Bonjour à tous ! :D

Me revoilà avec cet avant-dernier chapitre ! (avant-dernier, mon dieu …)

Merci à tous ceux qui ont pris le temps de me laisser une review depuis la dernière fois : Toutouille, Melior Silverdjane, milyi, fuyuki417, bloues, et Ninlhinn et à tous ceux m'ayant ajouté en follow/favorite !

Je vous laisse sans plus attendre avec ce chapitre, enjoy !

Bloues : merci beaucoup pour ta review, quant au chemin que Elewë suivra je te laisse le découvrir dans ce chapitre et le prochain ;)


Jusqu'au bout de la nuit

Uich gwennen na 'wanath ah na dhín.

An uich gwennen na ringyrn ambar hen.

Boe naid bain gwannatgar,

Boe cuil ban firitha.

Boe naer gwannathach.

Tu n'es pas lié à la perte et au silence.

Car tu n'es plus attaché aux cercles de ce monde.

Toutes choses doivent un jour partir,

Toute vie est destinée à s'éteindre.

Faisant ton deuil tu dois partir, (et pourtant tu n'es pas sans espoir). (1)

Les dernières paroles du chant restèrent suspendues quelques secondes dans les airs, retenues un dernier instant dans la pensée de chacun, avant de s'évanouir alors que la musique s'estompait. Un silence révérencieux se fit sur l'assemblée réunie autour d'un immense brasier symbolique. Des étendards de la Lórien, d'Imladris et de la Forêt Noire étaient placés tout autour et ondulaient sous la caresse du vent venant souffler sur les Elfes réunis.

Le visage dirigé vers le bas, Elewë se recueillait une dernière fois, laissant les paroles du chant l'imprégner. À ses côtes se tenait Aranwë, prenant appui sur son bâton pour soulager sa jambe. Le vétéran avait le regard dans le vide, fixant d'un air absent le brasier en face de lui. Nul doute que son défunt frère occupait son esprit.

Les deux Elfes avaient rapidement cheminé à travers les couloirs d'Imladris, Elewë faisant confiance à son compagnon pour les guider dans la cité. Ils avaient passé les grandes portes et étaient arrivés juste à temps au grand espace dégagé à la sortie de Fondcombe, là où se déroulait la cérémonie.

Plusieurs centaines d'Elfes étaient déjà réunis autour du grand feu qui avait été dressé là. Les morts ayant déjà été enterrés à Fornost ou en chemin pour y arriver, la mise en terre n'avait pas lieu d'être, et ce brasier avait été l'alternative trouvée. Sa chaleur se répandait sur plusieurs mètres tout autour, et était bienvenue pour contrecarrer les effets du vent.

Alors qu'ils s'étaient approchés en silence du rassemblement, une douce et triste musique s'était élevée, jouée par un harpiste et une violoniste juchés sur la petite estrade placée à côté du feu. Reconnaissant le chant, tous les Elfes réunis avaient alors joint leurs voix à la musique, brisant le silence et le souffle du vent. Elewë avait eu des frissons en entendant toutes ces voix se mêler dans un ensemble d'une beauté indescriptible et d'une pureté incroyable, ultime hommage à leurs amis, leurs proches, leur famille.

À présent l'assemblée attendait que le Seigneur Elrond, qui s'avançait sur la petite estrade en compagnie de ses enfants, prononce les dernières paroles. Ce dernier s'arrêta et attendit d'avoir l'attention de tous.

« Je ne m'attarderais point en un long discours, nous savons malheureusement tous pourquoi nous sommes réunis ici, et chaque personne connaît la valeur et la bravoure de celui à qui elle est venue rendre hommage. Le sacrifice de tous ces Elfes ne sera jamais oublié, tant qu'il y aura quelqu'un pour se souvenir d'eux et de leur geste. Puissent-ils avoir entamé une nouvelle ère de paix. » Il marqua une pause, observant la foule acquiescer. « J'invite à présent chaque personne qui le souhaite à venir brûler un objet ou un souvenir. Ce soir, vous serez tous libres de rejoindre la Salle des Fêtes pour égayer vos esprits après ces derniers jours éprouvants. Je vous remercie de votre attention. »

Tous ceux qui étaient venus simplement par respect se mirent alors en route vers la cité, tandis que ceux qui restaient commençaient à former une ligne avançant jusqu'au brasier. Certains offraient aux flammes une fleur, un livre, un objet personnel d'autres allaient jusqu'à déposer l'instrument de musique de prédilection ou l'arme de la personne si cette dernière n'avait pas d'enfant ou de famille à qui la transmettre.

Elewë se tint immobile, observant l'étrange procession s'avancer, chaque Elfe prenant le temps d'énoncer quelques mots avant de brûler son offrande aux flammes. Aranwë était toujours à ses côtés, et regardait comme elle le brasier et les personnes se trouvant devant. Il se tourna alors vers la jeune Elfe, et l'incita du regard à les imiter. Mais Elewë n'avait rien pris sur elle ayant appartenu à son ami.

Se souvenant soudainement de la petite statuette de bois, la Galadhrim glissa la main dans sa poche et en ressortit le majestueux cerf sculpté par Lindir. Regardant à nouveau Aranwë, elle le vit acquiescer, et elle s'avança alors vers le grand feu. Après quelques instants d'attente, elle put enfin s'approcher des flammes.

La chaleur dégagée par le brasier vint lui rougir les joues et imprégner tout son corps. Elewë était à présent convaincue que c'était la bonne chose à faire. Après quelques secondes, elle tendit la main fermée autour du cerf quelques centimètres au-dessus des flammes, et ferma les yeux, murmurant une courte prière aux Valar, leur demandant d'accueillir Lindir à Valinor.

La jeune Elfe ouvrit les yeux et desserra les doigts autour de la statuette, et la regarda tomber comme au ralenti dans le feu puis se faire lécher par les flammes jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien. Par ce geste symbolique, cette purgation spirituelle, Elewë décidait définitivement non pas de tourner une page de sa vie, mais d'en commencer une autre où Lindir serait toujours présent au fond d'elle.

La jeune Elfe finit par quitter la chaude étreinte du brasier et rejoignit Aranwë qui était resté à l'endroit où elle l'avait quitté. En le regardant, Elewë eut l'intime conviction qu'il savait ce qu'elle ressentait et l'effet que cela avait eu sur elle. Elle lui sourit et le remercia d'un geste de la tête.

« Viendrez-vous au banquet ce soir ? » demanda alors Aranwë après quelques secondes de silence.

Surprise par sa question, Elewë resta muette quelques instants, n'ayant pas encore eu le temps d'y réfléchir.

« Je pense que cela vous ferait du bien, » poursuivit le vétéran en la voyant hésiter. « Cela vous permettra de vous changer les idées et de mettre tout cela derrière vous. N'oubliez pas que je parle d'expérience, » ajouta-t-il en riant légèrement.

Elewë repensa à ce que Arwen lui avait dit la veille, et la résolution qu'elle venait de prendre. Oui, cela pourrait effectivement lui faire du bien. Un seul problème persistait cependant.

« Vous m'avez convaincue, Aranwë. Malheureusement, je n'aurai rien de convenable à revêtir pour l'occasion. Il n'est pas question de donner encore plus sujet aux discussions qui vont bon train à mon égard, venir habillée comme je le suis n'est décemment pas possible. »

« Je crois pouvoir remédier à ce détail. » fit alors une voix dans son dos.

Se retournant, Elewë vit s'avancer Arwen.

« Aranwë, je suis ravie de vous revoir » salua gracieusement l'Étoile du Soir en lui adressant un sourire chaleureux.

« Moi de même, Dame Arwen, » répondit le vétéran sur le même ton.

« Je vous emprunte Elewë, il semblerait que nous ayons un problème à résoudre. » enchaîna-t-elle rapidement, sans laisser le temps à la jeune Elfe de la saluer. Aranwë acquiesça et l'Undomiel attrapa le bras de la Galadhrim pour la conduire vers la cité. Elewë esquissa un vague geste à l'attention du vétéran auquel celui-ci répondit dans un sourire. Elle tourna alors son attention vers Arwen.

« Vous connaissiez-vous ? » lui demanda-t-elle.

Arwen acquiesça. « Aranwë a très longtemps été mon mentor ainsi que celui de mes frères, à vrai dire je n'ai pas de souvenirs de mon enfance ici où il ne figure pas. Je l'ai toujours trouvé de bon conseil et généreux de son temps. Il semblerait qu'il vous ait pris sous son aile. » fit-elle remarquer.

« Nous nous sommes rencontrés un peu plus tôt dans la journée devant Narsil. Je n'étais pas bien et il … » dit-elle en marquant une pause.

« Il a su dire ce qu'il fallait. » compléta Arwen en souriant. « Il a ce don avec les gens. »

Elewë hocha la tête, se souvenant de ce que le vétéran lui avait dit. Il avait su trouver les mots justes au moment où elle en avait besoin.

Les deux Elfes atteignirent rapidement les portes de la cité et se dirigèrent vers le bâtiment principal où le Seigneur Elrond, sa famille, et les dignitaires d'Imladris résidaient. Elewë se laissa à nouveau guider à travers les couloirs pour enfin parvenir aux appartements de Arwen.

Elewë fut subjuguée par la simplicité et la beauté de l'endroit. La pièce principale, meublée sobrement d'un lit et de quelques meubles, auxquels était ajoutée une touche de verdure, donnait à travers une grande ouverture sculptée dans le mur sur les jardins de Imladris et une petite terrasse couverte. Cette dernière était entourée par de fins piliers également sculptés dans le style de la cité et éclairée par de hauts chandeliers créant une atmosphère chaleureuse. Elle faisait face aux jardins boisés, au milieu desquels trônait une statue d'un Elfe jouant de la flûte, et au loin on pouvait apercevoir une petite cascade dont on entendait les clapotis.

Elewë se sentit apaisée par l'endroit, qui reflétait la douceur et la grâce de sa propriétaire. Arwen lui fit signe de s'asseoir sur une sorte de petit canapé, et ouvrit la très grande armoire en bois massif située au fond de la pièce. Elle revint quelques instants plus tard en portant plusieurs robes qui bruissaient doucement et qu'elle déposa sur son lit. Elle se décida finalement après avoir fait nombre d'aller-retour du regard entre Elewë et les vêtements, et lui présenta une longue robe d'un bleu semblable à la couleur du ciel lors d'une belle journée de printemps, aux manches longues et serrées autour du bras et à l'échancrure large. Le tissu était magnifique, Elewë n'avait jamais rien vu de tel.

La jeune Elfe eut beau essayer de convaincre Arwen qu'elle ne pouvait porter un tel vêtement, cette dernière ne voulut rien entendre, et Elewë finit par capituler. L'Étoile du Soir entreprit alors de coiffer la Galadhrim en remontant savamment une partie de ses cheveux. Durant tout ce temps les deux amies discutèrent de tout et de rien, et Elewë réalisa à quel point une autre présence féminine lui avait manqué ces derniers mois. La douceur et la gentillesse de Arwen terminèrent ce que Aranwë avait entamé, et la jeune Elfe se sentit étrangement sereine, sensation qu'elle n'avait pas ressenti depuis bien longtemps.

Lorsqu'elles furent toutes deux prêtes, la nuit commençait à tomber. Les deux Elfes quittèrent les appartements de Arwen et se dirigèrent vers la Salle des Fêtes. Une joyeuse musique parvint à leurs oreilles alors qu'elle s'en approchaient et l'écho de nombreuses conversations se fit entendre. Il semblait que beaucoup de monde avait ce soir choisi comme elle de rire et de sourire au lieu de pleurer et de regretter.

Lorsqu'elles entrèrent dans la salle, Elewë accueillit avec joie le souffle chaud qui vint caresser ses épaules dénudées. Deux larges cheminées situées aux extrémités de la pièce diffusaient une douce chaleur, de belles flambées crépitant dans l'âtre. De longues tables avait été dressées et poussées le long des murs pour libérer une grande piste de danse. Elles étaient couvertes de plats de viandes, de légumes et de gratins les pâtisseries et les dessert s'étalaient et attiraient le regard, créant une myriade de couleurs et d'odeurs, d'épices. De grands chandeliers venaient compléter ces tables lourdement chargées, apportant une lumière chaleureuse.

Le vin et l'hydromel circulaient entre les tables, des grands crus provenant des contreforts des Monts Brumeux, et emplissant les coupes qui ne restaient jamais longtemps vides. Des petites tables rondes et des chaises avaient été placées tout autour de la piste, pour que chacun puisse se poser ou manger en restant plongé dans l'atmosphère de la soirée. De grandes gerbes de fleurs et des sortes de guirlandes végétales étaient déposées et suspendues un peu partout dans la salle, contribuant un peu plus à charger l'air de leur doux parfum.

Un groupe de musiciens venait compléter ce tableau féerique. Plusieurs Elfes étaient situés dans un coin de la salle, et harpe, violon, flûte et tant d'autres jouaient une musique joyeuse et entraînante qui avait déjà attirée plusieurs danseurs sur la piste.

Elewë fut surprise de voir que la salle était déjà bien remplie alors que la soirée commençait à peine. La plupart des Elfes se contentaient pour l'instant de manger et de discuter joyeusement. Mais si on y prêtait un peu plus attention, certains sourires ou éclats de rires semblaient forcés, comme un masque que l'on revêtait pour essayer de ne plus penser et souffrir, en vain. Mais globalement l'atmosphère paraissait joyeuse et Elewë se détendit légèrement. Autant essayer de passer un bon moment ce soir.

Arwen et elle s'avancèrent vers un groupe d'Elfes, hommes et femmes réunis, qui conversaient non loin. Ils accueillirent chaleureusement Arwen et dévisagèrent quelques instants Elewë avant de reprendre leur conversation en y incluant l'Étoile du Soir, qui comme à son habitude était particulièrement à l'aise.

Il ne fallut pas très longtemps à Elewë pour commencer à s'ennuyer. Elle se sentait si ma à l'aise et maladroite, elle ne savait que dire ou faire. Ses vaines tentatives de prise de parole s'étaient soldées par un échec, et depuis plus de quinze minutes elle écoutait d'une oreille distraite la conversation qui se tenait sous son nez, une histoire d'événement à venir il lui semblait.

La jeune Elfe porta machinalement à ses lèvres sa coupe de vin, sa troisième depuis qu'elle était arrivée. Se rendant compte qu'elle était vide, elle l'échangea habilement avec une remplie posée sur un des plateaux qui circulaient. Elle parcourut du regard la salle qui se remplissait de plus en plus. Il lui semblait à présent que l'atmosphère était plus lourde, comme si les tentatives de chacun d'essayer d'oublier les événements récents étaient de moins en moins réussies, le masque commençant à se fissurer.

Ne pouvant soudainement plus supporter le groupe d'Elfes à ses côtés, Elewë se dirigea vers une des tables du banquet, et entreprit de remplir son assiette. Lorsque plus rien n'allait, la nourriture elle, était toujours de bonne compagnie. Alors qu'elle se servait de ce qui avait l'air d'être un délicieux gratin de légumes, une voix dans son dos la fit sursauter.

« Moi qui pensait que la soirée de hier soir vous aurait quelque peu familiarisée avec les coutumes de la cour. » se moqua Elladan. « Quoique cela ne me surprenne pas tant que cela de vous retrouver ici. » ajouta-t-il malicieusement.

Elewë lui rendit son sourire. « Une seule soirée ne change pas les habitudes de toute une vie Elladan. Mais je vous remercie d'avoir essayé. »

« M'accorderez-vous cette danse ? » demanda soudainement Elladan. « Vous semblez cruellement avoir besoin de vous amuser. »

Sans même lui laisser le temps de répondre, le Prince lui saisit la main et l'entraîna sur la piste de danse, sans considérer les protestations plus ou moins vigoureuses de la jeune Elfe qui finit par abandonner quand ses deux mains se retrouvèrent prises en étau dans celles de Elladan, et qu'il l'entraîna dans une danse rapide suivant le rythme de la musique. Ses réflexes prirent le dessus et les heures d'entraînement prodiguées par son père refirent surface comme si elle n'avait jamais cessé de danser depuis.

Elladan était un excellent cavalier, et bientôt Elewë se surprit à se relâcher et à sourire, devenant moins passive dans la danse, oubliant les regards posés sur eux alors qu'il n'y avait presque personne sur la piste. La jeune Elfe rit aux éclats lorsque son compagnon ne réussit pas à lui faire comprendre où il voulait la mener et qu'ils se retrouvèrent tous deux les bras emmêlés. Les quelques coupes qu'elle avait bu commençaient à faire effet, et Elewë se détendit profondément, toute trace de la tension qu'elle avait pu ressentir un peu plus tôt à présent évaporée.

Elle était à bout de souffle lorsque la musique pris fin et qu'une autre plus lente et plus douce prenait le relais. Pensant que Elladan allait la lâcher, elle esquissa le geste de reculer mais ses mains restèrent emprisonnées dans celles du Prince. Ce dernier la rapprocha à nouveau et lui jeta un regard qui n'admettait aucune réplique. Elewë fit semblant de pousser un soupir de résignation et accepta que Elladan la guide dans une sorte de valse, en profitant pour reprendre son souffle.

« Vous voyez, cela vous a fait du bien. Vous êtes bien plus belle lorsque vous souriez Elewë. Détendez-vous et essayez de profiter de cette magnifique soirée. » glissa-t-il doucement pour ne pas briser l'atmosphère apaisante qui avait recouvert la salle. Il la fixait d'un sourire encourageant et Elewë ne put s'empêcher de lui rendre son sourire, galvanisée par la danse et par la spontanéité du compliment. Il avait raison, elle était venue ici pour s'amuser et oublier ses problèmes.

La jeune Elfe se laissa aller et guider entre les bras de Elladan alors que seul le bruit du froissement des robes contre le sol venait se mêler à la musique, le reste de la salle ayant fait silence pour profiter de cette danse. D'autres couples s'étaient joints à ceux déjà présents sur la piste de danse et tournoyaient à travers la pièce dans une myriade de couleurs et de tissus.

Les dernières notes résonnèrent bientôt et alors que Elewë sentait qu'elle allait devoir batailler pour arrêter de danser, un rugissement sourd provenant de son ventre s'immisça.

« Je crois que mon corps ne souffrira pas de troisième danse Elladan, il réclame son dû après que vous m'ayez interrompue. » dit-elle en riant.

Elladan acquiesça et ils se dirigèrent vers la table où Elewë avait laissé son assiette un peu plus tôt. Le Prince la laissa alors et la jeune Elfe alla s'asseoir à une table pour profiter de son repas. Elle attrapa au passage une coupe d'hydromel et la descendit d'une traite, assoiffée après avoir dansé. Elle sentait que l'alcool commençait à lui faire effet, mais elle n'en avait cure, elle avait juste envie de profiter de cet instant. Elle aperçut Arwen sur la piste de danse et lui adressa un signe auquel cette dernière répondit.

Une fois rassasiée, Elewë resta assise et observa d'un œil distrait les couples qui dansaient et se déplaçaient devant ses yeux. Dehors, la nuit était totalement tombée et on pouvait apercevoir le ciel étoilé à travers une grande arche donnant sur une terrasse. Absorbée dans sa contemplation semi-éveillée, Elewë fut surprise lorsqu'un Elfe brun vint l'inviter à danser. Elle accepta de bon cœur, déterminée à ne pas laisser l'excitation et l'entrain retomber alors qu'elle s'amusait enfin.

Grisée par l'alcool et sa bonne humeur, la jeune Elfe ne vit pas la danse passer, ni la suivante et les autres qui suivirent, passant au bras de plusieurs cavaliers sans s'arrêter entre les danses. Elle avait le souffle court, le visage légèrement rouge, des mèches s'échappaient de sa coiffure mais un grand sourire fendait ses lèvres et éclairait son visage. Elle ne s'était pas autant amusée depuis bien longtemps.

Alors que le groupe entamait à nouveau un morceau plus lent, une silhouette vint s'interposer entre Elewë et son cavalier.

« Permettez-vous que je vous l'emprunte ? » demanda courtoisement Elrohir, même s'il était clair que la réponse attendue n'était pas négative.

L'autre Elfe s'inclina respectueusement et se retira, laissant Elewë auprès de Elrohir, un peu trop éméchée pour refuser, même si elle en avait eu envie. Elrohir l'entraîna dans une valse comme son frère avant lui, et Elewë se laissa à nouveau guider, savourant la sensation de glisser au-dessus du sol. Elle ne ressentait plus aucune gêne à l'idée de danser ainsi avec Elrohir, dans son esprit il était tout à fait clair que leur moment était passé et qu'il n'y aurait plus jamais rien entre eux. Nul doute que l'alcool l'aidait aussi à avoir cet état d'esprit.

« Vous êtes resplendissante Elewë, cette robe vous va à ravir. Je crois reconnaître là la touche de ma sœur. » chuchota Elrohir au bout de quelques minutes, alors qu'ils se déplaçaient entre les autres couples.

Elewë rougit sous le compliment et acquiesça silencieusement. Ils continuèrent de danser sans dire un mot, mais la jeune Elfe sentait que Elrohir avait quelque chose d'autre à confier. Il lui donna raison quelques instants plus tard.

« Je dois vous parler de quelque chose. » finit-il par dire. « En privé. » ajouta-t-il en désignant tous les gens autour d'eux.

Elewë hocha la tête et suivit Elrohir en direction de la terrasse. Ils s'arrêtèrent une fois qu'ils eurent atteint la rambarde surplombant le reste de la cité. Elrohir fit une pause quelques instants avant d'attraper les mains de Elewë et de la regarder dans les yeux.

« Elewë, je tenais à vous dire à quel point je suis soulagé que nous soyons finalement en aussi bons termes. Notre amitié compte plus que je ne saurais le dire. Il est clair à présent que c'est la bonne chose à faire et que nous ne pourrons retrouver ce que nous avons pu avoir. »

Il s'arrêta pour guetter la réaction de Elewë. Cette dernière était parfaitement d'accord avec ce qu'il venait de dire, et était soulagée qu'il pense la même chose qu'elle. Elle hocha la tête silencieusement.

« Mais je pense que comme moi, cette relation vous a permis de grandir et de vous ouvrir à nouveau aux autres. » poursuivit-il. « Je portais encore le deuil de mon ancienne compagne et vous m'avez fait réaliser qu'il était à nouveau possible d'aimer. Et je tenais à vous remercier pour cela. »

Il marqua une dernière pause avant de reprendre, la fixant dans les yeux, comme ce qu'il s'apprêtait à dire devait rester ancrer dans sa mémoire.

« Si je dois vous donner un dernier conseil Elewë, c'est celui-ci : ne laissez pas le deuil de Lindir vous séparer trop longtemps des autres. Cela a été mon erreur, ne la reproduisez pas. J'espère sincèrement que vous trouverez un jour quelqu'un que vous aimerez autant que vous avez aimé Lindir, vous le méritez, vraiment. »

Elewë fut profondément touchée par ce que venait de lui dire Elrohir. Ses paroles résonnaient de façon beaucoup trop similaire avec ce qu'elle avait pu ressentir et ce qu'elle continuait de penser. Ils avaient tant en commun, elle savait qu'elle pourrait toujours trouver une oreille attentive auprès de lui.

Sentant également que cette confession si intime était une des choses les plus sincères qu'il ait jamais confié, Elewë fut touchée de sa confiance et voulut le lui faire comprendre. Le seul moyen que son cerveau légèrement embrumé par l'alcool trouva fut de passer ses bras autour du cou de Elrohir et de l'étreindre de toutes ses forces. À sa plus grande surprise, ce dernier, d'abord déconcerté par le geste, referma également ses bras autour de la taille de Elewë, semblant ainsi sceller définitivement leur nouvelle amitié.

Elrohir finit par rompre leur étreinte au bout d'une minute, et observa le visage rayonnant de Elewë.

« Vous me paraissez bien joyeuse ce soir, n'auriez-vous pas quelque peu abusé sur la boisson ? » demanda-t-il en riant.

Elewë acquiesça en ne pouvant retenir une légère grimace. Le Prince rit de plus belle et Elewë ne put s'empêcher de l'imiter.

« Vous avez bien raison, je devrais peut-être faire la même chose. Je vous laisse profiter de ce magnifique ciel, bonne soirée Elewë. »

La jeune Elfe se retourna et s'accouda à la balustrade, levant les yeux vers les étoiles qui scintillaient dans le ciel. C'était en effet une nuit magnifique. On aurait dit que les diamants d'une immense parure s'étaient répartis dans le ciel, brillant de milles éclats sur un fond de velours noir. Subjuguée, Elewë resta plusieurs minutes à les contempler.

Jusqu'à ce que les paroles de Elrohir lui revinrent en mémoire. Avait-elle réellement aimé Lindir sans le savoir ? Étais-ce enfoui au fond d'elle-même depuis plus d'un millénaire, attendant d'être dévoilé au grand jour ? C'est ce dont le Prince semblait convaincu. Et pourtant Elewë ne parvenait pas à l'assimiler totalement. Aurait-il pu se passer quelque chose si son ami n'était pas mort ? Elle était parfaitement incapable de le dire. Il était clair que la mort de Lindir avait déclenché en elle plus de choses que ce qu'elle aurait imaginé. Mais elle aurait dû choisir entre Lindir et Elrohir, et même maintenant elle serait dans l'impossibilité de faire ce choix. Elewë secoua la tête. Inutile de se faire du mal en se posant toutes ces questions, il était trop tard à présent. Lindir était mort, et elle avait toute l'éternité devant elle pour le regretter.

Sa réflexion avait au moins eu le mérite de la rendre un peu plus sobre lorsque Aranwë la rejoignit sur la terrasse.

« Je n'ai pu m'empêcher de remarquer que vous étiez seule, ce qui est fort dommage par une telle nuit. Accepteriez-vous la compagnie d'un vieil homme ? » demanda courtoisement le vétéran.

« Avec plaisir Aranwë. Mais ne vous rabaissez pas ainsi, vous n'êtes pas encore un vieil homme. » répondit-elle en riant.

Elle le pensait sincèrement. Aranwë avait beau avoir presque le double de son âge, il n'en paraissait rien. Il avait le physique, la vigueur et la spontanéité d'un Elfe de l'âge des jumeaux, il aurait parfaitement pu passer pour l'un d'eux sans son bâton. On pouvait simplement percevoir au-delà de l'intelligence qui pétillait dans ses yeux la marque de ceux qui ont déjà vu et vécu beaucoup, une grande maturité acquise au fil des millénaires.

Une bourrasque de vent vint tout à coup souffler sur la terrasse et les épaules dénudées de la jeune Elfe qui ne put retenir un frisson. Quelques instants plus tard, la cape de Aranwë se retrouvait sur ses épaules sans qu'elle ait le temps de réagir. Le regard que lui jeta le vétéran l'empêcha de refuser. Elle accepta donc de bon cœur et le remercia chaleureusement, rabattant un peu plus les pans du vêtement autour d'elle.

« Depuis combien de temps êtes-vous dehors ? »

« Bien trop pour que cela soit raisonnable. » concéda-t-elle en faisant une petite grimace. « Mais le ciel a su me captiver, j'ai rarement vu quelque chose d'aussi beau. »

« Je n'ai pu m'empêcher de voir que vous discutiez auparavant avec Elrohir, êtes-vous amis ? » demanda alors Aranwë.

La question surprit Elewë, qui scruta le visage du vétéran pour essayer de discerner quelque chose, mais elle n'y vit qu'une réelle curiosité et une envie de discuter.

« Vous avez remarqué beaucoup de choses ce soir, Aranwë, » dit-elle en riant pour essayer de reprendre contenance. « En effet Elrohir et moi sommes à présent … amis. La guerre nous a beaucoup rapprochés, de même avec Elladan. Je sais que je pourrai toujours compter sur eux. » finit-elle dans un sourire. Ce n'était pas l'entière vérité, mais ce qui comptait était que la conclusion de cette histoire le soit.

« Les avez-vous également eu comme élèves, comme la Dame Arwen ? » demanda Elewë pour détourner la conversation, curieuse de connaître quelques anecdotes sur la jeunesse des deux frères.

« La Dame Arwen est un cas un peu à part, nul doute que vous en conviendrez, » répondit Aranwë avec un sourire complice. « J'ai simplement aidé à parfaire sa formation aux armes, tandis que ses frères ont eux suivi mes cours de stratégie militaire. Elrohir a toujours été le plus passionné des deux sur le sujet. Je comprends mieux ces dispositions lorsque je vois que Elladan officie à présent comme guérisseur. Il est fascinant de voir à quel point ces deux êtres si semblables et pourtant si différents se complètent à la perfection. »

Elewë ne put qu'acquiescer, s'étant déjà fait cette remarque plusieurs semaines plus tôt.

La jeune Elfe poussa alors Aranwë à lui parler de son quotidien d'instructeur, du suivi de ses élèves du plus jeune âge jusqu'au moment où ils partaient se battre, mais plus important encore après leur retour du combat. Elewë était fascinée de voir ce que cet Elfe apportait aux autres mais aussi ce que cela lui apportait à lui. Il avait trouvé sa voie, sa façon de servir son peuple et paraissait profondément apaisé de ce choix de vie. La Galadhrim l'enviait un peu. Mais Aranwë avait eu des centaines d'années pour y réfléchir, alors qu'elle n'avait pas vraiment commencé à le faire. Elle espérait qu'elle trouverait un jour ce qui lui permettrait d'être aussi sereine.

« Peut-être pourriez-vous venir assister à certaines de mes leçons, » proposa Aranwë en voyant l'intérêt non dissimulé de Elewë. « Ou même participer à des réunions de discussion. Je pense qu'il y en aura beaucoup à venir, avec votre retour de Fornost. D'autant plus que de nombreux Elfes n'étant pas soldats de métier y ont également pris part. »

Elewë n'eut pas besoin de considérer la proposition très longtemps.

« Ce serait avec plaisir Aranwë, je pense que cela pourrait m'être très instructif en effet. »

« Et n'oubliez pas que vous trouverez toujours en moi une oreille attentive, si vous avez besoin de confier quoi que ce soit. » ajouta-t-il avec un sourire chaleureux auquel Elewë répondit.

Le vétéran se tourna vers la salle, observant quelques instants ce qu'il s'y passait.

« Je vous aurais bien invitée à danser à mon tour, mais je crains malheureusement que ma jambe ne me permette plus ce genre de choses, » regretta-t-il en se retournant vers Elewë.

Cette dernière réfléchit quelques instants.

« La musique est plutôt lente, si vous vous appuyez un peu sur moi je pense que nous pourrions y arriver, » finit-elle par proposer d'un sourire encourageant.

Aranwë considéra la chose avant d'accepter. « En ce cas, m'accorderez-vous cette danse ? » demanda-t-il en riant et en lui tendant sa main libre.

Elle s'en saisit et le suivit dans la salle jusqu'à la piste de danse, Aranwë déposant au passage son bâton et Elewë la cape qui revêtait ses épaules. Ils se positionnèrent de façon à ce que le vétéran puisse s'appuyer sur une épaule de Elewë et entamèrent la danse, allant tout d'abord à un rythme plus lent que celui de la musique, puis accélérant légèrement alors que Aranwë réalisait qu'ils s'en sortaient tout à fait honorablement. La jeune Elfe vit naître un sourire au coin de ses lèvres, comprenant qu'il n'avait pas eu beaucoup d'occasions de danser depuis son retour de la guerre. Elle était ravie de l'aider ainsi après ce qu'il venait de faire pour elle aujourd'hui.

Quand la musique s'arrêta, Aranwë s'inclina en posant une main sur le cœur pour la remercier et s'apprêtait à la raccompagner s'asseoir à une table quand un Elfe blond vint demander une danse à Elewë. Cette dernière accepta et souhaita une bonne soirée au vétéran. Elle dansa encore et encore, voulant profiter jusqu'au bout de cette nuit. Quand le groupe de musiciens annonça qu'il s'agissait de la dernière danse, la jeune Elfe réalisa qu'elle n'avait pas vu le temps passer et que le ciel commençait déjà à s'éclaircir. L'aube serait bientôt là.

À sa grande surprise Legolas se présenta devant elle pour cette dernière danse et elle accepta de bon cœur. Ils discutèrent joyeusement et Elewë était ravie que la soirée se termine de cette façon. Lorsque la musique s'arrêta pour de bon et que chacun fit mine de rentrer chez soi, Legolas proposa galamment à Elewë de la ramener, étant plus habitué qu'elle aux couloirs et aux bâtiments de la cité. Tous les deux épuisés, ils ne s'éternisèrent pas et Legolas prit rapidement congé après que la jeune Elfe l'ait chaleureusement remercié.

Elewë retira en vitesse la robe de Arwen et se jeta sur son lit après avoir enfilé des vêtements plus confortables. Ses pieds meurtris d'avoir tant dansé se rappelèrent à elle maintenant que l'excitation et l'alcool quittaient son corps, et la jeune Elfe fut ravie de retrouver le confort de son lit. Elle s'endormit tout de suite, absolument épuisée, alors que dehors le Soleil commençait à se lever.


(1) Breath of Life, Les Deux Tours. Texte en Sindarin.


Et voilà !

Qu'en avez-vous pensé ?

Je sais qu'il ne se passe pas vraiment grand chose, il est plus court que les précédents, et notre chère amie passe plus de temps à danser et à picoler qu'autre chose, mais il va me permettre d'introduire plusieurs points importants de la nouvelle vie de Elewë au prochain chapitre ;)

N'hésitez pas à donner votre avis, même si la fin est (très) proche, je suis toujours extrêmement ravie d'avoir des retours, cette fic me tient vraiment à cœur !

Je n'ai plus qu'à vous souhaiter à tous d'excellentes fêtes et une très bonne année !

Bises,

Mimi :)