ne vous ai pas demandé de venir avec… » commença-t-il d'une voix rauque.
« Je vous suis M. Frodon! – le coupa Sam – bien que je doute que ces capes elfiques puissent nous cacher là-bas. »
Sarah paraissait mal en point ; son teint était livide, mais elle hocha courageusement la tête.
« Ok, tenez-vous prêts… maintenant! »
Les trois hobbits s'élancèrent…mais retombèrent brutalement sur leurs derrières. Gollum les avais saisis par le col de leurs vêtements et les avait tirés à la dernière seconde. Le temps qu'ils se relèvent, la Porte noire se referma complètement avec un grand « bang » sonore. Frodon demeura un instant figé, ne pouvant pas croire qu'il venait de rater la plus belle occasion de pénétrer en Mordor. Quand il assimila complètement la nouvelle, il se sentit soulagé de ne pas avoir à affronter les ténèbres de l'autre côté, mais aussi furieux de cette intervention. Quand il regarda Gollum, ses yeux étaient chargés de colère.
Gollum déglutit, siffla puis gémit.
« Il… il ne faut pas aller par là! Le Seigneur des Ténèbres veut le Précieux. Depuis longtemps, il le cherche…il le cherche. Et le Précieux veut retourner à son maître. Il ne faut pas le lui amener! Par pitié, ne lui amenez pas le Précieux! »
Tout en parlant il caressait la manche de Frodon. Ce dernier le repoussa avec colère.
« Pourquoi avez-vous fait cela? Depuis quand êtes-vous là? »
« Nous… nous vous prions de ne pas… aller par là. Il… il y a un autre chemin pour le Mordor, oh oui! Plus secret, plus sombre! »
« Je m'en fiche! Vous allez payer pour ça, vous allez voir! »
« Non, Frodon – s'opposa Sarah faiblement – ne fais pas ça. Essaie de te calmer, je t'en prie. Ce n'est pas le bon endroit pour crier, regagnons ces rochers, là haut. »
En se tournant vers elle, Frodon serra les poings. En croisant son regard, Sarah sentit un petit picotement au cœur. Elle ne l'avait jamais vu aussi en colère, sauf une fois, et c'était…
« Comment oses-tu me faire la morale! C'est à cause de toi que tout est arrivé! Si tu n'étais pas descendue de ton poste en étant si distraite et en provoquant tout ce bruit, jamais le garde ne nous aurait fait perdre autant de temps! Et on serait parti avant même que cette créature – il désigna Gollum – n'ose sortir de son trou! »
La bouche de Sarah s'ouvrit en une expression de protestation, mais elle n'eut pas la force de dire quoi que ce soit. Sam non plus n'en croyait pas ses oreilles. Mais Frodon n'en avait pas fini.On sentait le roulement de sa colère dans chacune de ses syllabes.
« Tu ne peux pas être plus prudente? – siffla-t-il - Il faut toujours que tu essayes de faire impression! Et où est-ce que ça nous mène? Regarde par toi-même où est-ce que ça nous a mené! »
« Mais ce n'est pas sa faute. » protesta Sam.
L'anneau s'était alourdi depuis quelques minutes, et Frodon en était d'autant plus agacé. Il ne lui arrivait pas souvent de se mettre en colère comme cela, mais quand le moment arrivait, il sentait l'orage en lui. Profitant que le jeune hobbit reprenait son souffle, Sarah baissa la tête et murmura :
« Je suis désolée, Frodon. »
Ce dernier n'arrivait pas à se débarrasser de sa colère. La lourdeur de l'anneau grandit et Frodon le prit dans sa main pour alléger la pression sur sa poitrine. Sarah, toujours sans regarder Frodon, se leva.
« Où est-ce que tu vas comme ça? »
Sarah était toute pâle et tremblante. Elle chancela, et Sam courut la soutenir. Mais la jeune hobbite l'arrêta par un geste de la main. Frodon l'apostropha de nouveau :
« Hey, je t'ai posé une question! »
La jeune hobbite se sentit plier sous ses paroles acides. Ce n'était plus de la colère, c'était de la méchanceté. Jusque-là, elle ne l'avait pas regardé, mais à cet instant, elle leva la tête. Leurs yeux se croisèrent. Frodon y lut unedouleur et une déception encoreprofonde que la sienne,comme si elle avait été poignardée en plein coeur.Frodon éprouva un profond remords, et ce sentiment parvint en quelque sorte à briser sa barrière de colère. Il prit conscience, avec horreur, de son attitude et de ses paroles. Oubliant le poids de l'anneau, il se mit debout et retint Sarah par le bras.
« Oh, Sarah! Je... Qu'ai-je dit? Qu'ai-je fait?Jenel'ai pas voulu.Je ne sais pas ce qui m'a pris. »
Sarah ne répondit pas. Après avoir entendu ce changement de ton, elle sentit des larmes lui monter aux yeux en éprouvant un fort chagrin. En quelque sorte, elle savait qu'il n'avait pas voulu dire ces choses, mais il les avait dites, et cela lui avait fendu le cœur.
« Voilà donc tout ce que tu penses de moi. Tu t'es vidé le cœur, n'est-ce pas? »
Ces derniers mots furent prononcés avec une telle amertume que même Sam se sentit mal.
« Je te jure que je n'ai pas pensé un seul mot de ce que j'ai dit! Je suis vraiment, sincèrement désolé, je ne sais pas pourquoi j'ai dit tout ça. Ce n'est pas possible, qu'ai-je fait? Tu as risqué la mort là haut, et tout ce que j'ai trouvé à dire, c'est… »
Il se passa la main dans les cheveux, effrondré. Sarah leva les yeux vers lui, il semblait vraiment regretter ses paroles. D'ailleurs, Frodon avait toujours été calme, réfléchi, et ne faisait pas de grosses colères pour rien. Ce n'était peut-être pas normal, après tout. D'autant plus qu'ils étaient tout près du Mordor, où les esprits maléfiques rôdaient. Elle se rendit compte qu'il n'avait pas été lui-même. Son air démoli le montrait.
« Me pardonneras-tu jamais… » murmura-t-il.
Une seule larme roula sur sa joue tandis que Sarah hochait la tête et cachait son visage derrière ses cheveux. Bientôt, elle sentit Frodon arriver devant elle puis la serrer contre lui.
« Pardonne-moi, je t'en supplie. » souffla-t-il à son oreille.
Sarah inspira profondément. Le vent se leva et souleva en arrière ses longs cheveux. Tout n'était que silence, le monde semblait retenir son souffle…
« Ce n'est pas grave, je sais que tu ne pensais pas ce que tu disais » répondit-elle finalement.
Elle sentit le corps de Frodon se détendre tandis qu'elle-même ressentait une nouvelle sérénité. Ils s'éloignèrent l'un de l'autre au moment même où Sam et Gollum, restés en retrait pendant toute la discussion, s'approchaient d'eux. Sam regarda Sarah et Frodon à tour de rôle, puis soupira.
« Allons nous-en d'ici. Cet endroit ne me dit rien qui vaille. »
« Mais on doit au moins attendre une autre opportunité! » protesta Frodon.
« Non! – cria Gollum – je vous dis qu'il y a un autre chemin! Oui, un autre! »
« Un autre chemin? »
« Vous mentez! – s'insurgea soudain Sam – c'est un piège M Frodon! Il ne faut pas l'écouter! »
« Non! Non! Il y a un chemin, personne ne le connaît. Il y a d'abord un sentier puis un escalier et enfin un…un tunnel. »
« Foutaises! Et pourquoi vous ne nous en avez pas parlé auparavant? » aboya Sam.
« Parce que le maître ne l'a pas demandé! »
Sarah pensa, non sans quelque ironie : « Il marque un point ».
« C'est vrai – approuva Frodon – mais il nous a mené jusqu'ici, il a tenu sa promesse. »
Il hésita encore un moment, d'autant plus que Sam lui faisait « non » de la tête, mais finalement il décida :
« D'accord. On va vous suivre. Cet endroit ne me plaît pas non plus… »
Après avoir jeté un regard accusateur aux deux tours noirs, il ajouta :
« Trop de cruauté, trop de haine. Menez le chemin, Sméagol. »
Le concerné hocha la tête avec soumission puis bondit en avant.
« Sméagol? » marmonna Sam avec suspicion.
« Oui, c'est son vrai nom. Son nom de hobbit. »
Sam était abasourdi, mais Frodon ne lui laissa pas le temps de placer un commentaire. Il s'approcha de Sarah, et gentiment, l'amena avec lui derrière Sméagol. Quand le jardinier sortit finalement de sa torpeur, les autres étaient déjà loin. Secouant la tête et clignant des yeux, il murmura pour lui-même : « Ça, pour une nouvelle… » Puis plus haut :
« Hey, attendez-moi! »
Réponses aux reviews :
Vilya0 : Je te pardonne pour le retard lol, bien sûr. Moi aussi j'ai eu des probs avec les reviews des autres personnes. D'ailleurs, j'ai du mal à poster tout court, que ce soit review, chapitre, ou n'importe quoi. Alors si les chaps prennent du temps, c'est parce que je me débats avec comme avec un lion féroce. Oui on sait depuis longtemps que Sarah a le béguin pour le petit Fro, mais c'était tout de même excitant pour moi d'écrire ce passage. Ouais, je sais qu'avec chat tu voulais pas dire l'animal, mais comme je suis pas anglophone, je catche toujours pas, désolé.. air gêné . Eh bien, je suis dans le système français parce que je suis à Québec, donc ici 80 du monde parle français, donc finalement, c'est plus si étonnant que ça. Merci pour tes encouragements… et j'espère que la suite t'a plut. Namarie!
