A/N : A titre exceptionnel, je poste aussi le chapitre 28 ! C'est grâce à vous, lecteurs et lectrices que je poursuis, alors je me répète, mais MERCI à vous tous !
La fic sera complétée en 30 chapitres + un Epilogue. Entre la fin et l'Epilogue, s'insérera une deuxième partie d'Imposture, en crossover avec Dr House...
Bonne lecture !
Chapitre XXVIII
Je passai la semaine suivante enfermée dans ma chambre, au fond de mon lit, pestant et grognant contre mon célibat forcé, le sale caractère de mon frère et la vie en général… Merlin, comme tout cela était prévisible ! Comment avais-je pu imaginer un seul instant que je méritais un avenir heureux avec quelqu'un de bien… ou un avenir, tout court ?
Quelques personnes vinrent vérifier que j'étais toujours en vie. Je leur claquai sans ménagement la porte au nez, chassai Eclair-de-Lune et bloquai l'entrée de ma cheminée. Au bout de quatre jours, je ne ressemblais plus vraiment à un être vivant. J'étais tout juste bonne à représenter un vague spécimen de zombie, armé d'une petite cuiller et d'un pot de glace vanille-caramel-chocolat. Pas très convainquant pour quelqu'un qui était censé combattre le plus grand Mage Maléfique de Tous les Temps… Y avait-il même une date de péremption sur cette Prophétie de malheur ?
Je survécus tant bien que mal à cette semaine d'apitoiement, mais j'en sortis comme drainée de toute mon énergie. Pleurer sur son sort a cet effet, semble-t-il.
C'est donc épuisée et les yeux cernés que je fis l'effort de descendre dans la Grande Salle pour le dîner de la veille de Noël. Je dois avouer que c'était davantage l'idée de nourriture qui m'attirait, plutôt que le fait de revoir des visages familiers…
Un immense sapin encombrait l'entrée et de petits angelots voletaient à l'affût des éventuelles victimes du gui qui décorait les encadrements de portes.
Une musique nasillarde scandait des « Merry Christmas » à tout va et je crus défaillir quand je reconnus Rusard, sous la masse informe de coton qui était censé représenter une barbe de Père Noël. Dumbledore chantait lui aussi sur l'air de « We wish you a Merry Christmas ». Mais ce ne fut pas tant le son très faux de sa voix chevrotante, que sa longue robe rouge carmin qui flottait littéralement - tout comme les traîneaux qui ornaient cette dernière… - qui me fit me détourner de la table des Professeurs.
Grimaçant devant cette avalanche de guirlandes scintillantes et de bonne humeur, je m'affaissai sur le premier banc disponible, à la table des Serpentards. Tant pis, songeai-je. Au point où j'en étais… Je mâchonnais sans grand enthousiasme, marmonnant contre la stupidité masculine qui avait poussé Jonathan à fuir au lieu de me laisser expliquer.
Trois morceaux de dinde, un demi-litre de coulis de fruits rouges et trois ramequins de mousse au chocolat plus tard, je me sentis suffisamment forte pour relever les yeux vers la Grande Table.
Mon frère s'y trouvait, bien entendu. Comme à son habitude, il faisait la conversation à Binns, ignorant les regards implorants de Dumbledore et ceux, plus courroucés du professeur de Métamorphose. Se sentant observé, il fronça les sourcils dans ma direction et m'envoya cette pensée très profonde :
« Toujours vivante ? Je pensais que tu t'étais momifiée depuis le temps. »
Je souris piteusement :
« Pas encore. Merci de t'inquiéter pour moi. »
Il croisa les bras ; l'écho de sa voix murmura dans mon esprit :
« Je ne m'inquiète jamais. Par contre toi, tu devrais. Ne te retourne pas… »
- Quoi ?, fis-je à haute voix, me retournant pour me retrouver face à face avec celui que j'avais voulu à tout prix éviter ce soir-là…
Le doux son de la voix moqueuse de Severus résonna à nouveau : « Tu n'écoutes jamais, pas vrai ?... Eh bien vas-y maintenant ! Ou tu vas encore te faire remarquer… »
« Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? , lançai-je, paniquée. Je ne suis pas douée pour ces choses-là, moi ! »
« Je me fiche complètement de ce que tu vas faire, Sam, marmonna Sev. Du moment que ce n'est pas ici… »
Je déglutis, me levai et précédai le professeur Grey, non, Jonathan, hors de la salle. Nous marchâmes en silence un moment, puis je m'assis sur le rebord d'une fenêtre et osai enfin le regarder dans les yeux.
« Tu comptes m'écouter jusqu'au bout aujourd'hui ?, fis-je, d'un ton accusateur.
Il acquiesça et je pus poursuivre. Cela ne me posa pas trop de problèmes : j'avais retourné plus de cent fois la situation dans ma tête :
- J'espère que cela te suffira, mais sache que c'est de toi dont je suis tombée amoureuse. De personne d'autre. Je ne peux pas t'en dire davantage maintenant…, soupirai-je avant de jeter un regard désolé sur mes vêtements et mes cheveux. Je suis dans un sale état, n'est-ce pas ?
- C'est vrai, avoua-t-il dans un gloussement gêné. Mais tu restes très jolie…
Mes joues rosirent tandis que je luttai intérieurement pour trouver quelque chose de sensé à dire :
- Merci… Tu n'es pas obligé de mentir, tu sais.
- Je suppose que c'est vrai ce qu'on dit : l'amour est aveugle, murmura-t-il, en m'enveloppant dans ses bras, tandis que je pouffais de rire devant le côté « lieu commun » de sa déclaration.
Et c'est pourtant avec ce proverbe on ne peut plus cliché que commença notre relation… Mais il s'avéra que, sur ce point au moins, il n'avait pas menti : peu importait mon apparence. Nous nous étions rencontrés, nous avions vécu des événements traumatisants et quelque part sur cette route, nos cœurs et nos âmes avaient inexplicablement été touchés. Ce soir-là, je l'accompagnai dans ses appartements et il passa la nuit à me prouver que mon apparence échevelée et négligée n'avait pas diminué son attirance pour moi…
Lorsque les premiers rayons du soleil vinrent chatouiller mes paupières, le lendemain matin, je mis un certain temps à comprendre pourquoi je ne me trouvais pas dans mon lit, mais la réalité se rappela brutalement à moi quand je me rendis compte de ce que je portais… ou plutôt de ce que je ne portais pas… Inspirant profondément, je tentai de me remémorer clairement les événements de la veille, pestant contre cette dernière coupe de champagne qui avait, de toute évidence, un peu embrumé mes pensées.
Baillant, je récupérai mes vêtements et sortis de la chambre sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller Jonathan. Après tout, c'était le jour ne Noël, et j'avais promis à mon neveu de le fêter en bonne et due forme !
Epuisée, mais heureuse, je parcourus sans bruit les couloirs menant aux appartements de Severus. Au détour d'un couloir, je jetai un œil à travers une fenêtre et souris béatement : en plus, ce serait un Noël blanc…
Toujours en silence, je me rendis dans la chambre de Selivan, qui, déjà debout à 7 heures 30 du matin, trépignait d'impatience. Me préparant contre les reproches inévitables que me ferait mon frère en l'apprenant, j'accompagnai alors son fils dans le parc enneigé du château. Nous fîmes un bonhomme de neige, puis des anges en nous allongeant au sol et en agitant nos bras et nos jambes, telles deux marionnettes désarticulées. Et, pour la toute première fois, je vis mon neveu rire aux éclats.
Nostalgique, je me rappelai les rires de Severus, vingt ans auparavant, les farces stupides qu'il me jouait, les potions longue-langue qu'il avait inventées bien avant les jumeaux Weasley et les parties de cache-cache qui se terminaient toujours trop vite, car nous connaissions tous les coins et recoins du manoir…
J'étais ainsi perdue dans mes souvenirs, raccompagnant mon neveu jusqu'au château, quand je vis quelque chose qui me glaça le sang : au dessus de la Tour d'Astronomie, la Marque des Ténèbres obscurcissait le ciel.
A/N : Voilà ! Terminé pour aujourd'hui... Merci d'avoir lu jusque là et laissez un petit message svp !
